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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 19:13

 

NOUS AVONS RENCONTRÉ UNE ARDENTE SYMPATHIE

 

Première partie.

 

   Le 1er mai 1917, le journal Jugend-Internationale, organe de l’Union internationale des organisations socialistes de la jeunesse paraissant à Zurich, publiait la Lettre d’adieu aux ouvriers suisses, signée N. Lénine. Elle remerciait les ouvriers suisses de la chaleureuse sympathie, des sentiments d’amitié et de camaraderie qu’ils avaient témoignés aux émigrés russes pendant leurs longues années d’exil. Cette lettre avait été adoptée à l’unanimité au cours d’une réunion des membres du Parti ouvrier social-démocrate (bolchevik) de Russie qui s’étaient rencontrés à Berne au mois d’avril, avant de rentrer dans leur pays.

   Le monde était stupéfait : en Russie, l’autocratie tsariste était balayée par la révolution. L’heure de la révolution socialiste approchait. Au moment où la lettre d’adieu parut dans la presse, Lénine se trouvait déjà à Petrograd après 15 ans de vie à l’étranger, dont la moitié en Suisse.

   A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la Confédération helvétique avait donné asile à beaucoup d’émigrés politiques de différentes tendances. Les pionniers de la social-démocratie russe avaient vécu ici. Pendant les années 60 du siècle dernier, Genève était devenue un centre international de l’émigration révolutionnaire. Cette ville peuplée pour l’essentiel de descendants des Huguenots, patrie de Rousseau, de Saussure, de Necker, de Sismondi, de Pradier, accordait volontiers asile aux émigrés politiques. Les garibaldiens italiens étaient venus s’installer à Genève ainsi que les Polonais, participants au soulèvement de 1863, les révolutionnaires allemands qui avaient fui l’Allemagne de Bismarck, les Communards exilés après la défaite de la Commune de Paris. Les premières sections de l’Internationale y apparurent après 1864, et en cinq ans on en comptait 26. Ces sections groupaient plusieurs milliers d’ouvriers, soit environ la sixième partie de la population adulte de la ville. En septembre 1866, se tint à Genève le 1er Congrès de la Première Internationale fondée par Marx et Engels qui « … a jeté les fondements de la lutte prolétarienne, internationale, pour le socialisme », écrivait Lénine.

   Genève fut alors le principal centre de l’émigration démocratique révolutionnaire russe. C’est là que de mai 1865 à juillet 1867, Herzen et Ogarev firent paraître le Kolokol (la Cloche), organe de la presse libre russe à l’étranger. Cette revue portant la devise Vivos Voco ! (J’appelle les vivants) traitait des questions de la théorie et de la pratique du mouvement social progressiste. Défendant avec passion les opprimés, elle les éveillait au combat contre l’autocratie. Au début de 1870, une Section russe de la Première Internationale fut créée à Genève. Ses membres A. Trousov, N. Outine, V. Barténev (Nétov) demandèrent à Karl Marx de représenter la Russie au Conseil général de l’Internationale. Marx accepta.

   « La jeune émigration », les disciples du grand démocrate révolutionnaire russe Tchernychevski, étaient vivement attirés par le marxisme. Les membres de la section participèrent activement aux événements de la Commune de Paris. Installés à Genève, ils se joignirent au mouvement ouvrier suisse.

   En automne 1883 fut créé à Genève le premier groupe marxiste russe « Libération du Travail » avec à sa tête l’éminent théoricien et propagandiste du marxisme, Plekhanov. Ce groupe acquis par la suite un immense prestige dans le mouvement social-démocrate russe. Il fit beaucoup pour traduire en russe et diffuser en Russie les ouvrages du socialisme scientifique et contacta Friedrich Engels. Quand en 1893 la IIe Internationale se réunit en congrès à Zurich, avec comme question essentielle de l’ordre du jour celle de la guerre, le principal rapport fut présenté par Plekhanov. Il eut la chance d’entendre alors la dernière intervention qu’Engels prononça avant de mourir, un discours brillant où il mettait en garde contre les tendances opportunistes dans les partis socialistes. Ce fut un discours prophétique. L’espérance d’Engels de transformer la IIe Internationale en Internationale Communiste ne se matérialisa pas. La fondation de l’Internationale Communiste est inséparable du nom de Lénine.

   La Suisse occupe une place importante dans l’action révolutionnaire de Lénine. Il vécut à Genève, à Berne, à Zurich, à Lausanne, visita Bâle, la Chaux-de-Fonds et beaucoup d’autres endroits. Ce pays lui fut hospitalier. Vladimir Ilitch n’y vécut pas seulement en émigré préoccupé des intérêts de son peuple, mais fut aussi étroitement lié au mouvement social-démocrate européen et suisse. Le séjour de Lénine en Suisse comprend les périodes de sa première et seconde émigrations, et concerne les années de sa vie à Genève (1900, 1903-1905, 1908) et à Berne-Zurich (1914-1917). Son épouse et camarade, la grande militante du Parti communiste, Nadejda Constantinovna Kroupskaïa, se trouvait à tout moment à ses côtés. Consacrant toutes ses forces à la cause de la classe ouvrière, Lénine militait entouré de ses fidèles compagnons, bolcheviks inflexibles qui avaient connu la prison et la déportation.

   Lénine se rendit pour la première fois à l’étranger en mai 1895. Il vint alors en Suisse, chargé par les marxistes de Pétersbourg d’établir la liaison avec le groupe « Libération du Travail » et pour étudier le mouvement ouvrier ouest-européen.

   Le premier baptême révolutionnaire de Lénine (dont le vrai nom est Oulianov, Lénine étant un pseudonyme) eut lieu au bord du grand fleuve russe, la Volga, à Kazan, où il arriva à l’âge de 17 ans, venant de Simbirsk (aujourd’hui Oulianovsk). C’est dans cette ville sur la Volga qu’il naquit le 22 avril 1870.

   Lénine grandit dans une grande famille unie d’intellectuels progressistes. Son père Nikolaïévitch Oulianov, fils d’un ancien paysan serf, était parvenu grâce à un travail acharné et des dons hors du commun, à faire, malgré la misère, des études supérieures pour devenir plus tard inspecteur puis directeur des écoles populaires. La mère de Lénine, Maria Alexandrovna, fille de médecin, esprit cultivé, s’était entièrement consacrée à l’éducation de ses enfants. Ayant terminé le lycée de Simbirsk avec une médaille d’or (prix d’excellence), Vladimir Ilitch s’inscrivit à la Faculté de droit de l’Université de Kazan. Peu avant, la famille Oulianov fut frappée par un grand malheur. En janvier 1886, le père mourut et, le 1er mars 1887, le frère aîné et le plus aimé de Lénine, Alexandre Ilitch, fut arrêté et , plus tard, exécuté pour avoir participé aux préparatifs de l’attentat contre le tsar Alexandre II. Le supplice de son frère, tombé dans le combat contre le despotisme du tsar, impressionna profondément Vladimir Ilitch et renforça encore sa décision de consacrer sa vie au combat révolutionnaire. Mais le jeune Oulianov refusa l’option de son frère et de ses camarades, celle de la terreur individuelle, et chercha des moyens nouveaux de libérer les travailleurs. Pour avoir participé à une réunion d’étudiants, à Kazan, Lénine fut arrêté, emprisonné et assigné à résidence dans le village de Kokouchkino.

 

GTell, Séjour de Lénine en Suisse, Agence de Presse Novosti-Moscou (1971)

 

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