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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 18:32

Fête Nationale Suisse 1er août, 1291 - 2008

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 12:43

Balthasard Marti, fils de David Marti pauvre vitrier de Glaris, travailla dans sa première jeunesse aux fabriques d’indiennes : comme il savait jouer de la clarinette, il entra en 1799 dans la musique militaire de son Canton, et bientôt après dans un régiment étranger au service des Anglais, composé en partie de Suisses des Cantons démocratiques mécontents de la révolution. Quand la paix eut été conclue, ceux d’entre eux qui ne voulurent pas aller à Malte, furent licenciés : Marti préféra s’attacher aux débris de son régiment. Il fut donc à Malte, d’où il suivit son corps dans l’expédition d’Egypte : c’est de là qu’après avoir perdu son premier capitaine et s’être attaché à un second, il écrivit la lettre précédente, dont l’original allemand déposé à Glaris chez ses parents, qui dès lors n’ont eu aucune nouvelle de lui. On croit qu’il a passé par la Mer Rouge dans l’Inde avec les corps Anglais qui y sont retournés, quand leur présence n’a plus été nécessaire en Egypte.

On a cru faire plaisir à tous les cœurs honnêtes en publiant la lettre de ce brave Suisse, pleine de détails vraiment curieux mais surtout marqué au coin de la piété filiale, et d’un profond sentiment religieux puisé dans la lecture de la Bible. C’est sans doute un phénomène que de voir un simple soldat, qui n’a eu d’autre éducation que celle qu’on reçoit en Suisse dans les écoles de village, écrire d’une manière aussi intéressante : cette lettre prouve qu’un militaire peut au milieu des camps conserver ses principes religieux, et y trouver courage et patience, pour fournir en chrétien sa pénible et périlleuse carrière. Elle montre encore, qu’au défaut d’éducation, le bon sens peut donner l’esprit d’observation, et que la seule lecture de l’Ecriture Sainte a été pour Marti un excellent moyen de tirer parti de son voyage en Egypte et en Palestine. Ce qu’il dit de Jérusalem et de ses environs, est d’un charme si naïf et si attendrissant, que plusieurs personnes à qui on a lu cette lettre ont fondu en larmes à cet endroit. Sans doute qu’ayant peu de moyens de consulter des savants, notre soldat Suisse est tombé dans quelques erreurs ; mais elles sont bien pardonnables. Pour comprendre ce qu’il dit de l’église de St. Madelaine d’Alexandrie, il est bon de savoir, qu’une tradition très ancienne prétend, que lors de la fuite en Egypte, la Sainte Vierge se retira à Alexandrie, qu’elle y habita une petite maison, et que ce fut là que l’enfant Jésus parla pour la première fois. Les Chrétiens d’Egypte ont bâti, il y a déjà plusieurs siècles, une très belle église sur la place de cette maison ; ils y montrent la chambre que Marie doit avoir occupée, et ils ont une grande dévotion à cette église, où il parait que notre bon compatriote allait souvent faire ses prières et penser à ses parents.

 

Le Conservateur Suisse 1815


Pauvre Balthasar Marti ! Qu’est-il devenu si plus personne n’en savait rien en 1815 ?

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 12:38

L E T T R E

 

D’un soldat de Glaris à ses parents.

(Traduite de l’allemand.)

 

Alexandrie d’Egypte, le 18 mars 1802.

 

Mon très cher père ! Ma très chère mère ! Mes très chers frères ! Mes très chères sœurs !

 

Le moyen qui se présente de vous faire passer une lettre, par une personne de ma connaissance, dilate et soulage mon cœur serré : l’amour et l’affection pour les siens s’augmentent, ou du moins se sentent plus vivement, quand on s’en trouve à un grand éloignement, et que craignant de ne les plus revoir, on n’aperçoit que dangers autour de soi, sans voir personne qui s’intéresse à notre sort. Il me semble qu’il y a une éternité, depuis que j’ai eu le plaisir de vous écrire seulement quelques mots ; et je me croirais le plus heureux des hommes, mes très chers parents ! si je pouvais encore vous embrasser une fois, avant que de mourir. Penser à vous, remplit mon cœur des plus doux sentiments, et me fait oublier mes fatigues et mes misères. Quelquefois aussi, quand je sens mon cœur abattu, je me dis à moi-même, que toute la terre et tout ce qu’elle contient est à Dieu, et que partout je suis dans sa main ; et alors, je me résous à de nouveau à supporter mon sort avec constance et courage, surtout quand je vois autour de moi tant de gens de distinction, qui partagent les mêmes peines, les mêmes dangers et les mêmes tribulations ; et je tâche de remplir avec exactitude et fidélité les devoirs de la place où la Providence m’a mis.

Maintenant, il faut que je vous dise quelque chose du pays où je me trouve. Je suis dans la terre Sainte d’Egypte, à Alexandrie la grande, située au bord du Nil, et habitée présentement par les Barbares. L’empereur des Turcs en est souverain : les habitants portent le noms d’Arabes, et parlent une langue particulière : il y a parmi eux beaucoup de Turcs, qui font un grand commerce : leur habillement est tel qu’on le représente dans les estampes. Ceux qui ont quelque bien portent des souliers ; mais la plupart vont à pieds nus, et n’ont rien sur le corps qu’une toile rousse et grossière : presque tous couvrent leur tête d’un turban. Je ne suis pas surpris que notre Seigneur ait été vendu pour trente sicles ; car pour un gros, qui vaut une de nos rappes, il y a ici des hommes qui se laissent battre à outrance. Vous ne manquerez pas de dire, quel plaisir barbare que de payer quelqu’un pour se laisser rouer de coups !  Il n’y a point de peuple au monde plus avide d’argent que celui-ci : ces gens-là sont d’une couleur brune foncé : ils ont tous la barbe longue et la tête tondue : ils vénèrent Mahomet et rendent des honneurs à la lune.

