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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:10

Commentaires :

Pour le moment on ne dit mot sur la participation financière du public. Il semble, à la lecture, que le spectacle est gratuit pour la foule. De timides jeunes filles jouent le rôle de Déesses, alors que les Bacchantes sont jouées par des jeunes gens. Les femmes ne pouvaient s’exhiber ainsi en public. Après la Révolution Française et Vaudoise, cela change, la participation des femmes est plus évidente.

Pour les Fêtes à venir, il y aura plus de tribunes, plus de participants, plus de tableaux et bien sûr plus de public. S’il n’est dit combien devait payer les foules en délire pour participer au spectacle ou au repas, je peux imaginer qu’ils devaient bien payer quelque chose… mais combien ? Pour la suivante, celle de 1819, j’ai pris connaissance de quelques informations sur ce qu’ont coûté la Fête et les prix des places ; les places coûtent entre 1 et 3 francs ; la Fête coûta 16 254 francs ; déficit de 9 666 francs ; pour deux représentations.

Fête des Vignerons [6]
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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 16:26

La Fête de 1797 [Considérée comme la première]

Des appréciations élogieuses telles que celle qui vient d’être mentionnée – reçues sans doute de sources diverses – n’ont pu laisser indifférents les organisateurs, membres des Conseils, qui, noblesse oblige ! se sont rendu compte qu’ils devaient aller de l’avant en progressant, leur réputation étant en jeu. Aussi, la Fête, décidée en principe pour 1795, fut renvoyée à l’année 1797. Cela permit de préparer un programme plus complet, dans lequel entra une organisation des troupes selon les saisons de l’année : printemps, été, automne et hiver. Bacchus et Cérès firent bon accueil à Palès, qui figura accompagnée d’un gracieux groupe de bergères. Voulant présenter les troupes dans toutes les règles, les dirigeants firent construire, sur la place du Marché, une estrade pouvant contenir 2000 spectateurs, devant laquelle vinrent chanter et danser les figurants, avant de répéter leurs productions sur diverses places de la ville.

Un procès-verbal, dressé le 8 juin 1797. Informe que :

Le Conseil et le Rière-Conseil, réunis pour connoître s’il y auroit lieu de faire assembler le Général (assemblée générale) de cette Société, afin de décider s’il convenoit et si l’on pouvoit faire la Procession de notre Confrérie dans le courant de l’année ?

Après un tour consultatif, il a été décidé, à la pluralité des voix, de fixer l’assemblée générale à dimanche prochain, à 6 heures du matin.

Bigre ! Voilà une heure bien matinale et qui, heureusement, n’a pas toujours été de règle…

L’assemblée devait en tout cas être convoquée très tôt, le jour de la bravade puisque celle-ci la suivait et, on vient de le lire, commençait ses productions à sept heures du matin.

A l’assemblée du dimanche 11 juin, il est minuté que :

L’assemblée décide presque unanimément qu’on faira cette Fête au mois d’août pour se réjouir surtout des flatteuses espérances qu’on a de la Paix !

Les Conseils fixèrent la parade sur le 9 août, avec publication le 18 juillet. Il est minuté que le 9 août, époque de la pleine lune, favorisera la marche des étrangers. C’était sans doute afin de faciliter les spectateurs qui venaient de nuit en char, à cheval ou à pied.

Détail cueilli à ce sujet dans un vieux manuscrit :

Pendant trois jours les voitures n’ont cessé d’arriver à Vevey. Les auberges étaient pleines jusqu’au galetas. Des lits et des chambres, empruntés dans les environs, ne suffirent pas et beaucoup de visiteurs couchèrent à la belle étoile. Le port, devant le Marché, était garni comme d’une petite flottille.

Innovation qui s’accorde avec le développement que prend la parade : un livret de vingt-quatre pages sort de l’imprimerie Chenebié & Loertscher. C’est dans « iceluy » que nous allons puiser les renseignements utiles pour donner une idée de l’importance des améliorations apportées à la manifestation, laquelle prend déjà grande allure.

Sur la couverture du livret est silhouetté l’abbé – M. Louis Levade – portant une longue crosse sous le bras. Les premières pages sont consacrées au « Discours prononcé par l’abbé au couronnement des vignerons ». Nous en extrayons ce qui suit :

Il n’est point en Europe de fête périodique plus intéressante que celle que nous allons célébrer. Il n’est point d’époque plus heureuse pour cette célébration que celle qui nous rassemble aujourd’hui : c’est celle de la Paix qui vient de se conclure entre la République française et la Maison d’Autriche. – C’est surtout celle de la Paix dont nous avons joui jusqu’à présent.

