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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 19:44

Peut-on encore parler du charme de Lausanne, tel qu’Edmond Jaloux en fait l’éloge dans La Revue de Lausanne le 24 décembre 1931 ?

 

LE CHARME DE LAUSANNE

 

 

Lisant dernièrement un article d’un jeune écrivain français, Mlle Georgette Camille, je tombai sur ces lignes-ci : « Il y a certains pays aussi où l’on se sent mieux : l’Ecosse, près du lac Katryn, Lausanne, Vienne… » Pourquoi le choix de Lausanne plutôt que telle autre ville dans cette énumération ? Et cela m’a rappelé la phrase bien connue de Mendelssohn que l’on trouve dans sa correspondance : « Je dois terminer la journée d’aujourd’hui par un éloge du canton de Vaud. De tous les pays que je connais, c’est le plus beau et celui où j’aimerais le mieux vivre, si je devenais bien vieux. » De même, il arrive fréquemment que si plusieurs personnes ayant peu de relations ou d’idées communes se trouvent rassemblées et que le nom de Lausanne vienne à être prononcé, un accord subit se fasse entre elles, qu’elles soient de tendances intellectuelles, sportives, cosmopolites ou simplement mondaines, devant les souvenirs qui se présentent sous leurs yeux. Comment se fait-il aussi que tant de personnalités de races diverses, françaises, italiennes, grecques, égyptiennes, anglaises, espagnoles, russes, aient choisi Lausanne pour s’y installer définitivement ? Il y a un mystère qui forme le charme de Lausanne.

Mais de quoi ce charme est-il fait ? La ville n’offre à peu près rien d’esthétique ; de toutes les vieilles cités suisses, c’est la moins bien conservée. Bâle, Berne, Zurich, Fribourg ont respecté leurs quartiers anciens, leurs maisons séculaires. Lausanne a beaucoup détruit. Cette destruction a même pris, ces dernières années, un caractère agressif que la crise financière va interrompre, mais qui a sévi cruellement. Une des séductions de Lausanne vient du nombre incroyable de ses arbres et de ses jardins mêlés aux maisons. On en a également supprimé beaucoup trop. Et cependant ce charme subsiste. Encore un coup, de quoi est-il donc fait ?

Il y a la vue, une des plus belles du monde. Que vous la considériez de la terrasse de la cathédrale ou des maisons qui avoisinent Montagibert, vous assistez à une sorte de miracle quotidien. Les montagnes de Savoie et celles qui forment le fond du lac, les collines abruptes et vineuses, presque provençales, qui descendent sur Cully et Saint-Saphorin, les terrains bleuâtres qui courent vers Morges, tout cela, par une belle journées ou par un de ces crépuscules à la fois tragiques et transparents si fréquents sur le Léman, construit un tableau si harmonieux que sa beauté vous peut mener jusqu’au déchirement. Nulle part on ne se sent si près de l’Age d’or. Quelque chose est suspendu qui semble arrêter la vie dans son cours pathétique et l’isoler dans un monde de cristal, pur comme la pensée des anges.

Ce lac lui-même est une vie dans la vie. A chaque heure, il change d’aspect. Clair ou sombre, éclatant ou voilé, fait d’un seul bloc opaque ou de zones de densités et de couleurs différentes, reflétant les montagnes et leur donnant l’apparence d’architectures grecques, ensevelies sous ses eaux et blanches d’une pâleur de marbre, ou continuant leurs roches et pétrifié comme elles, il est multiforme, capricieux, sensible. Son humeur mouvante, à elle seule, constitue un spectacle, le plus séduisant, le plus variable des spectacles. Ce n’est pas un lac, c’est un esprit de femme et prêt à toutes les métamorphoses.

Mais ceci, c’est le lac Léman. Il contribue à la beauté de Lausanne ; il ne fait pas Lausanne.

Je suis venu à Lausanne pour la première fois en 1918, envoyé en Suisse en mission diplomatique. C’était au mois de juin. Je quittais un Paris tragique, attaqué de jour par les berthas, de nuit par les gothas, menacé par l’offensive, près d’être évacué, mais cependant tranquille et sûr de son destin. En descendant du wagon, en débouchant sur la place de la Gare, j’eus le premier éclair du coup de foudre que j’allais recevoir. Je ne sais quoi venait à moi d’intime, de gai, de simple, d’agreste et d’urbain tout à la fois, une familiarité nouvelle avec la vie. A Marseille, on est séparé d’elle par un excès de bruit dans les quartiers populeux, de tristesse dans les autres ; à Paris, par l’énormité du passé, la crasse glorieuse de l’histoire, la sombre austérité de la vie de chacun ; à Venise, par le rêve ; à Grenade, par la solitude ; à Rome, par les ruines ; à Amsterdam, par les eaux ; à Weimar, par la présence de Goethe et de Schiller. Mais à Lausanne, la vie est là, à notre niveau, on a l’impression qu’on va la saisir enfin avec la main ; une vie, à notre image, sans excès, mais naturelle, vraie, délicatement émue, avec un rien de poésie romantique et beaucoup de bonhomie.

