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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 17:44

La Fête de 1955

La Fête des Vignerons de 1927 avait soulevé un tel enthousiasme que tous ceux qui l’avaient vécu espéraient revoir une Fête dans un laps de temps relativement court, que l’on croyait pouvoir fixer à 15 ou 20 ans.

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Cet espoir fut réduit à néant par la malice des temps. Le mauvais génie qui pousse certains chefs de gouvernement à vouloir imposer leur esprit de domination au-delà des frontières de leurs Etats, pour faire, soi-disant, le bonheur des peuples, n’a abouti qu’à un nouveau conflit mondial. La guerre éclata en 1939 et ensanglanta le monde jusqu’en 1945, épargnant miraculeusement notre pays, une fois de plus.

Force fut d’attendre des années meilleures, c’est-à-dire une période de paix et de prospérité, pour songer à mettre sur pied une nouvelle Fête des Vignerons.

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Entre-temps, la Confrérie des Vignerons était demeurée fidèle à son but de soutenir la culture de la vigne en récompensant les vignerons méritants. D’autre part, d’importants changements étaient intervenus à la tête de la noble Confrérie.

M. Emile Gaudard, abbé-président, qui avait été le premier à présider à l’organisation de deux Fêtes, celles de 1905 et de 1927, décédait le 20 août 1941. Ce fut une grande perte pour la Confrérie des Vignerons, à laquelle M. Emile Gaudard avait su, par sa forte personnalité, donner un renom particulier dès sa nomination comme abbé-président en 1899.

M. Emile Gétaz, alors vice-président, lui succéda. Lorsque la paix fut revenue, le nouvel abbé-président s’attacha à faire certains préparatifs en vue d’une future Fête. C’est ainsi qu’une commission, désignée à cet effet, choisit, en 1947, deux enfants de Vevey, M. Carlo Hermmerling, musicien réputé et compositeur, et M. Géo H. Blanc, écrivain et poète, pour préparer une partition musicale et un livret.

Les remous de la guerre de 1939-1945 se prolongèrent et certains pays furent longs à panser leurs plaies. Enfin, en 1952, les Conseils décidèrent de fixer la date de la Fête pour l’été 1955, sous réserve de ratification par l’assemblée biennale de 1953. M. Emile Gétaz – qui avait alors 85 ans – ne pouvait assumer la tâche de présider à l’organisation d’une manifestation d’une telle envergure, pour raisons de santé et d’âge, demanda à être libéré de ses fonctions d’abbé-président. En lui octroyant le titre d’abbé-président d’honneur, le Conseil de la Confrérie désigna, pour lui succéder, M. David Dénéréaz, jusqu’alors vice-président ainsi que syndic de la ville de Vevey, personnalité fort connue sur le plan local et cantonal.

M. Alfred Loude, conseiller, président des Tribunaux de Vevey et Lavaux, fut appelé à la vice-présidence.

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M. Emile Gétaz décédait quelques mois plus tard, le 28 mars 1953, soit peu avant l’assemblée générale biennale du 23 mai 1953, où fut ratifiée, à l’unanimité et avec enthousiasme, la décision des Conseils d’organiser la Fête des Vignerons en août 1955.

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Dès lors, et comme par le passé, le miracle de la Fête s’accomplit. Ce miracle qui fait que tous les habitants de Vevey et des cités environnantes – quelles que soient leurs convictions politiques ou religieuses – s’unissent pour préparer avec ardeur la Fête à venir.

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Les Conseillers et Rière-Conseillers de la Confrérie, choisis comme présidents des divers comités, constituèrent la Commission centrale qui eut de nombreuses séances sous la haute et compétente présidence de M. l’abbé-président David Dénéréaz. Son fils, Me Philippe Dénéréaz, avocat, assumait les fonctions de secrétaire ad hoc de la Commission.

Malgré leur enthousiasme, les membres de la Commission centrale eurent quelque inquiétude lorsque fut établi le budget, qui prévoyait des dépenses pour 3 millions de francs environ.

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Avait-on vu trop grand ? Malgré un large dépassement de ce premier budget, l’avenir prouva, heureusement, le contraire.

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D’emblée les préparatifs de la Fête s’avérèrent importants. Les comités comptèrent environ 200 personnes de Vevey et d’autres localités du canton, qui œuvrèrent bénévolement pour la réussite de la Fête.

Pour la première fois, on institua des services permanents pour la propagande et l’information. Ceux-ci prirent une ampleur particulière, étant donné le développement de la presse, illustrée ou non, de la radio et du nouveau mode d’information que créait la télévision, alors à ses débuts dans notre pays. Pour la première fois aussi, on institua une commission juridique, réunissant des avocats de Vevey, sous la présidence du vice-abbé, M. Alfred Loude. A noter qu’une commission dite « des tempêtes » fut mise sur pied, pour décider du renvoi éventuel du spectacle après avoir pris contact avec les services météorologiques. Bien entendu, il fut décidé de prendre une assurance contre la pluie, sage mesure lorsqu’il s’agit de l’organisation de spectacles en plein air. Ce sont là de petits à-côtés des préparatifs de la Fête. Nous les donnons à titre anecdotique, comme nous signalons également que la Commission centrale s’est penchée sur le cas de savoir si une assurance contre les risques de guerre devait également être conclue. En effet, une certaine tension internationale aurait pu nuire à la venue d’étrangers à la Fête des Vignerons. La prime peu élevée demandée par la grande compagnie anglaise, à laquelle s’était adressé le comité des finances, fut jugée de bon augure par les membres de la Commission centrale qui renoncèrent à cette assurance.

Le nombre des figurants qui répondirent à l’appel des Conseils s’éleva à environ 4000, dont 900 enfants, soit le double environ de ceux qui participèrent à la Fête de 1927.

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Pour soutenir chanteurs et danseurs, il fallait une musique d’harmonie, ensemble convenant mieux qu’un orchestre, par ailleurs difficile à recruter en plein été. C’est la musique de la Garde Républicaine, de Paris, dirigée par son chef, François-Julien Brun, qui fut choisie. Le Grand Chœur, composé de quelque 400 chanteurs et chanteuses de Vevey et de toute la région sous l’obédience de la Confrérie des Vignerons, fut constitué.

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Pour la direction artistique de la Fête, il fallait une personnalité du monde théâtral ayant l’habitude de créer de grands spectacles et de manier des foules d’acteurs. Le choix des Conseils se porta sur M. Maurice Lehmann, administrateur de la réunion des Théâtres lyriques nationaux de Paris. Au moment de sa désignation, M. Lehmann s’occupait plus spécialement de l’Opéra de Paris et avait donné une ampleur scénique très remarquée à certaines œuvres alors en vogue.

Le peintre, c’est-à-dire le décorateur et le créateur des costumes de la Fête fut désigné en la personne de M. Henri R. Fost, de Paris également, qui avait créé les costumes de nombreux opéras et opérettes à grand spectacle sur les scènes importantes de la capitale française et à Lausanne.

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M. Oscar Eberlé, un Zurichois, spécialiste très compétent de grandes fêtes folkloriques de notre pays, fut appelé comme metteur en scène.

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MM. Maurice Lehmann, Henri R. Fost, Oscar Eberlé furent dénommés, avec Carlo Hemmerling et Géo-H. Blanc, les « Cinq Grands » de la Fête de 1955.

Fête des Vignerons [14]

Ces « Cinq Grands » furent secondés pour la préparation du spectacle par de nombreux collaborateurs auxquels la presse d’alors rendit un hommage mérité. C’est ainsi que M. Robert Mermoud, professeur de musique à Montreux, était chef des chœurs. Il eut pour adjoints MM. A. Jomini, J. Burdet, H. Jacot, G. Reymond et C. Guignard. Ce furent des aides précieux à Carlo Hemmerling qui assumait la direction musicale pendant la direction de Nicolas Zwereff. Les ballets folkloriques avaient pour chef M. Charles Weber avec la collaboration de M. H. Esseiva, Mme G. Défago, M. R. Perrin, M. P. Tornier et Mme Jacqueline Farelli, cette dernière comme assistante de la mise en scène. M. Jean-Luc Balmer, qui était alors en stage au Théâtre de Soleure, fut un précieux trait d’union entre MM. Lehmann et Eberlé pour la mise en scène des groupes de figurants notamment, ainsi que des enfants.

Si la musique de la Garde Républicaine fonctionnait à titre d’ « orchestre », l’Harmonie municipale de Vevey, « La Lyre », était la musique d’honneur. Un groupe de Fifres et Tambours de Bâle figurait également à la Fête de 1955. Notons la participation de l’excellent « Ensemble romand de musique » de La Tour-de-Peilz, mentionnés également au « Livret officiel de la Fête » sans compter les nombreuses formations musicales de la région et au-delà qui participèrent aux cortèges.

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En 1955, il y eut non seulement des solistes du chant, mais également des solistes de la danse. Ces derniers furent choisis parmi les danseurs de l’Opéra de Paris. C’est ainsi que se produisirent, au cours de divers ballets, Nina Vyroubova, première danseuse étoile, Michel Renault, premier danseur étoile, et Max Bozzoni, premier danseur étoile.

