Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Rechercher Un Mot

Articles Récents

Liens

14 mai 2007 1 14 /05 /mai /2007 10:12
Physiologiste suisse Berne 1708 – 1777
Ce fils de famille patricienne était né délicat, et de bonne heure il fut passionné de lecture. Il avait en lui, comme innée, la curiosité encyclopédique. Enfant, il rédigeait des grammaires, des lexiques, et travaillait à un recueil qui devait renfermer deux mille biographies.
À seize ans, alors que son père le poussait vers la théologie, il choisit la médecine, et prit la route de Tübingen. Les études y étaient faibles, la vie joyeuse et même dissipée. On partait certains jours à la recherche de plantes rares, on revenait son panier vide, mais de jolies filles au bras.
Haller, déçu, ne résista pas alors à l’attraction de la Hollande, de Leyde, où enseignait le grand Boerhaave. C’était là-bas une atmosphère de travail et d’une gravité presque religieuse.
De fort bonne heure le matin, le maître emmenait ses élèves à travers les jardins botaniques. Il convenait qu’avant d’en arriver à l’anatomie de l’homme on commençât par celle de ces créatures inférieures, mais bien vivantes elles aussi, et où les grandes fonctions de la vie se montraient dans leur simplicité : la circulation, la respiration, la croissance, le reproduction.
On passait ensuite dans les salles de l’hôpital, d’une propreté exemplaire, aux parquets luisants, aux draps et rideaux changés chaque jour. Assis auprès des malades, Boerhaave parlait de telle ou telle maladie avec une simplicité admirable, d’où n’était cependant pas exclus certains partis pris théorique : le maître de Leyde partageait avec Descartes la doctrine iatromécaniste, qui s’opposait aussi bien à la chimiatrie de Paracelse qu’au vitalisme de l’école de Montpellier.
 
Reçu docteur en 1727, il achève ses études à Paris, puis à Londres, à Bâle enfin, et retourne dans sa ville natale. Il y végétera sept ans, dans le désert intellectuel que Berne offrait alors. Mais, de même que Rousseau, à peu près à la même époque, s’enfuyait parfois – et bientôt pour toujours – de l’ennuyeuse Genève vers les montagnes proches, Haller allait vers les Alpes et sentait, tandis qu’il gravissait les chemins, passait les torrents, s’élever du fond de son cœur un monde d’images et de rythmes. En ce médecin il y avait un poète, l’un des plus grands que compte la Suisse. Son Essai de poésies suisses, dont on peut négliger les vers moralisateurs ou de circonstances, possède, en ses meilleures parties, des accents qui font penser à Goethe.
Ce fut à l’université de Göttingen, qui venait de se fonder, qu’il reprit contact avec la science médicale. Là, il n’était plus étudiant, mais professeur, enseignant, comme Boerhaave à Leyde, à la fois la botanique et l’anatomie. Il aménagea un jardin botanique sur le modèle de celui de Leyde. Avec son beau visage distingué, au regard déjà romantique, il apparaissait à ses élèves comme un modèle, et peu de maîtres ont su tel que lui susciter les dévouements et les enthousiasmes.
En anatomie, Haller s’est attaché particulièrement à l’étude des vaisseaux sanguins. Ses Icones anatomicae sont un extraordinaire atlas, d’une exactitude sans exemple à l’époque*, de l’ensemble de notre système circulatoire. On y trouve enfin élucidées les relations, extrêmement complexes, des veines qui conduisent au foie et des capillaires dont le réseau très fin pénètre les poumons.
Une querelle s’était engagée à propos du mécanisme de la respiration. L’espace compris entre les deux feuillets de la plèvre était-il vide, ou plein d’air ? Haller résolut le problème par un moyen d’une ingénieuse simplicité. Il ouvrit, sous l’eau, le thorax d’un animal. Aucune bulle d’air ne monta à la surface. Il fallait donc en conclure que l’espace était vide.
Dans le cas présent, il s’agissait d’un problème physiologique qui pouvait aisément se résoudre par la physique. Mais d’autres problèmes offraient de beaucoup plus grosses difficultés. Ainsi, comment ressentons-nous les excitations du monde extérieur ? Comment se contractent les muscles ? On ne pouvait résoudre ces problèmes par la mécanique. Haller, après de nombreuses expériences et cogitations, fit entrer en jeu deux notions qui, fort discutées jusqu’aux premières années du XIXe siècle, trouveront grande faveur en Angleterre et en France : les notions de contractilité ; qui appartient au seul tissu musculaire, et de sensibilité, qui appartient au système nerveux. Il rejoignait ainsi ce qu’avait déjà formulé l’Anglais Francis Glisson en 1654, auteur du concept d’irritabilité.
*Sauf peut-être les dessins de Léonard de Vinci méconnus et remit au grand jour seulement au XIXe siècle et qui sont admirables. gtell
http://fr.wikipedia.org/wiki/Albrecht_von_Haller
Repost 0
13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 18:23
Paracelse
Aureolus Philippus Theophrastus Bombastus von Hohenheim, dit
 
Médecin, chimiste et philosophe suisse (Einsiedeln, canton de Schwyz, 1493 – Salzbourg 1541). Originaire de Souabe par son père, il tenait de sa mère, native d’ Einsiedeln, une chevelure d’un blond roux qui lui valut son prénom d’Aureolus. Il a grandi dans les montagnes, auprès du vieux monastère qu’occupent encore, de nos jours, les moines bénédictins. Mais les hôtels de luxe ont remplacé les auberges de pèlerins. Ceux-ci viennent encore chaque année vénérer la Vierge noire offerte à leur culte.
« Pendant dix ans, a-t-il écrit, je n’ai lu qu’un seul livre, celui de la nature. » Son père, médecin, l’a initié à son art, tel qu’il était alors pratiqué dans les montagnes, fait de recettes immémoriales où les superstitions se mêlent aux remèdes naturels. La tradition livresque ne montait pas jusqu’en ces altitudes, peut-être chez les moines, mais non dans le peuple.
Un fait dramatique, mystérieux, compte dans sa vie. Tout jeune encore, il aurait été émasculé par un soldat ivre. On a attribué à cette infirmité les singularités de son caractère : inconstance, irritabilité maladive, penchant invétéré au nomadisme. Sa vie n’est faite que de départs, de démissions, d’amitiés rompues.
Il a commencé, adolescent, un voyage qui ne devait s’achever qu’avec sa vie. Le voici dans le Tyrol, puis dans la région minière de Carinthie, auprès des Fugger, cette famille allemande célèbre par ses richesses et ses libéralités. Là, il visite les mines souterraines, à la recherche de métaux bénéfiques. Les plantes l’intéressent moins que les pierres, et les pierres moins que les métaux. L’originalité de sa pharmacopée sera dans ces éléments, que jusqu’alors peu de médecins osaient prescrire : le fer, l’or, l’antimoine.
A Villach, il s’adonne à l’occultisme, riche des leçons reçues d’un prieur bénédictin de Würzburg. Il est étudiant à l’université de Vienne, puis à celle de Ferrare, où il coiffe le bonnet de docteur. « Un médecin, a-t-il écrit, doit voyager. Il apprend bien plus sur les routes que dans les livres. » On le verra à Salerne, à Lisbonne, à Montpellier. Il suit volontiers les armées en marche, se fait nourrir par elles en échange de soins. Le soir, auprès des feux de camp, il parle, délivre des lambeaux de sa science qui déborde la médecine pour s’étendre à tout l’univers, et jusqu’aux étoiles, dont chacune commande notre destin. Il ne soigne pas un malade sans s’être d’abord informé du jour de sa naissance et avoir tiré son horoscope, qui commande sa thérapeutique, attendu qu’on ne traite pas un « taureau » comme un « gémeau » ou un « poisson ».
Ses théories, qui sentent le fagot, mais aussi sa jactance, son orgueil (n’a-t-il pas osé choisir ce pseudonyme de Paracelse, c’est-à-dire « l’égal de Celse » ?) indisposent ses paires. On le chasse de Salzbourg. Il trouve meilleur accueil à Strasbourg, et y serait peut-être resté s’il n’avait été appelé à Bâle, grâce à la protection d’Erasme, qui y résidait alors. Prenant possession de la chaire de physiologie et de médecine, il déplaît à ses auditoires. On le trouve laid, grossier, un vrai Suisse des montagnes, mal tenu, mal lavé, trop souvent ivre. Son enseignement paraît bizarre, aventuré. Péché plus grave, il ne sait pas le latin et ne s’exprime qu’en allemand. Et les doctes, s’arrêtant à ce manquement aux usages, négligent le trésor de ses observations : « Les poussières ne sont pas pour rien dans la suppuration des plaies ; tenez-les propres et préservez-les des ennemis extérieurs : elles guériront toutes… » C’est, presque dans les mêmes termes, ce que répétera Pasteur aux chirurgiens des hôpitaux !
 
