Ignace Venetz, ingénieur. 1788-1859
Le 16 au matin (1818), le lac avait baissé de 30 pieds. Venetz remarqua que les eaux se frayaient un passage par-dessous le barrage de glace en emportant les éboulis ; des détonations étaient fréquentes ; il comprit que la catastrophe devenait inévitable et prochaine. Dans l’après-midi, il descendit dans la vallée avec ses deux compagnons, laissant là-haut un certain Besse qui voulait voir l’accident. A 4 h. 30 du soir, un éclat terrible annonça la rupture de la partie de la tranchée qui tenait encore : l’eau s’échappa avec furie par ce passage. Ce n’est donc pas la masse du glacier qui a cédé, comme on l’a dit et écrit.
En moins d’une demi-heure, le lac se vida. Le courant s’éleva à plus de 100 pieds dans la gorge de Mauvoisin il emporta le pont situé à 24 pieds au dessus de la rivière, envahit le pâturage de Mazériaz, inonda le chalet qui s’y trouvait, s’engouffra dans la gorge de Ceppi et déboucha dans la plaine de Bonatchesse, le recouvrit de cailloux et enleva 42 chalets et granges-écuries. Au mayen de Brecholey, il entraîne un homme et une trentaine de constructions ; à Fionnay, il emporte 57 chalets et granges-écuries. Venetz et ses compagnons sont au dessus du hameau ; ils voient passer la masse noire de boue, de cailloux et d’arbres, accompagnés d’une vapeur noire. Tout passage dans le fond du thalweg devenait impossible ; ils durent monter pour gagner la vallée.
Les 31 constructions des mayens de Granges Neuves furent emportées ; à Lourtier : 15 maisons, 37 granges ; à Champsec : deux femmes âgées, 13 maisons, 45 granges, 15 vaches. En 40 minutes, le courant arrive au Châble où il entraîne un jeune garçon et une fille ; à Sembrancher, 2 hommes, 2 femmes et un enfant, ainsi que 8 granges-écuries. Du Châble à Martigny, le courant met 50 minutes. A Martigny-Bourg, il culbute les digues qu’on avait élevées et se divise en trois colonnes : l’une descend le long du Mont-Chemin, la seconde se répand dans le Bourg, la troisième, la plus importante, suit le lit de la rivière puis est renvoyée sur la droite. Ainsi, toute la masse s’étale sur le vaste cône d’alluvions de la Dranse, entre dans le Rhône sur plusieurs points, après avoir déposé la plus grande partie des bois dons elle était chargée. Le fleuve, dont les eaux n’étaient pas très hautes, a pu absorber ce surplus sans causer d’inondations de Martigny au Léman.
Le pouce valait 0,027 mètres, le pied 0’32, la toise 1,94 m.
Voulez-vous savoir ce qui c’est passé avant et par après ce court descriptif d’une catastrophe de 1818 ?
gtell
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