Toutes les divinités représentées à la Fête eurent leur grand prêtre soliste. Les voici dans l’ordre des saisons : Paul Sandoz, baryton du Théâtre de Bâle, grand prêtre de Dionysos et vieux berger, Charles Jauquier, ténor, le Semeur, Ernest Botiaux, ténor du Théâtre de San Carlo de Naples, et Nata Tüscher, soprano des Théâtres de Bâle et Zurich, grande prêtresse de Cérès ; Roger Cochard, ténor gruyérien, l’armailli, et Ernest Blanc, baryton de l’Opéra de Paris, grand prêtre de Bacchus.

[Commentaires : La contribution de Paris saute aux yeux à la lecture des ensembles et artistes qui furent engagés pour cette Fête de 1955. À l’origine, seuls les habitants de Vevey faisaient la Fête, puis avec le temps on élargissait au canton, puis au pays et enfin plus loin, hors des frontières du pays. Est-ce une surenchère de vanité ou une nécessité afin d’assurer la pérennité de la Fête des Vignerons ?]

On a conservé pour le spectacle de 1955 le thème immuable du jeu des saisons, selon le plan établi pour les fêtes antérieures. C’est ainsi que précédées par la troupe d’honneur, les saisons ont fait leur entrée dans l’ordre suivant ; hiver, printemps, été et automne. Le spectacle se terminait selon une tradition remontant au XVIIIe siècle, par un « hymne » consacré aux « bienfaits du travail de la terre et aux félicités de la paix ». Quelques innovations furent apportées : ainsi pour la première fois apparut un dieu d’hiver ou « Bacchus » hivernal, appelé Dionysos, selon la tradition grecque. L’auteur et le compositeur firent également intervenir le gel et les ennemis de la vigne dans des scènes dansées et chantées.

La construction des estrades et la mise en scène subirent d’importants changements. Pour la première fois dans l’histoire des Fêtes des Vignerons, s’inspirant d’un croquis de M. Eberlé, le comité des constructions envisagea l’édification d’un immense amphithéâtre sur la place du Marché, avec un vaste escalier scénique, côté lac, plaçant ainsi les spectateurs en face de la grandiose toile de fond constituée par les Alpes de Savoie. Des tours furent construites au nord, à l’est et à l’ouest, et l’escalier scénique avait à son sommet trois portiques de taille pour abriter les divinités traditionnelles du printemps, Palès, de l’été, Cérès, et de l’automne, Bacchus.

Autre innovation importante : la technique de l’éclairage ayant fait des progrès depuis 1927, il était possible de donner des représentations le soir. Ceci permit à bon nombre de gens à qui leurs occupations ne permettaient pas d’assister à une représentation de jour, de venir admirer les Fêtes de Vevey. Toutefois, de l’avis des traditionalistes et de ceux qui cherchent la communion entre les acteurs et les spectateurs, les représentations de jour furent plus prenantes.

M. Emile Gétaz, dans ses conclusions sur les Fêtes des Vignerons, écrivait en 1940 les lignes suivantes :

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Il n’est pas inutile de noter ici que, plus l’éloignement entre les Fêtes est grand, plus la tâche du comité chargé de la propagande est ardue. Avec le nombre croissant de manifestations nouvelles venues, il faudra faire sonner la grosse cloche de la réclame pour rappeler et relever combien les mérites de notre Fête dépassent tous les autres. C’est pourquoi, entre temps, il ne faut rien négliger pour remémorer et faire revivre la Fête des Vignerons et son incomparable prestige.

Les comités de propagande et de la presse ne tardèrent pas à se rendre compte de la véracité de ces lignes et la Commission centrale se rallia à leur point de vue quand ils proposèrent certains moyens « hors cadre » pour frapper un grand coup et les quelques 160 000 à 170 000 spectateurs qu’il fallait pour remplir les estrades.

Il y eut, bien entendu, la cérémonie de la Proclamation, à laquelle on donna un éclat tout particulier. Elle se déroula à Vevey et à La Tour-de-Peilz le 27 mai 1955. On y vit pour la première fois, dans les rues de nos cités, plusieurs figurants portant les costumes de la Fête.

Mais il fallait davantage. Et, à part de nombreux articles dans les journaux, de reportages photographiques, cinématographiques, radiodiffusés ou télévisés, à part des prospectus en couleurs, des affiches et des vitrines de magasins, on décida d’organiser une « proclamation hors les murs ». C’est ainsi qu’un train spécial, avec des groupes costumés, partit un beau matin de juillet pour Berne, Zurich et Bâle, pour orienter nos confédérés sur l’importance de la Fête. Dans chaque ville de grandioses réceptions furent organisées. Ce fut un succès !

Un personnage légendaire, qui fait partie de la tradition veveysanne, le « Messager boiteux », joua un rôle important dans la propagande de la Fête. Celui qui l’incarna, M. Samuel Burnand, de La Tour-de-Peilz, troqua la prothèse qu’il portait, à la suite d’un accident, contre une jambe de bois. Ancien champion de marche, M. Burnand parcourut, dans son costume, des kilomètres, avec son « pilon », pour annoncer la Fête prochaine. Il fut reçu par le général Guisan, dans sa propriété de Pully et se rendit notamment à Bâle et en France : mais sa plus héroïque tournée fut celle qui le conduisit à Berne. Il porta au Président de la Confédération, alors M. Max Petitpierre, un message des Conseils de la Confrérie invitant le Conseil fédéral à la première représentation. Il parcourut ensuite triomphalement le trajet Berne-Vevey, par Fribourg, à pied, reçu partout avec enthousiasme.

Samuel Burnand

Samuel Burnand

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 16:37

Les comités se mirent à l’œuvre au printemps 1926 déjà. Ce n’est pas tôt si l’on tient compte de ce que l’organisation d’une telle manifestation exige de dévouement et de travail. La coordination de tant d’efforts, le persévérant labeur de tous peuvent seuls – on ne le répétera jamais assez – assurer la réussite d’une Fête d’aussi grande envergure.

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Heureuse innovation : un comité de dames fut constitué pour venir en aide entre autres au comité des costumes. A sa tête se trouvait Mme Gaudard qui, comme l’abbé, son époux, sut faire apprécier ses qualités d’organisatrice, qualités acquises en s’occupant activement d’œuvre de bienfaisance.

Aussitôt la partition et le livret ébauché, et dès que le dessinateur des costumes fut à l’œuvre, il fallut trouver les artistes collaborateurs aptes à ordonner, à diriger les 2200 figurants enrôlés dans les troupes de l’Hiver, du Printemps, de l’Eté et de l’Automne. Et, cette fois-ci, M. Doret désirait la formation d’un grand chœur mixte de 250 exécutants.

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Le Grand-Chœur s’est mis au travail à l’entrée de l’hiver 1926. C’est certainement lui qui a accompli la plus grande tâche, aussi convient-il de le féliciter rétrospectivement.

Le Grand-Choeur, dirigé par Gustave Doret

Le Grand-Choeur, dirigé par Gustave Doret

Pour la direction générale M. Gustave Doret avait, sous ses ordres, M. Georges Fouilloux.

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Le travail des choristes s’est exécuté sous la direction du chef des chœurs : M. Charles Mayor, ayant comme adjoint : MM. Alexis Porchet, Maurice Gaulaz et Charles Hemmerling.

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Un maître de ballets, M. Georges Mériadec, s’occupa, avec compétence et savoir-faire, de la partie chorégraphique ; la mise en scène fut confiée à M. Ed. Vierne avec M. Durec comme régisseur général… et quel génial régisseur !

Pour les grands rôles de solistes on fit appel à Mme. Berthe de Vigier (1890 - 1987) (grande-prêtresse de Cérès) de Soleurs, M. René Lapelletrie (grand-prêtre de Palès), et M. Hector Dufranne (grand-prêtre de Bacchus), ces deux derniers occupants des emplois en vue à l’Opéra-Comique de Paris. [Lapelletrie et Dufranne, deux amis de Doret, un enregistrement de Lapelletrie. Une bio de Dufranne]

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Un rôle nouveau fut ajouté, celui du « Paysan » où notre bon ténor suisse, M. Ernest Bauer, [Ténor] symbolisa le travailleur de la terre et chanta, entre autres jolis airs, Le blé qui lève avec le refrain rapidement devenu populaire : « Blé qui lève, blé qui mûrit, tu deviendras notre pain ». [Écoutez ici]

On sait qu’en 1889 et 1905 ce fut le notaire Currat, de Bulle, qui chanta le Ranz des Vaches. Cette fois-ci, c’est à Châtel-Saint-Denis que l’on trouva son successeur en la personne de M. Robert Colliard, aujourd’hui conseiller national (1951-1960), à la belle prestance et à la voix forte.

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A signaler encore deux rôles nouveaux : le vannier – M. Emile Dutour, sympathique ténor veveysan – et le chevrier, dont la chanson alpestre fut lancée, à tour de rôle, par deux petits Fribourgeois.

[Il y avait donc deux chevriers ! Pourquoi, alors en présenté toujours un seul dans les documents d’archives ?]

 Fête des Vignerons [13.2]

Au cortège on vit apparaître le « Messager boiteux », seul vénérable témoin – né en 1708 – du prodigieux développement pris par la « bravade » d’autrefois.

La construction des estrades fut entreprise au début de mai. Disposée en fer à cheval, cette superbe arène pouvait contenir plus de 14000 personnes (le dernier jour il y en eut 16000). Elégante dans sa forme, répondant aux conditions exigées par le confort et l’acoustique, l’enceinte était fermée du côté nord par des remparts de ville ancienne, chemin de ronde et trois portes monumentales.

