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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 17:30
Le domaine temporel de l’évêque de Bâle, groupé autour de la donation de l’abbaye de Moutier-Grandval, au lieu d’être confiné, comme celui des évêques de Lausanne, de Sion et de Genève, dans les limites du comté, soit du diocèse, s’étendit très tôt dans les diocèse de Lausanne (vallon de St-Imier et La Neuveville) et dans celui de Besançon (l’Ajoie). En dehors du diocèse de Bâle, l’évêque n’était que prince, mais comme prince, il pouvait avoir, après la Réforme, la collation des pasteurs. A la fin de l’ancien régime, en 1779, une rectification des frontières ecclésiastiques rétablit la concordance entre la principauté et le diocèse. « En janvier 1782, le curé de Porrentruy chante, pour la première fois, la messe « à la bâloise ».
La principauté épiscopale de Bâle avait un caractère essentiellement patrimonial. Elle n’avait ni unité géographique, ni, après la Réforme, unité religieuse. Les liens de combourgeoisie de plusieurs communes du sud avec Berne (Bienne, 1352 ; La Neuveville, 1388 ; la Prévôté de Moutier-Grandval, 1486) avaient placé cette région sous le protectorat de LL.EE., surtout après l’introduction de la Réforme, car les paroisses réformées du Jura dépendaient étroitement de l’Eglise bernoise. L’évêque partageait avec Berne la souveraineté de la Montagne de Diesse. La maire, rendant la justice, portait un manteau rouge et noir, à l’extérieur, couleurs de Berne, et rouge et blanc, à l’intérieur, couleurs du prince-évêque. Selon qu’il jugeait au nom de son Altesse ou de LL.EE., il tournait son manteau de manière à arborer les bonnes couleurs !
Alors que la Confédération des XIII cantons, qui s’était déjà dégagée de tout lien de juridiction avec l’Empire, avait fait reconnaître sa pleine souveraineté à la paix de Westphalie, en 1648, (de même que le prince de Neuchâtel), l’évêque de Bâle demeura prince du Saint-Empire romain de nation germanique pour les territoires du Nord du Jura et Moutier. Cette allégeance se marquait par l’investiture lors de son entrée en charge, avec le paiement d’un émolument fort coquet à la chancellerie impériale de Wetzlar, « tombeau des procès ». Lors des troubles de 1726 à 1740, l’évêque demanda l’arbitrage de l’Empereur, d’ailleurs sans succès.
Le sud de la principauté échappait à l’Empire germanique. Il était censé faire partie de la Suisse. Il refusait de payer l’impôt du Turc prélevé dans tout l’empire pour soutenir la résistance de l’Autriche. Moutier, d’allégeance impériale, était cependant couvert par la neutralité helvétique.
La complexité juridique du régime applicable aux diverses parties de la principauté épiscopale était extrême.
Et cependant les princes-évêques réussirent à maintenir leur autorité dans le Sud comme dans le Nord jusqu’à la Révolution. On constate même un affermissement du pouvoir du prince-évêque sous les derniers règnes, après les troubles qui agitèrent d’abord l’Erguel* puis l’Ajoie pendant une quinzaine d’années de 1726 à 1740 (31 octobre 1740, exécution de Pierre Péquignat).
La principauté épiscopale de Bâle – Porrentruy fut, elle aussi, un Ständestaat. Institués assez tard, au XVe siècle, les Etats du pays comprenaient vingt-cinq députés, un député de la noblesse, huit des abbayes et chapitres et seize pour les villes et communautés. La réforme porta un premier coup à l’institution car les villes et communautés réformées cessèrent d’y paraître, sauf, rarement, la Prévôté et l’Erguel.
Contrairement aux Etats généraux en France, aux Audiences générales à Neuchâtel et aux Etats de Vaud, qui cessèrent d’être convoqués dès la première partie du XVIIe siècle, les Etats de la principauté subsistèrent encore au XVIIIe siècle. On les voit convoqués à Porrentruy en 1730 et en 1739, au cours des troubles de l’Ajoie. Mais l’esprit de la libre conversation entre le Prince et les Etats, caractéristique du Ständestaat, avait disparu. L’évêque convoquait les Etats pour leur faire connaître sa volonté.
Le Jura épiscopal connut, seul en Suisse, l’évolution de la monarchie féodale à la monarchie de droit divin et au despotisme éclairé, à l’instar de la Prusse, de l’Autriche et de l’Espagne. Ce sont précisément des réformes instituées d’autorité par le prince Jean-Conrad de Reinach en 1726, - création d’une chambre des comptes, d’une cour des fiefs, d’une commission des eaux et forêts, d’une chambre des notaires, des commissions pour l’entretien des pauvres, des veuves et des orphelins, l’industrie du fer, les forges, le sel, le commerce des grains – qui suscitèrent la révoltes d’un peuple conservateur de ses usages. Ni la tentative d’arbitrage de la Cour de Vienne, ni l’intervention auprès des cantons n’apaisèrent les troubles, qui furent finalement réprimés à l’aide de troupes françaises.
L’autoritarisme maladroit des deux Reinach ne doit pas faire oublier des règnes bienfaisants avant et après les troubles : celui du grand Christophe Blarer de Wartensee (1575-1608), qui liquida le contentieux avec la Ville de Bâle par le traité de Baden, le 11 avril 1585, après avoir obtenu l’alliance des cantons catholiques en 1580. L’indemnité qu’il reçut, en contrepartie de l’abandon de ses droits sur la ville rhénane, lui permit de rétablir les finances de la principauté et de fonder le collège Saint-Charles (Borromée) à Porrentruy. Le chapitre, en revanche, refusa la transaction pour ce qui le concernait.
Il est digne de remarque que le problème que posait la présence de la ville de Bienne dans la principauté épiscopale est apparu au prince-évêque Blarer de Wartensee comme il devait se poser trois siècle et demi plus tard aux pères du canton du Jura : l’évêque, convaincu que les franchises de la ville, en partie usurpées au cours des siècles, en étaient au point que son autorité y était illusoire, conçut le projet de la céder à la ville de Berne pour obtenir en contrepartie le rétablissement de l’autorité princière sur l’Erguel, que Bienne s’était attribuée au point de vue judiciaire et militaire. Le traité fut conclu en 1599 sans la participation des Biennois. Quand ceux-ci apprirent les tractations, ils craignirent que leur combourgeoisie avec Berne ne se transformât en sujétion et se mirent à apprécier l’autorité discrète et limitée de l’évêque. Des difficultés soulevées maladroitement par Berne dans l’exécution du traité engagèrent Blarer de Wartensee à y renoncer. Bienne resta dans la principauté et fit sa paix avec l’évêque en 1606 : les droits qu’elle prétendait exercer dans l’Erguel en matière judiciaire furent recouvrés par l’évêque, Bienne conservant cependant dans cette région le droit de bannière. Berne renonça, difficilement, à son acquisition en 1607.
Jean-François de Schönau (1651-1656) réussit à se faire recevoir dans le Défensional** des cantons protestants. Mais il risqua du même coup de perdre l’alliance des sept cantons catholiques. En 1691, l’évêque JeanConrad de Roggenbach (1656-1693) « le bon prince », fut sur le point de faire entrer sa principauté dans la Confédération mais les cantons catholiques s’y opposèrent parce que la contrepartie était l’admission de Genève. Les cantons catholiques reconnaissaient déjà, cette année-là, l’incorporation du Pays de Vaud à la neutralité helvétique. C’était suffisant ! Il est curieux de rapporter ce marché manqué de la suggestion genevoise au Congrès de Vienne d’échanger avec la France le Jura épiscopal contre le pays de Gex. L’évêché de Bâle demeura lié seulement aux sept cantons catholiques.
Après les troubles sous les règnes des deux Reinach, le trône épiscopal fut encore occupé par des hommes de valeur, dont le plus remarquable, Guillaume Rinck de Baldenstein (1744-1762), natif du pays, se distingua comme bâtisseur de routes, restaurateur des forêts, créateur du cadastre.
Le prince-évêque était élu par les chanoines du chapitre de Bâle, installé depuis la Réforme à Fribourg en Brisgau, puis à Arlesheim, et composé en majeure partie de cadets de familles nobles d’Allemagne ou d’Alsace. Si l’élection tardait, le pape pouvait se substituer au chapitre.
Pour un homme du XXe siècle, le régime du Jura épiscopal paraît bien étrange. Ce régime n’en a pas moins formé un pays voisins, sauf Neuchâtel. L’accueil, tacite, par l’évêque des anabaptistes fugitifs des terres bernoises est assez exceptionnel.
Le fait d’avoir dépendu durant huit siècles du même prince n’a pas manqué de marquer la population du Jura, malgré sa diversité ; sans le prince, l’unité du pays n’aurait pas résisté aux forces centrifuges. Le canton de Berne, depuis 1815, n’a pas su reprendre le rôle fédérateur de l’évêque. Mais il n’a pas non plus fédéré contre lui tous les Jurassiens. Le désir de retour à l’unité, général dans le Nord, et l’opposition à ce même Nord, dominante dans le Sud, s’expliquent par l’histoire. Même Moutier conserve la position ambiguë qu’il avait dans la principauté, mi-germanique, mi-helvétique. Cependant c’est dans la partie anciennement « germanique » du pays que l’affirmation de la francophonie s’est développée le plus, au point d’y devenir le motif principal de l’autonomie.
 
