Donc vous venez de faire connaissance d’Ignace Venetz, ingénieur de son état, qui à 30 ans devint un personnage connu pour son engagement et son travail sur les événements du Giétroz. Dès ce
moment, il est un ingénieur sollicité par son employeur, l’Etat du canton du Valais pour des problèmes semblables sur divers glaciers. Glaciers et lacs qui demandaient la même intervention qu’au
Giétroz. Ce sont par exemple le lac de Marjelen, le lac de Mattmark (1811), en 1815 glaciers du Gorner et de Z’Mutt, en 1817 celui des Eaux Froides au Simplon, éboulement du glacier du Weisshorn.
Venetz est aussi l’ingénieur qui étudiât le projet de l’endiguement général du Rhône et qui participât à ces travaux. À un moment de sa carrière, pour subvenir à l’entretient
de sa nombreuse famille, il devint ingénieur pour le canton de Vaud. Ce sont les observations de tous les lieux qu’il visitât et parcourût à pieds en large et en travers, qu’il rédigeât des notes
qui allait devenir un ouvrage de référence d’une théorie nouvelle : La Théorie Glaciaire.
Je ne vais pas vous écrire le cheminement qu’il suivit ni sa pensée, ceci prendrait trop de pages et d’autant plus que certains ont déjà écrit sur Internet l’histoire d’Ignace Venetz et sa
théorie.
Sa théorie était si révolutionnaire qu’elle fit peur, probablement à lui-même étant chrétien, qui sait que Dieu a créé le monde il y a seulement quelques milliers d’années, et à beaucoup de
scientifiques de l’époque ; comme l’a été la théorie de l’évolution de Darwin, évolution qui s’échelonne sur plusieurs millions d’années.
Les Venetz, ceux qui viennent de Venise, étaient, dit-on, des Italiens arrivés dans la vallée de Saas par le Monte-Moro, dès 1400. Ce que fut cette famille, Ignace Venetz nous le dit en quelques
lignes qu’il écrivit pour servir à l’histoire de sa vie :
« Je suis d’une ancienne famille noble. Je laisse aux antiquaires du Valais, s’il y en a jamais, le soin de rechercher le nombre des Grands Baillifs, des Grands et Petits Bannerets, etc.,
que notre famille a produit depuis plusieurs siècles. On dit bien qu’elle possédait autrefois la vallée de Saas en entier. Je me souviens encore des ruines d’un château, et d’une grande plaine,
couverte de cailloux, qu’on m’a montrée en disant : voilà les restes d’une belle campagne qui appartenait autrefois à un Grand Baillif Venetz. Je suis donc le descendant d’un Grand Baillif.
Cependant, lorsque je suis venu au monde, mon père était menuisier, ébéniste, meunier, boulanger : un pauvre diable que la misère a poursuivi jusqu’à la mort. »
La branche d’Ignace Venetz provenait de Neubrück, près de Stalden.
Il naquit le 21 mars 1788, à Visperterminen, fils de Pierre-Ignace Venetz et d’Anne-Marie Stoffel. Son père fit preuve d’intelligence en l’envoyant au collège de Brigue. L’état ecclésiastique
l’attira tout d’abord : il entra au Séminaire. Mais les sciences naturelles et les mathématiques le captivaient ; c’était sa voie qui se dessinait.
Sa formation d’ingénieur était terminée au moment où le Valais devenait le département du Simplon (1810) ; il fut admis dans le corps impérial des Ponts et Chaussées ; il y resta
jusqu’en 1815 (naissance de canton du Valais).
Les Autrichiens, ayant pénétré en Valais, se l’attachèrent et le nommèrent officier d’artillerie. Avec une compagnie de Croates, il fut occupé aux fortifications de St-Maurice. Il les suivit
jusqu’à Domo ; convaincu qu’il n’aurait plus d’avancement, il demanda et obtint son congé.
De retour en Valais, il épousa Maria-Josepha Andenmatten, dont il eut sept enfants : Eugène, Ruffina, Ludwig, Louise, Joséphine, Franz et Grégoire. Il accepta un poste d’ingénieur à l’Etat
du Valais et le conserva jusqu’en 1836 il y déploya une grande activité, partagée entre ses travaux d’ingénieur et des recherches scientifiques très vaste qui devaient le conduire à la découverte
de la théorie glaciaire.
Ses ressources ne suffisant pas à satisfaire les besoins de sa nombreuse famille, il accepta, en 1836, une place d’ingénieur au service de l’Etat de Vaud. L’entreprise de l’endiguement de la Baye
de Clarens lui fut adjugée. Les premières années, ses travaux furent couronnés de succès. Mais survinrent des pluies torrentielles qui anéantirent la plus grande partie des ouvrages. En 1846,
découragé, il demanda et obtint d’être relevé de ses obligations. Il resta encore au service de l’Etat de Vaud jusqu’en 1855, puis retourna à Sion.
Il s’occupa alors de la construction de la ligne d’Italie et de la rédaction de son second mémoire sur l’extension des anciens glaciers. Chargé d’établir des plans d’ouvrages de colmatages dans
la plaine de Riddes et Saxon, c’est là que, en février 1859, il devait contracter un douloureux engorgement des poumons, suivi de paralysie.
« La résignation et le courage de cet homme de travail furent parfaits. Il ne se plaignit pas : ses jours étaient pleins, et ses mérites aussi ; il attendait la récompense de Celui
qu’il avait honoré par sa foi, sa science et son dévouement et, le 20 avril 1859, son âme s’envola vers l’Auteur de tout ce qu’il avait aimé et admiré ».