[La Photo du Grand-Choeur, ci-dessus, montre les remparts et portes monumentales.]

Il fut désigné, ensuite de concours, un photographe et un opérateur de cinéma officiels.

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Malheureusement, la technique n’étant pas encore très au point, une tentative de prise de films en couleurs échoua. Il fallut donc se contenter de contempler, sur l’écran, les scènes sans le chatoyant complément du coloris.

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[Ici, s’impose un commentaire. Les organisateurs ont donc été, déjà en 1889 en photographiant et en 1905 en filmant la Fête, dans la modernité, à la pointe du progrès ; pour 1927 en voulant filmer en couleur la Fête, le défi était un peu trop grand. Rappelons qu’en 1927 était l’année de sortie du premier film parlant : Le Chanteur de Jazz et que depuis quelques années déjà, des procédés de captages couleurs existaient un peu partout. Donc, on pouvait, lors de cette Fête des Vignerons, théoriquement, filmer et obtenir un long métrage qui aurait été une grandiose propagande pour Vevey. Mais, fallait-il encore avoir le matériel et les opérateurs de haut niveau pour une telle réalisation.]

M. henry Bordeaux, le grand écrivain et académicien français, écrivit dans L’Illustration ce qui suit :

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Je sors de l’amphithéâtre, grisé de soleil, de musique, de couleurs, avec l’enthousiasme que devaient éprouver les Grecs aux processions des Panathénées. Tout un peuple communiant dans un même sentiment d’amour, collaborant à la même œuvre d’art non point en se contraignant, mais tout simplement, parce qu’il est guidé vers sa poésie naturelle, c’est là une sensation si pleine et si heureuse qu’on regrette un peu de l’éprouver hors de chez soi.

Dans le décor romantique par où va paraître le cortège, le public est rassemblé sous le soleil qui est éblouissant et achève le décor de plein air sur les montagnes avoisinantes. Les portes s’ouvrent et ce sont les chars et les cortèges des saisons : la déesse Palès, blanc et or sur son char doré ; la déesse Cérès, toute rouge, avec les canéphores chargées de bluets et de coquelicots ; Bacchus couché sur un lit de vendange. Deux mille figurants aux costumes multicolores, vont se masser dans le fond et, tandis que défilera l’une des saisons, les autres ne cesseront pas de garnir ce fond de décor et, par les mouvements et les changements continuels des acteurs, lui communiqueront la diversité de la vie. Invocations, défilés, chants, danses, ballets, la Fête des Vignerons est un mélange de poésie, de musique et de couleur. Elle est l’hymne au travail et à la paix. Hymne au travail et à la paix à quoi l’on souhaiterait l’assistance de nos professeurs, de nos instituteurs, de notre jeunesse, parce qu’ils y apprendraient comment on aime son pays, sa gloire et sa liberté et comment les fêtes se marient heureusement à l’effort et à la peine. Il faut pour la réussite de tels vastes mouvements rythmés la collaboration d’un peuple tout pétri de traditions locales.

Le cortège des saisons commence par l’hiver. La nature ne s’endort plus. Les bûcherons abattent le bois, les forgerons préparent les outils, les laboureurs vont surveiller le blé qui lève sous la neige, les vanniers passent dans leur roulotte, et c’est un des plus charmants tableaux.

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A partir du printemps, l’effet ne cessera pas de grandir jusqu’à la bacchanale de l’automne.

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A la grandeur de ce spectacle, on détachera tel tableau plus achevé ou plus émouvant : la roulotte des vanniers avec l’éclat de ses châles bohémiens, l’offrande à Cérès avec le merveilleux et lent ballet des porteuses de bluets et de coquelicots, la bacchanale finale avec les faunes bondissants vêtus de peaux de panthères et les nymphes éperdues aux tuniques orange, soufre ou jaune paille. Moi, j’en admire surtout l’ensemble parce que j’y recueille l’attestation d’un cœur populaire battant à l’unisson.

Magnifique et lumineux spectacle, mais né tout simplement d’une petite manifestation locale : la récompense publique donnée en présence de tout le canton à de braves vignerons. Et l’on a maintenu la tradition. Avant les somptueux défilés, l’abbé-président de la vieille confrérie a fait l’appel des vignerons couronnés. Quand le premier lauréat a été appelé, tout vieux et tout courbé sous le poids des ans, du travail et de l’honneur, avant qu’il s’en allât sur l’estrade recevoir sa couronne de laurier comme un triomphateur, sa vieille femme, qui était parmi les figurants, l’a attrapé au passage et lui a donné l’accolade. Elle ne jouait pas de rôle et le geste n’était pas prévu. Il y a, dans la Fête des Vignerons, une partie qui n’est pas jouée et qui vient du cœur de tout un pays traditionnel. Ce baiser de vieille femme, c’était tout le rappel naturel du passé ! Il donne un sens humain à cette merveilleuse parade qui cesse d’être une parade parce qu’elle exprime réellement tout un peuple…

La jeune fille et la vache… la modernité est sur cette photographie, la jeune fille fait une photo et l’on voit sur son poignet une montre bracelet.

La jeune fille et la vache… la modernité est sur cette photographie, la jeune fille fait une photo et l’on voit sur son poignet une montre bracelet.

La Fête des Vignerons de 1927 s’est terminée en beauté, sans un seul accident ou incident de nature à la troubler. Toutes les représentations ont eu lieu par un temps agréable, et le soleil a bien voulu être presque constamment de la partie.

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Un seul cortège, celui du samedi 6 août, a dû être écourté à cause d’un orage qui éclata intempestivement alors que les troupes revenaient en ville après avoir traversé La Tour-de-Peilz. Il n’en est résulté aucun dommage appréciable et, lundi 8 août, les toilettes étaient aussi fraîches qu’avant.

D’unanimes et enthousiastes témoignages de satisfaction ont été publiés par la presse mondiale. Plusieurs personnalités diplomatiques, accréditées à Berne, assistaient à la représentation officielle du 1er Août. Elles ne tarissaient pas d’éloges sur l’organisation et la magnificence de la Fête veveysanne ; elles exprimaient aussi leur étonnement de ce que, dans un si petit pays, puisse surgir une manifestation aussi belle et aussi vaste.

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Ces louanges, ajoutées au succès de la Fête des Vignerons, sont la vraie, la seule récompense qu’en attendent la Confrérie des Vignerons, organisatrice, et les figurants.

La fête en chiffres

2000 figurants, 5 corps de musique, 1 orchestre de 150 exécutants
6 représentations

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Les places coûtent entre 5.50 et 82.50 francs

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La Fête coûta 1 202 497 francs
Bénéfice: 216 215 francs

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Capital de garantie: 388 500 francs souscrits par 725 souscripteurs et 75 000 francs par la Confrérie

Emile Gétaz

[Emile Gétaz, Abbé-président de la Confrérie des Vignerons de 1941 à 1952]

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 18:35

La Fête de 1927

[Commentaire : Déjà, avec les précédentes Fêtes, les livres de chants, autant ceux des écoles, que ceux des amateurs de chant, ont trouvés de très beaux chants qui enrichissaient la chanson populaire. La Fête de 1927, allait elle aussi, amener sa contribution dans ce domaine, très apprécié qu’est le chant.]

Depuis la Fête de 1905 il fallut attendre vingt-deux ans avant de voir le public accourir à Vevey pour assister à une nouvelle Fête des Vignerons. La Grande-Guerre bouleversa l’Europe de 1914 à 1918, et il en résulta des perturbations économiques dont les répercussions se firent sentir longtemps encore. Toutefois, dès 1924, une lueur d’espérance apparut à l’horizon.

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Dans la séance du Conseil de la Confrérie du 3 juillet 1924, M. l’abbé exposa que l’on se préoccupait, dans le public, de la célébration prochaine d’une Fête des Vignerons. Le Bureau fut chargé d’élaborer un avant-projet de programme d’étude. Le 7 novembre 1924, les Conseils examinèrent l’avant-projet et nommèrent huit commissions ayant pour but d’élaborer un budget général.

Le 9 avril 1925, le projet du budget fut soumis aux Conseils. Ceux-ci décidèrent de présenter la résolution suivante à l’assemblée générale fixée sur le 11 mai 1925 :

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L’assemblée générale de la Confrérie des Vignerons, désireuse de célébrer la Fête des Vignerons dès que les circonstances le permettront et dès qu’un capital de garantie suffisant sera assuré, étant entendu que cette solennité devra être digne de celles qui l’ont précédée, autorise les Conseils à faire composer dès maintenant la musique et les paroles, en lui accordant à cet effet les crédits nécessaires.

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L’assemblée du 11 mai 1925 adopta ladite résolution avec enthousiasme.

Le Ier juillet 1925, les Conseils désignent M. Gustave Doret pour la composition de la musique, et le Ier août M. Pierre Girard pour le texte du scénario.

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Un avant-projet du programme général fut présenté par MM. Doret et Girard, le 13 février 1926, et les Conseils décidèrent de proposer, à l’assemblée générale, la date de 1927 pour la célébration de la future Fête.

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La ratification de la date fut admise par l’assemblée générale du 27 mars 1926.

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C’est le 6 avril 1926 que les Conseils adoptèrent le règlement élaboré pour la Commission centrale, et désignèrent les membres des divers comités et les chefs de troupe.