L’incommodité du lieu m’empêche de m’étendre autant que je le voudrais, car nous campons hors de la ville, parce que la peste y règne… et il est très malaisé d’écrire, quand on n’a d’autre table que la terre.

On rencontre rarement des femmes honnêtes en public ou dans les rues ; et si elles sortent, elles sont voilées de façon qu’on ne leur voit qu’un œil. Depuis que les armées françaises sont venues ici, des milliers d’Égyptiennes se livrent au libertinage le plus honteux : pour celle-là se font assez voir ; mais l’on doit les fuir comme la peste. Ce qui m’a frappé, c’est de trouver des femmes aussi blanches que les plus blanches Européennes ; je pourrais, mes chers parents ! vous dire mille choses intéressantes et curieuses des pays que j’ai parcourus ; mais cela me mènerait trop loin : je ne puis cependant m’empêcher de vous donner encore quelques détails.

Il y a ici plusieurs merveilles du monde. On reconnaît bien que dans les anciens temps des nations habiles ont habité ce pays : on voit à Alexandrie la colonne de Pompée, de 80 pieds de haut sur 12 de diamètre ; elle est d’un marbre blanc, rouge et noir : il y a dans la même ville la célèbre église de St. Madeleine, toute bâtie de marbre blanc, où l’on prétend que notre Sauveur a parlé la première fois, lors de sa fuite en Egypte. J’ai aussi vu diverses îles belles et fertiles comme le paradis terrestre, telles que Malte, Candie, Chypre. L’ami Rouch, porteur de ma lettre, pourra vous en parler fort au long de vive voix : accueillez-le, s’il vous plait, comme ayant toujours été mon bon camarade et mon ami intime.

Je puis vous mander, très chers parents ! et grâces en soient rendues à Dieu ! que je me suis toujours bien porté et que ma santé n’a pas souffert la moindre altération. Je prie le Seigneur que vous puissiez en dire autant de la vôtre, et qu’il veuille vous la conserver jusqu’à l’âge le plus reculé, en exauçant tous vos vœux.

Il faut aussi vous apprendre que j’étais entré au service de Mr. M… fils de l’ancien Baillif de Cerlier, parce que j’espérais un sort plus doux ; mais mon capitaine tomba malade, et après l’avoir servi 51 jours, il mourut à bord du vaisseau le 24 septembre 1801 : il m’a promis souvent que s’il se rétablissait il ferait ma fortune, et à son dernier moment il a dit, qu’on paye bien Marti. Ce jeune officier, tant qu’il fut en santé, fleurissait comme une rose : il n’avait que dix-neuf ans. Je peux me vanter qu’il m’aimait et qu’il me confiait toutes ses affaires. Sur son lit de mort, il m’embrassa plus de cent fois… tant il est vrai, que quand on partage les mêmes dangers, les rangs se rapprochent bien. S’il fût mort trois semaines plus tard, j’aurais reçu 400 goulden (écus), puisque trois jours après notre départ de Malte, arriva l’argent que son père lui envoyait : nous avions mis à la voile pour l’Egypte ; mon bon capitaine expira dans la traversée et trouva son tombeau dans les tristes ondes de la mer. Alors, mes chers parents ! j’entrai au service d’un autre capitaine, aussi bon et aussi brave que le précédent ; je puis vous assurer qu’il m’aime beaucoup, et que la confiance qu’il m’accorde est sans bornes : j’oubliais de vous dire qu’à la mort de mon premier capitaine, j’ai reçu seulement quelques ducats, parce qu’il ne laissait pas davantage.

Que je vous parle encore d’un voyage curieux que je viens de faire. Quelques-uns de nos officiers de l’état-major résolurent d’aller par mer à Jérusalem : mon capitaine étant du nombre ; j’eus le plaisir de l’accompagner : en quatre jours nous arrivâmes. Je n’aurais jamais cru visiter tous ces lieux dont il est parlé dans la Bible : je fus donc à Jérusalem, où l’on nous a montré toutes les choses remarquables, entre autres la vallée de Josaphat. J’ai passé deux fois le torrent de Cédron : j’ai été sur le mont Golgotha (calvaire) où notre Seigneur fut crucifié, comme aussi au jardin de Gethsemané. Je n’oublierai de ma vie les sentiments de dévotion que ce jour m’inspira, et dont mon cœur fut pénétré. J’ai bu l’eau à la fontaine de Moïse au désert, où Bonaparte a fait ériger une colonne à sa mémoire. J’ai aussi été à Bethléem, qui n’est aujourd’hui qu’un méchant petit village : nous revînmes en Egypte par terre, et après avoir passé le grand fleuve du Nil, nous allâmes jusqu’à Alkaïr (le Caire), qui est une des plus grandes villes du monde, mais à demi ruinée. Ah ! mon cher père ! si vous voyez ces vastes cités en ruines, vous diriez : grand Dieu ! qu’est-ce donc que les grandeurs humaines ! On prétend s’immortaliser par des monuments extraordinaires, et ici on les voit ou couverts de mousse ou enterrés dans les sables. Si vous avez lu la destruction de Jérusalem, vous aurez une idée d’Alkaïr et du pays qui l’entoure : on peut marcher dix ou douze lieues tout autour, sans rencontrer autre chose que des masures, de vieilles voûtes, des souterrains affreux, des fragments de colonnes de marbre d’une hauteur prodigieuse, et souvent à moitié enterrées sous des tas de décombres, et bien d’autres choses remarquables, etc. On trouve aussi dans ce pays des diamants, des agates, des perles et d’autres objets précieux, entre autres des médailles d’or très rares. Les Anglais avaient fait abattre quelques-unes de ces colonnes de marbre, dans le dessein de les transporter dans leur îles ; mais les gens de l’art ont jugé la chose impraticable, à cause deleur énorme pesanteur : on en a découvert une de marbre blanc de 80 pieds de long, en partie couverte de terre ; elle porte une inscription dans une langue maintenant inconnue, puisqu’on dit qu’il y a deux mille ans qu’on ne la parle plus. On a fait venir des savants versés dans les antiquités Grecques et Romaines, mais ils n’ont pu la déchiffrer. On soupçonne qu’il y a des choses précieuses enfouies sous les fondements de cette colonne ; et peut-être en aurait-on des indices, si l’on savait lire l’inscription.

