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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 15:38

En complément de l’article précédent : Voici la chanson, La Brouette d’Échallens.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 16:02
Il y a 66 ans [4]
Et sans machines

Et sans machines

Il y a 66 ans [4]
Il y a 66 ans [4]

Les élèves apprenaient…

Un chemin de fer régional

« A l’âge de dix-sept ans, me dit mon grand-père, j’avais déjà vu des trains trois ou quatre fois, car c’était une des distractions des garçons d’Echallens que de se rendre à pied à la gare de Cossonay, le dimanche après-midi, pour voir passer les convois du Jura-Simplon. Mais je n’étais encore jamais monté dans un wagon, et j’en brûlais d’envie.

« Un jour – c’était en 1873 – j’appris que la construction du chemin de fer de Lausanne à Echallens était passablement avancée, et que des trains circulaient déjà entre la capitale et le village de Cheseaux. Je n’y tins plus. Le premier dimanche, je me rendis à Cheseaux avec trois camarades, et nous prîmes tous les quatre des billets pour Lausanne.

« Ah ! Pierrot, quelle partie de plaisir ! Il me semble que j’y suis encore… Ce train n’était pourtant pas bien confortable. Comme il faisait très froid – on était en hiver – les employés avaient glissé sous nos pieds de longues bouillottes d’étain remplies d’eau chaude, qui ne nous réchauffaient guère. Nous étions passablement secoués, mais cela nous faisait rire. Nous l’aurions été d’ailleurs bien d’avantage si les constructeurs de la ligne avaient exécuté leur premier projet : ne poser qu’un seul rail, pour diminuer les frais ! La locomotive et les wagons auraient eu deux roues sur le rail unique et deux sur la chaussée. Un train de ce genre circulait, disait-on, près de Paris.

« La vitesse nous impressionna : songe que nous faisions au moins du vingt-cinq à l’heure ! Les arbres couraient comme des fous des deux côtés du train, et cela nous tirait des éclats de rire. A Montétan, cependant, le train ralentit, et un homme muni d’un drapeau rouge se mit à marcher devant la locomotive, entre les rails. Il agitait de temps en temps son drapeau pour écarter un piéton ou une voiture. Ainsi le voulaient les autorités, qui avaient une peur bleue des accidents. Nous rentrâmes à sept heures, par le dernier train, je me souviens qu’à la lumière des chandelles, nous avons chanté tout le long du trajet. »

Si mon grand-père revenait, il ne reconnaîtrait plus son petit train cahotant et enfumé. Depuis 1936, la ligne est électrifiée. D’élégantes automotrices à la carrosserie verte et crème ont remplacé les vieilles locomotives à vapeur. Ces machines puissantes sont beaucoup plus rapides que les anciennes locomotives ; la durée des parcours a été réduite de moitié, le nombre des trains a pu être multiplié. En 1874, il n’y avait que quatre trains par jour d’Echallens à Lausanne, et la course durait plus d’une heure. Aujourd’hui, on peut se rendre de l’une à l’autre de ces localités en trente minutes, et presque à toute heure de la journée.

Avant l’électrification, on ne voyait guère dans le train que des gens qui se rendaient à Lausanne pour un achat dans un grand magasin, pour une visite à des parents ou des amis. Maintenant, un grand nombre d’écoliers, d’étudiants, de demoiselles de magasin, d’employés de bureau, d’ouvriers, provenant d’une vingtaine de villages, prennent le train chaque jour pour aller à leur ouvrage. Le train des emplettes est devenu le train du travail.

Aujourd’hui il a bien changé ce petit train régional et son nom n’a plus rien à voir avec son surnom qui était « La Brouette d’Échallens ». Le Lausanne-Échallens-Bercher, tel est son nom ou LEB.

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Suivez le lien et vous aurez non seulement l’historique et son évolution, mais aussi une illustration de ce qu’ils voulaient faire comme à Paris.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 16:10
Il y a 66 ans [3]
le château de Champvent, entre Yverdon et Baulmes

le château de Champvent, entre Yverdon et Baulmes

bétail bovin, tracteur et machines agricoles, au fond les forains

bétail bovin, tracteur et machines agricoles, au fond les forains

dans les ateliers des CFF, à Yverdon

dans les ateliers des CFF, à Yverdon

Sainte-Croix en hiver

Sainte-Croix en hiver

dans une fabrique de Sainte-Croix, accordage d'une boîte à musique

dans une fabrique de Sainte-Croix, accordage d'une boîte à musique

Les élèves apprenaient…

… Que Sainte-Croix est à 1100 mètres d’altitude, sur le flanc du Chasseron. Cette petite ville est connue dans le monde entier pour ses « boîtes à musique » ; on y fabrique aussi des gramophones, des appareils de cinéma, des appareils de radio.