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Le budget fut adopté dans la séance des Conseils du 19 mai 1926.

[Nous voyons ce professionnaliser l’organisation, avec un sérieux et une prudence toute de rigueur.]

La publication de la Fête de 1927 fut fixée sur le dimanche 29 mai, et cette traditionnelle cérémonie attira une foule considérable dans notre bonne ville.

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La même question se pose chaque fois que s’entreprend une Fête des Vignerons :

Trouverait-on facilement, ailleurs qu’à Vevey, une population de 18000 à 20000 habitants – y compris les obligeants collaborateurs de La Tour-de-Peilz et de toutes les communes environnantes – consentant à fournir un effort aussi considérable que celui qui est exigé pour apprendre les chants, les danses, etc., durant des mois ? Et n’oublions pas que tous les figurants ont fait cela bénévolement, de façon toute désintéressée.

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C’est méritoire, mais c’est aussi – répétons-le – ce qui différencie la Fête des Vignerons de toutes les autres fêtes.

Cette manifestation, créée pour glorifier le travail de la terre, s’est maintenue et se maintiendra en dépit de tout ce que le progrès apporte et transforme dans nos mœurs, nos coutumes et nos habitudes.

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M. Emile Gaudard est le premier abbé qui ait eu l’honneur de présider aux destinées de deux Fêtes. Il dirigea les opérations de celle de 1927 avec autant d’aisance qu’en 1905, et pourtant c’était à vingt-deux ans de distance…

Le compositeur, M. Gustave Doret – bourgeois de Vevey et membre d’honneur de la Confrérie – n’est un inconnu pour personne chez nous. En 1889, il fit partie du Comité d’organisation, et s’occupa déjà de la musique. On lui doit la partition de la Fête de 1905 et il eut le courage, l’audace pourrait-on dire, d’accepter la lourde tâche d’entreprendre une nouvelle partition. Cette tâche, il l’a remplie avec autant de talent que de conscience. L’œuvre nouvelle fait honneur à notre compositeur-compatriote ; la preuve qu’elle est plaisante, charpentée en main de maître, c’est que les 600 chanteurs et chanteuses ont, dès les premières répétitions, éprouvé un grand plaisir à l’apprendre et à la chanter. Une autre preuve, meilleure encore, c’est l’approbation enthousiaste du public aux représentations.

C’est le peintre Ernest Biéler qui a préparé les maquettes des costumes. Si l’on s’en tient toujours au style grec pour les accompagnants et les accompagnantes des déesses et de Bacchus, le peintre doit choisir une époque pour les costumes de ceux qui forment la grande troupe des figurants répartis dans les quatre saisons. Pour ceux-là, c’est au XVIIIe siècle que M. Biéler a demandé ses modèles, et il a bien fait car, en ce temps-là, les coiffes coquettes, les étoffes chatoyantes étaient de mode. Ses dessins servirent à confectionner deux séries de cartes postales, l’une de 24 sujets et l’autre de 25.

Le même artiste a peint les maquettes d’un album (dépliant), qui reproduisait les différents corps avec leur délicieux coloris.

M. Pierre Girard, un jeune auteur genevois dont on apprécie le talent, a été chargé de composer le poème. Il a su façonner son œuvre avec la simplicité qui convient tout en lui donnant une tournure nouvelle.

La suite demain.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 16:50

La Fête de 1905 (première fois filmée)

En préambule, je dois de vous dire que le film est une rareté car il ne resterait que deux copies. Pas plus de dix minutes de film que l’on peut trouver sur You Tube, mais j’ai privilégié Arte pour le dossier de présentation qui vous apprendra plus sur le sujet. Film visible sur Arte jusqu’en avril 2017. ICI

Il n’y eut qu’un espace de seize ans entre la Fête de 1889 et celle qui fut fixée sur les 4, 5, 7, 8, 10 et 11 août 1905. Fin du XIXe et les débuts du XXe siècle n’offrirent pas de particularités saillantes dans le domaine de la politique générale, ni dans celui de l’agriculture. Il y eut de bonnes et de mauvaises années, mais la moyenne se tint à un niveau raisonnable. Dans notre petit pays, les affaires marchaient normalement, aussi la population fit-elle bon accueil à la décision d’organiser la Fête en 1905, décision prise par les Conseils le 16 mai 1903, sous la présidence de M. Emile Gaudard, abbé-président depuis 1899. Soumise à l’assemblée générale, cette proposition fut adoptée d’emblée.

La « publication » de la Fête eut lieu le dimanche 21 mai 1905, en présence d’une grande foule de curieux venus d’un peu partout.

Les estrades, pour la première fois, furent disposées en arc de cercle ; elles pouvaient contenir 12500 spectateurs.

Santé!

Santé!

Un trio d’artistes de chez nous contribua à faire de la Fête de 1905 une manifestation dont on loua fort la tenue artistique. Ce sont MM. Gustave Doret pour la musique, René Morax pour le poème, et Jean Morax pour les costumes.

Le livret indique, en plus de ces trois noms, comme « artistes de la Fête », MM. William Pilet, chef des chœurs, et M. A. d’Allessandri, directeur des ballets.

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Les solistes étaient : Mme Emmy Troyon-Blaesi (Lausanne), prêtresse de Palès. Mme Emilie Welti-Herzog (Aarbourg), prêtresse de Cérès. M. Charles Troyon-Blaesi (Lausanne), grand-prêtre de Bacchus. M. Placide Currat (notaire à Bulle), soliste du Ranz des Vaches.

Jusqu’en 1889, les troupes se sont produites devant le public dans l’ordre suivant : Printemps, Eté, Automne et Hiver. Les organisateurs de la Fête de 1905 apportèrent un changement en faisant défiler, en premier, la troupe de l’Hiver.

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Cette petite modification n’a provoqué aucune critique. Elle a eu pour résultat de donner une progression logique aux diverses scènes champêtres, avec la bacchanale comme dernier ballet. L’allure endiablée des faunes et bacchantes fait toujours grande impression sur le public ; il est donc préférable qu’il n’y ait pas, après cette production, quelque scène ou danse plus paisible créant un trop grand contraste. L’ampleur du chœur final résume le spectacle par une splendide envolée.

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Dans la troupe de l’Hiver, on a ajouté les vieux et les vieilles avec les fileuses. Le chant du semeur « Quand la neige est disparue » obtint un grand succès, et le soliste, M. Castella, l’exécuta avec maîtrise. Les invocations firent grand honneur aux artistes.

Le notaire de la noce.

Le notaire de la noce.

Plusieurs des airs eurent la faveur spéciale du public, entre autres : « Chanson des glaneuses », « Chanson des jardiniers » etc. Un ballet qui obtint un très grand succès, c’est celui des « Feuilles mortes ».

M. Paul Perret, conseiller d’État, qui fit du journalisme avant d’entrer au gouvernement vaudois, a vu de près l’organisation de la Fête de 1905. C’est dans ce qu’il a rédigé à cette occasion que nous relevons les passages suivants :

Cette Fête grandiose a laissé dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le privilège d’y assister des souvenirs impérissables. Chacun ne sait pas la place qu’elle occupe dans notre vie nationale et veveysanne, et le travail considérable que son organisation nécessite.

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Le fait qu’une ville de douze mille habitants réussit à mener à bien une entreprise artistique d’une telle ampleur ne s’explique que par des circonstances très spéciales et qui ne se rencontrent nulle part ailleurs. Respectueux, par nature, du passé, nous sentons intimement la force d’une tradition dont les origines augmentent encore la saveur.

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Le lent effort, poursuivi par les Conseils de la Confrérie depuis des siècles, avec une patience tenace, une foi tranquille en l’avenir, s’accomplit encore aujourd’hui avec la même régularité. L’histoire de la Confrérie est une illustration frappante des qualités solides de notre race. Un peuple qui a su créer et conserver une pareille institution peut avoir confiance dans sa destinée.

Ceci nous fait toucher aux attaches profondes que la Fête des Vignerons a dans notre histoire et dans notre vie, et c’est là qu’il faut chercher les raisons de la facilité relative avec laquelle un spectacle de cette importance peut être organisé au moyen des seules ressources, à peu de choses près, que l’on peut trouver dans notre pays.

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Le compositeur de la Fête de 1905, M. Gustave Doret, est Vaudois. Vaudois également, M. René Morax, auteur du livret, et son frère, M. Jean Morax, peintre des costumes. Quant aux figurants, ils ont tous été recrutés à Vevey et dans les environs. Nous sommes donc bien en présence d’une œuvre authentiquement nationale, non seulement par son inspiration, mais encore par la personnalité de ses auteurs et exécutants.

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La Fête des Vignerons de 1905 qui vient de s’ajouter, fleuron magnifique, à la glorieuse couronne depuis si longtemps commencée, a été décidée, en mai 1903. Le travail d’organisation commença aussitôt. Il s’agissait de trouver d’abord les deux compositeurs de la Fête, poète et musicien.

