Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Rechercher Un Mot

Articles Récents

Liens

29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 15:54

La visite des curiosités

[Le texte en forme de conclusion, « La visite des curiosités » n’a plus l’intérêt qu’il avait lors de l’élaboration du livret de présentation des grottes de Saint-Béat. En effet, plus de 50 ans ont passés avec des améliorations qui ont suivis les investissements et les progrès techniques. Aujourd’hui il n’est même plus question de publier un tel livret de 48 pages avec de nombreuses reproductions qui enrichissent le texte, puisqu’il y a Internet. Le moyen qu’offre Internet est probablement l’outil de promotion le plus efficace, quand celui-ci est bien utilisé.]

[Si vous êtes arrivé ici, en me suivant dans l’histoire de ces grottes, c’est que vous avez un peu de curiosité. Cette curiosité doit vous inciter à suivre le lien qui vous montrera les beautés du lieu que j’ai essayé de vous présenter. Comme le site bénéficie de très belles photos et qu’il est bien construit, vous aurez aussi du plaisir à le consulter et de planifier, pourquoi pas, une prochaine visite aux grottes de Saint-Béat.] Gtell.

Nota. Le texte de cette brochure basé sur différentes publications antérieures de la Société des Grottes de Saint-Béat a été rédigé par M. Hartmann.

Repost 0
28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 17:29

L’ouverture de la grotte au torrent

Les eaux mugissantes qui jaillissent de la grotte au torrent et se précipitent ensuite du haut des rochers ont toujours incité les voyageurs hardis à pénétrer à l’intérieur. Le peintre Hans Stähli de Brienz parle d’une tentative de ce genre en l’an 1811. Il atteignit une profondeur de 200 mètres. Les merveilles qu’il contempla lui firent une profonde impression. En 1848, Johannes Knechtendorfer, le premier capitaine du lac de Thoune, poussa jusqu’à la salle désignée depuis sous le nom de « grotte du capitaine ». On y peut distinguer encore ses initiales et celles de ses compagnons peintes à l’huile.

Les eaux mugissantes qui jaillissent de la grotte

Les eaux mugissantes qui jaillissent de la grotte

Une reconnaissance méthodique, par contre, ne se fit que beaucoup plus récemment.

En 1903, le jeudi saint, M. Hermann Hartmann, directeur de l’Office du tourisme de l’Oberland bernois, obligé parfois de ramper, atteignit le premier élargissement. Une commission fut nommée peu après et l’on décida de rendre cette merveille de la nature accessible au public. Il fallait tout d’abord construire un chemin à partir de la route cantonale. A l’intérieur, il fallut faire sauter les passages trop étroits entre les différentes grottes et les assécher en pompant les siphons. C’est ainsi que, vers la fin de l’année, on avait déjà atteint une profondeur de 750 mètres. Le zèle des explorateurs était constamment avivé et puissamment stimulé par la richesse croissante des découvertes. Mais à lui seul, le zèle ne suffisait pas. Les travaux coûtaient cher, très cher. 20 000 francs avaient été investis en un clin d’œil et l’éclairage électrique dont le besoin se faisait toujours plus pressant n’était pas encore installé. Une coopérative au capital de 100 000 francs fut fondée pour faire face à cette exigence aussi. La grotte fut ouverte au public le 20 juillet 1904. L’optimisme des initiateurs fut récompensé. La première année déjà 10 643 personnes visitèrent les grottes. L’année suivante, lorsque le débarcadère de Sundlauenen fut mis en service, ce nombre fit plus que doubler : on compta en effet 24 012 visiteurs. Jusqu’au début de la première guerre mondiale, la moyenne fut de 28 238 personnes par année.

Les années de crises qui suivirent, puis la deuxième guerre mondiale, mirent la coopérative à rude épreuve. Il fallut procéder à des assainissements. On ne pouvait pas parler d’une « mine d’or », mais bien de l’étonnante ténacité qui permit de surmonter cette crise et de garder intacte, au profit du tourisme oberlandais, l’œuvre commencée au début du siècle.

Ces soucis ne touchèrent en rien le charme des grottes et dès 1945 le nombre des visiteurs ne cessa de croitre. Le record fut atteint en 1963 avec 57 483 entrées.

Les investissements effectués jusqu’en 1965 (augmentation du capital de la coopérative, hypothèques, fonds provenant des recettes d’exploitation) ont presque atteint les deux millions. Les installations ont pu ainsi être agrandies et renouvelées. L’éclairage notamment a pu être modernisé ce qui, avec les dimensions des salles, l’aperçu en profondeur des ramifications et le grondement des chutes souterraines contribue à faire de cette visite un événement mémorable.

[J’ai volontairement exclu les photos des grottes. Par expérience personnelle, les photos de grottes souterraines ne reflètent pas les réelles beautés que nos yeux détaillent et alimentent ainsi nos souvenirs. D’autant que les photos du livret, dont j’ai reproduit le texte, sont en noires et blancs, avec une technique des années 60. Il semblerait que le livret soit de 1963 à 1965.]

Grottes de St-Béat, partie ouverte au public.

Grottes de St-Béat, partie ouverte au public.

L’exploration scientifique des grottes

Un groupe d’explorateurs scientifiques a constaté que les grottes de Saint-Béat font partie d’un système de grottes qui se ramifie dans toute la chaîne du Beatenberg. On a pu se fonder à cet égard sur les travaux préparatoire des géologues Arnold Heim et Paul Beck.

Le 4 novembre 1945, sous la conduite de M.R. Homberger, du Beatenberg, un groupe est descendu dans le « Häliloch », de 117 m de profondeur, à 1733 m d’altitude, sur l’arête du Beatenberg. Peu après, un deuxième groupe, de Berne, y pénétrait également. Le troisième groupe, formé par M. Franz Knuchel, instituteur, membre de la section d’Interlaken de la Société suisse de spéléologie, explora systématiquement l’ensemble du réseau des grottes. Par deux fois, au printemps 1946, il versa de la fluorescéine et du sel dans les eaux du Häliloch. 30 heures plus tard, l’eau, plus bas, dans la grotte de saint Béat, se colorait, prouvant qu’une relation existait entre les deux cavernes.

