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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 15:52

 

 

  « J’observe que dans mes lettres, je dis peu de choses des hommes : c’est qu’au milieu de ces grandes scènes de la nature, ils sont moins remarquables, surtout pour un passant. Mais je n’en doute point, si je faisais dans le pays un plus long séjour, je trouverais des gens très-intéressants et très-bons. J’ai fait une seule observation, et je la crois générale, à mesure qu’on s’éloigne de la grand’route et des centres de mouvements : que les hommes sont plus renfermés, isolés, dans les montagnes, et réduits plus étroitement aux besoins de la vie ; qu’ils pourvoient à leur entretien par une industrie simple, lente, invariable ; je les ai trouvés meilleurs, plus obligeants, plus affectueux, plus hospitaliers dans leur indigence. »

   Goethe ne passa pas une très bonne nuit à Loèche-les-Bains, dont les maisons hospitalières avaient du reste la réputation de manquer de confort. Un billet à Mme de Stein, du 10 novembre, nous fait connaître les désagréments nocturnes du poète : « Nous nous levons à la lumière, pour redescendre au point du jour. J’ai passé une nuit assez agitée. À peine étais-je couché qu’il m’a semblé que j’étais pris par tout le corps de la fièvre urticaire, mais j’ai bientôt reconnu que c’était une grande armée d’insectes sauteurs qui, altérés de sang, se jetaient sur le nouveau venu. Cette vermine se multiplie énormément dans les maisons de bois. J’ai trouvé la nuit fort longue, et j’ai été charmé ce matin quand on m’a apporté la lumière. »

   Ils quittent les Bains le 10 novembre, de très bonne heure. Pendant la nuit, il avait neigé. Ils prennent à travers les pâturages glissants, puis suivent le sentier d’Inden. De là, ils descendent dans la gorge de la Dala, d’où ils remarquent, haut perché, « un aqueduc artistiquement taillé qui amène une source… au prochain village… », c’est-à-dire Loèche-Ville. Du fond de la gorge – la route actuelle n’existait naturellement pas – ils remontent sur le coteau un peu au-dessus de ce bourg. Ce sentier passait pour fort incommode. La cité de Loèche n’était qu’une bourgade qui déplut tout à fait à Goethe. « L’indigence et les chétives ressources de ces hommes libres et privilégiés y sont partout manifestes », note-t-il.

   Pour gagner la plaine, on franchissait alors le Rhône sur un joli pont de bois couvert dont les culées subsistent encore.

   Goethe arriva à Loèche – Souste vers les 10 heures. Le ministre de Wedel s’y trouvait déjà, avec les laquais et les montures. Il avait neigé sur les hauteurs. La difficulté, sinon l’impossibilité de faire passer la Furka à toute cette caravane devient de plus en plus évidente. Sans compter que « les écuries sont très petites et très étroites, parce qu’elles ne sont construites que pour les mulets et les bêtes de somme ». L’avoine commençait à manquer. « On dit même que, plus avant dans les montagnes, on n’en trouve plus du tout ». Inutile donc de continuer avec les montures. La décision est prise. Le grand maître des eaux et forêts rebroussera chemin avec les équipages, et, après le périple par Bex, Vevey, Lausanne, Fribourg, Berne, gagnera Lucerne, où il rejoindra Goethe et le prince, dont l’idée bien arrêtée est de franchir la Furka. « On trouve partout, écrit Goethe, dans ces contrées, des mulets qui, pour ces routes, valent mieux que les chevaux, et enfin, aller à pied est toujours plus agréables. »

   Sitôt dit, sitôt fait. Les bagages indispensables sont préparés et chargés sur un mulet de louage. Le ministre de Wedel, avec les équipages, reprend le chemin du Bas-Valais. Vers onze heures déjà, Goethe et le prince se mettent en route, à pied. En plus du muletier, ils ont la compagnie d’un garçon boucher de Souabe qui « s’étant égaré dans ce pays, avait trouvé de l’occupation à Loèche » et voulait rentrer dans sa patrie, par le même chemin. Ce compagnon en tournée amusait la galerie et « faisait un peu le paillasse ». le temps est gris, indécis. Il se « brouille un peu, mais la bonne fortune, qui nous a suivis jusqu’à maintenant et entraînés si loin, ne nous abandonnera pas au moment où elle nous est le plus nécessaire ».

   Vers midi, ils ont dû atteindre Tourtemagne, où, sans doute, ils se sont restaurés. Cette localité avait déjà une auberge, l’ancêtre de l’Hôtel de la Poste actuel. Au début du XIXe siècle, plus exactement en 1803, Michel Locker y hébergeait le savant Murith, en excursion botanique dans le Haut-Valais.

   Nous n’avons malheureusement que peu de détails précis sur cette longue traite de Loèche à Brigue. L’état atmosphérique, la crainte d’être surpris par le mauvais temps, la neige, semblent avoir surtout préoccupé Goethe. Tout le Bas-Valais était encombré de nuages noirs, qui venaient mourir à Loèche, arrêtés par les courants de la Gemmi. En amont, la vallée du Rhône brillait au soleil, principalement dans la région de Viège. « Nous ne cessions de marcher à la rencontre du beau temps ; dans le cours supérieur du fleuve, on voyait tout le ciel serein, et le vent d’ouest avait beau pousser derrière nous les nuages, ils ne pouvaient nous atteindre ». Goethe recherche la cause de ce phénomène, et la trouve dans l’influence des courants qui descendent des vallées intérieures et luttent « contre les nues et contre le vent qui les porte… Nous avons été plusieurs fois témoins de ce combat, et quand nous pensions nous voir couverts par les nuages, nous trouvions de nouveau un obstacle de ce genre, que les brouillards avaient à peine encore quitté leur place ».

   À l’arrivée à Brigue, vers le soir, il soufflait un fort vent d’est et l’air était si frais qu’une chute de neige nocturne lui semble exclue.

 

Brigue-le-Chateau-de-Stockalper.jpg

 

 

GTell, Chateaubriand et Goethe en Valais

 

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