Pendant que nos voisins voyaient leurs vignes arrachées, leurs champs couverts de sang et de carnage, leurs maisons pillées et brûlées, nous mangions tranquillement notre pain à l’ombre de nos arbres couverts de fleurs et de fruits, nous vendangions et pressions nos raisins en paix. – Nos maisons, nos villes, nos campagnes retentissent de chants de joie et d’allégresse. Oh ! que nous serions heureux, si nous sentions toute l’étendue de notre bonheur !

La Fête que nous allons célébrer, avec toute la pompe et la décence qui lui convient, a pour but principal d’encourager l’Agriculture, en couronnant publiquement les honnêtes cultivateurs qui, par leur bonne conduite et leurs travaux assidus, ont fait rapporter à leur fonds tout ce qu’ils pouvoient produirent, et ont par-là mieux mérité de cette Société pendant le cours de ces dernières années.

Réponse des Vignerons couronnée (imprimée dans le livret) :

Répondre à tant d’honneurs ne nous est pas possible ; nos cœurs sont trop émus, nous ne pouvons parler. Ce n’est qu’en redoublant de zèle, de soins, d’activité, que nous pourrons prouver notre reconnoissance à la Société.

On remarquera la naïve mais si sincère simplicité de cette réponse, faite par le premier couronné.

Vient ensuite : l’Ordre de la Parade :

Ier partie : Le Printemps :

Le Hoqueton ; l’Abbé ; le Conseil ; un Enseigne ; une Musique ; Bergères dansantes ; une Prêtresse ; enfants de Chœur ; des Canéphores ; un Autel ; des Canéphores ; la Déesse Palès ; des Faucheurs ; des Faneuses ; un char de foin.

[Dans chaque saison, sauf l’hiver, il y a des Canéphores dont voici la signification, ICI.]

Ci-dessous l’Ordre de la Parade, avec les quatre saisons.

Ordre de la Parade

Ordre de la Parade

Bacchus était toujours promené sur son petit tonneau. Pour les déesses, on construisit des palanquins, surmontés d’un baldaquin élégamment drapé de tentures aux couleurs vives, et ce sont des jeunes gens (même des jeunes filles) qui les portaient.

On constate ainsi que la « parade » a pris, en 1797, l’importance d’un cortège qui ne manquait pas d’allure. Aussi comprend-on qu’un tel spectacle ait déjà attiré de nombreux spectateurs en notre bonne ville.

Le livret renferme des couplets démontrant que la partie musicale avait pris un peu plus d’importance aussi. On suppose que des paroles de circonstance étaient adaptées à des airs connus du pays. On y voit figurer un Hymne sur l’Agriculture, chanté au couronnement des vignerons. En voici les paroles :

O ! Toi divine et riche Agriculture

Nous te devons les trésors des humains :

De tes travaux tu pares la Nature,

Et l’abondance est versée par tes mains.

Chœur : respectable industrie,

Laboureur vigilant,

Nous vous devons la vie

Au sortir du Néant.

Tu fais fleurir l’art le plus nécessaire,

Mortel heureux, honnête Agriculteur :

Les biens, les rangs ne peuvent satisfaire,

C’est sous ton toit qu’on a la paix du cœur.

Chœur : Respectable…

Puis viennent les couplets de la prêtresse de Palès : Protège nos biens, nos troupeaux, Reine des Prés et des Bergères… ; le Chœur des Faucheurs ; les couplets de la grande-prêtresse de Cérès : Cérès, mère de l’abondance, entends nos vœux et nos accents… ; l’air du grand-prêtre de Bacchus : Favoris de Bacchus, Sylvains, Faunes, Bacchantes, fêtez tous avec moi le plus puissant des dieux… ; la ronde des Faunes et des Bacchantes ; la chanson des Tonneliers ; les couplets pour la Noce du village ; le couplet du Seigneur du village et la Ronde des jeunes gens à la Noce. Entre ces airs et scènes étaient intercalés des chœurs, récitatifs, etc., sans compter les danses, sur lesquelles il n’est pas donné de précisions.