L’œuvre d’une vie et son avenir

Nous considérons aujourd’hui la visite des grottes de Saint-Béat comme une chose toute naturelle. Peu de personnes soupçonnent la somme de travail qui a été fournie, les espoirs et les déceptions que cette œuvre a causés. La chance voulut qu’à la fin du XIXe siècle, au moment de nommer le directeur de l’Office du tourisme de l’Oberland bernois, le choix tombât sur M. Hermann Hartmann. Cette région trouva en lui non seulement un propagandiste d’envergure, mais aussi une personnalité ayant de l’imagination et capable d’initiative. Il consacra à l’Oberland bernois une étude aussi vaste que détaillée qui fut publiée en 1910 sous le titre « Berner Oberland in Sage und Geschichte ». L’œuvre de sa vie, toutefois, fut bel et bien la restauration de l’ermitage des grottes de Saint-Béat que son esprit romantique et son regard de connaisseur et d’historien ont arraché à l’oubli et offert au public. La chance, une fois encore, permit que M. Hartmann puisse remettre l’œuvre commencée entre les mains d’un successeur digne de lui, soit son fils Milton Hartmann. C’est à lui qu’incomba la lourde tâche de maintenir l’œuvre durant les années difficiles, avant et après la deuxième guerre mondiale, et de la développer progressivement.

Hermann Hartmann

Hermann Hartmann

Milton Ray Hartmann

Milton Ray Hartmann

De beaux résultats ont été atteints. D’autres plans, prévus depuis des années, n’ont pas pu être exécutés, faute de moyens financiers. Tel, par exemple, le projet d’une chapelle funéraire avec cloitre et vitraux ornés de motifs tirés de la légende de saint Béat.

A suivre...

Repost 0
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 17:04

Redécouverte au 18e siècle

Une nouvelle époque s’était ouverte. Les regards des hommes s’arrêtaient moins sur les jeux de lumière des vitraux et sur les diptyques que sur les beautés et les merveilles de la nature. Le pèlerin qu’un besoin spirituel conduisait aux lieux consacrés était remplacé par un voyageur à la recherche de beautés naturelles. La première histoire naturelle de la Suisse a été écrite par J.-J. Scheuchzer au début du 18e siècle. Son itinéraire le conduisit également à la grotte de Saint-Béat. Il écrit :

« De là, on a une vue agréable sur le lac de Thoune … A proximité, on peut jouir des arbres, de leur ombre, du chant des oiseaux et de la disposition naturelle de cette voûte … Bref, tout monarque serait heureux de posséder une telle caverne en son jardin. »

Lorsque au milieu du 18e siècle l’Oberland bernois commença à attirer l’attention des peintres, des naturalistes et des voyageurs, lorsque Haller avec son célèbre poème sur les Alpes et les œuvres de J.-J. Rousseau commencèrent à enthousiasmer l’élite européenne, il fut clair que ce curieux endroit des bords du lac de Thoune n’échapperait plus longtemps à la curiosité publique. Un guide publié par Samuel Wyttenbach recommandait la visite des grottes. Goethe avait ce guide en poche lorsqu’il visita la cellule de Saint-Béat en 1779. Son attention fut attirée par un lierre gigantesque qui grimpait le long de la paroi de rochers. Il y consacre quelques lignes dans son journal : « Heilger Epheubaum, hoch den Felsen hinanlaufend, dessen Zweige feierlich darüber herabhängen. – Der Stamm ist drei Spannen dick.“ Un dessin du petit maitre K. Wolff (1753-1798) reproduit ce qui avait frappé Goethe. L’arbre qui s’élance au milieu des rochers doit être celui que mentionne Goethe dans son journal.

Les grottes avec le lierre gigantesque vers 1780

Les grottes avec le lierre gigantesque vers 1780

Un autre tableau, de G. Lory le Jeune (1784 à 1846), nous conduit devant la grotte sèche (la cellule de Saint-Béat). On y discerne bien les restes du mur.

Les grottes avec le lierre gigantesque vers 1780

Les grottes avec le lierre gigantesque vers 1780

De ce même peintre, un autre tableau reproduit le même endroit mais vu de l’intérieur à l’extérieur, paysage romantique s’il en fut.

Le lac de Thoune avec le Niesen, vue des grottes.

Le lac de Thoune avec le Niesen, vue des grottes.

Les grottes de Saint-Béat firent bientôt partie de tout voyage dans l’Oberland bernois. Elles se trouvaient d’ailleurs près du précédent débarcadère, à Neuhaus. Citons, parmi les visiteurs les plus célèbres, lord Byron, Madame Vigée-Lebrun, Madame de Staël, Madame Récamier, Charlotte de Lengefeld (la femme de Schiller), Richard Wagner, etc. c’est à cette époque que le pasteur de Sigriswil, Carl Howald, reprit dans sa « Chronique de Sigriswil » (1833-1869, Bibliothèque de la ville de Berne) les récits qui circulaient parmi le peuple au sujet de saint Béat. Le romantisme réveillait la légende. Il orna sa collection de dessins aux crayons de couleurs, à la plume et à l’encre de Chine. L’un d’eux montre – quelle profanation ! – la cellule transformée en étable pour les chèvres.

La cellule transformée en étable pour les chèvres.

La cellule transformée en étable pour les chèvres.

Un autre dessin montre comment Howald imaginait saint Béat.

Comment Howald imaginait saint Béat.

Comment Howald imaginait saint Béat.

Le poète Joseph Victor Widmann, qui chercha refuge à Merligen en 1880, fut encore un autre admirateur des grottes.

Les circonstances changèrent à l’achèvement de la ligne du « Bödeli-Bahn » reliant Därligen, Interlaken et Bönigen en 1872. Pendant 20 ans (jusqu’à l’ouverture du canal navigable menant à Interlaken), les vapeurs du lac de Thoune abordèrent à Därligen et dirigèrent le flot des voyageurs sur l’autre rive du lac. Les grottes tombèrent ainsi complètement dans l’oubli.

[Si vous êtes un peu curieux, regardez sur Internet, pour chaque nom illustre, qui ils étaient.]

.

A suivre...

Repost 0
26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 16:40

La mort de saint Béat

Le saint se nourrit d’herbe et de racines. Ses lèvres touchent rarement un morceau de pain. A 90 ans, le pieux messager termine son pèlerinage terrestre dans les bras de son fidèle disciple Juste.

La nouvelle se répand à Sundlauenen et de l’autre côté du lac. Jour et nuit, les gens se rendent à la grotte, des bateaux viennent de la rive opposée et apportent des fleurs et des cierges qui brillent d’une douce lumière sur le lac.

La tombe de saint Béat est creusée dans le rocher, devant la grotte, et sa dépouille mortelle lui est confiée.

Juste demeure ensuite dans la grotte jusqu’à sa mort. Les nouveaux convertis l’ensevelissent alors aux côtés de son maître. – photo Dès lors, il ne se passe guère de jour que des pèlerins ne se rendent à la grotte pour méditer sur le saint et son message et s’incliner devant sa tombe.