Avec son goût des choses souterraines, il se montre un laboratoire dans une cave, et là, tel le docteur Faust, fait bouillir, distille, provoque d’étranges rencontres chimiques.
 
Après un séjour de onze mois, il quitte Bâle, à la suite d’un procès perdu. Ce n’est là, semble-t-il, qu’un prétexte. Ce qui le pousse de nouveau sur les routes, c’est la rancœur de l’incompris, l’insatiable besoin, aussi, de changer de lieux. Où ira-t-il ? A Colmar, à Strasbourg ? Qu’importe ! A travers la pluie et le vent, il marche, pliant sous le poids de son havresac plein de livres. Le soir, et tard dans la nuit, à la lueur d’une lampe d’auberge, il médite, il écrit. Un système s’élabore dans cette tête chaotique. Au centre de l’univers, voici l’homme, qui en est le microcosme, lié aux astres, soumis aux quatre éléments fondamentaux, qui ne sont pas ceux, tout arbitraires, de Galien, mais le liquide, le gazeux, le solide, le feu radiant. Une force mène toutes choses, qui est l’archée – un peu ce que l’école de Montpellier nommera la force vitale. L’archée, telle une influence magnétique, entretient la vie, suffit à tout. C’est elle qui « sépare les parties malfaisantes des aliments de celles qui servent à la nutrition, qui fait les aliments assimilables, qui change le pain en sang ». Et, subordonnées à cette archée majeure, voici les archées secondaires, occupées à réparer les dégâts causés à l’organisme par les blessures, les maladies, les poisons. « Ne pas nuire ! » ordonnait Hippocrate aux médecins, certes, mais, ajoute Paracelse, surtout ne pas empêcher les archées d’agir, et, au contraire, les aider. Car là, dans la nature même, est la guérison…
 
Il est des erreurs stériles comme il en est de fécondes. Les erreurs de Paracelse ot été fécondes. En ce temps d’effroyables épidémies de peste et de syphilis, il obtenait des cures excellentes, comme celle des vérolés par le mercure. Qu’un médecin moderne scrute l’œuvre de Paracelse, et spécialement ce Paramirum,  synthèse de sa pathologie, il y trouvera toutes sortes d’observations et de thérapeutiques dont la science a confirmé la valeur : eau de chaux recommandée au chirurgien pour la désinfection ; connaissance de l’anesthésie par un mélange d’acide sulfurique et d’alcool, c’est-à-dire par l’éther. Paracelse a noté que ce « produit possède un goût agréable », que « les poulets qui le boivent tombent dans un sommeil profond dont ils s’éveillent au bout d’un certain temps sans en subir aucun dommage », « que son emploi est recommandé pour le traitement des maladies douloureuses », ce qui n’empêche que dans tous les dictionnaires la découverte de l’éther soit exclusivement attribuée au chimiste américain Jackson, et datée de 1846… Il a élaboré les bases scientifiques des cures thermales, reconnu, le premier, la cause des rhumatismes et de la goutte : « des dépôts de tartre ». En affirmant que « l’homme est un composé chimique », que les maladies ont pour cause un déséquilibre de ce composé, qu’il faut donc des produits chimiques pour combattre les maladies, il a contrebalancé les méfaits de la saignée, de la purge à tous propos, il a inventé la chimiothérapie, qui pourrait porter à son fronton cette parole de l’illuminé d’Einsiedeln : « Hors de la chimie, vous tâtonnerez dans les ténèbres. »
L’idée qu’il se fait du médecin tranche sur celle de son temps, érudite et pédante. « Parlez-moi des médecins spagiriques, disait-il (spagiriques, c’est-à-dire adonnés à l’alchimie, laquelle se distinguait alors très peu de la simple chimie…) ; ils ne sont pas habillés en beau velours, en soie ou en taffetas ; ils ne portent pas de bagues d’or ni de gants blancs. Les médecins spagiriques attendent avec patience, jour et nuit, les résultats de leurs travaux ; ils ne fréquentent pas les lieux publics, ils passent leurs temps dans leur laboratoire. Ils portent une culotte de peau, avec un tablier de peau pour s’essuyer les mains ; ils mettent leurs doigts dans les charbons et les ordures ; ils sont noirs et enfumés comme des forgerons et des charbonniers ; ils parlent peu et ne vantent pas leurs médicaments, sachant que c’est à l’œuvre qu’on reconnaît l’ouvrier… »
 
En dépit de la suspicion de l’Eglise, il proclamait l’alchimie comme la plus élevée des connaissances médicales : « Je déclare l’alchimie indispensable, et sans elle il n’est pas de savoir médical. La nature est mystérieuse dans ses opérations et il faut savoir lui arracher son secret. L’alchimie est semblable au boulanger qui convertit la farine en un pain substantiel, au vigneron qui du raisin le vin généreux ; il extrait de chaque chose la quintessence et tire de la nature ce qui peut être utile à l’homme. Arrière donc tous ces faux disciples qui prétendent que cette science divine n’a qu’un but, celui de faire de l’or ou de l’argent. L’alchimie, qu’ils déshonorent et prostituent, n’a qu’un objet, celui d’extraire la quintessence des choses et de préparer les arcanes, les teintures et les élixirs qui peuvent rendre à l’homme sa santé perdue. »
 
On a parfois nommé Paracelse « le Luther de la médecine », et il est vrai qu’il ressemble, par bien des points, au réformateur. Il a de Luther le langage direct, populaire, moins fait pour les académies que pour les auberges de village, le cœur large et humain, le courage de narguer les institutions, la liberté d’un esprit qui pense avant de croire : tendances nobles mais dangereuses, qui l’ont fait parfois errer ; que penser de son astrologie appliquée à la médecine, de sa foi en ces « correspondances », en ces associations que l’on aime chez les poètes, mais non chez un médecin ? Ainsi soutient-il que tout médicament est désigné à l’avance, par son nom, sa structure, sa ressemblance avec une partie de l’organisme, au rôle qu’il est appelé à jouer. La tête du pavot guérira les maux de tête. La sanguinaire est appelée à enrichir le sang. L’euphraise, dont la corolle a une tache jaune pareille à un œil, guérira des ophtalmies, etc.
 
Paracelse, après son séjour à Bâle, s’installa quelque temps à Colmar, puis, reprenant sa vie errante, parcourut une seconde fois l’Allemagne, la Moravie, la Carinthie, de nouveau l’Alsace, soulevant contre lui des tempêtes et les excitant par ses violences. Il accusait tous les médecins de n’être que les « perroquets de Galien » et des « ânes bâtés », tandis que ceux-ci le représentaient comme un athée ayant fait un pacte avec le Diable…
 
Il professa à Nuremberg (1529), à Saint-Gall (1531), à Pfeffer (1535), à Villach (1538) ; enfin, après avoir séjourné quelques mois à Mindelheim (1540), il vint mourir à Salzbourg dans un dénuement presque complet.
Deux hommes se sont acharnés contre sa mémoire : Th. Eraste, son ennemi juré, qui le représente comme un bateleur, explique ses voyages en disant qu’ « il suivait une troupe de bohémiens et de vagabonds », et son secrétaire Oporinus, qui, après l’avoir servi, l’a diffamé, le présentant comme un « dégoûtant ivrogne, couvert de vermine, étourdissant son public illettré par un jargon incompréhensible d’allemand et de mauvais latin ».
 