La fin du livret est consacrée aux sentiments de reconnaissance exprimés par les dirigeants de l’Abbaye à l’égard de ceux qui contribuent au Fonds consacré à récompenser les vignerons. On y lit :

La Société d’Agriculture voue la plus vive reconnoissance à tous les bienfaiteurs dont les noms seront religieusement conservés dans ses Registres.

On remarquera que l’Abbaye dite de Saint-Urbain porte, à la fin du XVIIIe siècle, le nom de Société d’Agriculture.

Un voyageur, venu de France où il fut le témoin de quelques-uns des tragiques débordements provoqués par la Révolution, écrivit ceci à propos de la Fête des Vignerons de 1797 :

Divinités bienfaisantes, faites-moi passer d’un pays livré aux fléaux de la discorde et de la guerre, chez un peuple qui goûte les douceurs de la paix ; montrez-le-moi dans son plus beau jour, et que le spectacle touchant de ses fêtes me fasse croire à son bonheur !

A la vue de l’allégresse de notre population le jour de la Fête, le voyageur a dû constater que ses vœux étaient exaucés !

D’un ouvrage écrit par M. Vernes-Prescott sur l’Abbaye des Vignerons, nous extrayons les passages suivants d’une description de la Fête de 1797 :

Aux sons d’une musique éclatante le divin cortège s’avance sur la place. Bientôt toute son enceinte est garnie de faunes, de bacchantes, de tous les corps de divinités subalternes qui composent la cour de Bacchus et de Cérès. Quatre chars de triomphe portent les attributs des saisons. A cette vue, la foule d’idées attendrissantes que réveillent les tableaux de la vie champêtre ; celle des sentiments doux et consolants que fait naître l’image de son bonheur, viennent assaillir l’âme, et lui faire éprouver une joie pure comme la source qui la produit.

Et qu’on ne confonde point cette Fête avec ces imitations théâtrales qui, dans les grandes villes, nous laissent froids et indifférents ; ici les acteurs sont les agriculteurs eux-mêmes ; les actions de grâces qu’ils rendent aux dieux des campagnes ; leurs chants, leurs actes, les signes représentatifs de leurs travaux, de leurs jeux ; les expressions naïves de leur félicité, rien n’est fardé, tout est réel, et le tableau de cette journée se compose de ceux de toute leur vie.

Comme l’auteur de ces lignes a bien senti ce qu’était la Fête des Vignerons, comme il a compris le but visé par ses organisateurs, comme il s’est rendu compte de l’effort désintéressé des figurants, comme il a défini avec clarté qu’il ne s’agissait pas d’une imitation mais d’une originale création !

Si nous nous sommes étendus sur ces détails de la Fête de 1797, c’est que nous y trouvons la preuve indéniable que, si les précédentes « parades » ont obtenu un succès d’estime très mérité, cette fois-ci le spectacle a charmé les assistants, au point d’inspirer de flatteuses et élogieuses remarques, dépassant de beaucoup les descriptions habituelles d’un observateur voyant, pour la première fois, une manifestation populaire de ce genre.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 17:28

1789, pendant ce temps en Europe ça bouge et la marche en avant de la Démocratie ne pourra s’arrêter. La Suisse sous influence, devra parois subir le pouvoir étranger, sans capacité à le repousser, d’autrefois ébloui par les lumières du miroir aux alouettes, être aveugle au destin. Le canton de Vaud sous la domination Bernoise, essayera sa révolution, ruera dans les brancards, sans vraiment être dans un total succès. C’est plus l’environnement global du canton dans la Suisse et la Suisse dans l’Europe, qui firent avancer les choses, jusqu’au Congrès de Vienne.

La Fête de 1791

Pour la première fois, à la Fête du 16 août 1791, la déesse Cérès fut représentée par une jeune fille, portée sur un gracieux palanquin.

[La Révolution Française aurai-t-elle influencé ce changement, puisque la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, n’est publiée qu’en septembre de la même année ?]

Une généreuse citadines, Mme Grenier-De Lom, fit cadeau de la robe de la déesse.

A remarquer que les attributs, même certains costumes, appartenant à l’Abbaye, étaient déposés chez un des membres du Conseil. Inventaire était dressé, et le dépositaire devait trouver deux cautions responsables.

Une heureuse innovation fut introduite, cette même année 1791, par

La création d’une caisse destinée à constituer un « Fonds » où seraient puisées les primes décernées aux vignerons les plus méritants.

Des dons, parfois importants, l’alimentèrent.

