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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 15:41
DOCUMENT : Extrait de la « Feuille officielle » du canton de Fribourg du 27 juillet 1848.
 
A Vendre :
 
L’Etat de Fribourg, par la réduction du nombre de ses districts, par la suppression immédiate de quelques couvents et par sa nouvelle organisation, qui le dispense de loger ses préfets, a une quantité considérable de châteaux, bâtiments divers, propriétés, domaines et vignes à vendre. Les châteaux, qui, pour la plupart, figurent dans l’histoire, pour avoir été la résidence des ducs et des comtes de Savoie, sont bâtis sur les points les plus culminants et les plus beaux sites de Gruyères, Bulle, Châtel-Saint-Denis, Rue, Romont, Corbières, Surpierre, Farvagny, Estavayer et Morat. Ces édifices, flanqués de tours, sont ornés de beaux jardins, vergers ; ils comprennent de vastes cours, remises, écuries, greniers à foin, fontaine ou puits, et offrent, en un mot, outre les points de vue les plus étendus et les plus variés, toutes les aisances désirables. Les autres bâtiments sont les monastères grandioses d’Hauterive, de la Part-Dieu ; les couvents des Augustins et des Ligoriens à Fribourg ; la belle maison de la Part-Dieu à Vevey ; la maison d’Hauterive, près l’hôtel des Merciers, à Fribourg ; l’ancienne résidence des préfets à Dompierre ; une grange avec verger audit lieu ; une tour du XIIIe siècle à Murist-La Molière ; un grenier au centre du village de Montagny, etc.…
Aux deux monastères, qui pourraient servir à un institut, école d’agriculture, fabrique, bains, etc., on ajouterait la quantité de terrain désirable, soit de une ou deux à quelques cents poses de terre contiguë.
Les amateurs de ces immeubles pourront adresser leurs offres et prendre connaissance des conditions de vente au bureau de la Direction des travaux publics, à Fribourg, ou chez les préfets et receveurs des arrondissements respectifs.
 
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le château de Morat
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Bulle
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Corbière
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Gruyère
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Romont
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Surpierre
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Rue
 
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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 16:02
Un point est actuellement très clair pour moi, mais lorsque je commençai à y penser, ce jour-là, mes idées étaient encore vagues. Je voyais la nécessité (dont nous avions aussi souvent parlé) de reconstituer justement les premiers jours de taule, d’en faire une description « pratique », qui puisse servir à élaborer une stratégie visant au refus de déposer. Et pendant que je me rappelais nos conversations à ce propos, je me proposai d’examiner tout ce que je voyais aussi exactement que possible et avec objectivité, dans l’espoir que d’autres puissent en faire quelque chose. Si seulement j’avais un crayon et du papier…
 
C’est ainsi que se termina cette journée, encore une ; je n’avais qu’une petite idée du déroulement de la journée : 5 heures 30 réveil et lumière, 6 heures déjeuner, 7 heures contrôle de la cellule, 11 heures dîner, 17 heures souper, 22 heures extinction des feux.
 
Dimanche 23 mars 1975
 
Je commençai la journée par la gymnastique : quelques flexions des genoux ; mais je sentis tout de suite dans mon dos que des yeux étrangers m’observaient et cela me dérangeait ! Alors pas de gymnastique – je pourrais peut-être la faire après l’extinction des feux, le soir. Ensuite je me mis à chanter, pas très fort, mais aussitôt dehors quelqu’un frappa violemment à ma porte et un type gueula : « Interdit de chanter ici ». J’inspectai le contenu de l’armoire murale mais à part de la margarine rance il n’y avait rien. Je savais que c’était dimanche et qu’il n’y aurait aucun interrogatoire. Je commençais à souffrir de ma crasse. Rien pour se laver, ni pour se brosser les dents.
 
Est-ce qu’on avait bien averti quelqu’un de mon arrestation ? Mais qui donc ? Je commençai à me promener inquiète toujours avec les mêmes pensées, toujours avec l’espoir d’arriver à saisir comment ils m’avaient attrapée. Je m’assis à nouveau sur les couvertures, je regardai par la fenêtre, attendant que les heures passent. Mais que c’était long ! Je n’avais aucune pensée constructive. Dans une attente passive, je percevais l’atmosphère, je suivais la tombée du jour. Il y avait les interruptions fixes des repas. Tout cela n’avait aucun sens ; pas le moindre instant de joie. Cette lourde monotonie de la cellule, c’était comme l’orphelinat ; les mêmes sentiments me dominaient. Mais pendant les années que j’avais passées à l’orphelinat j’avais eu plus peur, je n’avais aucun moyen de défense ni aucune espérance qu’il y ait quelque chose d’autre dans la vie. Ce sentiment je l’avais eu aussi chaque fois que j’étais entrée dans un hôpital ou lorsque j’avais vu une chaîne de montage.
 
De ces réflexions je conclus que des gens ayant des expériences précises (orphelinat, hôpital de troisième classe, travailleurs) devaient réaliser mieux l’atmosphère de la taule. Mais il faut y penser sans cesse, sinon cette expérience n’aide pas.
Lorsqu’un flic m’annonça mon transfert, j’eus de la peine à en prendre conscience et la peur me saisit. C’est déjà moche comme ça ; ça peut être pire, pense-t-on. La peur devant l’inconnu est toujours présente, et cela me rappelait aussi les réactions que j’avais comme enfant chaque fois que j’entrais dans une nouvelle institution.
 