À suivre demain : Le centre du canton

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 17:34
Il y a 66 ans [2]
fabrique de chocolat, la ville et sur la colline trois tours

fabrique de chocolat, la ville et sur la colline trois tours

Il y a 66 ans [2]
L'église de Romainmôtier, dans un vallon jurassien

L'église de Romainmôtier, dans un vallon jurassien

Les élèves apprenaient…

L’Orbe

- D’où viens-tu, jolie rivière aux eaux vertes ?

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- Je sors d’un petit lac jurassien, parmi les pâturages et les forêts de sapins. Et puis, sans trop me hâter, je serpente dans une longue vallée, pour y trouver finalement un autre lac, parmi d’autres forêts et d’autres pâturages… Des villages aux maisons grises s’étirent le long des routes, et les fermes ont l’air de se tapir contre le sol par crainte de la bise.

- Et après, que deviens-tu ?

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- Après, je disparais dans la montagne. Autrefois, je m’engouffrais tout entière dans des trous de la roche ; je me faufilais dans des fissures innombrables ; je m’attardais dans des lacs souterrains aux voûtes noires, où pendaient des myriades de stalactites ; et je ne retrouvais la lumière qu’après avoir erré des jours entiers dans les profondeurs de la montagne. Aujourd’hui, les hommes m’obligent à passer dans des tuyaux d’acier, d’où, trop à l’étroit, je ne puis me dégager que par une vitesse furieuse ; et je fais en quelques minutes le trajet qui me demandait autrefois des journées.

- Petite rivière, sans doute les hommes veulent-ils de cette façon-là te faire travailler pour eux.

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- Je le sais. Je ne trouve ma liberté qu’après avoir fait tourner de grosses turbines… Je traverse ensuite une petite ville, sous un pont où il y a toujours une demi-douzaine de curieux pour admirer mes truites. Puis je m’engage dans des gorges profondes, où mon eau bouillonne parmi les pierres. Ces gorges, c’est moi qui les ai creusées ! Je voulais à tout prix sortir de la montagne et gagner la plaine. J’ai limé le rocher, je l’ai miné, je l’ai rongé, je l’ai taillé. J’ai tant fait – et si ce travail m’a demandé dix mille ou cent mille ans, je ne sais plus – que j’ai fini par m’y ouvrir un chemin… Mais les hommes en ont profité pour construire leurs usines électriques dans mes gorges et me faire travailler de nouveau dans leurs turbines.

- Et qu’as-tu fait des matériaux que tu as arrachés à la montagne ?

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- J’ai fait la plaine. Je les ai déversés dans un golfe qui prolongeait un grand lac. Ils s’y sont accumulés ; ils ont fini par le combler. Et, sur plusieurs lieues, les eaux ont reculé devant la terre. Les brochets ont fui, laissant la place aux grenouilles des marécages. Année après année, les herbes et les roseaux ont poussé, puis pourri en devenant tourbe. Dans ce pays nouveau que j’avais créé, je me suis fait un lit plein de fantaisie, errant de-ci de-là, comme le chemin d’un homme ivre.

- Mais, rivière, je ne vois pas que ton lit soit tel que tu le dis. Il est droit comme le sillon que trace la charrue dans un champ bien plat.

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- Il était sinueux, autrefois. Mais les hommes ne l’ont pas trouvé à leur goût. Ils prétendaient que j’en sortais trop volontiers pour inonder la plaine. Et cette plaine, ils la voulaient pour eux ; ils voulaient y paître leurs troupeaux, y semer leur blé, y planter leurs arbres. Une fois de plus, ils m’ont soumise à leur volonté ; ils m’ont imposé le chemin que tu vois, d’où je ne puis m’échapper. Que pouvais-je faire d’autre que de me soumettre ?

À suivre demain : Le nord du canton

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 16:59

Comment montrer à des élèves du primaire, l’état du canton au moment où ceux-ci s’éveillent à leur environnement ?

Le département de l’instruction publique et des cultes du Canton de Vaud avait chargé une commission spéciale formée de membres du corps enseignant de rédiger les textes et les illustrations et en faire un ouvrage d’étude.