C’est dans une réunion des Conseils du 16 juillet 1791 que la bravade fut fixée sur le 16 août. Le procès-verbal ajoute :

Il a été décidé qu’on publiera la parade le 2 août avec des joueurs d’instruments.

Pour donner une idée de l’envergure prise par l’avant-dernière fête du XVIIIe siècle, reproduisons ces quelques observations faites par un spectateur, présent le 16 août 1791 :

Le spectacle était vraiment curieux et à la fois magnifique. Rien de plus vif et de plus plaisant que les danses, entre autres des bacchantes et des faunes. Les premières étaient, comme les autres, des hommes, mais si bien habillés en femmes que chacun y a été trompé. La prêtresse de Bacchus, savoir M. Tardan fils, a fait récitation, chant et il danse merveilleusement bien. Chaque troupe de vignerons et vigneronnes, de jardiniers et jardinières, d’effeuilleuses, etc., etc., a rempli son rôle au parfait. Nous nous sommes délectés les yeux et les oreilles. Il y a eu, à commencer de la Placette, devant la Maison de Ville, jusqu’à quinze représentations qui ont duré de sept heures du matin à quatre heures de l’après-midi sans interruption. Et quand les acteurs, au nombre de plus de deux cents, se sont mis, Derrière-l’Aile, à une table d’autant de couverts, le repas était délicieux à voir. C’est du jardin du Lieutenant Baillival, M. Couvreu, que nous avons regardé.

Les visiteurs étrangers ont été en admiration.

[A chaque fois que je lis dans un texte ancien, avant le milieu du XXe siècle, le mot « étranger » semble très souvent désigner tous ceux qui ne sont du coin ; c’est-à-dire dans ce cas et les autres fois, « Les visiteurs étrangers ont été en admiration », désignent possiblement des Genevois ou des Fribourgeois et autant de Français ou Savoyards par exemple.]

1791, les Conseillers

1791, les Conseillers

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 17:51

La Fête des Vignerons

Imaginons qu’un de nos aïeux ait laissé un témoignage écrit de ce qu’il vit, à Vevey, le 7 juillet 1730. Il aurait sûrement donné la composition de la bravade qui, cette année-là, parcourut joyeusement la ville pour se rendre au pré Falconnet : drapeau en tête, hoqueton, membres du Conseil, marmousets, suivis des vignerons et vigneronnes chantant et même dansant avec entrain. Notre aïeul aurait ajouté que la population avait joyeusement acclamé les vignerons, et – détail puisé dans le registre – il aurait signalé une innovation très goûtée : l’adjonction de Bacchus, joli jeune homme hissé sur un tonnelet et porté sur un brancard à dos d’hommes.

Notre aïeul-correspondant aurait, quelques années après, signalé que la bravade ne se ferait plus que tous les trois ans (dès 1741), et que le repas rassemblait toujours plus de travailleurs de la vigne. Le cortège s’amplifiait, attirant déjà de nombreux curieux venus des environs. Il aurait relevé aussi qu’outre les instruments aratoires, brantes, seilles, etc., on y vit paraître la « bossette ».

Une bossette

Une bossette

Un peu plus tard, Bacchus n’y figura plus seul. En effet, à la bravade du 2 août 1747, un gros garçon boucher du nom de Louis Richard représenta, en robe courte, genre tutu, la déesse Cérès, et parada majestueusement à cheval… Le jeune figurant fit entendre, au repas, un compliment qui se terminait par ces mots :

Ces peuples (de l’antiquité : Grecs, Romains) qui ont fait trembler l’Univers, ayant cru que Bacchus était le dieu du vin pour avoir enseigné aux hommes à planter la vigne, et Cérès – que j’ai l’honneur de représenter – la déesse des blés pour leur avoir appris l’agriculture, célébraient toutes les années des fêtes en leur honneur.

