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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 17:37

 

 

Les mesures d’hygiène publique sont du ressort des autorités civiles. En 1735 est créée une Commission establie pour la propreté de la ville de Lausanne. Malgré les ordonnances, la population vit de routine et se soucie si peu d’hygiène que le conseiller d’Apples fait part de ses observations au Conseil de Lausanne, le 20 novembre 1766. Il publie plus tard son exposé sous le titre Mémoire prophylactique sur les causes accidentelles de l’insalubrité de l’air de la ville de Lausanne, dans Acta Helvetica, Bâle, 1772. L’extrait suivant est tiré des pp. 3-5.

 

   Au mépris des ordonnances, fort peu de personnes sont exactes à balayer devant chaque maison deux fois la semaine ; ou, si on le fait, c’est d’une manière si négligente qu’il reste toujours quelques petits tas d’ordures ou de cendres par les rues, que la première pluie ou le premier char répandent de côté et d’autre ; aux environs de la boucherie et dans la tuerie même, on voit pendant plusieurs semaines des grands tas d’excréments verts qui sont sortis des entrailles des bêtes à cornes et autres animaux qui passent par les mains des valets des bouchers, d’où il résulte une odeur et des exhalaisons putrides, surtout dans les chaleurs, qui infectent tout le voisinage ; dans les tours que j’ai faits dans les boucheries comme conseiller, j’ai tâché de remédier à cet inconvénient et de représenter aux bouchers leur obligation à cet égard, mais presque toujours inutilement.

   Un second abus non moins répréhensible, c’est encore qu’au mépris des ordonnances plusieurs personnes se permettent de laisser quelquefois pendant plusieurs mois dans les rues, et surtout dans les ruelles, des grands tas ou des petits tas de fumier qui exhalent à la longue, par la fermentation, des odeurs très malsaines. Mais, ce qui met le comble à la malpropreté la plus infecte, c’est qu’il s’est introduit parmi le peuple, depuis bien des années, une licence intolérable de déposer leurs ordures dans les rues, licence occasionnée peut-être parce qu’il n’y a pas dans chaque maison de gens de cet ordre des aisances privées. Ce qu’il y a de sûr, c’est que hommes, femmes et enfants, tous indistinctement, déposent leurs ordures et déchargent leur ventre dans les ruelles, dans les grands degrés, dans les places publiques, dessous la maison de ville, autour des églises et autres bâtiments. C’est principalement la nuit ou le grand matin que ces infamies se commettent, d’où il résulte des odeurs empoisonnées qui infectent toute la ville, et si même on nettoie quelquefois les ordures ainsi déposées, ce qui se fait mal et très rarement, on voit dès le lendemain ces endroits infectés des mêmes odeurs.

   Les moyens qu’on a employés jusqu’ici pour nettoyer les rues sont non seulement insuffisants, mais même onéreux au public ; on trouverait mieux son compte à se procurer un tombereau qui fermât bien, avec un bon cheval et un valet, armé de pioches et de balais, qui fût occupé à ramasser journellement et exactement tous les fumiers, balayures, cendres, ordures qui se trouveraient dans les rues, ruelles, carrefours, places publiques, autour des églises, dessous et derrière la maison de ville et dans les faubourgs, balayer deux fois la semaine les trois grands degrés et, pour que cette dépense ne fût pas absolument onéreuse à la bourse publique, au lieu de payer pour se débarrasser de toutes ces immondices, on ferait de bons tas de ces balayages hors de la ville et des faubourgs et, à la sortie de l’hiver, on les ferait voiturer par char dans les vignes du public et des pauvres ; cet engrais ainsi exposé à l’air pendant longtemps, s’il n’est pas aussi bon que le fumier, sera toujours d’un grand usage et on n’aura pas le déplaisir d’en voir laisser la moitié dans les rues, par la négligence de ceux qui sont chargés de cette commission.

 

Sans WC à la maison, sans l’existence du tout à l’égout, sans un ramassage officiel des ordures et des fumiers et des excréments, il était très pénible de flâner dans les rues de Lausanne, du moins à cette époque.


GTell, Documents d’Histoire Suisse 1649-1797.

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