Les grottes de Saint-Béat deviennent un lieu de pèlerinage

Le puissant couvent des Augustins d’Interlaken, dont l’influence s’étendait jusque dans les cantons primitifs d’un côté et au pays de Vaud de l’autre, profita de la légende de saint Béat pour faire de « Sant Batten » un lieu de pèlerinage. Nous ne savons pas quand la petite église et la cure ainsi que l’auberge des pèlerins, qui n’en est pas très éloignée, furent construites. Les paroissiens étaient les habitants de Sundlauenen ainsi que les célèbres dresseurs de faucons « auf den Flühen » (Beatenberg) qui, durant des siècles, descendirent leurs morts pour les enterrer, ce qu’un ancien cimetière près des grottes de Saint-Béat prouve indiscutablement. Il n’était pas facile d’atteindre ce site romantique. Un chemin digne de ce nom ne fut aménagé que peu à peu dans les parois de rochers qui, à certains endroits, tombent à pic dans le lac. Ce « chemin des pèlerins » fut, durant des siècles, la seule voie de communication entre Interlaken et les localités de la rive droite du lac de Thoune. Il fut abandonné après que, dans les années 1880, la nouvelle route fut construite le long du lac de Thoune. Il ne fut restauré qu’au cours de la dernière guerre mondiale par l’Association pour la protection des rives des lacs de Thoune et de Brienz, avec l’aide d’un camp de travail. [Pudiquement nommé « camp de travail », en réalité un camp d’internés. En Suisse lors de la seconde guerre mondiale, les « internés » étaient principalement Français et Polonais.] C’est aujourd’hui une des plus jolies promenades de la région.

Au chemin des pèlerins.

Au chemin des pèlerins.

Ce lieu de pèlerinage était évidemment aussi une source de revenus pour le couvent d’Interlaken. Il y exploita une auberge bien fréquentée, la « vil rich wirzhus » comme l’appela plus tard Anshelm, le chroniqueur protestant bernois. Il y vendait également des insignes et des indulgences. En 1439, saint Béat est le plus fameux saint du canton. La peste sévit en Europe et fait aussi des ravages à Berne et dans les campagnes avoisinantes. Le maire et le Conseil de Berne, dans cette détresse, ordonnent un pèlerinage « avec le concours de la population ». Le lendemain de la Ste-Marie-Madeleine, au petit matin, le cortège des pèlerins s’avance sur l’étroit sentier. Il s’étend à perte de vue. Le prêtre Heinrich célébrant la messe, la petite église ne peut même pas contenir tous les prêtres présents. Le concours du peuple est si important que les pèlerins fermant le cortège se seraient agenouillés tout en bas, jusqu’au lac. Les chroniques rapportent que la redoutable épidémie aurait cessé ses ravages peu après.

Insigne des pèlerins.

Insigne des pèlerins.

On s’adressait aussi au « bon saint Patt » en cas d’inondations, comme le prouve un événement de 1480. L’Aar avait démesurément grossi et dévasté ses rives. Le gouvernement envoya alors une délégation à l’église juchée sur les rochers du lac de Thoune. Ses membres devaient demander ardemment au saint d’implorer grâce pour le pays si durement éprouvé.

En 1494, les moines d’Interlaken envisagèrent de faire enchâsser les os de saint Béat dans de l’argent. A cet effet, le gouvernement rédigea pour les Augustins une sorte de permis de collecte pour leur territoire, assez considérable à l’époque. Le produit de la collecte fut si élevé que l’on put également faire exécuter une châsse incrustée d’argent. Deux volets de triptyque que l’on peut voir aujourd’hui encore au musée de Sarnen datent probablement de cette époque. Les parties peintes représentant saint Béat et saint Augustin sont de la main du « Peintre à l’Œillet » bernois bien connu.

La Réforme est introduite à Berne en 1528. La messe et la vénération des saints sont abolies sur le territoire. D’un coup, le lieu de pèlerinage du Balmholz perd sa signification séculaire. Le curé de Saint-Batten, muni d’une rente, est congédié. Mais la suppression d’un lieu saint très fréquenté durant plusieurs siècles, auquel le peuple était fortement attaché, causa une vive indignation dans les cantons primitifs.

L’Oberland bernois avait sérieusement résisté à l’introduction de la Réforme. L’esprit de contradiction était bien alimenté. En 1528, les gens d’église d’Interlaken se révoltèrent. Le 31 octobre 1528, ils appelèrent 800 Unterwaldiens à l’aide. Le soulèvement fut toutefois réprimé par les troupes bernoises sans que l’épée soit tirée. Un tribunal sévère se réunit sur la « Höhematte » d’Interlaken et, sous le tir des canons, fit exécuter quelques meneurs. Le lieu de pèlerinage de saint Béat ne pouvait plus être toléré après de tels troubles.

Bien que les reliques eussent été éloignées, des pèlerins se rendirent encore à cet endroit. Les députés des cinq anciens cantons essayèrent continuellement, lors des diètes, d’obtenir la permission de se rendre librement en pèlerinage à la cellule de Saint-Béat. Berne toutefois maintint son interdiction et fit dresser un mur épais devant « le trou de dragon qui doit avoir servi de couche à saint Béat, vu certaines circonstances regrettables ».

Entrée de la cellule aujourd'hui. A gauche, les restes de l'ancien mur.

Entrée de la cellule aujourd'hui. A gauche, les restes de l'ancien mur.

L’église servit d’abord au culte protestant. En 1534 toutefois, le gouvernement ordonna la démolition de l’église de Saint-Béat. Les fidèles devaient se rendre à Unterseen ou à Sigriswil, ou, éventuellement, construire une église en bois sur le Beatenberg, ce qui se fit en 1535. La vieille cloche de la chapelle des pèlerins fut transportée sur la montagne. Elle y fut en service jusqu’en 1874 et retourna en 1904 à son ancienne place, devant les grottes de Saint-Béat.

La vieille cloche historique.

La vieille cloche historique.

En même temps que l’église, fut démolie l’auberge « où le diable avait perdu beaucoup d’indulgences ». On peut encore voir les ruines à main gauche en montant aux grottes.

Pourtant, des pèlerins venaient toujours des cantons primitifs. Ils abattaient le mur que l’on reconstruisait chaque fois. Ces circonstances créèrent de sérieuses dissensions entre Berne et la Suisse primitive. En 1570, Obwald essaya encore, à la Diète de Baden, d’obtenir la liberté de passage pour les pèlerins, mais Berne fut inébranlable.