On constate ainsi qu’en 1747 la bravade a pris assez d’importance pour qu’elle ait le caractère d’une fête populaire, et qu’il est fait à ce moment-là un rapprochement avec les fêtes antiques. Mais il y a lieu de bien spécifier que le rapprochement n’est admissible qu’en ce qui concerne l’apparat et non le motif. Les anciens peuples fêtaient les divinités païennes, tandis que les dirigeants de l’Abbaye dite de Saint-Urbain, eux, voulaient glorifier le travail de la terre, particulièrement celui de la vigne. L’apparition de Bacchus et Cérès, dans la bravade, a donné, l’auteur du compliment adressé aux membres du Conseil en 1747, l’occasion de rappeler que les peuples de l’Antiquité, tout en honorant et vénérant les faux dieux et déesses d’alors, regardaient l’agriculture comme la plus noble de toutes les occupations et vivaient à la campagne, au milieu de leurs troupeaux, ainsi qu’il est dit dans le compliment.

de Rubens, Cérès, Bacchus et Vénus

de Rubens, Cérès, Bacchus et Vénus

Le rapprochement, sous cette forme, a sa raison d’être. Les dignitaires de l’Abbaye sont comparés à ceux qui, dans l’Antiquité, encourageaient l’agriculture, mais pas à ceux qui fêtaient et adoraient les faux dieux. Si, avant l’ère chrétienne, les organisateurs de solennités mettaient Bacchus, Cérès, Palès en première ligne dans leur programme, nos prédécesseurs – entre autres ceux du XVIIIe siècle – ont renversé les rôles : honorer, glorifier les travaux de la terre d’abord, et, pour le plaisir des yeux, pour agrémenter le cortège, laisser figurer le dieu du vin, la déesse des blés et, plus tard, la déesse du printemps, avec leurs suites colorées.

La Fête des Vignerons – comme l’envisageaient nos aïeux et comme l’a dit un éminent littérateur – est et reste « un hymne grandiose de reconnaissance à la gloire du Créateur ».

Et la Fête des Vignerons est – souvenons-nous-en ! – une création et pas une imitation !

L’importance et l’apparat donnés au cortège demandant plus de temps aux organisateurs, il fut décidé, comme nous l’avons dit, que les bravades n’auraient lieu que tous les trois ans. Et déjà la trompette de la renommée lançait son appel au-delà du territoire veveysan, faisant accourir, le jour de la bravade, des spectateurs venus de loin à pieds, à cheval ou en char.

En feuilletant les registres qui succédèrent à celui de 1647, nous relevons des renseignements permettant de suivre l’évolution de la Fête et son prodigieux développement.

Dans la séance du 29 juillet 1750, les Conseils, décidèrent que:

L’assemblée générale serait convoquée pour le 5 août. Tous les membres sont invités à s’y rencontrer sur la petite place, en uniforme et armes ordinaires, dans la propreté convenable et sans autres différences ni distinction que celles que les Règlements peuvent permettre.

Et voilà encore une indication intéressante :

Ce qui sera publié, pour la conduite d’un chacun, à Vevey, le 30 juillet 1750.

Ainsi, nous constatons qu’en 1750 déjà fut instituée cette « publication », petite cérémonie perpétuée à travers les âges, au cours de laquelle on proclamait officiellement la célébration de la Fête tel jour fixé par les Conseils. La publication fut avancée par la suite et eut lieu au mois de mai.

Nous constatons aussi qu’une assemblée générale précédait toujours la bravade.

Les membres du Conseil arborèrent, dès 1750 déjà, un habit vert, culotte blanche, chapeau de paille orné de la grappe de raisin, un baril en sautoir et à la main un bâton, surmonté d’une serpette. M. l’abbé était en habit violet, armé de sa crosse. Les membres de l’Abbaye, en culotte blanche, chapeau de paille, portaient aussi le baril en sautoir.

Dans un procès-verbal de 1765, nous lisons que :

La parade du 10 juillet fut la plus belle, la plus brillante, la plus nombreuse qui se soit vue jusqu’alors, à la grande satisfaction des spectateurs du lieu et de l’étranger.

Des chars assez décoratifs furent peu à peu adjoints au cortège : ceux de Noé, des tonneliers, etc. L’apparition de Cérès avait tout naturellement provoqué la venue d’un groupe de moissonneurs et moissonneuses portant des épis de blé ou une faucille.

En 1778 apparurent grands-prêtres et grandes-prêtresses accompagnés de canéphores, bacchantes et d’un groupe de faunes.

La conséquence de l’ampleur prise par le cortège fut que la Fête, prévue pour 1781, n’eut lieu qu’en 1783, et la suivante, prévue pour 1789, fut renvoyée en 1791.

Dès 1783 la bravade devait, en principe, s’organiser tous les six ans. Ceci provoqua, naturellement, une modification pour ce qui concerne la distribution des récompenses. Celle-ci eut lieu à époques plus rapprochées – dans la règle trois ans – tandis que la grande journée de réjouissances prenait des proportions rendant impossibles son organisation à trop courte distance.