Voici les cartes et photos qui illustrent cet ouvrage et qui vous permet de différencier deux époques, le milieu du XXe siècle et celui d’aujourd’hui. Ce n’est pas le jeu des 7 erreurs, non, mais de réaliser ce qui a changé ou évolué, voire même qui a disparu entre ces deux moments, 1950 et 2016.

Il y a 66 ans
Il y a 66 ans
Il y a 66 ans
Il y a 66 ans
Il y a 66 ans

Les élèves apprenaient…

Les débuts de l’horlogerie à la Vallée de Joux

Au XVIIIe siècle, il y avait à la Vallée un certain nombre d’artisans du fer : forgerons, serruriers, cloutiers, armuriers, couteliers. Quelques-uns d’entre eux étaient assez habiles pour fabriquer de grosses horloges à poids. Ces artisans trouvaient sur place le métal dont ils avaient besoin : la vallée possédait du minerai de fer à plusieurs endroits, et assez de bois pour le fondre.

En 1740, un jeune « Combier », Samuel-Olivier Meylan, entendit raconter qu’un « montrier » s’était établi à Rolle ; c’est le premier fabricant de montres qu’on ait vu dans le Pays de Vaud. Meylan se rendit chez lui, se fit accepter comme apprenti ; mais dès qu’il sut faire une montre tout seul, il quitta son patron et remonta à la Vallée pour y ouvrir son propre atelier. Il y forma lui-même des apprentis. Ainsi débuta l’horlogerie à la Vallée de Joux.

La nouvelle industrie se développa rapidement. Les Combiers sont persévérants et habiles de leurs doigts. Les longs hivers de la montagne laissent beaucoup de loisirs aux paysans et les poussent à chercher une occupation sédentaire. Un travail qu’on pouvait faire chez soi, dans la chambre familiale, à l’abri de la neige et de la bise, leur convenait particulièrement.

Parmi les horlogers de la Vallée qui ont laissé un souvenir, il faut citer Philippe Meylan, qui vivait autour de l’année 1800. Cet artisan génial inventa la « bague-Réveil » : elle portait une petite montre dont le mécanisme, à l’heure voulue, faisait pénétrer une fine pointe d’acier dans le doigt du dormeur. Il fit des mouvements de montres si minces qu’on pouvait les loger dans un louis d’or évidé. Il fabriqua des automates : des souris blanches mécaniques, qui couraient, s’arrêtaient, repartaient et terminaient leurs courses par un petit saut ; des oiseaux magiques, qui secouaient les ailes, étalaient les plumes de leur queue, pirouettaient, ouvraient le bec et faisaient des trilles et des roulades à la façon du rossignol ; un moine qui répondait par écrit à vingt-huit questions différentes. Cette intéressante collection a malheureusement disparu. Achetée par un riche Australien, elle coula dans l’océan Indien avec le navire qui la portait.

A une époque où les moyens de communiquer avec le reste du pays ou l’étranger n’étaient pas aussi développé qu’aujourd’hui, les artisans avaient souvent de la peine à vendre leur marchandise au loin. Beaucoup d’horlogers de la Vallée, lorsqu’ils avaient achevé quelques montres, se mettaient bravement en route, passaient le Marchairuz ou le Molendruz et s’en allaient dans la plaine offrir leur marchandise de porte en porte.

La tradition rapporte que deux frères Golay, du Chenit, poussés par le goût des voyages, emballèrent un jour leur stock et se mirent en route pour… la Grèce. Ils n’avaient aucune notion des difficultés du voyage ni la géographie ; ils n’avaient pas même songé à se munir de passeports. Arrivés en Italie, ils tombèrent en pleine opération de guerre ; ils furent arrêtés comme suspects et jetés en prison avec les pires malfaiteurs, qui les dépouillèrent. Ils rentrèrent au pays, ayant perdu jusqu’aux boucles d’argent de leur souliers.

Demain, à suivre : la vallée de l’Orbe

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 16:44

Oui, actuellement on parle beaucoup de la laïcité et surtout que certaines personnes contestent ou ne comprennent pas la laïcité.

Qu’est-ce que c’est exactement la laïcité ? Le mieux, c’est que le Gouvernement Français nous l’explique.

La laïcité repose sur trois principes : la liberté de conscience et la liberté de culte, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.

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Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint par le droit au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.

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La laïcité suppose la séparation de l’État et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’État —qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte— ne se mêle pas du fonctionnement des organisations religieuses.

