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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 17:45

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Par une lecture un peu critique de la relation de ces événements, nous ne chercherons pas à traîner devant un tribunal ces pionniers de Zermatt, mais à comprendre leur comportement.

 

Redisons-le : les hommes de ces vallées avaient une sainte horreur des sommets, infestés traditionnellement non seulement de réels dangers, mais de démons. Risquer sa vie pour y monter devint un moyen de la gagner, rien de plus. Sans Hillary, combien de sherpas népalais auraient tenté l’ascension de l’Everest ? Les gens de Zermatt ne sont pas des idéalistes, et l’orgueil de la performance est un sentiment qui leur est étranger. Quant à Seiler, c’est un homme sensible et pratique. Il prévoit parfaitement ce qu’une victoire par le versant suisse apportera à ses affaires, mais au moment même de la catastrophe, il est réellement consterné. Il ne sait pas encore à quel point les lieux d’une tragédie peuvent attirer le monde. Quant aux alpinistes, Carrel, Croz et Whymper, ainsi que les Taugwalder, ils ignorent encore, étant des pionniers, les quelques lois fondamentales qui sont entrées dans la tradition de l’alpinisme : la solidarité, le fair-play, un certain code de l’honneur. Principes que l’on fait passer trop souvent comme ancestralement attachés aux races montagnardes, et qui, nous le voyons, ne sont pas si anciens.

Il peut être intéressant de comparer le lancement de Saint-Moritz, parti sur l’astucieux pari de Badrutt, et celui de Zermatt, auréolé de tragique. Et cette différence est sans doute plus le fait du paysage que celui des personnages. Tout est plus âpre et plus difficile dans cette haute vallée qu’en Engadine, et les habitants ont le caractère de l’endroit. L’épopée des Seiler ressemble un peu (revolver en moins) à celle d’un western. Le modeste colporteur achète un saloon, puis un hôtel en face. Il casse la concurrence en rachetant les autres saloons, les auberges. Les jalousies grondent. L’homme est un étranger. Il apporte le progrès, mais il vient du dehors. Chicanes et conflits internes (Alexandre Seiler, ce grand patron, se verra refuser la bourgeoisie de Zermatt, après vingt ans de travail de géant dans la commune). La politique est là, empoisonnant tout. Lutte d’influence entre les autorités communales et les projets de Seiler qui durera encore quinze ans. Le Conseil d’Etat ira jusqu’à mettre Zermatt sous tutelle et la faire occuper par des gendarmes pendant six mois. Si l’affaire ne cause pas de morts, comme dans tous bons films de western, les coups de revolvers ne sont pas loin. Les chemins de fer vont eux aussi poser des problèmes, tant celui reliant Zermatt à Viège que celui montant au Gornergrat. Ce n’est pas immédiatement que l’on comprendra l’importance nationale de son entreprise. A la fin de sa vie Alexandre peut recevoir dans ses hôtels de Zermatt (Monte Rosa, Mont Cervin, Riffelberg, Riffelalp et Lac Noir) sept cent hôtes. En plus il aura lancé les stations de Gletsch, Riederalp et Eggishorn. Il emploie cinq cents personnes.

Alexandre Seiler I

Alexandre Seiler I

Mont Cervin Zermatt

Mont Cervin Zermatt

Riffelberg Hôtel Zermatt

Riffelberg Hôtel Zermatt

Hôtel Riffelalp Zermatt

Hôtel Riffelalp Zermatt

Hôtel du Lac Noir Zermatt

Hôtel du Lac Noir Zermatt

Ce n’est qu’au terme de son œuvre que lui viendront de Sion, la bourgeoisie souhaitée, de Berne, les subsides pour les voies ferrées, de ses concitoyens, le respect, l’aide et l’appui définitifs.

 

En effet, le jour de l’année 1891 où le premier convoi atteint Zermatt sur des rails tout neufs, c’est avec la dépouille mortelle d’Alexandre Seiler que le train qui consacre son œuvre reprendra le chemin de la vallée.

 

Ce rude bagarreur a imposé ses idées, son enthousiasme. Les indigènes, qui ne manquaient pas de tempérament, s’inclinent. Même entre Valaisans, il faut bien que les vendettas s’éteignent. Ici, l’extincteur fut la livre sterling.

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 15:08

L’histoire de l’alpinisme dépasse le cadre du récit, contentons-nous de savoir que la manie de conquérir des sommets est d’abord une manie britannique. Les Anglais ont été les premiers à découvrir les Alpes, tout étonné de satisfaire leur soif d’exotisme et de performances, pétries de beaucoup de vanité nationale, si près de l’Angleterre. Ce fut une véritable invasion de lords et de gentlemen, à tel point que certains endroits ont été faits par eux, et que, politiquement, beaucoup de liens ont été noués entre la Suisse et l’Angleterre pendant toute cette période. Des liens de sympathies « entre insulaires », pourrait-on dire, et qui tiennent toujours.

Autre aspect bien important pour l’histoire de montagne, et singulièrement celui de Zermatt, c’est l’apport publicitaire fourni pat l’Angleterre. L’Empire est le plus important, le plus solide du monde. L’orgueil britannique est démesuré. L’Anglais veut être, puisqu’il se considère comme supérieur, le premier partout. Les exploits sportifs sont repris par les gazettes comme des triomphes nationaux. De même, beaucoup d’inventions sont présentées comme des brevets anglais (il y en a des quantités, à tel point que les Français, notamment, se mettent à les haïr encore davantage). Il paraît donc inconcevable à l’Angleterre de ne pas placer un sujet de Sa Gracieuse Majesté dans chaque première des Alpes.