Il y a à Lausanne des maisons, des coins de rue que j’aime comme des humains et justement parce qu’ils sont infiniment humains ; des arbres que je considère comme des amis ; les magnolias roses de la promenade d’Ouchy, l’arbre-aux-quarante-écus du parc Mon-Repos, les hêtres gigantesques du Denantou, un olivier de Bohême de la promenade Jean-Jacques Mercier, certains cerisiers de la Rosiaz ou de l’avenue du Léman. J’ai regardé cent fois certaines devantures de magasins sans m’en fatiguer, passé des heures dans des cafés ou des « pintes » sans m’y ennuyer. Partout la vie vous fait signe, ni trop intellectuelle comme à Paris, ni trop exubérante comme à Marseille, ni trop matérielle comme à Munich, ni trop spirituelle comme à Tolède. Et l’humanité est de cette vie-là. Elle a du pittoresque, de la bonne humeur, du comique, de la gentillesse. Le merveilleux vin du pays lui a donné cette alacrité, un plaisir de vivre trop souvent tempéré et voilé, il faut le dire, par un excès de scrupules, un fond d’optimisme robuste, l’amour de la terre, cette philosophie que j’appelle « le sens des saisons ».

Je connais peu de plaisir au monde comparable à celui de flâner, à la tombée du jour, par les soirs de septembre et d’octobre, dans les rues de Lausanne, soit que je descende de la cathédrale par cet escalier couvert qui faisait l’admiration de Rainer Maria Rilke, soit que j’arpente les dernières rues des vieux quartiers autour de l’amusante place Pépinet soit que je m’enfonce dans les rues de la Solitude1 ou dans l’avenue Verdeil, dont les sorbiers-des oiseaux prennent alors une apparence si caractéristique d’arbres de corail. Ce n’est pas l’isolement et ce n’est pas la foule ; ce n’est pas la grande ville et ce n’est pas la campagne ; ce n’est pas le silence et ce n’est pas le bruit ; ce n’est pas l’ombre et ce n’est pas le jour. Tout s’y trouve réuni à la fois et heureusement mélangé. Alors je me réjouis de cette douce familiarité avec les choses dont je parlais plus haut. Aucune ville du monde ne donne à ce point l’impression que chacun y est heureux, ni la  confortable Belgique, ni la familiale Angleterre, ni l’opulente Hollande. Je ne parle pas, bien entendu, de la France qui est à mon sens, avec l’Espagne, le pays d’Europe où le plaisir de vivre – en dehors de Paris – est le plus inconnu. (Et si vous en doutez, lisez les romans sur la province française et son tragique, de Balzac à Boylesve et de Stendhal à Mauriac.)

J’écris ces lignes à Paris, par un jour gris et froid, grave et anxieux. Et mon souvenir évoque quelque chose d’aérien et de bon enfant ; des couples qui mangent une « fondue » ; un ciel clair, tout ébloui par un débarquement d’énormes nuages ; la place Saint-François ; des fronts de neige suspendus au-dessus de cataractes de forêts rousses, quand les feuilles tombent ; mille images confuses et douces qui recréent à nos yeux le charme de Lausanne.

Et Lausanne, c’est aussi la ville où l’on se sent le moins mécontent de soi-même.

 

1 il ne reste rien aujourd’hui de ce qui faisait la poésie irremplaçable du quartier de la Solitude. (Note de 1946)

 

 

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Published by G.Tell
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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 19:54

C’est une bonne chose que Geronimo puisse reposer en paix depuis le temps…

 

Cependant, l’article du Matin Bleu est illustré par une photo du célèbre Geronimo portant une coiffe en plumes, et là je me pose la question ; « Bien que ressemblant à Geronimo, les Apaches portaient-ils de telles coiffes à plumes ? »


Grand-père et petit fils.

 

J’ai parcouru quelques sites sur Internet et jamais une photo de Geronimo avec des plumes sur la tête.

Nombre de photos montre Geronimo portant un turban tel que l’on a toujours vu dans les films d’Hollywood, ou sans, les cheveux libres au vent tel qu’il était lui-même.