Les livres de Paracelse sont cependant là pour réfuter les calomniateurs, notamment le Paramirum et le Paragranum, qui pourraient porter en exergue cette déclaration digne des esprits les plus éclairés de l’époque : « Bien peu des médecins ont une connaissance exacte des maladies et de leurs causes ; mes livres ne sont pas écrits comme ceux des autres médecins, qui se sont bornés à copier Hippocrate et Galien ; je les ai composés en me fondant sur l’expérience, qui est la plus grande maîtresse de toutes choses… »
C’est à Jung, son compatriote, que Paracelse doit les plus justes éloges adressés à ses talents :
 
Paracelse, qui était en premier lieu un médecin génial, souligne que personne n’est médecin qui ne pratique l’art de « théoriciser ». Il entendait par là que le médecin non seulement doit acquérir par lui-même, mais aussi doit enseigner à son malade une conception, voire une vision de sa maladie qui permette au médecin de soigner et au malade de guérir, ou au moins lui permette de supporter sa maladie… »
 
Quand nous poursuivons avec persévérance et conséquence la voie du développement naturel, nous arrivons à l’expérience du soi et de l’existence telle quelle, toute naturelle. C’est ce qu’exprimait,mais sous forme d’exigence éthique, la devise de Paracelse, qui est aussi authentiquement suisse qu’authentiquement alchimiste : Alterius non sit, qui suus esse potest, « Qu’il ne soit pas un autre, celui qui peut être soi ».
 
L’ère scientifique qui, en fait, débuta avec le XVIIe siècle a enterré sans discernement non seulement ce qui, dans la médecine de Paracelse, était un fatras, mais aussi ce qui constituait des perles précieuses. Ce n’est que deux siècles plus tard que ses idées revécurent partiellement, grâce à un nouvel empirisme, je veux dire grâce à la doctrine de Mesmer, celle du magnétisme vital…
 
http://jm.saliege.com/paracelse1.htm
Repost 0
8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 19:32

Sion-01.jpgSion, d'après la topographie de Mérian 1642

horloge-1667-maitre-Spoeth-de-st-gall.jpgHorloge de l'Hôtel de Ville, vers 1667 par maître Spoeth, de St-Gall.

 

clochetonHotelDeVille.jpgClocheton de l'Hôtel de Ville

georges-supersaxo.jpgGeorges Supersaxo 1450-1529, Salle de la Bourgeoisie.

supersaxo.jpgRosace du plafond de la Salle Supersaxo. Nativité, par Jacobino de Malacridis XVIe siècle. Deux plafonds signés du Maître italien connu au monde, dont celui-ci à Sion.

 

Repost 0
8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 16:25

Deux mots d'histoire

Il est donc avéré qu'après la campagne de Jules César les Sédunes et les Romains occupaient le pied des collines de Vallère et de Tourbillon, où Sedunum formait administrativement une civitas, puis devint municipe, pour rétrograder au rang de vicus sous l'empereur Dioclétien, mais sans que sa prospérité en souffrît. la fameuse inscription de l'hôtel de ville, datée de 377, première inscription chrétienne de Suisse, prouve le contraire, puisqu'elle loue le magistrat Asclépodote d'avoir remplacé quelque édifice impérial par une construction plus somptueuse. Placé sur la route d'Italie, Sion ne cesse de recueillir un fort mouvement de marchands et de militaires.

Avec les invasions barbares, l'état social se modifie. La vassalité puis la féodalité entrent dans les moeurs. L'évêque du Valais, abandonnant son siège d'Octodure par crainte des barbares et des inondations de la Dranse, se fixe à Sion en l'an 580, et construit sur le roc l'église qui devait devenir la collégiale de Valère. Nanti dès 999 d'une donation régulière de l'empereur Rodolphe III de Bourgogne, qui le rend maître du Comté du Valais, de la Furka à Martigny, et fait de Sion une ville impériale, l'évêque pourvoit à sa sécurité et à son embellissement, en élevant l'enceinte fortifiée et la cathédrale. L'enchevêtrement de ses territoires avec ceux des comtes de Savoie, maîtres du Bas-Valais, entretenait toutefois un perpétuel état de querelle, qui plus d'une fois se solda par la guerre.

Sur la ville divisée alors en quatre quartier: La Citta, Malacort, Pratifori et Claviney, l'évêque assisté d'un major, d'un vidame, d'un sautier et d'un métral résidant à la Majorie, exerçait de son palais un pouvoir d'abord discrétionnaire sur une population trop profondément divisée en nobles, vilains et serfs pour faire oeuvre de politique commune.

Mais avec le temps, l'évêque fut contraint par les besoins de guerre à céder mainte prérogative à ses Sédunois, notamment le droit de marché, dont ils firent grand profit. En 1269 déjà, douze citoyens étaient nommés pour administrer la "communitas". La commune de Sion était née.

Pillé et saccagé à mainte reprise, assiégé enfin par les Savoyards, en 1475, Sion se vit délivré par les troupes confédérées après un farouche combat à la Planta. Le Bas-Valais forma le prix de la victoire, et par ainsi le Valais retrouva son unité politique et géographique et Sion sa place de chef-lieu.

De 1475 à la Révolution de 1789, Sion ne cesse de voir les prérogatives de son évêque grignotées par l'intrigue et des entreprises malheureuses au profit des Dizains. Il connaît une heure de gloire le jour où son évêque Mathieu Schiner (1516 à 1522) coiffe le chapeau de cardinal et conduit ses vaillants Valaisans au secours du Pape. Après la Révolution enfin, Bonaparte se rend maître du Valais qu'il constitue en Département du Simplon afin de tenir la fameuse route d'Italie sous son contrôle direct. La maison de son ambassadeur Châteaubriand, le bel hôtel de la rue de Lausanne, attend néanmoins toujours son hôte.

L'histoire de Sion, brièvement dessinée ici, a laissé partout dans la cité des traces visibles de ses vicissitudes, elle demeure à fleur du sol, où le voyageur curieux n'a point de peine à la retrouver.

 

http://www.siontourism.ch/index.cfm?Page=Buildpage&mainmenuid=123&sousmenuid=0&soussousmenuid=0&locationid=73

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sion
Repost 0
30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 22:13
La résistance
 
Au moment où s’affirmait ainsi la volonté de résistance de l’Armée représentée par le corps de ses officiers supérieurs, la cause d’un malaise passager, susceptible de porter atteinte au moral de la troupe et à la confiance du pays, avait été effacée dans des circonstances que je rapporterai brièvement :
Au début de 1940, l’Office central chargé de la lutte contre les menées visant la sécurité de l’Etat, informait la Section de police du Service territorial qu’il existait des listes d’officiers suspects de professer des opinions extrémistes, dangereuses pour l’Armée. Leurs attaches avec les « ligues » ou « fronts » étaient connues ou probables. Ces listes furent remises à la Section de police par les polices communales, cantonales et fédérales. Mais les organes de l’Armée ne purent établir de rapports précis d’après ces listes établies à la hâte et qui s’étendaient aux diverses régions du pays.
Comme aucune mesure, soit policière soit juridique, ne pouvait être appliquée pour tirer les choses au clair, je prescrivis, par ordre secret du 10 mai 1940, d’ouvrir des enquêtes sur les officiers suspects d’appartenir à ces mouvements. Destiné au Chef de l’Etat-major Général de l’Armée, aux commandants de corps d’armée, au Commandant de l’aviation et de la D.C.A., aux chefs d’arme et chefs de service de l’Etat-major de l’Armée, l’ordre était accompagné de listes et de renseignements touchant les suspects. Les destinataires, responsables de l’enquête, devaient veiller à ce qu’elle fût menée par le supérieur directe de l’officier visé, qui procéderait lui-même à l’interrogatoire, en l’informant que l’enquête se fondait sur des indications de la Section de police de l’Etat-major de l’Armée. On exposerait à l’officier suspect que ce n’était pas seulement dans l’intérêt du pays, mais aussi dans son propre intérêt, qu’il importait de tirer son cas au clair. Un rapport final, accompagné des procès-verbaux d’enquête, devait comporter une appréciation sur l’officier – appréciation basé sur le résultat de l’enquête et précisant si, oui ou non, celui-ci était encore digne de conserver sa situation dans l’Armée.
Sur la liste, qui comptait 124 noms, figuraient 11 officiers supérieurs, 14 capitaines et 16 officiers subalternes dits « frontistes » ; 12 officiers supérieurs, 17 capitaines et 54 officiers subalternes dits « nationaux-socialistes » ou « fascistes ».
L’enquête, ainsi qu’on l’espérait, donna un résultat réconfortant. En vertu des propositions faites par les supérieurs directs et par les commandants d’unité d’armée, les noms de sept officier seulement furent retenus. Trois cas furent déférés aux tribunaux militaires ; dans quatre autres cas, on procéda à des mesures spéciales de mise à disposition.
Quant aux 117 autres officiers qui figuraient sur les listes, je les informai, par mon ordre du 24 juin 1940, de la clôture de l’enquête et je leur témoignai ma confiance ainsi que celle de leurs supérieurs.
La majorité des officiers visés comprirent l’objet de l’enquête. Elle permit de constater, comme il ressort clairement des procès-verbaux et des rapports des supérieurs de tout grade, le sentiment très élevé de l’honneur militaire qui régnait dans toutes les classes d’âge, à tous les grades et dans toutes les armes. Ceux qui étaient visés se soumirent à l’enquête en « soldats » et donnèrent franchement les indications qu’on leur demandait sur leurs opinions politiques. Ils eurent, dès lors, latitude de recourir contre toute nouvelle enquête dénuée de fondement.
Le maintien de la confiance, de la discipline et du renom de l’Armée avait rendu cette mesure nécessaire, si pénible qu’elle fût. L’enquête, qui ne dépassait pas le cadre des officiers, était une mesure extraordinaire ; elle ne pouvait pas se répéter. Lorsqu’en avril 1944, le Chef du Département militaire me demanda d’entreprendre une « épuration » dans l’Armée, je n’estimai pas qu’il eût lieu de donner suite à cette demande : elle découlait surtout d’un débat, aux Chambres fédérales, sur le cas d’un officier supérieur condamné pour trahison. Une mesure générale s’appliquant à toute l’Armée, et en particulier au corps des officiers, ne me semblait pas justifiée par ce cas heureusement isolé.
Il fallut prendre encore, dans la suite, contre quelques officiers dits « frontistes », certaines mesures particulières, mais qui se fondaient aussi sur d’autres raisons. Je puis dire que l’Armée, dans son ensemble, comme chacun de ses membres en particulier, s’est abstenue de toute politique, au sens où son devoir le lui interdisait et conformément aux instructions que j’avais données.
 