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La laïcité n'est pas une opinion parmi d'autres mais la liberté d'en avoir une. Elle n'est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public.

Quand la loi française sur la laïcité fut introduite en 1905, c’était l’aboutissement ou du moins l’un des résultats du « siècle des Lumières », qui voulait cette séparation pour le bien de tous.

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Souvenez-vous, sous l’ancien régime, la structure de la société était très hiérarchisée, au-dessus de tous, Dieu, le Pape, les Empereurs, les Rois et enfin le peuple.

Aucune publication ne pouvait être publiée avant d’avoir l’assentiment de l’Église qui jouait son rôle de censeur. Il fallait encore être agréé par le roi ou l’autorité régnante. Ce qui signifie en cas de rejet d’un ouvrage, une double peine et probablement l’exclusion de certains cercles, etc.

Pour exemple, le Dictionnaire d’Histoire et de Géographie, publié en 1855 par Hachette à Paris

Actualité
Actualité
Actualité

La justice fonctionnait aussi sur ce principe, si l’Inquisition était la justice de l’Église envers ceux qui s’écartaient des bonnes règles de conduites ou pour quelques idées lancées de façon inconsidérées, ceux-ci risquaient gros, le bûcher était toujours prêt. Enfin, le curé du village était celui qui devait tout savoir sur tout le monde et qui corrigeait, non seulement en paroles, mais aussi en actes.

Donc d’abord les règles de l’Église dans chaque royaume et ceci téléguidé par Rome et ensuite les règles du roi qui devaient plaire à l’Église. Ce système ne pouvait durer et c’est ainsi que des intellectuels, philosophes et avant eux en Angleterre avec Henri VIII, le Pape ne pouvait dicter la conduite d’un pays. Le rejet ne pouvait se faire d’un claquement de doigt, alors il fallut du temps et des révolutions pour y arriver.

Ceci dit, en faisant beaucoup de raccourcis, je crois que la démocratie fonctionnelle et heureuse ne peut être que laïque. Ce que la France a fait, influença les pays voisins qui d’une façon ou d’une autre arrivèrent aux mêmes résultats.

Bien qu’il reste quelques traces de l’influence de l’Église, puisque dans bien des Constitutions, c’est encore au nom de Dieu que l’État règle la gouvernance du pays et pour le bien du Peuple.

Certaines civilisations n’ont pas fait les mêmes démarches envers leurs religions et lois.

Ne faisons pas marche arrière et ne laissons pas une interprétation autre que celle qui existe. La laïcité est intouchable.

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Published by G.Tell - dans Actualité
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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 15:54

La visite des curiosités

[Le texte en forme de conclusion, « La visite des curiosités » n’a plus l’intérêt qu’il avait lors de l’élaboration du livret de présentation des grottes de Saint-Béat. En effet, plus de 50 ans ont passés avec des améliorations qui ont suivis les investissements et les progrès techniques. Aujourd’hui il n’est même plus question de publier un tel livret de 48 pages avec de nombreuses reproductions qui enrichissent le texte, puisqu’il y a Internet. Le moyen qu’offre Internet est probablement l’outil de promotion le plus efficace, quand celui-ci est bien utilisé.]

[Si vous êtes arrivé ici, en me suivant dans l’histoire de ces grottes, c’est que vous avez un peu de curiosité. Cette curiosité doit vous inciter à suivre le lien qui vous montrera les beautés du lieu que j’ai essayé de vous présenter. Comme le site bénéficie de très belles photos et qu’il est bien construit, vous aurez aussi du plaisir à le consulter et de planifier, pourquoi pas, une prochaine visite aux grottes de Saint-Béat.] Gtell.

Nota. Le texte de cette brochure basé sur différentes publications antérieures de la Société des Grottes de Saint-Béat a été rédigé par M. Hartmann.

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 17:29

L’ouverture de la grotte au torrent

Les eaux mugissantes qui jaillissent de la grotte au torrent et se précipitent ensuite du haut des rochers ont toujours incité les voyageurs hardis à pénétrer à l’intérieur. Le peintre Hans Stähli de Brienz parle d’une tentative de ce genre en l’an 1811. Il atteignit une profondeur de 200 mètres. Les merveilles qu’il contempla lui firent une profonde impression. En 1848, Johannes Knechtendorfer, le premier capitaine du lac de Thoune, poussa jusqu’à la salle désignée depuis sous le nom de « grotte du capitaine ». On y peut distinguer encore ses initiales et celles de ses compagnons peintes à l’huile.

