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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 18:58

Les protagonistes

Friedel Reiter

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Les Justes suisses [photos]
August et Friedel avec les enfants à Rivesaltes

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Anne-Marie Piguet

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Sebastian Steiger

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Les Justes suisses [photos]
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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 16:43

Les passages clandestins organisés depuis La Hille (1942-1944) : Rösli Näf, Renée Farny, Anne-Marie Piguet, Gret Tobler, Sebastian Steiger

Château de La Hille

Château de La Hille

Au plus tard dès l’arrivée de la gendarmerie française le 26 août 1942, les pensionnaires de La Hille surent que la colonie n’offrait pas de sécurité malgré l’emblème de la Croix-Rouge suisse. L’occupation allemande de la zone sud accentua encore le sentiment d’insécurité. Seules l’Espagne toute proche et la Suisse, où la plupart des pensionnaires avaient des parrains, pouvaient procurer un abri sûr. Dans les deux cas, le Franchissement de la frontière ne pouvait se faire que clandestinement.

La directrice Rösli Näf choisit l’illégalité sans en informer quiconque, pas même son supérieur Maurice Dubois. Elle organisa la fuite en Suisse des plus de 16 ans, les plus immédiatement menacés. Peu avant Noël, elle fit partir un premier groupe de dix en leur remettant de l’argent. Trois prirent la direction de l’Espagne, trois celle de Lyon pour se mettre en contact avec des passeurs, alors que les quatre autres rejoignaient les Feux-Follets à Saint-Cergues-les-Voirons. Cette colonie de la CRS, SE était située près de la frontière. Renée Farny, adjointe de la directrice, la Française Germaine Hommel, et un jeune passeur, Léon Balland, emmenèrent Jacques Roth et ses amis en « promenade ».

Jacques Roth et ses amis passent la frontière

« On nous dit que nous partions pour une promenade au cours de laquelle nous étions censés cueillir du gui pour la décoration de Noël de la maison. Comme de bien entendu, les arbres se trouvaient justement en bordure des champs où passaient les barbelés de la frontière avec la Suisse. Léon me dit que le sentier qui bordait les champs était régulièrement patrouillé par la Feldgendarmerie et qu’à l’approche d’une patrouille, étant visiblement le plus âgé de nous quatre et nettement plus que les autres enfants, je devais grimper à un arbre pour ne pas attirer l’attention des soldats qui étaient habitués à voir les enfants s’y promener régulièrement. Ce que je fis, et la patrouille passa sans poser de questions. Après que les Feldgendarmes eurent disparu, Léon nous conduisit, au pas de course, à travers le champ jusqu’aux barbelés qu’il nous aida à traverser. »

Alors que deux des trois adolescents qui avaient voulu franchir les Pyrénées durent revenir à La Hille, la voie suisse semblait plus prometteuse. Rösli Näf décida d’y envoyer le reste des « grands » par groupes, à un ou deux jours d’intervalle. Or l’un des groupes ne trouva pas de passeurs à Lyon et Rösli Näf dut le rejoindre d’urgence. C’est là qu’elle apprit que cinq de ses protégés, à qui Renée Farny avait voulu faire franchir la frontière dans la nuit du 1er au 2 janvier 1943, s’étaient fait arrêter. Une d’eux, Inge Joseph, réussit à s’échapper ; Maurice Dubois, alerté, parvint à obtenir la libération d’un autre jeune, Walter Strauss. Mais les trois autres ne purent échapper à la déportation. Quant à Rösli Näf, elle rentra précipitamment à La Hille pour stopper toute l’opération.

La direction de la CRS, SE fut rapidement informée. Le colonel Hugo Remund, médecin-chef de la Croix-Rouge suisse, décida non seulement de blâmer les collaboratrices, mais de les démettre de leurs fonctions. Il poussa le zèle jusqu’à les dénoncer à la Croix-Rouge allemande, qui n’en demandait pas tant. La Glaronnaise Rösli Näf éprouva un tel écœurement face au comportement de ses supérieurs censés représenter la Suisse qu’elle choisit de s’établir au Danemark après la guerre. Par modestie, elle refusa d’abord de recevoir la médaille des Justes que Vad Vashem voulait lui décerner en 1989. Toutefois, alors qu’elle participait à la cérémonie de remise des médailles organisée trois ans plus tard aux Feux-Follets, elle accepta enfin de recevoir cette distinction.

