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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 20:52
 
Pierre Charles Silvestre de Villeneuve (31 décembre 1765 à Valensole, se suicide en 1806 à Rennes), amiral français, commandait la flotte franco-espagnole à la bataille de Trafalgar.
 
Avant d’être amiral de Villeneuve, est l’un des rares rescapés de la cuisante défaite d’Aboukir et là dans les eaux égyptiennes, ne pouvant rien faire, sans ordres et face au vent, à l’arrière-garde, il a quand même pu sauver deux vaisseaux de premier rand dont l’un portait le nom de Guillaume Tell.
En voilà un nom bien étrange pour un navire de guerre français de haute mer, porter le nom d’un montagnard de la Suisse primitive.
 
Qui donna le nom de Guillaume Telle au vaisseau ?
Pourquoi ?
Etait-ce dans un but « politico diplomatique » ?
Etait-il un navire de la Révolution ou construit avant ?
Que pouvait représenter le héro des Alpes, sur les mers du monde ?
 
GTell
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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 16:12
Un tessinois bâtisseur des murs du Kremlin et de plusieurs tours célèbres.

« Kremlin » désigne en russe une forteresse urbaine et c’est bien ainsi qu’il a été pensé et imaginé par le pouvoir de l’époque. Siège des tsars le Kremlin se devait d’être grand, spacieux et démonstratif du pouvoir des tsars.
Au XVe siècle sous le premier Grand Prince de toutes les Russies, Ivan III le Grand (1440-1505), la reconstruction du Kremlin devaient prendre sa forme définitive sur les bases des anciennes forteresses aux murs de terre et de bois et de murs de diverses époques qui composaient l’ensemble. La brique en était le principal matériau de construction de l’enceinte, ainsi que les monuments qui font l’ensemble du Kremlin et qui donne un bel effet. Plusieurs campagnes de construction furent nécessaires à l’aboutissement du résultat que l’on connaît aujourd’hui.
 
Pietro-Antonio Solari est le bâtisseur de la Tour Borovitskaïa 1490, qui comporte une des porte d’entrée au Kremlin, de la Tour Constantin et Hélène 1490, (Konstantino-Eleninska) de la Tour St-Nicolas 1491, (Nikolskaya), de la Tour Saint-Sauveur 1491, (Spasskaya) et de la Tour de l’Arsenal 1492, où est abrité aujourd’hui la flamme du soldat inconnu. Il construisit aussi une partie des murs du Kremlin.
 
Il n’était pas l’architecte le plus important, ni celui qui construisit le plus. D’autres grands architectes, plus connus ont laissés leurs noms attachés à de plus grandes réalisations au Kremlin, je ne site pas leurs noms, car ce n’est pas le sujet de mon BLOG. Mais voilà un tessinois qui laissa quand même son nom pour la gloire de la Suisse. Il est l’auteur du Palais à Facettes, en 1491 avec l’architecte Marco Ruffo, haut lieu de toutes les cérémonies des tsars, couronnements, présentation de l’héritier, banquets diplomatiques et autres réceptions de la vie des tsars. On doit son nom à la taille en diamant en « facettes » de sa façade.

350px-Palais--C3-A0-facettes.jpgPalais à Facettes
 
-BD-D1-81-D1-82-D0-B0-D0-BD-D1-82-D0-B8-D0-BD-D0-BE--D0-95-D0-BB-D0-B5-D0-BD-D0-B8-D0-BD-D1-81-D0-BA-D0-B0-D1-8F--D0-B1-D0-B0-D1-88-D0-BD-D1-8F.jpgTour de Constantin et Hélène (Konstantino-Eleninska) 1490

448px-Russia-Moscow-Kremlin-Nicholas-Tower-.jpgTour St-Nicolas (Nikolskaya) 1491
 
lin--D0-A3-D0-B3-D0-BB-D0-BE-D0-B2-D0-B0-D1-8F--D0-90-D1-80-D1-81-D0-B5-D0-BD-D0-B0-D0-BB-D1-8C-D0-BD-D0-B0-D1-8F--D0-B1-D0-B0-D1-88-D0-BD-D1-8F.jpgTour de l'Arsenal 1492

180px-Kremlin-Spasskaya-Tower.jpgTour Saint-Sauveur (Spasskaya) 1491
 
300px-Red-square-kremlin.jpgTour Senatskaïa 1491 à droite du maussolée de Lénine
 







mkre0033.jpg
La Tour Borovitskaïa et l'une des entrée au Kremlin
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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 16:18
Domenico Trezzini
Né à Astano en 1670, mort à Saint-Pétersbourg le 19 février 1734
 
Voilà bien un tessinois fort peu connu et pourtant célèbre malgré tout à travers le monde.
Pourquoi ? Qui est-il ? Qu’a-t-il fait ?
Architecte urbaniste, il est mandater par Pierre le Grand, tsar de toutes les Russies pour dessiner et créer une capitale digne de lui. Ça sera donc Saint-Pétersbourg la flamboyante capitale de Pierre le Grand.
L’architecte, originaire du Malcantone au Tessin, était employé au Danemark quand Pierre le Grand l’appela en 1703, et, Domenico Trezzini est l’auteur du caractère baroque tardif qui encore aujourd’hui illumine cette ville. Il trace les grandes lignes de la future capitale, il bâti lui-même la cathédrale Pierre et Paul, ainsi que la forteresse Pierre et Paul et le palais d’été.
De nombreux projets et dessins de parc, de palais et d’avenues sont réalisés par d’autres architectes, mais toujours sous la direction de Dominica Trezzini.
A sa mort, son fils lui succéda.
 
Le choix du delta de la Neva par le tsar compliqua les travaux qui nécessita une main d’œuvre énorme que l’on peut qualifier d’esclaves. Les palais et les avenues et autres monuments, toutes ces constructions se devaient d’être bâties dans le terrain hostile du delta. Des millions de tronc d’arbre servant de pilotis stabilisateurs devaient être enfoncés dans les sables et les berges de la Neva. Travaux gigantesques qui donna l’éclat voulu par Pierre le Grand.