*L’Erguël, terre du prince-évêque de Bâle
Du Moyen Age à 1797, l’Erguël fut une seigneurie, ou bailliage, de la principauté épiscopale de Bâle. Les sires d’Arguel, ou d’Erguël, de Franche-Comté, en détinrent l’avouerie (charge détenue par un laïc, consistant à défendre les intérêts temporels d’une institution religieuse). Ils occupaient le château, aujourd’hui en ruine, au sud-est de Sonvilier.
 
**Lorsque des troupes étrangères protestantes pénètrent sur le territoire suisse et violent sa neutralité en 1633 puis en 1638, la Diète réagit en créant un « Conseil de guerre » composé d’officiers catholiques et protestants capable de réunir 36 000 hommes en armes pour défendre les frontières de la Confédération. L’acte fondateur de cette institution est le « Défensional de Wil » signé en 1647.
 
La formation de l’Etat dans les six cantons romands. Cahiers de la Renaissance vaudoise 1982
 
blarer.jpgJacques-Christophe Blarer de Wartensee
Prince-évêque de Bâle 1575-1608

saint-germain302.jpgCrosse de Saint Germain
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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 16:58
Gonzague de Reynold

Voilà un homme qui fut ébloui par le fascisme de Mussolini et probablement par les dictatures, si peu qu’elles soient autoritaires. Pourquoi ? Il faudrait lire tous les écrits de Gonzague de Reynold, ils sont nombreux, pour se faire une idée de la personnalité et de sa pensée.
Mais faut-il vraiment bien connaître l’homme quand on sait qu’il était dans la Ligue du Gothard ?  Là, les « Grands Bourgeois » intellectuels de renoms, prônaient la résistance à tout prix et un gouvernement autoritaire ; pouvaient-ils être suivi par le peuple ?
Qu’en dit le Dictionnaire historique de la Suisse ?
Gothard, Ligue du
La Ligue du Gothard fut fondée le 30 juin 1940 par un groupe d'hommes de tendances politiques et de courants de pensée divers, issus pour la plupart de la grande bourgeoisie et préoccupés par l'état d'esprit du peuple suisse à la suite de l'encerclement du pays par les puissances de l'Axe. Elle se réclamait, dans ses statuts, de la tradition chrétienne de la Confédération et excluait les juifs et les francs-maçons. Elle avait pour but de renforcer la volonté de défense nationale et de dépasser les conflits d'intérêt. Au moyen de conférences de presse, de soirées patriotiques, d'assemblées, de cours, d'annonces, d'affiches et de brochures, les quelque 8000 membres, organisés en groupes locaux et cantonaux, militaient pour la prise en charge collective des responsabilités sociales, comme l'extension des cultures (plan Wahlen), la protection de la famille, la prévoyance pour les personnes âgées et la création d'emplois. A leur programme figurait aussi l'instauration d'une démocratie autoritaire, une organisation corporative de l'économie et une révision du système politique. En 1951, les activités se concentrèrent sur le plan national. Les principaux problèmes de l'après-guerre furent abordés dans plus de 300 lettres ouvertes qui proposaient des solutions face aux nouveaux défis de la société. La Ligue fut dissoute en 1969.

Il n’est pas certain que la Ligue du Gothard ait été une bonne chose pour le pays. J’aurais aimé une liste des membres de la Ligue du Gothard ; pour savoir qui étaient issus des partis de Gauche ? Probablement un ou deux dans l’ensemble, peut-être des « convertis » à la nouvelle donne.
Vous aurez noté qu’il fallait être d’ascendance chrétienne, ne pas être juif ni franc-maçon. Et certainement ne pas être communiste, socialiste, ni anarchiste ou libre penseur pour être accepté dans la Ligue.  
Ce qui est étonnant dans la perception qu’avaient les membres bourgeois de la Ligue du Gothard, de leurs valeurs du moment, étaient celles d’un Hitler, à peu de choses près.
Imaginons qu’un gouvernement tel qu’il était pensé et proposé aux membres de la Ligue, arrive en place en 1941 et que, par le hasard d’une lubie hitlérienne, les troupes nazies soient à nos frontières et qu’ils les franchissent ; à part l’armée Suisse qui aurait du, sur tous les fronts, sur toutes la longueur de la frontière, livrer un combat de résistance pathétique. Une fois l’armée ruinée, plus aucune résistance, mais un gouvernement et une économie offertes clé en main à Hitler qui n’aurait rien eu à changé, puisque la Ligue du Gothard aurait fait le boulot.
 