 
Lundi 24 mars 1975
 
Je ne serais pas transférée – on m’amena seulement au troisième étage du bâtiment. Je voyais maintenant, pour la première fois seulement, toute l’étendue de la prison : les gigantesques escaliers de métal, comme suspendus (afin qu’à chaque instant et de n’importe quel endroit la cage d’escalier soit contrôlable), la quantité de portes menant aux cellules. Derrière chaque porte il y avait quelqu’un dans le même pétrin, davantage ou moins, avec les mêmes problèmes des premiers jours.
 
La première impression positive de la nouvelle cellule : la lumière du jour était plus forte que la lumière électrique et c’était un léger soulagement ; la cellule était beaucoup plus propre, la fenêtre était plus basse, je pouvais voir dehors et apercevoir une partie du ciel, ainsi qu’un bout de la rivière et de la rue et évidemment la cage d’escalier de la caserne. Les dimensions et l’orientation de la cellule étaient les mêmes.
 
Pour la première fois j’avais quelque chose à faire : différentes écritures, noms et dates à déchiffrer. Je comptai les jours des prisonniers précédents, de toutes nationalités : le record était de vingt-sept jours. Je tressaillis à la pensée des vingt-sept jours, ce serait absolument impossible à supporter aussi longtemps que de vivre dans ce trou.
 
Avec la fermeture de mon soutien-gorge, je réussis également à retirer une vis et je m’approchai de la fenêtre pour y faire une légère incision ; ensuite je pus lire (écrit tout petit) le nom d’une femme : « suis ici depuis vendredi 3 heures », suivaient quatre traits. Je connaissais le nom de cette femme. J’avais maintenant la certitude absolue qu’ils avaient arrêté d’autres personnes et cela seulement quelques heures après mon arrestation. Cette femme a été transférée et je suis dans sa cellule.
 
A peine remise de ma frayeur, je fus appelée pour l’interrogatoire. Lorsque je fus dans le bureau, je dis que je voulais avant tout connaître mes droits – notamment en ce qui concerne les contacts avec l’avocat et les possibilités d’avertir ma famille – et que j’avais besoin d’affaires de toilette. On me répondit seulement que l’on parlerait de tout ça après l’interrogatoire.
L’interrogatoire commença immédiatement. Je n’énumérerai pas ici les questions – cela dura longtemps. Je refusai de faire toute déposition. On me dit ensuite que je pourrais écrire à un avocat et que si j’avais de l’argent je pouvais aussi m’acheter des cigarettes. Je m’étonnai de cette remarque « si vous avez de l’argent », car le flic qui m’interrogeait savait parfaitement que j’avais trente francs sur moi lors de l’arrestation ; j’appris seulement plus tard pourquoi il avait ajouté cela. Je fis remarquer qu’après cinq nuits et quatre jours j’avais besoin d’un savon et d’un peigne. On me rétorqua que je pourrais tout acheter au gardien.
à suivre...
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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 20:52
 
Pierre Charles Silvestre de Villeneuve (31 décembre 1765 à Valensole, se suicide en 1806 à Rennes), amiral français, commandait la flotte franco-espagnole à la bataille de Trafalgar.
 
Avant d’être amiral de Villeneuve, est l’un des rares rescapés de la cuisante défaite d’Aboukir et là dans les eaux égyptiennes, ne pouvant rien faire, sans ordres et face au vent, à l’arrière-garde, il a quand même pu sauver deux vaisseaux de premier rand dont l’un portait le nom de Guillaume Tell.
En voilà un nom bien étrange pour un navire de guerre français de haute mer, porter le nom d’un montagnard de la Suisse primitive.
 
Qui donna le nom de Guillaume Telle au vaisseau ?
Pourquoi ?
Etait-ce dans un but « politico diplomatique » ?
Etait-il un navire de la Révolution ou construit avant ?
Que pouvait représenter le héro des Alpes, sur les mers du monde ?
 
GTell
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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 16:12
Un tessinois bâtisseur des murs du Kremlin et de plusieurs tours célèbres.

« Kremlin » désigne en russe une forteresse urbaine et c’est bien ainsi qu’il a été pensé et imaginé par le pouvoir de l’époque. Siège des tsars le Kremlin se devait d’être grand, spacieux et démonstratif du pouvoir des tsars.
Au XVe siècle sous le premier Grand Prince de toutes les Russies, Ivan III le Grand (1440-1505), la reconstruction du Kremlin devaient prendre sa forme définitive sur les bases des anciennes forteresses aux murs de terre et de bois et de murs de diverses époques qui composaient l’ensemble. La brique en était le principal matériau de construction de l’enceinte, ainsi que les monuments qui font l’ensemble du Kremlin et qui donne un bel effet. Plusieurs campagnes de construction furent nécessaires à l’aboutissement du résultat que l’on connaît aujourd’hui.
 
Pietro-Antonio Solari est le bâtisseur de la Tour Borovitskaïa 1490, qui comporte une des porte d’entrée au Kremlin, de la Tour Constantin et Hélène 1490, (Konstantino-Eleninska) de la Tour St-Nicolas 1491, (Nikolskaya), de la Tour Saint-Sauveur 1491, (Spasskaya) et de la Tour de l’Arsenal 1492, où est abrité aujourd’hui la flamme du soldat inconnu. Il construisit aussi une partie des murs du Kremlin.
 