J’ai encore oublié de vous dire que nous fumes, il y a un mois, dans ce désert où les enfants d’Israël ont si longtemps séjourné. Bref, on trouve dans cette contrée une quantité de curiosités remarquables et des preuves de la vérité des faits dont parle l’Ecriture Sainte. Il n’y a aucun pays qui produise autant de grain, surtout autour d’Alkaïr, où la terre est la mieux cultivée. La plus grande partie s’exporte dans l’étranger ; car les indigènes vivent très mal, ne mangent que des oignons, des pois, des fèves crues, etc. Il ne croît point de vin ici ; mais les plus beaux jardins que j’aie jamais vus sont en Egypte : ils sont couverts de palmiers, de figuiers, de citronniers, d’amandiers : le pays fournit aussi des épices, soit aromatiques précieux de plusieurs espèces : on n’y trouve pas les mêmes arbres que dans notre Suisse, mais il y a abondance de palmiers et de dattiers : ces derniers portent un fruit doux comme le miel, qui ressemble beaucoup au gland par sa forme.

Il y a deux mois pendant lesquels il pleut quelquefois ; mais le reste de l’année, il ne tombe pas une goutte de pluie. Il serait trop long de vous parler de ce merveilleux débordement du Nil, dont les eaux engraissent et fertilisent l’Egypte. La chaleur de ce pays est si grande, qu’on a peine é la supporter ; elle est surtout bien accablante pour nous autres Suisses. La plupart des transports se font avec des chameaux, qui peuvent porter plusieurs quintaux. On a aussi des buffles, des chevaux, des mulets, qui font le service de bêtes de sommes, et les moutons n’y manquent pas : mais on y est incommodé par une infinité d’insectes et d’animaux venimeux : j’ai vu prendre dans le Nil six crocodiles en vie, de la plus grosse taille : on y trouve aussi des aspics, des serpents d’une grosseur effrayante, et des scorpions, dont les piqûres sont mortelles si l’on n’y porte un prompt remède. Le poisson est très bon marché ; j’en ai observé de plus de cent espèces, dont quelques-uns étaient aussi gros que le corps d’un cheval. Quand aux oiseaux, il y en a de je ne sais combien de sortes, qu’on ne connaît pas en Suisse. L’Autruche est un très grand oiseau, indigène de ce pays : on dit qu’il digère le fer. Mais c’est assez parler d’animaux ; disons un mot des hommes. Nous avons dans notre armée quatre régiments de Noirs, que les Anglais ont fait venir par la mer Rouge : ce sont des hommes de haute taille. Le 9 septembre 1801, les Français ont capitulé, et nous ont remis Alexandrie, la plus forte place de l’Egypte et la dernière qu’ils y ont gardée. On transporte en France les débris de leur armée avec ses équipages : mais la majeure partie a péri, tant par le climat que par diverses maladies : la misère, la fatigue et les combats en ont beaucoup détruit. Ils s’étaient avancés jusques aux frontières de la Judée ; mais ils ont été contraints d’abandonner toutes ces conquêtes.

J’abrège, mes chers parents ! souvenez-vous quelquefois que vous avez un fils en Egypte, où chacun ne peut pas aller. Ce nom d’Egypte doit vous faire plaisir, parce que l’Ecriture Sainte parle souvent de cette antique région. Peut-être aurai-je le bonheur de revoir ma patrie… Mais nous n’y retournerons pas tous ; il y aura bien du déchet : nous étions arrivés ici cinq de notre Canton, dont deux viennent de mourir ; l’un est Gaspard Luchsiger de la Linth ; l’autre est un Schindler de Ruthi. Un de Niderurnen est malade à l’hôpital ; un camarade d’Elm et moi nous nous portons bien : la grande chaleur et d’autres causes rendent beaucoup de gens aveugles dans ce pays-ci. Je finis ma lettre les larmes aux yeux ; car je suis singulièrement attendri en pensant que peut-être… O mon cher père ! ma chère mère ! mes chers frères, sœurs, beaux-frères et amis ! je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde, qu’il vous préserve de tout malheur, et qu’il vous comble de ses bénédictions ! pensez, s’il vous plaît, à votre Balthasard, qui est à plus de mille lieues de vous : un énorme espace de terres et de mers nous sépare, et je suis dans le voisinage des contrées où notre Seigneur J.C. est mort pour nos péchés. J’adresse souvent mes prières à Dieu et pour vous et pour moi, dans l’église où notre Rédempteur a parlé lui-même, et dans la chambre que sa sainte mère a habitée. Ces lieux sont extrêmement révérés par les Chrétiens de ce pays.