Non seulement la Suisse est à l’origine du « J » sur les passeports des ressortissants de confession Judaïque, mais la Ligue aurait trouvé les hommes et les femmes qui auraient certainement montré aux nouveaux maîtres où étaient les francs-maçons et les Juifs du pays, comme probablement où étaient les socialistes et les communistes.
On sait que tous les industriels d’Allemagne ont soutenu les Nazis, ils virent la relance économique et que la Grande Bourgeoisie Allemande, retrouvait elle aussi un nouveau statut, la vieille noblesse Allemande retrouvait elle ce quelle avait perdu auparavant. « Pourquoi pas en Suisse ? », devaient se dire les fondateurs de la Ligue du Gothard.
Denis de Rougemont, l’un des fondateurs a été prié de quitter la Suisse pour les Etats-Unis pour une « mission de conférences », il s’agissait là plus d’un retrait qu’une promotion.  
La Suisse préféra « collaboré » avec le régime de Hitler que de résister comme le suggérait la Ligue, ce qui n’était pas forcément le plus judicieux. Une troisième voie était-elle possible, mais laquelle ? Ces hommes de qualités se sont-ils trompés, fourvoyés au point de montrer la part d’ombre qu’ils avaient en eux ? Probablement, car malgré cet épisode de la Ligue du Gothard ils n’en reste pas moins que Gonzague de Reynold et Denis de Rougemont furent des grands penseurs de notre temps.
 Reynold-200.jpg
medium-rero0003.jpgDenis de Rougemont
Théophile Spoerri professeur de littérature Zurich, co-fondateur avec Denis de Rougemont, de la Ligue du Gothard. (pas trouvé de photo)
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Published by G.Tell - dans Politique
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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 16:53
Tout d’abord ce fut noir comme dans un trou, ensuite je m’habituai à l’obscurité. Un peu de lumière tombait de la fenêtre. Je pus reconnaître les dimensions réduites de la cellule. Machinalement, j’étendis les draps sur le lit et ce n’est qu’ensuite que je m’y assis. Je me disais, maintenant sois calme, pas de précipitation ; essaye de vraiment comprendre ce qui s’est passé, essaye de réfléchir à tout. Je me mis instinctivement à chercher mes cigarettes dans la poche de ma veste. Ça a l’air d’un infime détail, et c’en est un, pourtant non, surtout dans cette situation. C’est ainsi que commença la lutte pour la cigarette, lutte que connaît certainement chaque fumeur qui a fait de la taule. Je me dis tout de suite qu’il était psychologiquement important de ne pas me fixer sur le problème des cigarettes car ça me troublerait et me rendrait folle d’y repenser sans cesse. Alors sus à l’ennemi, ma chère ; tu n’as pas de cigarettes car on te les a enlevées exprès. Cela fait clairement partie du traitement réservé à ta personne. Mais la conscience dont tu as besoin dans ta lutte contre le système, et maintenant contre les flics est plus forte que le désir d’une cigarette. C’est ce que je me dis, et je me mis dans la tête que je ne devais pas dépendre d’un mégot.
 
Malgré tout le désir d’une cigarette refaisait toujours surface, surtout les jours suivants, durant les interrogatoires, quand tout le monde « toraillait » autour de moi. Enfin, c’était supportable même si sept jours plus tard je fumais ma première cigarette avec délectation.
 
Bon, réfléchissons maintenant sans cigarettes, essayons de comprendre comment ils m’ont pincée. Il ne pouvait être question d’une réflexion maîtrisée et systématique. Où que je dirige mes pensées, immédiatement c’était un mélange, un carrousel. Je pensai à la femme qui avait été arrêtée, avec moi, à d’autres camarades, à la clef de l’appartement que j’avais dans la poche – et c’était maintenant les flics qui l’avaient. Idiote que j’étais, n’aurais-je pas pu la jeter ? Depuis quand m’observaient-ils ? Suivaient-ils l’autre femme ? Tout se mélangeait. A nouveau : du calme. Par où vais-je commencer ? Et d’abord, qui peuvent-ils avoir grâce à moi ? Sûrement mon hôte. J’ai ses clefs d’appartement, sur l’abonnement de tram figure à plusieurs reprise le nom de la station, dans le sac de plastique se trouve un périodique de gauche « Compagni », avec le tampon de la librairie. Donc, les flics pourraient y débarquer dans deux ou trois jours. Jusque là, mon hôte saura depuis longtemps que j’ai été arrêtée. Bon, pensons à la suite. Demain, j’aurais dû avoir un rendez-vous. Quand le type s’apercevra que je ne viens pas il saura que j’ai été arrêtée, car je suis toujours ponctuelle. Je le suppliai de m’entendre. Je me branchai sur la télépathie : « Je suis en taule et l’autre femme aussi ; tiens-toi tranquille ». Et de nouveau un défilé de personnes, de faits, d’idées, de spéculation. Tu aurais dû te tirer l’oreille, car au fond tu n’avais encore rien compris.
 
C’est à peu près ainsi que se passèrent les premières heures ; la machine à penser devint de pus en plus paresseuse et je finis par sombrer dans le sommeil. Chaque fois qu’une porte de cellule claquait, je me réveillais et je sautais sur mes pieds ; cela arriva quatre fois. Puis une horloge stridente sonna : dehors il faisait encore presque nuit, une lumière, terriblement éblouissante, s’alluma. On ne pouvait pas s’en protéger.
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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 16:12
Un article paru dans le Journal de Genève, le lundi, 3 octobre 1910, écrit par Charles-Ferdinand Ramuz. Une description d’un temps, d’une époque révolue et d’un homme au travail, enfin si l’on peut parler de travail dans la bucolique campagne vaudoise où l’activité d’Antoine se déroule le long des chemins de terre où de rares voitures devaient peut-être passer, mais où il est certain que les gens, eux, circulaient avec bonheur.
 
hotel-de-ville.jpg
 
 
L’HOMME QUI REMPIERRE LA ROUTE
 
On l’appelle tantôt Antoine tout court, tantôt le père Antoine ; il n’a jamais eu d’autre nom. Les vieux ont seulement une tendance à l’appeler Antoine, et les jeunes le père Antoine : c’est toute la différence ; mais il est connu dans tout le pays, et quand on demande après lui, personne qui ne vous renseigne. C’est qu’il se tient tout le jour sur la route, qui est commune aux gens de deux ou trois villages, et le jour du monde y passe ; et comme on l’aime bien aussi, et qu’il est gai d’humeur et sait des tas d’histoires, tout le monde s’arrête pour causer avec lui.
Il porte toute l’année un chapeau de feutre pointu aux ailes rabattues, qui a probablement été noir quand il était neuf, mais qui, en peut-être vingt ans de soleil, de pluie et de neige, a si souvent changé de teinte, a hésité entre tant de couleurs, qu’il n’a pas pu se décider, et, à la fin, les a toutes gardées. C’est une sorte de gris à reflets roux et violets, avec, dans les plis et autour des ailes, des sortes de couleurs noirâtres et bleuâtres ; et à la place du ruban, il y a une plaque en cuivre, sur laquelle on lit : Cantonnier.
Ses yeux, on ne les voit pas, ils sont cachés sous son chapeau. Ce qu’on voit de sa figure, c’est premièrement un grand nez, qui est ce qui frappe le plus, à cause de ses dimensions, et puis surtout de sa couleur. Car, autant celle du chapeau est effacée et indécise, autant celle-ci s’affirme de loin. Il est à la fois très long, ce nez, et tout en largeur ; et il est à ce point gonflé et boursouflé, qu’il semble qu’il y ait, à droite et à gauche des vraies, comme deux narines nouvelles, qui vont se perdant à leur tour dans le bouffissement de joues. Juste place là, pour la barbe, mais au menton elle s’épanouit. Elle a été, elle aussi, si souvent brûlée et lavée qu’elle est de toutes les nuances, dans le blanc, le gris et le vert. D’ailleurs informe et en désordre, et qui s’en va dans tous les sens ; et de même pour la moustache, qui est une moustache de chat en colère, maigre, courte, aux poils hérissés. Et elle ne cache point les lèvres, qui sont, comme le nez, épaisses, celles du bas pendant un peu.
Une bonne figure, au total, où il y a avant tout le plaisir et le goût de vivre ; un ensemble avant tout arrangé pour le rire, humer l’air, voir venir le vent ; et cela est posé sur un ventre bien rond, supporté par de courtes jambes ; et une des mains tient la pelle, ou le tranchoir, ou le racloir, suivant le moment et l’occasion, mais, quel que soit l’outil, elle ne s’en sert guère. L’affaire de vivre est ailleurs. Les mains, c’est d’abord fait pour les tendre à l’ami qui vient, pour tenir et lever le verre. Et, quant au reste, comme il dit, « il faudra voir ».
 