240px-Neva-StPetersburg2.jpgla forteresse Pierre et Paul
 
200px-Sankt-Petersburg-Peter-und-Paul-Kathedrale-2006-a.jpgLa cathédrale Pierre et Paul

1palaisdete1.jpgLe Palais d'Été
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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 15:28
Samedi 22 mars 1975
Mes cris incessants et incontrôlables furent interrompus deux fois. Une première fois lorsque le doigt montra le signal du petit-déjeuner ; j’avais encore assez de force pour m’interdire de hurler devant les flics ; entre mes larmes, je vis la pièce enfumée et la porte de la cellule ouverte, complètement carbonisée. Même la paroi claire en dessus de la porte était noircie par la fumée. Je m’interrompis une deuxième fois lorsqu’on m’emmena chez le procureur à travers le labyrinthe des couloirs, puis en ascenseur, au cinquième étage. Je me traînais le long de ce chemin, et en arrivant, je fus saisie d’un accès d’éternuement. Le procureur se présenta, un type ultra bien mis, chétif mais avec une assurance presque paternaliste et était d’une amabilité correcte. Un de ses collaborateurs était également présent, Monsieur Richards, celui qui était venu me chercher dans la cellule.
Le procureur me notifia ma détention. Il me fit un petit discours qui devait être une routine pour lui car il n’élevait jamais la voix. Je n’en saisis que des bribes, il parla presque sept minutes ; de tout cela je ne retins que le fait d’être accusée de transport d’armes, ce qui relève ici de délits en matière d’explosifs. Je n’avais aucune chance d’être libérée provisoirement à cause des risques de collusion et de fuite. Un avocat pourrait être engagé mais n’aurait aucun accès au dossier et je ne pourrais faire appel à un avocat étranger que si ce « Monsieur » était admis aux tribunaux d’ici. Ensuite il me demanda de prendre position au sujet de l’accusation. Je dis que je rejetais l’accusation et refusais toute déclaration. Dans la même phrase j’ajoutais : « j’ai à déclarer que cette nuit une femme s’était brûlée vive dans la cellule numéro trois ». Là-dessus Monsieur Richards intervint : « Ce n’est pas vrai ce qu’elle dit, personne ne s’est brûlé ici ».
 
C’en était trop pour moi : je recommençai à hurler, mais de rage cette fois. Le juge dit : « Oui, oui, c’est compréhensible que cette femme soit un peu déboussolée ici. Si vous avez quelque chose à déclarer vous n’avez qu’à appeler Monsieur. C’est ainsi que se termina la conversation. En retournant à ma cellule, Monsieur Richards me dit : « Savez-vous, ce qui s’est passé avec cette femme ; hier après-midi elle s’est particulièrement bien comportée pendant son interrogatoire, elle a bien collaboré avec nous. Comme récompense elle a pu prendre des cigarettes et des allumettes dans sa cellule. C’est comme ça qu’elle s’est brûlée ; mais il ne lui est presque rien arrivé ». De retour dans ma cellule, un doute : peut-être que toute l’affaire a été montée intentionnellement, du théâtre pour me faire faiblir, moi ou d’autres ? Dans ce cas, Richards ne serait pas un menteur : « Déposition signifie récompense ». C’était gros mais bien visé.
Moi j’entendais toujours les cris – qui provenaient de la peur – et tout était encore enfumé. De toute façon j’étais encore sous l’effet du choc qui, bien qu’il se dissipât, me décourageait ; je me sentais anéantie. Cela ressemblait à une grave dépression. Je n’avais plus physiquement la force de parcourir ma cellule. J’étais terriblement fatiguée, j’avais froid, et j’avais pris une sale grippe. Je n’arrivais plus à retrouver ma cohérence psychique et physique : les impressions proprement extérieures, le froid, la lumière continuellement éblouissante, la brutalité de la situation n’était ni abordées, ni contrôlées par ma conscience, la dépression avait pris le dessus.
 
Je pris les couvertures et l’oreiller du lit et les posai devant ma colonne chauffante sur le sol. Je m’accroupis, accablée, sans vraiment me laisser aller. Je ne cherchais pas du tout à retenir mes larmes, je n’avais plus rien à me dire. L’angoisse me dominait. Je fixais un coin de paroi, la couleur jaune sale prenait la forme de petits visages et de rictus se transformant sans liens ni sens. Les plaques de rouille qui se détachaient de la porte de métal devenaient des apparitions. Partout où je regardais, cela s’animait : des choses se recroquevillaient, se défaisaient, revenaient à nouveau, les mêmes, ou d’autres.
 
Je commençai à avoir peur, je fixai les détails de façon plus exacte – je savais pourtant que ce n’étaient que des combinaisons de couleur – mais les figures ne disparaissaient pas, ce n’était pas de la couleur mais des êtres vivants qui avaient leur existence propre. Ils grouillaient tout autour de moi, puis se tenaient tranquilles ; ensuite ils disparaissaient les uns dans les autres et réapparaissaient à nouveau l’un après l’autre. L’angoisse augmenta – je ne voulais plus voir – je fermai les yeux – mais ça scintillait malgré tout devant moi – même avec les yeux fermés, je voyais les figures et les grimaces passagère. Bien qu’ayant peur d’elles ou peur de moi-même, malgré mon désir de les chasser, je les fixais pourtant et je contrôlais sans cesse si elles étaient encore là, si elles étaient réalité. Cela dura des heures, me torturant, me ligotant.
 
J’étais dans un état proche du sommeil, avec un minimum de conscience pour pouvoir entendre les pas au dehors : car c’était sûrement interdit de s’asseoir sur les couvertures sur le sol. Je combattais aussi l’assoupissement. J’étais en proie à l’apathie, et ces états revinrent les jours suivants, mais jamais aussi forts que lors de ce troisième jour de mon expérience de la taule. Je souhaitais l’arrivée du soir pour pouvoir me coucher sur mon lit et l’heure où la lumière s’éteindrait. Mais ma notion du temps était très confuse et ma volonté très faible. Je regardais à nouveau devant moi sur le sol – cette fois il n’y avait plus de figures mais je lis une grande phrase : « Faites de la gymnastique, chantez des chansons révolutionnaires » - c’était écrit exactement devant moi. C’était réellement là – et ce fut pour moi une sorte de salut, c’est-à-dire cela mit un peu d’ordre dans mon équilibre personnel et me donna l’occasion de penser à d’autres prisonniers.
 
