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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 18:23

 

   À la suite de l’assassinat de Gaudot, le ministre plénipotentiaire du roi de Prusse, Friedrich-Wilhelm von Derschau, présente aux députés des quatre cantons alliés, Berne, Lucerne, Fribourg et Soleure, réunis à Morat, le 13 août 1768, un mémoire sur l’ensemble de l’affaire Gaudot. Ce document, qui est « à la fois un résumé très complet des événements et un réquisitoire serré dirigé contre le magistrat neuchâtelois », est publié in extenso par Pierre Favarger et Jean Borel dans Documents inédits des archives de Berlin sur les troubles de Neuchâtel de 1766 à 1768, dans le Musée neuchâtelois, 50e année, Neuchâtel, 1913. L’extrait suivant est tiré des pp. 275-276.

 

   Mais n’y a-t-il donc, dira-t-on, ni police, ni lois, ni sûreté à Neuchâtel ? il y a sans doute à Neuchâtel de très honnêtes gens, qui n’ont pris aucune part à ces horreurs ! Il y a une police, il y a des lois et des magistrats chargés de les faire observer. La police et le droit d’armes appartient à la ville ; ce sont les quatre-ministraux et le conseil qui l’exercent et qui, dans ce cas, étaient chargés par la constitution de pourvoir à la sûreté publique de dissiper ce tumulte et de sauver Gaudot. Ils en ont été sommés de bouche et par écrit par le vice-gouverneur, sous peine d’en répondre. Ils ont paru se donner bien des mouvements et prendre bien des mesures dans ce but. Ils ont fait armer des soldats, commandé une compagnie de grenadiers ; mais il faut le dire, la passion qui s’était emparée des âmes dans tous les ordres et dans tous les âges était devenue une fureur presque générale ; les esprits étaient aveuglés, fascinés, pervertis. Le plus grand nombre aurait sans doute frémi de tremper ses mains dans le sang de Gaudot, mais, pleins de cette haine, ils concouraient à ce tumulte, ils l’encourageaient, les uns par leur contenance, leur air et leurs discours, d’autres par leur exemple, d’autres enfin simplement par leur présence. Mais tous, ou presque tous laissaient faire et n’étaient pas fâchés dans le fond de leur âme qu’il se trouvât enfin des âmes atroces et barbares qui consommassent le crime. Voilà, pour se renfermer dans l’inculpation la plus modérée, le principe de cette indolence du magistrat qui délibère pourtant et n’agit point, qui ne prend aucune mesure efficace et vigoureuse, qui fait armer des soldats, commande des grenadiers et ne leur donne aucun ordre précis, ferme et proportionné au besoin et au danger, qui, du moins, ne veille point à leur exécution et qui, enfin, ne leur fait pas rendre compte d’une odieuse et punissable conduite. A qui ce magistrat persuadera-t-il que, s’il l’avait voulu sincèrement et fortement, il n’aurait pas sauvé cet infortuné pendant un tumulte qui a duré environ 30 heures et pendant lequel, suivant son propre verbal, il y a eu des intervalles de calme et de repos ? N’est-ce pas un peu ridicule que cette voiture que l’on envoie sans escorte au milieu d’un peuple agité, avec deux seuls huissiers ? N’a-t-on pas prévu d’avance, n’était-il pas évident qu’elle aurait le sort qu’elle a essuyé ? N’était-ce pas le moment, si ce magistrat avait sérieusement voulu sauver Gaudot, où il devait se montrer avec cette fermeté, ce courage et cette autorité qui en imposent toujours à la multitude ? Un corps de magistrature respectable et respecté peut-il et doit-il se défiler de l’impression de sa présence sur ce peuple ? Si les principaux membres du corps des ministraux ou du conseil de ville étaient entrés dans cette voiture, et que tous les autres les eussent précédés en corps, sous l’escorte de la compagnie des grenadiers, peut-on douter que l’avocat général du roi n’eût été sauvé ? Peut-on sans indignation voir dans la procédure que, pendant ce moment critique et décisif, cette compagnie paradait sur la place, faisait des marches et des contremarches, tambour battant, et cela, dit-on, dans le but d’attirer le peuple qui était dans la rue du tumulte ?

 

Quatre-ministraux. Nom donné aux magistrats de la Ville et Bourgeoisie de Neuchâtel du Moyen Age à la Révolution de 1848.

 

Les questions sont posées et les interrogations aussi, mais qu’en est-il des sanctions ?


 

GTell, Documents d’Histoire Suisse.

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