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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 17:10

 

Garde-Suisse.jpg   Le parti républicain, résolu à obtenir la déchéance du roi, avait décidé un coup de force. Le 10 août, de bon matin, des milliers d’hommes armés – populace parisienne et fédérés marseillais – envahirent les alentours des Tuileries. La seule troupe sur laquelle le roi pouvait compter était la Garde Suisse, forte de 1100 hommes environ. Officiers et soldats n’avaient tous qu’une pensée : sauver le roi ou tomber avec lui. Tandis que le faible Louis XVI cherchait un asile avec sa famille au sein de l’Assemblée nationale, les Suisses restèrent à leur poste. On les exhorta à se rendre ; ils refusèrent. Le capitaine Dürler, de Lucerne, répondit : « Je me croirais déshonoré de me rendre. Je suis responsable de ma conduite envers les cantons mes supérieurs et jamais je ne déposerai les armes ». Le fourrier Blaser répondit fièrement au nom de ses compagnons d’armes : « Nous sommes Suisses et les Suisses ne rendent les armes qu’avec la vie ! » Un Maillardoz, de Fribourg, un Bachmann, de Glaris, et tant d’autres, étaient de la même trempe.

 

   Dans des circonstances qui restent mal connues, éclata une violente fusillade. Sectionnaires et fédérés durent se retirer en désordre malgré leur nombre et leur artillerie. Après un combat d’environ deux heures, les munitions des Suisses vinrent à manquer.

 

   Le château des Tuileries était forcé lorsque le roi fit porter aux Suisses l’ordre de cesser le feu et de se retirer dans leurs casernes. Un détachement réussit à se frayer passage jusqu’à la salle de l’Assemblée législative où se trouvait le roi, et obligé de déposer les armes, fut livré aux fureurs de la foule. Le reste soutint un combat désespéré jusqu’à ce que toute résistance fût devenue impossible.

 

   Environ 786 Suisses périrent dans cette sanglante journée où sonna le glas de la monarchie française. Un certain nombre de ceux qui avaient été faits prisonniers furent massacrés au mois de septembre ; un officier de la garde nationale réussit toutefois à en sauver plus de deux cents en les faisant incorporer dans les bataillons de Paris.

 

   Le drame du 10 août modifiait la situation de la Suisse. Elle s’était déclarée neutre au printemps de la même année lorsque la France était entrée en guerre contre l’Empire. La France révolutionnaire ne devenait-elle pas maintenant une ennemie ? Plusieurs cantons, tels que Berne, Fribourg et Soleure, manifestaient des sentiments belliqueux. L’ambassadeur de France, Barthélemy, qui était royaliste, s’efforça d’apaiser les cantons. La Suisse, divisée contre elle-même, se contenta de rompre les relations diplomatiques. Barthélemy avait vu juste lorsqu’il écrivait à son gouvernement que les Suisses, tout irrités qu’ils fussent, n’entreraient pas en campagne : « le vœu secret de la grande majorité des cantons est de se tenir jusqu’à la dernière extrémité à la neutralité ».

 

   Pendant les pires années de la Révolution, au temps de la dictature jacobine, la Suisse ne fut pas inquiétée. La France avait fort à faire à se défendre et se procurait, par l’intermédiaire et pour le plus grand profit de la Suisse neutre, certaines denrées qui lui manquaient. Après les victoires de la France, la paix de Bâle avec la Prusse et l’Espagne (1795), la conquête de la Lombardie, et la paix de Campo-Formio avec l’Autriche (1797), la position de la Suisse changea. Son territoire devait, dès lors, assurer à la France de bonnes communications avec la République cisalpine. Par conséquent, le Directoire allait s’efforcer de promouvoir dans notre pays l’établissement d’un régime qui lui donnât toutes les garanties désirables.

 

   Entre temps, la propagande révolutionnaire, l’exemple de la France et les vices de l’ancien régime allaient porter leurs fruits.

 

A suivre...

 

GTell, Histoire de la Suisse, L. Suter et G. Castella

 

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