Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Rechercher Un Mot

Articles Récents

Liens

8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 16:25

Deux mots d'histoire

Il est donc avéré qu'après la campagne de Jules César les Sédunes et les Romains occupaient le pied des collines de Vallère et de Tourbillon, où Sedunum formait administrativement une civitas, puis devint municipe, pour rétrograder au rang de vicus sous l'empereur Dioclétien, mais sans que sa prospérité en souffrît. la fameuse inscription de l'hôtel de ville, datée de 377, première inscription chrétienne de Suisse, prouve le contraire, puisqu'elle loue le magistrat Asclépodote d'avoir remplacé quelque édifice impérial par une construction plus somptueuse. Placé sur la route d'Italie, Sion ne cesse de recueillir un fort mouvement de marchands et de militaires.

Avec les invasions barbares, l'état social se modifie. La vassalité puis la féodalité entrent dans les moeurs. L'évêque du Valais, abandonnant son siège d'Octodure par crainte des barbares et des inondations de la Dranse, se fixe à Sion en l'an 580, et construit sur le roc l'église qui devait devenir la collégiale de Valère. Nanti dès 999 d'une donation régulière de l'empereur Rodolphe III de Bourgogne, qui le rend maître du Comté du Valais, de la Furka à Martigny, et fait de Sion une ville impériale, l'évêque pourvoit à sa sécurité et à son embellissement, en élevant l'enceinte fortifiée et la cathédrale. L'enchevêtrement de ses territoires avec ceux des comtes de Savoie, maîtres du Bas-Valais, entretenait toutefois un perpétuel état de querelle, qui plus d'une fois se solda par la guerre.

Sur la ville divisée alors en quatre quartier: La Citta, Malacort, Pratifori et Claviney, l'évêque assisté d'un major, d'un vidame, d'un sautier et d'un métral résidant à la Majorie, exerçait de son palais un pouvoir d'abord discrétionnaire sur une population trop profondément divisée en nobles, vilains et serfs pour faire oeuvre de politique commune.

Mais avec le temps, l'évêque fut contraint par les besoins de guerre à céder mainte prérogative à ses Sédunois, notamment le droit de marché, dont ils firent grand profit. En 1269 déjà, douze citoyens étaient nommés pour administrer la "communitas". La commune de Sion était née.

Pillé et saccagé à mainte reprise, assiégé enfin par les Savoyards, en 1475, Sion se vit délivré par les troupes confédérées après un farouche combat à la Planta. Le Bas-Valais forma le prix de la victoire, et par ainsi le Valais retrouva son unité politique et géographique et Sion sa place de chef-lieu.

De 1475 à la Révolution de 1789, Sion ne cesse de voir les prérogatives de son évêque grignotées par l'intrigue et des entreprises malheureuses au profit des Dizains. Il connaît une heure de gloire le jour où son évêque Mathieu Schiner (1516 à 1522) coiffe le chapeau de cardinal et conduit ses vaillants Valaisans au secours du Pape. Après la Révolution enfin, Bonaparte se rend maître du Valais qu'il constitue en Département du Simplon afin de tenir la fameuse route d'Italie sous son contrôle direct. La maison de son ambassadeur Châteaubriand, le bel hôtel de la rue de Lausanne, attend néanmoins toujours son hôte.

L'histoire de Sion, brièvement dessinée ici, a laissé partout dans la cité des traces visibles de ses vicissitudes, elle demeure à fleur du sol, où le voyageur curieux n'a point de peine à la retrouver.

 

http://www.siontourism.ch/index.cfm?Page=Buildpage&mainmenuid=123&sousmenuid=0&soussousmenuid=0&locationid=73

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sion
Repost 0
30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 22:13
La résistance
 
Au moment où s’affirmait ainsi la volonté de résistance de l’Armée représentée par le corps de ses officiers supérieurs, la cause d’un malaise passager, susceptible de porter atteinte au moral de la troupe et à la confiance du pays, avait été effacée dans des circonstances que je rapporterai brièvement :
Au début de 1940, l’Office central chargé de la lutte contre les menées visant la sécurité de l’Etat, informait la Section de police du Service territorial qu’il existait des listes d’officiers suspects de professer des opinions extrémistes, dangereuses pour l’Armée. Leurs attaches avec les « ligues » ou « fronts » étaient connues ou probables. Ces listes furent remises à la Section de police par les polices communales, cantonales et fédérales. Mais les organes de l’Armée ne purent établir de rapports précis d’après ces listes établies à la hâte et qui s’étendaient aux diverses régions du pays.
Comme aucune mesure, soit policière soit juridique, ne pouvait être appliquée pour tirer les choses au clair, je prescrivis, par ordre secret du 10 mai 1940, d’ouvrir des enquêtes sur les officiers suspects d’appartenir à ces mouvements. Destiné au Chef de l’Etat-major Général de l’Armée, aux commandants de corps d’armée, au Commandant de l’aviation et de la D.C.A., aux chefs d’arme et chefs de service de l’Etat-major de l’Armée, l’ordre était accompagné de listes et de renseignements touchant les suspects. Les destinataires, responsables de l’enquête, devaient veiller à ce qu’elle fût menée par le supérieur directe de l’officier visé, qui procéderait lui-même à l’interrogatoire, en l’informant que l’enquête se fondait sur des indications de la Section de police de l’Etat-major de l’Armée. On exposerait à l’officier suspect que ce n’était pas seulement dans l’intérêt du pays, mais aussi dans son propre intérêt, qu’il importait de tirer son cas au clair. Un rapport final, accompagné des procès-verbaux d’enquête, devait comporter une appréciation sur l’officier – appréciation basé sur le résultat de l’enquête et précisant si, oui ou non, celui-ci était encore digne de conserver sa situation dans l’Armée.
Sur la liste, qui comptait 124 noms, figuraient 11 officiers supérieurs, 14 capitaines et 16 officiers subalternes dits « frontistes » ; 12 officiers supérieurs, 17 capitaines et 54 officiers subalternes dits « nationaux-socialistes » ou « fascistes ».
L’enquête, ainsi qu’on l’espérait, donna un résultat réconfortant. En vertu des propositions faites par les supérieurs directs et par les commandants d’unité d’armée, les noms de sept officier seulement furent retenus. Trois cas furent déférés aux tribunaux militaires ; dans quatre autres cas, on procéda à des mesures spéciales de mise à disposition.
Quant aux 117 autres officiers qui figuraient sur les listes, je les informai, par mon ordre du 24 juin 1940, de la clôture de l’enquête et je leur témoignai ma confiance ainsi que celle de leurs supérieurs.
La majorité des officiers visés comprirent l’objet de l’enquête. Elle permit de constater, comme il ressort clairement des procès-verbaux et des rapports des supérieurs de tout grade, le sentiment très élevé de l’honneur militaire qui régnait dans toutes les classes d’âge, à tous les grades et dans toutes les armes. Ceux qui étaient visés se soumirent à l’enquête en « soldats » et donnèrent franchement les indications qu’on leur demandait sur leurs opinions politiques. Ils eurent, dès lors, latitude de recourir contre toute nouvelle enquête dénuée de fondement.
Le maintien de la confiance, de la discipline et du renom de l’Armée avait rendu cette mesure nécessaire, si pénible qu’elle fût. L’enquête, qui ne dépassait pas le cadre des officiers, était une mesure extraordinaire ; elle ne pouvait pas se répéter. Lorsqu’en avril 1944, le Chef du Département militaire me demanda d’entreprendre une « épuration » dans l’Armée, je n’estimai pas qu’il eût lieu de donner suite à cette demande : elle découlait surtout d’un débat, aux Chambres fédérales, sur le cas d’un officier supérieur condamné pour trahison. Une mesure générale s’appliquant à toute l’Armée, et en particulier au corps des officiers, ne me semblait pas justifiée par ce cas heureusement isolé.
Il fallut prendre encore, dans la suite, contre quelques officiers dits « frontistes », certaines mesures particulières, mais qui se fondaient aussi sur d’autres raisons. Je puis dire que l’Armée, dans son ensemble, comme chacun de ses membres en particulier, s’est abstenue de toute politique, au sens où son devoir le lui interdisait et conformément aux instructions que j’avais données.
 