Je rappellerai encore une certaine « Ligue d’officiers » qui fit parler d’elle en 1940. son objet était, en somme, louable : inquiets, au lendemain de la défaite française, de voir les progrès que le défaitisme pouvait faire dans l’Armée et dans la population, quelques officiers, appartenant pour la plupart à l’Etat-major Général, s’étaient réunis pour échanger leurs appréhensions ; ils craignaient que la volonté de résistance du gouvernement et du peuple suisse ne fléchissent sous l’effet des victoires allemandes. Ils firent « boule de neige » : 37 officiers cherchèrent à créer une organisation qui affirmerait ou confirmerait la volonté de résistance totale de l’Armée envers et contre tous, et qui soutiendrait le Commandement de l’Armée s’il était soumis à quelque pression. Bien que ces officiers se fussent préparés à agir dans l’esprit des ordres d’armée qui prescrivaient de se défendre « en toutes circonstances », il fallut ouvrir contre eux une « enquête en complément de preuves » et prononcer, contre huit officiers, des peines disciplinaires allant de quinze jours d’arrêts de rigueur à la « réprimande écrite », puisqu’ils avaient contrevenu à l’ordre et à la discipline militaires en vertu de l’article 180 du Code pénal militaire. Les autres ne furent pas punis.
Je tiens à remarquer toutefois qu’au cas où la volonté de résistance aurait cédé sous une pression de l’étranger, ces officiers, en refusant d’obéir, n’auraient pas été seulement dans leur droit ; ils auraient accompli leur devoir, qui est celui de tout soldat. ils avaient eu le tort d’agir en secret ; l’eussent-ils fait ouvertement qu’ils n’auraient pas fait l’objet de sanctions.
Rapport du général Guisan 1946
Repost 0
30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 22:09
CHAPITRE III
 
Delphine
 
Pris au charme de la magicienne de Coppet, Benjamin Constant déçoit et désespère la châtelaine de Colombier. La bruyante renommée, les menées ambitieuses de cette jeune dame de Staël exaspéraient déjà le fin bon sens de Mme de Charrière, Hollandaise mûre et désabusée. Et voici, les yeux sombres de l’ambassadrice – qui n’est pas même belle ! – rallument un feu que les yeux pâles de l’auteur de Caliste n’ont pas eu le pouvoir d’entretenir. On lui prend son ami, son interlocuteur incomparable ! Comme Mme de Charrière s’étonne et se plaint, le transfuge Benjamin lui répond par une enthousiaste apologie de Mme de Staël :
 
« Je ne puis trouver malaisé de lui jeter, comme vous dites, quelques éloges. Au contraire, depuis que je la connais mieux, je trouve une grande difficulté à ne pas me répandre sans cesse en éloges, et à ne pas donner à tous ceux à qui je parle le spectacle de mon intérêt et de mon admiration. J’ai rarement vu une réunion pareille de qualités étonnantes et attrayantes, autant de brillant et de justesse, une bienveillance aussi expansive, et aussi active, autant de générosité, une politesse aussi douce et aussi soutenue dans le monde, tant de charme, de simplicité, d’abandon dans la société intime. C’est la seconde femme que j’ai trouvée qui m’aurait pu tenir lieu de tout l’univers, qui aurait pu être un monde à elle seule pour moi. Vous savez qui a été la première… Enfin, c’est un être à part, un être supérieur, tel qu’il s’en rencontre peut-être un par siècle, et tel que ceux qui l’approchent, le connaissent et sont ses amis, doivent ne pas exiger d’autre bonheur. »
 
Le temps vengera Mme de Charrière. Elle vécut assez pour recueillir l’écho des querelles, des plaintes réciproques de Mme de Staël et du futur auteur d’Adolphe, unis par une chaîne qui leur pèse, qui les meurtrit, mais que leurs dissentiments pendant tant d’années ne font que raffermir. Deux ans après leur première rencontre, Mme de Staël écrit de Coppet à un de ces amis français qu’elle avait protégés, admis dans son intimité, et qui rentre dans la France convalescente :
 
« Mon mari est parti pour les eaux d’Aix ; nous étions assez mal à l’aise ensemble : il vaut mieux être unis de loin. Je suis donc ici parfaitement seule avec mon père et le Diable blanc (B. Constant). C’est une terrible épreuve pour tous les sentiments que de se regarder face à face : il faut du monde pour avoir de l’esprit, du monde pour s’aimer, du monde pour tout, excepté pour soi tout seul ; cela n’est pas si bête que l’on pourrait le croire : dès qu’on est deux il faut être beaucoup plus. »*
*Lettre de Madame de Staël à Adrien de Mun, Revue de Paris, décembre 1923, p. 523.
 
Si la France, graduellement, se rouvre aux émigrés, le Comité de salut public, le Directoire, ne tolèrent pas les intrigues. Mme de Staël l’apprend à ses dépens. Dès 1795, le gouvernement républicain la prie de passer la frontière, de rejoindre son père en Suisse. La police de Desportes, résident français à Genève, la surveille pendant toute l’année 1796. un domestique attaché à sa personne, un certain Monachon, ex-ministre du saint Evangile, dépouille avec zèle discret le courrier de sa maîtresse, et les secrets du château sont communiqués à Paris. Elle aime les aristocrates, elle les aide à renter dans leur pays ou à s’enfuir quand ils s’y compromettent. Le valet de chambre-espion a peine à comprendre que ces relations se concilient avec des convictions sincèrement républicaines.
Retenue en Suisse, menacée de devoir y passer deux hivers de suite, elle s’écrie : « Ah ! que je m’ennuie dans ce pays ! » Mais, en 1797, comme elle rentre en France, et s’établit à la campagne avec Benjamin Constant qui fait avec elle l’apprentissage de la servitude amoureuse et du libéralisme politique, un témoin malicieux de cette retraite à demi-volontaire, le général Montesquiou, note : « Je parie qu’elle regrette les comédies et les bals de Lausanne, ce dont elle n’aura garde de convenir parce que cela lui paraîtrait le comble du mauvais goût… Ce n’est pas la France qu’elle aime, mais le théâtre et dès qu’elle n’est plus en scène elle ne l’aimera plus. » Ce n’était pas la Suisse qu’elle détestait, même en ces années d’ambition passionnées, mais l’éloignement de Paris, la seule scène, pensait-elle, où elle pût jouer un grand rôle. La rigueur des temps et des gouvernements la confina sur un théâtre plus humble. Mais le talent de l’acteur relève les tréteaux, illumine les salles obscures. Finalement, qu’elle en eût conscience ou non, c’est Coppet qui lui fut la meilleure tribune, et le monde fut plus attentif aux conversations de son château qu’aux paroles qu’elle aurait prononcées dans la rumeur de Paris.
m. Necker était inscrit sur la liste des émigrés. L’invasion des troupes françaises dans le Pays de Vaud, en janvier 1798, menaçait la liberté, la vie même du vieux ministre. Sa fille accourut auprès de lui.
 