Il n’était pas l’architecte le plus important, ni celui qui construisit le plus. D’autres grands architectes, plus connus ont laissés leurs noms attachés à de plus grandes réalisations au Kremlin, je ne site pas leurs noms, car ce n’est pas le sujet de mon BLOG. Mais voilà un tessinois qui laissa quand même son nom pour la gloire de la Suisse. Il est l’auteur du Palais à Facettes, en 1491 avec l’architecte Marco Ruffo, haut lieu de toutes les cérémonies des tsars, couronnements, présentation de l’héritier, banquets diplomatiques et autres réceptions de la vie des tsars. On doit son nom à la taille en diamant en « facettes » de sa façade.

350px-Palais--C3-A0-facettes.jpgPalais à Facettes
 
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448px-Russia-Moscow-Kremlin-Nicholas-Tower-.jpgTour St-Nicolas (Nikolskaya) 1491
 
lin--D0-A3-D0-B3-D0-BB-D0-BE-D0-B2-D0-B0-D1-8F--D0-90-D1-80-D1-81-D0-B5-D0-BD-D0-B0-D0-BB-D1-8C-D0-BD-D0-B0-D1-8F--D0-B1-D0-B0-D1-88-D0-BD-D1-8F.jpgTour de l'Arsenal 1492

180px-Kremlin-Spasskaya-Tower.jpgTour Saint-Sauveur (Spasskaya) 1491
 
300px-Red-square-kremlin.jpgTour Senatskaïa 1491 à droite du maussolée de Lénine
 







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La Tour Borovitskaïa et l'une des entrée au Kremlin
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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 16:18
Domenico Trezzini
Né à Astano en 1670, mort à Saint-Pétersbourg le 19 février 1734
 
Voilà bien un tessinois fort peu connu et pourtant célèbre malgré tout à travers le monde.
Pourquoi ? Qui est-il ? Qu’a-t-il fait ?
Architecte urbaniste, il est mandater par Pierre le Grand, tsar de toutes les Russies pour dessiner et créer une capitale digne de lui. Ça sera donc Saint-Pétersbourg la flamboyante capitale de Pierre le Grand.
L’architecte, originaire du Malcantone au Tessin, était employé au Danemark quand Pierre le Grand l’appela en 1703, et, Domenico Trezzini est l’auteur du caractère baroque tardif qui encore aujourd’hui illumine cette ville. Il trace les grandes lignes de la future capitale, il bâti lui-même la cathédrale Pierre et Paul, ainsi que la forteresse Pierre et Paul et le palais d’été.
De nombreux projets et dessins de parc, de palais et d’avenues sont réalisés par d’autres architectes, mais toujours sous la direction de Dominica Trezzini.
A sa mort, son fils lui succéda.
 
Le choix du delta de la Neva par le tsar compliqua les travaux qui nécessita une main d’œuvre énorme que l’on peut qualifier d’esclaves. Les palais et les avenues et autres monuments, toutes ces constructions se devaient d’être bâties dans le terrain hostile du delta. Des millions de tronc d’arbre servant de pilotis stabilisateurs devaient être enfoncés dans les sables et les berges de la Neva. Travaux gigantesques qui donna l’éclat voulu par Pierre le Grand.

240px-Neva-StPetersburg2.jpgla forteresse Pierre et Paul
 
200px-Sankt-Petersburg-Peter-und-Paul-Kathedrale-2006-a.jpgLa cathédrale Pierre et Paul

1palaisdete1.jpgLe Palais d'Été
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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 15:28
Samedi 22 mars 1975
Mes cris incessants et incontrôlables furent interrompus deux fois. Une première fois lorsque le doigt montra le signal du petit-déjeuner ; j’avais encore assez de force pour m’interdire de hurler devant les flics ; entre mes larmes, je vis la pièce enfumée et la porte de la cellule ouverte, complètement carbonisée. Même la paroi claire en dessus de la porte était noircie par la fumée. Je m’interrompis une deuxième fois lorsqu’on m’emmena chez le procureur à travers le labyrinthe des couloirs, puis en ascenseur, au cinquième étage. Je me traînais le long de ce chemin, et en arrivant, je fus saisie d’un accès d’éternuement. Le procureur se présenta, un type ultra bien mis, chétif mais avec une assurance presque paternaliste et était d’une amabilité correcte. Un de ses collaborateurs était également présent, Monsieur Richards, celui qui était venu me chercher dans la cellule.
Le procureur me notifia ma détention. Il me fit un petit discours qui devait être une routine pour lui car il n’élevait jamais la voix. Je n’en saisis que des bribes, il parla presque sept minutes ; de tout cela je ne retins que le fait d’être accusée de transport d’armes, ce qui relève ici de délits en matière d’explosifs. Je n’avais aucune chance d’être libérée provisoirement à cause des risques de collusion et de fuite. Un avocat pourrait être engagé mais n’aurait aucun accès au dossier et je ne pourrais faire appel à un avocat étranger que si ce « Monsieur » était admis aux tribunaux d’ici. Ensuite il me demanda de prendre position au sujet de l’accusation. Je dis que je rejetais l’accusation et refusais toute déclaration. Dans la même phrase j’ajoutais : « j’ai à déclarer que cette nuit une femme s’était brûlée vive dans la cellule numéro trois ». Là-dessus Monsieur Richards intervint : « Ce n’est pas vrai ce qu’elle dit, personne ne s’est brûlé ici ».
 
