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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 15:36

 

 

   Goethe et le duc ont dû descendre à Brigue à l’auberge de « La Croix », que l’on trouve mentionnée en tout cas au début du XIXe siècle. L’écrivain en dit du bien. « Nous sommes logés dans une auberge fort jolie, et, ce qui nous fait grand plaisir, nous avons trouvé dans une chambre spacieuse, une cheminée. Assis au coin du feu, nous délibérons sur la suite du voyage ». Simplon ou Furka ? Le détour par le lac Majeur et Bellinzona les amènerait à Lucerne cinq jours après l’arrivée de leur ami de Wedel. Ils abandonnent cet itinéraire, par le Simplon, bien que le sentier soit praticable aux chevaux, même par la neige. Ils s’arrêtent à l’autre solution : « Notre désir est de voir plutôt le Valais jusqu’à son extrémité supérieure ; nous y arriverons demain soir, et, si la fortune nous favorise, après-demain au soir nous serons à Réalp… Si nous ne pouvons franchir la Furka, le chemin nous est toujours ouvert de ce côté (Simplon) et nous prendrons alors par nécessité ce qu’il ne nous plaît pas de prendre par choix. Vous pensez bien que j’ai de nouveau consulté les gens, pour savoir s’ils croient que le passage de la Furka soit ouvert, car c’est la pensée avec laquelle je me couche et me lève et dont je  suis occupé tout le jour. Notre voyage a pu se comparer jusqu’ici à une marche contre l’ennemi, et voici, pour ainsi dire, le moment où nous approchons de la place dans laquelle il s’est retranché et où nous devons en venir aux mains avec lui. Outre notre mulet, nous avons commandé deux chevaux pour demain matin. »

   Le 11 novembre, après une nuit passée à l’agréable auberge de La Croix, et sur une dernière attention de l’hôte qui se met à leur disposition pour faciliter la montée au Simplon, au cas où ils ne pourraient franchir la Furka, Goethe et le duc quittent Brigue, à cheval, de grand matin, et par une belle journée. Le récit ne manque pas de précision. « Avec nos deux chevaux et un mulet, nous traversâmes bientôt d’agréables prairies, où la vallée est si étroite qu’il y a d’un côté à l’autre à peine une portée de fusil. On y trouve un beau pâturage où s’élèvent de grands arbres, et des roches épaisses qui se sont détachées des hauteurs voisines. » C’est la petite plaine en aval de Moerel, où l’on pouvait voir au XVIIIe siècle, en plus de quelques vignobles, de beaux châtaigniers et des cultures de safran. Puis « la vallée devient toujours plus étroite ; on est forcé de s’élever sur le flanc des montagnes (les lacets de Deisch), et désormais on a toujours le Rhône sous les pieds, à main droite, dans une gorge escarpée ». Un vieux pont de bois traversait le Rhône à une grande hauteur, au pied de la montée de Deisch (a monte Dei Superius) [et en Allemand : aujf Deisch ou Mont de Dieu] « Mais sur la hauteur, la vallée redevient plus large et très belle ; sur des collines aux courbures diverses se déploient de gras pâturages, s’élèvent de jolis villages qui, avec leurs brunes maisons de bois, ressortent singulièrement parmi la neige. Nous sommes allés beaucoup à pied, et nous l’avons fait tous deux pour nous complaire l’un à l’autre : en effet, bien que l’on soit en sûreté à cheval, nous croyons toujours en danger la personne que nous voyons chevaucher devant nous par un sentier si étroit, porté par une si faible monture, au bord d’un abîme escarpé. Comme il ne peut se trouver maintenant aucun bétail au pâturage, toute la population étant retirée dans les maisons, la contrée a un aspect solitaire, et la pensée qu’on est enfermé toujours plus étroitement, entre d’énormes montagnes, éveille dans l’esprit d’importunes et triste images… »

   Ils arrivent vers midi à Münster, et ne semblent pas avoir fait de haltes intermédiaires, dans les localités dépourvues d’auberge. On en trouvait une excellente à Münster, au témoignage de Coxe, en 1772. Elle était déjà sans doute à l’enseigne de la Croix Blanche, dont le propriétaire était, quelques années après le passage de Goethe, Pierre de Riedmatten, et elle appartenait sans doute alors à cette famille. L’illustre poète en fut enchanté, et à cette auberge se rattache un joli épisode de ce voyage. Voici ce qu’il mande, le soir même, à Mme de Stein : « A notre halte de midi, il nous est arrivé quelque chose d’agréable. Nous sommes entrés chez une femme dont la maison avait  très bonne apparence. La chambre était lambrissée à la manière du pays, les lits ornés de sculptures, les armoires, les tables et tout ce qu’il y avait de petites tablettes assujetties contre les cloisons et dans les angles était enrichi de jolies moulures et ciselures. Aux portraits qui figuraient dans la chambre, on pouvait bientôt reconnaître que plusieurs membres de cette famille s’étaient voués à l’Eglise. Nous avons aussi remarqué, au-dessus de la porte, une collection de livres bien reliés, que nous avons supposée une fondation de quelques-uns de ces messieurs. Nous avons pris la légende des Saints et nous en avons lu quelques endroits, tandis qu’on apprêtait notre dîner. L’hôtesse nous demanda une fois, comme elle entrait dans la chambre, si nous avions lu l’histoire de Saint Alexis. Nous répondîmes que non, et, sans nous en occuper davantage, nous continuâmes à lire chacun notre chapitre. Quand nous fûmes à table, elle se plaça près de nous, et nous parla de nouveau de Saint Alexis. Nous lui demandâmes si c'était son patron, ou celui de la maison, peut-être ; elle dit que non, mais assura que ce saint homme avait tant souffert par amour pour Dieu, et que son histoire lui semblait plus pitoyable que beaucoup d’autres. Voyant que nous ne la connaissions pas du tout, elle se mit à nous la conter. »

 

Typique-du-Valais--Mazot-de-Munster.jpg

Typique du Valais, Mazot de Münster

 

 

GTelle, Chateaubriand et Goethe en Valais, photo Internet.

 

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