Le Mont-Rose est atteint en 1855. Dès lors, le tourisme à Zermatt se développe autour d’une longue bataille pour le Cervin. Une bataille qui laisse beaucoup de morts sur le terrain. Alexandre Seiler facilite autant qu’il peut l’accès à Zermatt. La publicité se faisant toute seule, ses problèmes sont l’accès et l’accueil. Chemin de fer, agrandissements et multiplication d’hôtels, engagement de personnel, de muletiers, achat de bétail et de denrées pour nourrir tous ces conquérants, additionnés de curieux et de promeneurs de petite montagne, qui viennent pour le Riffelberg et le Gornergrat, ou, comme supporters, assister aux escalades, par le truchement d’un télescope, de la terrasse du Monte-Rosa.

Le Cervin, Cervino, Matterhorn

Le Cervin, Cervino, Matterhorn

Le Cervin est un personnage, comme la Tour Eiffel. C’est sans doute la montagne dont la silhouette est la plus connue. Il a été peint, gravé, photographié, filmé et reproduit par milliers de gens, décrit aussi par tant de voyageurs, sous toutes ses faces.

 

[Pour être dans le juste, et s’identifier aux lieux, qui nous plongent en 1864, le Cervin ne peut pas être comparé à la Tour Eiffel qui n’est pas encore érigée.]

En 1855 presque tous les quatre mille sont tombés. Seul résiste le Cervin. Trente fois, des Italiens, des Anglais, des Suisses, des Allemands et des Français ont dû battre en retraite, depuis cinq ans. Seul Carrel, l’Italien de Breuil, s’est approché du sommet à quelques centaines de mètres, à plusieurs reprises. Parfois seul, parfois accompagné de l’Anglais Whymper, avec lequel, en principe, il doit donner l’assaut final.

 

L’enjeu touristique est de taille. Si le Cervin attire amateurs et curieux, à cause de son invincibilité, les Seiler savent bien qu’il en attirera cent fois davantage, le jour où il sera prouvé que son ascension est possible.

Les gens de Breuil, sur le versant italien, font le même raisonnement, avec l’espoir bien sûr que c’est de chez eux et non de Zermatt que partira la cordée victorieuse. C’est aussi ce que pense Whymper, avec tous les Zermattois, qui sont persuadés que la voie par le versant italien est plus facile. L’Anglais prépare cette ascension durant cinq ans. En juillet 1865 (le fameux vendredi 13 auquel Whymper tenait tant), trahison de Carrel. On apprend qu’il a formé secrètement une cordée. Il est parti sans son associé, de Breuil, poussé par son gouvernement qui tient à une victoire italienne. Whymper est furieux. Il improvise un assaut par une voie qui apparaît beaucoup plus difficile, celle qui part de Zermatt. Ce sera la grande chance des Seiler et des Zermattois.

Les habitants suivent l’événement avec passion. D’autant plus que deux guides du village, le père Taugwalder et son fils, font partie de l’expédition. On connaît la suite. Le versant suisse était beaucoup plus facile que prévu. Whymper arrive le premier. Au début de la descente, le jeune Hadow, mal équipé, glisse et entraîne dans une chute mortelle lord Douglas, Hudson et Croz.

La victoire devient une tragédie.

 

Observons quelques détails aux aspects cyniques démontrent que le sport et l’hôtellerie, à leurs débuts, furent souvent le résultat d’échanges froidement cruels entre visiteurs, habitants et aubergistes.

 

D’abord Carrel, qui trahit son ami Whymper en essayant de lui souffler la victoire. Ensuite Whymper, parvenu au sommet, qui persuade Michel Croz, ce bon montagnard de Chamonix, de faire rouler dans le vide des blocs de rochers sur le versant italien pour annoncer la victoire à la cordée adverse qu’ils aperçoivent en contrebas. Pas très sport, pour un Anglais ? Puis Seiler, sur la terrasse du Monte-Rosa, criant « Hourrah ! » pour la vieille Angleterre, l’œil braqué sur son télescope, mais faisant taire le second fils Taugwalder qui lui signale à l’oreille qu’il vient de voir une curieuse avalanche, tout près du sommet, une avalanche qui pourrait bien être… Enfin les Traugwalder, qui, à peine remis de leur terreur après la disparition des quatre compagnons, se concertent en patois, pour demander à Whymper de bien vouloir déclarer, en arrivant à Zermatt, et plus tard aux journalistes anglais, qu’ayant perdu leur client, lord Douglas, ils ont risqué leur vie sans même avoir été payés. Comme Whymper, très étonné, assure aux Taugwalder qu’il reprend personnellement la dette de son malheureux ami, les Taugwalder le remercient mais insistent en disant que si les Anglais lisent dans les journaux que les Taugwalder sont d’innocentes victimes de la catastrophe et qu’ils n’ont pas été payés, il viendront en masse les prendre pour guides, que ce sera pour eux la prospérité… etc… etc. Whymper, qui vient de se conduire si peu noblement, est indigné, furieux, bouleversé par tant de cynisme.

En arrivant à Zermatt, Alexandre Seiler I suit Whymper dans sa chambre.

  • Qu’estil arrivé, Monsieur ?
  • Je suis revenu avec les Taugwalder, répond laconiquement l’Anglais.
  •  

L’hôtelier comprend. Il éclate en sanglots, puis organise une colonne de secours.

 

Zermatt est à la une des gazettes du monde entier. Côté clientèle, les Seiler n’ont plus de soucis à se faire.

 

La fascination du Cervin n’a jamais faibli depuis cette époque.

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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 15:25

LES SEILER ET ZERMATT

Ils sont si nombreux. Non seulement des pionniers de l’hôtellerie, ils ont ouvert le Valais au reste du monde.

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Alexandre, fondateur de cette dynastie, a eu seize enfants. Il nous faudra numéroter les Alexandre et les Joseph, pour tenter de nous y retrouver, comme dans les familles royales.

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L’histoire de cette famille est liée à Zermatt et à la vedette du lieu : le Cervin.

Alexandre Seiler est un fils de famille nombreuse. Il naît à Blitzingen dans la vallée de Conches (Goms) en 1819 et, comme César Ritz, issu de la même vallée, il mène une existence de chevrier pendant son enfance.

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Vers l’âge de 20 ans, il va chercher fortune dans les Allemagnes, où il s’initie à la fabrication de chandelles et du savon.