C’en était trop pour moi : je recommençai à hurler, mais de rage cette fois. Le juge dit : « Oui, oui, c’est compréhensible que cette femme soit un peu déboussolée ici. Si vous avez quelque chose à déclarer vous n’avez qu’à appeler Monsieur. C’est ainsi que se termina la conversation. En retournant à ma cellule, Monsieur Richards me dit : « Savez-vous, ce qui s’est passé avec cette femme ; hier après-midi elle s’est particulièrement bien comportée pendant son interrogatoire, elle a bien collaboré avec nous. Comme récompense elle a pu prendre des cigarettes et des allumettes dans sa cellule. C’est comme ça qu’elle s’est brûlée ; mais il ne lui est presque rien arrivé ». De retour dans ma cellule, un doute : peut-être que toute l’affaire a été montée intentionnellement, du théâtre pour me faire faiblir, moi ou d’autres ? Dans ce cas, Richards ne serait pas un menteur : « Déposition signifie récompense ». C’était gros mais bien visé.
Moi j’entendais toujours les cris – qui provenaient de la peur – et tout était encore enfumé. De toute façon j’étais encore sous l’effet du choc qui, bien qu’il se dissipât, me décourageait ; je me sentais anéantie. Cela ressemblait à une grave dépression. Je n’avais plus physiquement la force de parcourir ma cellule. J’étais terriblement fatiguée, j’avais froid, et j’avais pris une sale grippe. Je n’arrivais plus à retrouver ma cohérence psychique et physique : les impressions proprement extérieures, le froid, la lumière continuellement éblouissante, la brutalité de la situation n’était ni abordées, ni contrôlées par ma conscience, la dépression avait pris le dessus.
 
Je pris les couvertures et l’oreiller du lit et les posai devant ma colonne chauffante sur le sol. Je m’accroupis, accablée, sans vraiment me laisser aller. Je ne cherchais pas du tout à retenir mes larmes, je n’avais plus rien à me dire. L’angoisse me dominait. Je fixais un coin de paroi, la couleur jaune sale prenait la forme de petits visages et de rictus se transformant sans liens ni sens. Les plaques de rouille qui se détachaient de la porte de métal devenaient des apparitions. Partout où je regardais, cela s’animait : des choses se recroquevillaient, se défaisaient, revenaient à nouveau, les mêmes, ou d’autres.
 
Je commençai à avoir peur, je fixai les détails de façon plus exacte – je savais pourtant que ce n’étaient que des combinaisons de couleur – mais les figures ne disparaissaient pas, ce n’était pas de la couleur mais des êtres vivants qui avaient leur existence propre. Ils grouillaient tout autour de moi, puis se tenaient tranquilles ; ensuite ils disparaissaient les uns dans les autres et réapparaissaient à nouveau l’un après l’autre. L’angoisse augmenta – je ne voulais plus voir – je fermai les yeux – mais ça scintillait malgré tout devant moi – même avec les yeux fermés, je voyais les figures et les grimaces passagère. Bien qu’ayant peur d’elles ou peur de moi-même, malgré mon désir de les chasser, je les fixais pourtant et je contrôlais sans cesse si elles étaient encore là, si elles étaient réalité. Cela dura des heures, me torturant, me ligotant.
 
J’étais dans un état proche du sommeil, avec un minimum de conscience pour pouvoir entendre les pas au dehors : car c’était sûrement interdit de s’asseoir sur les couvertures sur le sol. Je combattais aussi l’assoupissement. J’étais en proie à l’apathie, et ces états revinrent les jours suivants, mais jamais aussi forts que lors de ce troisième jour de mon expérience de la taule. Je souhaitais l’arrivée du soir pour pouvoir me coucher sur mon lit et l’heure où la lumière s’éteindrait. Mais ma notion du temps était très confuse et ma volonté très faible. Je regardais à nouveau devant moi sur le sol – cette fois il n’y avait plus de figures mais je lis une grande phrase : « Faites de la gymnastique, chantez des chansons révolutionnaires » - c’était écrit exactement devant moi. C’était réellement là – et ce fut pour moi une sorte de salut, c’est-à-dire cela mit un peu d’ordre dans mon équilibre personnel et me donna l’occasion de penser à d’autres prisonniers.
 
Devant mes yeux émergeait une foule de gens. Je vis Ognibene dans la salle du tribunal avec les poings liés mais levés. Il riait. Je vis Marini – poings liés et levés, sérieux. Je vis Pulido Valente, après dix ans de taule, les poings levés, dans une manif sur les routes de Lisbonne. Je vis les camarades d’Iran, de Palestine. Je pensai aux prisons pleines de la RFA. J’entendis Samora Machel : « Envoyez-nous des radios, boycottez les valets de l’impérialisme ». Je vis les dernières images des combattants Vietcong, les champs devenus désertiques, les femmes avec leurs enfants sur le dos. Je retrouvai de nouveau les mots des camarades espagnols tous condamnés à la prison à vie : « ne venez pas nous chercher, continuez dehors, c’est seulement comme ça que nous en finirons avec la torture, les prisons, les morts ». Et enfin je parvins un peu à me dominer, mais pas au point de réussir à critiquer mon pitoyable comportement.
 