Je rappellerai encore une certaine « Ligue d’officiers » qui fit parler d’elle en 1940. son objet était, en somme, louable : inquiets, au lendemain de la défaite française, de voir les progrès que le défaitisme pouvait faire dans l’Armée et dans la population, quelques officiers, appartenant pour la plupart à l’Etat-major Général, s’étaient réunis pour échanger leurs appréhensions ; ils craignaient que la volonté de résistance du gouvernement et du peuple suisse ne fléchissent sous l’effet des victoires allemandes. Ils firent « boule de neige » : 37 officiers cherchèrent à créer une organisation qui affirmerait ou confirmerait la volonté de résistance totale de l’Armée envers et contre tous, et qui soutiendrait le Commandement de l’Armée s’il était soumis à quelque pression. Bien que ces officiers se fussent préparés à agir dans l’esprit des ordres d’armée qui prescrivaient de se défendre « en toutes circonstances », il fallut ouvrir contre eux une « enquête en complément de preuves » et prononcer, contre huit officiers, des peines disciplinaires allant de quinze jours d’arrêts de rigueur à la « réprimande écrite », puisqu’ils avaient contrevenu à l’ordre et à la discipline militaires en vertu de l’article 180 du Code pénal militaire. Les autres ne furent pas punis.
Je tiens à remarquer toutefois qu’au cas où la volonté de résistance aurait cédé sous une pression de l’étranger, ces officiers, en refusant d’obéir, n’auraient pas été seulement dans leur droit ; ils auraient accompli leur devoir, qui est celui de tout soldat. ils avaient eu le tort d’agir en secret ; l’eussent-ils fait ouvertement qu’ils n’auraient pas fait l’objet de sanctions.
Rapport du général Guisan 1946
Repost 0
30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 22:09
CHAPITRE III
 
Delphine
 
Pris au charme de la magicienne de Coppet, Benjamin Constant déçoit et désespère la châtelaine de Colombier. La bruyante renommée, les menées ambitieuses de cette jeune dame de Staël exaspéraient déjà le fin bon sens de Mme de Charrière, Hollandaise mûre et désabusée. Et voici, les yeux sombres de l’ambassadrice – qui n’est pas même belle ! – rallument un feu que les yeux pâles de l’auteur de Caliste n’ont pas eu le pouvoir d’entretenir. On lui prend son ami, son interlocuteur incomparable ! Comme Mme de Charrière s’étonne et se plaint, le transfuge Benjamin lui répond par une enthousiaste apologie de Mme de Staël :
 
« Je ne puis trouver malaisé de lui jeter, comme vous dites, quelques éloges. Au contraire, depuis que je la connais mieux, je trouve une grande difficulté à ne pas me répandre sans cesse en éloges, et à ne pas donner à tous ceux à qui je parle le spectacle de mon intérêt et de mon admiration. J’ai rarement vu une réunion pareille de qualités étonnantes et attrayantes, autant de brillant et de justesse, une bienveillance aussi expansive, et aussi active, autant de générosité, une politesse aussi douce et aussi soutenue dans le monde, tant de charme, de simplicité, d’abandon dans la société intime. C’est la seconde femme que j’ai trouvée qui m’aurait pu tenir lieu de tout l’univers, qui aurait pu être un monde à elle seule pour moi. Vous savez qui a été la première… Enfin, c’est un être à part, un être supérieur, tel qu’il s’en rencontre peut-être un par siècle, et tel que ceux qui l’approchent, le connaissent et sont ses amis, doivent ne pas exiger d’autre bonheur. »
 
Le temps vengera Mme de Charrière. Elle vécut assez pour recueillir l’écho des querelles, des plaintes réciproques de Mme de Staël et du futur auteur d’Adolphe, unis par une chaîne qui leur pèse, qui les meurtrit, mais que leurs dissentiments pendant tant d’années ne font que raffermir. Deux ans après leur première rencontre, Mme de Staël écrit de Coppet à un de ces amis français qu’elle avait protégés, admis dans son intimité, et qui rentre dans la France convalescente :
 
« Mon mari est parti pour les eaux d’Aix ; nous étions assez mal à l’aise ensemble : il vaut mieux être unis de loin. Je suis donc ici parfaitement seule avec mon père et le Diable blanc (B. Constant). C’est une terrible épreuve pour tous les sentiments que de se regarder face à face : il faut du monde pour avoir de l’esprit, du monde pour s’aimer, du monde pour tout, excepté pour soi tout seul ; cela n’est pas si bête que l’on pourrait le croire : dès qu’on est deux il faut être beaucoup plus. »*
*Lettre de Madame de Staël à Adrien de Mun, Revue de Paris, décembre 1923, p. 523.
 
Si la France, graduellement, se rouvre aux émigrés, le Comité de salut public, le Directoire, ne tolèrent pas les intrigues. Mme de Staël l’apprend à ses dépens. Dès 1795, le gouvernement républicain la prie de passer la frontière, de rejoindre son père en Suisse. La police de Desportes, résident français à Genève, la surveille pendant toute l’année 1796. un domestique attaché à sa personne, un certain Monachon, ex-ministre du saint Evangile, dépouille avec zèle discret le courrier de sa maîtresse, et les secrets du château sont communiqués à Paris. Elle aime les aristocrates, elle les aide à renter dans leur pays ou à s’enfuir quand ils s’y compromettent. Le valet de chambre-espion a peine à comprendre que ces relations se concilient avec des convictions sincèrement républicaines.
Retenue en Suisse, menacée de devoir y passer deux hivers de suite, elle s’écrie : « Ah ! que je m’ennuie dans ce pays ! » Mais, en 1797, comme elle rentre en France, et s’établit à la campagne avec Benjamin Constant qui fait avec elle l’apprentissage de la servitude amoureuse et du libéralisme politique, un témoin malicieux de cette retraite à demi-volontaire, le général Montesquiou, note : « Je parie qu’elle regrette les comédies et les bals de Lausanne, ce dont elle n’aura garde de convenir parce que cela lui paraîtrait le comble du mauvais goût… Ce n’est pas la France qu’elle aime, mais le théâtre et dès qu’elle n’est plus en scène elle ne l’aimera plus. » Ce n’était pas la Suisse qu’elle détestait, même en ces années d’ambition passionnées, mais l’éloignement de Paris, la seule scène, pensait-elle, où elle pût jouer un grand rôle. La rigueur des temps et des gouvernements la confina sur un théâtre plus humble. Mais le talent de l’acteur relève les tréteaux, illumine les salles obscures. Finalement, qu’elle en eût conscience ou non, c’est Coppet qui lui fut la meilleure tribune, et le monde fut plus attentif aux conversations de son château qu’aux paroles qu’elle aurait prononcées dans la rumeur de Paris.
m. Necker était inscrit sur la liste des émigrés. L’invasion des troupes françaises dans le Pays de Vaud, en janvier 1798, menaçait la liberté, la vie même du vieux ministre. Sa fille accourut auprès de lui.
 