Grand chamane, il n’a jamais été chef, il a participé à un grand nombre de batailles et de confrontation contre les armées mexicaines et étasuniennes où il a vu tombé sous les balles ses deux femmes et ses enfants et bien des braves sans que lui-même n’ait été seulement égratigné par l’une d’elle. Dès lors, les adolescents américains invoquent son nom en faisant quelques sauts périlleux ou quand ils se confrontent à un danger (réel ou imaginaire) à leurs yeux seul le brave Geronimo les protègera du mal (ou du ridicule).



Geronimo
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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 16:52

Lu et vu dans la Matin Bleu aujourd’hui.

 

« Une centrifugeuse hyperefficace ! » Article relatent les performances de la Mitsubishi Evolution, voiture exceptionnelle car la fiche technique nous dit :

 

Moteur : 198 cm3 turbocompressé, 295 ch, à 650 tr/min. Couple maxi 366 Nm à 3500 tr/min.

Performances : 242 km/h, de 0-100 en 6’’3

Consommation : 12,7 l/100 km et moins de 400 km d’autonomie.

 

Hé ben ! un si petit moteur et pouvant propulser la limousine 4x4 à 242 km/h sacré performances… non ?

 

 

Bon je veux bien c’est probablement une coquille ou une maladresse du journaliste, mais il y en trop depuis que l’informatique est utilisé par les journalistes.

gtell 

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 11:32

LA GUERRE AUX ARBRES

 

 




A nos Souverains Seigneurs de Lausanne.

Messieurs du Conseil, Municipalité éclairée Passée et A Venir.

 

Messieurs,

 

   La beauté de votre ville fut toujours votre souci le plus cher. Vous comptez livrer à la postérité une ville plus belle que celle où vous êtes nés. Elle était si belle, par nature, que vous ne vous êtes jamais dissimulé la grandeur et la délicatesse de votre ambition.

   Vous êtes cultivés, et vous avez du goût. Encore est-ce dire peu : vous avez, seuls dans ce pays et dans l’Europe, le goût.

   Vous souffrez, dans votre culture humaniste et dans votre goût, à chaque fois, d’une terrasse, d’un point de vue, d’un rond-point, vous avisez que Lausanne a encore debout tant de vieilles maisons à toitures rousses.

   Si vous pouviez « voir grand » et donner au peuple de cette douce ville des marques plus nombreuses et plus sûres de votre culture et de votre goût, nous savons, Messieurs, que vous nous donneriez beaucoup de ces bâtiments nobles, à toit plat, de ces blocs artistement cernés de balcons à forme de baignoires, et dont le béton supporte les couleurs les plus délicates, le vert pistache, le roux pain-brûlé et les nuances les plus choisies du blafard.

   Hélas ! vous n’êtes que des édiles sans grand pouvoir.

Cependant, vous grignotez la laideur naturelle avec une patience qui vous honore. Vous savez, ayant la culture et le goût, vous savez combien l’arbre est naturellement laid, sauf lorsqu’il est tout jeune. Il est un âge de l’arbre où vous pardonnez à l’arbre d’être arbre : c’est lorsque le piquet qui lui sert de tuteur est plus gros que le tronc lui-même. Vous y voyez un enseignement national, et social, ce qui peut se prononcer par contraction, comme vous le savez, nazi, ou progrès.

   Quant à l’arbre devenu grand, votre culture et votre goût, Messieurs, s’insurgent contre ce tronc rugueux, cette architecture puissante, ce branchage tourmenté, ces forces qui s’expriment, se contrebalancent et s’équilibrent dans une harmonie indécente. Un vieil arbre a des branches mortes. Un vieil arbre a souffert. Un vieil arbre a vécu.

   Votre culture et votre goût vous mettent en garde contre la mort, contre la souffrance, contre l’expérience de la vie, enfin ! car si d’aventure l’expérience n’était pas un vain mot, le progrès serait difficile, et vous êtes des hommes de progrès.

   Je m’étonne quant à moi, Messieurs, de voir quelle mesure vous conservez dans l’abattage des arbres : vous ne choisissez que les plus beaux, et vous en oubliez.

   Vous prenez de ces précautions qui ne sont dignes ni de votre culture, ni de votre goût. Les arbres que vous abattez, vous les déclarez toujours auparavant malades. Si j’entends bien, vous leur portez secours. Nous avons ainsi appris que l’allée tout entière du Chemin-Neuf était plantée d’ormes malades (et donc si je saisis : devront être abattus – et le plus vite sera le mieux !) comme étaient malades les ormes préalablement mutilés de la Croix-d’Ouchy. Ces arbres sont tous malades : d’ailleurs, il suffit d’être arbre à Lausanne pour être malade. Les arbres du cimetière de La Sallaz étaient malades, été malades les deux peupliers qui se dressaient comme des flammes, aux deux côtés du portail.