Et tout de même je me levai et me mis à superposer couvertures, oreiller, draps et en dernier ma veste, tout cela sous la fenêtre. De là, sur la pointe des pieds, je pouvais apercevoir un peu du « dehors ». Je vis un bout de la cour de la caserne, les voitures des flics, le mur opposé des bâtiments. Ce n’était pas une vue édifiante, mon intérêt se dissipa rapidement. Je désirais de façon urgente un grattoir. C’est alors que je découvris les vis du miroir de métal. Comment parvenir à retirer une vis ? Tout d’abord j’essayais bêtement avec l’ongle, puis avec une languette en cuir de mes chaussures, mais c’était trop mou, puis j’ai pensé à la fermeture de mon soutien-gorge, alors j’ai réussi à tirer la vis. Cela représentait un minuscule progrès. J’étais très content et heureuse ; j’utilisais cette arme à écrire le jour même et le jour suivant. Je remarquai alors combien il est difficile de graver et combien cela fait mal à la main. Je consacrai de nombreuses heures à un ineffaçable « morte ai fascisti ».
Je désirais instamment quelque chose à lire. Je pensais à l’autre femme – qui sait comment elle se sent, comment elle tue le temps. Pour combattre ma tristesse, je pensais avant tout aux gens pour qui cela allait plus mal encore que pour moi. Je n’osais pas penser aux personnes qui m’étaient les plus proches, aux bons moments, etc. L’idée de les « consommer » en pensée m’angoissait, et je savais que j’aurais encore beaucoup de temps plus tard pour le faire. D’ailleurs, je me comporte aujourd’hui encore de cette façon).
à suivre...
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 15:48

Sous le prétexte que l'entrée de Fribourg dans l'alliance du Sonderbund avait été l'oeuvre des Jésuites, le gouvernement provisoire décida d'expulser ces religieux ainsi que tous leurs affiliés. Un délai de trois jours leur fut donné pour quitter le canton.
Ce décret atteignit non seulement les Jésuites du collège de Fribourg, mais encore ceux que le gouvernement appelait leurs affiliés: les Rédemptoristes, les Marianistes, les Frères de la doctrine chrétienne, les Soeurs de Saint-Vivent de Paul, qui avaient un couvent à Fribourg, et les Soeurs du Sacré-Coeur, fixées à Montet (Broye).
L'Etat s'empara des biens de tous ces couvents et en attribua les revenus à l'instruction publique.

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Fribourg 1847

 

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 15:39

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Lettre manuscrite de, de Chateaubriand, Archives bourgeoisiales de Sion

Le citoyen Chateaubriand, chargé d’affaires
de la République française près la République du Valais.
 
A Monsieur le Président du Conseil
de la Ville de Sion.
 
Monsieur le Président,
 
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur
de m’écrire au nom du Conseil de la Ville de Sion ;
je suis infiniment touché de la bienveillance que le
Conseil me témoigne. J’accepte avec reconnaissance
le logement provisoire qu’il a bien voulu me faire
préparer ; mais la magnanimité du Premier
Consul ne permettrait pas que le logement fût
aux frais d’un pays qui n’est pas riche que de ses
vertus ; et c’est, je crois, entrer dans les hauts
sentiments de son cœur que de vous dire,
que son envoyé désire être agréable et non
à charge à votre République.
 
Je vous prie, Monsieur le Président,
d’offrir ces sentiments au Conseil. J’espère
arriver à Sion vers le milieu du mois d’avril ; et
j’aurai un plaisir extrême à vous assurer
de vive voix de la haute considération avec
laquelle j’ai l’honneur d’être,
 
Monsieur le Président,
votre très humble
et très obéissant
serviteur.
 
de Chateaubriand.
 
Paris, 15 ventôse an XII.
(6 mars 1804)

Hélas pour le Valais, le grand écrivain n’arriva jamais à Sion.
Il avait été nommé au poste de Chargé d’Affaires de la République française au près de la République du Valais, par Talleyrand, ministre des Affaires Etrangères et confirmé par le Premier Consul Bonaparte.
Le 22 mars 1804, il démissionnait sans avoir été en poste.
La cause directe, ou le prétexte, en fut l’exécution du duc d’Enghien, le 21 mars 1804.
 
La lettre de démission de Chateaubriand, lettre prétexte.
Citoyen Ministre,
Les médecins viennent de me déclarer que Mme de Chateaubriand est dans un état de santé qui fait craindre pour sa vie. Ne pouvant absolument quitter ma femme dans une pareille circonstance, ni l’exposer aux dangers d’un voyage, je supplie votre Excellence de trouver bon que je lui remette les lettres de créance et les instructions qu’elle m’avait adressées pour le Valais. Je me fie encore à son extrême bienveillance pour faire agréer au Premier Consul « les motifs douloureux » qui m’empêchent de me charger aujourd’hui de la mission dont il a bien voulu m’honorer. Comme j’ignore si ma position exige quelque autre démarche, j’ose espérer de votre indulgence ordinaire, citoyen ministre, des ordres et des conseils ; je les recevrai avec la reconnaissance que je ne cesserai d’avoir pour vos bontés passées.
J’ai l’honneur de vous saluer respectueusement.
Chateaubriand.
Paris, rue de Beaune, Hôtel de France, 1er germinal an XII
 

