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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 16:06

 

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Pont sur le Rhône à Saint-Maurice

 

   Le 3 novembre, Goethe et le duc, accompagné d’un seul guide, se mirent en route par le Faucigny. Le ministre de Wedel et les domestiques, ave les chevaux, prennent la côte suisse du lac. Le rendez-vous est fixé à St-Maurice. A cette époque, la route ne dépassait pas Sallanche, d’où partait un sentier assez fruste et raide, par bouts, pour atteindre le plateau de Chamonix. Quelques bagages sont chargés sur un mulet. Le voyage se fit dans le plus strict incognito et le plus simple appareil. Goethe et le duc, accompagnés du guide qui était un chasseur de chamois, quittent à pied le Prieuré, soit Chamonix, le 6 novembre à 9 h. Le trajet comportait une marche de 9 à 10 heures. Ils partent sans projet bien arrêté. Entreront ils en Valais par le col de Balme ou Vallorcine ? On verra. Le temps n’était pas très beau ; le ciel maussade devait bouder à peu près toute la semaine. « Les nuages en mouvement, écrit Goethe, tantôt laissaient paraître et tantôt cachaient les crêtes des montagnes ; parfois le soleil pouvait pénétrer obliquement dans la vallée, parfois la contrée était replongée dans l’ombre. »

   A Argentière, ils tinrent conseil, pour savoir s’ils prendraient le col de Balme ou le col des Montets. Le temps était décidément incertain. Mais, « comme nous n’avions rien à perdre, et que nous avions beaucoup à gagner, nous prîmes hardiment notre chemin vers la sombre région des brouillards et des nuages. » (Col de Balme.) Au village du Tour, les nuages se déchirèrent un moment et ils purent apercevoir le beau glacier de ce nom, en pleine lumière. Le spectacle était du plus bel effet, car ce glacier, à cette époque, poussait une large coulée jusqu’au milieu de la verdure des pâturages, et les glaces, ne charriant pas de débris morainiques, étaient d’une éclatante blancheur, ainsi que le remarque de Saussure. Ils firent halte au village, pour se restaurer et vider une bouteille de vin ; puis s’acheminèrent vers les sources de l’Arve.

   « Nous parvînmes enfin heureusement au col de Balme. L’aspect avait un caractère étrange. Le haut du ciel, par-dessus les crêtes des montagnes, était nuageux ; à nos pieds, nous voyions, à travers le brouillard, qui se déchirait quelquefois, la vallée entière de Chamouni… Devant nous s’étendait le Valais… où l’on pouvait voir un labyrinthe de montagnes qui s’élevaient les unes au-dessus des autres… Quelques contrebandiers gravissaient le passage avec leurs mulets, et ils eurent peur de nous, car ils ne s’attendaient pas à trouver alors du monde en ce lieu.  Ils tirèrent un coup de fusil comme pour nous dire : Vous voyez qu’ils sont chargés, et l’un d’eux s’avança à la découverte. Lorsqu’il eut reconnu notre guide et observé nos innocentes figures, les autres s’avancèrent à tour, et nous passâmes de part et d’autre, en nous souhaitant un bon voyage. Le vent était fort et il grésillait… »

   Le sentier qui traverse le Bois-Magnin, sur le versant valaisan du col de Balme, offrait des difficultés, par suite de l’enchevêtrement des racines des conifères. Le citoyen Cambry, embarrassé dans ces lieux quelques années plus tard, croit s’y trouver au milieu des « horreurs du chaos ». il n’y voit que sapins suspendus sur l’abîme, arbres renversés par les avalanches, amoncellements de rochers ; tout lui donne l’idée du désordre des éléments, de la mort, des destructions, qu’en sais-je ? Cependant, ce passage n’effrayait pas les mulets, et c’est un fait qu’il était praticable aux bêtes de somme. Les voyageurs, cependant, devaient descendre des montures, aux endroits où les racines des arbres traversaient le sentier, s’y étageant en marches d’escalier. Il s’y faisait depuis longtemps une contrebande active avec les Etats sardes et le détail n’est pas pour surprendre, en cette saison avancée.

 

 

 

GTell, Chateaubriand et Goethe en Valais.

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