historique06.jpg
 
Je vais souvent faire visite au père Antoine, le soir, après l’ouvrage, ou bien le matin, en me promenant. Et, sa brouette, on l’aperçoit de loin, qui attend au bord de la route, près des petits tas de terre bien alignés et régulièrement espacés, mais, lui, il faut longtemps avant de le découvrir. Il est d’ordinaire assis dans la haie. Il y a, tout le long de la haie, des sortes de petites niches au fond fourré d’herbe et de menues branches qu’il s’est ainsi creusées à force d’y venir, et dont il change suivant l’heure et suivant le bout de route où il est. Il y tient au frais sa bouteille. Alors, comme il n’aime pas à la laisser seule, dès qu’il peut, il vient la rejoindre. Les genoux relevés, le corps en avant, il s’installe confortablement ; il prend sa bouteille, la débouche, boit au goulot une gorgée, la rebouche, la remet au frais, puis ne bouge plus et se sent heureux. Les moineaux pas peureux secouent au bout des branches leurs petits corps ronds et ébouriffés ; un lézard se glisse dans les herbes sèches, un papillon couleur citron se pose au milieu du chemin : le père Antoine n’a pas l’air de rien voir. Et, quand il m’entend venir, c’est à peine s’il tourne la tête.
Je cause avec lui. Il me raconte sa vie. Il a commencé par le vin, et il a d’abord bien aimé le vin ; c’est plus tard seulement qu’il est venu à la goutte. Alors il s’est mis à boire les deux, le vin et la goutte. Puis, peu à peu, le vin lui a paru trop fade, et il a passé à la goutte seule : ainsi il a suivi le doux chemin de son plaisir. Une demi-bouteille les premiers temps, une bouteille entière ensuite. Il l’apporte avec lui, pleine, chaque matin ; il la remporte, le soir, vide. Même, à ce qu’il dit, il songe à augmenter un peu la dose, et à passer de la bouteille au litre, mais il ne s’y est pas encore décidé, parce qu’il est plein de sagesse et ne fait rien sans réflexion ; et jamais, non plus il n’est soûl.
Il n’y a que deux choses dans sa vie : l’une est donc de boire, l’autre de fumer. Et il fume comme il boit, c’est-à-dire avec méthode et précaution. Il a une pipe de terre au tuyau qu’il casse à peu près à la longueur du petit doigt, et il entortille le bout d’une ficelle à nombreux tours. Le vilain moment a été quand il a perdu ses dents de devant. Elles se sont mises un jour à ne plus se rencontrer ; et c’est le seul temps de sa vie où il ait été vraiment malheureux. « Voyez-vous, me dit-il, j’avais beau dépenser des deux, trois mètres de ficelle, pas moyen de le faire tenir, ce sacré tuyau ; il me glissait tout le temps hors de la bouche. Une racine en haut et en bas rien que la gencive, ça n’est pas tant fait pour aller ensemble. Et il me fallait tout le temps tenir ma pipe avec la main. Je n’aime pas ça ; et puis, ces fourneaux de terre, on se brûle !... » Si bien qu’il a été tout content quand ses dernières dents sont tombées. A présent, quand il parle, à chaque fin de phrase, le menton lui remonte jusqu’à toucher son nez, mais de nouveau sa pipe tient solidement dans sa bouche, et il la bourre avec plaisir de mon tabac que je lui tends ; et soigneusement il l’allume, ayant frotté son allumette à son pantalon de mi-laine, et il tient l’allumette dans le creux de sa main.
On aime cette vie, parce qu’elle est simple. Et puis pour le pays qu’il y a à l’entour, le pays qui est beau, qui monte doucement en molles grandes pentes, avec ses prés, ses champs, ses noyers et ses pommiers ronds. Quand il y a sur lui une telle lumière, comme ce soir, dans le soleil couchant, qui est étendu sur les choses comme un beau tapis de couleur. Au loin, le haut clocher qui brille, le village aux toits en longueur. Lui, là-dedans, toujours le même ; et en lui est ce même calme, cette même tranquillité.
Du haut de la colline où je suis ensuite monté, je l’aperçois encore et je le suis des yeux. Car il est sorti de sa haie. Il sait qu’il ne faut pas abuser du rien-faire, parce qu’il tourne vite à l’ennui. Il a donc repris sa brouette et paresseusement la pousse devant lui, deux ou trois tours de roue ; puis il la laisse retomber. Il y jette sans se presser deux ou trois pelletées de terre, la soulève à nouveau et va encore un bout. Mais voilà que quelqu’un arrive,… et la brouette est oubliée. C’est le moment de la journée où la route est la plus peuplée. La fraîcheur qui descend fait sortir les gens des maisons. Puis il y ceux qui rentrent des champs ; ceux qui vont au pré, la faux sur l’épaule, les uns dans un sens, les autres dans l’autre ; et chaque fois c’est des causettes : le père Antoine maintenant en a bien pour jusqu’à la nuit.
Il a aussi des fois l’aubaine que quelqu’un le prenne sur son char et l’emmène boire au village. Cela arrive, parce qu’on est bien intentionné pour lui. On l’emmène à l’auberge et on lui paie à boire. Puis il revient à pied à ses outils. Mais, une fois, c’est un monsieur qui a passé, avec une belle voiture, et il s’est arrêté à cause de lui, et il l’a emmené dans sa belle voiture, et ils ont bu du vin bouché ; et le monsieur l’a ramené dans sa voiture. On n’y croira pas si on veut ; c’est pourtant la pure vérité. Et, ce jour-là, le père Antoine a été comme les gens riches, qui ont un équipage à eux.
C.-F. Ramuz
 
 

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CF.Ramuz

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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 16:17
Il s’était donc écoulé trente cinq minutes entre le moment de la « rencontre » et l’arrivée chez les flics. Nous prîmes l’ascenseur jusqu’au cinquième étage. Là, les flics ouvrirent une porte où on pouvait lire « délits majeurs ». Celui qui m’avait empoignée par le bras et s’était ensuite assis à côté de moi dans la VW se présenta : Monsieur Ribi (il fut ensuite chargé de mon affaire). L’inspectrice m’offrit un siège et fouilla le contenu de mon sac à main (un sac de cuir sud-américain), elle vida les poches de ma veste et de mon pantalon – clefs de l’appartement, mouchoirs en papier, permis de conduire, carte d’identité, argent – furent glissés dans un sac en plastique. Puis l’interrogatoire commença. « Nous savons que vous êtes Madame Krause, nous vous connaissons bien et depuis longtemps. Donnez vos date et lieu de naissance ». Jusqu’à ce moment, je n’avais pas ouvert la bouche et je me forçais au silence. Mais j’avais faibli – et ainsi je donnais mon nom et ma date de naissance. Les deux enquêteurs se regardèrent d’un air entendu et le flic dit : « Ah, ah Madame Krause quel plaisir, vous avez donc une voix ! »
 
