21 mai : Les dixains de St-Maurice et de Monthey acceptent de joindre un député à la commission central ; ils sont disposés à apporter leur aide pour les frais des travaux.
26 mai : Morand et une nombreuse députation de Sembrancher et de Martigny se rendent au glacier. Ils rencontrent Charpentier avec deux ingénieurs à Bonatchesse ; ils sont d’avis que les travaux doivent être poursuivis avec ardeur, comme l’unique moyen d’atténuer une débâcle.
On offre 3 Fr. de prime par toise, en plus du prix de 14 Fr. convenu pour la partie qui regardait le lac, et 17 Fr. pour celle du côté extérieur, à condition qu’on excave 7 toise par 24 heures. On craint que les ouvriers ne quittent le travail à la galerie supérieur : l’eau arrive de toutes parts ; on donne aux ouvriers des toiles cirées pour protéger le haut du corps, mais l’eau rentre dans leurs sabots ; on n’avait pu leur donner des bottes.
27 mai : de Quartéry, président du dixain de St-Maurice, avait demandé à J.-L. Gallatini, à Genève, de consulter quelques personnes de l’art, en particulier le capitaine Dufour, du génie fédéral, au sujet du lac du Giétroz. Dans sa réponse, celui-ci dit que les personnes consultées ne croient pas que le lac puisse faire une irruption subite dans la vallée. Dufour conseille la tranchée sur le glacier. Il désire, si c’est possible, que quelqu’un s’introduise au dessous du glacier pour y découvrir la nature de l’obstacle obstruant alors le tunnel par où l’eau de la Dranse s’écoulait les années précédentes. Proposition intéressante mais irréalisable ; Venetz n’en parle pas : l’ouverture devait être fermée par les éboulis de glace de l’hiver précédent. (Comment Dufour peut-il émettre un avis sans avoir été sur place ?)
27 mai : Une lettre de Venetz décrit la remontée de grosses masses de glace à la surface du lac, avec un fracas effrayant ; elles s’étaient détachées du fond du glacier. Très effrayé, croyant que l’eau avait débouché le tunnel et que le lac allait se vider par-dessous, il court prévenir les ouvriers du côté de Bagnes et faire donner le signal d’alarme. Puis il descend à Bonatchesse, écrit un billet, retire ses effets et remonte pour rassurer les ouvriers. Il rencontre ceux de la galerie contre Bagnes à Mazeriaz, arrive à les faire remonter en leur promettant une gratification pour le temps perdu. Ce fut bien plus difficile pour ceux de la galerie vers le lac : l’eau y pénétrait à la suite des grosses vagues soulevées par la remontée de la glace. Il dut leur promettre de faire une galerie de secours pour le cas où ils ne pourraient plus sortir.
29 mai : Lettre d’Andenmatten au président de Martigny : arrêté à Bovernier, on lui dit que les signaux sont allumés et qu’il ne faut pas aller plus loin ; il continue, cependant. Un peu avant Sembrancher, il rencontre le Gd Châtelain Ribordy qui lui dit que c’est une fausse alerte, due à un feu allumé non loin de l’endroit désigné sur St-Christophe. Morand écrit que l’alarme a été donnée à Martigny et que les habitants se retirent en silence.
30 mai : Billet de Venetz à la commission centrale : « En tremblant, je vous préviens que le lac a soulevé une grande partie du glacier et qu’il est sur le point de sortir. J’ai établi des gardes, en sorte qu’il est impossible d’être surpris ».
31 mai : Geofrey, chevalier anglais, annonce au gouvernement que plusieurs voitures, remplies de voyageurs, n’ont pas osé traverser le Simplon et le Valais, par suite des nouvelles qu’on répand en Italie sur les dangers qu’il y a à traverser le Valais. Le Conseil d’Etat donne un sauf-conduit à Muston, chef de poste à Sion, pour se rendre à Milan, afin d’éclairer le public sur la non-existence des dangers en traversant le Valais. La mission a été remplie avec succès.
4 juin : La tranchée de 608 pieds était terminée ; l’eau n’étant pas encore là, on travailla à la niveler et à l’approfondir. Dans la nuit du 10 au 11 juin, une nouvelle masse de glace se détacha et monta à la surface. Le 13, l’écoulement commençait à 10 h. du soir. Des fragments de glace, flottant à la surface du lac, s’introduisirent dans la tranchée et l’obstruèrent. Un ouvrier, Jacob Aberlin, s’offrit pour la dégager au péril de sa vie ; il y réussit.
A la sortie, les flots tombent à grand bruit sur les éboulis attenants à la base de Mauvoisin où ils creusent un abîme qui fait surplomber le glacier. Deux ouvriers, restés sur les lieux, sont saisis d’effroi à la vue d’un tel spectacle que les bruits répercutés par les montagnes et les ombres de la nuit rendent plus impressionnants. Le factionnaire, placé sur le pont de Mauvoisin, partageant les mêmes terreurs, donna le signal d’alarme qui fut transmis jusqu’à Martigny. (deuxième alarme) Toute la population riveraine de la Dranse était sur pied et tenue en alerte avec la crainte de revivre les scènes de 1595. Cette année-là une très grave inondation s’était produite dans les mêmes circonstances.
Morand écrit au Gd Bailli : à 6 h. du soir, il avait reçu une lettre de la commission ; à 10 h. 15, il se trouvait sur le pont de la Bâtiaz, lorsqu’il vit le feu s’allumer au signal du Mont-Chemin. Aussitôt, les gardes du château de la Bâtiaz mettent le feu à leur bûcher. Il expédie un courrier à St-Maurice et à Monthey. A 3 h. du matin, il reçoit une lettre de la commission qui ne sait pas encore pourquoi les signaux ont été allumés.
Dans sa lettre, écrite de Bonatchesse, le 15 à 6 heures du matin, Venetz indique le comportement de l’eau à la sortie de la galerie. Le glacier est coupé d’aplomb sur une profondeur de 80 pieds. Les terres se sont éboulées du côté de Mauvoisin, à 20 toises au dessus de la barme où la compagnie des travailleurs de la galerie extérieure se réfugiaient.
La barme, le chemin, les traineaux, les planches, la sonde venue de Bex et plusieurs autres effets ont été entrainés dans les flots. L’accès du lac est devenu très périlleux.
Venetz estime qu’on n’est point garanti d’accidents bien que la galerie ait baissés de 10 pieds. Il craint que la cascade ne ronge trop verticalement la glace. Deux membres de la commission se sont rendus au Giétroz le matin du 15. On estime que la barre n’a plus que 50 toises d’épaisseur sous la ligne de la galerie. On reprend espoir dans la journée du 15 : la galerie (la tranchée est plus parlante que galerie pour désigner ce qui a été fait.) est en pleine activité ; à 6 h. le lac avait baissé de 10 pieds. Venetz, cependant, voit son angoisse augmenter ; il passe la journée du 15 au 16 sur le glacier avec deux hommes, afin de mieux s’assurer de la marche des choses et pour parer aux obstacles qui pourraient se rencontrer. Cette précaution a été très utile puisque, pendant la nuit, la galerie a été obstruée par des débris de glace. Il trouva un ouvrier allemand qui eut le courage héroïque de se faire descendre dans la galerie ; avec une bêche, il réussit à remettre les glaces en mouvement ; il eut le bonheur de pouvoir se sauver. « Nous avons veillé cette nuit, car l’ennemi est en pleine marche ». (Venetz) Ecrivant au Gd Bailli, Morand dit :
« Venetz est précieux pour nous, aussi infatigable qu’ingénieux, il mérite toute notre estime ».
à suivre...
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