   Messieurs, j’aimerais vous aider. J’aimerais dire ce que vous n’osez pas : les arbres ne sont pas seulement malades, ils sont laids ; les pins du cimetière de La Sallaz étaient tordus ; les acacias étaient tordus. Les essences indéterminées étaient couvertes de lierres. Tout cela, dites-le, « faisait désordre ». Vous cultivez par le vide. C’est une preuve de goût.

   Mais pour Dieu, Messieurs, ne soyez pas timides. Dès que le Parc Mon-Repos devient propriété de la ville, les coupes sombres s’y multiplièrent. On bétonna les allées. Pourquoi n’avez-vous pas tout coupé ? Il reste aussi quelques pelouses qu’une légère couche de ciment aurait pu transformer en pluviosum, à seule fin d’alimenter ce conduit à ciel ouvert qu’étaient devenues les allées.

   Je me permets de signaler à votre goût éclairé un arbre qui se conduit très mal : premièrement, c’est un tilleul ; secondement il a une grande branche qui retombe harmonieusement, et nous sommes convenus, ô sages civiques, que l’harmonie est un danger ; enfin je dois ajouter que cet arbre parfume son quartier dans les belles nuits de juin-juillet, ce qui est inadmissible. Cet arbre, Messieurs, vous pouvez l’atteindre, il est en votre pouvoir, il est à Derrière-Bourg, coupez-le, abattez-le, débitez-le. Le parfum est un crime, Calvin et LL.EE. Vous l’eussent dit.

   Je ne crois pas blesser votre délicatesse, ni toucher aux limites de votre goût et de votre culture, en vous proposant de raser tous les arbres de Montbenon. Il ne faut pas perdre de vue que le Casino et la Palais Mercier ainsi dégagés y gagneraient. Je sais que Derrière-Bourg, première terrasse, ce n’est plus qu’une question de mois : une soixantaine d’arbre qui n’embêteront plus, en se tenant tranquilles.

   Pourquoi ne votez-vous pas une loi d’exception permettant de poursuivre les arbres jusque dans les propriétés privées ? Le scandale n’a que trop duré, de ces arbres non publics qui se permettent d’avoir un charme bourgeois.

 

C. F. LANDRY

 

Édité par H.L. Mermod à Lausanne, juin 1946, tirage : 2000 exemplaires, sous le titre : Lausanne : Une ville qui a mal tourné.

gtell

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 16:29
Radars sournois testés en Suisse.

BERNE. Freiner à l'approche des radars, ce sera bientôt inutile: un nouveau système, plus sournois, calcule la vitesse moyenne entre deux points distants de centaines de mètres - voire de plusieurs kilomètres. Ces mouchards, qui seront testés en 2010 en Suisse, ont fait leurs preuves en Italie ou en Autriche. Ils réduisent le nombre de morts et limitent le trafic en accordéon provoqué par les automobilistes qui ralentissent à la vue des radars fixes.

Woooaaaa....

gtell
20 minutes
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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 11:59

Gâteau du VULLY

 

Recette fribourgeoise ou vaudoise...

 

L’idyllique région du Vully qu’étreignent les lacs de Morat et de Neuchâtel est avant tout célèbre pour ses vins qui, s’ils n’ont pas la renommée des grands crus vaudois, plaisent aux amateurs par leur pétillante gaieté. C’est le lieu de se souvenir que les cantons de Fribourg et de Vaud se partagent cette entité géographique et que tous deux sont en mesure de revendiquer la paternité de cette recette. La préparation de ce succulent gâteau constituait jadis un événement car on n’allumait pas le four tous les jours.


Une fois Vaudois, une fois Fribourgeoise, un pas de côté et nous voilà sur Berne, un coup en français un autre en allemand, nous sommes bien en Suisse. Sous les belles terres et eaux de la région, on sait qu’il y a là les vestiges de nos ancêtres le Celtes, les Helvètes.

 

Pour 12 personnes

Temps de préparation : 1 h. 15 minutes

 

 

ggggghhhhhh

 

300 g de farine, 10 g de levure fraîche ou lyophilisée, 40 g de beurre, 2,5 dl lait, 5 g de sel, 40 g de sucre fin, 2 dl crème, 100 g de sucre brun concassé et 40 g de beurre en flocons.

 

ggggghhhhhh

 

Préparation :

Faire une pâte légère avec le lait, la levure, 40 g de beurre fondu, le sel, le sucre fin et la farine.