« Lorsque l’entrée des Français fut positivement annoncée, nous restâmes seuls, mon père et moi, dans le château de Coppet, avec mes enfants en bas âge. Le jour marqué pour la violation du territoire suisse, nos gens curieux descendirent au bas de l’avenue, et mon père et moi, qui attendions ensemble notre sort, nous nous plaçâmes sur un balcon, d’où l’on voyait le grand chemin par lequel les troupes devaient arriver. Quoique ce fût au milieu de l’hiver, le temps était superbe ; les Alpes se réfléchissaient dans le lac, et le bruit du tambour troublait seul le calme de la scène. Mon cœur battait cruellement par crainte de ce qui pouvait menacer mon père. Je savais que le Directoire parlait de lui avec respect ; mais je connaissais aussi l’empire des lois révolutionnaires sur ceux qui les avaient faites. Au moment où les troupes françaises passèrent la frontière de la Confédération helvétique, je vis un officier quitter sa troupe pour monter à notre château. Une frayeur mortelle me saisit ; mais ce qu’il nous dit me rassura bientôt. Il était chargé par le Directoire d’offrir à mon père une sauvegarde ; cet officier, très connu depuis sous le titre de maréchal Suchet, se conduisit à merveille pour nous, et son état-major, qu’il amena le lendemain chez mon père, suivit son exemple. »
 
Malgré son libéralisme, Mme de Staël redoutait l’invasion de la Suisse et l’émancipation du Pays de Vaud. Ce bouleversement d’un pays hospitalier et pacifique lui inspirait des craintes, assez justifiées par le traitement barbare infligé aux cantons primitifs, par la sombre histoire de la République helvétique. On ne peut lui faire grief d’avoir voulu éviter la suppression des droits féodaux que le baron de Coppet et seigneur de Bière avait acquis à beaux deniers comptants, ni d’avoir tenté dans une audience d’obtenir du général Bonaparte, qu’elle admirait encore avec ferveur, qu’il renonçât à la campagne de Suisse.
 
« Le jour de la première bataille des Suisses contre les Français, quoique Coppet soit à trente lieues de Berne, nous entendions, dans le silence de la fin du jour, les coups de canon qui retentissaient au loin à travers les échos des montagnes. On osait à peine respirer pour mieux distinguer ce bruit funeste ; et, quoique toutes les probabilités fussent pour l’armée française, on espérait encore un miracle en faveur de la justice ; mais le temps seul en est l’allié tout puissant. »
 
Mme de Staël fit son possible aussi pour épargner aux Genevois la réunion à la France. Mais le Directoire ne se laissait pas arrêter par les plaidoyers et les considérations morales… Plus tard,à la chute de l’Empire, elle salua la restauration de Genève et son agrégation à la Confédération suisse. Mais elle se garda bien de soutenir les Bernois et les rares Vaudois qui auraient voulu rendre à la république de Berne la souveraineté sur le Pays de Vaud. A un gentilhomme de son voisinage, Guillaume de Portes, qui prétendait la gagner, en 1814, à ce projet de réaction, elle répondit, avec un sens politique et une netteté de libéralisme qui ne laissent rien à désirer :
 
« Votre mémoire est très bien fait et l’on ne peut rien dire de mieux, votre doctrine admise, mais je ne considère pas les peuples comme des propriétés et la conquête ne me semble point un droit. Là où la justice est violée, il y a cessation du pacte social, car il ne repose que sur l’intérêt du grand nombre. La royauté, comme la république, est faite pour les nations, et leur voix, comme dit le proverbe, est celle de Dieu. Ajoutez à cela que le temps est de quelque chose dans la question. Vous dites que les Vaudois doivent à Berne, il y a quatre siècles ou environ, d’être Suisses. S’il y a prescription dans les transactions des particuliers, à plus forte raison y en a-t-il dans celles des nations. Charlemagne était usurpateur de Clovis et Hugues Capet de Charlemagne ; les Anglais ont banni les Stuart, etc. La vie est un changement continuel et la justice est beaucoup antérieure à tous les événements de l’histoire.
« L’immense majorité des Vaudois ne veut pas se réunir à Berne, donc cela ne doit pas être. Vous me citez une autorité qui disposera toujours de tout, mais il y a dix ans, hélas ! qu’elle ne parle plus et ces dix ans ont tout changé. J’étais moi-même contre la révolution du Pays de Vaud, mais la contre-révolution est impossible. Les hommes ne peuvent pas être les serfs de leurs aïeux, et quels aïeux faut-il choisir, ceux d’il y a quatre siècles ou d’il y a cinquante ? Je ne connais guère qu’Adam qui eut le droit d’arranger ses affaires politiques irrévocablement. C’est votre loyauté, Monsieur, qui vous fait aimer les vieilles institutions, mais souvenez-vous qu’elles ont été modernes et que les nouvelles sont vieilles à leur tour. Vous voyez que j’attache du prix à votre opinion et que je dis la mienne longuement. »*
*Conrad de Mandach, Le Comte Guillaume de Portes, 1904, p. 259.
 
Au cours de ce tragique printemps de 1798 et les années suivantes, Mme de Staël passe des heures presque calmes au bord du Léman. Elle accompagne M. Necker dans ses promenades à petits pas sous les arbres du parc. Elle trace, sur des cahiers de papier à grain rude, l’esquisse de quelques chapitres de ses prochains ouvrages. Le livre De la littérature s’écrit ainsi, tandis que quelques amis venus de Genève, un ou deux proscrits de Fructidor, suscitent d’un mot sa conversation. Des émigrés revenant d’Allemagne font étape à Coppet. C’est par ces Français, Adrien de Lezay, Chênedollé, et par quelques Suisses, que la femme de lettres prend une connaissance, d’abord superficielle, de l’Allemagne.
 
« Mme de Staël, nous dit Chênedollé, s’occupait alors de son ouvrage sur la Littérature, dont elle faisait un chapitre tous les matins. Elle mettait sur le tapis à dîner, ou le soir dans le salon, l’argument du chapitre qu’elle voulait traiter, vous provoquait à causer sur ce texte-là, le parlait elle-même dans une rapide improvisation, et le lendemain le chapitre était écrit. C’est ainsi que presque tout le livre a été fait. »
à suivre...
Repost 0
21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 20:15
 
Le Commandant en Chef de l’Armée.
Quartier Général
De l’Armée,
Le 12 juillet 1940
 
SECRET
 
Note concernant le nouveau dispositif de défense.
 
I. Par sa lettre du 2.7.40, le Conseil fédéral m’a confirmé ses instructions du 31.8.39 : « sauvegarder l’indépendance du Pays et maintenir l’intégrité du territoire en mettant en œuvre tous les moyens militaires appropriés ».
Le dispositif que j’ai appliqué pendant la première phase de la guerre visait à défendre la plus grande partie du territoire national. Il comportait deux échelons :
 
-          les troupes frontière, appuyées à des fortifications permanentes et de campagne, et résistant sur place ;
-          la position d’armée, sur laquelle s’exerçait l’effort principal de la défense, et que tenaient, sans esprit de recul, les gros de nos forces.
 
Le tracé de cette position était jalonné généralement par Sargans – Wallensee - Canal de la Linth -Lac de Zurich – Limmat – Jura argovien, bâlois, bernois et neuchâtelois – lac de Neuchâtel – Mentue – Lac Léman.
En cas d’agression d’un des belligérants, je pouvais escompter qu’une aide nous serait apportée, automatiquement, par son adversaire, et que notre capacité de défense s’en trouverait renforcée et prolongée.
 
II. Cette situation s’est modifiée progressivement à la suite de la diminution et de l’effondrement de la résistance française, puis de l’entrée en scène de l’Italie aux côtés de l’Allemagne.
Dès lors, ce n’était plus sur un ou deux fronts que nous risquions d’être attaqués, mais sur tous les fronts, et ceci d’autant plus que la saison autorisait les opérations en haute montagne.
Enfin, nous ne pouvions plus compter sur l’aide d’un allié éventuel.
Aux besoins de la situation nouvelle a répondu la re-mobilisation du 11 mai, puis un remaniement de notre dispositif qui s’est traduit par l’extension progressive de notre effort défensif à des fronts nouveaux en réponse au développement de la menace.
 