La nouvelle directrice de La Hille, Emmi Ott, l’ancienne adjointe d’Elsbeth Kasser à Gurs, reçut des consignes très strictes. De toute évidence, elle ne pouvait entreprendre ou cautionner aucun sauvetage, sans risquer de compromettre définitivement, face à la direction de la CRS, SE, la petite colonie de l’Ariège. Ce furent toutefois deux nouvelles collaboratrices, arrivées à La Hille en 1943, qui reprirent les activités clandestines : la Vaudoise Anne-Marie Piguet et la zurichoise Gret Tobler. Pour augmenter les chances de succès, elles accompagnèrent elles-mêmes leurs protégés jusqu’à la frontière. Un troisième collaborateur, le Bâlois Sebastian Steiger, remit sa pièce d’identité, après en avoir changé la photo, au jeune Walter Kamlet qui franchit la frontière avec Anne-Marie Piguet et les sœurs Cordier, des Françaises.

Fraîche diplômée de l’Université de Lausanne, Anne-Marie Piguet se porta volontaire à la CRS, SE, avec une première étape la colonie de Montluel près de Lyon. Quarante ans plus tard, elle décrit ses sentiments : « J’arrive à Montluel en juin 1942, persuadée que je vais « secourir de petits Français ». Mais c’est l’étonnement, mêlé d’une pointe de déception, lorsque je vois ces enfants espagnols et juifs, pauvres innocents jetés à la poubelle de l’histoire par la malice des temps ». Après un passage au siège de la délégation à Toulouse, elle arriva à La Hille en mai 1943 pour s’occuper notamment du ravitaillement. La situation demeurait critique : en février, la gendarmerie française avait arrêté cinq pensionnaires, dont trois avaient été déportés (Walter Strauss se trouvait parmi eux) ; en juin vint le tour de trois autres adolescents, dénoncés par le guide espagnol qui les accompagnaient au travers des Pyrénées.

C’est à cette époque – juin 1943 – qu’Anne-Marie Piguet mit au point sa stratégie : accompagner les enfants du point de départ au point d’arrivée, franchir la frontière dans la seule région qu’elle connaissait très bien, le Risoux, une montagne boisée qui borde sa Vallée de Joux natale. Elle testa avec succès la filière pendant ses vacances. Et surtout, elle fit la connaissance de Victoria Cordier, agent de liaison dans la Résistance française, et de sa sœur Madeleine, qui fabriquait de fausses pièces d’identité. Les sœurs Cordier habitaient Champagnole, mais la maison maternelle se trouvait à Chapelle-des-Bois, au pied du Risoux, dans la zone interdite qui bordait la frontière suisse sur une largeur de deux kilomètres. Selon des témoignages, les sœurs Cordier ont fait passer en Suisse plus de 80 personnes, juives et non juives.

La première tentative « à blanc », avec le fils d’un fermier suisse (Hans Schmutz) qui hébergeait clandestinement des enfants de La Hille, se déroula sans encombre. Avec l’aide de Victoria Cordier, Anne-Marie Piguet fit alors passer huit jeunes de La Hille et la mère de l’un d’eux, la cuisinière de la colonie dont le mari avait été déporté. En Suisse, les fugitifs étaient pris en charge par ses parents et par des amis, puis envoyés à l’intérieur du pays, le plus souvent à Zurich chez le pasteur Paul Vogt.

Même si la filière était bien organisée, l’accompagnement ininterrompu et le Risoux un terrain connu, la traversée de la zone interdite, puis de la frontière restait dangereuse. Le dernier passage – en mai 1944 – allait le rappeler. Avec Anne-Marie, ils étaient trois au départ de La Hille : Paul Schlesinger, sa mère Flora – à qui Mme Schmutz voulut donner sa pièce d’identité suisse – et Walter Kamlet – à qui Sebastan Steiger donna finalement la sienne. Trajet habituel pour le quatuor : Toulouse, Montluel, Champagnole où les rejoignirent deux jeunes devant passer en Suisse et enfin Chapelle-des-Bois. Avec Victoria et Madeleine Cordier, la petite équipe passa la frontière, mais elle tomba sur un policier vaudois qui voulait la refouler…

Madeleine Cordier parvient à éviter le refoulement

« Fier de sa trouvaille [le gendarme Adrien Goy] se fait sévère. Madeleine, il veut l’emmener en Suisse, et refouler les autres. Le règlement, c’est le règlement. Madeleine, courageuse, éloquente, plaide : « Moi, descendre en Suisse ? C’est impossible. On m’attend à la maison. Non, non ! – Et refouler ces pauvres personnes qui viennent du fond de l’Ariège, qui sont en danger, qui sont mortes de fatigue, qui comptent sur vous. Vous ne pouvez pas faire ça, c’est trop cruel. » Le gendarme n’est pas long à sentir sa résolution vaciller. « Bon, retournez sur France et moi je les descends au Brassus. Mais attention ! Qu’ils ne disent à personne que je les ai trouvés près de la frontière.

