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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 14:05

 

 

   Il avait neigé depuis la veille. La grande affaire est de savoir si la Fourche est praticable. « Nous avons questionnés sur le passage de la Furka ; mais ici même, nous ne pouvons rien savoir de positif, bien que la montagne ne soit qu’à deux lieues. » Devoir rebrousser chemin « serait, je l’avoue, un extrême chagrin pour moi…  Si nous sommes heureux, nous serons demain soir à Réalp… et après-demain à midi, au sommet de la montagne, chez les capucins (de l’hospice du St-Gothard) ; si nous échouons, nous n’avons pour la retraite que deux chemins… dont l’un ne vaut guère mieux que l’autre : redescendre tout le Valais et prendre par Berne la route connue pour aller à Lucerne, ou bien retourner à Brigue et ne revenir au Gothard que par un grand détour (Simplon). Je crois vous avoir dit dans ce peu de pages déjà trois fois la même chose. Il est vrai qu’elle est pour nous de la grande importance. L’événement décidera qui avait raison, ou notre courage et notre confiance dans le succès, ou la prudence de quelques personnes qui veulent fortement nous déconseiller ce chemin… Après avoir examiné le temps encore une fois, observé que l’air est froid, le ciel serein et sans disposition à la neige, nous allons nous coucher tranquillement. »

   Le 12 novembre, à 7 heures du matin, ils quittent Münster. La caravane comprenait les deux chevaux de maître, le mulet pour les bagages, avec un muletier, et toujours le compagnon souabe. Un vent violent, venu de la Furka, s’engouffrait dans la vallée et soulevait des tourbillons de neige. « Nous voyions devant nous, comme une barrière, l’amphithéâtre neigeux des hautes montagnes, et nous prenions pour la Furka celle qui s’élève en travers… (probablement l’arête allongée de Muttenhörner) ; mais c’était une erreur comme nous l’avons appris plus tard. La Furka était cachée par des montagnes à notre gauche, et par des nuages élevés. Le vent d’est soufflait avec force et luttait avec quelques nuages de neige ; il en chassait par intervalles de légers flocons sur la pente des monts et dans la vallée. Les tourbillons se démenaient sur le sol avec violence et nous faisaient quelquefois manquer la route ; cependant nous étions enfermés de part et d’autre par les montagnes, et nous devions trouver Oberwald au terme du chemin. Nous y arrivâmes après neuf heures, et nous entrâmes dans une auberge, où les gens furent bien surpris de voir paraître de tels hôtes en cette saison… »

   À vrai dire, il n’y avait pas d’auberge à Oberwald, mais un particulier y exerçait l’hospitalité, dans une maison qui, au témoignage de Coxe quelques années auparavant, paraissait assez chétive. Les touristes préféraient, en général, s’arrêter à Obergesteln, village plus important situé au débouché de sentier du Grimsel et des cols du vallon d’Egine. Cependant, de Mayer (Voyage de M. de Mayer en Suisse, Amsterdam, 1794.), en 1789, put trouver à Oberwald une chambre pour lui et son domestique. Les voyageurs étaient rares et excitaient quelque curiosité. M. de Mayer, qui portait une belle épée avec dragonne en or, vit accourir les gens pour admirer son arme. Pour lits, la maison n’avait que de la paille, et pour nourriture, on lui servit du pain et du fromage avec du vin chaud et du sucre.

      Goethe y interrogea les gens pour savoir si le col était praticable. Il apprit que des guides ou des chasseurs le franchissaient la plus grande partie de l’hiver. « Nous fîmes aussitôt appeler un de ces guides. Nous vîmes paraître un homme de taille ramassée, robuste, dont la stature inspirait la confiance, et nous lui fîmes notre proposition. S’il jugeait le chemin praticable, il devait nous le dire, et pouvait prendre encore un ou plusieurs camarades… » Le col est supputé franchissable ; le guide fait ses préparatifs et s’adjoint un camarade. Goethe renvoie le muletier avec sa monture et les chevaux, qui n’étaient plus d’aucune utilité. Puis, ajoute-t-il, « nous mangeâmes du pain et du fromage, nous bûmes un verre de vin rouge, et nous étions très joyeux et bien disposés, quand notre guide revint, amenant sur ses pas un homme plus grand et plus robuste encore, qui semblait avoir la force et le courage d’un cheval. L’un d’eux chargea le portemanteau sur ses épaules et, au nombre de cinq, nous sortîmes du village. En peu de temps, nous atteignîmes le pied de la montagne qui était à notre gauche, et peu à peu nous commençâmes à monter… »

   La relation est fort précise. Voici la montée de Gletsch, à main gauche, boisée et pleine d’éboulis. « Nos guides tournaient habilement à travers les rochers, autour desquels serpente le sentier connu, et cependant la neige couvrait tout uniformément. Nous passâmes encore à travers un bois de pins ; nous avions le Rhône à nos pieds dans une étroite et stérile vallée… Nous franchîmes une petite passerelle (sur le fleuve) et nous vîmes devant nous le glacier du Rhône. C’est le plus vaste que nous ayons embrassé tout entier d’un coup d’œil. Il occupe, sur une très grande largeur, la croupe d’une montagne et s’abaisse sans interruption jusqu’au fond de la vallée, où le Rhône sort de ces glaces. »  Le glacier était alors déjà en régression, de l’avis général des voyageurs. Il n’y avait à Gletsch que quelques étables.

 

 

GTell, Chateaubriand et Goethe en Valais.

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