Devant mes yeux émergeait une foule de gens. Je vis Ognibene dans la salle du tribunal avec les poings liés mais levés. Il riait. Je vis Marini – poings liés et levés, sérieux. Je vis Pulido Valente, après dix ans de taule, les poings levés, dans une manif sur les routes de Lisbonne. Je vis les camarades d’Iran, de Palestine. Je pensai aux prisons pleines de la RFA. J’entendis Samora Machel : « Envoyez-nous des radios, boycottez les valets de l’impérialisme ». Je vis les dernières images des combattants Vietcong, les champs devenus désertiques, les femmes avec leurs enfants sur le dos. Je retrouvai de nouveau les mots des camarades espagnols tous condamnés à la prison à vie : « ne venez pas nous chercher, continuez dehors, c’est seulement comme ça que nous en finirons avec la torture, les prisons, les morts ». Et enfin je parvins un peu à me dominer, mais pas au point de réussir à critiquer mon pitoyable comportement.
 
Et tout de même je me levai et me mis à superposer couvertures, oreiller, draps et en dernier ma veste, tout cela sous la fenêtre. De là, sur la pointe des pieds, je pouvais apercevoir un peu du « dehors ». Je vis un bout de la cour de la caserne, les voitures des flics, le mur opposé des bâtiments. Ce n’était pas une vue édifiante, mon intérêt se dissipa rapidement. Je désirais de façon urgente un grattoir. C’est alors que je découvris les vis du miroir de métal. Comment parvenir à retirer une vis ? Tout d’abord j’essayais bêtement avec l’ongle, puis avec une languette en cuir de mes chaussures, mais c’était trop mou, puis j’ai pensé à la fermeture de mon soutien-gorge, alors j’ai réussi à tirer la vis. Cela représentait un minuscule progrès. J’étais très content et heureuse ; j’utilisais cette arme à écrire le jour même et le jour suivant. Je remarquai alors combien il est difficile de graver et combien cela fait mal à la main. Je consacrai de nombreuses heures à un ineffaçable « morte ai fascisti ».
Je désirais instamment quelque chose à lire. Je pensais à l’autre femme – qui sait comment elle se sent, comment elle tue le temps. Pour combattre ma tristesse, je pensais avant tout aux gens pour qui cela allait plus mal encore que pour moi. Je n’osais pas penser aux personnes qui m’étaient les plus proches, aux bons moments, etc. L’idée de les « consommer » en pensée m’angoissait, et je savais que j’aurais encore beaucoup de temps plus tard pour le faire. D’ailleurs, je me comporte aujourd’hui encore de cette façon).
à suivre...
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 15:48

Sous le prétexte que l'entrée de Fribourg dans l'alliance du Sonderbund avait été l'oeuvre des Jésuites, le gouvernement provisoire décida d'expulser ces religieux ainsi que tous leurs affiliés. Un délai de trois jours leur fut donné pour quitter le canton.
Ce décret atteignit non seulement les Jésuites du collège de Fribourg, mais encore ceux que le gouvernement appelait leurs affiliés: les Rédemptoristes, les Marianistes, les Frères de la doctrine chrétienne, les Soeurs de Saint-Vivent de Paul, qui avaient un couvent à Fribourg, et les Soeurs du Sacré-Coeur, fixées à Montet (Broye).
L'Etat s'empara des biens de tous ces couvents et en attribua les revenus à l'instruction publique.

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Fribourg 1847

 

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 15:39

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Lettre manuscrite de, de Chateaubriand, Archives bourgeoisiales de Sion

Le citoyen Chateaubriand, chargé d’affaires
de la République française près la République du Valais.
 
A Monsieur le Président du Conseil
de la Ville de Sion.
 
Monsieur le Président,
 
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur
de m’écrire au nom du Conseil de la Ville de Sion ;
je suis infiniment touché de la bienveillance que le
Conseil me témoigne. J’accepte avec reconnaissance
le logement provisoire qu’il a bien voulu me faire
préparer ; mais la magnanimité du Premier
Consul ne permettrait pas que le logement fût
aux frais d’un pays qui n’est pas riche que de ses
vertus ; et c’est, je crois, entrer dans les hauts
sentiments de son cœur que de vous dire,
que son envoyé désire être agréable et non
à charge à votre République.
 
Je vous prie, Monsieur le Président,
d’offrir ces sentiments au Conseil. J’espère
arriver à Sion vers le milieu du mois d’avril ; et
j’aurai un plaisir extrême à vous assurer
de vive voix de la haute considération avec
laquelle j’ai l’honneur d’être,
 
Monsieur le Président,
votre très humble
et très obéissant
serviteur.
 
de Chateaubriand.
 
Paris, 15 ventôse an XII.
(6 mars 1804)

Hélas pour le Valais, le grand écrivain n’arriva jamais à Sion.
Il avait été nommé au poste de Chargé d’Affaires de la République française au près de la République du Valais, par Talleyrand, ministre des Affaires Etrangères et confirmé par le Premier Consul Bonaparte.
Le 22 mars 1804, il démissionnait sans avoir été en poste.
La cause directe, ou le prétexte, en fut l’exécution du duc d’Enghien, le 21 mars 1804.
 
La lettre de démission de Chateaubriand, lettre prétexte.
Citoyen Ministre,
Les médecins viennent de me déclarer que Mme de Chateaubriand est dans un état de santé qui fait craindre pour sa vie. Ne pouvant absolument quitter ma femme dans une pareille circonstance, ni l’exposer aux dangers d’un voyage, je supplie votre Excellence de trouver bon que je lui remette les lettres de créance et les instructions qu’elle m’avait adressées pour le Valais. Je me fie encore à son extrême bienveillance pour faire agréer au Premier Consul « les motifs douloureux » qui m’empêchent de me charger aujourd’hui de la mission dont il a bien voulu m’honorer. Comme j’ignore si ma position exige quelque autre démarche, j’ose espérer de votre indulgence ordinaire, citoyen ministre, des ordres et des conseils ; je les recevrai avec la reconnaissance que je ne cesserai d’avoir pour vos bontés passées.
J’ai l’honneur de vous saluer respectueusement.
Chateaubriand.
Paris, rue de Beaune, Hôtel de France, 1er germinal an XII
 