En 2003, une plaque a été déposée dans ce lieu : L’Hôtel d’Italie, en fait une cabane forestière. « Ici, de septembre 1943 à mai 1944, quatorze femmes, enfants, adolescents, Israélites pour la plupart, traqués en France occupée, ont trouvé refuge grâce à Fred Reymond, Anne-Marie Piguet, Madeleine et Victoria Cordier et au gendarme Adrien Goy en poste au Brassus ».

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 17:30

A Elne, non loin de Rivesaltes, Elisabeth Eidenbenz, une jeune institutrice zurichoise de retour d’Espagne, avait installé fin 1939 une maternité dans un château à l’abandon. Elle avait été témoin des conditions effroyables dans lesquelles les femmes devaient accoucher dans les camps voisins de Saint-Cyprien et de Rivesaltes. En règle générale, les femmes venaient à Elne un mois avant l’accouchement et repartaient au bout de deux mois. La maternité accueillait aussi des enfants très malades de Rivesaltes. Jusqu’à sa fermeture à Pâques 1944, plus de 600 enfants y virent le jour.

La colonie pour enfants de La Hille, la rafle d’août 1942 et l’intervention de Maurice Dubois à Vichy

Si on s’en tient à la soixantaine de Juifs encore présents au moment des déportations d’août 1942, l’histoire de cette colonie d’enfants occupe une place marginale aussi bien dans l’histoire de la CRS, SE que dans celle de l’aide apportée aux Juifs se trouvant dans les camps, foyers ou homes du Sud de la France. Et pourtant cette colonie gérée par des Suisses ne comptait quasiment que des enfants juifs qui partageaient un destin collectif depuis 1938-1939 et dont bon nombre allaient échapper à la déportation, en particulier grâce au courage, à l’imagination et à l’action collective de collaboratrices et collaborateurs de la CRS, SE.

Les enfants et adolescents qui seraient installés au Château de La Hille au printemps 1942 venaient d’Allemagne et d’Autriche. Leurs parents les avaient placés en 1938 dans des homes à Bruxelles pour leur épargner les mesures antisémites dont eux-mêmes faisaient l’objet. L’occupation de la Belgique en mai 1940 provoqua leur départ précipité pour le Sud de la France. La situation très précaire dans laquelle ils se trouvaient, à Seyre près de Toulouse, conduisit à leur prise en charge par le Cartel suisse en octobre 1940. Ellen Dubois parcourut alors la région à bicyclette, à la recherche d’un toit pour ses protégés. Elle le trouva en Ariège, dans un château inhabité depuis 20 ans de la petite commune de Montégut-Plantaurel non loin de Pamiers. Un château fortifié certes, mais en mauvais état, sans eau ni électricité. Les jeunes, secondés par des ouvriers espagnols, s’activèrent à sa rénovation. Bientôt toute l’équipe, soit une nonantaine de personnes, put emménager sous la conduite d’une nouvelle directrice, Rösli Näf, une infirmière glaronnaise qui venait de passer plusieurs années chez le docteur Schweitzer à Lambaréné.

Les enfants poursuivirent leur éducation en fréquentant la bibliothèque bien vite installée au château, ou, pour les plus petits, l’école de Montégut-Plantaurel. La colonie était très bien acceptée par les paysans du voisinage. La menace s’abattit brusquement sur elle dans la matinée du 26 août 1942.

L’heure était très grave. 45 enfants avaient été emmenés. Rösli Näf apprit le même jour de la préfecture de Foix (le château ne disposait pas du téléphone) que ses protégés avaient été enfermés dans le camp du Vernet, un camp dit de redressement, mais en l’occurrence une étape avant Drancy et Auschwitz-Birkenau. Le lendemain, 27 août, elle se rendit au Vernet, parvint à retrouver ses protégés. Elle décida de rester avec eux aussi longtemps qu’ils ne seraient pas libérés.