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Il rentre au pays. En 1845, à Sion, il ouvre une petite fabrique de savon et de bougies, avec l’aide de deux de ses frères : Joseph, prêtre et professeur au collège de Brigue, et Franz, notaire à Blitizingen. N’ayant pas de circuit de distribution, il se fait colporteur de ses produits qu’il vend la hotte sur le dos.

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Les affaires ne sont pas fameuses. Alexandre se voit refuser l’exclusivité du savon et de la bougie qu’il demande au Conseil d’Etat du Valais.

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Déjà, il plaide avec vigueur le développement d’industries locales, pour maintenir sur place les habitants des vallées. Mais le canton est déchiré par d’âpres luttes politiques. Les temps sont durs et les magistrats ont la vue courte.

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Alexandre poursuit sa petite affaire, tant bien que mal. Sur l’hôtellerie, il n’a, pour le moment pas la moindre idée.

Son frère Joseph, devenu entre-temps vicaire de Zermatt, dans une lettre à Alexandre, parle des beautés de la nature alpestre, de son envie de faire connaître davantage cet obscur hameau au pied du Cervin, hameau inconnu même de la majorité des Valaisans.

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Joseph propose une association : construisons ensemble un petit hôtel, sur la terrasse du Riffelberg, face au Cervin. Alexandre n’est pas convaincu du tout. Il préfère ses chandelles et son savon. Il lui faudra trois ans pour se décider à visiter son original de frère. Il remonte le cours de la Viège, la hotte pleine, beaucoup plus pour prospecter la vallée que pour vérifier les descriptions lyriques de Joseph.

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Mais il y a le Cervin, fascinant monument. Ce monstre, le panorama qui l’entoure, le bouleversent. Il oublie son savon, comprend son frère, s’installe au hameau avec sa jeune épouse Catherine, née Cathrein, qui sera l’âme de sa grande famille et de toutes ses initiatives. Il décide de transformer Zermatt et de le faire connaître au monde. Il s’aperçoit bien vite que le principal écueil sera d’ordre psychologique. Comme le père Badrutt, en Engadine, Alexandre est un étranger.

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Bien que son frère Joseph soit vicaire de la paroisse, la population de Zermatt est sur la défensive, pour ne pas dire prête à attaquer : de quel droit cet homme de la plaine va-t-il se mêler du destin de l’endroit ?

Alexandre décide de commencer prudemment, par toutes petites étapes. Il ne risquera jamais plus qu’il est sûr de pouvoir réaliser. Son premier hôtel est une minuscule auberge appartenant au samaritain du village, le « docteur » Lauber. Une superbe enseigne, qu’Alexandre peint lui-même, annonce « Hôtel Monte-Rosa ». Elle comporte en tout trois chambres à louer.

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Nous sommes en 1853. L’année suivante, Alexandre prend la gestion du petit hôtel du Riffel, dont Joseph parle depuis des années. Cette modeste construction, située à 2565 mètres, est l’œuvre de trois notables de la contrée, véritables précurseurs eux aussi. Parallèlement, il achète le Monte-Rosa et l’agrandit dans une première étape à la capacité de trente-cinq lits.

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Dès lors, il est impossible de parler de la prospérité touristique de Zermatt et des Seiler, sans parler de l’alpinisme et de l’Angleterre.

Hôtel Monte-Rosa Zermatt

Hôtel Monte-Rosa Zermatt

Ici, l’histoire et un personnage important pour Seiler arrive : le Cervin. Un aparté important pour comprendre le poids du monument sur l’hôtellerie des Seiler.

A suivre...

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27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 16:33

LA FAMILLE BON

Les Bon sont d’origine méridionale. De Provence en Alsace, puis de là jusqu’à Pfäfers, ils se sont promenés, exerçant nous ne savons trop, quel métier. Cependant, c’est déjà dans l’accueil qu’ils sont spécialisés, puisque dans ce vieux couvent de Pfäfers, on les retrouve au XIIe siècle assurant la fonction de protecteurs des pèlerins, puis de majordomes des princes-abbés.

 

Cette vieille famille se distingue des Ritz ou des Badrutt par toute une culture et une éducation de tradition. Anton Bon, chef de la dynastie, n’est pas un chevrier ou un marchand de chandelles. Il est le fils de Sébastien Bon, président de la commune de Ragaz. Il se destine aux études d’ingénieur. Sa réussite pourrait sembler plus facile, plus banale aussi, que celle d’autres pionniers, puisqu’il part de plus haut, mais l’universalité de ses dons en fait pourtant l’exemple même de ce que l’hôtellerie suisse à ses débuts suscita de génie créateur.

Il y avait aussi chez les Ritz toute une antique culture populaire ; on me dira que le père de César Ritz était aussi président de sa commune, mais enfin Anton Bon est tout de même mieux placé dans une famille de notables, moins éloignée des grands centres, plus bourgeoise donc que celle des Ritz.

 

La destinée de ce jeune homme est liée à celle d’un grand architecte dont nous parlerons plus en détail par la suite : Bernhard Simon. Ce vigoureux bâtisseur vient de louer des terrains appartenant au père d’Anton, Sébastien Bon. Il remarque le garçon, chez qui il devine un grand esprit d’entreprise, et comme il est en train de mûrir son grand projet de station thermale à Bad Ragaz, il l’engage, l’envoie à l’étranger apprendre les langues et s’initier aux grands problèmes hôteliers. De cette rencontre naîtra, pour Anton Bon, sa vocation.

On ne peut à la fois offrir une bonne table et un mauvais lit, un beau panorama et une vilaine chambre à coucher, être un rustre et converser avec Sa Majesté.

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Ainsi, après avoir quitté son protecteur pour s’installer à son compte au Splügen, col très fréquenté entre Bavière et l’Italie, et fréquenté par du beau monde qui se souviendra de lui, puis chassé du lieu par l’ouverture du Gothard en 1882, Anton Bon relance un hôtel chancelant avec maestria : le Righi-First. César Ritz aussi, en remontant le Righi-Kulm, faisait un coup de maître. Autre parallèle : c’est Pfyffer d’Altishofen, un architecte, qui remarqua le premier le jeune Ritz.