Repost 0
25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 16:48

Pour nous Romands, on a connaissance des Grottes de Vallorbe, qui sont visitées quand on est à l’école et plus tard avec ses enfants comme un lieu très bénéfique lors des grandes chaleurs.

.

Mais on oublie qu’elles ne furent ouvertes au publique qu’en 1974, qu’elles n’ont été explorée « scientifiquement qu’à la fin du XIXe siècle. Donc depuis très peu de temps elles émerveillent les gens qui s’engouffrent dans les profondeurs de la terre.

.

D’autres grottes sont plus anciennes et presque plus belles et dans un cadre bien plus joli, sont offertes au public.

.

Les Grottes de St-Béat sont connues depuis fort longtemps, en voici l’histoire.

Légende, Histoire et Exploration.

.

Par la Société des Grottes de Saint-Béat, 3801 Sundlauenen BE

Un peu d’histoire

L’histoire nous enseigne que la région du lac de Thoune, à l’entrée des vallées alpestres et des cols, était déjà relativement peuplée dans l’antiquité. Sur la rive droite, très abrupte, les grottes bien abritées par des rochers surplombants servaient d’habitations aux populations primitives.

Le nom de « Balmholz », où les grottes se trouvent, est d’origine celtique. Balm signifie grotte. Il est tout naturel de penser que l’on a affaire ici à des habitations préhistoriques. Les fouilles n’ont donné que peu de résultats du fait que cet endroit fut consacré, durant des siècles, à la vénération de saint Béat. Les restes préhistoriques que l’on aurait pu trouver ont été détruits à l’érection de divers bâtiments.

La tradition prétend que des sages avaient passé la montagne noire (Brünig) bien avant l’ère chrétienne, qu’ils considéraient cette curieuse région de sources comme une sorte de temple et en avaient fait un lieu de sacrifices. Les Balmholz, serait donc un bois sacré et les grottes un lieu saint druidique. La « grotte sèche » (aujourd’hui cellule de Saint-Béat) était à l’origine une de ces sorties secondaires comme il y en a aujourd’hui encore, à côté de la source principale. Cette grotte étroite doit avoir été agrandie artificiellement à ses dimensions actuelles. La galerie, devant la grotte, porte également la trace de travaux menés par l’homme.

Si les découvertes faites dans la grotte du Balmholz et la désignation de Balm font remonter au paganisme, l’appellation actuelle des grottes de Saint-Béat est liée à l’ère chrétienne.

La légende de saint Béat

La tradition rapporte qu’à une époque reculée deux étrangers, nommés Béat et Juste, ont traversé eux aussi la montagne noire et sont arrivés dans le pays d’entre les lacs (Interlaken). Si l’on en croit la légende, Béat, originaire de Grande-Bretagne, y aurait distribué sa fortune aux pauvres pour se faire disciple du Christ. Il aurait été baptisé à Rome par Pierre lui-même, à l’époque des persécutions de Néron, et aurait été envoyé au-delà des Alpes comme premier apôtre des Helvètes.

Lorsque les deux voyageurs arrivèrent parmi les bergers de Sundlauenen au bord du Wendelsee (lac de Thoune), ils apprirent que ces gens, comme ceux de l’autre rive, vivaient constamment dans la crainte d’un épouvantable dragon qui demeurait dans une grotte et terrorisait le pays.

Cela n’était pas pour effrayer les deux pieux messagers. Animés d’un zèle sacré, ils se firent conduire en barque sur le lieu d’épouvante et avancèrent en direction de la grotte. Béat fit seul l’ascension de la montagne. Le monstre jeta des yeux de flamme et, violemment courroucé, sortit de la grotte en crachant du feu sur l’arrivant. Béat, cependant, éleva la croix face au dragon et le conjura au nom de la Sainte-Trinité. Le monstre, dans une folle colère, se jeta du haut des rochers dans le lac dont les eaux se mirent à bouillonner. Béat et son compagnon prirent possession de la grotte et y servirent Dieu jour et nuit. Le pieux messager termina sa course terrestre dans sa 90e année. Sa dépouille mortelle fut enterrée devant la cellule.

Ces légendes, qui se confondirent bientôt avec les plus vieilles traditions, ne furent tout d’abord transmises qu’oralement. Les moines du couvent d’Interlaken ne se décidèrent à en confier une version illustrée à Daniel Agricola, de l’ordre des Frères mineurs de Bâle (Franciscains) que lorsque le développement de la Réformation prit des proportions alarmantes. Ce moine réunit et confia au papier tout ce qu’il était possible d’apprendre sur saint Béat. Le célèbre graphiste soleurois Urs Graf fut chargé des illustrations. La brochure parut en 1511 sous le titre « Das Leben des heiligen Bychtigers und Einsidlers Sant Batten », à Bâle. Cette ville était alors la métropole de l’impression allemande.

La plupart des gens ne sachant pas lire, à l’époque, ils furent surtout sensibles à l’effet des remarquables bois gravés d’Urs Graf.

Nous avons choisi quatre de ces sujets. La couverture montre saint Béat, suivi de son disciple Juste, vêtu en Franciscain et muni de la Bible, menaçant le dragon de son bâton de pèlerin. Les corbeaux s’attaquant énergiquement au dragon furieux accompagnent toujours le saint en lui montrant le chemin.

Saint Béat, Juste, les corbeaux et le dragon.

Saint Béat, Juste, les corbeaux et le dragon.

Sur la première illustration du texte, Urs Graf reproduit d’une manière saisissante un baptême se déroulant près d’une statue romaine brisée, symbole du paganisme

Le baptême

Le baptême

C’est ensuite la guérison d’aveugles et de paralytiques. Ici, l’artiste met le paysage très en valeur. Entre deux rochers – l’un supportant la petite église de Béat – nous apercevons en profondeur le lac de Thoune que sillonnent de petits bateaux.

Guérison d'aveugles et de paralytiques

Guérison d'aveugles et de paralytiques

La scène de la mort est d’une grande intensité dramatique. Les visages des voisins, alertés par les corbeaux, sont marqués par la douleur, opposition voulue aux traits paisibles et sereins du saint.