Le nom de M. Gustave Doret s’imposa d’emblée. On ne pouvait en effet trouver un compositeur réunissant mieux que lui toutes les qualités requises pour s’acquitter de cette lourde mission. Et surtout l’on savait que M. Doret apporterait à cette tâche son âme d’artiste et son cœur de patriote. L’expérience a comblé, et bien au-delà, les espoirs que l’on fondait sur le nom de cet admirable musicien. Il fallut ensuite trouver un poète. M. René Morax, qui venait de se signaler à l'attention du public romand par des œuvres poétiques et dramatiques d’une saveur bien personnelle et d’un grand mérite littéraire, voulut bien se charger du livret et se mit à son travail avec un enthousiasme superbe, qui ne s’est pas démenti un seul instant jusqu’à la clôture de la Fête. La même ardeur anima dès le début M. Jean Morax, dont les costumes, composés avec un goût très sûr, une impeccable science de coloriste, furent un enchantement pour les yeux.

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Lever un contingent de près de deux mille exécutants, pourvoir à leur préparation musicale et chorégraphique, à leur habillement, donner à leur travail un cadre digne du spectacle, prévenir les difficultés de tout genre inséparables d’une affluence énorme de spectateurs, résoudre enfin le problème financier de l’entreprise, tout cela représente une somme considérable d’efforts d’autant plus méritoires qu’ils sont désintéressés.

Une organisation très bien comprise a présidé à tous ces préparatifs.

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L’organisation pourra paraître quelque peu compliquée, mais ceux qui ont suivi de près la préparation de la Fête auront pu se convaincre qu’il n’y avait aucun rouage inutile dans tout cela. Tous les comités ont fait preuve d’un dévouement exemplaire et ont travaillé avec une ardeur intelligente pour la réussite de la Fête.

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Une fois de plus on a pu constater l’intérêt que la population romande porte à toutes les grandes manifestations de notre vie nationale, et surtout la force des traditions dont nous parlions plus haut.

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Dans de nombreuses familles on a participé de père en fils, depuis plusieurs générations, aux Fêtes des Vignerons. Aucune fête au monde ne peut s’appuyer sur de pareils fondements. D’une façon générale, le recrutement a bien marché.

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Les répétitions de danse et de chant ont commencé dès la première quinzaine de janvier et se sont continuées jusqu’à la Fête. Il fallait cela pour mettre au point l’interprétation d’une œuvre longue et complexe, dont certaines parties renfermaient de sérieuses difficultés pour des amateurs.

Des six représentations qui ont été données, une seule, la dernière, a été contrariée par la pluie. Toutes ont attiré à Vevey des foules considérables et durant les deux dernières journées, la population de notre ville a été presque quintuplée. Beaucoup de personnes sont venues de très loin pour assister simplement au cortège.

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Nous avons vécu pendant huit jours un rêve merveilleux dont la vision nous est encore présente et nous suivra durant toute notre vie. Nous avons vibré, figurants et spectateurs, dans un commun frisson de joie haute et saine. La Beauté nous est apparue dans une de ses manifestations les plus complètes et les plus merveilleuses.

Des articles très élogieux ont paru dans un grand nombre de journaux suisses et étrangers.

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Il fut naturellement édité un livret officiel, mais pas d’album dépliant. Celui-ci fut remplacé par seize estampes de 33 X 25,5 cm dessinées par E. Biéler.

La fête en chiffres

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1800 figurants
6 spectacles et 2 cortèges

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Les places coûtent entre 2 et 25 francs
La Fête coûta 625 338 francs
Bénéfice: 40 664.70 francs (les affaires marchent !)

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 15:40

La Fête de 1889 (la première fois photographiée)

Vingt-quatre ans se sont écoulés entre la Fête des Vignerons de 1865 et celle de 1889, dernière du XIXe siècle. Il y eut entre-temps la guerre franco-allemande de 1870-71, et une crise économique, aggravée d’années à rendement médiocre dans l’agriculture et la viticulture. Ce fut la cause du grand intervalle entre les Fêtes.

Figurants, spectateurs ont conservé longtemps l’ineffable et vivant souvenir des radieuses journées qui, les 5, 6, 8, 9 et 10 août 1889, attirèrent une foule considérable à Vevey.

Pour le spectateur, comme pour le figurant, l’impression ressentie à la vue d’une première Fête des Vignerons ne s’efface pas. Les divers écrits et les ressouvenances des assistants ou participants à des Fêtes antérieures le prouvent abondamment. Les splendeurs, les attraits nouveaux des Fêtes postérieures, viennent grossir la gerbe des premiers souvenirs, mais ils n’effacent ni même n’atténuent la première impression.

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Soixante-huit membres composaient le comité d’organisation, dont M. Emile Gaudard, abbé-président de 1899-1941 et qui était alors président de la « Commission de poésie, musique et ballets ».

Les approches d’une Fête électrisent naturellement la population. En 1889, cela a été très justement relevé par un éminent écrivain, M. Emile Yung, venu – pour le Journal de Genève – « tâter le pouls » aux Veveysans peu de jours avant la Fête :

Carte de presse

Carte de presse

Les jours d’allégresse depuis si longtemps désirés, si laborieusement et amoureusement préparés sont proches. Vevey, la plus jolie cité, petite reine de notre lac, s’épanouit au soleil de juillet, dans l’attente, un peu inquiète sans doute, mais délicieuse quand même, de la réalisation de ses rêves.

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Une seule pensée y emplit tous les cœurs, une seule ambition anime tous les bras : sa vaillante population concentre ses efforts vers un même but, noble et charmant. Il s’agit de fêter dignement la travail de la terre, source de richesse et de sérénité ; il s’agit de satisfaire aux légitimes espérances que fait naître chez ceux qui, dans le monde entier, ont conservé le culte de l’art et de la nature, ce seul titre : la Fête des Vignerons.

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Comme l’ont été ses devancières, la Fête de 1889 sera tout simplement admirable ; elle n’en sera nullement pour cela une simple copie ; elle aura son caractère propre.

Et voilà, dorénavant, où se trouvera la difficulté pour les organisateurs : conserver à la manifestation ce que le respect de la tradition impose, mais lui donner ce quelque chose d’inédit, de nouveau, qui fera qu’elle aura « son caractère propre ». Et la réussite complète de la Fête de 1889 – comme de celles qui suivirent – est sûrement due au fait que les organisateurs ont su admirablement faire la part de ce qui, traditionnellement, doit être conservé, et ce qui peut, au point de vue spectaculaire, être ajouté ou modifié. De l’ensemble de la solennité ressort et domine toujours le si louable et noble but qu’ont visé, dès les débuts, les fondateurs de la Confrérie : glorifier le travail de la terre, lequel symbolise la Paix, idéal auquel aspirent tous les hommes de bonne volonté !

Ce fut le 5 février 1888 qu’une assemblée générale décida d’organiser la Fête en 1889 (les 5, 6, 8 et 9 août), et la publication eut lieu le dimanche 19 mai 1889, avec son succès habituel et sa foule de curieux.

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Le livret nous apprend que l’abbé-président fut M. Paul Cérésole, ancien président de la Confédération suisse.

Les artistes officiels de la Fête étaient :

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Compositeur de musique : M. Hugo de Senger, à Genève ; Directeur de musique, M. Henri Plumhof, à Vevey ; Directeur des ballets, M. Benjamin Archinard, à Genève ; Dessinateur des costumes, M. Paul Vallouy ; Directeur des décors et de la mise en scène, M. Ernest Burnat ; Architecte des estrades, MM. Victor Chaudet et Henri Schobinger ; Adjoint du directeur de musique, M. William Pilet ; tous à Vevey ; Adjoint du directeur des ballets, M. G. Lovetti, à Lausanne.

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Pour la composition du texte des airs chantés, il fut fait appel à la collaboration de MM. Georges Renard, Alexandre Egli, Jules Besançon, Dr Martin, C.-C. Dénéréaz.

Photo du char de Cérès

Photo du char de Cérès

Les grands-prêtres étaient : MM. Séran (Palès), Romieux (Cérès) et Dauphin (Bacchus), tous de Genève. Soliste du Ranz des Vaches : M. le notaire Currat, de Bulle.

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Jusqu’alors, le Ranz des Vaches avait été chanté en chœur par les armaillis. En 1865, M. Grast avait fait un arrangement à quatre voix. Ce fut donc la première fois, en 1889, qu’il y eut un soliste pour ce rôle.

Placide Currat, notaire à Bulle

Placide Currat, notaire à Bulle

Les estrades pouvaient contenir 12000 spectateurs. Des portes triomphales, d’un style plus décoratif qu’en 1865, fermaient hermétiquement la place, devant la Grenette.

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Le public fut enthousiasmé par l’entrée triomphale des troupes, laquelle prit une ampleur nouvelle, grâce aux 1200 figurants qui composaient les quatre corps.

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Le pasteur-écrivain vaudois, Alf. Cérésole, donne, de cette entrée, la description suivante :

Tandis que le canon tonne, que les cloches de St-Martin s’ébranlent, aux sons d’une marche d’une incomparable grandeur, on voit entrer, avec majesté, en un ensemble admirable, les trois grands-prêtres d’abord, puis les chars des trois saisons, du haut desquels sourient, dans tout l’éclat de la jeunesse, les personnifications du printemps, de l’été et de l’automne. Au cortège du printemps, la couleur bleue des pervenches ; à l’été, le rouge des coquelicots se balançant dans les blés ; à l’automne, la teinte verte ou dorée de la vigne recouvrant nos coteaux.

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Émus, charmés, les spectateurs acclament, applaudissent, et nombreux sont ceux qui ont la larme à l’œil !