220px-Execution-of-the-duke-d-Enghien.jpgL'exécution du duc d'Enghien
bonaparte.jpgBonaparte
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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 15:33
A nouveau on me demanda mon nom, mes lieux et date de naissance et ceux de mes parents ; je répondis. Vraisemblablement, ils répètent toujours les mêmes questions, pour voir si tu déclines toujours la même identité – mais peut-être n’est-ce que simple routine bureaucratique. Un flic me regarda et me décrivit ensuite à son collègue en « argot  de flic », l’autre tapait les indications à la machine : couleur des yeux, cheveux (on demande et contrôle s’ils sont teints) forme du nez, de la bouche et du lobe de l’oreille, visage (c’est-à-dire couleur de la peau). Ensuite ce sont les mesures et la description du corps. Puis viennent les empreintes digitales – une procédure interminable d’environ une heure. De chaque doigt des deux mains, puis de la partie gauche et droite des deux mains, on prend cinq empreintes, à partir d’une encre chaque fois renouvelée. Le doigt ou la main sont appliqués sur une masse enduite de couleur noire, puis, guidés par le flic, sont roulés sur le papier. Ensuite on reçoit un savon vert, avec lequel on essaye tant bien que mal de se nettoyer.
Entre temps, le télex crachait des données. Manifestement, il n’arrivait aucune réponse des endroits où l’on s’était adressé. Je dus répéter mes coordonnées, tout épeler. Le flic suait et jurait. Naturellement je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. C’est alors que je vis sur le bureau, une photo de moi en compagnie d’un autre type. Elle avait été prise lors d’une rencontre datant de deux ou trois semaines. Mes genoux en tremblaient – diable, cela ne pouvait tout simplement pas être vrai.
 
Déjà on me traînait devant le photographe. Près de lui un seul ornement mural : une reproduction d’une photo très connue où l’on voit un anarchiste, violemment immobilisé par huit ou neuf flics français, afin d’être photographié – je ne me souvenais pas du nom du révolutionnaire. En revanche, me revenait sans cesse en mémoire le visage de Carmen Roll, puis cette photo de moi et de ce type. On prit de moi une photo de face, deux de profil et un portrait en pied. Puis je revins machinalement à la cellule. Mes yeux pleuraient et me faisaient mal, je m’étais giclée avec le savon vert.
J’essayai de passer en revue les quelques jours qui s’étaient écoulés depuis qu’on avait pris cette photo de moi et de l’autre type – je me remis à marcher de long en large, regrettant de ne pas avoir un crayon et du papier pour au moins établir un calendrier rétrospectif. Je commençai par le matin du jeudi 20 jusqu’au moment de mon arrestation ; ensuite je tentai de reconstituer le mercredi. Mais mes efforts ne me menèrent pas loin, car de nouveau apparut un flic : un signe du doigt, le labyrinthe, à nouveau la police criminelle – ah oui ! le procureur de la Confédération ! Non, pas le procureur, de nouveau les photos. Le photographe me grogna grossièrement : « nous ne pouvons rien faire des clichés. Vous ne devez pas bouger. Détendez la bouche, ouvrez les yeux, regardez l’objectif. » Je dis qu’il ne s’agissait pas d’une feinte, mais d’un truc de savon qu’il m’était entré dans l’œil… Je ne pouvais pas les ouvrir. On refit toutes les photos.
 
Lorsque je me retrouvai en cellule, je m’interdis catégoriquement de penser à autre chose qu’au refus de déposer, car d’un moment à l’autre le procureur de la Confédération pouvait arriver. Je continuai à me persuader : fermer sa gueule, simplement, mécaniquement ; c’est réglé depuis longtemps et ça a déjà été discuté maintes fois ; ne pas parler, ne rien avouer, même si cela semble vain : d’autres y sont parvenus, je dois y parvenir aussi. Chaque déposition a ses conséquences : si ce n’est pas pour moi, c’est pour les autres. Je me répétai cela continuellement et lorsque la porte s’ouvrit, je me précipitai, pensant que le procureur de la Confédération venait d’arriver – mais déjà la porte s’était refermée.
 
Je m’appuyai à nouveau contre la colonne du chauffage ; j’avais perdu tout sens du temps. Je me sentais seulement misérable à crier, à vomir. J’entendais des portes qu’on ouvrait et fermait, des bruits de clefs, du tapage. Entre temps, toujours des chasses d’eau tirées violemment, parfois des coups de pied contre la porte de ma cellule. J’entendais les freins des trams et le trafic des voitures. De nouveau des bruits d’assiettes et de clefs : fin du souper, potage et repas. J’entendis l’horloge d’une église : cinq coups ; c’est donc 5 heures ! Rendre la vaisselle, tirer le lit, s’étendre. J’étais complètement épuisée – heureusement que j’étais vraiment fatiguée.
 
Mais la lumière qui avait brûlé toute la journée, empêchant toute détente, dérangeait aussi, bien sûr, lorsqu’on fermait les yeux sous les draps. Et même si, à partir d’une certaine heure, elle s’éteignait, on n’arrivait pas à s’endormir. Il y avait des bruits de toutes sortes, très aigus et très forts. À un certain moment, j’eus l’impression d’entendre la voix d’une personne connue – je ne pouvais pas me permettre de l’appeler par son nom. Un flic aurait pu m’entendre et reconnaître ma voix, il pourrait se retourner aussitôt contre moi, ou contre la personne que j’aurais appelée dans le cas où elle était réellement là. Alors, silenzio. Pourtant je me mis quand même à appeler, hurlant le nom du caniche qu’elle avait. Je le fis deux fois, puis une botte frappa contre la porte de ma cellule – il y avait donc un flic au dehors. Bon, silenzio assoluto.
 
Mais les bruits continuaient : des coups, des cris, des chasses d’eau, des sirènes de voitures de flics, des sifflets, des appels, les chants de prières d’un musulman… Je dois m’être endormis juste au moment où la lumière s’est rallumée ! Le papier devant le petit trou a bougé. Après quelques minutes, la lumière s’était éteinte à nouveau…
 
Vers le matin, alors que le jour pointait, j’entendis des pleurs contenus, d’une femme sans doute. Ils ne venaient pas de loin. Ces pleurs, d’abord faibles, devinrent vite plus forts et se gonflèrent jusqu’à devenir une énorme plainte. C’était cruel. Ces sanglots étaient entrecoupés d’appels à l’aide, de paroles incompréhensibles et étouffées, venus des profondeurs.
 