La mort de saint Béat

La mort de saint Béat

Il existe d’autres versions encore de la légende de saint Béat. L’une d’elles veut l’associer à la vague de christianisation qui, venant de l’ouest, atteint le lac de Thoune au 3e siècle (légende de la légion thébaine de St-Maurice en Valais). Le fait est qu’un saint Béat est aussi vénéré dans le sud de la France (Vendôme). Sa légende correspond exactement à celle de l’ermite du lac de Thoune. Les savants en déduisent que saint Béat appartient au cycle de légende français. Il semble toutefois plus probable que saint Béat était de ces missionnaires irlandais qui vinrent en Suisse au 6e siècle (Gall, Fridolin, Columban, etc.). Le fait qu’au début du moyen-âge une tombe ait été creusée à grand-peine dans le terrain rocheux à l’aide d’instruments primitifs permet de penser qu’une très importante personnalité y a été enterrée. De là à déduire qu’il s’agit du saint légendaire ayant vécu dans la grotte d’où il a répandu l’Evangile, il n’y a qu’un pas.

La vie de saint Béat, si l’on en croit la légende, est riche en miracles de toutes sortes. Les chamois lui fournissaient lait et fromage. Comme son Maître, il guérissait les malades. Lorsque, le soir, saint Béat allongeait ses membres fatigués, il se couvrait d’un manteau. Les anges auraient alors pénétré dans la paisible caverne et auraient brodé leur insigne dans le manteau, lui conférant ainsi un pouvoir magique : saint Béat pouvait l’étendre sur les eaux du Wendelsee et se rendre ainsi sur l’autre rive opposée.

Saint Béat traverse le lac sur son manteau

Saint Béat traverse le lac sur son manteau

A Einigen, près de Spiez, les nobles de Strättligen ont fait construire une église dans laquelle prêche Juste. Mais le Diable s’en mêle : il cherche à reprendre les âmes qui lui ont échappé. Pendant le sermon, Satan, assis sous la chaire, note sur une peau de bouc les noms des fidèles endormis. Comme son parchemin se trouve être trop petit, il essaie de l’étirer des griffes et des dents. La peau saute tout à coup et le diable va donner de la tête contre la chaire. Saint Béat, qui a pris place au fond de l’église, trouve cette mésaventure si drôle qu’il éclate de rire. Les dormeurs sont ainsi réveillés un instant avant que Juste dise Amen, ce qui les sauve des griffes du Malin.

Le diable sous la chaire

Le diable sous la chaire

À suivre…

Repost 0
21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 16:49

(État en 1945)

C’est la convention internationale pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, conclue à Berne le 9 septembre 1886. Elle fut modifiée et élargie en 1896, 1908, 1914. Elle fut révisée le 2 juin 1928 à Rome. Bureau central à Berne. Les pays suivants font partie de cette convention : Australie, Belgique, Brésil, Bulgarie, Danemark, Allemagne, Finlande, France, avec Algérie et colonies, Grèce, Grande-Bretagne, avec le Canada et les Indes Britanniques, Irlande, Italie, Japon, Yougoslavie, Liechtenstein, Luxembourg, Maroc français, Monaco, Pays-Bas, Norvège, Autriche, Suède, Suisse, Espagne, Syrie et Liban, Tunis, Hongrie.

Copyright : les E.-U. ne faisant pas partie de la Convention de Berne, mais ayant leur propre code de protection, il est nécessaire d’annoncer toutes les nouvelles publications aux E.-U. D’où le copyright : droit de reproduction accordé.

Tel était en 1945 l’état de la Convention internationale de Berne.

Ce traité, dont les parties contractantes (pays signataires) sont au nombre de 168 en 2015, est géré actuellement par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Organisme spécialisé au sein de l'ONU, l'OMPI regroupe à présent 184 États.

La Convention internationale de Berne.

Il est recommandé de lire l’article sur le Copyright par Wikipédia qui vous éclairera sur ce qu’est réellement le Copyright. Les imbrications du Copyright et droit d’auteur, propriété intellectuelle, etc.

La Convention internationale de Berne.

La différence entre les lois d’origine anglo-saxonnes (Common law) et celles d’origines de droit romano-civiliste.

Regardez cette carte qui nous vient de Wikipédia et qui explique sur quel système juridique reposent les lois pour tel ou tel pays. Ainsi vous comprendrez que certaines applications de la loi dans certains pays vous semble soit contraire à ce que vous connaissez, soit scandaleuses à vos yeux, soit enviables.

La Convention internationale de Berne.

Les systèmes juridiques dans le monde.

(Orange) Droit romano-civiliste

(Mauve claire) Common law

(Jaune) Droit coutumier

(Vert) Droit musulman

(Mauve foncé) Bi-juridisme (Droit civiliste et Common law)

Vous pouvez lire une étude sur la Convention internationale de Berne, publiée à Paris par Edouard Clunet en 1887. Sur le site de la BNF. BNF Gallica est un outil fort intéressant pour lire des ouvrages anciens.

Bref historique de l’OMPI

La Convention internationale de Berne.
Repost 0
18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 17:18

.

Le 30 juin 2014, je publiais un article avec ce titre, « Question »

Un marin est un navigateur sur la mer, il peut être pêcheur, solitaire, militaire ou plaisancier, mais sur un lac… comment appelle-t-on celui qui navigue ainsi ?

Comme personne n’a trouvé réponse à ma question, j’ai fini par demander à l’Académie française s’il existait un terme spécifique pour désigner le navigateur d’eau douce.

Voici leur réponse.

Un tel terme n'existe pas. Mais il est fréquent dans la langue qu'un terme d'étymologie particulière prenne une acception générique : le plus célèbre étant alpinisme, qui se dit non seulement pour toutes les montagnes de France, mais même du monde !

Donc dans la langue française, tous ceux qui naviguent sur l’eau, qu’elle soit salée ou douce, sont des MARINS.

Du dictionnaire

Du dictionnaire

Je peux ainsi me retirer cette question lancinante de mon cerveau.

Repost 0
Published by G.Tell - dans gtell
commenter cet article
13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 17:40

.

Je me suis toujours interrogé en lisant des récits d’aventures maritimes, l’ordre donné : « Hissez la grand-voile ! ». Pourquoi « grand » s’écrit-il sans « e », une grande voile, est au féminin.

Un Grand merci à …

Grand-Place de Bruxelles elle aussi m’intriguait.

Un Grand merci à …

J’ai fini par chercher l’explication sur Internet et j’ai bien sûr trouvé la réponse. Comme toujours les explications sont à chercher très loin dans le passé dans la construction de notre langue. Alors faisons l’effort de lire l’explication de « Grand, l’adjectif féminin » ICI

Merci au Cabinet de curiosités.

Repost 0
Published by G.Tell - dans curiosités
commenter cet article
9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 15:49

Jean-Baptiste Bremond, ce nom déjà cité dans un article du blog, comme étant l’un des instigateurs de l’émigration de nombreux Suisses qui créèrent la colonie brésilienne de Nova Friburgo (1819). Dans cette affaire, il est connu pour avoir outrepassé le cota des migrants, pour s’enrichir. Le malheur voulu que trop de morts au cours du voyage a pénalisé l’enthousiasme de l’idée généreuse et pourtant politique du roi Jean VI du Brésil.