Laisser reposer cette pâte pendant 1 heure.

Foncer deux plaques à gâteau (20 cm de diamètre) et piquer avec une fourchette ; la pâte doit remonter sur 2 cm.

Parsemer de flocons de beurre. (pour faire des flocons, le beurre doit être bien froid)

Couvrir de crème.

Parsemer de sucre brun concassé.

Cuire au four 25 minutes à 200°C.

Servir froid.

la suisse gourmande et gtell

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 13:34

Que de changements à cause du rush sur l’or… et trais de caractère du capitaine Sutter.

 

J’ai dit que nous étions arrivés le 27 octobre à onze heures du matin. A midi le canot du capitaine nous conduisit à terre. Il fallait avant tout s’occuper de l’entrée du navire en douane et en notre qualité de subrécargues* ce soin nous concernait spécialement mon ami Tissot et moi. Nous ne savions à nous deux que quelques centaines de mots d’anglais, appris pendant la traversée dans un manuel de phraséologie anglaise-française, mais fort heureusement nous avions sous la main notre Allemand Monsieur Kasten qui parlait assez couramment l’anglo-saxon. L’un portant les papiers du navire, l’autre une sacoche de cuir remplie d’onces espagnoles, nous nous dirigeâmes vers Portsmouth square au fond duquel s’élevait une grande bâtisse. Le pavillon américain, flottant sur son toit ne nous laissa aucun doute, c’était bien là notre but. Après les formalités d’usage, le directeur de la douane nous fit lever la main pour jurer sur une Bible attachée par une chaînette à son pupitre que tout ce que nous venions de déclarer était conforme à la vérité, puis il nous remit contre une pile d’onces, qui faillit mettre à sec notre sacoche, une feuille de papier, grâce à laquelle la Resolutie était autorisé à stationner ad vitam aeternam dans le port de San Francisco.

   Ceci obtenu, il fallait se loger et se nourrir. Certes il ne manquait pas d’hôtels, seulement la plupart de leurs propriétaires s’étaient bornés à enfoncer quatre pieux en terre, à les entourer d’une toile et à couronner tout cela d’une enseigne plus pompeuse que rassurante. Cependant Kasten ne tarda pas à découvrir un gîte plus confortable chez un de ses compatriotes, qui, moyennant vingt dollars par semaine consentit à nous louer dans son grenier une mansarde sans chaises ni lit ni table. Le soir nous y installâmes nos trois matelas et nos malles. Tout près de l’hôtel un restaurateur chinois nous inscrivit avec son pinceau sur la liste des habitués de sa table d’hôte, dont le menu se composait invariablement d’une soupe aux lentilles, d’un roastbeef, de pommes de terre et d’une tasse de thé. Il est vrai que la note ne s’élevait qu’à deux dollars par repas. Nous y trouvâmes deux autres subrécargues de Rio de Janeiro, arrivés quinze jours avant nous. Ces Messieurs étaient à la veille d’acheter un terrain pour la somme de douze mille dollars et nous proposèrent d’en acquérir la moitié et d’y construire en compte à demi des magasins assez vastes pour contenir une bonne partie des deux cargaisons. Nous avions les planches, il ne nous manquait que l’emplacement. La proposition nous plut et le lendemain matin nous allâmes ensemble inspecter le terrain en question. Le soir, nous étions copropriétaires de trois mille six cents pieds carrés de sable, sis dans Spring street et représentant une valeur de soixante mille francs payables en trois et six mois.

   On peut par cet exemple, se faire une idée de ce que valait dix-huit mois après la découverte de l’or, cette plage naguère déserte. La spéculation qui s’empare de tout avait jeté sa griffe sur les terrains et les prix, qui nous paraissaient déjà effrayants, allaient crescendo de jour en jour. Deux semaines après notre acquisition un Espagnol achetait dans notre voisinage cinquante pieds de façade sur cent de profondeur pour la somme de 110'000 francs payable en deux ans. Huit jours plus tard, il les louait 75'000 francs pour dix-huit mois, avec la condition que les constructions faites dessus par son locataire, lui appartiendraient à cette époque. Un terrain concédé presque gratuitement par le gouvernement quelques mois avant notre arrivée, valait au commencement de 1850 140'000 francs le carré de cent pieds. Sur Portsmouth-square une maison de jeu en bois à quatre étages, le trop fameux Eldorado, avait coûté cinq millions à bâtir. Elle rapportait de location 625'000 francs par mois ! Cela se comprendra quand on saura que trois mois avant mon arrivée les mille pieds de planches valaient 3'000 francs, que la journée d’un terrassier se payait 50 francs celle d’un maçon 80 francs et celle d’un charpentier 100 francs.