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Décidément, le lac des Quatre-Cantons est vraiment la mère patrie de ces messieurs les jeunes hôteliers.

Le premier bâtiment construit par Bon, avec les bénéfices du Righi-First, est à Vitznau. C’est une sorte de Château de Chillon, adossé à la montagne. Son architecture est décidée après des mois de voyages dans tous les lieux où vit sa future clientèle : la Ruhr, l’Angleterre et la France. C’est une véritable étude de marché qu’il fait, prenant ici et là les meilleurs éléments concernant les systèmes de chauffage et d’éclairage, la décoration, les matériaux.

 

Son idée, baroque et contournée pour un homme d’aujourd’hui, c’est le dépaysement, par de grandes baies vitrées notamment qui, pour la première fois dans l’histoire de l’architecture, font entrer le paysage à l’intérieur du bâtiment, associé au chez-soi parfaitement britannique, allemand ou français.

[Effet miroir, quand on est à l’hôtel, c’est le paysage que l’on voit et quand l’on est dans le paysage, c’est l’hôtel que l’on voit.]

Hôtel Park, Vitznau

Hôtel Park, Vitznau

Le Park, sur la droite, l'annexe est la piscine.

Le Park, sur la droite, l'annexe est la piscine.

Enfin, Bon considère que la culture générale, l’élégance dans l’accueil, l’éloquence même, et si possible polyglotte, sont les premières qualités à développer.

 

C’est aussi l’avis de César Ritz. Comme lui, Bon est bientôt appelé en consultation un peu partout, chaque fois que l’on construit, ouvre ou transforme un grand hôtel.

Ses enfants ont tous persévéré dans la carrière. Son troisième fils, Primus Bon, fut le roi du buffet de la Gare de Zurich, cette formidable machine de renom européen, où il est difficile de se rendre sans se demander si tel ou tel consommateur n’est pas un espion, et n’est pas en train de penser la même chose en vous dévisageant.

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De tous les pionniers, Primus Bon est un des derniers. Il avait pour cette épopée beaucoup de nostalgie, de choses à raconter.

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[Eh bien, le Buffet de la Gare de Zurich n’est peut-être plus aussi renommé qu’autrefois. A vérifier. Pour certains c’est déjà fini le Grand Buffet.]

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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 17:07

C’est l’un de ses fils, Caspar Badrutt, qui bâtira le Palace de Saint-Moritz. Pendant dix, il se penchera sur les plans de cette forteresse aux impressionnants soubassements.

Caspar Badrutt

Caspar Badrutt

On bâtit un nouvel hôtel, le futur « Vaisseau amiral »

On bâtit un nouvel hôtel, le futur « Vaisseau amiral »

La phase initiale du Palace.

La phase initiale du Palace.

Aujourd’hui avec ses annexes qui l’ont agrandi

Aujourd’hui avec ses annexes qui l’ont agrandi

Un autre frère Badrutt s’est distingué en poursuivant l’œuvre de son père dans le domaine des sports et de la musique : Hans Badrutt.

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Il fut l’initiateur des courses de chevaux sur le lac gelé, d’exploits d’aviateurs sur le même lac, de la fondation du Ski-Club Corviglia, de la création de la Cabane Andrea Badrutt. Il était passionné de musique et lança les « Semaines musicales » de Saint-Moritz. Le Palace, dont il s’occupa, était orné de tous les beaux meubles engadinois qu’il pouvait trouver, et sur le chapitre de la culture, on lui doit des efforts constants et vigoureux pour la défense et le maintien de la langue romanche.

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Il est mort à 77 ans, et ce sont actuellement ses deux fils qui poursuivent l’œuvre des trois générations précédentes. (en 1975)

Hans Badrutt

Hans Badrutt

Accédez au monde du luxe en visitant le site Badrutt’s Palace Saint-Moritz

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 16:07

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LES BADRUTT ET SAINT-MORITZ

A la fin des guerres napoléoniennes, les Grisons viennent de perdre la Valteline. En échange, ils gagnent la sécurité en se rattachant à la Confédération. Cela, pour l’instant, se traduit par la disette, et la famine. C’est à cette époque, vers 1815, qu’on procède à ces cruels tirages au sort qui désignent une famille sur dix à l’exil obligatoire. Le sort tombe sur la famille de Johannes Badrutt I, modeste agriculteur et muletier du village de Pagig, dans la Schanfigg, entre Coire et Arosa. La petite tribu charge ses biens sur quelques mulets et monte vers l’Engadine. C’est une vallée à l’écart. Les autorités ne savent qu’inventer pour y encourager quelques activités. Elles vont jusqu’à offrir gratuitement des terrains et du bois de chauffage aux audacieux qui prendraient le risque d’y bâtir un hôtel. Mais nous savons bien que le spéculateur se méfiera toujours de ce qui est gratuit.

 

L’infortuné Badrutt et sa famille sont renvoyés de village en village. On n’accepte pas les mendiants, surtout des mendiants inconnus dans la vallée, qui fournit tout juste de quoi vivre aux indigènes. Le sens du clan est terriblement développé. Chaque vallée considère la vallée voisine comme un pays étranger, ce qui ne facilite guère l’établissement des errants.

Johannes Badrutt vivote comme journalier, à la manière d’un travailleur immigré : il est tourneur ici, peintre en bâtiment ailleurs. Habile maçon, il travaillera à la construction de quelques-unes de ces nobles maisons engadinoises, ornées au rez-de-chaussée de cette salle voûtée nommée Suler, et d’élégants graffiti sur les façades, notamment à Samedan. Il réussit même à monter une petite entreprise, bientôt acculée à la faillite. Johannes et son fils aîné, recommencent à zéro et décident de construire eux-mêmes un petit hôtel que toute la famille tentera de faire marcher. L’hôtel se nomme : « A la Vue du Bernina ».