Dans la partition d’Hugo de Senger, de nombreux airs firent à la fois la joie de ceux qui les écoutèrent et de ceux et celles qui les chantèrent. À la fraîche apparition des troupes du printemps, les strophes champêtres de J.-J. Rousseau : « Allons danser sous les ormeaux », firent la meilleure impression. Les airs des jardiniers, moissonneurs, etc. conquirent d’emblée les suffrages du public. L’invocation à Cérès : « A toi le miel des ruches bourdonnantes », fut une des plus belles parties de la composition musicale avec l’invocation à Bacchus : « O grand Bacchus, ami des travailleurs ». Enfin, relevons encore le succès de l’air chanté par la noce : « Cloches sonnez, sonnez à la volée ».

Ce qui démontre l’intérêt que prit le public à la Fête de 1889, c’est qu’il fallut organiser une représentation supplémentaire. Le comité avait choisi les 5, 6, 8 et 9 août ; il fallut rouvrir les portes triomphales le 10 août.

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Au cortège – qui fut représenté dans un album colorié très évocateur dessiné par Ernest Vuillemin – on vit apparaître les nouveautés suivantes : le char du meunier, avec moulin rustique, le char des tonneliers, le pressoir, agrémenté d’une tonnelle garnie de pampres, le char des bûcherons et le trousseau de l’épouse, juché sur un véhicule de campagne.

La fête en chiffres

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1379 figurants

5 représentations

Les places coûtent entre 2 et 40 francs

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La Fête coûta 347 751 francs

Bénéfice: 52 810 francs (enfin un bénéfice !)

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Fonds de garantie: 1200 actions à 50 francs et 20 000 francs de la Confrérie

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 16:56

Combien devait-on prévoir de mètres carré en construisant les estrades pour ces dames en crinoline ?

Un dossier sur le sujet encombrant, ICI

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 18:28

La Fête de 1865

La quatrième Fête donnée au cours du XIXe siècle eut lieu en juillet 1865. La chronique assure qu’elle fut splendide comme mise en scène. Trois arcs de triomphe furent, comme en 1851, élevés sur la place du Marché, pour l’entrée triomphale des troupes. Les estrades, construites de face et latéralement, pouvaient contenir 11'000 spectateurs.

Estrade orientale, photo prise depuis l'estrade principale, faisant face à la Grenette.

Estrade orientale, photo prise depuis l'estrade principale, faisant face à la Grenette.

Mais 1865, c’était l’époque des crinolines et on parla beaucoup des ennuis que procurèrent ces soi-disant et encombrantes parures…

L’assemblée du 10 janvier 1864 fixa la Fête sur les 26 et 27 juillet, et la publication eut lieu le 21 mai 1865. (On remarquera que les organisateurs s’y prennent, dès ce moment, plus d’une année à l’avance pour faciliter le recrutement et l’organisation.)

Malgré une pluie persistante, durant toute la première journée, la représentation se poursuivit d’un bout à l’autre grâce à la patience et à la persévérance des figurants et des spectateurs. Les deux journées qui suivirent furent favorisées d’un rutilant soleil, et les costumes n’avaient aucunement perdu leur fraîcheur.

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[Commentaire : Par deux fois déjà, l’auteur du livre nous parle d’un « rutilant soleil »…, traduction, rouge soleil. Pour moi, le soleil est ardent en journée et au coucher de celui-ci, il lui arrive d’être rutilant.]

M. Vernes-Prescott, auteur d’un ouvrage dont nous avons déjà parlé, spectateur des Fêtes de 1833 et 1851, a assisté aussi à celle de 1865. Nous extrayons ces passages des élogieuses pages qu’il consacra à notre manifestation veveysanne :

L’abbé-président – Louis Bonjour, conseiller d’Etat – porte avec aisance crosse d’or, tricorne à plume blanche, habit brun brodé de jais, culotte brune, bas et gants de soie violets. Les commissaires n’ont rien de commun avec ceux de 1851 ; ils ont aujourd’hui un habit vert à boutons argentés, gilet blanc et pantalon de triège (tissu de lin naturel tissé de coton bleu). La soie du brassard, celle de la cravate et du ruban du chapeau varient de couleur suivant les subdivisions auxquelles ils appartiennent. Le chapeau est de paille, coquettement orné d’une jolie grappe de raisin.

Cet élégant costume ne me fait point oublier les commissaires des Fêtes précédentes au vaste chapeau claque, habit, culotte et bas de soie noirs avec fringants escarpins.

A un signal donné les trois troupes font leur entrée solennelle aux accents de l’excellente musique de Palès. Les trois chars de triomphe (Palès, Cérès, Bacchus), ces cortèges magnifiques, cette belle jeunesse, vrai « printemps de l’année », ces costumes délicieux, cet ordre merveilleux, cette grâce, cet entrain, ces saisons qui se confondent en un hymne universel pour rendre un sublime hommage à l’agriculture, tout cela forme le plus majestueux ensemble et fait vibrer toutes les cordes du cœur !

Ajoutons que le vin offert par l’Abbé aux deux vignerons couronnés est du cru de cette année 1865, pressé et offert par M. Leyvraz, lequel a accompagné ce don de deux corbeilles de magnifique raisin mûr.

L’Invocation à Palès brille par des élans d’une touchante poésie. La magnifique voix de M. Landolt leur prête un charme nouveau. Il y a surtout comme rentrée dans le chœur un motif de valse délicieux.

Le soliste a donné une grande valeur à la mélodie de ces deux vers :

L’oiseau traverse l’air d’un élan plus agile ;

La primevère éclate en bouquets gracieux.

Et le chœur reprend :

Jeunesse de l’année,

O saison fortunée,

Parmi nous ramené

Honneur, amour à toi.

L’enthousiasme a été général. C’est un succès qui tient une grande place dans la vie d’un chanteur.

Le grand-prêtre de Cérès est M. Wetter, de Saint-Gall, amateur millionnaire, dont la belle voix de baryton fait valoir la strophe d’invocation :

Salut, déesse des blés mûrs,

O mère, ô nourrice des hommes.

Le grand-prêtre de Bacchus est M. Barberat, de Genève, renommé pour sa voix de basse. Il a pris un fort louable élan à ces paroles :

Tu viens de ton nectar

Désaltérer la lèvre du jeune âge,

Et retremper la force du vieillard.

Qui donne à la vieillesse des éclairs de gaîté,

Qui berce la souffrance dans un songe enchanteur.

Puis dire que dans cette strophe il a « transporté » son public :

C’est Bacchus qui donne à nos collines

Son philtre précieux,

Dont l’enivrante extase et les ardeurs divines

Transportent l’homme aux cieux.

M. Sciobéret, le peintre heureux des mœurs fribourgeoises, a fait tout simplement un chef-d’œuvre en écrivant sa Bacchanale. Dans quel Yvorne pétillant avait-il donc trempé sa plume !

De tout temps la Noce fut le dernier tableau de cette suite de scènes copiées d’après nature. Les heureux époux sont précédés de grands-parents et suivis – heureuse innovation – de couples aux costumes des vingt-deux cantons. C’est bien le défilé le plus attrayant qu’on puisse imaginer. Mais s’il faut choisir ce qu’il y a de mieux, prenons Fribourg, Berne et Lucerne. Chaque couple s’enlace et disparaît dans le tourbillon d’une valse de Lauterbach. [La valse de Lauterbach, tel est le titre joué, compositeur inconnu, valse d’origine Allemande.] C’est le bouquet de la Fête ! C’est le rideau qui se baisse sur cette sublime glorification du travail de la terre !

À remarquer que c’est donc en 1865 que l’on forma, pour la première fois, le groupe de la Noce composé de vingt-deux couples portant les costumes de nos cantons suisses.

Le livret publie les noms des artistes officiels de la Fête qui sont : Jules Mülhauser, poète officiel ; François Grast, compositeur de musique ; Henri Plumhof, directeur de musique ; Benj. Archinard, maître des ballets ; Pierre Lacaze, dessinateur des costumes ; Louis Taverney, architecte ; Ernest Burnat, directeur des décors.

Parmi les collaborateurs de M. Mülhauser, il y eut Pierre Sciobéret, Victor Buvelot, Louis Favrat et Marc Monnier, auquel on doit la belle « Invocation » à Cérès.

Pour la Fête de 1865 il a été fait appel à un assez grand nombre de corps de musique. Nous y trouvons la fanfare de Brunnen pour les anciens Suisses ; les musiques de Vevey (Bacchus), Lucerne (Cérès), Berne (Palès), Lausanne (vignerons), Zurich (la noce), Schwyz (les jardiniers).

La partition indique que La Marche triomphale est exécutée par cinq orchestres d’harmonie (il s’agit sans doute de musique d’harmonie) pendant l’entrée des différents cortèges. L’invocation à l’Agriculture est accompagnée de Trombones et Cors. Le Ballet du printemps et la noce villageoise ont, pour accompagnement, un Orchestre champêtre. Le Chœur général comprend 1500 chanteurs.

Le programme général prévoyait, pour le 26 juillet, une représentation sur la Grande-Place avec défilé dans la ville, banquet sur la promenade du Rivage, et fête vénitienne. Pour le 27 juillet, représentation sur la place, défilé et danse de toutes les troupes dans les principales rues de Vevey et La Tour-de-Peilz, puis bal des figurants en costume.