220px-Execution-of-the-duke-d-Enghien.jpgL'exécution du duc d'Enghien
bonaparte.jpgBonaparte
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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 15:33
A nouveau on me demanda mon nom, mes lieux et date de naissance et ceux de mes parents ; je répondis. Vraisemblablement, ils répètent toujours les mêmes questions, pour voir si tu déclines toujours la même identité – mais peut-être n’est-ce que simple routine bureaucratique. Un flic me regarda et me décrivit ensuite à son collègue en « argot  de flic », l’autre tapait les indications à la machine : couleur des yeux, cheveux (on demande et contrôle s’ils sont teints) forme du nez, de la bouche et du lobe de l’oreille, visage (c’est-à-dire couleur de la peau). Ensuite ce sont les mesures et la description du corps. Puis viennent les empreintes digitales – une procédure interminable d’environ une heure. De chaque doigt des deux mains, puis de la partie gauche et droite des deux mains, on prend cinq empreintes, à partir d’une encre chaque fois renouvelée. Le doigt ou la main sont appliqués sur une masse enduite de couleur noire, puis, guidés par le flic, sont roulés sur le papier. Ensuite on reçoit un savon vert, avec lequel on essaye tant bien que mal de se nettoyer.
Entre temps, le télex crachait des données. Manifestement, il n’arrivait aucune réponse des endroits où l’on s’était adressé. Je dus répéter mes coordonnées, tout épeler. Le flic suait et jurait. Naturellement je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. C’est alors que je vis sur le bureau, une photo de moi en compagnie d’un autre type. Elle avait été prise lors d’une rencontre datant de deux ou trois semaines. Mes genoux en tremblaient – diable, cela ne pouvait tout simplement pas être vrai.
 
Déjà on me traînait devant le photographe. Près de lui un seul ornement mural : une reproduction d’une photo très connue où l’on voit un anarchiste, violemment immobilisé par huit ou neuf flics français, afin d’être photographié – je ne me souvenais pas du nom du révolutionnaire. En revanche, me revenait sans cesse en mémoire le visage de Carmen Roll, puis cette photo de moi et de ce type. On prit de moi une photo de face, deux de profil et un portrait en pied. Puis je revins machinalement à la cellule. Mes yeux pleuraient et me faisaient mal, je m’étais giclée avec le savon vert.
J’essayai de passer en revue les quelques jours qui s’étaient écoulés depuis qu’on avait pris cette photo de moi et de l’autre type – je me remis à marcher de long en large, regrettant de ne pas avoir un crayon et du papier pour au moins établir un calendrier rétrospectif. Je commençai par le matin du jeudi 20 jusqu’au moment de mon arrestation ; ensuite je tentai de reconstituer le mercredi. Mais mes efforts ne me menèrent pas loin, car de nouveau apparut un flic : un signe du doigt, le labyrinthe, à nouveau la police criminelle – ah oui ! le procureur de la Confédération ! Non, pas le procureur, de nouveau les photos. Le photographe me grogna grossièrement : « nous ne pouvons rien faire des clichés. Vous ne devez pas bouger. Détendez la bouche, ouvrez les yeux, regardez l’objectif. » Je dis qu’il ne s’agissait pas d’une feinte, mais d’un truc de savon qu’il m’était entré dans l’œil… Je ne pouvais pas les ouvrir. On refit toutes les photos.
 
Lorsque je me retrouvai en cellule, je m’interdis catégoriquement de penser à autre chose qu’au refus de déposer, car d’un moment à l’autre le procureur de la Confédération pouvait arriver. Je continuai à me persuader : fermer sa gueule, simplement, mécaniquement ; c’est réglé depuis longtemps et ça a déjà été discuté maintes fois ; ne pas parler, ne rien avouer, même si cela semble vain : d’autres y sont parvenus, je dois y parvenir aussi. Chaque déposition a ses conséquences : si ce n’est pas pour moi, c’est pour les autres. Je me répétai cela continuellement et lorsque la porte s’ouvrit, je me précipitai, pensant que le procureur de la Confédération venait d’arriver – mais déjà la porte s’était refermée.
 
Je m’appuyai à nouveau contre la colonne du chauffage ; j’avais perdu tout sens du temps. Je me sentais seulement misérable à crier, à vomir. J’entendais des portes qu’on ouvrait et fermait, des bruits de clefs, du tapage. Entre temps, toujours des chasses d’eau tirées violemment, parfois des coups de pied contre la porte de ma cellule. J’entendais les freins des trams et le trafic des voitures. De nouveau des bruits d’assiettes et de clefs : fin du souper, potage et repas. J’entendis l’horloge d’une église : cinq coups ; c’est donc 5 heures ! Rendre la vaisselle, tirer le lit, s’étendre. J’étais complètement épuisée – heureusement que j’étais vraiment fatiguée.
 
Mais la lumière qui avait brûlé toute la journée, empêchant toute détente, dérangeait aussi, bien sûr, lorsqu’on fermait les yeux sous les draps. Et même si, à partir d’une certaine heure, elle s’éteignait, on n’arrivait pas à s’endormir. Il y avait des bruits de toutes sortes, très aigus et très forts. À un certain moment, j’eus l’impression d’entendre la voix d’une personne connue – je ne pouvais pas me permettre de l’appeler par son nom. Un flic aurait pu m’entendre et reconnaître ma voix, il pourrait se retourner aussitôt contre moi, ou contre la personne que j’aurais appelée dans le cas où elle était réellement là. Alors, silenzio. Pourtant je me mis quand même à appeler, hurlant le nom du caniche qu’elle avait. Je le fis deux fois, puis une botte frappa contre la porte de ma cellule – il y avait donc un flic au dehors. Bon, silenzio assoluto.
 