« Lorsque l’entrée des Français fut positivement annoncée, nous restâmes seuls, mon père et moi, dans le château de Coppet, avec mes enfants en bas âge. Le jour marqué pour la violation du territoire suisse, nos gens curieux descendirent au bas de l’avenue, et mon père et moi, qui attendions ensemble notre sort, nous nous plaçâmes sur un balcon, d’où l’on voyait le grand chemin par lequel les troupes devaient arriver. Quoique ce fût au milieu de l’hiver, le temps était superbe ; les Alpes se réfléchissaient dans le lac, et le bruit du tambour troublait seul le calme de la scène. Mon cœur battait cruellement par crainte de ce qui pouvait menacer mon père. Je savais que le Directoire parlait de lui avec respect ; mais je connaissais aussi l’empire des lois révolutionnaires sur ceux qui les avaient faites. Au moment où les troupes françaises passèrent la frontière de la Confédération helvétique, je vis un officier quitter sa troupe pour monter à notre château. Une frayeur mortelle me saisit ; mais ce qu’il nous dit me rassura bientôt. Il était chargé par le Directoire d’offrir à mon père une sauvegarde ; cet officier, très connu depuis sous le titre de maréchal Suchet, se conduisit à merveille pour nous, et son état-major, qu’il amena le lendemain chez mon père, suivit son exemple. »
 
Malgré son libéralisme, Mme de Staël redoutait l’invasion de la Suisse et l’émancipation du Pays de Vaud. Ce bouleversement d’un pays hospitalier et pacifique lui inspirait des craintes, assez justifiées par le traitement barbare infligé aux cantons primitifs, par la sombre histoire de la République helvétique. On ne peut lui faire grief d’avoir voulu éviter la suppression des droits féodaux que le baron de Coppet et seigneur de Bière avait acquis à beaux deniers comptants, ni d’avoir tenté dans une audience d’obtenir du général Bonaparte, qu’elle admirait encore avec ferveur, qu’il renonçât à la campagne de Suisse.
 
« Le jour de la première bataille des Suisses contre les Français, quoique Coppet soit à trente lieues de Berne, nous entendions, dans le silence de la fin du jour, les coups de canon qui retentissaient au loin à travers les échos des montagnes. On osait à peine respirer pour mieux distinguer ce bruit funeste ; et, quoique toutes les probabilités fussent pour l’armée française, on espérait encore un miracle en faveur de la justice ; mais le temps seul en est l’allié tout puissant. »
 
Mme de Staël fit son possible aussi pour épargner aux Genevois la réunion à la France. Mais le Directoire ne se laissait pas arrêter par les plaidoyers et les considérations morales… Plus tard,à la chute de l’Empire, elle salua la restauration de Genève et son agrégation à la Confédération suisse. Mais elle se garda bien de soutenir les Bernois et les rares Vaudois qui auraient voulu rendre à la république de Berne la souveraineté sur le Pays de Vaud. A un gentilhomme de son voisinage, Guillaume de Portes, qui prétendait la gagner, en 1814, à ce projet de réaction, elle répondit, avec un sens politique et une netteté de libéralisme qui ne laissent rien à désirer :
 
« Votre mémoire est très bien fait et l’on ne peut rien dire de mieux, votre doctrine admise, mais je ne considère pas les peuples comme des propriétés et la conquête ne me semble point un droit. Là où la justice est violée, il y a cessation du pacte social, car il ne repose que sur l’intérêt du grand nombre. La royauté, comme la république, est faite pour les nations, et leur voix, comme dit le proverbe, est celle de Dieu. Ajoutez à cela que le temps est de quelque chose dans la question. Vous dites que les Vaudois doivent à Berne, il y a quatre siècles ou environ, d’être Suisses. S’il y a prescription dans les transactions des particuliers, à plus forte raison y en a-t-il dans celles des nations. Charlemagne était usurpateur de Clovis et Hugues Capet de Charlemagne ; les Anglais ont banni les Stuart, etc. La vie est un changement continuel et la justice est beaucoup antérieure à tous les événements de l’histoire.
« L’immense majorité des Vaudois ne veut pas se réunir à Berne, donc cela ne doit pas être. Vous me citez une autorité qui disposera toujours de tout, mais il y a dix ans, hélas ! qu’elle ne parle plus et ces dix ans ont tout changé. J’étais moi-même contre la révolution du Pays de Vaud, mais la contre-révolution est impossible. Les hommes ne peuvent pas être les serfs de leurs aïeux, et quels aïeux faut-il choisir, ceux d’il y a quatre siècles ou d’il y a cinquante ? Je ne connais guère qu’Adam qui eut le droit d’arranger ses affaires politiques irrévocablement. C’est votre loyauté, Monsieur, qui vous fait aimer les vieilles institutions, mais souvenez-vous qu’elles ont été modernes et que les nouvelles sont vieilles à leur tour. Vous voyez que j’attache du prix à votre opinion et que je dis la mienne longuement. »*
*Conrad de Mandach, Le Comte Guillaume de Portes, 1904, p. 259.
 
Au cours de ce tragique printemps de 1798 et les années suivantes, Mme de Staël passe des heures presque calmes au bord du Léman. Elle accompagne M. Necker dans ses promenades à petits pas sous les arbres du parc. Elle trace, sur des cahiers de papier à grain rude, l’esquisse de quelques chapitres de ses prochains ouvrages. Le livre De la littérature s’écrit ainsi, tandis que quelques amis venus de Genève, un ou deux proscrits de Fructidor, suscitent d’un mot sa conversation. Des émigrés revenant d’Allemagne font étape à Coppet. C’est par ces Français, Adrien de Lezay, Chênedollé, et par quelques Suisses, que la femme de lettres prend une connaissance, d’abord superficielle, de l’Allemagne.
 
« Mme de Staël, nous dit Chênedollé, s’occupait alors de son ouvrage sur la Littérature, dont elle faisait un chapitre tous les matins. Elle mettait sur le tapis à dîner, ou le soir dans le salon, l’argument du chapitre qu’elle voulait traiter, vous provoquait à causer sur ce texte-là, le parlait elle-même dans une rapide improvisation, et le lendemain le chapitre était écrit. C’est ainsi que presque tout le livre a été fait. »
à suivre...
Repost 0
21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 20:15
 
Le Commandant en Chef de l’Armée.
Quartier Général
De l’Armée,
Le 12 juillet 1940
 
SECRET
 
Note concernant le nouveau dispositif de défense.
 
I. Par sa lettre du 2.7.40, le Conseil fédéral m’a confirmé ses instructions du 31.8.39 : « sauvegarder l’indépendance du Pays et maintenir l’intégrité du territoire en mettant en œuvre tous les moyens militaires appropriés ».
Le dispositif que j’ai appliqué pendant la première phase de la guerre visait à défendre la plus grande partie du territoire national. Il comportait deux échelons :
 
-          les troupes frontière, appuyées à des fortifications permanentes et de campagne, et résistant sur place ;
-          la position d’armée, sur laquelle s’exerçait l’effort principal de la défense, et que tenaient, sans esprit de recul, les gros de nos forces.
 
Le tracé de cette position était jalonné généralement par Sargans – Wallensee - Canal de la Linth -Lac de Zurich – Limmat – Jura argovien, bâlois, bernois et neuchâtelois – lac de Neuchâtel – Mentue – Lac Léman.
En cas d’agression d’un des belligérants, je pouvais escompter qu’une aide nous serait apportée, automatiquement, par son adversaire, et que notre capacité de défense s’en trouverait renforcée et prolongée.
 
II. Cette situation s’est modifiée progressivement à la suite de la diminution et de l’effondrement de la résistance française, puis de l’entrée en scène de l’Italie aux côtés de l’Allemagne.
Dès lors, ce n’était plus sur un ou deux fronts que nous risquions d’être attaqués, mais sur tous les fronts, et ceci d’autant plus que la saison autorisait les opérations en haute montagne.
Enfin, nous ne pouvions plus compter sur l’aide d’un allié éventuel.
Aux besoins de la situation nouvelle a répondu la re-mobilisation du 11 mai, puis un remaniement de notre dispositif qui s’est traduit par l’extension progressive de notre effort défensif à des fronts nouveaux en réponse au développement de la menace.
 