III. La signature de l’armistice est venue, une fois de plus, modifier la situation extérieure. Celle-ci m’inspire aujourd’hui l’appréciation suivante :
Si, d’une part, l’Allemagne et l’Italie n’ont pas intérêt à provoquer de nouveau conflits aussi longtemps qu’elles ne sont pas venues à bout de la résistance anglaise, d’autre part, les voies de communication directes qui traversent nos Alpes présentent, pour la première de ces puissances en tout cas, un intérêt indiscutable. Celle-ci pourrait donc être amenée à exercer sur la Suisse une pression économique, politique et même militaire, pour obtenir libre usage de ces voies de communications.
Ainsi, les exigences allemandes pourraient, tôt ou tard, devenir telles qu’elles seraient inconciliables avec notre indépendance et notre honneur national. La Suisse ne parviendra à échapper à la menace d’une attaque allemande directe que si le haut commandement allemand, dans ses calculs, considère qu’une guerre contre nous serait longue et coûteuse, qu’elle ranimerait, inutilement ou dangereusement, un foyer de luttes au centre de l’Europe et gênerait l’exécution de ses plans.
Dès lors, l’objet et le principe de notre défense nationale sont de démontrer à nos voisins que cette guerre serait une entreprise longue et coûteuse. Si nous devons être entraînés dans la lutte, il s’agira de vendre notre peau aussi chère que possible.
 
IV. À cette appréciation nouvelle, dans le cadre d’une mission inchangée, correspondent des décisions nouvelles.
Une démobilisation partielle a été effectuée le 7 juillet. J’estime que des mesures de démobilisation plus complètes ne sauraient être envisagées pour le moment, sauf en ce qui concerne une partie des troupes légères, dont les chevaux doivent revenir à l’agriculture pour le temps des moissons.
L’articulation de notre dispositif de défense en deux échelons – troupes frontières et position d’armée – est-elle encore justifiée ?
-          troupes frontière : sans aucun doute ; leur valeur s’est accrue au cours des mois de service actif en même temps que leurs travaux de fortifications se sont développés.
-          Position d’armée : elle offre deux avantages principaux : - elle couvrent une partie essentielle du territoire national, avec les ressources qui s’y trouvent ;
-          Elle comprend de solides organisations, maintenant presque achevées, et pour lesquelles d’importantes dépenses ont été consenties.
En revanche, telle qu’elle était conçue et occupée jusqu’ici, cette position présentait des inconvénients et des risques. La nécessité de parer à une attaque sur tous les fronts à la fois m’impose une nouvelle répartition des moyens, qui implique une diminution de la densité d’occupation.
De plus, en présence des méthodes de combats modernes, et, notamment, des engins blindés, notre position d’armée risquait d’être prise à revers ; si j’y concentrais le gros de nos moyens, même avec une densité moindre, leur action risquait de se trouver compromise par l’effet d’une menace ou d’une irruption sur ses flancs ou ses arrières.
 
V. J’ai pris la décision suivante : la défense du territoire s’organisera suivant un principe nouveau, celui de l’échelonnement en profondeur.
A cet effet, j’ai institué trois échelons de résistance principaux, complétés par un système intermédiaire de points d’appui.
Les trois échelons de résistance seront :
-          les troupes frontières, qui conserveront leur dispositif actuel ;
-          une position avancée ou de couverture, qui utilisera le tracé de la position d’armée actuelle entre le lac de Zurich et le massif du Gempen et qui se prolongera par un front ouest, jalonné généralement par le Jura bernois et neuchâtelois – Morat – la Sarine jusqu’à la trouée de Bulle ;
-          une position des Alpes ou réduit national qui sera flanquée, à l’est, à l’ouest et au sud, par les forteresses, englobées, de Sargans, de St-Maurice et du Gotthard.
 
Les missions dévolues à ces trois échelons de résistance seront les suivantes :
-          celle des troupes frontières sera maintenue ;
-          la position avancée ou de couverture barrera les axes de pénétration vers l’intérieur du pays ;
-          les troupes de la position des Alpes, ou réduit national, tiendront, sans esprit de recul, avec des approvisionnements constitués pour une durée maximum.
 
Entre ces trois échelons, le système défensif intermédiaire comportera des points d’appui de défense antichars, constituant autant de réduits ou de nids de résistance, gardés sur tous les fronts. Leurs méthodes de combats s’inspireront de celles de la guérilla, ainsi que des plus récents enseignements de la guerre.
En cas d’irruption de blindés à l’intérieur de nos positions, la défense antichars devra être assumée ou reprise à n’importe quelle profondeur, avec la même efficacité et la même rapidité.
En plus de ces points d’appui, le système de défense intermédiaire comportera un jeu profond de destructions, qui sera complété dans la zone comprise entre la position de couverture et le réduit national.
Cette défense intermédiaire sera dévolue, suivant les zones :
-          à des détachements légers ;
-          à des troupes territoriales mobilisant dans la région et agissant en coopération avec les gardes locales.
 
VI. Ce nouveau dispositif de défense aura pour conséquence inévitable le maintien sur place de la population civile. Des évacuations partielles pourront, sans doute, être ordonnées par le commandement local suivant les circonstances.
Mais il importe avant tout que la population ne reflue, en aucun cas, vers le réduit national, où elle compromettrait le succès des opérations et ne disposerait pas d’approvisionnement suffisants.
 
VII. La mise en œuvre du nouveau dispositif comportera diverses opérations :
-          regroupement partiel des internés ;
-          regroupement simultané des unités d’armée dans les zones avoisinant le réduit national, où l’instruction sera entreprise selon les enseignements les plus récents ;
-          regroupement des troupes destinées à la position de couverture ;
-          travaux de fortification sur la position du réduit national.
 
VIII. Le nouveau dispositif pourra être achevé au début du mois d’août.
En dépit des difficultés que cette opération comporte, toutes mesures utiles seront prises pour assurer la continuité de la défense pendant cette période de regroupement.
 
Le Général :
Signé : GUISAN.
 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Guisan
Repost 0
17 avril 2007 2 17 /04 /avril /2007 12:02
L’insurrection dans le pays de Vaud et dans le canton de Fribourg
(janvier – février 1798)
 
Tel qu’elle était enseigné au élèves de terminal primaire et aux jeunes filles des l’écoles ménagères l’histoire. Le texte est tiré d’ « Un siècle d’histoire fribourgeoise » dépôt central du matériel d’enseignement et des fournitures scolaires, Fribourg 1941.
 
1. Proclamation de l’indépendance vaudoise. – En janvier 1798, une armée française, commandée par le général Ménard, fut envoyée à la frontière vaudoise. Elle était chargée d’appuyer les « patriotes », c’est-à-dire ceux qui voulaient affranchir leur pays de la domination bernoise.
   Les Vaudois étaient sujets de Berne depuis 1536. L’occasion de conquérir leur liberté s’offrait à eux : ils la saisirent. Dans la nuit du 23 au 24 janvier, les lausannois proclamèrent l’indépendance du Pays de Vaud et la formation d’une République lémanique. Ils plantèrent un arbre de la liberté, arborèrent à leur chapeau une cocarde verte, qui devint le signe de ralliement des insurgés vaudois.
   Les baillis bernois s’empressèrent de quitter leur poste. Le 29 janvier, le général Ménard entrait à Lausanne et exigeait de la nouvelle république une armée de 4000 hommes et un prêt de 700 000 livres.
 
2. La propagande vaudoise dans le canton de Fribourg. – Les patriotes vaudois invitèrent leurs voisins de la Broye fribourgeoise, de la Gruyère, de la Glâne et de la Veveyse à se joindre à eux.
   Il y avait, dans chacun de nos baillages, des hommes qui étaient partisans de la révolution et qui souhaitaient un changement de gouvernement. Ils ne formaient pas la majorité, mais ils réussirent, par des promesses et des menaces, à entraîner leurs concitoyens hésitants. « Après la révolution, disaient-ils, aux campagnards, vous ne payerez plus les dîmes et les cens qui grèvent vos terres ; dans la nouvelle république, insinuaient-ils aux citadins, vous occuperez les places de magistrats et de fonctionnaires qu étaient réservées jusqu’ici aux membres des familles patriciennes. »
   Un certain nombre de Fribourgeois adhérèrent au gouvernement de Lausanne par crainte. « Si vous restez fidèles aux aristocrates de Fribourg, leur avait-on affirmé, les troupes françaises, qui s’apprêtent à envahir le pays, vous traiteront en ennemis et vous serez écrasés par les pillages et les réquisitions. »
   Avant de prendre une décision, cependant, les communes fribourgeoises firent savoir à l’Assemblée provisoire du Pays de Vaud qu’elles entendaient conserver leur religion. La liberté du culte catholique fut promise solennellement et les adhésions fribourgeoises à la République lémanique affluèrent.
 