Maurice Dubois, quant à lui, s’était rendu à Vichy. Il menaça le chef de la police de fermer toutes les maisons d’enfants de la CRS, SE en France si les enfants juifs arrêtés n’étaient pas libérés. Ce langage énergique fut entendu. Rösli Näf put quitter Le Vernet avec ses protégés le 2 septembre. Pour sa part, Ellen Dubois avait fait le voyage de Berne pour avertir la Croix-Rouge suisse, mais aussi tenter d’obtenir une meilleure protection des enfants juifs logés dans les homes et colonies de la CRS, SE.

La rafle du 26 août 1942 au château de La Hille

« Vers cinq heures du matin, Jean [Garfunkel] est de nouveau derrière la porte. « Il y a deux autobus sur la route, de nombreux policiers sur le chemin, et deux dans la cours. » Rösli enfile une robe de chambre, descend toute tremblante, pousse la lourde barre de fer de la porte. Sa lampe de poche éclaire deux gendarmes, elle lui tombe presque des mains. […] Elle remonte s’habiller, mais déjà l’escalier est barricadé par des hommes en uniforme. Tel un monstre à vingt têtes, ils montent. A l’étage, le chef de la gendarmerie de Pamiers tend une liste de quarante noms, ceux des enfants de plus de seize ans et du personnel juif. Rösli éclate en pleurs et lui crie à la figure : « Vous ne pouvez pas faire ça dans une maison de la Croix-Rouge ». Lui hausse les épaules, marmonnant « Ordre ». D’un geste, il ordonne : « Allez ! Tous dans la cour ! ».

Les hommes montent à l’assaut dans les chambres et gardent portes et fenêtres. Rösli aurait au moins voulu prévenir elle-même les enfants, afin de leur éviter un choc. Le chef refuse. Une fois les jeunes dans la cour, premier appel. Les Grands avaient si souvent été les témoins d’événements tragiques qu’ils savaient que seule une attitude calme était possible à cette heure. Personne ne se laissa aller, les dents serrées, chacun prépara sa valise. […] L’officier dit : « S’ils ont des bijoux en or, des montres, qu’ils vous les remettent ! » En un éclair, Rösli comprend : ils vont au camp de la mort. […]

L’officier autorise encore un petit déjeuner. Puis par deux, la colonne se met en marche vers les autobus branlants. Les plus petits suivent le sombre défilé, tandis que les paysannes voisines sont accourues et s’indignent. La directrice est effondrée, elle ne peut que sangloter. Toni, une Petite de onze ans, glisse sa main dans la sienne, et pour la consoler : « Maintenant que les Grands sont partis, on va vous aider ! » »

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 17:35

Le Secours aux enfants et les camps d’internés

Elsbeth Kasser et Emmi Ott, comme Maurice Dubois, Elisabeth Eidenbenz, Friedel Reiter, Rösli Näf, Anne-Marie Piguet, Sebastian Steiger, Gret Tobler, Renée Farny, August Bohny, Emma Aeppli et Walter Giannini – des Justes suisses dont on va parler maintenant -, travaillaient pour la Croix-Rouge suisse, Secours aux enfants (CRS, SE), ou pour les organisations auxquelles elle a succédé.

Dans le Sud de la France, le second grand camp d’internement avec Gurs était celui de Rivesaltes, à l’autre bout de la chaîne des Pyrénées, près de Perpignan. Au milieu d’une plaine aride, écrasée sous la chaleur l’été et balayée par un vent glacial l’hiver, le camp se composait de baraques en ciment, celles d’un ancien camp militaire, regroupées en une dizaine d’îlots. Républicains espagnols, Juifs, Sinti et Roms y étaient enfermés. De janvier 1941 à novembre 1942, le camp a compté en moyenne 4300 internés. Mais là comme dans les autres camps, le volume et la composition de la population ont connu d’importantes fluctuations.

Le Cartel suisse y installa un poste de secours en août 1941, construisit une baraque pour mieux assurer la distribution de suppléments alimentaires, surtout de la soupe et du riz. La première responsable suisse était Elsie Ruth. Friedel Reiter, une infirmière née à Vienne et arrivée en Suisse en 1920, lui succéda en 1942.

Au total, 2300 Juifs ont été déportés de Rivesaltes entre août et octobre 1942, en neuf convois. Fridel Reiter a soustrait des enfants juifs aux convois en instance de départ et les a cachés dans son entrepôt de produits alimentaires. Elle les a ensuite envoyés dans un home de la CRS, SE au Chambon-sur-Lignon. En novembre 1942, lorsque Rivesaltes fut vidé de ses internés, elle rejoignit le Chambon – et son futur mari August Bohny.