Les eaux mugissantes qui jaillissent de la grotte

Les eaux mugissantes qui jaillissent de la grotte

Une reconnaissance méthodique, par contre, ne se fit que beaucoup plus récemment.

En 1903, le jeudi saint, M. Hermann Hartmann, directeur de l’Office du tourisme de l’Oberland bernois, obligé parfois de ramper, atteignit le premier élargissement. Une commission fut nommée peu après et l’on décida de rendre cette merveille de la nature accessible au public. Il fallait tout d’abord construire un chemin à partir de la route cantonale. A l’intérieur, il fallut faire sauter les passages trop étroits entre les différentes grottes et les assécher en pompant les siphons. C’est ainsi que, vers la fin de l’année, on avait déjà atteint une profondeur de 750 mètres. Le zèle des explorateurs était constamment avivé et puissamment stimulé par la richesse croissante des découvertes. Mais à lui seul, le zèle ne suffisait pas. Les travaux coûtaient cher, très cher. 20 000 francs avaient été investis en un clin d’œil et l’éclairage électrique dont le besoin se faisait toujours plus pressant n’était pas encore installé. Une coopérative au capital de 100 000 francs fut fondée pour faire face à cette exigence aussi. La grotte fut ouverte au public le 20 juillet 1904. L’optimisme des initiateurs fut récompensé. La première année déjà 10 643 personnes visitèrent les grottes. L’année suivante, lorsque le débarcadère de Sundlauenen fut mis en service, ce nombre fit plus que doubler : on compta en effet 24 012 visiteurs. Jusqu’au début de la première guerre mondiale, la moyenne fut de 28 238 personnes par année.

Les années de crises qui suivirent, puis la deuxième guerre mondiale, mirent la coopérative à rude épreuve. Il fallut procéder à des assainissements. On ne pouvait pas parler d’une « mine d’or », mais bien de l’étonnante ténacité qui permit de surmonter cette crise et de garder intacte, au profit du tourisme oberlandais, l’œuvre commencée au début du siècle.

Ces soucis ne touchèrent en rien le charme des grottes et dès 1945 le nombre des visiteurs ne cessa de croitre. Le record fut atteint en 1963 avec 57 483 entrées.

Les investissements effectués jusqu’en 1965 (augmentation du capital de la coopérative, hypothèques, fonds provenant des recettes d’exploitation) ont presque atteint les deux millions. Les installations ont pu ainsi être agrandies et renouvelées. L’éclairage notamment a pu être modernisé ce qui, avec les dimensions des salles, l’aperçu en profondeur des ramifications et le grondement des chutes souterraines contribue à faire de cette visite un événement mémorable.

[J’ai volontairement exclu les photos des grottes. Par expérience personnelle, les photos de grottes souterraines ne reflètent pas les réelles beautés que nos yeux détaillent et alimentent ainsi nos souvenirs. D’autant que les photos du livret, dont j’ai reproduit le texte, sont en noires et blancs, avec une technique des années 60. Il semblerait que le livret soit de 1963 à 1965.]

Grottes de St-Béat, partie ouverte au public.

Grottes de St-Béat, partie ouverte au public.

L’exploration scientifique des grottes

Un groupe d’explorateurs scientifiques a constaté que les grottes de Saint-Béat font partie d’un système de grottes qui se ramifie dans toute la chaîne du Beatenberg. On a pu se fonder à cet égard sur les travaux préparatoire des géologues Arnold Heim et Paul Beck.

Le 4 novembre 1945, sous la conduite de M.R. Homberger, du Beatenberg, un groupe est descendu dans le « Häliloch », de 117 m de profondeur, à 1733 m d’altitude, sur l’arête du Beatenberg. Peu après, un deuxième groupe, de Berne, y pénétrait également. Le troisième groupe, formé par M. Franz Knuchel, instituteur, membre de la section d’Interlaken de la Société suisse de spéléologie, explora systématiquement l’ensemble du réseau des grottes. Par deux fois, au printemps 1946, il versa de la fluorescéine et du sel dans les eaux du Häliloch. 30 heures plus tard, l’eau, plus bas, dans la grotte de saint Béat, se colorait, prouvant qu’une relation existait entre les deux cavernes.