Mais les bruits continuaient : des coups, des cris, des chasses d’eau, des sirènes de voitures de flics, des sifflets, des appels, les chants de prières d’un musulman… Je dois m’être endormis juste au moment où la lumière s’est rallumée ! Le papier devant le petit trou a bougé. Après quelques minutes, la lumière s’était éteinte à nouveau…
 
Vers le matin, alors que le jour pointait, j’entendis des pleurs contenus, d’une femme sans doute. Ils ne venaient pas de loin. Ces pleurs, d’abord faibles, devinrent vite plus forts et se gonflèrent jusqu’à devenir une énorme plainte. C’était cruel. Ces sanglots étaient entrecoupés d’appels à l’aide, de paroles incompréhensibles et étouffées, venus des profondeurs.
 
Soudain, ce fut l’enfer, tout le monde se mit à taper avec leurs pieds ou avec des manches à balai ; les détenus sonnaient et criaient. Évidemment cette panique naissante se communiquait d’une cellule à l’autre. La femme continuait à pousser des cris, toujours plus stridents, et parallèlement le bruit augmentait, venant d’autres cellules. J’arrive mal à décrire ce qui se passe dans pareils moments. J’essaye de ne pas me laisser prendre par l’angoisse commune, de rester indifférente, d’imaginer ce que la femme pouvait bien avoir – peut-être un accès de colère incontrôlé. Ce qui se déroule là en peu de minutes, se greffe donc comme une peur qui paralyse tes cinq sens.
 
Le grabuge était tel qu’on ne s’aperçut même pas de la venue des flics et des gardiens. Et ce n’est que lorsque la lumière s’alluma qu’on remarqua que quelqu’un était là. Avec la lumière, toutes les voix se turent d’un coup, sauf celle de la femme qui poussait des cris de désespoir toujours plus perçants. Le reste se passa exactement devant la porte de ma cellule : Des va-et-vient, des bruits de portes, de draps et de papiers, de seaux, le cri de douleur de la femme, les jurons des gardiens. Les cris étaient devenus des gémissements entrecoupés de lamentations et durèrent environ dix bonnes minutes. Enfin je compris que la femme s’était brûlée vive et sa cellule avait pris feu, la fumée entrait même dans ma cellule par le judas condamné. Naturellement je ne pouvais rien voir, mais j’entendis tout de suite qu’on l’emmenait dehors. Cet événement provoqua en moi une sorte de choc. Cela me prit lentement mais sûrement.
 
Durant la scène j’avais suivi la situation en retenant mon souffle « en position de défense ». Par la suite, c’est toute une reconstitution de la situation qui se déroula en moi. La femme aurait pu à la limite périr, personne parmi nous – impuissants dans nos cellules verrouillées – n’aurait pu faire quoi que ce soit pour elle. Elle doit avoir été dans un désespoir atroce pour en arriver à se brûler vive. 
Mes nerfs cédèrent : cramponnée à ma colonne, je hurlais sans retenue et cela me déchargeait bien plus que la simple prise de conscience de mon impuissance à intervenir dans cette foutue taule.
à suivre...
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Published by G.Tell - dans Politique
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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 16:25
Vendredi 21 mars 1975
 
Je m’habillai et me recouchai sur le lit, la tête sous le drap. J’avais peu dormi, mais profondément, et j’étais encore somnolente. La porte s’ouvrit. Un visage soigné et arrogant ainsi qu’un doigt m’indiquaient une direction : cela signifiait que je devais y aller. Ah ! Devant la porte de la cellule, il y avait une table avec quelques écuelles contenant du café au lait. Je reçus une tranche de pain noir et un « emballage hôtel » de confiture, et je me retrouvai à nouveau seule dans la cellule. Le café au lait était tiède et plein de peau – le premier jour, on ne peut pas l’avaler.
 
Pour la première fois, j’examinai systématiquement la cellule. La fenêtre était très haute : impossible de regarder dehors. La table fixée à la paroi et le banc me rappelaient les représentations médiévales du cachot. Tout était en métal brut. La cellule, d’environ quatre mètres de haut, était étroite et couverte de slogans, de noms et de dates gravées. Je la mesurai en pas : environ trois mètres cinquante de long (sept petits pas), et deux mètres de large. Juste derrière la porte, les WC, l’évier et le lit. De l’autre côté, une armoire murale petite mais très haute. Au toucher, je reconnus un rouleau de papier WC, un paquet de bandes hygiéniques et un gobelet de plastique. Ah, ah, pensais-je, une cellule de femme. La fenêtre, une imposte fermée par des barres de fer, s’ouvrait et se fermait au moyen d’une tringle qui y était suspendue.
 