Pour éclairage, je reprends un passage d’un récit intitulé : « Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff », par Gaston Bourgoin, Fribourg Imprimerie Fragnière Frères 1947.

« Qu’on nous permette de rappeler brièvement le rôle joué par Bremond lors de l’émigration des Suisses au Brésil, en 1819. Avec Nicolas-Sébastien Gachet, de Gruyère, à qui revient l’honneur de l’initiative de ce projet accepté par le gouvernement de plusieurs cantons, il se consacra tout entier à cette œuvre de colonisation. Le roi Jean VI du Portugal et du Brésil lui avait conféré le titre de consul général du Portugal, des Algarves et du Brésil en Suisse. Le nouveau consul, qui ne recevra jamais l’exequatur, a charge de contrôler le choix des émigrants et de délivrer les passeports. Après de multiples tergiversations, deux mille deux cents personnes quittent leur pays pour l’Amérique du Sud, en juillet 1819. Chacun sait le lourd tribut que les colons durent payer à la mort tout au long de ce triste voyage, puisque plus de six cents d’entre eux, dont 284 Fribourgeois, périrent en cours de route.

On a reproché à Bremond et à Gachet d’avoir eu certaines vues trop intéressées sur ce voyage, d’avoir accepté comme colons beaucoup plus de monde que ne le prévoyait la convention passée avec Jean VI, qui attendait cent familles, soit huit cents individus, et cela parce que le transport des émigrés leur était payé par tête au départ. On a reproché à Bremond en particulier, d’avoir, aux dépens de la place réservée aux voyageurs, surchargé des chalands « d’une quantité de marchandise sortant de sa fabrique de verrerie de Semsales, sous la fausse qualification de bagages des colons… ». N’a-t-on pas déchargé à Bâle, le 12 juillet, alors qu’une émeute grondait contre lui, « environ cent trente colis, dont une caisse de verrerie totalement brisée, deux crics et un instrument d’agriculture… » ?

La Commission de l’émigration de la ville et République de Berne juge ainsi la conduite de Bremond dans cette affaire : « Avec une franchise apparente, son intérêt particulier est le grand mobile de ses actions et de ses belles phrases… » Aux dires de cette Commission, le délégué bernois lui ayant reproché de s’être « réservé une partie des bénéfices des transports », le Consul « allégua qu’il n’avait fait cette réserve qu’en faveur des colons qui auraient besoin de secours ». De fait, « ces colons n’ont obtenu, à Bâle, que des secours équivalant à des aumônes et alors c’était toujours de sa bourse qu’il les donnait, doutant s’ils lui seraient remboursé ».

Nicolas Gachet, sur qui les responsabilités pèsent aussi lourdement, dépeint ainsi le caractère de Bremond : « Ce qui me dépasse en lui, c’est le sang-froid avec lequel il s’est entendu journellement maltraité, répondant à tous les titres dont on le gratifiait, en appelant les uns « mon ami », tendant la main aux autres et embrassant tout le monde à tort et à travers ».

Le Consul du Portugal eut fort à faire à se défendre contre les griefs dont on l’accusait. Il fut actionné par le sieur Frey, l’entrepreneur des transports de Soleure à la mer. Le procès traîna jusqu’en décembre 1826, et les recourant furent condamnés à payer leur liste de frais. Entre temps, Bremond avait obtenu une satisfaction. En 1824, Sa Majesté Très Fidèle avait daigné « l’honorer de l’Ordre du Christ en récompense de ses services ».

Il est vrai que Bremond lui-même s’estimait être la victime de flagrantes injustices de la part de tous les ennemis et calomniateurs de « l’œuvre sublime » de la colonisation du Brésil. Il pourrait facilement se venger de ses ennemis personnels, au nombre desquels se trouvait M. Endryon de la Corbière, d’Estavayer, l’organisateur du transport d’Estavayer à Soleure. Mais, écrivait-il à Mgr Yenny, le 10 décembre 1820 : « Le jour où j’ai le bonheur de déposer entre les mains de Votre Grandeur l’acte religieux de ma reconnaissance envers Dieu doit être aussi celui de l’oubli et du pardon de toutes les injustices que j’ai éprouvées, moyennant que de son côté, M. de la Corbière sache reconnaître ses torts… ». L’acte religieux de sa reconnaissance était une fondation de messes en l’honneur de Notre-Dame de Bon-Secours, résultant d’un vœu fait à Bâle le 12 juillet 1819. »

[Aujourd’hui on dirait que Bremond est une « Grande gueule », beau parleur endormant ses interlocuteurs, et si au passage il peut augmenter quelque peu sa fortune, il ne se gênait pas.]

Que nous dit le Dictionnaire historique de la Suisse ?

.

Brémond, Jean Baptiste Jérôme

naissance 8.2.1760 à Brignoles (Provence), décès 10.11.1839 à La Tour-de-Peilz, cath., Français, de Progens (1829). Fils de Jean-François, marchand de drap, et d'Elisabeth Saurin. ∞ 1804 Salomé Lugeon, fille de Jacques-Salomon. B., négociant en peaux, monte à Paris peu avant 1789 pour défendre les intérêts de sa corporation provençale. Happé par la Révolution, il publie plusieurs brochures sur les finances publiques, se compromet avec les milieux proches de la cour et émigre en 1792. Etabli à La Neuveville en 1795, il y fait le commerce de diamants, puis achète les mines et la verrerie de Semsales, où il s'installe en 1796. L'entreprise, fondée en 1776 et peu prospère jusque-là, connaît dès lors un essor réjouissant pour devenir, sous la République helvétique, la principale verrerie de Suisse, grâce notamment à l'appui du Directoire helvétique et de l'administration centrale des mines (1800-1803). Consul du Portugal en Suisse, il s'intéresse en 1817 à la fondation de Nova Friburgo (Brésil), où il espère implanter une verrerie et une vacherie; en effet, B. est aussi un agronome distingué, propriétaire d'un vaste domaine attenant à son entreprise. Dans les années 1830, il soutient financièrement le faux dauphin Naundorff.

[Il est suggéré lors de sa mission à Paris qu’il devait se confronter au roi Louis XVI pour défendre les intérêts de sa corporation. L’a-t-il rencontré ? Impossible de le savoir et pourtant Bremond va jusqu’à dire qu’il était devenu le secrétaire particulier du roi. Fervent catholique il est aussi un royaliste reconnu, ce qui est dans ce temps de Révolution, plutôt mal vu. Lorsqu’il est réfugié en Suisse, sa grande gueule l’a certainement servi et son succès à la verrerie de Samsales était bien vu des petits Suisses.]