En terminant ma lettre, je vous supplie aussi, mes chers parents ! de prier Dieu pour moi : lui seul sait, si ce n’est pas la dernière fois que je puis m’entretenir avec vous seulement par écrit : mais le souhait le plus ardent que je forme en ce monde, c’est de vous revoir encore… Je vous salue et vous embrasse ; je vous serre en imagination contre mon sein avec la plus vive tendresse, et je continue à être avec la dévotion la plus filiale,

Votre très dévoué fils,

Balthasard Marti.

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 12:19

Les suisses qui s’engagèrent dans l’armée Anglaise, devaient porter ce costume, approximativement.


















En face, les Français en leur costume:


















Ces illustrations des costumes anglais et français sont là pour compléter l’article sur la Lettre d’un soldat de Glaris à ses parents, lorsque les Français furent vaincus en Egypte par le contingent anglais en 1801.

Armée anglaise : troupes suisses : De Berne, le 16 messidor. En conséquence d’une lettre du L. G. Hotze et du ministre plénipotentiaire anglais, M. Robert Crawford, la chambre d’administration du canton de Schaffhouse a publié une proclamation, où on lit que “l’Angleterre prend à sa solde tous les Suisses qui se formeront en corps, et se réuniront aux alliés contre la France. On leur donnera par jour 12 kr. et le pain. (Le Moniteur, 28 messidor an 7.)

 

 

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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 18:34

Le texte recopié est celui tiré du Recueils des textes d’histoire Suisse, 1517-1648 par Michel Salamin. En préambule cependant, j’ai tiré du « Conservateur Suisse » de 1815 l’introduction du texte intégral, donc trop long de la Lettre de Daniel l’Ermite.


 

 

LETTRE

 

De Daniel l’Ermite à Ferdinand de Gonzague, fils du Duc de Mantoue, sur la situation, le gouvernement et les mœurs des Suisses, des Grisons et des Valaisans.

(Traduite du Latin)

 

Eclaircissements préliminaires.

 

Daniel l’Ermite, né à Anvers en 1577, vint à Paris après avoir fait ses études ; il entre dans la maison de Mr. De Vic, et accompagna ce Seigneur dans son ambassade en Suisse vers la fin de 1601 : pendant son séjour dans ce pays, il en visita la majeure partie, soit par curiosité, soit pour le service de l’ambassade, s’arrêta assez longtemps à Lucerne, à Coire et à Sion : s’étant attaché peu après à Ferdinand de Gonzague, fils de François IV duc de Mantoue, sur la demande de ce jeune Prince, il écrivit en 1604 ou 1605 la lettre dont nous donnons la traduction. Cette lettre courut longtemps l’Europe en manuscrit : les Elzévirs l’imprimèrent en 1627 à la fin de leur République des Suisses, et elle reparut dans la collection des œuvres de l’Ermite, que Groevius publia à Utrecht en 1701. Son auteur doit avoir parcouru et étudié la Suisse avec quelque soin, puisqu’il en avoit dressé une carte générale, et qu’il en préparoit une particulière du pays des Grisons. Il est intéressant de connoître l’état de notre patrie il y a deux siècles, pour le comparer à son état actuel ; et c’est ce qu’on peut faire à divers égards à l’aide de cette lettre. L’Ermite, doué d’une imagination très poétique, a sans doute chargé une partie de ses tableaux, qu’il a d’ailleurs enluminés des couleurs de la satyre ; souvent ce qu’il avance sur toute notre nation, convient seulement aux cinq premiers cantons, aux Grisons ou aux Valaisans, qu’il avoit plus fréquentés et mieux observés que les autres états de la confédération. Jeté dans la société de gentilshommes turbulents, de jeunes étourdis, d’officiers attachés aux services étrangers, dont il partagea les bruyantes orgies, il a inconsidérément attribué leur caractère et leurs mœurs à tous les Suisses sans distinction. Nourri dans le luxe de la Flandre et amolli ensuite par les délices de l’Italie, il est peu étonnant qu’il tourne parfois en dérision l’agreste simplicité de nos ancêtres : accoutumé de bonne heure au métier de courtisan, il pouvoit, sans qu’on en soit surpris, dénigrer une liberté achetée par tant de sacrifices, qui en rehaussent le prix à nos yeux : il en a vu les abus, et il en condamne l’usage ; il a saisi plus habilement le ridicule, qu’il ne rend justice à l’utile ; et par une conséquence toujours fausse, il conclut du particulier au général, de quelques individus à tout un peuple, prenant ce qui arrive quelquefois pour ce qui arrive tous les jours : mais sa lettre contient des vérités ; elle offre un point de comparaison précieux, pour juger combien nous avons gagné du côté de la civilisation, de la véritable liberté et des mœurs publiques.

Elle fit grand bruit en Italie et en Allemagne ; non qu’on eût réclamé contre ce qu’elle contenoit de mal vu ou d’exagéré, mais parce qu’elle traitoit d’un pays et d’un peuple alors très peu visités et très peu connus. Cette lettre, écrite en beau latin, tient de l’élégance de Salluste et de la précision de Tacite, dont elle emprunte souvent des pensées et quelquefois des phrases : on y relèvera sans doute quelques erreurs géographiques, quelques décisions précipitées ou hasardées, quelques réflexions trop hardies ou trop ironiques : nous ne prétendons pas les excuser… mais nous dirons : l’Ermite écrivoit il y a deux cents ans passés ; et quoique heureusement pour nous, nous ne nous reconnoissions plus dans plusieurs de ses tableaux, on ne peut absolument les taxer de fausseté : chaque nation, comme chaque individu, a ses différents âges ; et l’on auroit grand tort de juger un homme parvenu à l’âge de raison et de maturité, par les écarts de sa première jeunesse. Nous ne dirons rien des mœurs et du caractère de l’Ermite, d’abord protestant, puis catholique, successivement secrétaire de M. de Vic, duc de Mantoue et de Cosme II grand duc de Florence ; mort au service de ce dernier en 1613, accusé de débauches infâmes, peut-être à tort par les uns, et peut-être avec raison d’impiété par les autres ; mais reconnu par ses plus grands ennemis mêmes, pour un des plus beaux génies et des meilleurs écrivains de son siècle. Finissons par rappeler le jugement que notre célèbre Hottinguer en porte dans sa méthode d’étudier l’histoire Helvétique (page 225) : « si la lettre de Daniel l’Ermite, dit-il, écrit du style le plus pur et le plus élégant, brilloit toujours autant par sa candeur et par son ingénuité que par son éloquence, il pourraoit tenir un rang distingué parmi les auteurs qui ont traité de la Suisse. »