Soudain, ce fut l’enfer, tout le monde se mit à taper avec leurs pieds ou avec des manches à balai ; les détenus sonnaient et criaient. Évidemment cette panique naissante se communiquait d’une cellule à l’autre. La femme continuait à pousser des cris, toujours plus stridents, et parallèlement le bruit augmentait, venant d’autres cellules. J’arrive mal à décrire ce qui se passe dans pareils moments. J’essaye de ne pas me laisser prendre par l’angoisse commune, de rester indifférente, d’imaginer ce que la femme pouvait bien avoir – peut-être un accès de colère incontrôlé. Ce qui se déroule là en peu de minutes, se greffe donc comme une peur qui paralyse tes cinq sens.
 
Le grabuge était tel qu’on ne s’aperçut même pas de la venue des flics et des gardiens. Et ce n’est que lorsque la lumière s’alluma qu’on remarqua que quelqu’un était là. Avec la lumière, toutes les voix se turent d’un coup, sauf celle de la femme qui poussait des cris de désespoir toujours plus perçants. Le reste se passa exactement devant la porte de ma cellule : Des va-et-vient, des bruits de portes, de draps et de papiers, de seaux, le cri de douleur de la femme, les jurons des gardiens. Les cris étaient devenus des gémissements entrecoupés de lamentations et durèrent environ dix bonnes minutes. Enfin je compris que la femme s’était brûlée vive et sa cellule avait pris feu, la fumée entrait même dans ma cellule par le judas condamné. Naturellement je ne pouvais rien voir, mais j’entendis tout de suite qu’on l’emmenait dehors. Cet événement provoqua en moi une sorte de choc. Cela me prit lentement mais sûrement.
 
Durant la scène j’avais suivi la situation en retenant mon souffle « en position de défense ». Par la suite, c’est toute une reconstitution de la situation qui se déroula en moi. La femme aurait pu à la limite périr, personne parmi nous – impuissants dans nos cellules verrouillées – n’aurait pu faire quoi que ce soit pour elle. Elle doit avoir été dans un désespoir atroce pour en arriver à se brûler vive. 
Mes nerfs cédèrent : cramponnée à ma colonne, je hurlais sans retenue et cela me déchargeait bien plus que la simple prise de conscience de mon impuissance à intervenir dans cette foutue taule.
à suivre...
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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 16:25
Vendredi 21 mars 1975
 
Je m’habillai et me recouchai sur le lit, la tête sous le drap. J’avais peu dormi, mais profondément, et j’étais encore somnolente. La porte s’ouvrit. Un visage soigné et arrogant ainsi qu’un doigt m’indiquaient une direction : cela signifiait que je devais y aller. Ah ! Devant la porte de la cellule, il y avait une table avec quelques écuelles contenant du café au lait. Je reçus une tranche de pain noir et un « emballage hôtel » de confiture, et je me retrouvai à nouveau seule dans la cellule. Le café au lait était tiède et plein de peau – le premier jour, on ne peut pas l’avaler.
 
Pour la première fois, j’examinai systématiquement la cellule. La fenêtre était très haute : impossible de regarder dehors. La table fixée à la paroi et le banc me rappelaient les représentations médiévales du cachot. Tout était en métal brut. La cellule, d’environ quatre mètres de haut, était étroite et couverte de slogans, de noms et de dates gravées. Je la mesurai en pas : environ trois mètres cinquante de long (sept petits pas), et deux mètres de large. Juste derrière la porte, les WC, l’évier et le lit. De l’autre côté, une armoire murale petite mais très haute. Au toucher, je reconnus un rouleau de papier WC, un paquet de bandes hygiéniques et un gobelet de plastique. Ah, ah, pensais-je, une cellule de femme. La fenêtre, une imposte fermée par des barres de fer, s’ouvrait et se fermait au moyen d’une tringle qui y était suspendue.
 
La porte s’ouvrit : un nouveau visage – le gardien-chef ? Il grogna : « Pourquoi n’avez-vous pas fait le lit ? ». Je ne l’avais pas fait car je n’avais pas la moindre idée du temps disponible, et je le lui dis. J’eus droit à une explication : plier les couvertures et les draps, rabattre le lit, le fermer (une cheville de métal s’enfile dans la fermeture murale), tout ranger par-dessus, avec l’oreiller. Tout faire, y compris la mise en ordre de la cellule, jusqu’à sept heures au plus tard et ne pas oublier de balayer, (pour cela on m’indiqua la balayette et la pelle à ordures qui se trouvaient derrière les WC – comme si on avait pu les trouver soi-même). La cellule comptait en outre une étroite table basculante, un banc rabattable et un miroir métallique (complètement tailladé de noms et de slogans) qui me renvoyait mon image ondulée, comme les miroirs déformants dans les baraques foraines. Il n’y avait pas d’interrupteur. Dans la porte : un judas d’au moins un centimètre et demi de diamètre, à travers lequel je voyais distinctement une partie de la porte d’entrée du couloir, - parfois je voyais le gardien – et une fois un prisonnier avec une jambe dans le plâtre.
 
Dans la cellule il faisait très froid. J’avais un pantalon, un pull et la « veste de fourrure » que durant les quarante jours suivants je n’enlevai pratiquement plus. Et je grelottais. Au coin de la porte se dressait une épaisse colonne émaillée de deux mètres de hauteur : le tuyau du chauffage. Ce tuyau devint mon refuge, ma deuxième épine dorsale : je pris l’habitude de m’y chauffer les mains, le dos, le ventre et le nez et d’y rester plantée des heures. Mais je passais l’essentiel de mon temps à marcher de long en large. J’essayais de réfléchir à nouveau de façon « ordonnée », mais le carrousel des pensées se remettait en marche et je ne réussissais même pas à mener au bout une seule pensée. Il était clair que j’étais en taule, qu’ils avaient mon nom et que l’autre femme aussi était enfermée (peut-être dans la même prison ?). J’essayais alors de regarder par le judas à chaque bruit du « dehors » ; mais très vite j’entendis la voix d’un flic (voix que j’entendis souvent par la suite) : « Mais elle regarde dehors, couvrez donc le trou ». Et déjà le trou était inutilisable.
 