3. Une grande partie du canton de Fribourg devient vaudois. – Des arbres de la liberté furent plantés à Bulle, le 26 janvier, à Estavayer, le 27. Le 29 janvier, on apprenait, à Fribourg, que les baillages d’Estavayer, de Surpierre, Cheyres, Font, Vuissens, Châtel-Saint-Denis, Attalens, Romont, Vaulruz, Gruyère, Bulle et Rue avaient tous fait défection et étaient devenus vaudois. Montagny, Corbière, Vuippens et Saint-Aubin suivirent peu après l’exemple donné. Le canton de Fribourg ne comprit plus que le chef-lieu, les villages des Anciennes Terres, les baillages de Pont, de Bellegarde et de Planfayon.
 
4. Concessions tardives du gouvernement. – Le 6 février, le Grand Conseil de Fribourg afficha une proclamation qui promettait à tous les citoyens « un droit égal au gouvernement et à toutes ses places » et une nouvelle constitution. Ces concessions étaient de nature à satisfaire les mécontents, mais elles arrivaient trop tard et ne produisirent pas grand effet. Seule, la commune de La Roche, qui faisait partie du baillage de Bulle, retira son adhésion à la République lémanique et redevint fribourgeoise. Le gouvernement ne fit aucun autre effort pour ramener à lui ses sujets infidèles.
 
5. Le projet de constitution helvétique. – Les députés des baillages fribourgeois qui siégeaient à l’Assemblée représentative de Lausanne eurent, le 8 février, une grosse surprise. Un projet de constitution pour la République Helvétique était arrivé de Paris. Il prévoyait la division de la Confédération suisse en 22 cantons.
   Le canton du Léman (chef-lieu Lausanne) comprenait le Pays de Vaud qui avait appartenu à Berne. Le canton de Fribourg (chef-lieu Fribourg) gardait tout son territoire ; on y ajoutait même, pour améliorer les frontières, les districts de Payerne et d’Avenches jusqu’à la Broye, et le baillage de Morat, qui était alors la propriété commune de Berne et de Fribourg.
   Les délégués fribourgeois quittèrent Lausanne, où ils n’avaient plus rien à faire, puisque leur pays ne devait pas faire partie du canton du Léman.
 
6. Le canton de Sarine et Broye. – 64 députés des communes fribourgeoises dissidentes se réunirent dès lors à Payerne. Ils auraient bien voulu tenir leurs assemblées à Fribourg, qui devait être le chef-lieu du nouveau canton. Mais les magistrats fribourgeois ne le permirent pas ; ils refusèrent aussi d’envoyer à Payerne une délégation. Les villages qui leur étaient restés fidèles agirent de même.
   Ces abstentions créaient une situation embarrassante. Les 64 députés ne pouvaient se flatter de représenter tout le canton. Ils décidèrent de continuer, malgré tout, leurs séances et ils prirent le titre de Comité central et provisoire du canton de Sarine et Broye.
 
DOCUMENT : L’adhésion du baillage d’Estavayer à la République lémanique. – La ville de Payerne s’était alliée au reste du Pays de Vaud contre le gouvernement de Berne ; elle écrivit plusieurs fois au Conseil d’Estavayer pour l’engager à suivre son exemple et à se rendre indépendant de Fribourg. Le 27 janvier 1798, le « comité de Salut public » de Payerne fit porter, de grand matin, deux lettres à Estavayer ; la première était destinée au lieutenant Louis-Béat de Vevey et l’autre au conseiller François-Laurent Chaney. Le comité insistait de nouveau pour que la ville d’Estavayer se décidât à planter l’arbre de la liberté et à faire partie de la République lémanique. Ces lettres assuraient que le général français allait entrer dans le pays et qu’il y aurait danger à ne pas suivre l’exemple des villes vaudoises.
   Aussitôt, la population d’Estavayer fut convoquée en assemblée générale au son de la cloche. Les bourgeois, après avoir pris connaissance des lettres, décidèrent d’un commun accord que la ville se trouvait dans la « nécessité de se soustraire à l’obéissance envers l’Etat de Fribourg » et se déclarèrent indépendants. Un « comité du Salut public » fut immédiatement créé et l’arbre de la liberté planté, le même jour, aux cris de : « Vive la liberté ! » Les bourgeois décorèrent leurs chapeaux avec des cocardes vertes ; le mot de « monsieur » fut prohibé et remplacé par celui de « citoyen ». Les villages voisins imitèrent immédiatement l’exemple d’Estavayer. L’ancien lieutenant de Vevey et François-Laurent Chaney furent envoyés à Lausanne, où devaient se rassembler les députés des Etats de Vaud.
D’après le Annales de Dom Grangier.
 à suivre...
http://www2.unil.ch/acvs/F/prom_98_3.html
Repost 0
17 avril 2007 2 17 /04 /avril /2007 11:54
Tandis que les cheminées flambantes de la vaste demeure dissipent l’odeur du plâtre et des vernis et combattent les premières brumes de l’automne, Mlle Necker lutte contre le fantôme de l’ennui. Comme sa mère, elle redoute la solitude ; elle craint mortellement que son père, qui montre pour la Suisse un penchant infini, ne veuille passer sa vie dans sa terre : « qu’il me pardonne je n’ai pas encore fait assez provision de souvenirs pour vivre sur eux le reste de ma vie ». La jeune fille, cependant, voit ses parents genevois, son oncle Louis Necker de Germagny ; celui-ci a un fils, qui est fiancé à la fille du grand géologue H.-B. de Saussure. Germaine Necker et Albertine de Saussure se rencontrent dans « un bal charmant », dans un dîner, se plaisent, se font « de grandes confidences » ; elles se lieront bientôt d’une fraternelle affection.
Dès son enfance, Germaine Necker avait eu à Paris une amie genevoise, Jeanne-Catherine Huber. Devenue Mme Rilliet, celle-ci resta une des intimes de Mme de Staël, de celles qui furent le plus souvent à Coppet, jouant dans la troupe dramatique de la châtelaine, écoutant ses confidences d’amoureuse et de persécutée. Mme Rilliet-Huber était fine, mais un peu appliquée à bien faire et à bien dire ; elle manquait d’aisance dans la grâce, ce qui lui valut ce mot cinglant d’un ami trop spirituel de Mme de Staël : « Mme Rilliet a toutes les vertus qu’elle affecte ! » La fille des Necker savait bien découvrir sous les manières raffinées les qualités bienfaisantes de son amie. « Mme Rilliet-Huber, notait une étrangère, est un être délicat et presque immatériel ; elle semble voltiger devant vous avec des ailes de papillon et vous regarde de ses yeux noirs et profonds. » Mme de Staël ne redoutait pas la compagnie des jolies femmes. Sa cousine Necker-de Saussure n’était pas moins gracieuse. Seulement elle touchait le sol d’un pied sûr, elle prenait son appui sur la réalité. L’union de la raison et de l’idéal firent d’elle l’amie parfaite, l’amie de cœur et de confiance.
« Ma cousine, disait Mme de Staël, a tout l’esprit qu’on me prête et toutes les vertus que je n’ai pas. » Elle l’admirait d’avoir su « renfermer dans le cercle le plus régulier de la vie domestique un esprit supérieur ». Cet esprit, Albertine de Saussure le tenait de son père, le savant auteur des Voyages dans les Alpes. Il lui avait donné une instruction virile. Elle était femme cependant, c’est-à-dire fine et belle : le teint blanc, les yeux grands et foncés, les cheveux bruns qu’elle portait poudrés dans sa jeunesse, petite mais la taille bien prise. Elle était capable de donner la réplique à son éloquente cousine, de lui disputer le prix de la conversation. Au témoignage d’un bon juge, Pictet-de-Rochemont, en présence de Mme de Staël, Mme Necker-de Saussure n’a jamais eu d’infériorité. Elle montrait moins d’initiative et de mouvement, mais déployait les ressources d’une dialectique serrée et d’une raison supérieure. « Si Mme de Staël s’engageait dans une mauvaise thèse, sa cousine ne lui faisait point de grâce ; elle ne lui passait pas un sophisme, pas un raisonnement hasardé : il n’y avait adresse qui tînt, il fallait en venir à reconnaître qu’on avait pris fausse route ; et cet aveu se faisait toujours avec une candeur pleine de charme. »
Mme. Necker-de Saussure ne put remporter bien longtemps de ces victoires rares et méritées. Elle devint sourde et, sans renoncer à la société, elle fut obligée de donner à la méditation, au travail littéraire, le talent qu’elle consacrait aux jeux de la conversation. Elle n’en resta pas moins attentive à tout ce qui touchait son illustre cousine. La douleur personnelle et les malheurs de famille que l’une et l’autre éprouvèrent, resserrèrent leurs liens fraternels. La Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël reste le meilleur de ses ouvrages et, malgré sa tendance à l’apologie, un des jugements les plus perspicaces qu’on ait portés sur cette femme exceptionnelle.
 