   La proportion était d’ailleurs gardée des petits aux grandes choses. Le pain variait de 2 à 3 francs la livre, il avait valu un dollar. Le bœuf se payait 4 francs la livre. Les oignons 2 francs pièce. Il y avait une histoire de deux fromages de Gruyère à San Francisco. Comme c’étaient les seuls fromages de Gruyère qui y eussent jamais abordé, ils constituaient une aristocratie et ne se vendaient pas au-dessous de 13 francs la livre ! La pomme de terre se vendait 60 francs le sac et parmi les légumes, seule la fève chilienne était si abondante que non seulement elle se vendait à vil prix, mais que des monceaux de sacs en pavaient les rues.

   J’ai dit un mot des salaires des ouvriers indispensables aux constructions, mais ce qui étonnait davantage c’était de voir un mauvais violoniste gagner 150 francs par soirée et un pianiste plus que médiocre refuser le double pour écorcher les oreilles des auditeurs de six heures à minuit. Il est vrai que la musique avait élu domicile dans les maisons de jeu et que hors de là le grand Paganini lui-même serait mort de faim.

   Et puisque nous parlons de prix, voulez-vous savoir ce que valaient en 1849 les vêtements les plus ordinaires ? Un paletot en laine coûtait de 2 à 300 francs, un chapeau en feutre à large bords 60 francs une chemise de flanelle rouge 70 francs, une paire de bottes de marin, montant au-dessus du genou de 200 à 250 francs. Cet accessoire était alors de première nécessité pour marcher dans les rues de la basse ville quand il pleuvait, et j’en achetai une paire usagée à un de nos matelots de la Resolutie qui me la céda par faveur pour 180 francs.

   Un petit magasin de vingt pieds sur quarante se louait 3'000 francs par mois. Une chambre de huit pieds carrés 500 francs payés d’avance, bien entendu. Il y avait à San Francisco grand nombre de médecins pour la plupart charlatans éhontés. Trois ou quatre, parmi lesquels un Français, avaient la vogue et se faisaient payer chaque visite une once d’or. Un simple conseil d’avocat était taxé 200 francs. Un procès engloutissait une fortune. Le dentiste arrachait une molaire pour son pesant d’or et n’y avait pas jusqu’au cireur de bottes qui s’était tarifié à raison de 2 francs la paire. Au reste, pour pouvoir vivre, il fallait gagner en proportion et c’est bien pour la Californie qu’a été fait le proverbe : « Il n’y a pas de sot métier ! » J’ai vu des médecins balayeurs de rues, des avocats sans cause laveurs de vaisselle. D’anciens banquiers garçons de café et des fils de famille s’offrir comme portefaix sur le port ; on se reconnaît, on se serre la main et on rit – quelquefois on fait la grimace. Chacun depuis le premier jusqu’au dernier devient philosophe dans ce pays de métamorphoses. Les fortunes se font et se défont avec une extraordinaire rapidité et tel qui prêtait hier mille piastres à son ami, lui demandera demain un demi-dollar pour payer sa ration de pain.

   Je viens de dire que la philosophie était bonne à cultiver en Californie et j’eus bien vite l’occasion d’en faire une provision : A peine débarqués, les tribulations tombèrent sur nous drues comme grêle. Le surlendemain de notre installation dans l’hôtel garni, je vis arriver tout l’équipage de la Resolutie. D’un commun accord, nos braves matelots venaient de déserter et le porte-parole de la troupe nous demandait de l’emploi. Comme il nous fallait des bras pour déblayer notre terrain et construire notre maison, nous fîmes choix du charpentier et du maître voilier, deux robustes Hollandais qui consentirent à nous prêter leurs forces et leur intelligence à raison de 50 francs par jour. Le novice et un matelot hambourgeois leur furent adjoints en qualité d’aides à raison de 30 francs par jour et ce quatuor fut aussitôt installé à l’abri d’une tente sur notre terrain.

…Nous avions quitté notre hôtellerie allemande et en attendant que notre maison pût nous recevoir, nous avions loué au pied de la colline du Télégraphe une petite chambre de douze pieds carrés à raison de 600 francs par mois qui nous servait à la fois de comptoir et de dortoir.