C’est ce Johannes (il a pu suivre que quelques années l’école primaire à Chiavenna) qui va faire la fortune et le renom de la dynastie Badrutt. Homme de caractère forgé aux difficultés dès l’enfance, il commence par réussir son mariage. Il épouse en 1843, à l’âge de 24 ans, la fille d’un médecin de Coire, Marie Berry, qui lui donnera onze enfants. Il s’intéresse à Saint-Moritz, où il loue la Pension Faller, qu’il souhaite agrandir et transformer en véritable hôtel, après l’avoir achetée. Ce qui ne va pas sans mal, le propriétaire refusant de vendre à un étranger. C’est un landammann, Rudolph de Planta, qui l’aide financièrement et politiquement, persuadé qu’en visant Saint-Moritz, Johannes Badrutt II a vu juste.

 

C’est tout seul, la truelle à la main, que Johannes bâtit enfin sur ce haut pâturage à moutons l’Engadiner Klum, qui deviendra un des deux ou trois hauts lieux du tourisme alpin. Il lui reste maintenant à faire connaître l’endroit, dont l’accès est infiniment plus long et compliqué que la région d’Interlaken ou de Lucerne.

Johannes Badrutt

Johannes Badrutt

l’Engadiner Klum

l’Engadiner Klum

Le lien d’accès à l’Hôtel Klum à Saint-Moritz d’aujourd’hui, site en Anglais et en Allemand.

L’amorce de clientèle est bien sûr anglaise. Pour la plupart des messieurs, qui se sont entichés des Alpes suisses, après avoir flirté avec tout ce que l’Asie offrait à l’Empire de pics et de neiges éternelles.

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Quelques-uns de ces amateurs ont déjà découvert Saint-Moritz, mais ils ne s’y rendent qu’en été. C’est alors que Johannes impose une idée de génie, qui deviendra ce que l’on nomme aujourd’hui les sports d’hiver. Il sait que l’Engadine jouit d’un microclimat exceptionnel : l’ensoleillement et la sécheresse de l’air y sont uniques, notamment en hiver, qui n’est une saison morte que par l’ignorance et la méfiance du public. Un soir d’arrière-automne de 1866, Johannes boit un whisky au coin du feu, avec six derniers clients, tous britanniques. Il lance alors son fameux pari : « Messieurs, vous êtes mes invités pour l’hiver qui vient. Si le ciel d’Engadine est couvert pendant votre séjour, je m’engage à vous rembourser le voyage Londres-Saint-Moritz et retour. »

En janvier 1867, les six amis débarquent à Coire. Un traineau les attend, ils s’y installent et s’emmitouflent comme pour une expédition au Labrador. Ils remontent au son des grelots les vallées grises, humides et froides. Mais parvenus au col du Julier, le soleil d’Engadine est là, dans un ciel parfaitement pur. Les voyageurs transpirent sous leurs fourrures en descendant sur Saint-Moritz où Johannes les attend, en manches de chemise. L’année suivante, les six touristes ont raconté leur séjour à la moitié de l’Angleterre. Saint-Moritz est lancé. L’attraction dure toujours et n’est pas prête de cesser.

On peut considérer Johannes Badrutt II comme l’inventeur du tourisme d’hiver, mais cet homme complet a poursuivi l’idée bien plus loin. C’est à lui que l’on doit aussi l’introduction des loisirs d’hiver.

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Il lance la luge, la luge de vitesse. En aménageant une piste entre le village et Celerina, il en sortira la fameuse « Cresta Run », cette piste de bob que le monde entier connaîtra. Il fait construire une patinoire, et introduit en Suisse le jeu écossais du curling, aussi populaire parmi les Anglais que la boccia en Italie, ou la pétanque en Provence.

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Il développe les promenades en traîneaux, le long des lacs, pour les dames, qui n’osent pas chausser des skis.

 

C’est lui aussi, nous l’avons signalé, qui introduit le premier éclairage électrique. Enfin, il lance l’idée des thés-concerts, cherchant des musiciens en Italie. Il offrira à ses hôtes le plaisir d’entendre le meilleur jeune violoncelliste qu’il découvre : Arturo Toscanini.

Enfin, avec l’âge, il se passionne pour la peinture et la sculpture. Son hôtel devient une sorte de musée : toiles de maîtres, tapisseries et statues ornent les halls et les vestibules. Le petit autodidacte, fils de muletier devenu maçon, est un gentleman, un grand seigneur. Et pourtant il s’occupait de ses écuries, de sa porcherie aussi bien que de sa clientèle ; il prenait ses repas au milieu du personnel, et refusait tout avantage dont les autres ne profiteraient pas. C’est lui qui prononçait la prière avant chaque repas. Il mourra à 70 ans, laissant à ses descendants le soin de maintenir un style, une tradition dont il fut réellement l’inventeur.

À suivre, Caspar Badrutt.

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 17:54

Quelques Hôtels que dirigea César Ritz.

Pour ne pas oublier, il faut associer Escoffier à Ritz pour cette magistrale collaboration. Un rappel ici.

Le Grand Hôtel Monte-Carlo

Le Grand Hôtel Monte-Carlo

Carlton Hotel 1905

Carlton Hotel 1905

Frankfurter Hof de Francfort

Frankfurter Hof de Francfort

Menton hôtel des iles britanniques un coin du hall

Menton hôtel des iles britanniques un coin du hall

Publicité Hôtel des Iles Britanniques

Publicité Hôtel des Iles Britanniques

Grand Hôtel Nice

Grand Hôtel Nice

Les pionniers de l’hôtellerie en Suisse
Grand Hôtel des Thermes à Salsomaggiore

Grand Hôtel des Thermes à Salsomaggiore

Le Savoy Londres

Le Savoy Londres

Parmi les nombreux hôtels que César Ritz remonta et dirigea, certains ont disparus et d’autres ont changé de nom, puis nous ne connaissons pas tous les hôtels qu’il dirigea.