III. La signature de l’armistice est venue, une fois de plus, modifier la situation extérieure. Celle-ci m’inspire aujourd’hui l’appréciation suivante :
Si, d’une part, l’Allemagne et l’Italie n’ont pas intérêt à provoquer de nouveau conflits aussi longtemps qu’elles ne sont pas venues à bout de la résistance anglaise, d’autre part, les voies de communication directes qui traversent nos Alpes présentent, pour la première de ces puissances en tout cas, un intérêt indiscutable. Celle-ci pourrait donc être amenée à exercer sur la Suisse une pression économique, politique et même militaire, pour obtenir libre usage de ces voies de communications.
Ainsi, les exigences allemandes pourraient, tôt ou tard, devenir telles qu’elles seraient inconciliables avec notre indépendance et notre honneur national. La Suisse ne parviendra à échapper à la menace d’une attaque allemande directe que si le haut commandement allemand, dans ses calculs, considère qu’une guerre contre nous serait longue et coûteuse, qu’elle ranimerait, inutilement ou dangereusement, un foyer de luttes au centre de l’Europe et gênerait l’exécution de ses plans.
Dès lors, l’objet et le principe de notre défense nationale sont de démontrer à nos voisins que cette guerre serait une entreprise longue et coûteuse. Si nous devons être entraînés dans la lutte, il s’agira de vendre notre peau aussi chère que possible.
 
IV. À cette appréciation nouvelle, dans le cadre d’une mission inchangée, correspondent des décisions nouvelles.
Une démobilisation partielle a été effectuée le 7 juillet. J’estime que des mesures de démobilisation plus complètes ne sauraient être envisagées pour le moment, sauf en ce qui concerne une partie des troupes légères, dont les chevaux doivent revenir à l’agriculture pour le temps des moissons.
L’articulation de notre dispositif de défense en deux échelons – troupes frontières et position d’armée – est-elle encore justifiée ?
-          troupes frontière : sans aucun doute ; leur valeur s’est accrue au cours des mois de service actif en même temps que leurs travaux de fortifications se sont développés.
-          Position d’armée : elle offre deux avantages principaux : - elle couvrent une partie essentielle du territoire national, avec les ressources qui s’y trouvent ;
-          Elle comprend de solides organisations, maintenant presque achevées, et pour lesquelles d’importantes dépenses ont été consenties.
En revanche, telle qu’elle était conçue et occupée jusqu’ici, cette position présentait des inconvénients et des risques. La nécessité de parer à une attaque sur tous les fronts à la fois m’impose une nouvelle répartition des moyens, qui implique une diminution de la densité d’occupation.
De plus, en présence des méthodes de combats modernes, et, notamment, des engins blindés, notre position d’armée risquait d’être prise à revers ; si j’y concentrais le gros de nos moyens, même avec une densité moindre, leur action risquait de se trouver compromise par l’effet d’une menace ou d’une irruption sur ses flancs ou ses arrières.
 
V. J’ai pris la décision suivante : la défense du territoire s’organisera suivant un principe nouveau, celui de l’échelonnement en profondeur.
A cet effet, j’ai institué trois échelons de résistance principaux, complétés par un système intermédiaire de points d’appui.
Les trois échelons de résistance seront :
-          les troupes frontières, qui conserveront leur dispositif actuel ;
-          une position avancée ou de couverture, qui utilisera le tracé de la position d’armée actuelle entre le lac de Zurich et le massif du Gempen et qui se prolongera par un front ouest, jalonné généralement par le Jura bernois et neuchâtelois – Morat – la Sarine jusqu’à la trouée de Bulle ;
-          une position des Alpes ou réduit national qui sera flanquée, à l’est, à l’ouest et au sud, par les forteresses, englobées, de Sargans, de St-Maurice et du Gotthard.
 
Les missions dévolues à ces trois échelons de résistance seront les suivantes :
-          celle des troupes frontières sera maintenue ;
-          la position avancée ou de couverture barrera les axes de pénétration vers l’intérieur du pays ;
-          les troupes de la position des Alpes, ou réduit national, tiendront, sans esprit de recul, avec des approvisionnements constitués pour une durée maximum.
 
Entre ces trois échelons, le système défensif intermédiaire comportera des points d’appui de défense antichars, constituant autant de réduits ou de nids de résistance, gardés sur tous les fronts. Leurs méthodes de combats s’inspireront de celles de la guérilla, ainsi que des plus récents enseignements de la guerre.
En cas d’irruption de blindés à l’intérieur de nos positions, la défense antichars devra être assumée ou reprise à n’importe quelle profondeur, avec la même efficacité et la même rapidité.
En plus de ces points d’appui, le système de défense intermédiaire comportera un jeu profond de destructions, qui sera complété dans la zone comprise entre la position de couverture et le réduit national.
Cette défense intermédiaire sera dévolue, suivant les zones :
-          à des détachements légers ;
-          à des troupes territoriales mobilisant dans la région et agissant en coopération avec les gardes locales.
 
VI. Ce nouveau dispositif de défense aura pour conséquence inévitable le maintien sur place de la population civile. Des évacuations partielles pourront, sans doute, être ordonnées par le commandement local suivant les circonstances.
Mais il importe avant tout que la population ne reflue, en aucun cas, vers le réduit national, où elle compromettrait le succès des opérations et ne disposerait pas d’approvisionnement suffisants.
 
VII. La mise en œuvre du nouveau dispositif comportera diverses opérations :
-          regroupement partiel des internés ;
-          regroupement simultané des unités d’armée dans les zones avoisinant le réduit national, où l’instruction sera entreprise selon les enseignements les plus récents ;
-          regroupement des troupes destinées à la position de couverture ;
-          travaux de fortification sur la position du réduit national.
 
VIII. Le nouveau dispositif pourra être achevé au début du mois d’août.
En dépit des difficultés que cette opération comporte, toutes mesures utiles seront prises pour assurer la continuité de la défense pendant cette période de regroupement.
 
Le Général :
Signé : GUISAN.
 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Guisan
Repost 0
17 avril 2007 2 17 /04 /avril /2007 12:02
L’insurrection dans le pays de Vaud et dans le canton de Fribourg
(janvier – février 1798)
 
Tel qu’elle était enseigné au élèves de terminal primaire et aux jeunes filles des l’écoles ménagères l’histoire. Le texte est tiré d’ « Un siècle d’histoire fribourgeoise » dépôt central du matériel d’enseignement et des fournitures scolaires, Fribourg 1941.
 
1. Proclamation de l’indépendance vaudoise. – En janvier 1798, une armée française, commandée par le général Ménard, fut envoyée à la frontière vaudoise. Elle était chargée d’appuyer les « patriotes », c’est-à-dire ceux qui voulaient affranchir leur pays de la domination bernoise.
   Les Vaudois étaient sujets de Berne depuis 1536. L’occasion de conquérir leur liberté s’offrait à eux : ils la saisirent. Dans la nuit du 23 au 24 janvier, les lausannois proclamèrent l’indépendance du Pays de Vaud et la formation d’une République lémanique. Ils plantèrent un arbre de la liberté, arborèrent à leur chapeau une cocarde verte, qui devint le signe de ralliement des insurgés vaudois.
   Les baillis bernois s’empressèrent de quitter leur poste. Le 29 janvier, le général Ménard entrait à Lausanne et exigeait de la nouvelle république une armée de 4000 hommes et un prêt de 700 000 livres.
 
2. La propagande vaudoise dans le canton de Fribourg. – Les patriotes vaudois invitèrent leurs voisins de la Broye fribourgeoise, de la Gruyère, de la Glâne et de la Veveyse à se joindre à eux.
   Il y avait, dans chacun de nos baillages, des hommes qui étaient partisans de la révolution et qui souhaitaient un changement de gouvernement. Ils ne formaient pas la majorité, mais ils réussirent, par des promesses et des menaces, à entraîner leurs concitoyens hésitants. « Après la révolution, disaient-ils, aux campagnards, vous ne payerez plus les dîmes et les cens qui grèvent vos terres ; dans la nouvelle république, insinuaient-ils aux citadins, vous occuperez les places de magistrats et de fonctionnaires qu étaient réservées jusqu’ici aux membres des familles patriciennes. »
   Un certain nombre de Fribourgeois adhérèrent au gouvernement de Lausanne par crainte. « Si vous restez fidèles aux aristocrates de Fribourg, leur avait-on affirmé, les troupes françaises, qui s’apprêtent à envahir le pays, vous traiteront en ennemis et vous serez écrasés par les pillages et les réquisitions. »
   Avant de prendre une décision, cependant, les communes fribourgeoises firent savoir à l’Assemblée provisoire du Pays de Vaud qu’elles entendaient conserver leur religion. La liberté du culte catholique fut promise solennellement et les adhésions fribourgeoises à la République lémanique affluèrent.
 