Dès ce moment, je me concentrai moins sur ce qui m’arrivait que sur moi-même – et je me dis : « Fermer sa gueule ! ». En premier lieu, on me dit que j’étais accusée de transgression de la loi sur les explosifs, et que je devais m’expliquer là-dessus. Je n’avais rien à dire. Ensuite on me posa question sur question : c’était en fait une énumération de tout ce qu’ils savaient. Où avez-vous habité ? Depuis quand êtes-vous en Suisse ? Comment y êtes-vous entrée ? A qui appartient la clef de l’appartement ? Qui sont vos amis ici ? Je n’avais rien à dire. Enfin le flic sortit. Une autre inspectrice entra. Elle m’apostropha : « Déshabillez-vous ». Pendant que j’attendais, nue, elle palpait mes vêtements l’un après l’autre – y compris l’élastique du slip, les talons des chaussures – tout ; elle parlait à sa collègue par-dessus ma tête : « L’autre est bourrée d’argent, elle ne s’asseye pas et n’ouvre pas la bouche ! » Bravo, bravissimo, pensais-je. Je pus me rhabiller, et ensuite le flic revint. Il s’entretint discrètement avec sa collègue pour savoir si on pouvait faire mention de quelque chose comme une tentative de fuite, mais elle dit : « Non on ne peut vraiment pas le dire ». Ensuite le procès-verbal fut établi et ce n’est qu’alors que je compris ce que l’on entendait par « tentative de fuite ». Le gorille voulait mettre en t^te du premier interrogatoire que l’on m’avait attrapée alors que je prenais la fuite. Plus tard j’ai remarqué que c’est typique : dès le début, ils veulent te charger au maximum et ainsi le mérite de t’avoir pincée augmente.
 
Lors de l’établissement du procès-verbal, toutes les questions furent répétées et je fus à nouveau formellement sommée de parler, je dis que je me refusais à toute déclaration. Le procès-verbal fut signé par moi et par les flics. J’appris ensuite que je verrais le Procureur de la confédération le lendemain, et qu’il me révélerait le motif de mon incarcération. Je demandais alors si je pouvais prendre contact avec un avocat. « Vous vous trompez d’endroit » fut la seule réponse.
 
Ensuite ils m’emmenèrent à l’ascenseur et me conduisirent cinq étages plus bas. Puis se fut l’affreux labyrinthe du couloir souterrain qui relie le commissariat à la caserne de police et à la prison. La porte s’ouvrit : on m’enferma dans mon premier trou baptisé cellule. Après avoir bruyamment rabattu le lit, quelqu’un me mit des draps de papier dans les mains et la porte se referma. La lumière s’éteignit. La dernière chose que j’avais vue de mon cachot, était la grande horloge au-dessus de l’entrée. Il était 23 heures. à suivre...
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29 octobre 2007 1 29 /10 /octobre /2007 16:45
Avertissement !
Le témoignage ci-dessous est celui d’une femme meurtrie, certes, mais néanmoins elle était membre de cellule dite « terroriste », de gauche, à une époque où il n’était pas bon de l’être et probablement plus qu’aujourd’hui, car l’action était dirigée contre les membres dirigeantes de nos industries et politiques alors que le peuple n’était pas assez politisé ou renseigné afin de juger par eux-mêmes de la justesse des revendications. Les moyens utilisés à cette époque trouble, explosifs et armes à feu, n’étaient certes pas pour attirer la sympathie de tous. Il aurait probablement été plus simple d’utiliser d’autres moyens, moins radicaux pour obtenir les changements souhaités. Si le témoignage est publié ici, c’est que la Suisse a plié devant les justes récriminations de Petra Krause en vers le système carcéral suisse et même contre Kurt Furgler qui dans ces propos publics, condamnait déjà Petra Kraus avant même que celle-ci soit jugée par un tribunal.

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Témoignage
 
Petra Krause – journal – caserne de police – Zurich 1975
 
Jeudi 20 mars 1975
 
Je venais de rencontrer une femme et nous traversions la rue en échangeant quelques mots ; j’allais en direction du bistrot. Nous étions à peine arrivées sur le trottoir d’en face lorsqu’un homme derrière moi souffla : « Madame Krause, Madame Krause ». Inconsciemment j’avais déjà compris, mais je continuais résolument à marcher au bras de l’autre femme. En même temps, venant de droite et de gauche, plusieurs types nous rattrapèrent, nous cernèrent et nous séparèrent ; nous ne pûmes que nous lancer un regard résigné.
 
Un type me saisit le bras par derrière, et pendant qu’il m’agitait je ne sais quel papier sous le nez, un autre type entreprit de me fouiller. Ensuite le flic de derrière me lâcha. Durant ces quelques secondes ou minutes je tenais à voir ce qui se passait pour l’autre femme. Elle aussi était entourée d’hommes et de femmes, tous en civil, qui l’entraînèrent dans une voiture. Partout où mon regard se portait, à droite et à gauche de la rue, il y avait des flics en civil : une vision à la Kafka. On m’enleva tout de suite mon sac à main et un sac de plastique plein de coupures de journaux sur les derniers événements italiens. Puis on m’entraîna dans une auto.
 
Le véhicule dans lequel l’autre femme se trouvait – escorté de deux voitures – était déjà hors de vue. J’étais moi-même dans une VW, serrée entre une inspectrice et un flic. Je regardais droit devant moi pour comprendre où nous allions. De chaque côté une paire d’yeux me fixait. La radio continuait à émettre. La course dura peut-être dix minutes. La voiture traversa une cour, puis un garage souterrain, puis encore une rue, et enfin arriva dans l’arrière cour fermée, (probablement l’entrée secrète du commissariat). Là, on me fit descendre. L’endroit était désert. Les flics ouvrirent le bâtiment. Je vis une pendule : 21 heures 45. – à suivre…
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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 15:02
Il sera souvent question, dans le texte ci-dessous, du Plaid général, qui est l’assemblée judiciaire d’origine carolingienne.
 