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 17:53

Le « germe » de la Fête des Vignerons

Le secrétaire s’abstient de mentionner chaque année la promenade (devenue plus tard bravade, puis parade) ainsi que ce qui se passait à la collation. Toutefois la liste des libéralités de généreux donateurs atteste que l’agape ne devait manquer de rien. Ce qui est minuté, ce sont surtout les ordonnances en ce qui concerne les visites, les agrégations appelées immatriculations, la gestion des biens de l’Abbaye, les amendes, etc.

Sous la date du 28 juillet 1673 il est mentionné : Promenade et repas pris sous les arbres du pré Falconnet.

Nous voilà fixés sur un nouveau point du programme : c’est un repas qui est alors offert aux vignerons. Et, en 1700, il est minuté que le Conseil décide que l’assemblée générale prendra part à un souper modéré et qu’en cas qu’ils n’y ait pas assez de content (argent comptant) chacun du Général contribuera pour 4 batz, et que la bravade se fera à 2 heures.

La journée de réjouissances prend dès lors une modeste mais progressive ampleur, et le secrétaire a dû être tout fier de minuter que le 28 juin 1706, M. le Bailly S. Wurstemberger assista, pour la première fois, au repas. Cette innovation contribua à augmenter considérablement le nombre des membres, dont plusieurs étaient étrangers à la culture de la vigne.

Et, tout naturellement, la bravade prit plus d’importance. Au cortège, les vignerons portaient leurs outils sur l’épaule ou la brante au dos, et bientôt les vigneronnes les accompagnèrent, n’oubliant sans doute pas leurs seilles. Puis vinrent s’incorporer les marmousets, jeunes porteurs d’attributs. Ces derniers consistèrent en premier lieu en petites statuettes fixées sur des bâtons et figurant un Saint-Urbain, un Bacchus, une Charité, un Ours, etc., en plâtre peint, lesquels sont précieusement conservés au Musée Jenisch (salles du Vieux-Vevey).

Fête des Vignerons [2]

L’honneur de porter le drapeau se disputait et s’adjugeait au plus offrant. On lit que, à l’occasion de la parade du 18 juillet 1727, le Conseil ayant constaté que le port du drapeau n’ayant pas atteint le chiffre voulu, il décide de ne pas ratifier l’enchère et fera porter le drapeau gratis par le fils du procureur de la Société.

[L’honneur se payait donc]

En parcourant les rues de la ville, ces braves travailleurs chantaient des airs de chez nous, en patois ; plus tard, des danses agrémentèrent la manifestation.

C’est le moment d’attirer l’attention sur le développement de ce que nous avons appelé le germe de la Fête des Vignerons. Comme on va le voir, ce germe, planté en bonne terre vaudoise, va se développer grâce à toute la compréhension, tout l’empressement, le zèle et l’abnégation d’une population appelée à contribuer à la réussite de cette journée de réjouissances – nous le répétons – en une solennité grandiose.

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 18:10

La Confrérie des Vignerons, née « Abbaye de Saint-Urbain »

Le grand intérêt porté aux travailleurs de la vigne par de hauts personnages a, incontestablement, beaucoup contribué à l’extension de sa culture dans notre pays. Et, comme nous le disons, ce sont ces dits personnages qui créèrent l’Abbaye de l’Agriculture dite de Saint-Urbain.

A l’époque à laquelle se reporte l’existence de notre Abbaye il y avait chez nous des Corporations, associations d’artisans ayant pour but la défense de leurs intérêts communs. Il y eut aussi des corporations d’agriculteurs, et l’Abbaye veveysanne rentrait dans cette catégorie. Il en exista d’autres sans doute, mais, malgré nos recherches, nous n’avons trouvé nulle trace d’un groupement du même genre dans notre pays.

Saluons donc bien bas la vénérable Abbaye veveysanne, apprécions comme il convient son extraordinaire longévité, et applaudissons au fait que, de nos jours, elle remplit encore son utile mission sous la dénomination plus explicite de Confrérie des Vignerons. [En 1969, année de la publication du livre, il y avait encore une grande estime pour cette fête. Qu’en est-il aujourd’hui, en 2015 ?]

Ayant toujours sous les yeux les documents extraits des archives, suivons maintenant la marche progressive de notre Confrérie à travers les âges, et nous verrons comment est née la Fête de Vignerons, solennité unique au monde, qui devint – avouons-le sans vanité – la plus grandiose de nos fêtes nationales.