Fridel Reiter tenait un journal intime. Il ne fut publié que 50 ans plus tard, en traduction française, par les soins de l’historienne Michèle Fleury-Seemuller. La cinéaste Jacqueline Veuve en a tiré un film.

Friedel Reiter, témoin des déportations

« 19 août 1942

Chaleur accablante sur le camp. Le fil de fer barbelé tiré étroitement autour des îlots K et F est oppressant. Les plaintes des gens tourmentés flottent encore dans l’air. Je les vois sortir en longues files de leurs baraques haletant sous le poids de leurs affaires. Les gardiens à leurs côtés. Se mettre en rang pour l’appel. Attendre des heures dans un champ exposé au soleil. Puis arrivent les camions qui les mènent vers les voies de chemin de fer. Ils sortent, les uns hésitants, les autres apathiques, quelques-uns d’un air défiant, la tête haute, dans les wagons à bestiaux. Cela dure des heures jusqu’à ce que tous soient entassés dans les wagons où il fait une chaleur étouffante. Je vois des visages connus à travers les barreaux. Formulant encore une demande, criant un remerciement. À chaque ouverture, deux gardiens. J’observe les visages. Même le désespoir ne s’y trouve plus dans ces visages, vieillis, délabrés et mornes. Du dernier wagon on entend un « au revoir ». Nous nous en allons vers le camp. Le lendemain matin – il fait encore nuit quand nous nous rendons vers la voie de chemin de fer. Le train se met lentement en marche – ils échappent à une destinée pour s’en aller vers une autre. Tout s’est déroulé en une semaine. Il me semble que c’était un mois. […]

26 août 1942

Au lieu de 200 ce sont 600 personnes qui ont été conduites ici. Les camions arrivent l’un après l’autre. L’îlot K se remplit à nouveau. Quand je l’ai traversé, j’ai rencontré plein de visages connus, des gens pour qui nous avons obtenus des libérations, qui ont vécu quelques mois heureux en liberté. Des gens que nous avons arrachés à la mort par la faim cet hiver, que nous avons vus quitter le camp avec bonheur. Le même sort les attend tous.

Ce soir tout un train est arrivé. Seize wagons. On sort des gens sur des civières. Il y en a qui ont des béquilles. Une longue procession de malheureux, d’exclus. A minuit, un deuxième train est attendu, à 5 h du matin un troisième. »

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 17:19

Gurs, dans le pays basque français, abritait le camp d’internement le plus sinistre de la France de Vichy. Baraques en bois, infestées de vermine, sur un sol en terre que l’hiver transformait en champ de boue. Erigé à la hâte en avril 1939 pour des républicains espagnols, il s’était quasiment vidé en automne 1940, avant de devenir un camp pour juifs. Y furent d’abord parqués 6500 Juifs expulsés du jour au lendemain du pays de Bade, du Palatinat et de Sarre. Quelque 4000 internés juifs transférés d’autres camps français les rejoignirent. Les conditions d’hygiène étaient effroyables et la nourriture manquait : une épidémie de typhus et la dysenterie emportèrent 800 Juifs le premier hiver. Gurs devint un des principaux points de départ des convois de déportation de la zone sud. Six convois partirent pour Drancy, puis Auschwitz-Birkenau, emportant près de 3900 Juifs.

À Gurs comme dans les autres camps d’internement, des œuvres d’entraide s’efforcèrent de procurer de la nourriture et d’autres types de secours aux internés. Soucieuses de renforcer leurs actions, ces œuvres se regroupèrent dans le Comité de Nîmes.

Deux Suisses délégués par des œuvres d’entraide passèrent plusieurs mois en 1942-1943 à Gurs et y sauvèrent des Juifs de la déportation : le théologien protestant Hans Schaffert, envoyé par la CIMADE pour un stage de six mois, et l’abbé Albert Gross, envoyé par l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.

Témoin direct des déportations de 1942, Hans Schaffert écrivit à Marc Boegner, président de la Fédération protestante de France, pour le presser d’intervenir. Il organisa également la fuite de prisonniers vers l’Espagne ou la Suisse et leur procura de l’argent. Les autorités françaises n’apprécièrent guère ses activités et demandèrent son rappel. De retour en Suisse, Hans Schaffert devint le principal collaborateur de Paul Vogt, le « pasteur des réfugiés ».