   Un soir, j’appris que le capitaine Sutter était en ville, venant de Monterey où il avait fait partie de l’assemblée constituante. Je me rendis auprès de lui muni de mes lettres de recommandation. Il me reçut en compatriote, c’est-à-dire en ami et me promit sa protection et sa visite pour le lendemain. Je le quittai enchanté de son affabilité et heureux d’avoir pour protecteur l’homme le plus célèbre sinon le plus influent de la Californie. Hélas ! par la suite, j’ai souvent eu à regretter d’avoir fait sa connaissance ! Le cœur de cet homme était excellent, trop bon sans doute, car il se laissait exploiter par le premier venu. Très accessible à la flatterie, celui qui savait adroitement chatouiller sa vanité était sûr d’un bon accueil. Les promesses ne lui coûtaient rien, elles étaient sincères, mais en promettant, jamais le capitaine Sutter ne se demandait s’il pourrait les tenir. Il adorait la foule. La détestable habitude américaine de boire à chaque pas des spiritueux s’était emparée de lui. Souvent il lui arrivait de laisser quelque peu de son sang-froid au fond de son verre et les Yankees en profitaient pour lui faire signer des concessions de terres, des ventes de bestiaux, en un mot pour le détrousser. Aussitôt que le Capitaine paraissait dans les rues de San Francisco, il était entouré de figures souriantes, il ne pouvait faire un pas sans être arrêté par des connaissances, des solliciteurs ou des marchands. Il était fêté comme un prince et chacun briguait l’honneur de lui être présenté.

   Le lendemain de ma visite, le capitaine Sutter vint nous voir dans notre chambrette. Pour le recevoir dignement, nous avions préparé un lunch composé de jambon de Westphalie et de champagne Heidsick, dont un Allemand désireux de voir notre hôte, nous avait fait cadeau. Nos malles alignées nous servaient de table et nos matelas roulés de sièges. Monsieur Sutter nous consacra une bonne partie de sa journée. On causa de la Suisse, il nous raconta comment il était venu dans ce pays et par quel hasard l’or avait été découvert, enfin il nous confia ses espérances de devenir gouverneur de la Californie. Le vote populaire devait avoir lieu en janvier et la campagne électorale allait s’ouvrir incessamment entre lui et deux ou trois autres candidats. Sutter voulait se faire porter par la ville et la vallée de Sacramento et devait se rendre à son poste. Il me fit promettre de le rejoindre le plus tôt que je pourrais et lorsqu’il nous quitta, nous étions, grâce un peu aux bouteilles de champagne, liés comme de vieux amis.

 

 

*haaaa…faites comme moi, ouvrez vos dictionnaires J

Les aventures d'un jeune Suisse en Californie.
gtell

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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 13:34
Alors vous cherchez toujours?
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Published by G.Tell
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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 18:51

Le Fort Sutter en 1848


 
Le Fort Sutter en 2002

Portsmouth Square


Beaucoup de navires, peu de maison, mais pas pour longtemps.

San Francisco après la découverte de l’or.

San Francisco 1850

L’inondation de Sacramento en 1848

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 12:30

La suite des aventures californiennes...

  
Veut-on se faire une idée de cet abandon ? Suivez sur la mer ce brick solitaire qui fait voile pour San Francisco et qui est commandé par le capitaine Munray. Il vient d’Arica ; il a reçu des commandes de San Francisco avant que les mines ne fussent découvertes et il vient comme d’habitude faire son commerce annuel d’échanges. Il ignore tout et ne sait rien des événements survenus depuis sa dernière visite à San Francisco. Forcé par les vents contraires de relâcher à San Diego, il a demandé des nouvelles de la Californie. On lui a répondu que tout y allait à merveille ; que la ville qui, un an auparavant comptait vingt ou trente maisons, en avait maintenant trois ou quatre cents, et qu’en arrivant sur la rade, il y trouverait une animation et une vie égale à celle que Télémaque rencontra en abordant Salente. Il est parti sur ces bonnes nouvelles et avec joyeuse espérance : non seulement grâce à cette activité croissante, il va vendre son chargement mais encore être assailli de commissions et d’offres.