Trois estrades, en amphithéâtre, entouraient l’espace où s’exécutaient les chants et danses. La plus grande, faisant face à la Grenette, pouvait contenir 6500 personnes ; la deuxième, au couchant, 2500, et la troisième, à l’orient, 1500. [La tribune principale regardait la ville et non le beau paysage du lac.]

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L’enceinte pouvait facilement laisser libre jeu aux 1200 figurants lors des productions.

Un grand album (dépliant) fut édité, où était représenté le cortège, en noir. On n’y voit plus l’arche de Noé, mais, dans la troupe du printemps, figure une tonnelle fleurie avec de jeunes enfants. Dans la troupe d’automne, sur un char, on contemple un petit pressoir devant lequel se trouve un couple de vignerons vaudois.

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Il fut en outre lithographié de belles planches, de 60 centimètres sur 41, représentant les troupes d’Honneur, du Printemps, d’Été, d’Automne et d’Hiver, avec un grand sujet central et, en frise, de jolis détails de figurants en groupe ou isolés.

La fête en chiffres

1 200 figurants

3 représentations

Les places coûtent entre 1 et 40 francs

La Fête coûta 144 460 francs

Déficit 10 861 francs (un tiers à la charge de la Confrérie, le reste à celle des actionnaires)

Financement : souscription volontaire, émission de 1 000 actions à 40 francs (qui n’a pas été un succès.)

Souscription publique

Souscription publique

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 16:51

La Fête de 1851

Il se passa dix-huit ans avant que fut entreprise l’organisation d’une nouvelle Fête des Vignerons.

Entre-temps, en 1847, les statuts de l’Abbaye furent révisés, et c’est sous le nom de Louable Confrérie des Vignerons que nous la retrouvons. Elle décide que la solennité serait fixée sur les 7 et 8 août 1851. La décision fut prise par l’assemblée du 29 décembre 1850, et la publication eut lieu le 25 mai.

La Troupe de Palès 1851

La Troupe de Palès 1851

Un auteur inconnu publia, au début de 1851, un ouvrage intitulé : La Fête des Vignerons et les Rives du Léman et qui débute par un avant-propos disant :

Heureux voyageurs qui parcourez, cette année, la Suisse, venez tous voir la merveille du Léman, la Fête des Vignerons, qui se célèbrera les 7 et 8 août, à Vevey.

Puis suit une notice historique sur les origines de la Confrérie et de sa Fête.

L’auteur a dû s’informer du programme de la Fête car il publia les renseignements suivants qui nous fixent sur ce qu’il est prévu de nouveau :

J’apprends que l’amphithéâtre, sur la Grande-Place, sera barré par de grandes portes (arcs de triomphe par où pénétreront les divers corps.) [Ces portes furent dessinées par le peintre François Bocion.] Il y aura ainsi les portes de Palès, Cérès et Bacchus. Les estrades pourront contenir 8000 personnes. Le tout sera richement décoré et rien ne sera épargné pour donner à la Fête tout le lustre possible.

Bacchus sera traîné par quatre chevaux blancs, conduits par des Indiens en costumes très rutilants. Les déesses Palès et Cérès, dans des chars aux dais brillants, seront traînées par des bœufs blancs aux cornes dorées. La scène du couronnement sera de toute beauté : l’invocation des Suisses à la vieille Liberté Helvétique, par M. Richard, d’Orbe, musique de M. Grast, de Genève, exécutée par 160 musiciens, est grandiose et toute nationale. L’invocation à la Divinité, qui sera chantée par 500 chanteurs, 200 enfants, et accompagnée de plus de 200 musiciens, promet d’être parfaite comme exécution ; la musique en est sévère, et le chant large de M. Monnier restera longtemps dans la mémoire. Les chants doux et suaves de la troupe du Printemps et de celle de l’été, puis la grande Bacchanale, sont autant de morceaux qui feront fureur ; les intermèdes, remplis de finesse, du rémouleur, du meunier et de la noce, feront le plus grand plaisir. Joignez à cela les gracieux ballets des bergers, des jardiniers, des vignerons et d’autres corps, composés par M. Archinard, et vous aurez une juste idée de l’ensemble et du lustre de cette manifestation.

Chacun voudra aussi entendre le Ranz des Vaches et les chants en patois dans toute leur simplicité. Les soli seront exécutés par MM. Mülhauser, Massol et Coindet. Quant à la richesse des costumes, ils ne laisseront rien à désirer.

L’abbé-président était M. François Déjoux, négociant en vins.

M. Mülhauser, à qui fut confiée la composition du livret, s’entoura de collaborateurs : Albert Richard, Marc Monnier, Petit-Senn, Oyex-Delafontaine.

Le musicien genevois François Grast avait composé une partition qui contribua au succès éclatant de la Fête.

C’est un jeune Anglais, en séjour chez nous, qui représenta Bacchus. [Pourquoi ! N’y avait-il pas un jeune garçon de Vevey pour ce rôle ? Ou alors, le riche papa Anglais a payé pour obtenir ce privilège ?]

L’enthousiasme populaire doit être contenu à l’entrée du char de Bacchus dans l’arène de la Fête des Vignerons 1851,

L’enthousiasme populaire doit être contenu à l’entrée du char de Bacchus dans l’arène de la Fête des Vignerons 1851,

Les couplets chantés par le rémouleur obtinrent un succès extraordinaire ; ils étaient dus à la verve du spirituel poète genevois Petit-Senn. Le refrain était :

Je fais piquant, je rends poli

Ce qui n’est plus neuf ou joli.

Et voici quelques-uns des couplets :

Vignerons, par moi vos outils

Coupent sans cesse à votre guise ;

Mais pour vos brillants appétits,

C’est le travail qui les aiguise.

***

Gens de tant d’orgueil revêtus,

Dont la race en tous lieux abonde,

Venez, je vous rendrai pointus

Et vous percerez dans le monde.

***

Orateurs dont les longs discours,

De nos Conseils font la détresse,

Venez, je vous rendrai plus courts,

Et l’on bénira mon adresse.

Le repas fut servi à un millier de participants sous les marronniers de l’Aile ; « il fut – dit la chronique – simple et frugal, mais une gaîté du meilleur aloi ne cessa d’y régner. »

Les musiques participant aux Fêtes étaient, en premier lieu, ce que la chronique appelle des « joueurs d’instruments ». Il est fait mention, au début du XIXe siècle, de la « Musique Hoffmann », laquelle, constituée par un groupe assez important d’exécutants, était très connu et fort populaire à Lausanne, Vevey et dans le canton. On trouve ladite Musique déjà mentionnée aux manifestations des « Patriotes » du banquet des Jordils (Ouchy) en 1792.

Les Hoffmann se succédèrent de père en fils jusqu’à l’extinction de la branche vers 1880.

L’un d’eux, Jules-Louis (1812-1898), fut trois ans organiste et maître de musique au Collège de Vevey.

En 1819, il est simplement mentionné que : Les musiques exécuteront, après le couronnement des vignerons, l’air : « O ma Patrie ! O mon Bonheur ! » Il est parlé aussi d’une Fanfare des trompettes des Suisses et de Tambours et Fifres. En 1833 on lit que : 90 musiciens exécuteront l’air : « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa Patrie ? » En 1851 ce sont les trois musiques (Palès, Cérès et Bacchus) qui entonneront la Marche triomphale d’entrée. Il est mentionné, pour les accompagnements : Musiques de cuivre et orchestres d’harmonie.

Il fut publié cinq grandes planches de 50 centimètres sur 36, représentant les troupes d’honneur, de Palès, de Cérès, de Bacchus et de la Noce, en cortège avec chars et attributs. En plus il y eut deux planches : vue d’ensemble sur la Grande-Place.

Dès 1851 il fut édité et mis en vente une partition, avec accompagnement de piano, des chants et airs de ballets exécutés aux Fêtes des Vignerons.

Les Chiffres :

900 figurants, 3 représentations

Les places coûtent entre 1 et 5 francs

La Fête coûta 64 850 francs

Déficit 20 367 francs

Commentaires : On s’aperçoit que la Fête suscite de l’intérêt dès ses débuts, pour enfler et arriver à un statut presque définitif en 1851. Pourtant, on constate aussi qu’un déficit est signalé à chaque fois, et il faudra attendre 1889 pour voir un bénéfice. Pour ce XIXe siècle, il semble que la Fête doive grossir encore, avec plus de participants, plus d’estrades, plus de public et plus d’ambitions, peut-être, des organisateurs.

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 16:43

La Fête de 1833

La seconde Fête du XIXe siècle eut lieu les 8 et 9 août 1833. La décision fut prise dans l’assemblée générale du 16 février, et la publication eut lieu le 4 juin.

La réussite de la manifestation faillit être compromise par deux événements qui eurent un certain retentissement et durent préoccuper sérieusement les organisateurs :

1. Ensuite de troubles politiques provoqués par la révision du Pacte fédéral, la Confédération leva des troupes pour occuper Schwyz et Bâle-Campagne. Or, trente-quatre figurants furent mobilisés. Par bonheur, des « réservistes » montreusiens s’offrirent pour les remplacer momentanément, et ce geste amical fut apprécié comme il convient, tant par les organisateurs que par les dispensés qui, le lendemain de la Fête, allèrent relever leurs aimables frères d’armes.