Arrivé en mai 1942, l’abbé Gross fut témoin du départ des six convois de déportation de Gurs. Il cacha une quarantaine de Juifs dans une réserve pour qu’ils échappent aux déportations. Il sauva également Georges Vadnaï (lire ci-dessous).

L’action de l’abbé Gross ne s’est pas limitée au camp de Gurs. Il a également organisé la traversée du Léman pour deux ou trois réfugiés et a vraisemblablement participé à la fabrication de faux papiers. Enfin, c’est lui qui a transmis à Berne la première liste de non-refoulables, comportant 22 noms. Cette liste, régulièrement actualisée, allait compter 1460 noms dans sa dernière version, en août 1944. Son origine était la suivante : le pasteur Marc Boegner avait convenu avec les autorités helvétiques que certains protégés des œuvres d’entraide, pour lesquels elles se portaient garantes, seraient accueillis sans risque de refoulement. Sur la liste qu’il allait finalement transmettre, Albert Gross avait placé une collaboratrice de l’œuvre de secours aux enfants, elle aussi détachée à Gurs. Il passa avec elle clandestinement la frontière suisse en juin 1943.

Si les deux hommes d’Eglise ont été honorés par Yad Vashem, d’autres Suisses ont porté secours dans le camp de Gurs. Première étrangère admise, en décembre 1940, l’infirmière Elsbeth Kasser y resta trois ans, créant un dispensaire, ouvrant une école avec sept classes. Les internés, juifs dans leur grande majorité, lui ont confié des dizaines de dessins et d’aquarelles ; elle en a également achetés. Composée d’une centaine de dessins et d’aquarelles, sa collection constitue un témoignage unique sur la vie de Gurs. Elle est gérée aujourd’hui par une fondation suisse.

L’abbé Gross sauve le futur grand rabbin de Lausanne

Dans la nuit du 3 au 4 mars 1943 durant laquelle 750 Juifs sont « sélectionnés » pour la déportation, Georges Vadnaï doit se présenter devant la « commission de sélection ». Sa nationalité yougoslave le condamne à la déportation. Il tente de faire admettre une nationalité hongroise, pays où il est né en 1915, qui lui épargnerait la déportation :

« Je dois prendre place dans un groupe qui partira par le prochain autobus pour Oloron-Drancy. […] Près de moi, une porte s’ouvre, un curé entre. J’apprends d’un codétenu qu’il s’agit de l’Abbé Gross […] dont les interventions efficaces et les actions de sauvetage sont connues de tout le monde. Sans hésitation, je l’aborde : « Mon Père, je me présente : je suis le Rabbin Vadnaï. Je sers Dieu dans un autre temple que vous, mais j’espère que cela ne vous empêchera pas de me donner un coup de main ; je viens d’être sélectionné pour la déportation ».

L’abbé parvient à le faire sortir une première fois, mais le rabbin passe à nouveau devant la « commission de sélection » :

« Le président « sélectionneur » se tourne vers l’Abbé Gross : Qu’en pensez-vous mon Père ? L’Abbé Gross donne, évidemment, la réponse que j’attends de lui et qui me sauva la vie : Pour moi, il n’y a pas de doute, il est Hongrois ».

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 18:10

Un Juste grison : Anton Bühler

Lors de la conférence des directeurs cantonaux de police, le 17 août 1938, le juriste Anton Bühler, qui représentait les Grisons, avait ouvertement partagé le point de vue de Paul Grüninger. Secrétaire du département grison de justice et police, il avait précisé que 173 réfugiés d’Autriche avaient franchi la frontière cantonale, bon nombre d’entre eux ayant toutefois poursuivi leur route jusqu’en France. Comme Grüninger, il ne respecta pas les directives fédérales édictées lors de la fermeture des frontières le 19 août. Mais lui ne fut ni sanctionné, ni même inquiété. Bien plus, lors de la séance du 16 mai 1939 du Grand Conseil grison, un député salua la grande compréhension dont le Département de justice et police, en particulier son secrétaire général, avaient fait preuve à l’égard des réfugiés politiques.