Il ne me restait que les oreilles.
Je ne pouvais me décider à rabattre la table et le banc et à m’asseoir. Mais pourquoi ? Il est vrai que j’étais fatiguée, mais l’idée de m’y asseoir en somnolant me répugnait ; je le voyais sans doute comme une façon d’accepter déjà une partie des règles de la captivité. En outre, je n’avais absolument rien : ni morceau de papier, ni crayon, ni livre, ni journal – ni rien avec quoi j’aurais pu graver la paroi, le plancher ou le miroir. Mais qu’utilisent donc les autres prisonniers pour graver tous ces slogans ?
 
Il y avait une sonnette dans la cellule, j’entendais que les sonnettes étaient fréquemment utilisées, et je me demandais ce que les prisonniers pouvaient bien exiger ou demander lorsqu’ils sonnaient le gardien. Je me disais quoiqu’il en soit je ne mettrai jamais la main à cette sonnette, en aucune circonstance je ne sonnerai un gardien (il en fut ainsi jusqu’à aujourd’hui sans que je sache pourquoi ; c’est simplement le refus de cette institution en général, à ce que je crois).
 
J’entendis des bruits de vaisselle. Ma porte s’ouvrit. A nouveau, on m’indiqua l’extérieur du doigt ; à nouveau je me dirigeai vers la table et remarquai à cette occasion qu’à ce dernier sous-sol il n’y avait que trois cellules. Je reçus une écuelle de soupe, une assiette de je ne sais quel mets indéfinissable, et cette fois j’eus aussi une fourchette. Grâce à elle, je gravai pour la première fois un petit trait sous le rebord de la fenêtre. Je mangeai de la soupe, car elle était chaude. A part un peu de soupe je n’avalai plus rien durant les quarante jours suivants, mais cela je ne le savais pas encore, à ce premier repas au cachot. Environ vingt minutes plus tard, on ramassa les assiettes, écuelles et services.
Pour ce « repas », j’avais bien entendu rabattu la table et le banc, mais maintenant je recommençais à marcher de long en large. Très régulièrement, j’étais observée par le judas. Alors que je n’entendais pas les pas qui, de l’extérieur, s’approchaient de la porte de la cellule, je remarquais le glissement de la feuille de papier qu’on avait agrafée de l’extérieur devant le judas. Le fait d’être sans cesse observée m’empêcha d’abord naturellement d’utiliser les toilettes. Et puis je sentais le besoin pressant d’une brosse à dents – mais ce besoin disparut bientôt, comme l’envie d’une cigarette.
 