   Le temps était splendide ; le mont Diable resplendissait tout inondé de lumière et le brick se dirigeait droit sur le mouillage de Hierbabuena. Cependant une chose semblait incompréhensible au capitaine Munray : c’était qu’il n’apercevait pas une barque sur la mer, pas un homme sur le rivage. Qu’était donc devenue cette activité dont on lui avait parlé à San Diego ? On eût dit au contraire qu’on entrait dans les domaines de la Belle au Bois dormant, seulement on ne voyait pas même les dormeurs ! Le capitaine Munray continuait d’avancer il croyait faire un rêve. Ce n’était cependant ni une guerre, ni un incendie ni une attaque d’Indiens qui causait ce silence et cette solitude profonde. La ville était là, ses maisons étaient bien entières et le port offrait à la vue de l’équipage étonné des tas de marchandises de toute espèce empilées à la porte des magasins. Le capitaine Munray héla quelques bâtiments à l’ancre devant la ville, les navires étaient déserts et silencieux comme le port et les maisons. Seul l’écho de la colline du Télégraphe lui renvoyait ses propres paroles. Tout à coup une idée terrible, mais la seule probable se présenta à l’esprit du capitaine Munray. La population de San Francisco venait d’être détruite par le choléra, par une fièvre jaune, par un typhus, par une épidémie quelconque. Aller plus loin eût été d’une grande imprudence. Le capitaine Munray donna donc l’ordre de virer de bord. Au moment où il passait près d’une petite goélette mexicaine, il lui sembla voir s’agiter à son bord quelque chose comme une créature humaine. On la héla. Un vieux matelot mexicain, la tête enveloppée de bandes, se dressa sur ses genoux.

   « Ohé ! de la goélette ! cria le capitaine Munray, que sont devenus les habitants de San Francisco ? – Eh ! répondit le vieux mexicain, ils sont tous partis pour le pays de l’or. – Et où est ce pays ? » demanda en riant le capitaine Munray. « Sur les bords du Sacramento ; il y en a des montagnes, il y en a des vallées ; il n’y a qu’à se baisser et ramasser et si je n’étais pas malade, je ne serais pas ici, je serais là-bas avec les autres. »

   Dix minutes plus tard, le brick du capitaine Munray était vide comme les autres bâtiments. Les matelots étaient descendus à terre et avaient pris leur élan vers le Sacramento et le pauvre capitaine resté seul, jetait l’ancre et amarrait son brick comme il pouvait, près des autres bâtiments déserts.

   Ainsi donc à ce cri : « De l’or ! » Tout le monde s’était rué vers les placers, ne voyant qu’un moyen de faire fortune, recueillir de l’or. Et chacun fouillait effectivement la terre, aidé des instruments qu’il avait pu se procurer, les uns avec des pioches, les autres avec des bêches, ceux-là avec des crocs, ceux-ci avec des pelles à feu. Il y en avait qui ne possédant rien de tout cela, fouillaient la terre avec leurs ongles. Puis cette terre ils la lavaient dans des assiettes, dans des plats, des casseroles, dans des chapeaux de paille. Et de tous côtés arrivaient des hommes à cheval, des familles en charrettes, de pauvres diables à pied qui venaient de faire cent milles en courant pour ne pas manquer leur part de la curée. Et chacun en voyant ces monceaux d’or vierge déjà recueillis, était pris de vertige, se précipitait à bas de son cheval, de sa voiture et se mettait immédiatement à fouiller la terre pour ne pas perdre une seconde de ce temps si précieux. Cette espèce de folie alla croissant de jour en jour. Quiconque quittait sa maison, partait avec l’intention de se faire mineur, de chercher, de fouiller et de recueillir le plus possible de ce précieux métal. Et cependant, c’était de toutes les spéculations la moins sûre, la plus précaire et celle sans doute qui sera la plus vite épuisée. La véritable source des richesses en Californie, ce sera dans l’avenir, j’en suis sûr, l’agriculture et le commerce qui s’étendra d’un côté par une ligne de vapeurs jusqu’aux Indes et en Chine et de l’autre côté par un chemin de fer jusqu’à New York et la Nouvelle-Orléans.

   Et maintenant, veut-on savoir dans quelles proportions énormes la population s’est portée sur les rives du Pacifique à travers le désert et les montagnes ? En 1802, le savant Humboldt  fait le recensement de la Californie. Il trouve 1'300 colons blancs et 15'000 Indiens convertis au catholicisme. En 1842, Mr. De Mofras fait un second dénombrement ; de 1'300 les colons sont montés à 5'000. En même temps le nombre d’Indiens répandus dans l’intérieur est évalué à 40'000. Au commencement de 1848, la population blanche atteint le chiffre de 14'000 ; la population indigène reste stationnaire. Le 1er janvier 1849, la population blanche est de 26'000 âmes ; le 11 avril, elle est de 33'000 ; au 1er août de 52'000. En quelques semaines ces 52'000 âmes s’augmentent de 3'000 Mexicains, arrivés par terre de la province de Sonora ; 2'500 émigrants arrivent par Santa Fe du Texas et des Etats du Sud et 30'000 traversent les plaines du Nord et franchissent les montagnes Rocheuses. Enfin. A l’époque de notre arrivée, la population de la Californie se monte à environ 120'000 âmes. La ville de San Francisco seule en contient de 25 à 30'000 et plus de 400 navires sont ancrés dans la rade.

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