La première intervention connue d’Anton Bühler en faveur des réfugiés juifs date du 30 septembre 1938. On l’avait appelé de Martina en Engadine où quatre jeunes Juifs de Vienne s’étaient présentés à la frontière. Pouvait-on les laisser entrer, malgré les directives fédérales ? Bühler accepta. L’autorisation fut ensuite étendue aux parents de ces jeunes. Plus de cent réfugiés, en majorité juifs, seraient arrivés aux Grisons grâce à Bühler.

Et non, non, non, les von Trapp ne se sont pas enfui d’Autriche pour se réfugier en Suisse, comme il est montré dans le film la Mélodie du bonheur. [La vérité]

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Published by G.Tell
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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 19:21

Après l’Anschluss de l’Autriche

Des visas généreusement délivrés à Bregenz : Ernest Prodolliet

Le visa ayant été rendu obligatoire pour les détenteurs de passeports autrichiens, Ernest Prodolliet, un collaborateur du consulat de Suisse à Saint-Louis aux Etats-Unis, dut interrompre ses vacances européennes pour renforcer l’agence consulaire de Suisse à Bregenz à partir du 1er avril 1938. Responsable du bureau des passeports de l’agence consulaire, il se trouva vite confronté à de nombreuses demandes de visas.

Son activité reste mal documentée, mais on évalue à au moins 300 le nombre de visas de transit accordés à des Juifs cherchant à gagner la Palestine ou d’autres pays. On connaît de lui toutefois d’autres actions : passage de la frontière en emmenant dans sa voiture un réfugié sans visa, intervention auprès d’un douanier pour qu’il laisse entrer un médecin juif, tentative de franchir clandestinement la frontière avec un réfugié. Cette dernière action se solda par des tirs allemands et l’arrestation en Suisse de Prodolliet. Celui-ci fut ensuite rappelé à Berne. Nommé vice-consul de Suisse à Amsterdam en 1939, il y aurait aussi délivré des attestations de complaisance à des Juifs.

Paul Grüninger

Les Justes suisses [1]

Si en Suisse, une figure symbolise une générosité envers les persécutés sanctionnée par les autorités, c’est bien l’ancien commandant de la police du canton de Saint-Gall. Pourtant, rien ou presque ne prédestinait Paul Grüninger au rôle qu’il a joué en 1938-1939. Instituteur de formation, membre du parti radical, il se passionnait davantage pour le football que pour les activités caritatives. Il déploya l’essentiel de son activité de sauvetage après la fermeture complète des frontières – à laquelle il s’était opposé. Sur les quelques 450 autorisations de séjours délivrées dont la trace est conservée, 400 l’ont été après le 19 août. [Le 19 août, le Conseil fédéral décida la fermeture des frontières : refoulement de tous les réfugiés se présentant sans visa à la frontière et renvoi de tous ceux qui l’avaient franchie illégalement. Certains fonctionnaires refusèrent néanmoins d’appliquer ces directives.] Grüninger alla jusqu’à falsifier des documents. Il est établi qu’il en a antidatés au moins 67, indiquant une date antérieure à la fermeture des frontières et à l’ordre de refoulement. Il a fermé les yeux devant de faux visas, envoyé des citations à comparaître et des invitations à des détenus du camp de concentration de Dachau, afin de les faire venir en Suisse.

Malgré ses contacts avec Prodolliet, Grüninger a surtout travaillé avec deux autres personnes : son supérieur direct, le conseiller d’Etat socialiste Valentin Keel, et le dirigeant de l’aide israélite de Saint-Gall, Sydney Dreifuss. Une des conditions d’admission en Suisse, même pour un simple transit, voulait que le réfugié ne coûte rien à l’Etat : soit il pouvait subvenir à ses besoins, soit des œuvres d’entraide privées le prenaient en charge. Grüninger avait donc des contacts très réguliers avec Dreifuss pour assurer que le réfugié qu’on voulait laisser entrer ou ne pas refouler serait entretenu financièrement.

Quant à son supérieur, Paul Grüninger répéta qu’il n’avait cessé d’agir avec son aval. Or quand sa postion se fragilisa – Rothmund réclamant chiffres et explications dès janvier 19339 -, le conseiller d’Etat Keel ne fit guère d’efforts pour prendre sa défense. Grüninger fut suspendu de ses fonctions en mars 1939, licencié six semaines plus tard. En 1940, le tribunal du district de Saint-Gall le condamna à une amende pour falsification de documents et manquement aux devoirs de sa charge. Paul Grüninger vécut ensuite péniblement de diverses activités avant d’enseigner à l’école primaire d’Au. Des rumeurs de corruption et de copinage avec les nazis circulèrent. Encore aujourd’hui, elles resurgissent épisodiquement.