La jeune ambassadrice de Suède ouvrit son salon à la rue du Bac. C’est le cas de rappeler un mot qu’elle aurait dit à quelqu’un qui, pour la distraire des souffrances de l’exil, lui montrait du balcon de Coppet l’horizon du Léman : « Je préfère le ruisseau de la rue du Bac ! » Certes, elle préférait la société parisienne, ses tournois d’esprit, ses intrigues politiques et sentimentales, à la demi solitude du château paternel. A Paris, à Versailles, elle avait respiré avec ivresse l’encens qui fumait en l’honneur de son père, rappelé au ministère en 1788 et qui fit, quelque mois, figure de réformateur et de sauveur de la monarchie. Mais la Roche Tarpéienne est près du Capitole. Renvoyé, rappelé, contraint bientôt pour la troisième fois de se démettre, M. Necker se réfugiait en Suisse, en septembre 1790. Le cœur brisé, travaillé par l’ambition déçue, mais soutenu par cette immense confiance en lui que sa femme et sa fille entretenaient comme une lampe sainte sur l’autel d’un dieu, M. Necker s’enfermait à Coppet et dans ses souvenirs.
Mme de Staël rejoint bientôt ses parents, traversant en octobre le Jura, dans la splendeur des hêtres cuivrés. Mais son cœur reste en France, où le drame de la Révolution ne se jouera pas longtemps sans elle. Elle feint la gaîté pour consoler son père : « Je me surprends souvent les yeux baignés de larmes en contemplant ce majestueux exemple des vicissitudes humaines… jamais peut-être je ne me suis sentie aussi profondément mélancolique. » Elle ajoute : « Ce pays-ci ne me plaît pas du tout. » Comme M. Necker ne veut pas rentrer en France, elle s’attarde cependant auprès de lui, passe l’hiver à Genève, à Lausanne. Car Coppet, qui n’est pas commode par les mois sombres et froids, sera pendant des années comme un centre autour duquel les châtelains gravitent. Leur fille, plus libre qu’eux, s’éloigne davantage de cette résidence, rentre à Paris, pour retrouver son fils, le petit Auguste, revient à Coppet, prend l’habitude de ce va-et-vient d’un pays à l’autre qu’elle pratiquera jusqu’à son dernier jour.
Au défi de toute prudence, elle s’attarde à Paris pendant les massacres de 1792 ; elle tente de sauver la reine, offre asile aux officiers suisses survivants du 10 août. Enfin elle se met en route, bravant les périls qu’elle contera si bien dans son ouvrage posthume sur la Révolution. Il était temps. A Rolle, où ses parents s’établissent pour être moins proche de la frontière, elle donne bientôt le jour à un second fils, Albert. Cela ne l’empêche pas d’écrire, d’ourdir une généreuse intrigue pour ménager un refuge en Suisse à ses amis constitutionnels. Ni de partir précipitamment pour l’Angleterre, où elle va rejoindre d’autres proscrits chers à son cœur, sans écouter ses parents qui essaient « inutilement, écrit Mme Necker, toutes les ressources de l’esprit et de la raison pour détourner leur fille d’un projet insensé ».
La tête de Louis XVI tombe sur l’échafaud. Les habitants de Rolle entendent de la rue les lamentations, les sanglots de Mme Necker. M. Necker s’enferme dans un auguste silence. Mme de Staël écrit, parle, s’agite. Contre vents et marées, elle veut ramener en Suisse son ami M. de Narbonne. Son confident Gibbon tente de lui faire entendre raison.
 
« je ne m’exalte point par les idées romanesques, lui répond-elle, et je crois à tout ce que la raison dit contre elles avec un nouveau succès depuis le commencement du monde ; mais quand des circonstances extraordinaires comme la révolution qui les a produites ont confondu les âmes et les pensées de deux personnes depuis cinq ans, quand les mêmes circonstances ont fait naître une dépendance mutuelle qui ne laisse aucun moyen d’exister l’un sans l’autre, quand enfin tout ce qu’on appelle les convenances, les considérations, les avantages du monde, ne présente plus qu’un amas de ridicules et de ruines, je ne sais pas quelle serai la raison de vivre s’il fallait se séparer ! Partez donc de l’idée que rien ne pourra m’y décider… »
 
Naturellement, Mme de Staël l’emporte. Ce que femme veut… et quelle femme ! Elle passe donc en Suisse les pires mois de la Terreur, entourée de ses amis français. Ils sont tolérés par la police bernoise, qui cependant surveille leur trop remuante protectrice. De 1793 à 1795, elle vit en Suisse, en proie à une douloureuse agitation, rongeant son frein, parcourant le pays pour les affaires de ses amis. Tour à tour exaltée et déprimée, elle s’écrie : « J’ai toute la Suisse dans une magnifique horreur ! »
Cependant elle assiste à la mort de sa mère, à Lausanne, en mai 1794, et fait ce qu’elle peut pour adoucir la peine de l’inconsolable M. Necker. Fidèle aux dernières volontés de l’hypocondre Suzanne, qui redoutait pardessus tout la corruption de sa dépouille mortelle, M. Necker fait élever en hâte le mausolée de Coppet et, trois mois durant, garde auprès de lui le cercueil où repose le corps embaumé. Enfin, il l’accompagne à sa dernière demeure, dont il s’écartera désormais le moins possible. Mme de Staël passe quelques jours à Coppet, à la fin de septembre, pour assister à cette nouvelle prise de possession solennelle. Mais, pour cette vivante, la vie continue.
Un matin, elle embrasse son père, quitte Coppet pour rejoindre près de Lausanne ses amis français. Le trot pressé d’un cheval qui se rapproche de sa voiture lui fait mettre la tête à la portière. Le cavalier, qui l’a cherché à Coppet, qui la rejoint est un long jeune homme, un peu voûté, le visage fin et pâle encadré de cheveux roux. C’est Benjamin Constant.
Dans le petit château de Mézery où l’ambassadrice passe l’hiver, en pleine campagne, avec sa cour d’émigrés, elle achève une nouvelle, d’une morale fort passionnée, Zulma ; elle travaille à son essai si personnel, l’Influence des passions sur le bonheur des individus et des nations. Pour l’écrire, elle n’a qu’à lire dans son cœur, qu’à regarder autour d’elle. Benjamin Constant est assidu dans sa maison. Il la presse. Elle le rebute. Une nuit, pour forcer cette âme rebelle, il s’empoisonne… On accourt au chevet du moribond. Quelques paroles bienveillantes de Mme de Staël agissent comme un antidote… Bientôt Benjamin Constant prendra possession du cœur et de l’esprit de la châtelaine, de cette part de son cœur et de son génie qu’elle pouvait aliéner à ce maître nouveau.
à suivre...
Repost 0
11 avril 2007 3 11 /04 /avril /2007 19:52
D’un caquelon de terre ou de fonte frotté d’ail, deux cents grammes de fromage de Gruyère pour une moitié, deux cents grammes de Vacherin fribourgeois d’une autre moitié, est la base pour une bonne fondue pour deux personnes. Un bon verre de vin blanc par personne ajoutés, au feu sera doucement touillée et fondu pour enfin tremper son carré de pain de hier. Poivré selon votre goût et buvez un blanc sec servi frais.  
Repost 0
Published by G.Tell - dans Carnet gourmand
commenter cet article
10 avril 2007 2 10 /04 /avril /2007 21:32
Madame De Staël
Au
Château de Coppet
 