C’est l’Abbé Chrétien Montet qui fit hommage, en 1647, à l’Abbaye de l’Agriculture de Vevey dite de Saint-Urbain du vénérable registre mentionné.

La première inscription nous apprend que l’Abbé fait présent de ce livre pour dans iceluy enregistrer, minuter et annoter les choses et faicts qui se passeront en dicte Abbaye, pour servir de mémoire à l’advenir.

Ce titre d’abbé a été conservé au président de la Confrérie jusqu’à nos jours. Il a une saveur archaïque qu’il serait malheureux de modifier.

En ce bon vieux temps, les qualifications d’Abbé, Abbaye, de Confrérie s’appliquaient non seulement aux congrégations religieuses, mais aussi à d’autres sociétés civiles et même militaires.

La vénérable Abbaye était donc, en 1647, déjà agissante et constituée selon des règles qui prouvaient qu’elle avait une expérience des hommes et des choses qui ne s’acquièrent qu’au cours de nombreuses années. Le secrétaire a minuté qu’elle avait une trentaine de membres et que sa devise était « Ora et Labora » (Prie et travaille), noble sentence figurant aujourd’hui encore dans les armes de la Confrérie des Vignerons.

Une nouvelle preuve de cette organisation bien assise, c’est la justification de ceux qui ont contribué en dicte année, tant en vin qu’en argent, laquelle justification consiste en une longue liste de donateurs et se termine par un « Sommarum » accusant un total de : Vin, onze setiers et 9 pots, et argent, 7 L. C’était sous cette forme que les adhérents payaient leurs cotisations, ressources qu’alimentaient encore les amendes. Si un vigneron négligeait trop son parchet, le Conseil y envoyait des travailleurs et s’appropriait la récolte de l’année. [Et pour ceux qui n’étaient pas membre de la Confrérie ?]

La large part faite aux dons en liquide laisse entendre que ce vin devait servir à bien désaltérer les braves vignerons convoqués, à cette époque-là, à une réunion dont nous ne connaissons pas le programme. Mais, à une distance assez rapprochée, soit en 1651, le registre nous apprend qu’en date du 28 juin 1651 la Confrérie de Saint-Urbain ordonne que l’on fera la pourminade (promenade) jusqu’au pré du sieur Falconnet et par la ville. Une autre inscription porte que la visitte des vignes s’est faicte en bon ordre.

Nous voilà renseignés sur deux points précis : la visite des vignes était déjà instituée au XVIIe siècle, et une promenade à travers la ville conduisait, un jour déterminé, les participants au pré Falconnet (propriété actuellement occupée par la promenade du Rivage et qui aboutissait au lac par une grève). Là, il est certain que le vin était largement versé, qu’il était probablement accompagné d’une collation, et que l’on fêtait les vignerons les plus méritants.

Le précieux registre nous apprend encore que les adhérents, appelés Frères, étaient dirigés par un Conseil de douze membres, un Rière-Conseil chargé du contrôle de la gestion, et un Conseil de police. Le secrétaire désigne le président : Reverendissime ou Sa Révérence Seigneur Abbé ; le trésorier a le nom de Connétable et l’huissier celui de Héraut, devenu Hoqueton.

N’est-il pas intéressant de constater qu’à travers plus de trois siècles, la vénérable Abbaye a conservé, sinon son titre, tout au moins les bases de son organisation, savoir : visites des vignes et récompenses aux vignerons accompagnées d’une journée de réjouissances. Cette dernière, par la suite, a pris plus d’importance et d’apparat.

Fête des Vignerons
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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 18:25

Arrestations

En 1919, la police de sûreté a opéré 716 arrestations (962 en 1918) savoir :

a) Sous mandat d’arrêt ou d’amener, 407.

b) Arrestations spontanées, 309, suivant détail ci-après :

Allures suspectes, défaut de papiers, 3.

Atteinte à la sécurité de l’Etat, 3.

Condamné, 1.

Désertion, 2.

Extradition, 3.

Evadés de prison, 5.

Injures, 1.

Rapatriement, 1.

Abus de confiance, 8.

Escroqueries, 18.

Faux et usage de faux, 2.

Homicide, 2.

Complicité d’homicide, 1.

Infanticide, 1.

Adultère, 5.