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 16:00

César Ritz

Il naît la même année que Michel Zuffrey, en 1850, dans le petit village de Niederwald, vallée de Conches. Son père est président de la commune. Les Ritz ne sont pas riches, mais ils sont cultivés. Une génération d’ancêtres, de Brigue à la Furka, et tout au long du Rhin, ont peuplé les chapelles d’admirables autels baroques. Les Ritz sont des imagiers de renom, et peut-être que le jeune César a hérité d’eux le goût du faste, de la perfection, gages de sa célébrité.

 

En attendant, César se rend à l’école communale, en apportant ses trois bûches, comme chacun. En été, il garde le bétail, et rêve à ce qui peut bien se trouver de l’autre côté des montagnes. Il faut souligner l’importance de la montagne sur l’imagination. Le grand humaniste Thomas Platter, de Grächen, au-dessus de Viège, Schiner, le futur cardinal, tous, au départ, ont eu ce tenace besoin de s’évader, pour voir ce qui se passe derrière les hautes murailles du décor natal.

« On devrait le mettre au collège », dit Mme Ritz (en même temps que Mme Zuffrey, puisque ces deux pionniers sont contemporains). César s’y refuse absolument, du moins jusqu’à l’âge de 12 ans, où il finit par apprendre, à Sion, des rudiments de français et d’algèbre.

 

Il y reste trois ans. Ses progrès sont maigres. C’est un cancre. Son père se fâche : ce gamin n’arrivera jamais à rien, il est temps qu’il travaille. Le voilà placé comme garçon de café à Brigue, Hôtel des Trois Couronnes et de la Poste. Au bout d’un an, tout va de travers. Le patron, Joseph Escher, excellant pionnier de l’hôtellerie, mais qui ne devine pas le talent du garçon, le convoque : « Tu n’arriveras à rien. Dans l’hôtellerie, pour réussir, il faut du flair. Permets-moi de te dire que tu n’en as aucun. » César Ritz n’ose plus rentrer chez lui, après ce nouvel échec.

Il trouve du travail à l’économat d’un séminaire de jésuites, à Brigue. L’économe est un ivrogne qui charge le malheureux garçon de toutes les erreurs qu’il commet. César l’envoie au diable. Il a 17 ans. Il apprend par les journaux que s’ouvre à Paris l’Exposition universelle. Il grille ses dernières économies en prenant un billet de train.

 

Jusqu’à présent, il y a beaucoup de parallèles dans sa vie avec celle de Zuffrey.

A Paris, son existence ne change pas du jour au jour. Au contraire. Ses débuts seront assez lents et difficiles. Il commence par le bas. Frotteur de parquet et cireur de chaussures à l’Hôtel de la Fidélité, puis porteur, enfin, garçon d’étage. Il sert les petits déjeuners. Tâche peu commode pour un jeune homme, plutôt bien fait de sa personne. L’inévitable (et banal) scandale arrive sous l’apparence d’une baronne russe. Intrigue d’amour. César Ritz est chassé de l’établissement.

 

Il ne se décourage pas et décide d’apprendre vraiment le métier dans un hôtel de toute première qualité. Il choisit l’établissement le plus élégant de Paris, Le Voisin.

C’est au Voisin qu’il fera l’apprentissage le plus important pour un hôtelier qui a l’ambition de voler un jour de ses propres ailes : celui du monde et du beau monde : Sarah Bernhardt, Alexandre Dumas fils, George Sand, Théophile Gautier, bien d’autres illustres Parisiens fréquentant l’endroit. César Ritz n’a que 20 ans. C’est au Voisin qu’il apprend vraiment ce que l’on nomme « les belles manières », l’ABC du métier. La carrière d’hôtelier ressemble un peu à celle du marin. Il faut bien, avant de passer capitaine, avoir été simple matelot. Ritz joue donc au mieux son rôle de parfait domestique. Etre un laquais bien stylé, correct et discret, silencieux, prévenant, n’est pas forcément un personnage facile à jouer, lorsqu’on est jeune, impatient et poussé par une ambition qu’il faut se garder de montrer. Il observe, fait ce qu’on lui dit, imagine en secret, sans indisposer personne.

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[Remarquez, dans cette biographie, pas un mot sur, par exemple, une lettre à ses parents, qui devaient être morts d’inquiétude. J’espère qu’il a eu la délicatesse d’écrire une ou deux lettres rassurantes, durant cette période.]

Mais il n’est pas pressé. Il devine que l’hôtellerie devient maintenant une affaire universelle. A Vienne, il sert toutes les têtes couronnées du moment : l’empereur d’Allemagne, le Kronprinz, Léopold de Belgique, le tsar et la tsarine, le roi d’Italie, von Moltke, Bismarck.

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Il s’occupe avec succès du Grand Hôtel de Nice. Engagé au Righi-Kulm, c’est dans ce haut lieu du tourisme qu’il rencontrera sa chance : l’original colonel-hôtelier-architecte Max Pfyffer lui confie la direction du formidable Grand Hôtel National de Lucerne. César Ritz y fait venir le plus célèbre chef du moment : maître Auguste Escoffier dont il entendait parler comme garçon d’étage, à Paris. Ces trois hommes se complètent parfaitement. Pfyffer, c’est l’original aristocrate qui a le sens du faste, Ritz, l’organisateur et le novateur sur tout ce qui concerne l’accueil : décoration, style du personnel, chauffage et confort (Ritz, c’est l’homme des salles de bains et de la propreté, il bouleverse les notions d’hygiène, jusqu’ici habilement évitées dans l’hôtellerie), la cuisine d’Escoffier enfin attire toute l’Europe. Une Europe qui n’a pas oublié, à Paris, ou à Vienne, l’atmosphère que César Ritz fait régner dans les hôtels qu’il dirige. C’est à cette époque que l’on commence à dire de lui : « L’hôtelier des rois et le roi des hôteliers. »

César et Marie-Louise Ritz en 1888

César et Marie-Louise Ritz en 1888

César Ritz dirige le National en été, un hôtel de Menton durant l’hiver. Il fait cela pendant onze ans, où il donnera la pleine mesure de son génie. Le petit garçon d’étage, natif de Niederwald, est devenu un maître à penser de l’hôtellerie. De toutes les capitales d’Europe, on vient chercher ses avis, sa collaboration, ses conseils, activités qui ne l’empêchent d’être à la tête d’un nombre impressionnant d’hôtels.