Le Conservateur Suisse 1815

 

 

De l’ivrognerie des Suisses (1627)

 

L’Anversois Daniel l’Hermite (1584-1613) accompagne l’ambassadeur de Vic en Suisse, en 1603. Il se convertit alors au catholicisme, puis il passe en Italie. En 1627, paraît à Leyde sa curieuse et sévère description des Suisses. La traduction que voici est tirée des pp. 414-415 de l’ouvrage en langue latine de Danielis Eremitae, nobilis Belgae de Helvetiorum, Raetorum, Sedunensium situ, republica, moribus, epistola ad D. Ferd. Gonzagam, Mantuae ducis filium, dans Dan. Ermitae Aulicae vitae ac civilis libri IV. Ejusdem opuscula varia, Ultrajecti. 1701.

 

Ils trouvent leurs délices et leur volupté dans la boisson ; ils n’ont pas de plus grande dépense que pour le boire. C’est pour boire qu’ils se réunissent, c’est pour boire qu’ils s’assemblent, c’est en buvant qu’ils négocient, qu’ils étudient leurs problèmes, qu’ils commencent leurs affaires et qu’ils les terminent. C’est à boire qu’ils passent leurs jours et leurs nuits. L’ivrognerie n’est une honte pour personne. Lorsqu’ils sont gorgés de vin, ils sortent pour vomir et pour se soulager, puis ils se remettent à table. Ils confient à leurs femmes et à leurs enfants le soin de leurs ménages et de leurs intérieurs. On réserve à la gloutonnerie des maris, qui sont des piliers de cabarets, ce que l’on économise grâce à une parcimonie et à une frugalité étonnantes. Bien plus, c’est entre deux tournées qu’ils discutent leurs problèmes. Ils rappellent volontiers les exploits de leurs ancêtres ou les leurs, comme s’ils devaient servir d’exemples à leurs auditeurs. Avec la même exagération, ils se portent aux nues, ainsi que leurs amis. Lorsqu’ils sont pris de vin, ils dévoilent les secrets de leurs cœurs et ils le font sans aucune retenue. Ils ne passent aucune journée sans beuverie ni vantardise. Ils vident des coupes à chaque occasion. Pendant l’hiver, ils se tiennent dans leurs foyers et près de leurs fourneaux. Ils se claquemurent alors et c’est avec mauvaise grâce qu’ils accueillent chez eux les étrangers. Il leur paraît insensé de secourir ceux qui ne savent pas se protéger eux-mêmes et qui sortent par un si mauvais temps. Entre ces gens gorgés de vin, il ne s’élève que de rares querelles, que d’exceptionnelles chicanes, qui naissent toujours de rivalités militaires et d’exploits guerriers. Bien qu’elles soient fréquentes, ces querelles se terminent fort rarement dans le sang. Ceci tient du miracle, étant donné leur perpétuel état d’ébriété. La raison en est que, lorsqu’ils se lèvent pour se battre, ils déposent d’abord leurs armes, puis ils engagent le combat à coup de poing. Le pugilat terminé, ils reviennent, apaisés, aux tables et aux coupes qu’ils avaient quittées, en furie, un instant auparavant. De tout cela, il ne résulte d’autre dommage que des coupes nouvelles qu’il faut apporter pour continuer la soirée. Ils s’essaient aussi à la musique au cours de ces réunions ; mais ils le font d’une manière grossière et barbare. Il leur arrive de danser au son d’un tambour, mais d’un pas lourd et emprunté. Ils semblent pourtant y prendre beaucoup de plaisir. Puis ils se rassoient et se remettent à boire. Nulle femme ne peut participer à ces réjouissances, sauf s’il s’agit d’un banquet de noces.

 

Commentaire : En faisant comme Daniel, du particulier du général, on peut dire que rien n’a changé…

 