L’œuvre d’une vie et son avenir

Nous considérons aujourd’hui la visite des grottes de Saint-Béat comme une chose toute naturelle. Peu de personnes soupçonnent la somme de travail qui a été fournie, les espoirs et les déceptions que cette œuvre a causés. La chance voulut qu’à la fin du XIXe siècle, au moment de nommer le directeur de l’Office du tourisme de l’Oberland bernois, le choix tombât sur M. Hermann Hartmann. Cette région trouva en lui non seulement un propagandiste d’envergure, mais aussi une personnalité ayant de l’imagination et capable d’initiative. Il consacra à l’Oberland bernois une étude aussi vaste que détaillée qui fut publiée en 1910 sous le titre « Berner Oberland in Sage und Geschichte ». L’œuvre de sa vie, toutefois, fut bel et bien la restauration de l’ermitage des grottes de Saint-Béat que son esprit romantique et son regard de connaisseur et d’historien ont arraché à l’oubli et offert au public. La chance, une fois encore, permit que M. Hartmann puisse remettre l’œuvre commencée entre les mains d’un successeur digne de lui, soit son fils Milton Hartmann. C’est à lui qu’incomba la lourde tâche de maintenir l’œuvre durant les années difficiles, avant et après la deuxième guerre mondiale, et de la développer progressivement.

Hermann Hartmann

Hermann Hartmann

Milton Ray Hartmann

Milton Ray Hartmann

De beaux résultats ont été atteints. D’autres plans, prévus depuis des années, n’ont pas pu être exécutés, faute de moyens financiers. Tel, par exemple, le projet d’une chapelle funéraire avec cloitre et vitraux ornés de motifs tirés de la légende de saint Béat.

A suivre...

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 17:04

Redécouverte au 18e siècle

Une nouvelle époque s’était ouverte. Les regards des hommes s’arrêtaient moins sur les jeux de lumière des vitraux et sur les diptyques que sur les beautés et les merveilles de la nature. Le pèlerin qu’un besoin spirituel conduisait aux lieux consacrés était remplacé par un voyageur à la recherche de beautés naturelles. La première histoire naturelle de la Suisse a été écrite par J.-J. Scheuchzer au début du 18e siècle. Son itinéraire le conduisit également à la grotte de Saint-Béat. Il écrit :

« De là, on a une vue agréable sur le lac de Thoune … A proximité, on peut jouir des arbres, de leur ombre, du chant des oiseaux et de la disposition naturelle de cette voûte … Bref, tout monarque serait heureux de posséder une telle caverne en son jardin. »

Lorsque au milieu du 18e siècle l’Oberland bernois commença à attirer l’attention des peintres, des naturalistes et des voyageurs, lorsque Haller avec son célèbre poème sur les Alpes et les œuvres de J.-J. Rousseau commencèrent à enthousiasmer l’élite européenne, il fut clair que ce curieux endroit des bords du lac de Thoune n’échapperait plus longtemps à la curiosité publique. Un guide publié par Samuel Wyttenbach recommandait la visite des grottes. Goethe avait ce guide en poche lorsqu’il visita la cellule de Saint-Béat en 1779. Son attention fut attirée par un lierre gigantesque qui grimpait le long de la paroi de rochers. Il y consacre quelques lignes dans son journal : « Heilger Epheubaum, hoch den Felsen hinanlaufend, dessen Zweige feierlich darüber herabhängen. – Der Stamm ist drei Spannen dick.“ Un dessin du petit maitre K. Wolff (1753-1798) reproduit ce qui avait frappé Goethe. L’arbre qui s’élance au milieu des rochers doit être celui que mentionne Goethe dans son journal.

Les grottes avec le lierre gigantesque vers 1780

Les grottes avec le lierre gigantesque vers 1780

Un autre tableau, de G. Lory le Jeune (1784 à 1846), nous conduit devant la grotte sèche (la cellule de Saint-Béat). On y discerne bien les restes du mur.

Les grottes avec le lierre gigantesque vers 1780

Les grottes avec le lierre gigantesque vers 1780

De ce même peintre, un autre tableau reproduit le même endroit mais vu de l’intérieur à l’extérieur, paysage romantique s’il en fut.

Le lac de Thoune avec le Niesen, vue des grottes.

Le lac de Thoune avec le Niesen, vue des grottes.