Au glacier du Giétroz
Avant la débâcle de 1818
Le glacier du Giétroz se trouve dans la partie supérieure de la vallée de Bagnes (Valais), sur la rive droite de celle-ci. Il occupe un cirque, fermé au sud et au sud-est par la Ruinette – 3875
m. – et le Mont-Blanc de Cheilon – 3869 m. - ; à l’ouest par l’arête du Mont-Rouge – 3314-3417 m. - ; au nord, par la Luette – 3548 m. – et le Pleureur – 3703 m. -. Sa longueur atteint
4,5 km., sa largeur au centre du cirque d’alimentation 2 km. Il se dirige vers le nord puis, vers 3000 m., il forme un arc de cercle vers l’ouest, se rétrécit, descend une forte pente et, haché
de crevasses, aboutit à 2455 m. (cote frontale en 1876 ; en 1934, 2509 m.) au sommet d’une paroi de rochers qui domine la vallée de 700 mètres, presque verticalement. Le torrent
sous-glaciaire s’est creusé un couloir ; il tombe en cascade dans la Dranse, 1797 m.
Sur la rive gauche de la vallée, du Bec de la Liaz – 3457 m. – se détache l’arête des Mulets de la Liaz – 2839-2660 m. - ; elle s’avance vers le fond de la vallée, forme le replat de
Pierre-à-Vire – 2415 m. -, pour tomber enfin à Mauvoisin, en face de la cascade du Giétroz, suivant une pente rocheuse très forte.
En remontant la vallée depuis Fionnay, on traverse un cône d’éboulis boisé, puis on atteint le groupe de chalets de mayens de Bonatchesse, suivi d’une plaine coupée par le petit seuil de Ceppi.
Le pâturage de Mazériaz, tout parsemé de cailloux tombés du Pleureur, aboutit à un verrou de 113 m. La Dranse l’a scié par une gorge profonde et étroite. On la traverse sur un pont en pierre de
12 m., dominant la rivière de 25 m. Ce rétrécissement se prolonge sur 1300 m. Après avoir surmonté le seuil de Mauvoisin, le chemin descend de 43 m. : on se trouve alors devant la cascade de
Giétroz. La gorge s’est élargie un peu, jusqu’à une soixantaine de mètres. En amont, le défilé s’élargit, la pente du fond de la vallée ne s’élève que de 47 m. sur 2400 m. on l’appelait Plan
Durand, aujourd’hui Torrembé.
C’est dans ce cadre sauvage que va se jouer le drame que nous allons évoquer.
Récit de : Ignace Mariétan
Si vous n’êtes pas de la région, ni un valaisan pur sucre je vous conseil de chercher le barrage de Mauvoisin avec Google Maps, le barrage est pratiquement situé nord/sud et le glacier du Giétroz
est situé à droite du barrage quand vous regardez le lac, la grosse tache blanche entre La Ruinette au sud et Le Pleureur au nord, c’est le glacier.
Le 16 au matin (1818), le lac avait baissé de 30 pieds. Venetz remarqua que les eaux se frayaient un passage par-dessous le barrage de glace en emportant les éboulis ; des
détonations étaient fréquentes ; il comprit que la catastrophe devenait inévitable et prochaine. Dans l’après-midi, il descendit dans la vallée avec ses deux compagnons, laissant là-haut un
certain Besse qui voulait voir l’accident. A 4 h. 30 du soir, un éclat terrible annonça la rupture de la partie de la tranchée qui tenait encore : l’eau s’échappa avec furie par ce passage.
Ce n’est donc pas la masse du glacier qui a cédé, comme on l’a dit et écrit.
En moins d’une demi-heure, le lac se vida. Le courant s’éleva à plus de 100 pieds dans la gorge de Mauvoisin il emporta le pont situé à 24 pieds au dessus de la rivière, envahit
le pâturage de Mazériaz, inonda le chalet qui s’y trouvait, s’engouffra dans la gorge de Ceppi et déboucha dans la plaine de Bonatchesse, le recouvrit de cailloux et enleva 42 chalets et
granges-écuries. Au mayen de Brecholey, il entraîne un homme et une trentaine de constructions ; à Fionnay, il emporte 57 chalets et granges-écuries. Venetz et ses
compagnons sont au dessus du hameau ; ils voient passer la masse noire de boue, de cailloux et d’arbres, accompagnés d’une vapeur noire. Tout passage dans le fond du thalweg devenait
impossible ; ils durent monter pour gagner la vallée.
Les 31 constructions des mayens de Granges Neuves furent emportées ; à Lourtier : 15 maisons, 37 granges ; à Champsec : deux femmes âgées, 13 maisons, 45
granges, 15 vaches. En 40 minutes, le courant arrive au Châble où il entraîne un jeune garçon et une fille ; à Sembrancher, 2 hommes, 2 femmes et un enfant, ainsi que 8 granges-écuries. Du
Châble à Martigny, le courant met 50 minutes. A Martigny-Bourg, il culbute les digues qu’on avait élevées et se divise en trois colonnes : l’une descend le long du Mont-Chemin, la seconde se
répand dans le Bourg, la troisième, la plus importante, suit le lit de la rivière puis est renvoyée sur la droite. Ainsi, toute la masse s’étale sur le vaste cône d’alluvions de la Dranse, entre
dans le Rhône sur plusieurs points, après avoir déposé la plus grande partie des bois dons elle était chargée. Le fleuve, dont les eaux n’étaient pas très hautes, a pu absorber ce surplus sans
causer d’inondations de Martigny au Léman.
Le pouce valait 0,027 mètres, le pied 0’32, la toise 1,94 m.
Voulez-vous savoir ce qui c’est passé avant et par après ce court descriptif d’une catastrophe de 1818 ?
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