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 18:08

Le Comte du Luc de Vintimille, plénipotentiaire de Louis XIV au congrès de Baden en Argovie, y célébra par de grandes fêtes la conclusion de la paix de 1714 entre la France et l’Empire. Il y fit jouer la comédie en Français pour le peuple dans la salle du tirage public ; et les paysans qui n’y purent entrer découvrirent le toit du bâtiment, pour voir une pièce à laquelle ils n’entendaient rien. Après la représentation, il donna un superbe ambigu au corps diplomatique, aux premiers magistrats des cantons voisins et à leurs femmes, et les fit servir en vaisselle plate, dont il avait pour plus de 50'000 écus. Le peuple demande la desserte : qu’on la lui abandonne, s’écrie l’Ambassadeur. Et votre vaisselle ! dit le maître d’hôtel. Laissez faire, j’en réponds. Bientôt les plats passent des mains des laquais dans celles du peuple. Plusieurs pièces s’en vont par-dessus le toit et disparaissent : à minuit rien n’était encore rentré, et le maître d’hôtel était fort inquiet. Mais dès le lendemain matin, tous les plats revinrent très soigneusement lavés, et il ne manqua pas une seule pièce à l’office. Alors le Comte dit à son maître d’hôtel tout surpris de cette loyauté : Ne vous l’avais-je pas dit ? Depuis plusieurs années que je suis en Suisse, il ne m’a jamais rien manqué que six couverts d’argent, qu’un moine défroqué m’a emportés : encore était-il étranger. Ce Seigneur, très attaché à notre Nation, aimait à raconter cette aventure, et il ajoutait ordinairement : ce fait m’a convaincu de ce qu’on me disait dans ma jeunesse, qu’il y avait telle contrée de la Suisse, où l’on pourrait laisser sa bourse ouverte, sans que personne y mît la main.

 

http://books.google.ch/books?id=KtkCAAAAYAAJ&pg=PA160&lpg=PA160&dq=Comte+de+Luc+pl%C3%A9nipotentiaire&source=web&ots=i-peZIhikO&sig=5e8HYk8VMhRPh83Q_xYz1d8JoK8&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=1&ct=result

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Fran%C3%A7ois_de_Vintimille_du_Luc

Je n’ai pas trouvé de photo de ce Monsieur.

 

http://gillesdubois.blogspot.com/2005/09/nobiliaire-de-provence-vintimille.html

 

gtell

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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 11:54

Dans une partie de nos Alpes, l’usage des oraisons funèbres s’est conservé : quand il s’agit d’un homme du peuple, elle se prononce dans le cimetière même et c’est le plus souvent le maître d’école de la paroisse qui remplit cette fonction. Un de ces orateurs populaires à fait dernièrement aux Ormonts le discours suivant, qui mérite d’être conservé pour son laconisme. Penché sur la fosse, il a dit : Mes frères ! de celui que nous venons d’ensevelir, les uns en disent du mal, les autres en disent du bien : croyez-moi ; laissons-le là…. Aussitôt il se tourne, sort du cimetière, et tout le convoi le suit à la maison du défunt, où, selon la coutume, le repas des funérailles les attend. (1)

 

(1) Ce repas s’appelle Chatâmoten patois Vaudois ; mot dont l’étymologie est remarquable, puisqu’il est composé de deux verbes hébreux, qui signifient, l’un boire, et l’autre mourir ; comme qui dirait le vin de la mort.

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 13:17

Une députation des Cantons ayant été présentée à Louis XIV, ce monarque adressa la parole avec intérêt à chacun de ces membres, et leur fit quelques questions : il dit entre autres au député de Schwyz, qui était de la famille Réding : que pensiez-vous en entrant à Paris ? Votre Majesté, répondit-il, je pensais à la retraite de Meaux. – Et par quel hasard ? – Parce que mon bisaïeul  Rodolph Réding était un des capitaines des 6000 Suisses qui sauvèrent alors la vie et la couronne de l’un de vos prédécesseurs. Cette réponse plut au Roi, qui en parla avec éloge le lendemain à son lever, et qui ajouta que lui-même était redevable de la vie à un Suisse… et voici comment : l’anecdote, pour être peu connue, n’en est pas moins de toute vérité. Louis XIV, encore Dauphin, et à peine âgé de quatre ans, folâtrait un soir d’automne avec deux Pages dans les vastes jardins du Palais Richelieu : à nuit tombante, ces Pages se séparent étourdiment de l’enfant Royal, qui bientôt s’égare, ne peut retrouver son chemin dans les ténèbres, et finit par tomber dans un bassin : il y était dans l’eau jusqu’à la ceinture, transi de froid et presque évanoui, lorsqu’un Suisse de la garde, attiré par ses gémissements, accourt et l’arrache à une mort certaine, si le secours eût tardé plus longtemps.

 

Imaginons le Dauphin mort noyé dans le bassin du Palais Richelieu… pas de château de Versailles, pas de jardins magnifiques, pas de « L’Etat c’est moi ! », pas de Roi Soleil. Monsieur son Frère aurait-il été roi et quel roi ?

 

Pour mémoire, il accéda au trône peu avant l’âge de cinq ans, qu’il eut un règne de 72 ans et qu’il a été le chef d’Etat qui a gouverné la France le plus longtemps. Record absolu en Europe. Né en 1638, mort en 1715.

 

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 18:30

Traduite du Latin.

 

Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Père, Fils et Saint Esprit ! Amen.