Les grottes de Saint-Béat firent bientôt partie de tout voyage dans l’Oberland bernois. Elles se trouvaient d’ailleurs près du précédent débarcadère, à Neuhaus. Citons, parmi les visiteurs les plus célèbres, lord Byron, Madame Vigée-Lebrun, Madame de Staël, Madame Récamier, Charlotte de Lengefeld (la femme de Schiller), Richard Wagner, etc. c’est à cette époque que le pasteur de Sigriswil, Carl Howald, reprit dans sa « Chronique de Sigriswil » (1833-1869, Bibliothèque de la ville de Berne) les récits qui circulaient parmi le peuple au sujet de saint Béat. Le romantisme réveillait la légende. Il orna sa collection de dessins aux crayons de couleurs, à la plume et à l’encre de Chine. L’un d’eux montre – quelle profanation ! – la cellule transformée en étable pour les chèvres.

La cellule transformée en étable pour les chèvres.

La cellule transformée en étable pour les chèvres.

Un autre dessin montre comment Howald imaginait saint Béat.

Comment Howald imaginait saint Béat.

Comment Howald imaginait saint Béat.

Le poète Joseph Victor Widmann, qui chercha refuge à Merligen en 1880, fut encore un autre admirateur des grottes.

Les circonstances changèrent à l’achèvement de la ligne du « Bödeli-Bahn » reliant Därligen, Interlaken et Bönigen en 1872. Pendant 20 ans (jusqu’à l’ouverture du canal navigable menant à Interlaken), les vapeurs du lac de Thoune abordèrent à Därligen et dirigèrent le flot des voyageurs sur l’autre rive du lac. Les grottes tombèrent ainsi complètement dans l’oubli.

[Si vous êtes un peu curieux, regardez sur Internet, pour chaque nom illustre, qui ils étaient.]

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A suivre...

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 16:40

La mort de saint Béat

Le saint se nourrit d’herbe et de racines. Ses lèvres touchent rarement un morceau de pain. A 90 ans, le pieux messager termine son pèlerinage terrestre dans les bras de son fidèle disciple Juste.

La nouvelle se répand à Sundlauenen et de l’autre côté du lac. Jour et nuit, les gens se rendent à la grotte, des bateaux viennent de la rive opposée et apportent des fleurs et des cierges qui brillent d’une douce lumière sur le lac.

La tombe de saint Béat est creusée dans le rocher, devant la grotte, et sa dépouille mortelle lui est confiée.

Juste demeure ensuite dans la grotte jusqu’à sa mort. Les nouveaux convertis l’ensevelissent alors aux côtés de son maître. – photo Dès lors, il ne se passe guère de jour que des pèlerins ne se rendent à la grotte pour méditer sur le saint et son message et s’incliner devant sa tombe.

Les grottes de Saint-Béat deviennent un lieu de pèlerinage

Le puissant couvent des Augustins d’Interlaken, dont l’influence s’étendait jusque dans les cantons primitifs d’un côté et au pays de Vaud de l’autre, profita de la légende de saint Béat pour faire de « Sant Batten » un lieu de pèlerinage. Nous ne savons pas quand la petite église et la cure ainsi que l’auberge des pèlerins, qui n’en est pas très éloignée, furent construites. Les paroissiens étaient les habitants de Sundlauenen ainsi que les célèbres dresseurs de faucons « auf den Flühen » (Beatenberg) qui, durant des siècles, descendirent leurs morts pour les enterrer, ce qu’un ancien cimetière près des grottes de Saint-Béat prouve indiscutablement. Il n’était pas facile d’atteindre ce site romantique. Un chemin digne de ce nom ne fut aménagé que peu à peu dans les parois de rochers qui, à certains endroits, tombent à pic dans le lac. Ce « chemin des pèlerins » fut, durant des siècles, la seule voie de communication entre Interlaken et les localités de la rive droite du lac de Thoune. Il fut abandonné après que, dans les années 1880, la nouvelle route fut construite le long du lac de Thoune. Il ne fut restauré qu’au cours de la dernière guerre mondiale par l’Association pour la protection des rives des lacs de Thoune et de Brienz, avec l’aide d’un camp de travail. [Pudiquement nommé « camp de travail », en réalité un camp d’internés. En Suisse lors de la seconde guerre mondiale, les « internés » étaient principalement Français et Polonais.] C’est aujourd’hui une des plus jolies promenades de la région.

Au chemin des pèlerins.

Au chemin des pèlerins.