[Il n’a pas cru à la mort du Dauphin et toutes les histoires colportées à ce sujet le persuadaient de détenir la vérité, sa vérité. C’est pourquoi on le retrouve dans l’affaire Naundorff.]

Qui est Naundorff ?

.

Je ne vais pas vous le dire, mais Wikipédia oui.

.

Ce que ne dit pas Wikipédia, ou si peu…

[Il se rend en Suisse puis à Paris, où il arrive le 26 mai 1833 « sans souliers, sans chemise et sans bas ». Il y regroupe bientôt des partisans légitimistes qui forment autour de lui un semblant de cour]

Son séjour en Suisse il le doit à Bremond.

.

[Vu que le personnage Bremond, depuis sa montée à Paris et qu’il prétend avoir été le secrétaire intime de Louis XVI, qu’il élève les martyres à la sainteté, qu’il affirme et réaffirme toujours le même discours, on finit par savoir qui il est. Le prétendu dauphin, cherchant partout du soutient ne pouvait ignorer le personnage Bremond. ]

.

[C’est donc dans un premier temps une reconnaissance que cherchera Naundorff, puis le soutient surtout matériel pour lui et sa famille nombreuse.]

« Lorsqu’il quitta Crossen pour gagner la France, le duc de Normandie y avait laissé sa famille qui souffrit bientôt du plus grand dénuement. En septembre 1833, il put enfin soutenir les siens plus efficacement, grâce aux secours que lui octroyaient ses amis. Dresde, capitale de la Saxe, avait été ensuite le lieu de résidence des Naundorff. Mais, à plus d’une reprise, ils avaient été sur le point d’être expulsés. Cependant, une dernière fois, on avait prolongé leur séjour jusqu’en mars 1838. Que fit Jean-Baptiste Bremond quand il fut au courant de la nouvelle infortune, qui frappait la famille de son prince bien-aimé ? A celui-ci, il avait donné sa confiance la plus entière, il ouvrit son cœur et sa bourse pour soulager la misère de la femme et des enfants. Il fit plus encore. Sans attendre que le permis de séjour en Saxe fut périmé, il les invita à venir en Suisse et leur offrit la plus large hospitalité, non pas à la Verrière, dans sa maison, mais dans une demeure plus digne de leur rang. La Verrerie, c’est déjà un peu la montagne, et la fabrique n’est qu’à deux pas, car, en 1837, la Châtelaine n’est pas encore construite. Enfin, la famille du prétendant compte en plus de la mère et des six enfants vivant, un aumônier, le bon curé Appert, qui a quitté sa paroisse de Saint-Arnoult au diocèse de Versailles pour suivre le duc de Normandie dans sa destinée ; le gouverneur des fils, l’abbé Jean-Baptiste Laprade, qui, à Paris, avait été aumônier des Dames de la Foi ; Mme Forêt, amie de la famille et gouvernante des filles aînées et Mlle Eglantine Pégot, gouvernante des cadettes. Pour recevoir tout ce monde, le bâtiment de la Verrerie eut été par trop exigu. M. Bremond loua le château de Grand-Clos, au-dessus de Villeneuve, à l’intention de ses protégés. (Le château est sur la commune de Rennaz)

Le 31 octobre 1837, la famille Naundorff, qui, depuis un certain temps, se faisait appeler la famille de Bourbon, quitte sa résidence de Dresde et, passant par Schaffhouse, atteint Berne, où elle se repose un jour chez le colonel de Lentullus. Reprenant la route en compagnie d’Antoine Bremond venu à sa rencontre, elle traverse Fribourg, puis, après une station à la Verrerie, arrive enfin à Grand-Clos, vers la mi-novembre. Dans un site agréable et bien meilleur que la Haute-Veveyse pour raffermir la santé de ses membres, elle pense vivre en paix à l’abri des persécutions.

Le généreux Bremond, qui, en hiver, réside à la Tour-de-Peilz, ne ménage pas ses visites. Quelquefois, il a le plaisir de dîner avec la princesse et ses six anges, qu’il aime plus que s’ils étaient tous ses propres enfants. Il prend sur lui tous les frais du ménage et veille à ce que les provisions soient suffisantes. « A cet effet, raconte Amélie à son père, il nous a déjà envoyé une vache qu’il a baptisée Rambouillet, deux chèvres, qui s’appellent Thibet et Kaschmir, et puis deux moutons qu’il a appelés Ségovie et Castille. » un âne nommé Nicone complète ce troupeau.

Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff
Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff
Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff

Antoine Bremond s’ingénie lui aussi à faire plaisir aux protégés de son père. C’est ainsi qu’il prête à la jeune fille « un piano à buffet et seulement à deux cordes » qui rend un son faible mais très doux. (Dans un piano d’aujourd’hui, il y a des notes formées par une corde, deux cordes et trois cordes.)

Tout en pourvoyant aux besoins des habitants de Grand-Clos, J.-B. Bremond ne se désintéresse pas pour autant de son royal ami. Cinq mois après son expulsion, que ses partisans jugeaient arbitraire et illégale, le prince avait été inculpé d’escroquerie. Au cours de la procédure, « improvisée par le gouvernement », Madame de Génerès, personne toute dévouée à Naundorff, avait répondu au juge d’instruction, qu’elle pensait pouvoir l’assurer de la bonne volonté de Bremond à déposer les motifs de sa conviction. Le 12 août, le juge Tangiacomi envoyait au tribunal de Vevey une commission rogatoire. C’est ainsi que M. Bremond, en date des 1ers et 4 novembre 1837, eut l’occasion de déposer, sur la foi du serment, qu’il avait reconnu le prince « en particulier en ce qu’il connaissait la cachette faite par son père, dans le palais des Tuileries ». C’est là, le point principal de la déposition du vieillard faite « en commission d’information ». Quant à quelques faits mentionnés par le témoin, nous avons déjà montré qu’ils ne s’étaient pas passés, comme il les présentait. Le résultat de cette enquête fut concluant, puisque dès ce moment, cessa la procédure en escroquerie. »

[Le fait que Naundorff connaisse la « cachette du trésor secret de Louis XVI », confirme aux yeux de Bremond que celui-ci est bien le Dauphin. Le fameux trésor n’a probablement jamais existé, comme Bremond prétend avoir été le secrétaire particulier du roi, il se devait de « connaître » lui aussi l’emplacement du trésor. Les deux personnages pouvaient dire n’importe quel emplacement, le résultat confirmait à chacun d’eux la « vérité ». Les deux mensonges de l’un et de l’autre, devenaient vérité.]