A la donation de 896, par Rodolphe Ier, à l’évêque de Lausanne, de tous les droits fiscaux et judiciaires du comte sur le marché de la place du Crêt sous la Cité de Lausanne, se joint une clause plus générale : « que le pasteur de cette cité ait la toute-puissance, sans partage avec nul autre, sur la cité et au-dehors ». L’évêque était donc seigneur immuniste de Lausanne, tant de la Cité que du Bourg, lorsque, le 25 août 1011, Rodolphe III lui fit donation de l’ensemble des droits du comte de Vaud.
Ces droits ne représentaient pas une puissance territoriale mais un ensemble de revenus fiscaux liés à des droits de justice. L’énumération en est donnée cent cinquante ans plus tard, en 1157, dans les franchises de saint Amédée : l’évêque déclare tenir du roi les « régales », savoir les routes et péages, les taxes sur les ventes dans les marchés, les « Joux noires », le droit de battre monnaie, la police des marchés, les poids et mesures, les criminels manifestes, les bans anciens et les nouveaux institués d’un commun accord (avec les clercs, nobles et bourgeois), les cours d’eau, les voleurs et les ravisseurs. Cette énumération est typique du Moyen Age : on mélange les choses et les personnes mais le lecteur de l’époque comprend qu’il s’agit chaque fois de droits de juridiction comportant des revenus. Les bans, par exemple, sont les amendes prononcées pour des infractions qui n’appellent pas des peines afflictives : mort ou mutilation. L’évêque percevait l’amende dans les cas prévus par la coutume et dans ceux qui pouvaient être institués avec l’accord de son peuple.
Le seul droit régalien de l’évêque dont l’étendue équivalait à celle de l’ancien comté de Vaud était celui de battre monnaie, qui s’étendait au diocèse entier. L’évêque obtint sans peine l’intervention de l’empereur contre le baron de Vaud, qui avait installé un atelier de monnayage à Nyon.
Le droit de créer une nouvelle émission de monnaie était subordonné à l’accord des trois ordres des sujets épiscopaux des Lausannois.
D’une part donc, l’évêque était seigneur territorial de la Ville de Lausanne, Cité et Ville inférieure, ainsi que divers lieux : Lavaux dès 1079, Avenches, Lucens – Curtilles, Villarzel – L’Evêque, Bulle (qu’il avait érigé en bourg fortifié), La Roche-en-Ogoz (dont le château fut acquis de Jean et Nicole de Blonay en 1353).
D’autre part, il était titulaire de droits régaliens épars dans le comté de Vaud. Avec le temps, ces droits épars passèrent sous la puissance de seigneurs laïques et de la Maison de Savoie, l’évêque n’en conservant que la suzeraineté.
La donation du comitatus valdensis représentait si peu un pouvoir territorial que l’évêque n’en prit pas le titre et que la notion même du comté de Vaud disparut pour être remplacée par celle de Patria vuaudi, patrie de Vaud, se rapportant principalement au Pays de Vaud reconstitué par Pierre de Savoie, au milieu du XIIIe siècle.
Ce n’est qu’après 1356 que l’évêque de Lausanne se para du titre de comte de Vaud pour opposer au vicariat accordé par l’empereur au Comte Vert, révoqué puis renouvelé à ses successeurs, sur les évêchés de Lausanne, Genève et Sion, un titre plus ancien. Mais les évêques comtes de Vaud n’exercèrent pas davantage un pouvoir territorial sur le comté, qui avait, en réalité, disparu dès avant 1011.
Les deux derniers évêques qui régnèrent à Lausanne, Aymon et Sébastien de Montfalcon, ajoutèrent encore au titre de comte celui de prince du Saint Empire (ce titre de prince apparaît déjà, occasionnellement, en 1285, dans une sentence de Rodolphe de Habsbourg). Ces titres pompeux furent conservés par les évêques en exil puis par les évêques de Lausanne résidant à Fribourg, jusqu’à Mgr Marius Besson inclusivement. (1876-1945)
Au XIe siècle, les évêques de Lausanne furent, en majorité, des seigneurs guerriers qui avaient lié leur sort aux rois de Germanie dans la querelle des investitures. Notamment, Burcard d’Oltingen fut le fidèle compagnon d’Henri IV et l’accompagna à Canossa (1077). Il eut sa récompense deux ans plus tard par la donation du château royal de Lutry et de la Vaux de Lutry, Villette, St-Saphorin et Corsier, domaine épiscopal jusqu’en 1536.
Le chapitre des chanoines de la Cathédrale constituait lui-même une seigneurie collective, propriétaire et seigneur de plusieurs bourgs et villages : Crans, Dommartin, Vuarrens, Essertines, Saint-Prex, Tolochenaz, Belmont-sur-Lausanne, Epalinges et Albeuve.
Il possédait l’immunité par rapport à la juridiction de l’évêque excepté les crimes manifestes et ceux punissables de mort ou de mutilation.
Les seigneurs ecclésiastiques devaient être assisté, pour l’exercice de la justice temporelle et les actions militaires, par un avoué. Ce fut le comte de Genève qui exerça cette fonction dans la principauté épiscopale de Lausanne en dehors des murs de la Cité. Selon les tendances de l’époque, l’office devint héréditaire et le comte de Genève fut accusé de multiples exactions au détriment des droits de l’évêque sous le règne de l’évêque Gérard de Faucigny (1107-1129)
Le comte de Genève avait détruit le château épiscopal de Lucens et construit une fortification menaçante au-dessus de Lausanne. En 1131, il fut défait par le duc Conrad de Zaehringen.
En 1152, le mariage de Frédéric Barberousse avec la comtesse palatine de Bourgogne, Béatrice, amena l’empereur à prendre en mains les affaires de Bourgogne tant transjurane que cisjurane. A cet effet, il supprima le rectorat de Bourgogne attribué à Rodolphe de Rheinfelden et transmis aux Zaehringen. En compensation, il accorda à ces derniers l’avouerie impériale sur les trois évêchés de Genève, de Lausanne et de Sion. Il semble que le duc de Zaehringen ait abandonné au comte de Genève l’avouerie sur cet évêché, ce qui provoqua une vive réaction de l’évêque de cette ville, tandis que l’évêque de Lausanne prit appui sur le duc Berthpld IV pour éliminer définitivement son avoué épiscopal, qui venait d’exciter une sédition populaire contre lui en 1156-1157. Le duc confia l’avouerie à un de ses chevaliers, Emmo de Garenstein.
Toutefois l’avouerie impériale des Zaehringen n’était pas non plus sans danger pour l’évêque, d’où la précaution qu’il prit de faire reconnaître ses droits, à la même époque, par les trois ordres de l’évêché. Cette reconnaissance visait d’abord le duc de Zaehringen mais, en définissant ses droits, l’évêque les limitait, d’où le nom de Franchises de saint Amédée donné par la suite à cette reconnaissance des droits de l’évêque.
La prévision de l’évêque était d’autant mieux fondée que, dans la succession d’Emmo de Garenstein, Berthold IV racheta l’avouerie épiscopale et la conserva pour lui-même, réunissant sur la même tête les deux avoueries épiscopale et impériale (1175-1179).
De ce fait, les ducs Berthold IV et Berthold V furent les adversaires de l’évêque, qui, au décès de Berthold V, en 1218, réunit définitivement l’avouerie épiscopale à l’autel de la Vierge Marie, s’interdisant désormais de l’aliéner. L’évêque dut encore indemniser en 122 Aymon de Faucigny, à qui l’avouerie avait été cédée. Dès lors, l’avoué ne fut plus qu’un fonctionnaire aux ordres de l’évêque, dont la fonction essentielle était de présider le plaid général, dont nous parlerons plus loin. L’évêque s’efforça en outre de racheter tous les offices inférieurs érigés en fiefs héréditaires. Seul le sénéchal fit exception.
Le décès de Berthold V, en 1218, est suivi du traité de Burier en 1219, conclu par l’évêque de Lausanne avec le comte Thomas de Savoie. Ce prince est mis en possession, à Moudon, de tous les droits que le comte de Genève tenait de l’évêque à Moudon. L’évêque ratifiait la donation de Philippe de Souabe en 1207.
C’était l’installation de la Maison de Savoie au Pays de Vaud, qui ne tardera pas à devenir dangereuse pour l’évêque un peu plus tard d’un siècle plus tard par la concession du vicariat impérial sur les trois évêchés romands. L’évêque ne put empêcher l’installation à Lausanne d’un juge impérial, qui, du nom de la maison qu’il occupait, fut appelé le juge de Billens. C’était à ce juge qu’étaient déférées les affaires pouvant être portées devant l’empereur. Ce poste, à la nomination du comte puis duc de Savoie, fut rempli par des personnages importants, par exemple un comte de Gruyère et plusieurs baillis de Vaud.
Pour décourager ses justiciables de recourir jusqu’au juge impérial de Billens, l’évêque institua un degré de plus de juridiction, le commissaire épiscopal, auquel on pouvait porter en recours les sentences de la cour séculière présidée par le bailli de l’évêque, lui-même juge des autorités inférieures, mayor, mestral, sénéchal et sautier.
Mais le juge de Billens acceptait parfois de juger des affaires dont les plaideurs avaient sauté un degré de juridiction, ce qui déterminait des conflits permettant à des puissances étrangères d’intervenir, comme elles intervenaient dans les nombreuses révoltes des Lausannois contre leur évêque. Les dates de 1224, 1282-1284, 1296, 1313, 1465, 1480, 1482 mqrquent les conflits, parfois violents, qui opposèrent l’évêque à ses sujets, le chapitre prenant parti tantôt pour l’un, tantôt pour les autres. Seul, ou à peu près, le règne du grand évêque Aymon de Montfalcon (1491-1517) demeura sans troubles. Ces difficultés recommencèrent sous son neveu et successeur, Sébastien de Montfalcon, qui, surpris par l’agression bernoise, alors qu’il séjournait dans son château de Glérolles, prit la fuite par le lac.
Cette situation conflictuelle des lausannois avec leur prince-évêque contraste avec la bonne entente des villes et seigneurs du Pays de Vaud avec leurs princes de la Maison de Savoie.
Et pourtant, les Lausannois n’étaient pas les sujets d’un monarque absolu. C’était inconcevable au Moyen Age. De fait, dès 1144 ou 1157, avec la reconnaissance des droits de l’évêque (franchises de Saint-Amédée), les Lausannois possédèrent des garanties quant à leur liberté personnelle et la sûreté de leurs biens. Les franchises étaient lues chaque année au Plaid général, qui réunissait l’ensemble des bourgeois de la ville et de son ressort avec les clercs et les nobles. Durant la session du Plaid général, toutes les autres autorités judiciaires étaient suspendues. Après la liquidation des litiges, des points de coutumes pouvaient être précisés ou modifiés. La session se terminait par la visite des chemins et des pâquis. C’est l’occasion de préciser que les Râpes d’Orient appartenaient en commun à l’évêque, aux citoyens (bourgeois de la Cité) et aux bourgeois de la ville inférieure tandis que les Râpes d’Occident n’appartenaient qu’à la Ville inférieure.
Les franchises de saint Amédée furent renouvelées et étendues par le Plaid général de 1368, dont M. Jean-Pierre Baud a étudié le texte. C’est à lui que nous empruntons les quelques renseignements qui permettent de comprendre la formation de l’Etat lausannois au Moyen Age. Le Plaid de 1368 comme la reconnaissance des droits de l’évêque (1144-1157) n’a rien de systématique. Des dispositions de police sanitaire, de police des marchés et des établissements publics voisinent avec des dispositions que nous appellerions constitutionnelles. Nous ne résistons pas au plaisir de mentionner l’obligation du cabaretier qui laisse un buveur s’enivrer de lui faire crédit et de l’accompagner au domicile avec une bougie allumée !
Le bourgeois de Lausanne doit le service militaire au seigneur-évêque, mais pour un jour et une nuit seulement. Il doit de plus ferrer les chevaux de l’évêque et des nobles. L’équipement est aux frais du bourgeois. En revanche, s’il tombe aux mains de l’ennemi, l’évêque doit payer sa rançon comme il doit indemniser les nobles et bourgeois servant à cheval pour la perte de leur cheval. Les Lausannois servent répartis en cinq bannières : la Cité, le Bourg, lePont, St-Laurent et la Palud. Les hommes des villages suburbains sont rattachés à l’une ou l’autre des bannières.
 