Soudain je fut arrachée à mes pensées, qui ne me laissaient aucun répit : la porte s’ouvrit, l’inévitable index de flic m’indiquait la direction. En sortant du cachot, on m’emmena par un corridor où passaient même des civils – puis, en bas, on repassa par le labyrinthe de la nuit précédente. On allait sans doute chez le procureur de la Confédération. Déjà je me réprimandais : tu ne t’es pas concertée sur le refus de parler, simplement ne cède pas ; ne prononce pas le moindre mot, ne dis rien. En même temps, j’essayais de m’imprégner du labyrinthe, puis des couloirs et des escaliers – jusqu’à ce que nous fassions halte devant une section appelée « service des identifications ». Ah, ah ! Donc pas de procureur. D’ici, au moins, je jouissais de la vue de maisons, d’arbres et de neige, le soleil brillait. De plus il faisait chaud. J’étais dans un bureau, ou plutôt dans la pièce stérilisée genre laboratoire, tout autour : des télex ou appareils semblables. Les flics portaient des blouses blanches.
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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 17:30
Le domaine temporel de l’évêque de Bâle, groupé autour de la donation de l’abbaye de Moutier-Grandval, au lieu d’être confiné, comme celui des évêques de Lausanne, de Sion et de Genève, dans les limites du comté, soit du diocèse, s’étendit très tôt dans les diocèse de Lausanne (vallon de St-Imier et La Neuveville) et dans celui de Besançon (l’Ajoie). En dehors du diocèse de Bâle, l’évêque n’était que prince, mais comme prince, il pouvait avoir, après la Réforme, la collation des pasteurs. A la fin de l’ancien régime, en 1779, une rectification des frontières ecclésiastiques rétablit la concordance entre la principauté et le diocèse. « En janvier 1782, le curé de Porrentruy chante, pour la première fois, la messe « à la bâloise ».
La principauté épiscopale de Bâle avait un caractère essentiellement patrimonial. Elle n’avait ni unité géographique, ni, après la Réforme, unité religieuse. Les liens de combourgeoisie de plusieurs communes du sud avec Berne (Bienne, 1352 ; La Neuveville, 1388 ; la Prévôté de Moutier-Grandval, 1486) avaient placé cette région sous le protectorat de LL.EE., surtout après l’introduction de la Réforme, car les paroisses réformées du Jura dépendaient étroitement de l’Eglise bernoise. L’évêque partageait avec Berne la souveraineté de la Montagne de Diesse. La maire, rendant la justice, portait un manteau rouge et noir, à l’extérieur, couleurs de Berne, et rouge et blanc, à l’intérieur, couleurs du prince-évêque. Selon qu’il jugeait au nom de son Altesse ou de LL.EE., il tournait son manteau de manière à arborer les bonnes couleurs !
Alors que la Confédération des XIII cantons, qui s’était déjà dégagée de tout lien de juridiction avec l’Empire, avait fait reconnaître sa pleine souveraineté à la paix de Westphalie, en 1648, (de même que le prince de Neuchâtel), l’évêque de Bâle demeura prince du Saint-Empire romain de nation germanique pour les territoires du Nord du Jura et Moutier. Cette allégeance se marquait par l’investiture lors de son entrée en charge, avec le paiement d’un émolument fort coquet à la chancellerie impériale de Wetzlar, « tombeau des procès ». Lors des troubles de 1726 à 1740, l’évêque demanda l’arbitrage de l’Empereur, d’ailleurs sans succès.
Le sud de la principauté échappait à l’Empire germanique. Il était censé faire partie de la Suisse. Il refusait de payer l’impôt du Turc prélevé dans tout l’empire pour soutenir la résistance de l’Autriche. Moutier, d’allégeance impériale, était cependant couvert par la neutralité helvétique.
La complexité juridique du régime applicable aux diverses parties de la principauté épiscopale était extrême.
Et cependant les princes-évêques réussirent à maintenir leur autorité dans le Sud comme dans le Nord jusqu’à la Révolution. On constate même un affermissement du pouvoir du prince-évêque sous les derniers règnes, après les troubles qui agitèrent d’abord l’Erguel* puis l’Ajoie pendant une quinzaine d’années de 1726 à 1740 (31 octobre 1740, exécution de Pierre Péquignat).
La principauté épiscopale de Bâle – Porrentruy fut, elle aussi, un Ständestaat. Institués assez tard, au XVe siècle, les Etats du pays comprenaient vingt-cinq députés, un député de la noblesse, huit des abbayes et chapitres et seize pour les villes et communautés. La réforme porta un premier coup à l’institution car les villes et communautés réformées cessèrent d’y paraître, sauf, rarement, la Prévôté et l’Erguel.
Contrairement aux Etats généraux en France, aux Audiences générales à Neuchâtel et aux Etats de Vaud, qui cessèrent d’être convoqués dès la première partie du XVIIe siècle, les Etats de la principauté subsistèrent encore au XVIIIe siècle. On les voit convoqués à Porrentruy en 1730 et en 1739, au cours des troubles de l’Ajoie. Mais l’esprit de la libre conversation entre le Prince et les Etats, caractéristique du Ständestaat, avait disparu. L’évêque convoquait les Etats pour leur faire connaître sa volonté.
Le Jura épiscopal connut, seul en Suisse, l’évolution de la monarchie féodale à la monarchie de droit divin et au despotisme éclairé, à l’instar de la Prusse, de l’Autriche et de l’Espagne. Ce sont précisément des réformes instituées d’autorité par le prince Jean-Conrad de Reinach en 1726, - création d’une chambre des comptes, d’une cour des fiefs, d’une commission des eaux et forêts, d’une chambre des notaires, des commissions pour l’entretien des pauvres, des veuves et des orphelins, l’industrie du fer, les forges, le sel, le commerce des grains – qui suscitèrent la révoltes d’un peuple conservateur de ses usages. Ni la tentative d’arbitrage de la Cour de Vienne, ni l’intervention auprès des cantons n’apaisèrent les troubles, qui furent finalement réprimés à l’aide de troupes françaises.
L’autoritarisme maladroit des deux Reinach ne doit pas faire oublier des règnes bienfaisants avant et après les troubles : celui du grand Christophe Blarer de Wartensee (1575-1608), qui liquida le contentieux avec la Ville de Bâle par le traité de Baden, le 11 avril 1585, après avoir obtenu l’alliance des cantons catholiques en 1580. L’indemnité qu’il reçut, en contrepartie de l’abandon de ses droits sur la ville rhénane, lui permit de rétablir les finances de la principauté et de fonder le collège Saint-Charles (Borromée) à Porrentruy. Le chapitre, en revanche, refusa la transaction pour ce qui le concernait.
Il est digne de remarque que le problème que posait la présence de la ville de Bienne dans la principauté épiscopale est apparu au prince-évêque Blarer de Wartensee comme il devait se poser trois siècle et demi plus tard aux pères du canton du Jura : l’évêque, convaincu que les franchises de la ville, en partie usurpées au cours des siècles, en étaient au point que son autorité y était illusoire, conçut le projet de la céder à la ville de Berne pour obtenir en contrepartie le rétablissement de l’autorité princière sur l’Erguel, que Bienne s’était attribuée au point de vue judiciaire et militaire. Le traité fut conclu en 1599 sans la participation des Biennois. Quand ceux-ci apprirent les tractations, ils craignirent que leur combourgeoisie avec Berne ne se transformât en sujétion et se mirent à apprécier l’autorité discrète et limitée de l’évêque. Des difficultés soulevées maladroitement par Berne dans l’exécution du traité engagèrent Blarer de Wartensee à y renoncer. Bienne resta dans la principauté et fit sa paix avec l’évêque en 1606 : les droits qu’elle prétendait exercer dans l’Erguel en matière judiciaire furent recouvrés par l’évêque, Bienne conservant cependant dans cette région le droit de bannière. Berne renonça, difficilement, à son acquisition en 1607.
Jean-François de Schönau (1651-1656) réussit à se faire recevoir dans le Défensional** des cantons protestants. Mais il risqua du même coup de perdre l’alliance des sept cantons catholiques. En 1691, l’évêque JeanConrad de Roggenbach (1656-1693) « le bon prince », fut sur le point de faire entrer sa principauté dans la Confédération mais les cantons catholiques s’y opposèrent parce que la contrepartie était l’admission de Genève. Les cantons catholiques reconnaissaient déjà, cette année-là, l’incorporation du Pays de Vaud à la neutralité helvétique. C’était suffisant ! Il est curieux de rapporter ce marché manqué de la suggestion genevoise au Congrès de Vienne d’échanger avec la France le Jura épiscopal contre le pays de Gex. L’évêché de Bâle demeura lié seulement aux sept cantons catholiques.
Après les troubles sous les règnes des deux Reinach, le trône épiscopal fut encore occupé par des hommes de valeur, dont le plus remarquable, Guillaume Rinck de Baldenstein (1744-1762), natif du pays, se distingua comme bâtisseur de routes, restaurateur des forêts, créateur du cadastre.
Le prince-évêque était élu par les chanoines du chapitre de Bâle, installé depuis la Réforme à Fribourg en Brisgau, puis à Arlesheim, et composé en majeure partie de cadets de familles nobles d’Allemagne ou d’Alsace. Si l’élection tardait, le pape pouvait se substituer au chapitre.
Pour un homme du XXe siècle, le régime du Jura épiscopal paraît bien étrange. Ce régime n’en a pas moins formé un pays voisins, sauf Neuchâtel. L’accueil, tacite, par l’évêque des anabaptistes fugitifs des terres bernoises est assez exceptionnel.
Le fait d’avoir dépendu durant huit siècles du même prince n’a pas manqué de marquer la population du Jura, malgré sa diversité ; sans le prince, l’unité du pays n’aurait pas résisté aux forces centrifuges. Le canton de Berne, depuis 1815, n’a pas su reprendre le rôle fédérateur de l’évêque. Mais il n’a pas non plus fédéré contre lui tous les Jurassiens. Le désir de retour à l’unité, général dans le Nord, et l’opposition à ce même Nord, dominante dans le Sud, s’expliquent par l’histoire. Même Moutier conserve la position ambiguë qu’il avait dans la principauté, mi-germanique, mi-helvétique. Cependant c’est dans la partie anciennement « germanique » du pays que l’affirmation de la francophonie s’est développée le plus, au point d’y devenir le motif principal de l’autonomie.
 
