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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 18:35

 

Prélude du bouleversement de la Confédération

 

   Car les gouvernements cantonaux ne surent tirer aucune leçon, de 1789 à 1797, des bouleversements qui s’étaient produit en France. Comme tous les pouvoirs établis de l’ancien régime, ils croyaient que la Révolution ne serait que passagère, ils escomptaient la victoire de la coalition et certains d’entre eux soutenaient secrètement la contre-révolution. Ils se refusèrent donc à modifier les anciennes constitutions et à resserrer le lien fédéral. Toutes les tentatives de rénovation furent étouffées, et le peuple, maintenu dans l’obéissance.

 

   Mais l’exemple de la France était contagieux ; le mécontentement grandissait ; un parti révolutionnaire se formait dans les campagnes, lasses des charges féodales, et dans les bourgeoisies, exaspérées par l’oligarchie. Toutefois, la masse du peuple, contente de vivre en paix dans l’Europe en feu, était encore tranquille, et les « patriotes » (c’était le nom des partisans de la révolution) remettaient par prudence au lendemain de la paix l’exécution de leurs plans. Il n’y eut que des soulèvements locaux dont l’importance varia suivant les lieux. Ils furent réprimés, et tout resta en l’état jusqu’au jour où l’action diplomatique et militaire de la France vint seconder les efforts du parti révolutionnaire suisse.

 

   Le premier soulèvement se produisit en 1790 dans le Bas-Valais qui voulait s’affranchir de la domination des Haut-Valaisans ; le gouvernement l’étouffa. L’année suivante, le mécontentement se fit jour dans le Pays de Vaud contre la domination bernoise. Il n’y eut pas de révolte proprement dite, mais à Lausanne et à Rolle, on célébra par des banquets, des chants et des danses l’anniversaire de la prise de la Bastille (14 juillet). [Voir aussi les articles, A propos d’archives, les Bourla-Papey] On s’oublia jusqu’à crier : « Les aristocrates à la lanterne ! » Leurs Excellences, pour ôter aux Vaudois le goût de leurs grimaces démocratiques, ainsi que l’écrivait le conseiller bernois Frisching, firent occuper le Pays de Vaud par 2000 hommes et 60 canons. Les représentants des communes vaudoises durent faire, tête nue, amande honorable, au château de Lausanne. Les esprits fermentaient aussi dans l’évêché de Bâle. Le prince-évêque demanda du secours à l’Empereur, qui lui envoya des troupes. La guerre ayant éclaté sur ces entrefaites entre la France et l’Autriche, les troupes françaises occupèrent le Porrentruy ; la « République rauracienne » [1] fut proclamée (1792). L’année suivante, la Convention incorpora le Porrentruy à la France après un semblant de consultation populaire et en fit le « département du Mont-Terrible ». En même temps que la France occupait la Savoie (1792), elle tenta de s’emparer de Genève où des révolutionnaires firent régner la terreur et frappèrent les riches de lourdes taxes. Des troupes bernoises et zurichoises occupèrent la ville, puis se retirèrent lorsque les Français en firent autant ; l’annexion en fut retardée de quelques années.

 

Chateau_Ptruy_site_vile.jpg

Château de Porrentruy

 

   Au canton de Zurich, les villageois riverains du lac furent les premiers à réclamer des réformes. Quelques hommes de Staefa présentèrent au gouvernement un « mémorial » dans lequel ils avaient rassemblé les plus importants griefs des populations rurales. Ils rappelaient les franchises que le gouvernement avait lui-même accordées au commerce et à l’industrie au profit de la capitale, et ils demandaient une constitution et l’égalité des conditions. Des copies du «mémorial de Staefa » furent répandues dans le peuple et discutées dans les assemblées populaires. Lorsque le Conseil en eut connaissance, il eut peur d’une révolte et fit arrêter et condamner sévèrement l’auteur du mémorial et quelques suspects. Les paysans ne se laissèrent pas intimider. Ils se hâtèrent de rechercher leurs anciennes lettres de franchises, trouvèrent des copies de la « lettre de Waldmann » et de la « lettre de Cappel » et demandèrent au gouvernement si ces documents valaient encore quelque chose. Le Conseil de Zurich les envoya sans ménagements et cita à comparaître une foule de personnes. Elles firent défaut, et des troubles éclatèrent dans les communes riveraines du lac ; le gouvernement fit alors occuper Staefa et désarmer les habitants. Une longue et difficile enquête fut instruite et aboutit à de sévères condamnations ; plus de 250 personnes furent condamnées à l’amande, aux travaux forcés, au pilori. Jacob Bodmer, trésorier de Staefa, fut conduit à l’échafaud ; le bourreau dut brandir le glaive au-dessus de la tête du vieillard, qui fut envoyé ensuite au bagne avec d’autres chefs de l’insurrection (1795).

 

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_rauracienne

 

 

GTell, Histoire de la Suisse, L.Suter et G. Castella

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