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Sur ce temps-là, Mme César Ritz nous confie dans l’ouvrage qu’elle a consacré à son mari :

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« Pendant ces dix années, les malles de César ne furent jamais complètement défaites. Il arrivait constamment d’un voyage pour en entreprendre aussitôt un autre. Chaque année voyait naître un nouveau projet, chaque mois provoquait une nouvelle crise, une nouvelle lutte ou un nouveau triomphe. Jusqu’en 1893, les itinéraires de César variaient peu, il se rendait de Londres à Cannes ou à Baden-Baden, puis, pendant trois ans, de Londres à Aix-les-Bains et à Rome, ensuite à Francfort-sur-le-Main, Lucerne, Monte-Carlo et Biarritz, enfin à Londres, Salsomaggiore et Paris. C’est alors qu’il organisa le personnel et dirigea le Savoy et le Carlton de Londres, le Grand Hôtel de Rome, le Frankfurter Hof de Francfort, le Grand Hôtel des Thermes à Salsomaggiore ; c’est alors qu’il déploya son activité et prêta son nom à des établissements de divers genres tel que la Villa Igiea, le Grand Hôtel de Palerme, le Restaurant Ritz à Biarritz, le Claridge et le Hyde Park Hôtel de Londres, le Kaiserhof et les bains Augusta Victoria, à Wiesbaden ; qu’il continua à s’intéresser au Grand Hôtel de Monte-Carlo, au National de Lucerne, au Grand Hôtel des Iles Britanniques à Menton, qu’il fonda la Société d’expansion hôtelière qui conçut immédiatement les plans de divers établissements au Caire, à Madrid, à Johannesburg. »

César Ritz. Le colonel Maximilien-Alphonse de Pfyffer d'Altishofen. Auguste Escoffier.

César Ritz. Le colonel Maximilien-Alphonse de Pfyffer d'Altishofen. Auguste Escoffier.

C’est ainsi qu’il s’attaque à ce qui sera la signature de son œuvre : la transformation du 15 de la place Vendôme, à Paris, en un hôtel qui portera désormais son nom, et dont il dira à sa femme : « Je ne connais rien du tout au fond, à l’architecture, et pas tellement non plus à la décoration. J’improviserai. Tout ce que je veux, c’est que ce palais soit à la fois élégant et rationnel, mais je n’ai aucune idée sur les moyens à utiliser pour y parvenir. »

Ouverture du Ritz en 1898

Ouverture du Ritz en 1898

Les pionniers de l’hôtellerie en Suisse

Pour l’inauguration, tout Paris était là. Il est vrai que depuis des années, César Ritz savait soigner ses relations publiques : il n’avait jamais laissé un client quitter ses établissements sans lui envoyer une lettre personnelle quelques jours après. Ce fut un succès complet. Toutes les « Belles » de l’époque s’y étaient donné rendez-vous. Marcel Proust aussi était là, au milieu des princesses.

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Ritz se retrouvait au lieu de ses débuts. Sa carrière était achevée. Il n’en continua pas moins à prodiguer ses conseils partout. Il meurt en 1918, âgé de 68 ans. Il est l’exemple d’une aventure personnelle, celle d’un tempérament d’artiste. Beaucoup plus que celle d’un grand homme d’affaires, comme nous en verrons d’autres en Suisse, dont les carrières sont étroitement liées au développement d’une région, aux luttes politiques aussi.

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César Ritz, c’est d’abord l’histoire du talent, allié à une très grande séduction ; pourquoi ne pas le dire, il était beau, et il le savait.

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 17:32

Premiers aventuriers du Valais et des Grisons

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Ces deux régions des Alpes suisses étaient dans une misère noire. Elles partageaient avec le Tessin et la Savoie cette malédiction qui plane sur la petite agriculture de montagne : « quand la famille s’agrandit, la terre diminue ».

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Dans les Grisons, en 1815, les villageois adoptent le remède traditionnel contre la disette : on tire au sort, toutes les dix familles, celle qui devra quitter la commune pour chercher son pain ailleurs. On se dirige vers l’Italie, exercer le plus souvent le métier de pâtissier-confiseur.

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Les Tessinois partent comme maçons, et deviennent souvent architectes.

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Les Valaisans suivent le Rhône et tentent l’aventure en France ; une aventure qui n’est pas toujours celle du commerce et de l’hôtellerie, mais de pur hasard.

MICHEL ZUFFREY

Michel Zuffrey et sa femme

Michel Zuffrey et sa femme

A Saint-Luc, dans le val d’Anniviers, nait en 1850 l’un des vingt-quatre enfants du vice-préfet Zuffrey : Michel, un garçon que ses parents souhaitent voir devenir prêtre. La discipline du collège de Saint-Maurice ne plaît qu’à moitié au gamin. Il fait le mur un beau matin et part à pied pour Lausanne. (On notera ce début très classique : combien d’hommes ont réussi leur existence en commençant par s’échapper du collège.) Arrivé en gare de Lausanne, il regarde fasciné la manœuvre des locomotives. Un étranger l’aborde. Le jeune Michel est dépourvu de timidité, au contraire. Il s’exprime avec clarté et vivacité. L’étranger, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, l’engage dans sa suite, et lui confie la charge de courrier diplomatique. Dans la même nuit, équipé de neuf, muni d’une avance de traitement et sans aucune formation politique, ni aucun mot de russe dans son bagage linguistique, composé d’un peu de latin et de beaucoup d’accent de Saint-Luc, le jeune homme roule vers la Sainte Russie, dans un de ces merveilleux wagons qu’il voyait pour la première fois il y a quelques heures.