[Naundorff, comme vous l’aurez lu sur Wikipédia, parti à Paris puis à Londres, comme toujours, une fois reconstitué sa cour, il fait venir sa famille.]

Le 17 juin 1838, le Prétendant ordonne à ses deux aînés d’abord, Amélie et Edouard, de le rejoindre à Londres, car ses moyens « sans le secours de Messieurs Bremond, fils et père, ne sont pas du tout suffisants pour la subsistance de (toute) sa famille en Angleterre ».

Des obstacles dus, paraît-il, à « la désobéissance » de l’abbé Laprade empêchèrent la réalisation de ce projet. Le 21 août, le Prince, impatient de revoir les siens, lui envoyait un avis sévère par l’entremise du curé Appert. L’abbé Laprade, à ce moment, semble bien avoir déjà quitté la Suisse en compagnie d’Edouard et d’Amélie. Une lettre de Londres, datée du 30 août, annonçait aux habitants de Grand-Clos l’arrivée très heureuse des trois voyageurs. Ce n’est qu’à la fin octobre que toute la famille du prétendant put enfin rejoindre son chef en Angleterre.

Il est difficile de dire dans quels sentiments M. Bremond laissa partir « la duchesse de Normandie et ses six anges ». Il leur avait consacré beaucoup de temps, il avait dépensé pour eux une partie de sa fortune, soit, aux dire de son fils Antoine, environ 60 000 francs. Mon père « se serait dépouillé de tout, ajoute ce dernier, il aurait laissé sa famille dans le besoin pour soutenir la cause du Dauphin ».

Or, une grave dissension s’accentuait de jour en jour entre M. Bremond et le prince. Louis XVII en effet prétendait avoir des visions. Un ange lui parlait, à lui, comme à Martin de Gallardon, le paysan visionnaire, qui, le 28 septembre 1833, à Paris, avait sans aucune hésitation identifié Naundorff avec l’Orphelin du Temple. L’esprit céleste qui apparaissait au duc de Normandie lui révéla une « croix de grâce » qu’il devait remettre au Pape. Le souverain pontife, ayant fait la sourde oreille, on le comprend, Charles-Louis, au nom de l’ange qui l’inspire, fonde, en octobre 1838, « l’Eglise catholique-évangélique », se sépare du Siège de Rome définitivement condamné par Dieu. Pour faire connaître sa nouvelle religion, Naundorff, toujours sous la dictée de l’ange, écrit un livre intitulé : La Doctrine céleste de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff

Quand M. Bremond, fervent catholique, vit son ami prendre le chemin du schisme, il se fit sans doute un devoir de le retenir. Le 17 juin, le duc de Normandie mandait à sa fille Amélie : « J’aurais beaucoup à te répondre au sujet des idées de notre loyal de Brémont. Je lui dirais moi-même quel malheur menace la Suisse ; mais on pourrait croire que c’est un moyen de persuasion ». Malgré les objurgations de ses amis, le Prince publia La Doctrine céleste et consomma sa séparation d’avec Rome. Alors, « le loyale de Brémont » se révolta : il ne pouvait supporter cette attaque contre sa foi. Il cessa ses largesses et toute démarche personnelle. On pourrait croire que cette aventure finissant dans l’hérésie aurait dessillé les yeux de l’honorable vieillard. Il n’en fut rien. Son fils Antoine devait écrire plus tard : « Il n’en demeura pas moins le défenseur de ce qu’il croyait une vérité : Naundorff, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Jamais, au grand jamais, il ne reconnut d’autre prétendant ».

Conclusion

Malgré tout, Naundorff et ses descendants qui se parent du nom patronymique de Bourbon conservent leurs partisans. Ceux-ci continuent et continueront à se réclamer du témoignage des anciens serviteurs de Louis XVI, de Jean-Baptiste Bremond en particulier. On a vu comment celui-ci a reconnu le prétendu prétendant. On sait l’état d’esprit, mystiquement entretenu par de vagues prophéties, dans lequel il se trouvait durant les dernières années de sa vie, en attendant le fils de son roi, qui bientôt allait paraître avec éclat. On se rappelle que M. Bremond a basé sa reconnaissance sur la ressemblance du visage de Naundorff avec ceux de Louis XVI et de Marie-Antoinette et sur les détails du fameux secret des Tuileries, secret connu de tout le monde.

Que conclure ?

D’abord, la parfaite bonne foi de Bremond dans cette affaire ne fait absolument aucun doute. Mais, n’a-t-il pas admis avec beaucoup trop de naïveté tout ce que son visiteur de la Fête-Dieu 1836 lui racontait ? Il a cru sans examen et sans preuves formelles toutes les assertions de l’aventurier. Sa persuasion de retrouver l’Orphelin du Temple, les souvenirs de sa gloire passée, les malheurs dans lesquels il voyait son pays plongé (la France), tout a concouru à lui faire admettre comme une vérité intangible que Naundorff était le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le malheureux Orphelin du Temple, le roi Louis XVII.

Crédits photographiques : journal 24 Heures, www.swisscastels.ch, Jean-Bapttiste Bremond et l’Affaire Naundorff.

gaston Bourgoin, Jean-Baptiste Bremond et l'Affaire Naundorff, Fribourg, 1947

Repost 0
3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 17:16

29 septembre 1977

.

Temps Présent

.

81 minutes « Le crime de Payerne » Journaliste, Jacques Pilet, réalisateur, Yvan Dalain.

Je reviens sur cette histoire qui est bien oubliée aujourd’hui. Si j’en parle ici, c’est pour la raison suivante : aujourd’hui 3 août, s’ouvre le Festival du Film de Locarno, et dans le programme de ce jour, plusieurs films dont certains hors programme officiel.

Le réalisateur Jacob Berger présente son film, « Un juif pour l’exemple », qui sortira la semaine prochaine sur nos écrans.

Déjà en 2009 le livre de Jacques Chessex, dont le récit a donné le film, avait suscité la polémique avec des propos violents. Il ne fallait pas réveiller le passer.

2016 le film va-t-il lui aussi bouleverser la région ?

Crime oublié de Payerne

Compte rendu à propos du film, site : THE TIMES OF ISRAEL

Sans polémique, le sujet est thème d’étude pour les jeunes, à l’exemple de ce que prévoit le Service Enseignement Obligatoire Neuchâtel. ICI

Repost 0