La porte s’ouvrit : un nouveau visage – le gardien-chef ? Il grogna : « Pourquoi n’avez-vous pas fait le lit ? ». Je ne l’avais pas fait car je n’avais pas la moindre idée du temps disponible, et je le lui dis. J’eus droit à une explication : plier les couvertures et les draps, rabattre le lit, le fermer (une cheville de métal s’enfile dans la fermeture murale), tout ranger par-dessus, avec l’oreiller. Tout faire, y compris la mise en ordre de la cellule, jusqu’à sept heures au plus tard et ne pas oublier de balayer, (pour cela on m’indiqua la balayette et la pelle à ordures qui se trouvaient derrière les WC – comme si on avait pu les trouver soi-même). La cellule comptait en outre une étroite table basculante, un banc rabattable et un miroir métallique (complètement tailladé de noms et de slogans) qui me renvoyait mon image ondulée, comme les miroirs déformants dans les baraques foraines. Il n’y avait pas d’interrupteur. Dans la porte : un judas d’au moins un centimètre et demi de diamètre, à travers lequel je voyais distinctement une partie de la porte d’entrée du couloir, - parfois je voyais le gardien – et une fois un prisonnier avec une jambe dans le plâtre.
 
Dans la cellule il faisait très froid. J’avais un pantalon, un pull et la « veste de fourrure » que durant les quarante jours suivants je n’enlevai pratiquement plus. Et je grelottais. Au coin de la porte se dressait une épaisse colonne émaillée de deux mètres de hauteur : le tuyau du chauffage. Ce tuyau devint mon refuge, ma deuxième épine dorsale : je pris l’habitude de m’y chauffer les mains, le dos, le ventre et le nez et d’y rester plantée des heures. Mais je passais l’essentiel de mon temps à marcher de long en large. J’essayais de réfléchir à nouveau de façon « ordonnée », mais le carrousel des pensées se remettait en marche et je ne réussissais même pas à mener au bout une seule pensée. Il était clair que j’étais en taule, qu’ils avaient mon nom et que l’autre femme aussi était enfermée (peut-être dans la même prison ?). J’essayais alors de regarder par le judas à chaque bruit du « dehors » ; mais très vite j’entendis la voix d’un flic (voix que j’entendis souvent par la suite) : « Mais elle regarde dehors, couvrez donc le trou ». Et déjà le trou était inutilisable.
 
Il ne me restait que les oreilles.
Je ne pouvais me décider à rabattre la table et le banc et à m’asseoir. Mais pourquoi ? Il est vrai que j’étais fatiguée, mais l’idée de m’y asseoir en somnolant me répugnait ; je le voyais sans doute comme une façon d’accepter déjà une partie des règles de la captivité. En outre, je n’avais absolument rien : ni morceau de papier, ni crayon, ni livre, ni journal – ni rien avec quoi j’aurais pu graver la paroi, le plancher ou le miroir. Mais qu’utilisent donc les autres prisonniers pour graver tous ces slogans ?
 
Il y avait une sonnette dans la cellule, j’entendais que les sonnettes étaient fréquemment utilisées, et je me demandais ce que les prisonniers pouvaient bien exiger ou demander lorsqu’ils sonnaient le gardien. Je me disais quoiqu’il en soit je ne mettrai jamais la main à cette sonnette, en aucune circonstance je ne sonnerai un gardien (il en fut ainsi jusqu’à aujourd’hui sans que je sache pourquoi ; c’est simplement le refus de cette institution en général, à ce que je crois).
 
J’entendis des bruits de vaisselle. Ma porte s’ouvrit. A nouveau, on m’indiqua l’extérieur du doigt ; à nouveau je me dirigeai vers la table et remarquai à cette occasion qu’à ce dernier sous-sol il n’y avait que trois cellules. Je reçus une écuelle de soupe, une assiette de je ne sais quel mets indéfinissable, et cette fois j’eus aussi une fourchette. Grâce à elle, je gravai pour la première fois un petit trait sous le rebord de la fenêtre. Je mangeai de la soupe, car elle était chaude. A part un peu de soupe je n’avalai plus rien durant les quarante jours suivants, mais cela je ne le savais pas encore, à ce premier repas au cachot. Environ vingt minutes plus tard, on ramassa les assiettes, écuelles et services.
Pour ce « repas », j’avais bien entendu rabattu la table et le banc, mais maintenant je recommençais à marcher de long en large. Très régulièrement, j’étais observée par le judas. Alors que je n’entendais pas les pas qui, de l’extérieur, s’approchaient de la porte de la cellule, je remarquais le glissement de la feuille de papier qu’on avait agrafée de l’extérieur devant le judas. Le fait d’être sans cesse observée m’empêcha d’abord naturellement d’utiliser les toilettes. Et puis je sentais le besoin pressant d’une brosse à dents – mais ce besoin disparut bientôt, comme l’envie d’une cigarette.
 
Soudain je fut arrachée à mes pensées, qui ne me laissaient aucun répit : la porte s’ouvrit, l’inévitable index de flic m’indiquait la direction. En sortant du cachot, on m’emmena par un corridor où passaient même des civils – puis, en bas, on repassa par le labyrinthe de la nuit précédente. On allait sans doute chez le procureur de la Confédération. Déjà je me réprimandais : tu ne t’es pas concertée sur le refus de parler, simplement ne cède pas ; ne prononce pas le moindre mot, ne dis rien. En même temps, j’essayais de m’imprégner du labyrinthe, puis des couloirs et des escaliers – jusqu’à ce que nous fassions halte devant une section appelée « service des identifications ». Ah, ah ! Donc pas de procureur. D’ici, au moins, je jouissais de la vue de maisons, d’arbres et de neige, le soleil brillait. De plus il faisait chaud. J’étais dans un bureau, ou plutôt dans la pièce stérilisée genre laboratoire, tout autour : des télex ou appareils semblables. Les flics portaient des blouses blanches.
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Published by G.Tell - dans Politique
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