2. Des piétistes s’étaient efforcés de condamner à grands fracas le spectacle restaurant le culte des faux dieux. Cette provocation souleva des polémiques et même des vifs mouvements d’irritation, car la population jugeait inacceptable ces tracasseries et ces actes d’intolérance.

Tout finit par s’apaiser pour le plus grand bonheur de chacun !

Le service des bateaux à vapeur, qui fonctionnait depuis 1825, contribua à l’arrivée d’un grand nombre de spectateurs. Des estrades, sur la Grande-Place, pouvaient contenir 5000 personnes.

David Glady, qui arrangea à sa façon la musique de la Fête de 1819, avait un fils, Samuel, qui composa pour la première fois de la musique spécialement destinée à la Fête des Vignerons. Doué d’une belle voix, il chanta lui-même l’air d’un des grands-prêtres, tandis que son père dirigeait, comme en 1819, la musique et les chœurs.

Le maître de danse Constantin s’occupa de nouveau des ballets.

Relevons que le nom de Société de l’Agriculture n’a pas été conservé : « Cette Société porte maintenant le nom d’Abbaye des Vignerons », est-il dit dans le livret, qui débute par une Notice sur l’origine de la Fête des Vignerons de Vevey. Et cette notice déclare que :

L’époque de la célébration de cette Fête varie suivant les circonstances. Ayant pour but de récompenser le vigneron de ses fatigues, on a soin pour cela de choisir des années de récoltes abondantes, exemptes de tous genres de fléaux, parce qu’alors rien de pénible ne vient se mêler, dans ces jours, aux jouissances de l’agriculteur.

L’abbé qui présidait aux destinées de l’Abbaye était M. Vincent Doret.

L’ordre de parade fut à peu de chose près le même qu’à la Fête de 1819. Bacchus et les deux déesses sont toujours portés, ces dernières par quatre nymphes et deux de rechange. Une adjonction est faite dans le livret. Après le nom de « faunes », pour les profanes sans doutes, est accolé le mot explicatif : « Sauvages ». Le char de Noé est indiqué : « avec sa famille de huit enfants ». Le corps des Suisses est composé de 1 Capitaine ; 4 Lieutenants ; 1 Enseigne ; 81 Soldats ; 10 Musiciens ; 4 Tambours et Fifres.

Voici – lit-on dans le livret – le programme des chants et danses, qui seront exécutés, devant le centre et l’estrade et, ensuite, sur certaines places de la ville :

Bacchus

Bacchus

Division des Bergers et Bergères, Jardiniers et Jardinières : Hymnes, Chœurs, Ballet, accompagnés d’une petite scène d’orage.

Division de Palès : Hymne, Récitatif, Invocation, Chœurs, etc., suivis d’un Ballet dansé par les Faucheurs et les Faneuses, avec leurs instruments aratoires.

Division des Vachers : Chant rustique, et quelques couplets du Ranz des Vaches.

Division de Cérès : Hymne, Récitatif, invocation, Chœurs, etc., suivis d’un Ballet dansé par Moissonneurs et Moissonneuses, avec des cerceaux.

Division des Vignerons du Printemps : Simulacre de leurs travaux, avec chants rustiques.

Division de Bacchus : Hymne, Récitatif, invocation, Chœurs, etc., suivis d’un Ballet dansé par les Faunes et Bacchantes, avec des thyrses et des tambours de basque.

Division des Vignerons d’automne : Simulacre de leurs travaux, accompagné de chants rustiques.

Division de la Noce villageoise : Couplets chantés successivement par le Baron, le Notaire, les amis de noces, les vieillards, etc. Pasquinades et réjouissances de la noce.

Après le défilé devant l’estrade et la procession en ville, les figurants assisteront, sur la promenade de Derrière-l’Aile, à un banquet qui terminera la première journée. »

A part le livret, il fut édité, en 1833, trente planches de 50 centimètres de longueur sur 21 de hauteur, figurant tout le cortège, dessiné et reproduit en noir. Dans beaucoup de familles de chez nous on a retrouvé de ces planches collées, sous la forme d’un grand rouleau. Quelques-uns de ces derniers ont été coloriés par des amateurs et même par des artistes – par exemple Théophile Steinlen – et ont acquis de ce fait une grande valeur.

Fête des Vignerons [8]

Les chiffres

780 figurants

2 représentations

Les places coûtent entre 1 et 3 francs

La Fête coûta 27 007 francs

Déficit 8 121 francs

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:18

La fête de 1819

De rudes calamités marquèrent la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle : Révolution française, épopée napoléonienne, guerre générale, etc. Deuils et misères succédèrent aux années tranquilles. Aussi fallut-il attendre la signature de la paix, en 1815, pour que la vie reprît un cours normal et que le Conseil osât envisager l’organisation d’une nouvelle Fête des Vignerons. De très mauvaises années, 1816 (année sans été) et 1817, retardèrent encore la décision, mais deux belles récoltes leur succédèrent en 1818 et 1819. En présence du résultat de la vendange de 1818, et constatant, en hiver déjà, les heureuses perspectives de celle de 1819, une nouvelle Fête fut envisagée.

La Fête de 1797 – rappel qui ne manque pas d’intérêt – fut célébrée à la veille de la Révolution vaudoise, événement qui s’accomplit sans effusion de sang, le 24 janvier 1798. Le 14 avril 1803, le Grand Conseil nomma le pouvoir exécutif : Petit Conseil, nouveau gouvernement qui se mit à l’œuvre sous les auspices de la Constitution qui venait d’être adoptée.

Dans les procès-verbaux de la Confrérie, aucune mention ou allusion n’est faite relativement à ces événements. Toutefois, dans le livret officiel de la Fête qui les suivit, en 1819, on lit ce qui suit :

Les événements politiques survenus ces années dernières sont encore présents à notre mémoire ; les années calamiteuses que nous avons traversées, si heureusement comparativement à d’autres peuples, sont trop récentes pour les avoir oubliées ; il est donc inutile de rappeler que ce concours de circonstances a mis un intervalle de vingt-deux ans entre la dernière Fête et celle que nous allons célébrer, avec d’autant plus de plaisir et de satisfaction qu’à des années de discorde et de deuil, a succédé pour l’Europe une paix générale fondée sur un système protecteur des petits Etat comme des grands.

Autre fait – à la même époque – intéressant à rappeler : sur notre Grande-Place, le 13 mai 1800, notre population assista à un spectacle d’un genre bien particulier, ce fut celui du général Bonaparte qui, se rendant en Italie, inspecta un corps de 6000 soldats prêts à traverser le Grand-Saint-Bernard.

C’est dans une assemblée générale du 21 janvier 1819 que fut décidée la Fête, pour les 5 et 6 août, et la publication y fut fixée sur le 18 mai.

Au cours du XIXe siècle, les Fêtes vont se succéder, à intervalles irréguliers, apportant à leurs programmes des nouveautés propres à en rehausser l’éclat et la solennité. Ce qui nous permettra le mieux de faire ressortir la comparative progression de ces programmes, c’est de puiser dans le livret – régulièrement édité – et dans les écrits de l’époque les détails les plus caractéristiques de chacune des Fêtes.

Nous voyons, en 1819, toujours sous la dénomination de Société de l’Agriculture, le Conseil entreprendre avec soin l’organisation de la Fête. Une estrade pouvant contenir 2000 personnes fut dressée sur la place du Marché et des stations de danse furent choisies en ville. Des Cent-Suisses, des jardiniers, des armaillis avec troupeaux, furent adjoints au cortège. Un maître à danser, M. Constantin, éduqua les figurants.

Les organisateurs commencèrent à se préoccuper davantage de la partie musicale. Un professeur de musique à Vevey, M. David Glady, fit un arrangement de paroles de circonstance sur un certain nombre d’airs de son choix.

Si les rôles de faneuses, moissonneuses, bacchantes, étaient encore tenus par des jeunes gens (à cause de la fatigue) [Qu’ils disent… !], les déesses furent, pour la seconde fois, représentées par de gracieuses et mignonnes jeunes filles.

A la fin du livret officiel ont été adjointes huit bandes de 45 centimètres sur 18, sur le papier desquelles sont dessinés les coquets costumes des figurants et les chars.

Cortège 1819

Cortège 1819

Le cortège comprenait 730 figurants.

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De nombreux chants, dans chaque corps, sont exécutés en chœur – dont le Ranz des vaches par les armaillis – ou en soli. Parmi ces derniers, on remarque celui de la prêtresse de Palès, de celle de Cérès, du grand-prêtre de Bacchus, du Baron, du Notaire, du Ramoneur.

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Si les costumes étaient assez simples, les coloris vert, bleu, rose, rouge, faisaient déjà le ravissement des spectateurs.

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A la Fête de 1819 les costumes des figurants restèrent à leur charge, petit sacrifice qui a continué d’être accepté par la population aux Fêtes suivantes. Toutefois, quand le résultat financier l’a permis, tout ou partie de ces frais a été remboursé.

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A noter qu’en gens pratiques, les organisateurs de 1819 s’arrangèrent pour que les costumes puissent être portés ensuite, débarrassés des ornements officiels. Cette prévoyante mesure fut appliquée jusqu’en 1865.

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Dans le « manual » de la Confrérie, il est relevé que :

Jamais la ville de Vevey n’a offert un coup d’œil plus ravissant par la multitude d’étrangers de toutes conditions et de tout âge qui affluoient attirés par la nouveauté du spectacle.

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