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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 16:34

 

 

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   Ils cheminèrent encore trois heures et demie, par un mauvais sentier semé de gonfles, avant d’arriver à Réalp. Il devait s’y trouver une petite auberge à l’époque, mais, en général, sur le conseil des guides, les voyageurs demandaient l’hospitalité aux capucins du lieu, qui avaient coutume de les héberger. C’est ce que fit Goethe, et il n’eut qu’à s’en féliciter. « Un Père de haute taille et d’un extérieur remarquable nous reçut à la porte. Il nous fit entrer avec une grande civilité… Il nous mena dans une chambre chauffée, et s’empressa de nous servir pendant que nous ôtions nos bottes et que nous changions de linge. Il nous pria, à diverses reprises, de faire absolument comme si nous étions chez nous. Pour la cuisine, disait-il, il faudra nous résigner, attendu qu’ils étaient au milieu de leur long jeûne, qui dure jusqu’à Noël. Nous lui assurâmes que, dans notre situation, une chambre chaude, un morceau de pain et un verre de vin combleraient nos désirs. Il nous donna ce que nous demandions… » Le repas du soir est ensuite servi. « Les pères (ils étaient deux, avec un frère pour la cuisine), les messieurs, les serviteurs et les guides ont pris place tous ensemble à une même table… Le frère… avait apprêté, avec des œufs, du lait et de la farine, des mets très variés, qui, les uns après les autres, ont été fort bien accueillis… Les guides avaient un grand plaisir à parler de notre expédition heureusement terminée… » et firent de dramatiques récits de courses.

   Ce réconfortant repas a laissé des traces pendant assez longtemps dans la littérature de voyage de l’époque. D’autres visiteurs de Réalp vantent fort l’omelette des bons capucins, et, naturellement, en franchissant la Furka, ne manquent pas de voir tournoyer un beau lämmergeier…

   Le père s’excusa sur la frugalité du souper, que Goethe trouva cependant tout à fait à son goût. La conversation se poursuivit longtemps ; l’écrivain prêta une oreille attentive aux propos de son interlocuteur, sur le don de l’éloquence et la vertu de la prédication. Puis le Père, s’étant levé, « la main gauche appuyée sur la table, accompagnant de la droite ses paroles », fit l’éloge de la religion catholique : « Il faut à l’homme une règle de croyance, disait-il, et qu’elle soit aussi ferme et aussi invariable que possible. »

   Cependant, au cours de l’entretien, Goethe lui prête peu à peu ses propres idées sur l’interprétation des Ecritures, et le bon capucin de Réalp finit par s’exprimer avec une orthodoxie assez aventureuse…

FIN

 

LUCIEN LATHION Editions des Treize Etoiles, Sierre, août 1944

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