Attentat aux mœurs, 1.

Détournement de mineur, 2.

Abandon de famille, 2.

Prévenus de vols, 202.

Vol à l’entôlage, 9.

Complicité de vol, 8.

Soupçonné de vol, 4.

Recel, 11.

Donc, avec 202 prévenus de vols, c’est le délit le plus courant. Ajoutons les 8 complices de vol et même les 4 soupçonné de vol, soit 214 voleurs !

Quant aux 9 vols à l’entôlage, sont le fait de prostituées qui dans leurs activités ont commis quelques larcins au détriment de leurs clients.

Que penser de l’énoncé : « Allures suspectes», le délit de faciès est toujours d’actualité.

Sinon, rien d’extraordinaire pour l’époque, même l’atteinte à la sécurité de l’Etat était monnaie courante.

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 17:13

Alors personne n’a trouvé ou répondu en laissant un commentaire aux énigmes ci-dessous !

La première énigme, la réponse est le « R »

Énigmes

La deuxième énigme, la réponse est la « bière » (cercueil)

Énigmes

La troisième énigme, la réponse est « votre nom »

Énigmes
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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 16:44

Fribourg

Pour 4 personnes : 4-6 douzaines de cuisses de grenouilles ; 3 dl de lait ; 1 dl de crème ; 2 c. à soupe de farine ; 2-3 échalotes ; 125 g de beurre : 0,5 dl d’absinthe (ou apéritif anisé) ; persil, ciboulette ; 2 gousses d’ail ; ½ citron ; sel et poivre.

Préparation

Faites tremper les cuisses dans le lait et la crème pendant 1 heure au moins. Épongez-les et farinez-les légèrement.

Dans une poêle, faites revenir les échalotes finement hachées dans 100 g de beurre, à feu très doux, sans leur laisser prendre couleur. Versez ensuite le beurre de cuisson, sans les échalotes, dans une autre poêle à frire et faites-y revenir les cuisses à feu vif. Lorsqu’elles sont bien dorées de toutes parts, arrosez-les avec l’absinthe et flambez.

Gardez-les au chaud sur un plat de service et parsemez-les de persil et de ciboulette finement hachés. Salez et poivrez. Ajoutez l’ail pressé et le reste du beurre dans la poêle contenant les échalotes. Chauffez doucement et arrosez de jus de citron. Faites mousser, puis versez sur les cuisses de grenouilles.

Passez à table !

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 17:45

Au moment de la guerre de Crimée (1853-1854), les troupes françaises commandées par le général Pélissier, dans les rangs desquelles combattaient de nombreux Suisses, étaient stoppées devant Sébastopol. La ville était défendue par l’artillerie lourde du « Fort Malakoff ». Après 14 mois de siège, le fort tombait et la guerre était terminée. Le général Pélissier reçut le titre de duc de Malakoff. Rentrés au pays – pour plusieurs soldats, c’était La Côte vaudoise – et les habitudes militaires ne se perdant pas si vite, les hommes de Pélissier continuèrent à se réunir régulièrement, à déguster des croûtes au fromage faites à la grande friture. C’est alors qu’ils auraient baptisé, en l’honneur de leur chef, cette croûte crémeuse « Malakoff »…

Sébastopol

Sébastopol

La recette

Pour 4 personnes : 600 g de fromage (gruyère ou Jura) ; 1 gousse d’ail (facultatif) ; 3 ou 4 œufs selon grandeur ; 5 cl de lait. Poivre blanc ou Cayenne. Sel si le fromage a peu de goût, 3 cuillers à soupe de farine.

Mêlez la farine, le fromage râpé et travaillez cette masse avec les œufs. Ajoutez ensuite l’ail, le lait et les épices. Lorsque l’appareil forme un tout bien homogène, divisez-le en portions que vous placerez sur des tranches de pain, en formant un dôme bien lisse. Le « lissé » de cette surface empêchera l’huile de pénétrer dans la masse.

Plongez vos beignets dans une grande friture chauffée entre 180 et 190° et laissez-les cuire pendant 5 à 6 minutes jusqu’à belle coloration.

Épongez-les sur un papier absorbant et servez bien chaud.

Pendant toute la durée de mon service militaire, école de recrues et cours de répétitions, on a souvent mangé des croûtes au fromage ainsi préparées, sans jamais les appeler Malakoff. Mais toujours servi avec une bonne salade d’hiver, comme la scarole.

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