La suite
 
Chapitre II
 
Jeune fille et jeune femme
 
 
   Monsieur Necker et sa famille avaient fait un premier séjour au bord du Léman en 1783. louis-François Guiguer, seigneur de Prangins, notait dans son journal :
 
   « Jeudi 25 septembre 1783, Prangins. – M. Necker (dont je laisse aux autres à vanter la juste célébrité, puisque je connais si bien ses vertus d’homme privé, et que c’est elles qui m’ont intéressé à sa gloire) dînera demain à Rolle. M. Reverdil, auquel je m’adresse pour savoir sa marche, m’apprend qu’il sera le soir à Nyon, mais que sont temps est pris, sans qu’il puisse me servir à rien de lui offrir Prangins pour le soir de demain.
 
 « Vendredi 26 septembre 1783. – Mme de Prangins, Mme Rentz, Charles et moi, nous faisons promenade en voiture ; eux rentrés, je vais à Nyon dans cette même voiture, à l’auberge où M. Necker n’est pas arrivé, mais on l’attend. – M. Reverdil (et Mme Favre, sa sœur, amie intime de Mme Necker dès son enfance) montent dans mon carrosse, et nous nous acheminons au petit pas sur la grande route, au devant d’eux.
   « Nous les rencontrons près de la Lignière. Nous changeons de voiture ; je laisse Mme Necker aux Reverdil, elle paraît émue par la joie et très sensible. M. et Mlle Necker restent dans la leur où ils m’attendent. J’en ai eu un plaisir très vrai, qui tient de la joie, ce qui m’est garant qu’il a conservé de l’Amitié pour moi. Il me semble qu’un homme qui a de la célébrité doit s’en reposer bien heureusement, quand il retrouve, chez les amis qui l’ont été de lui avant cette gloire, l’amitié qu’ils lui avaient vouée… L’Amitié est bien ferme et bien saine, quand la supériorité ne la blesse pas.
   « Je les ai laissé souper à leur auberge, parce que leur convenance les détermine à ne la pas quitter ce soir.
   « Si je loue M. Necker d’avoir parlé devant moi à Mlle sa fille des visites de devoir, de respect et d’amitié qu’elle avait à faire à ses tantes près de Nyon, le lendemain, c’est parce que je me crois bien sûr qu’il n’a pas eu besoin de penser que cela dût être loué.
 
« Samedi 27 septembre 1783. – M. Necker et Mlle sa fille qui sont beaucoup ensemble, viennent nous voir après dînée. Mlle est naturelle, vive et gaie. Elle aime son père, c’est ce qui se voit. Son père, si l’on cherchait un peu profond, trouve là sa plus douce jouissance de société.
   « Arrive ensuite Mme Necker qui cherche et qui aperçoit toujours comment elle peut dire à chacun ce qui l’oblige ; c’est là, me semble-t-il, ce qui sert le mieux à être la bien venue. Ce que j’ai dit là, tout le monde l’a dit chez nous. Pour moi, je suis resté persuadé qu’elle prend intérêt à moi et à ma famille. Nous les désirons pour nos voisins à Coppet. Sur quoi, on nous répond que Coppet n’est point à vendre ; et M. Necker ajoute que, s’il l’eût été, sans doute il l’eût acquis (ce qu’en vérité je regarderais comme un bonheur pour ses ressortissants). »
 
   Depuis longtemps, les Necker pensaient acheter une résidence en Suisse. En 1776, ils se renseignaient sur la terre de Prangins près de Nyon ; mais la famille Guiguer ne voulut point se défaire de cette seigneurie qu’elle possédait depuis un demi-siècle. Alors déjà M. Necker discuta « les prétentions de M. de Coppet ». Si Coppet n’était « point à vendre » en automne 1783, sept mois après il était vendu, et M. Necker en devenait le baron. Il ne tarda guère à rendre visite à ses sujets. – Du journal de M. de Prangins :
 
   « Lundi 31 mai 1784. – On demande à Coppet mes canons pour recevoir leurs Seigneurs, M. Necker qui vient d’acquérir le château de M. de Thélusson, mineur, dont on a prouvé au jugement des tribunaux de France qu’il est intéressant de vendre ses terres en Suisse, pour acquérir des terres en France.
   « Ce qu’il y a de très certain, c’est que j’applaudis à l’acquisition que notre pays fait d’un homme tel que M. Necker. Je m’attends qu’il justifiera la haute idée que j’ai de lui, et qu’il aura l’habileté de faire du bien, habileté sans laquelle la distribution des plus grosses sommes d’argent courrait grand risque de faire autant de mal que de bien. Le bruit était en Italie que le comte de Haga* retournerait à Paris pour assister aux noces du seigneur suédois, qu’il nomme ambassadeur en France, avec Mlle Necker. »
*Pseudonyme du roi de Suède, voyageant incognito.
 
   Première nouvelle du mariage de Germaine Necker avec le baron de Staël ; après de longues négociations, de puissance à puissance, entre le roi de Suède et M. Necker, ce mariage de convenance devait se conclure enfin, au début de 1786… Pour l’instant, le nouveau baron de Coppet fête son investiture. Du journal de M. de Prangins :
 
« Lundi 31 mai 1784. – Seconde demande de M. le châtelain de Coppet qui voudrait habiller trois hommes en cavaliers, et emprunter les habits des miens ; mais assurément, ni lui, ni moi, n’avons le droit de mettre sur pieds ne troupe de cavalerie. – Pendant, refusé. »
 
m. le châtelain de Coppet, qui ne faisait pas fi, on le voit, de l’appareil féodal, aimait le confort autant que la pompe. En attendant que son castel fût habitable, il alla s’établir, avec sa femme et sa fille Louise-Germaine qui avait dix-huit ans, au château de Beaulieu, tout près de Lausanne. On imprimait dans cette ville son fameux ouvrage De l’administration des finances de la France. Tout en corrigeant ses épreuves, le ministre en disponibilité recevait les hommages de ses voisins lausannois. Le corpulent Gibbon, le laid prince Henri de Prusse, d’autres étrangers plus séduisants, rencontraient sur la terrasse de Beaulieu l’élite de la société vaudoise. Le journal inédit de M. de Prangins nous engage à passer une journée dans cette maison de Beaulieu dont les fenêtres, sous les toits de tuiles brune, regardaient le lac, les montagnes, au-delà des vergers doucement inclinés.
 
