Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rechercher Un Mot

Articles Récents

Liens

21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 17:22

 

 

   Les couchers de soleil sur les Alpes avaient plus d’admirateurs autrefois que de nos jours. Les anciens manuels à l’usage du tourisme consacrent généralement un chapitre qu’ils intitulent : Illumination des Alpes, à ce beau spectacle observé fortuitement par Goethe sur la Dent de Morcles. Ils donnent des conseils pour en jouir pleinement : choisir si possible un point de vue étendu ; profiter des soirées où le ciel est parfaitement clair. Encore, est-il assez rare que l’atmosphère réunisse toutes les circonstances pour que le spectacle se produise dans toute sa magnificence. Ce spectacle bien connu dans l’Oberland portait le nom caractéristique d’Alpenglühen et a été chanté où le phénomène éclatait, des sons du cor des Alpes ne manquaient pas de retentir quelque part dans la montagne, et, la scène passée, les touristes regagnaient l’auberge du Faulhorn, fort bien disposés à faire honneur à l’excellent repas du soir.

   Le 8 novembre, le groupe quitte Martigny avant le jour, et devait arriver à Sion un peu après quinze heures. La chaussée était bonne ; à l’époque, elle passait par le Guercet et le village de Charrat, et côtoyait en général le pied du mont. la plaine était à peu près livrée aux ébats du Rhône, dont les bras enserraient des îlots semés d’aulnes, de saules et de bouleaux. On comptait deux lieues et trois-quarts de Martigny à Riddes, et Goethe ne se trompe guère en évaluant ce trajet à trois lieues. Le poète et le duc allaient à cheval. « Le temps, écrit Goethe, était d’une beauté extraordinaire, seulement, le soleil passant trop bas, les montagnes l’empêchaient d’éclairer notre chemin. L’aspect de cette vallée merveilleusement belle éveillait de bonnes et joyeuses pensées. Nous avions déjà fait trois lieues, ayant le Rhône à la main gauche ; nous voyions Sion devant nous, songeant avec plaisir au dîner que nous allions bientôt commander… »

   Au pont de Riddes, ce fut une autre affaire. Il était rompu par les inondations. Des ouvriers qui y travaillaient leur donnent un double conseil : prendre « un petit sentier qui passait au pied des rochers » entre Riddes et Bieudron, ce qui aurait amené la caravane dans la région d’Aproz. Conseil donné en pure perte, puisqu’il n’y avait pas de pont sur le Rhône alors en face de Châteauneuf, mais un petit bac qu’utilisaient les Nendards pour aller à leurs vignes de Vétroz-Conthey… Ou rebrousser chemin. C’est ce qu’ils firent et, écrit Goethe, nous « ne nous laissâmes point aller à la mauvaise humeur : au contraire, nous fîmes honneur de l’accident au bon génie qui voulait nous promener par le plus beau jour, dans une contrée intéressante. Le Rhône fait de fâcheux dégâts dans ce pays étroit ». ils chevauchèrent pendant une lieue et demie ; la plaine a un aspect de désolation ; les grèves sablonneuses ne sont bonnes « qu’à produire des aulnes et des saules ».

   La distance indiquée les amène incontestablement au pont de Fully, un méchant pont de bois. « Nous dûmes y faire passer un par un nos chevaux, non sans inquiétude. Ensuite, nous continuâmes notre marche sur Sion par le côté gauche de la vallée. Le chemin était le plus souvent mauvais et pierreux, mais chaque pas nous offrait un paysage digne du pinceau. Il nous conduisit entre autres à un château élevé (Saillon), d’où l’on avait sous les yeux une des plus belles vues que j’aie rencontrées dans tout mon voyage. Les montagnes les plus proches s’enfonçaient des deux parts dans la terre avec leurs assises, et, par leurs formes, reproduisaient en quelque sorte la perspective du paysage. La largeur entière du Valais, de montagne à montagne, s’étalait sous nos yeux, et le regard l’embrassait commodément ; le Rhône… passait devant les villages, les prairies et les collines cultivées ; on voyait dans l’éloignement le château de Sion et les diverses collines… ; le dernier plan était fermé, comme un amphithéâtre, par une chaîne de montagnes blanches, illuminées comme tout le reste du tableau, par le soleil de midi. Autant la route que nous devions suivre était pierreuse et désagréable, autant nous trouvions charmantes les treilles, encore assez vertes, qui la couvraient. Les habitants, pour qui chaque petit coin de terre est précieux, plantent leurs ceps tout contre les murs qui séparent du chemin les propriétés ; ces ceps parviennent à une hauteur extraordinaire et sont amenés au-dessus du chemin au moyen de pieux et de lattes, en sorte qu’ils présentent l’apparence d’une treille continue. Le bas de la vallée consistait principalement en herbages ; mais en avançant vers Sion, nous trouvâmes aussi quelque agriculture. Aux approches de cette ville, une suite de collines donne au paysage une variété extraordinaire, et l’on souhaite pouvoir s’arrêter pour en jouir plus longtemps… »

 

 

GTell, Chateaubiand et Goethe en Valais.

Partager cet article

Repost 0

commentaires