Ce qui se fait dans le temps, doit être confié à la langue des témoins et au souvenir des écrits, si l’on veut que le temps ne le détruise pas : c’est pourquoi faisons savoir à tous présents et avenir, que nous Aymon de Savoye, seigneur du Chablais, fils de l’illustre comte de Savoye Thomas de bonne mémoire, aurions fondé, construit et édifié une maison de Dieu dans les murs de Villeneuve, au diocèse de Lausanne, à l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les Saints, pour la sustentation des pauvres et des pèlerins, aussi bien que des malades ; dotant ladite maison de terres, dixmes*, possessions, droits, privilèges et autres choses, pour le remède de l’âme de notre susdit père, l’illustre comte Thomas de bonne mémoire, et de notre illustre mère, et pour le salut de notre âme, et de celles d’Amédée illustre comte de Savoye, et de nos autres frères, Guillaume élu évêque de Valence, Boniface évêque de Belley, Pierre prévôt d’Aoste, Thomas et Philippe ; lesquels, comme il apparoîtra ci-après, louent, accordent et approuvent expressément ladite concession. Or donc nous donnons et livrons à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie et au Recteur de cette maison, ainsi qu’aux frères qui dès maintenant y feront le services de Dieu, et à leurs successeurs à perpétuité, le lieu et terrain sur lequel sont construites lesdites maisons et église, avec les appartenances et tous les édifices faits à l’usage, soit de l’église, soit de la maison ci-dessus désignée. Donnons aussi de la même manière et aux mêmes, le moulin de St. Maurice d’Agaune ; la dixme que nous avons, tenons et possédons à Bagne ; la dixme de Fouilly qu’avons achetée, savoir 6 boisseaux bled et vin, mesure de Sion ; la dixme qu’avons acquise à Aigle de Rodolph Sigrist de Sion, avec l’approbation de ses frères et neveux ; la dixme que nous avons acquise à Orvant du seigneur Falcon de Brent ; trois mesures de froment qui nous sont dues au voisinage du chemin et de la vigne acquise par nous à Aigle de dame de Rod, jadis femme de Guillaume d’Aigle, et de Jacob fils de ladite dame ; la vigne et les terres qu’avons acquises de la maison d’Abondance ; la terre d’Humbert Vulti de Noville située près d’Aigle, ainsi que tous les droits que ledit Humbert possède ou doit posséder là ou autre part, qu’avons achetés en totalité dudit Humbert ; tout ce que nous possédons ou devons posséder à Yvorne, tant en champs, qu’en prés et en isles qui sont sous Yvorne ; l’Alpe d’Acis (Aïerna)*que nous avons acheté du seigneur Guïdon d’Aigle, avec le consentement de sa femme et de son fils, et de Portenus de Chillon, pour sa portion dans la même Alpe possédée par ledit Guïdon, et tout ce que jacques d’Aigle a ou peut avoir dans ladite Alpe, que les susnommés Guïdon et Jacques d’Aigle tenoient en fief de nous. Item donnons à la même maison notre forêt et terre de Chambons, et tout droit que nous y avons ou devons y avoir, comme seigneur dudit lieu. Item donnons au même et de la même manière le pré situé près des bouches du Rhône, que nous avons mis en valeur, et la vigne et le pré qu’avons achetés de Marie de Lestier. Item donnons aux mêmes et de la même manière et dans toute son étendue le droit d’échute*, qu’avons et devons avoir sur les biens des Pèlerins qui décèdent à Villeneuve, à raison de notre seigneurie du château de Chillon, et toute la portion qu’avons dans les champs et vignes de St. Branchier*, à raison de la seigneurie dudit château. Item sur les trois cents sols de cense* que doivent annuellement Ollon et Vauvri, nous leur donnons de la même manière dix livres Mauriçoises ; et le reste montant à cent sols Mauriçois, avons remis à l’Abbé et au couvent de St. Maurice, en compensation de cent autres sols que notre père Thomas de bonne mémoire avoit donnés audit Abbé et couvent pour un luminaire, et qu’il leur avoit assignés sur le moulin de St. Maurice. Item donnons et accordons au Recteur et aux Frères de cette maison le privilège de posséder de plein droit tout ce qui leur parviendra légitimement dans notre seigneurie, par voye de donation, d’achat, ou d’autre manière. Item voulons et ordonnons que le Recteur de dite maison et les Frères jouissent librement, tranquillement et sans aucune redevance, de toutes les choses susnommées, données à dite maison, et qu’ils soyent francs de toute taille, corvée et autres impositions, lesquelles toutes choses susmentionnées avons juré, en touchant les Saints Evangiles pour nous et nos successeurs, au Recteur de la maison et aux Frères présents et à venir, de tenir, maintenir et défendre dévotement, loyalement et bénignement. Nous aussi Amédée comte de Savoye et marquis d’Italie, concédons et approuvons, pour le remède de notre âme, toutes les choses prédites, promettant les défendre et les maintenir pour nous et nos successeurs par serment sur les Saints Evangiles, de la même manière que l’a juré notre frère Aimon, comme il est exprimé ci-dessus : en conséquence, nous Amédée comte et nous Aimon son frère, avons fait corroborer la présente chartre de nos scels* en témoignage et confirmation de son contenu. Nous Marguerite comtesse de Savoye et marquise d’Italie, approuvant le pieux établissement de notre bien-aimé fils Aimon, concédons et louons les choses ci-devant telles qu’elles sont exprimées, et avons juré à propos de munir la présente chartre de notre scel en mémoire du tout. Nous Guillaume évêque de Valence, Boniface évêque de Belley, Pierre prévôt d’Aoste, Thomas et Philippe, applaudissant aux pieux desseins de notre cher frère Aimon, approuvons concédons et promettons de bonne foi, de maintenir et de conserver de tout notre pouvoir les choses ci-devant dites ; et pour leur donner plus grande fermeté, avons trouvé convenable d’apposer nos scels à la présente Chartre. Fait à Chillon, en présence du seigneur Herminius, archevêque de Tarentaise, et des abbés de St. Maurice et de Hautecrêt* ordre de Cîteaux. Témoins présents. – Pierre, chapelain de dame comtesse de Savoye. – Jean, chapelain dudit seigneur Aimon. – Humbert de Vilette, le seigneur Guidon d’Amaisin, et le seigneur Pierre des Clées, chevaliers. – Hugues, châtelain de Chillon. – Turing de Cambovare. – Bernard de Montmélian. – L’an du Seigneur mille deux cent trente six, le septième des Kalendes de Juillet.

 

*Dixmes domaniales ou patrimoniales, sont celles qui appartiennent en propriété à des laïcs. Source, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers.