« Mardi 6 juillet 1784. – Le même cabriolet que la veille est attelé de deux autres chevaux, pour nous conduire, mon frère et moi, son cocher, d’abord par Morges, à Lausanne. – Mon frère y prend de l’argent, et je me défais de ma poussière extérieure et intérieure. De là un fiacre tout semblable à ceux de Londres, nous conduit à Beaulieu par les très mauvais rues-précipices de Lausanne. Cette maison est une campagne très agréable appartenant à M. Mingard. – Elle est actuellement habitée par M. Necker, pour quelques mois. Une visite d’aussi loin pour un seul dîner est presque un hommage : je le rends de grand cœur, et je ne sais pourquoi l’Amitié refuserait de respecter un homme de bien qui a mis sa gloire et employé son génie aux plus grands objets : le gouvernement d’une Nation entière qui le bénit…
« Après avoir été reçus par M. Necker comme nous nous attendions à l’être, nous l’avons laissé libre avant le dîner. Le célèbre abbé Raynal (or, le nom célèbre n’emporte aucun jugement de nous, si ce n’est qu’il est très connu), demeure dans un autre corps de logis où l’on nous conduit ; je l’ai reçu à Prangins, ce journal en rend compte. Il dit honnêtement qu’il s’en souvient… Le reste de la conversation nous endoctrine beaucoup, et pourrait nous instruire sur un grand nombre d’objets, si nous avions le temps et l’art de tirer parti du vieux jaseur – vieux en effet de 74 ans ou quelque chose de plus.
« M. de Bonstetten que j’ai connu enfant à Genève, jeune homme à Aubonne pendant le baillage de M. Tscharner son beau-frère et que voici marié et père de famille : mais ma mémoire ne m’est pas fort utile, parce qu’elle réveille infiniment peu la sienne.
« Allons dîner ; Mlle Necker paraît. Elle est telle que l’année passée, vive et gaie, spirituelle, et n’ayant pas besoin pour être agréable de se tenir sur la réserve. Mme Necker paraît plus tard, parce qu’elle est malade et languissante. Elle n’en est pas moins animée et cette activité même doit la fatiguer beaucoup et l’affaiblir. Elle nous reçoit comme des gens qu’elle aime à voir. Monsieur Guibbon arrive, et nous allons dîner ; l’abbé Raynal assiste au dîner. M. Guibbon est un Anglais connu par ses ouvrages et son esprit, vivant à Lausanne pour quelques années encore, qu’il emploie à un écrit historique sur des temps que nous connaissons très mal. Personne n’a moins l’air d’annoncer sa célébrité, et de se presser d’être l’homme aimable… Je ne sais pourquoi, sans qu’il ait parlé plus qu’aucun autre, son avis a toujours dominé ; c’est peut-être qu’il n’a point dominé lui-même, et que chacun peut croire, s’il le veut, qu’il avait à part soi le même avis.
« M. Necker fait faire de loin des fenêtres, etc., à son château de Coppet, et comme elles sont toutes délabrées, l’argent ne suffit pas pour les fermer, il faut quelque temps. M. du Châtel fait travailler. Je n’espère point M. et Mme Necker de longtemps pour passer seulement une semaine à Coppet. Encore une soirée où paraît le vieux d’Hermenches, sur le même cheval que la veille*. Nous partons, après avoir fait de notre journée l’usage que nous nous en étions promis, ce qui n’arrive pas si souvent que l’on pense. Le cabriolet est venu de Lausanne où nous l’avions laissé et nous redescendons au lac vers le midi, par un chemin charmant, dans une contrée habitée et cultivée partout, meublée de maisons de campagne, ornée et couverte de beaux arbres et d’épaisse verdure. Et puis Morges, et puis la fraîcheur et la tranquillité d’une belle soirée après une journée brûlante et l’incommodité de la poussière. Le pas des chevaux se ralentit, et nous voilà, me semble-t-il, retournant des champs à nos femmes qui vont nous donner une bonne salade et de doux propos ; à quoi elles ont su pourvoir. »
*Constant d’Hermenches, oncle de Benjamin Constant ; né en 1722, il mourut en 1785. La veille, l’auteur du journal avait fait, au château de Saint-Saphorin, un « dîner très bon et doucement gai. » « Sur le soir, ajoute-t-il, un vieux beau, dont je ne veux dire que le nom, et que je n’avais jamais vu que de loin, M. d’Armanches (sic) est arrivé sur son cheval. Mais pour nous refaire est arrivé M. d’Arruffens (de Mestral). Il me semblait que je lui devais de la reconnaisance parce qu’il me délivrait. » Homme à bonnes fortunes, le hautain d’Hermenches devait bien finir en « vieux beau ».
 
Avec ses remarques minutieuses, sa pointe de défiance à l’endroit des beaux parleurs, et, pour finir, cette note de poésie bucolique, cette page est bien de notre vieux pays et de ce vieux temps. – Le 1er septembre 1784, M. de Prangins écrit qu’on lui emprunte ses canons « pour recevoir à Coppet M. Necker faisant son entrée ». Décidément, le nouveau baron se plaisait aux prises de possession solennelles. On imagine sa fille Germaine, descendant de carrosse dans la cour d’honneur avec ses parents ; on voit d’ici son sourire à demi-railleur à l’ouïe des rustiques compliments de bienvenue, et le regard d’admiration qu’elle pose sur le visage majestueux de son père, cependant que Mme Necker, grande, un peu gourmée, tire frileusement un voile sur son visage inquiet.
 
A Beaulieu, Germaine Necker avait donné des soirées musicales et littéraires, reçu des madrigaux, écrit des lettres laborieusement spirituelles aux beaux esprits de l’endroit. Gibbon la trouvait mal élevée, vaine, mais il appréciait son bon naturel et son esprit qui, déjà, l’emportait, et de beaucoup, sur sa beauté… A Coppet, la brillante héritière subit d’abord l’empressement des voisins, châtelains et bourgeois de Nyon, de Rolle, vieux amis de sa mère Suzanne Curchod. – Du journal de M. Prangins :
 
« Samedi 4 septembre 1784. – Nous faisons visite à Coppet. Les Seigneurs pour cette fois-ci sont arrivés, et je l’affirme. Mes trois Dames et moi formons une carrossée, et M. Renz, en « wisquey » ramènera M. Reverdil, M. Saladin de Crans et Madame, son fils aîné et sa Dame s’y rencontreront avec nous.* »
* En janvier 1785, M. de Prangins reçoit de M. Necker, par l’intermédiaire de son homme de confiance, du Châtel, un exemplaire de l’Administration des fiances. Il lit cet ouvrage, avec avidité, en admire le style « très beau, très fort, très simple, quoique plein d’images… » et conclut : « Je l’aurais désiré pour témoin invisible de l’effet que sa lecture a produit sur nous. Elle est telle que je suis décidé à pressentir l’opinion de ceux qui parleront de cet écrit, avant que de prêter l’oreille, de peur de souffrir trop si la froideur dans leur jugement était en contradiction avec mon enthousiasme ».
Repost 0
5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 12:14

Romand2.gifle drapeau de la Romandie.

Repost 0
Published by G.Tell - dans curiosités
commenter cet article
5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 12:08
Ammann, Jakob
 
Voilà un nom d’un citoyen suisse qui dérange. Pourquoi me direz-vous ?
Il est à l’origine de troubles dans l’emmenthal, il fut contraint de quitter le territoire et trouva refuge en Alsace et est à l’origine des « amish » d’Amérique.
12.2.1644 (?) à Erlenbach im Simmental, av. 1730 à Zellwiller (Alsace) (?), protestant, puis anabaptiste, d'Erlenbach. Fils de Michael, tailleur, et d'Anna Rupp. ∞ Verena Stüdler. A. s'installa vers 1655, avec ses parents, à Oberhofen am Thunersee. Devenu anabaptiste en 1680 (puis doyen d'une communauté), il dut bientôt s'enfuir, vraisemblablement en Alsace: on le trouve à Heidolsheim de 1693 à 1695, à Markirch (Sainte-Marie-aux-Mines) de 1695 à 1712, puis à Zellwiller, sans doute jusqu'à sa mort. Exigeant une discipline communautaire stricte, A. entra en conflit avec Hans Reist, plus libéral, et fonda en 1693 le groupe anabaptiste dissident amish.
 
 
Repost 0