3. Une grande partie du canton de Fribourg devient vaudois. – Des arbres de la liberté furent plantés à Bulle, le 26 janvier, à Estavayer, le 27. Le 29 janvier, on apprenait, à Fribourg, que les baillages d’Estavayer, de Surpierre, Cheyres, Font, Vuissens, Châtel-Saint-Denis, Attalens, Romont, Vaulruz, Gruyère, Bulle et Rue avaient tous fait défection et étaient devenus vaudois. Montagny, Corbière, Vuippens et Saint-Aubin suivirent peu après l’exemple donné. Le canton de Fribourg ne comprit plus que le chef-lieu, les villages des Anciennes Terres, les baillages de Pont, de Bellegarde et de Planfayon.
 
4. Concessions tardives du gouvernement. – Le 6 février, le Grand Conseil de Fribourg afficha une proclamation qui promettait à tous les citoyens « un droit égal au gouvernement et à toutes ses places » et une nouvelle constitution. Ces concessions étaient de nature à satisfaire les mécontents, mais elles arrivaient trop tard et ne produisirent pas grand effet. Seule, la commune de La Roche, qui faisait partie du baillage de Bulle, retira son adhésion à la République lémanique et redevint fribourgeoise. Le gouvernement ne fit aucun autre effort pour ramener à lui ses sujets infidèles.
 
5. Le projet de constitution helvétique. – Les députés des baillages fribourgeois qui siégeaient à l’Assemblée représentative de Lausanne eurent, le 8 février, une grosse surprise. Un projet de constitution pour la République Helvétique était arrivé de Paris. Il prévoyait la division de la Confédération suisse en 22 cantons.
   Le canton du Léman (chef-lieu Lausanne) comprenait le Pays de Vaud qui avait appartenu à Berne. Le canton de Fribourg (chef-lieu Fribourg) gardait tout son territoire ; on y ajoutait même, pour améliorer les frontières, les districts de Payerne et d’Avenches jusqu’à la Broye, et le baillage de Morat, qui était alors la propriété commune de Berne et de Fribourg.
   Les délégués fribourgeois quittèrent Lausanne, où ils n’avaient plus rien à faire, puisque leur pays ne devait pas faire partie du canton du Léman.
 
6. Le canton de Sarine et Broye. – 64 députés des communes fribourgeoises dissidentes se réunirent dès lors à Payerne. Ils auraient bien voulu tenir leurs assemblées à Fribourg, qui devait être le chef-lieu du nouveau canton. Mais les magistrats fribourgeois ne le permirent pas ; ils refusèrent aussi d’envoyer à Payerne une délégation. Les villages qui leur étaient restés fidèles agirent de même.
   Ces abstentions créaient une situation embarrassante. Les 64 députés ne pouvaient se flatter de représenter tout le canton. Ils décidèrent de continuer, malgré tout, leurs séances et ils prirent le titre de Comité central et provisoire du canton de Sarine et Broye.
 
DOCUMENT : L’adhésion du baillage d’Estavayer à la République lémanique. – La ville de Payerne s’était alliée au reste du Pays de Vaud contre le gouvernement de Berne ; elle écrivit plusieurs fois au Conseil d’Estavayer pour l’engager à suivre son exemple et à se rendre indépendant de Fribourg. Le 27 janvier 1798, le « comité de Salut public » de Payerne fit porter, de grand matin, deux lettres à Estavayer ; la première était destinée au lieutenant Louis-Béat de Vevey et l’autre au conseiller François-Laurent Chaney. Le comité insistait de nouveau pour que la ville d’Estavayer se décidât à planter l’arbre de la liberté et à faire partie de la République lémanique. Ces lettres assuraient que le général français allait entrer dans le pays et qu’il y aurait danger à ne pas suivre l’exemple des villes vaudoises.
   Aussitôt, la population d’Estavayer fut convoquée en assemblée générale au son de la cloche. Les bourgeois, après avoir pris connaissance des lettres, décidèrent d’un commun accord que la ville se trouvait dans la « nécessité de se soustraire à l’obéissance envers l’Etat de Fribourg » et se déclarèrent indépendants. Un « comité du Salut public » fut immédiatement créé et l’arbre de la liberté planté, le même jour, aux cris de : « Vive la liberté ! » Les bourgeois décorèrent leurs chapeaux avec des cocardes vertes ; le mot de « monsieur » fut prohibé et remplacé par celui de « citoyen ». Les villages voisins imitèrent immédiatement l’exemple d’Estavayer. L’ancien lieutenant de Vevey et François-Laurent Chaney furent envoyés à Lausanne, où devaient se rassembler les députés des Etats de Vaud.
D’après le Annales de Dom Grangier.
 à suivre...
http://www2.unil.ch/acvs/F/prom_98_3.html
Repost 0
17 avril 2007 2 17 /04 /avril /2007 11:54
Tandis que les cheminées flambantes de la vaste demeure dissipent l’odeur du plâtre et des vernis et combattent les premières brumes de l’automne, Mlle Necker lutte contre le fantôme de l’ennui. Comme sa mère, elle redoute la solitude ; elle craint mortellement que son père, qui montre pour la Suisse un penchant infini, ne veuille passer sa vie dans sa terre : « qu’il me pardonne je n’ai pas encore fait assez provision de souvenirs pour vivre sur eux le reste de ma vie ». La jeune fille, cependant, voit ses parents genevois, son oncle Louis Necker de Germagny ; celui-ci a un fils, qui est fiancé à la fille du grand géologue H.-B. de Saussure. Germaine Necker et Albertine de Saussure se rencontrent dans « un bal charmant », dans un dîner, se plaisent, se font « de grandes confidences » ; elles se lieront bientôt d’une fraternelle affection.
Dès son enfance, Germaine Necker avait eu à Paris une amie genevoise, Jeanne-Catherine Huber. Devenue Mme Rilliet, celle-ci resta une des intimes de Mme de Staël, de celles qui furent le plus souvent à Coppet, jouant dans la troupe dramatique de la châtelaine, écoutant ses confidences d’amoureuse et de persécutée. Mme Rilliet-Huber était fine, mais un peu appliquée à bien faire et à bien dire ; elle manquait d’aisance dans la grâce, ce qui lui valut ce mot cinglant d’un ami trop spirituel de Mme de Staël : « Mme Rilliet a toutes les vertus qu’elle affecte ! » La fille des Necker savait bien découvrir sous les manières raffinées les qualités bienfaisantes de son amie. « Mme Rilliet-Huber, notait une étrangère, est un être délicat et presque immatériel ; elle semble voltiger devant vous avec des ailes de papillon et vous regarde de ses yeux noirs et profonds. » Mme de Staël ne redoutait pas la compagnie des jolies femmes. Sa cousine Necker-de Saussure n’était pas moins gracieuse. Seulement elle touchait le sol d’un pied sûr, elle prenait son appui sur la réalité. L’union de la raison et de l’idéal firent d’elle l’amie parfaite, l’amie de cœur et de confiance.
« Ma cousine, disait Mme de Staël, a tout l’esprit qu’on me prête et toutes les vertus que je n’ai pas. » Elle l’admirait d’avoir su « renfermer dans le cercle le plus régulier de la vie domestique un esprit supérieur ». Cet esprit, Albertine de Saussure le tenait de son père, le savant auteur des Voyages dans les Alpes. Il lui avait donné une instruction virile. Elle était femme cependant, c’est-à-dire fine et belle : le teint blanc, les yeux grands et foncés, les cheveux bruns qu’elle portait poudrés dans sa jeunesse, petite mais la taille bien prise. Elle était capable de donner la réplique à son éloquente cousine, de lui disputer le prix de la conversation. Au témoignage d’un bon juge, Pictet-de-Rochemont, en présence de Mme de Staël, Mme Necker-de Saussure n’a jamais eu d’infériorité. Elle montrait moins d’initiative et de mouvement, mais déployait les ressources d’une dialectique serrée et d’une raison supérieure. « Si Mme de Staël s’engageait dans une mauvaise thèse, sa cousine ne lui faisait point de grâce ; elle ne lui passait pas un sophisme, pas un raisonnement hasardé : il n’y avait adresse qui tînt, il fallait en venir à reconnaître qu’on avait pris fausse route ; et cet aveu se faisait toujours avec une candeur pleine de charme. »
Mme. Necker-de Saussure ne put remporter bien longtemps de ces victoires rares et méritées. Elle devint sourde et, sans renoncer à la société, elle fut obligée de donner à la méditation, au travail littéraire, le talent qu’elle consacrait aux jeux de la conversation. Elle n’en resta pas moins attentive à tout ce qui touchait son illustre cousine. La douleur personnelle et les malheurs de famille que l’une et l’autre éprouvèrent, resserrèrent leurs liens fraternels. La Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël reste le meilleur de ses ouvrages et, malgré sa tendance à l’apologie, un des jugements les plus perspicaces qu’on ait portés sur cette femme exceptionnelle.
 