Les cas dans lesquels l’évêque peut demander l’aide financière des bourgeois sont définis. Le tarif des taxes et amendes ne peut être modifié sans l’accord des trois ordres.
Vers la fin du XIVe siècle, le Plaid général disparut. C’était une institution lourde et onéreuse. Il fut remplacé par la cour séculière, se tenant dans l’antichambre de l’évêque et présidée par lui, puis par le bailli, fonctionnaire nommé et révoqué par l’évêque et qui avait juridiction sur toutes les terres de la principauté épiscopale.
La cour séculière était composée de représentants des trois ordres, quatre à cinq membres du chapitre, autant d’autres clercs, divers seigneurs de la Cité et des environs, bourgeois des diverses bannières. Ceux du Bourg étaient les juges des constatations ; ils devaient se rendre sur-le-champ au lieu du fait. En contrepartie, ils étaient dispensés des lods (droits de mutation) et du droit à l’étalage.
En ce qui concerne l’organisation de la commune bourgeoise comme telle, elle fut double jusqu’en 1481, la Cité d’une part, la Ville inférieure d’autre part. en 1432, on trouve installé pour la Ville inférieure un Conseil de ville composé pour quatre personnes par bannière. Ces seize personnages élisent deux prieurs. En 1469, ce sont six personnes par bannière, qui élisent quatre bannerets. Par un système qui trouve encore sa place dans la constitution vaudoise de 1814, les bourgeois d’une bannière élisent les représentants d’une autre ; ceux du Pont élisent les députés du Bourg et réciproquement, tandis que ceux de St-Laurent élisent ceux de la Palud et réciproquement.
En 1481, les deux villes fusionnèrent contre la volonté de l’évêque. Elles créèrent un conseil unique et un bourgmestre.
L’influence de Berne, Fribourg et Soleure depuis les guerres de Bourgogne ne cessait de grandir. Souvent ces villes étaient choisies comme arbitres dans les conflits des bourgeois avec l’évêque ou avec la Savoie.
Cette influence fut consacrée par le traité de combourgeoisie de 1525.
« Les habitants de Lausanne crurent alors assurer leur indépendance et leur grandeur en jouant la carte de Berne et Fribourg contre leur seigneur, l’évêque, et contre la Maison de Savoie. La conquête du Pays de Vaud mit un terme brutal à ces illusions et sanctionna durement l’absence de clairvoyance politique des habitants de Lausanne ».
Bien que la domination bernoise ait placé Lausanne au rang de sujette comme les villes dites ducales, la ville et les localités qui avaient dépendu de l’évêque ou du chapitre continuèrent, jusqu’en 1798, à être régies par le Plaid général et non par le coutumier du Pays de Vaud.
Après la libération, Lausanne ne joua un rôle politique prédominant que durant le régime libéral, de 1831 à 1845, et pratiqua fréquemment une politique opposée à celle du gouvernement vaudois, notamment dans la construction des lignes de chemin de fer.
 