*Acis « Aïerna !!! si quelqu'un sait de quel lieu il s’agit cela serai sympathique de le communiquer. Merci.

*échute = est la réalisation de la maintmorte ; si le serf n’a pas d’héritier direct, tout revient au seigneur.

St. Branchier est aujourd’hui, Sembrancher

*cense = nom féminin, dérive du bas latin censa, signifiant fermage, est devenu ensuite le nom de la ferme même.

*scel = sceau

Abbaye de Hautcrêt, Vaud, ordre Cisterciens, de 1134 à 1536.

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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 11:49

Que disait-on en 1815 sur le Pétrole ou Asphalte dans le canton de Vaud ?

 

Chacun sait en gros, qu’il existe une espèce de bitume appelé asphalte ou pétrole, et peut trouver les détails qui  y sont rélatifs dans les écrits de divers naturalistes… aussi je ne les copierai pas pour les reproduire ici ; je ne déciderai point quel nom convient le mieux à cette substance minérale ; je n’indiquerai point les procédés nécessaires à ses usages économiques : mais en adoptant la nomenclature de Bomare, je dirai qu’il y a de l’asphalte en trois endroits du canton de Vaud.

I.                     CHAVORNAY, District d’Orbe. A un quart de lieue du village de ce nom, près d’un moulin situé sur le Talent, se voit une colline composée de grès noirâtres, tendres sous terre, et qui se durcissent à l’air ; il en découle, sur-tout quand il fait chaud, une telle quantité d’asphalte, que la surface du ruisseau qui passe au pied en est couverte. Il en suinte aussi quelquefois des rochers situés plus bas, le long du bord de l’eau. Mais divers éboulemens ont ou obstrué ou recouvert la plupart des scissures par lesquelles il s’échappoit. Il paroît, par une brochure allemande sur l’asphalte du Val-de-Travers, que la mine de Chavornay étoit déjà connue l’an 1722, et qu’on mettoit en œuvre son produit, soit comme ciment impénétrable à l’eau, soit comme graisse pour les roues des chariots. Dès lors elle a été à diverses fois reprise, puis abandonnée ; mais on convient qu’elle pourroit être d’un rapport conséquent, entre les mains de gens instruits et en état de faire les fonds d’une exploitation régulière et suivie, soit par des galeries poussées au travers de la colline, soit par des puits creusés dans son intérieur. Le mastic fait avec l’asphalte de Chavornay, est de la plus grande tenacité, et forme entre les blocs qui en sont cimentés, un lien plus dur que la pierre.

II.                   ORBE. Sur les bords de la rivière de même nom, à 20 minutes de cette ville, on trouve dans un petit vallon nommé le Creux Genou, une seconde mine d’asphalte : elle fut découverte il y a environ 60 ans, et exploitée avec quelque succès par MM. Venel, qui pendant un certain temps en débitoient, soit en Suisse, soit au-dehors : à présent ce travail est abandonné, ou du moins fort négligé. Il y a une galerie commencée dans la colline ; mais on n’a pas encore déterminé la longueur et l’épaisseur du banc bitumineux, qu’on présume fort étendu, parce que jusqu’à présent ces travaux ont été faits au hasard, sans plan ni méthode.

III.                 VALLORBE, District d’Orbe. La troisième mine d’asphalte existe près de ce beau village, avantageusement connu par ses forges et ses ouvrages en fer. M. David Glardon, homme plein de talens et d’intelligence, la découvrit en 1787, sur la pente septentrionale de la Dent de Vaulion : mêlé avec un dixième de poix commune, il en fait un ciment d’une force prodigieuse, puisqu’avec un anneau de cet asphalte, du poids d’environ deux onces, on peut soulever jusqu’à trois quintaux. Il en a cimenté des digues de moulin ; il en fabrique des tuyaux de fontaine de toute forme et grandeur, dont la durée comme la solidité est incalculable, et qui ne communiquent à l’eau aucun goût désagréable ; il en retire par distillation une huile épaisse, brune, et qui peut être employée dans les arts : il vend son asphalte en mastic, à L. 20 le quintal, et en poudre à L. 11.

L’asphalte de Vallorbe est des trois celui qui ressemble le plus à l’asphalte de Couvet, dans le Val-de-Travers (Comté de Neuchâtel). Ce dernier fut découvert en 1721, et exploité sous la direction d’un minéralogiste nommé d’Eyrinis, grec de nation, homme aussi singulier que savant, dont on a plusieurs brochures sur le pétrole. Le sien jouit pendant une vingtaine d’années d’un débit assez étendu, tant en France qu’en Allemagne. On en fit venir à Paris par ordre de la cour, pour mastiquer le bassin du jardin royal : on s’en servit pour réparer les bassins de Versaille, les bains de Latone, et des bas reliefs brisés ou fendus : on en fit un Pisasphalte, dont on caréna deux vaisseaux qui partoient pour les mers de l’Inde ;  et il fut avéré à leur retour, qu’ils étoient moins dégradés et moins percés des vers, que les navires carénés à la manière ordinaire.

On doit ajouter que l’asphalte n’est point utilisé en médecine ; qu’on l’emploie en parfum dans les gouttes, rhumatismes, sciatiques, enflures oedemateuses aux jambes, etc. ; et que par la sueur abondante qu’il excite dans la partie affectée, plusieurs maladies ont été, si non guéris, du moins considérablement soulagés.

 

Si vous suivez l’actualité ou seulement votre journal télévisé en Suisse, vous savez donc que ces trois lieux redeviennent d’actualité puisque on parle de relancer les forages à la recherche de pétrole en Romandie.

GTell.

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Published by G.Tell - dans curiosités
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