La jeune ambassadrice de Suède ouvrit son salon à la rue du Bac. C’est le cas de rappeler un mot qu’elle aurait dit à quelqu’un qui, pour la distraire des souffrances de l’exil, lui montrait du balcon de Coppet l’horizon du Léman : « Je préfère le ruisseau de la rue du Bac ! » Certes, elle préférait la société parisienne, ses tournois d’esprit, ses intrigues politiques et sentimentales, à la demi solitude du château paternel. A Paris, à Versailles, elle avait respiré avec ivresse l’encens qui fumait en l’honneur de son père, rappelé au ministère en 1788 et qui fit, quelque mois, figure de réformateur et de sauveur de la monarchie. Mais la Roche Tarpéienne est près du Capitole. Renvoyé, rappelé, contraint bientôt pour la troisième fois de se démettre, M. Necker se réfugiait en Suisse, en septembre 1790. Le cœur brisé, travaillé par l’ambition déçue, mais soutenu par cette immense confiance en lui que sa femme et sa fille entretenaient comme une lampe sainte sur l’autel d’un dieu, M. Necker s’enfermait à Coppet et dans ses souvenirs.
Mme de Staël rejoint bientôt ses parents, traversant en octobre le Jura, dans la splendeur des hêtres cuivrés. Mais son cœur reste en France, où le drame de la Révolution ne se jouera pas longtemps sans elle. Elle feint la gaîté pour consoler son père : « Je me surprends souvent les yeux baignés de larmes en contemplant ce majestueux exemple des vicissitudes humaines… jamais peut-être je ne me suis sentie aussi profondément mélancolique. » Elle ajoute : « Ce pays-ci ne me plaît pas du tout. » Comme M. Necker ne veut pas rentrer en France, elle s’attarde cependant auprès de lui, passe l’hiver à Genève, à Lausanne. Car Coppet, qui n’est pas commode par les mois sombres et froids, sera pendant des années comme un centre autour duquel les châtelains gravitent. Leur fille, plus libre qu’eux, s’éloigne davantage de cette résidence, rentre à Paris, pour retrouver son fils, le petit Auguste, revient à Coppet, prend l’habitude de ce va-et-vient d’un pays à l’autre qu’elle pratiquera jusqu’à son dernier jour.
Au défi de toute prudence, elle s’attarde à Paris pendant les massacres de 1792 ; elle tente de sauver la reine, offre asile aux officiers suisses survivants du 10 août. Enfin elle se met en route, bravant les périls qu’elle contera si bien dans son ouvrage posthume sur la Révolution. Il était temps. A Rolle, où ses parents s’établissent pour être moins proche de la frontière, elle donne bientôt le jour à un second fils, Albert. Cela ne l’empêche pas d’écrire, d’ourdir une généreuse intrigue pour ménager un refuge en Suisse à ses amis constitutionnels. Ni de partir précipitamment pour l’Angleterre, où elle va rejoindre d’autres proscrits chers à son cœur, sans écouter ses parents qui essaient « inutilement, écrit Mme Necker, toutes les ressources de l’esprit et de la raison pour détourner leur fille d’un projet insensé ».
La tête de Louis XVI tombe sur l’échafaud. Les habitants de Rolle entendent de la rue les lamentations, les sanglots de Mme Necker. M. Necker s’enferme dans un auguste silence. Mme de Staël écrit, parle, s’agite. Contre vents et marées, elle veut ramener en Suisse son ami M. de Narbonne. Son confident Gibbon tente de lui faire entendre raison.
 
« je ne m’exalte point par les idées romanesques, lui répond-elle, et je crois à tout ce que la raison dit contre elles avec un nouveau succès depuis le commencement du monde ; mais quand des circonstances extraordinaires comme la révolution qui les a produites ont confondu les âmes et les pensées de deux personnes depuis cinq ans, quand les mêmes circonstances ont fait naître une dépendance mutuelle qui ne laisse aucun moyen d’exister l’un sans l’autre, quand enfin tout ce qu’on appelle les convenances, les considérations, les avantages du monde, ne présente plus qu’un amas de ridicules et de ruines, je ne sais pas quelle serai la raison de vivre s’il fallait se séparer ! Partez donc de l’idée que rien ne pourra m’y décider… »
 
Naturellement, Mme de Staël l’emporte. Ce que femme veut… et quelle femme ! Elle passe donc en Suisse les pires mois de la Terreur, entourée de ses amis français. Ils sont tolérés par la police bernoise, qui cependant surveille leur trop remuante protectrice. De 1793 à 1795, elle vit en Suisse, en proie à une douloureuse agitation, rongeant son frein, parcourant le pays pour les affaires de ses amis. Tour à tour exaltée et déprimée, elle s’écrie : « J’ai toute la Suisse dans une magnifique horreur ! »
Cependant elle assiste à la mort de sa mère, à Lausanne, en mai 1794, et fait ce qu’elle peut pour adoucir la peine de l’inconsolable M. Necker. Fidèle aux dernières volontés de l’hypocondre Suzanne, qui redoutait pardessus tout la corruption de sa dépouille mortelle, M. Necker fait élever en hâte le mausolée de Coppet et, trois mois durant, garde auprès de lui le cercueil où repose le corps embaumé. Enfin, il l’accompagne à sa dernière demeure, dont il s’écartera désormais le moins possible. Mme de Staël passe quelques jours à Coppet, à la fin de septembre, pour assister à cette nouvelle prise de possession solennelle. Mais, pour cette vivante, la vie continue.
Un matin, elle embrasse son père, quitte Coppet pour rejoindre près de Lausanne ses amis français. Le trot pressé d’un cheval qui se rapproche de sa voiture lui fait mettre la tête à la portière. Le cavalier, qui l’a cherché à Coppet, qui la rejoint est un long jeune homme, un peu voûté, le visage fin et pâle encadré de cheveux roux. C’est Benjamin Constant.
Dans le petit château de Mézery où l’ambassadrice passe l’hiver, en pleine campagne, avec sa cour d’émigrés, elle achève une nouvelle, d’une morale fort passionnée, Zulma ; elle travaille à son essai si personnel, l’Influence des passions sur le bonheur des individus et des nations. Pour l’écrire, elle n’a qu’à lire dans son cœur, qu’à regarder autour d’elle. Benjamin Constant est assidu dans sa maison. Il la presse. Elle le rebute. Une nuit, pour forcer cette âme rebelle, il s’empoisonne… On accourt au chevet du moribond. Quelques paroles bienveillantes de Mme de Staël agissent comme un antidote… Bientôt Benjamin Constant prendra possession du cœur et de l’esprit de la châtelaine, de cette part de son cœur et de son génie qu’elle pouvait aliéner à ce maître nouveau.
à suivre...
Repost 0
11 avril 2007 3 11 /04 /avril /2007 19:52
D’un caquelon de terre ou de fonte frotté d’ail, deux cents grammes de fromage de Gruyère pour une moitié, deux cents grammes de Vacherin fribourgeois d’une autre moitié, est la base pour une bonne fondue pour deux personnes. Un bon verre de vin blanc par personne ajoutés, au feu sera doucement touillée et fondu pour enfin tremper son carré de pain de hier. Poivré selon votre goût et buvez un blanc sec servi frais.  
Repost 0
Published by G.Tell - dans Carnet gourmand
commenter cet article