La formation de l’Etat dans les six cantons romands – Cahiers de la Renaissance vaudoise - 1982

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25 octobre 2007 4 25 /10 /octobre /2007 15:25
La zone de turbulence qui préoccupe actuellement l’ONU (septembre octobre 2007), c’est la Turquie et sa frontière avec l’Iraq, où sont donc concerné ces deux peuple et aussi les Kurdes à cheval sur ces deux Etats.
Les Arméniens de Turquie on en parle plus, du moins pas comme on le devrait. Il y a un pays qui se nomme l’Arménie, avec pour capitale Erevan. Mais là, il est question des Arméniens de Turquie comme l’on parle des Kurdes, un peuple sans reconnaissance.
Les Arméniens persécutés depuis très longtemps, ont été très souvent soutenus par les communautés internationales du monde. La Suisse, du moins sa population a participé à des actions de soutien et de collecte de fonds et cela depuis les débuts des massacres, persécutions et déplacement de la population arménienne.
Le document présenté ci-dessous est l’un de ces cahiers illustrés appuyant un texte qui dénonce les violences et souffrances du peuple arménien par les Turcs. 
Publié à la fin du XIXe siècle en Suisse romande, sous les auspices de l’Union chrétienne de jeune gens de Lausanne. Pourtant quand on parle du génocide arménien, on fait toujours référence à la période de 1915-1917 et jamais, ou si peu que cela avait commencé bien avant. Comme le mot « génocide » n’était pas encore inventé, on parle de persécution.
Donc après les massacres de 1895, l’émotion touche la jeunesse chrétienne de Lausanne et l’on pouvait dès lors donner son obole pour venir en aide aux martyres. 
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24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 15:00
Un sous-marin peut-il être un sous-marin pacifiste ?
 
Dès les origines, un sous-marin était prévu pour un usage militaire. De la première cloche de plongée antique (4ème siècle avant J.C. conçue par Aristote), au scaphandre de Léonard de Vinci (1452-1519), à la Tortue de David Bushnell (1742-1824), aux premiers « véritables » sous-marins du 19ème siècle, ça a toujours été dans un but militaire et de destruction.
 
Les sous-marins civils, souvent payés et utilisés par les marines nationales des puissants Etats par le monde, sont donc des sous-marins scientifiques – de recherches – et économiques.
Le Bathyscaphe d’Auguste Piccard était un « sous-marin » civile et scientifique. Après être monté très haut en ballon dans une capsule qui préfigurait celle du monde spatial, Monsieur Piccard a appliqué la capsule pour les profondeurs marine. Ballon et Bathyscaphe étant d’un fonctionnement identique mais inversé ; voilà pourquoi M. Piccard construisit les Bathyscaphes par esprit de curiosité, de recherche et d’esprit scientifique. Pour Jacques, le fils d’Auguste Piccard, c’est l’opportunité de la future exposition nationale Suisse à Lausanne, prévue en 1964, qui, sur l’idée de son père (1953) se lance dans la réalisation d’un sous-marin civil et touristique, le premier et le seul du genre au monde.
Il ne pouvait en être autrement pour ce sous-marin. La Suisse n’a que des lacs, le plus grand, le Léman, partagé avec la France, paisible comme ses riverains, ne pouvait que recevoir un paisible sous-marin touristique.
 
LE MÉSOSCAPHE
 
Un tube, voilà ce qu’il a été dès l’origine, cylindrique équipé d’une quarantaine de hublots. Une proue de navire et un moteur électrique qui faisait tourner une hélice carénée faisant aussi office de gouvernail. 
 
Caractéristiques techniques du mésoscaphe
 
Profondeur de plongée – 750 mètres
Profondeur de destruction – 1500 mètres
Habitacle sous pression
(Diamètre) 3,10 mètres
Matériau – acier
Longueur – 28,50 mètres
Largeur – 6.80 mètres
Hauteur – 6,60
Poids – 165 tonne
Charge utile - 9 tonne
Equipage – 5 hommes
Autonomie – 48 heures
Hublots – 46
1 moteur électrique 58,8 kW
Puissance – 620 KW
Vitesse maximum – 6 noeuds
 
Baptisé - AUGUSTE PICCARD
 
Le mésoscaphe avant même son lancement était sujet de curiosité, pour les foules, et de polémiques par certains journalistes et politiques, qui reprochaient à Jacques Piccard de n’être pas ingénieur agréé, (sans diplôme) !
Malgré tout le sous-marin touristique a emmené plus de 33 000 passagers en 1 100 immersions lacustres, sans incident.
Attraction majeur de l’Expo64, l’Auguste Piccard a démontré le savoir faire de l’industrie métallurgique de notre pays et de l’ingéniosité de nos têtes savantes.
 

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Un autre sous-marin célèbre...
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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 14:36

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La Voie Mauvaise, le chemin dangereux ! Cette route des environs de Thusis, dans les Grisons, dont beaucoup de Suisses ont entendu parler, ne mérite plus aujourd’hui son nom. Mais elle en fut longtemps digne. Ce nom d’ailleurs, bien d’autres routes des Grisons auraient pu le porter si l’on en juge par de nombreux récits. Nous n’en voulons pour preuve que la terrible histoire rapportée par la Chronique du Zurichois Johann Jakob Wick.
Ceci se passait en 1584.
En ce temps-là, les paysans de la région de Davos, pauvres, souvent mangés de dettes, avaient coutume d’envoyer leurs filles, l’hiver venu, dans la vallée de l’Adda.
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Adda Elles y travaillaient comme fileuses, y gagnaient leur gîte et leur couvert, s’efforçant même d’en rapporter, au printemps, quelques beaux écus sonnant clair. Un jour, six de ces jeunes filles se mirent en route, franchirent au prix de grandes difficultés le col de la Fluela et arrivèrent à Tufers épuisées, à moitié mortes de faim. Là, on les arrêta ;  impossible d’aller plus loin : la peste, qui sévissait en Italie s’approchait dangereusement. Saisies de frayeur et sans même prendre le temps de se restaurer les jeunes filles rebroussèrent chemin. La panique leur redonnait des forces. En route, elles rattrapèrent un voyageur qui se traînait misérablement ; le mal maudit venait de se déclarer dans son corps et commençait ses ravages. Prises de compassion, les jeunes filles lui vinrent en aide, d’autant qu’il s’agissait d’un de leurs compatriotes. Mais elles perdirent ainsi beaucoup de temps et se trouvaient encore bien éloignées du sommet lorsqu’une véritable tourmente de neige se déchaîna. Cette nouvelle épreuve acheva le malheureux voyageur : il s’affaisa, le froid de la neige le saisit tout entier, et il ne tarda pas à rendre le dernier soupir. Il n’avait pas eu assez de mots pour témoigner son infinie reconnaissance à ses bienfaitrices ; il leur avait fait don d’une bourse de cuir richement travaillée, pleine de pièces d’or frappées au sceau de la République de Venise. Elles se les partagèrent sur le champ puis se remirent en route. Comment elles atteignirent enfin Davos, la chronique ne le dit pas, et l’on a peine à l’imaginer. Elles y arrivèrent cependant, mais à quel prix ! Toutes les six avaient eu les pieds gelés et il leur fallut encore subir de douloureuses amputations.
Mais elles trouvèrent à leur malheur quelque consolation. La Via Mala devait les mener vers quelques pauvres écus de salaire ; elles avaient ramené cinquante sequins d’or chacune. De quoi ne plus connaître la gêne, n’avoir plus jamais à reprendre, aux portes de l’hiver, l’abominable route de la vallée de l’Adda.
Et depuis lors, dans le pays de Davos, quand quelqu’un a de la chance dans son malheur, on dit qu’il a prit la Bona Via Mala, le bon mauvais chemin !
 
Des chemins d’autrefois aux routes d’aujourd’hui, édité par la Général Motors Suisse S.A. Bienne
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Published by G.Tell - dans curiosités
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