Ce lieu de pèlerinage était évidemment aussi une source de revenus pour le couvent d’Interlaken. Il y exploita une auberge bien fréquentée, la « vil rich wirzhus » comme l’appela plus tard Anshelm, le chroniqueur protestant bernois. Il y vendait également des insignes et des indulgences. En 1439, saint Béat est le plus fameux saint du canton. La peste sévit en Europe et fait aussi des ravages à Berne et dans les campagnes avoisinantes. Le maire et le Conseil de Berne, dans cette détresse, ordonnent un pèlerinage « avec le concours de la population ». Le lendemain de la Ste-Marie-Madeleine, au petit matin, le cortège des pèlerins s’avance sur l’étroit sentier. Il s’étend à perte de vue. Le prêtre Heinrich célébrant la messe, la petite église ne peut même pas contenir tous les prêtres présents. Le concours du peuple est si important que les pèlerins fermant le cortège se seraient agenouillés tout en bas, jusqu’au lac. Les chroniques rapportent que la redoutable épidémie aurait cessé ses ravages peu après.

Insigne des pèlerins.

Insigne des pèlerins.

On s’adressait aussi au « bon saint Patt » en cas d’inondations, comme le prouve un événement de 1480. L’Aar avait démesurément grossi et dévasté ses rives. Le gouvernement envoya alors une délégation à l’église juchée sur les rochers du lac de Thoune. Ses membres devaient demander ardemment au saint d’implorer grâce pour le pays si durement éprouvé.

En 1494, les moines d’Interlaken envisagèrent de faire enchâsser les os de saint Béat dans de l’argent. A cet effet, le gouvernement rédigea pour les Augustins une sorte de permis de collecte pour leur territoire, assez considérable à l’époque. Le produit de la collecte fut si élevé que l’on put également faire exécuter une châsse incrustée d’argent. Deux volets de triptyque que l’on peut voir aujourd’hui encore au musée de Sarnen datent probablement de cette époque. Les parties peintes représentant saint Béat et saint Augustin sont de la main du « Peintre à l’Œillet » bernois bien connu.

La Réforme est introduite à Berne en 1528. La messe et la vénération des saints sont abolies sur le territoire. D’un coup, le lieu de pèlerinage du Balmholz perd sa signification séculaire. Le curé de Saint-Batten, muni d’une rente, est congédié. Mais la suppression d’un lieu saint très fréquenté durant plusieurs siècles, auquel le peuple était fortement attaché, causa une vive indignation dans les cantons primitifs.

L’Oberland bernois avait sérieusement résisté à l’introduction de la Réforme. L’esprit de contradiction était bien alimenté. En 1528, les gens d’église d’Interlaken se révoltèrent. Le 31 octobre 1528, ils appelèrent 800 Unterwaldiens à l’aide. Le soulèvement fut toutefois réprimé par les troupes bernoises sans que l’épée soit tirée. Un tribunal sévère se réunit sur la « Höhematte » d’Interlaken et, sous le tir des canons, fit exécuter quelques meneurs. Le lieu de pèlerinage de saint Béat ne pouvait plus être toléré après de tels troubles.

Bien que les reliques eussent été éloignées, des pèlerins se rendirent encore à cet endroit. Les députés des cinq anciens cantons essayèrent continuellement, lors des diètes, d’obtenir la permission de se rendre librement en pèlerinage à la cellule de Saint-Béat. Berne toutefois maintint son interdiction et fit dresser un mur épais devant « le trou de dragon qui doit avoir servi de couche à saint Béat, vu certaines circonstances regrettables ».

Entrée de la cellule aujourd'hui. A gauche, les restes de l'ancien mur.

Entrée de la cellule aujourd'hui. A gauche, les restes de l'ancien mur.

L’église servit d’abord au culte protestant. En 1534 toutefois, le gouvernement ordonna la démolition de l’église de Saint-Béat. Les fidèles devaient se rendre à Unterseen ou à Sigriswil, ou, éventuellement, construire une église en bois sur le Beatenberg, ce qui se fit en 1535. La vieille cloche de la chapelle des pèlerins fut transportée sur la montagne. Elle y fut en service jusqu’en 1874 et retourna en 1904 à son ancienne place, devant les grottes de Saint-Béat.

La vieille cloche historique.

La vieille cloche historique.

En même temps que l’église, fut démolie l’auberge « où le diable avait perdu beaucoup d’indulgences ». On peut encore voir les ruines à main gauche en montant aux grottes.

Pourtant, des pèlerins venaient toujours des cantons primitifs. Ils abattaient le mur que l’on reconstruisait chaque fois. Ces circonstances créèrent de sérieuses dissensions entre Berne et la Suisse primitive. En 1570, Obwald essaya encore, à la Diète de Baden, d’obtenir la liberté de passage pour les pèlerins, mais Berne fut inébranlable.

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