Après deux ans de représentation diplomatique à Saint-Pétersbourg, Zuffrey est recommandé à Napoléon III. Il devient courrier secret de l’impératrice Eugénie. Il suivra de près les vicissitudes de la famille impériale : siège de Paris, Commune, exil en Angleterre. Dans la bonne tradition du mercenaire suisse, n’ayant plus rien à faire dans la diplomatie française, il prend du service où il se trouve, en Angleterre, et part explorer les sources du Nil pour l’amiral Seymour. Cet insolite Valaisan devient un spécialiste du monde arabe. Au nom de Sa Gracieuse Majesté, il intervient dans tout le Proche-Orient, et de l’Egypte au Maroc.

Après quoi, il épouse une Anglaise et ouvre à Londres une boutique d’antiquaire et d’objets d’art.

 

Vers 1880 (30 ans), fortuné, père de cinq enfants, il retourne au pays, s’achète des vignes dans la Noble Contrée, et acquiert l’ancien château de la Cour à Sierre. Il décide alors de ne plus bouger, et de recevoir des voyageurs dans son château transformé en un hôtel idéal. Le ravitaillement est autarcique, grâce aux domaines qu’il achète autour : il produit son vin, ses fruits, sa viande. La demeure est une sorte de musée rempli d’objets qu’un grand voyageur et un antiquaire comme lui a su collectionner. Ses écuries offrent aux connaisseurs d’admirables chevaux de selle.

Les origines du château, la Maison de la Cour

Les origines du château, la Maison de la Cour

L'Hôtel Bellevue Sierre

L'Hôtel Bellevue Sierre

L'Hôtel Bellevue Sierre de l'arrière

L'Hôtel Bellevue Sierre de l'arrière

Aujourd'hui devenu L'Hôtel de Ville de Sierre

Aujourd'hui devenu L'Hôtel de Ville de Sierre

Grâce à ses nombreuses relations, son château, maintenant transformé et baptisé d’un nom bourgeois assez ridicule : Le Château Bellevue, devient le rendez-vous de l’élite britannique : lord Roberts, vainqueur de la guerre des Boers, lord Beaverbrook, magnat de la presse, Whymper, le conquérant du Cervin qui offre, en hommage à Zuffrey, le piolet qui servit à la fameuse première du vendredi 13 juillet 1865, sont ses hôtes.

Ingénieux, Michel Zuffrey crée, à l’orée d’un petit bois, une glacière qu’il fait remplir chaque hiver par des blocs de glace en provenance du lac de Finges, ceci pour servir frais, champagnes et whiskies que les clients de l’hôtel appréciaient à leur juste valeur comme les crus du pays.

 

Dernier volet de cette existence, la découverte par Zuffrey de l’importance touristique du Valais, qu’il prospecte et parcourt dans tous les sens, en imaginant des moyens d’accès et créant des sites, ceux de Montana et Vermala, où il fait construire deux hôtels avec son beau-frère. C’est lui qui fait bâtir la première usine électrique, sur la Navisence, pour apporter à Sierre son courant électrique. Premier funiculaire Sierre-Montana, premier chemin de fer Loèche-les-Bains, projet (non réalisé) d’un « Thermaloduc » destiné à amener par conduite les eaux de Loèche à Sierre. Michel Zuffrey se mêle de tout.

Le collégien échappé de Saint-Maurice finira président de la ville de Sierre. Pionnier par fantaisie, par besoin de dépenser son imagination, il occupe dans l’histoire de l’hôtellerie une place à part : celle de l’improvisateur à qui tout réussit, qui sait changer de profession tous les dix ans, et dont la vocation consiste à n’en avoir aucune.

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 17:52

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[Il y a aussi des pionniers qui contribuent au développement du tourisme en faisant autre chose que bâtirent des hôtels.]

Si Bucher est surtout connu comme constructeur de chemins de fer de montagne, c’est à Niklaus Riggenbach que revient le mérite d’avoir imaginé la crémaillère. (Je vous en ai déjà parlé ici.) Son ingéniosité se doublait d’un réel talent d’écrivain, puisqu’il a laissé un petit chef-d’œuvre intitulé Mémoires d’un Vieux Mécanicien devenu un classique de la littérature suisse alémanique, et auquel le lecteur passionné par l’histoire des transports doit absolument se rapporter. (Il semblerait n’avoir jamais été édité en français. Hélas.)

Caspar Blaetter, le plus ancien de ces pionniers, puisqu’il est né en 1791, se passionne pour la navigation lacustre à vapeur. Il commence par la barque à rames, qu’il manie lui-même, pour transporter le papier que son père fabrique avec un petit moulin du Rotzloch, en Nidwald, à Lucerne. Lorsqu’il apprend que les Anglais ont inventé une machine à vapeur montée sur bateau, ce jeune homme, déjà passionné d’inventions nouvelles, puisqu’il vient de construire le premier pont tournant à Acheregg, entre le Lopper et Stansstad, qui permet une heureuse combinaison de circulation navale et routière, découvre à Hambourg un petit bateau à vapeur pour lequel il a le coup de foudre. Il le ramène en cadeau pour sa femme en le faisant tirer à travers toute l’Allemagne, par six chevaux. Premier bateau de son espèce sur le lac des Quatre-Cantons, il navigue sous le nom de Rotzberg, suivi bientôt d’un frère jumeau, le Pilatus.

C’est Blaettler, en 1856, qui fera bâtir sur le Mont-Pilate, troisième grand sommet à panorama de la région, l’Hôtel Klimsenhorn, grand rival du Righi et, dix ans plus tard, du Bürgenstock de Bucher. Il mourra avant de voir ces trois sommets gravis puis conquis par chemins de fer et funiculaires, que se partagent des milliers d’amateurs de levers et couchers de soleil.

 l’Hôtel Klimsenhorn

l’Hôtel Klimsenhorn

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