*L’Erguël, terre du prince-évêque de Bâle
Du Moyen Age à 1797, l’Erguël fut une seigneurie, ou bailliage, de la principauté épiscopale de Bâle. Les sires d’Arguel, ou d’Erguël, de Franche-Comté, en détinrent l’avouerie (charge détenue par un laïc, consistant à défendre les intérêts temporels d’une institution religieuse). Ils occupaient le château, aujourd’hui en ruine, au sud-est de Sonvilier.
 
**Lorsque des troupes étrangères protestantes pénètrent sur le territoire suisse et violent sa neutralité en 1633 puis en 1638, la Diète réagit en créant un « Conseil de guerre » composé d’officiers catholiques et protestants capable de réunir 36 000 hommes en armes pour défendre les frontières de la Confédération. L’acte fondateur de cette institution est le « Défensional de Wil » signé en 1647.
 
La formation de l’Etat dans les six cantons romands. Cahiers de la Renaissance vaudoise 1982
 
blarer.jpgJacques-Christophe Blarer de Wartensee
Prince-évêque de Bâle 1575-1608

saint-germain302.jpgCrosse de Saint Germain
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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 16:58
Gonzague de Reynold

Voilà un homme qui fut ébloui par le fascisme de Mussolini et probablement par les dictatures, si peu qu’elles soient autoritaires. Pourquoi ? Il faudrait lire tous les écrits de Gonzague de Reynold, ils sont nombreux, pour se faire une idée de la personnalité et de sa pensée.
Mais faut-il vraiment bien connaître l’homme quand on sait qu’il était dans la Ligue du Gothard ?  Là, les « Grands Bourgeois » intellectuels de renoms, prônaient la résistance à tout prix et un gouvernement autoritaire ; pouvaient-ils être suivi par le peuple ?
Qu’en dit le Dictionnaire historique de la Suisse ?
Gothard, Ligue du
La Ligue du Gothard fut fondée le 30 juin 1940 par un groupe d'hommes de tendances politiques et de courants de pensée divers, issus pour la plupart de la grande bourgeoisie et préoccupés par l'état d'esprit du peuple suisse à la suite de l'encerclement du pays par les puissances de l'Axe. Elle se réclamait, dans ses statuts, de la tradition chrétienne de la Confédération et excluait les juifs et les francs-maçons. Elle avait pour but de renforcer la volonté de défense nationale et de dépasser les conflits d'intérêt. Au moyen de conférences de presse, de soirées patriotiques, d'assemblées, de cours, d'annonces, d'affiches et de brochures, les quelque 8000 membres, organisés en groupes locaux et cantonaux, militaient pour la prise en charge collective des responsabilités sociales, comme l'extension des cultures (plan Wahlen), la protection de la famille, la prévoyance pour les personnes âgées et la création d'emplois. A leur programme figurait aussi l'instauration d'une démocratie autoritaire, une organisation corporative de l'économie et une révision du système politique. En 1951, les activités se concentrèrent sur le plan national. Les principaux problèmes de l'après-guerre furent abordés dans plus de 300 lettres ouvertes qui proposaient des solutions face aux nouveaux défis de la société. La Ligue fut dissoute en 1969.

Il n’est pas certain que la Ligue du Gothard ait été une bonne chose pour le pays. J’aurais aimé une liste des membres de la Ligue du Gothard ; pour savoir qui étaient issus des partis de Gauche ? Probablement un ou deux dans l’ensemble, peut-être des « convertis » à la nouvelle donne.
Vous aurez noté qu’il fallait être d’ascendance chrétienne, ne pas être juif ni franc-maçon. Et certainement ne pas être communiste, socialiste, ni anarchiste ou libre penseur pour être accepté dans la Ligue.  
Ce qui est étonnant dans la perception qu’avaient les membres bourgeois de la Ligue du Gothard, de leurs valeurs du moment, étaient celles d’un Hitler, à peu de choses près.
Imaginons qu’un gouvernement tel qu’il était pensé et proposé aux membres de la Ligue, arrive en place en 1941 et que, par le hasard d’une lubie hitlérienne, les troupes nazies soient à nos frontières et qu’ils les franchissent ; à part l’armée Suisse qui aurait du, sur tous les fronts, sur toutes la longueur de la frontière, livrer un combat de résistance pathétique. Une fois l’armée ruinée, plus aucune résistance, mais un gouvernement et une économie offertes clé en main à Hitler qui n’aurait rien eu à changé, puisque la Ligue du Gothard aurait fait le boulot.
 
Non seulement la Suisse est à l’origine du « J » sur les passeports des ressortissants de confession Judaïque, mais la Ligue aurait trouvé les hommes et les femmes qui auraient certainement montré aux nouveaux maîtres où étaient les francs-maçons et les Juifs du pays, comme probablement où étaient les socialistes et les communistes.
On sait que tous les industriels d’Allemagne ont soutenu les Nazis, ils virent la relance économique et que la Grande Bourgeoisie Allemande, retrouvait elle aussi un nouveau statut, la vieille noblesse Allemande retrouvait elle ce quelle avait perdu auparavant. « Pourquoi pas en Suisse ? », devaient se dire les fondateurs de la Ligue du Gothard.
Denis de Rougemont, l’un des fondateurs a été prié de quitter la Suisse pour les Etats-Unis pour une « mission de conférences », il s’agissait là plus d’un retrait qu’une promotion.  
La Suisse préféra « collaboré » avec le régime de Hitler que de résister comme le suggérait la Ligue, ce qui n’était pas forcément le plus judicieux. Une troisième voie était-elle possible, mais laquelle ? Ces hommes de qualités se sont-ils trompés, fourvoyés au point de montrer la part d’ombre qu’ils avaient en eux ? Probablement, car malgré cet épisode de la Ligue du Gothard ils n’en reste pas moins que Gonzague de Reynold et Denis de Rougemont furent des grands penseurs de notre temps.
 Reynold-200.jpg
medium-rero0003.jpgDenis de Rougemont
Théophile Spoerri professeur de littérature Zurich, co-fondateur avec Denis de Rougemont, de la Ligue du Gothard. (pas trouvé de photo)
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