Bien que déposées régulièrement depuis 1968, les demandes de réhabilitation ont abouti seulement dans les années 1990, soit une vingtaine d’années après sa mort. À la réhabilitation politique (1993) ont succédé la réhabilitation juridique (1995), puis le versement par le gouvernement saint-gallois de 1, 3 million de francs à la Fondation Paul Grüninger, à titre de dommages et intérêts pour le licenciement immédiat de 1939. Aujourd’hui, plusieurs places portent son nom. Vienne abrite une Ecole Paul-Grüninger.

On ne peut plus déterminer le nombre de personnes qui doivent leur entrée en Suisse à l’ancien chef de la police saint-galloise. Alors que l’encyclopédie de la Shoah avance le chiffre de 3600, la Fondation Paul Grüninger parle de quelques centaines, chiffre probablement plus proche de la réalité. Il est certain en revanche que le comportement de Grüninger et de son supérieur à l’égard des réfugiés a incité des douaniers et policiers saint-gallois, à l’instar de Wlhelm Hutter, Jakob Spirig et Johann Spirig ; la Commission de réhabilitation du parlement a récemment annulé leurs condamnations.

Rothmund se plaint des milliers de visas délivrés dans les consulats de Suisse en Italie.

« Au cours du mois d’août dernier, plusieurs cantons se sont plaints de la présence sur leur territoire de nombreux émigrants provenant d’Autriche et entrés en Suisse avec des visas délivrés par nos consulats en Italie. Les plaintes des cantons se répétant, nous avons fait savoir, le 30 août, à nos consulats en Italie qu’ils ne devaient plus délivrer désormais aucun visa de leur chef à des émigrants d’Autriche. […] Trois consulats surtout se font remarquer par le nombre des visas délivrés : en effet, alors qu’à eux tous notre Légation à Rome et nos consulats à Florence, Gênes, Naples, Turin et Catane avaient délivré environ 250 visas, notre consulat de Trieste en avait octroyé 450, celui de Venise 500 et celui de Milan 1600. […]

Les faits exposés ci-dessus dénotent chez certains fonctionnaires de nos consulats à Trieste, Venise et Milan une telle incurie (on peut se demander s’ils n’ont jamais lu les instructions de notre Département) et un tel dédain des intérêts de notre pays ou alors une telle incapacité qu’à notre avis des mesures s’impose. En agissant comme ils l’ont fait, ils ont non seulement causé un grand surcroît de travail aux polices fédérales et cantonales des étrangers, occasionné des frais supplémentaires à ces administrations et aux organisations qui s’occupent de l’aide aux réfugiés, mais surtout ils ont contribué à aggraver les difficultés dans lesquelles notre pays se trouve, du fait de la présence d’un trop grand nombre d’émigrants juifs sur notre territoire »

Les deux fontionnaires concernés du bureau des passeports du consulat général de Suisse à Milan étaient Pio Perucchi (1870-1945) et Candido Porta (1892-1988). Perucchi prit sa retraite fin 1938. Porta resta au consulat, mais fut réaffecté aux affaires militaires, poste qu’il avait déjà occupé en début de carrière.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 18:13

Des actes de courages méconnus au temps de la Shoah

Un livre fort intéressant qui parle de ces suisses qui n’acceptèrent pas les contraintes et les dangers que subissaient les Juifs là où ils étaient.

Je vais reprendre des passages du livre ou des faits, en faire des histoires courtes pour ne pas trop encombrer le blog en pages nombreuses. Mais de quoi parle donc ce livre ? Et qu’est-ce un Juste ?

Pour cela, je vais recopier ce qu’a écrit l’auteur, François Wisard, dans son ouvrage.

Qu’est-ce qu’un Juste ?

Le Juste des Nations, ou Juste parmi les Nations est une personne non juive honorée par le mémorial Yad Vashem pour avoir sauvé des Juifs durant la Shoah, ou pour avoir apporté une aide alors qu’ils étaient impuissants ou menacés de mort ou de déportation. Le titre est décerné sur la base de critères précis : le sauver a mis sa vie en danger ou il a du moins pris des risques réels pour sa sécurité ou sa liberté ; il a agi de manière désintéressée, sans rechercher d’intérêts financiers ; enfin, son sauvetage ou son aide est confirmée par les personnes sauvées, voire attestée par des témoins directs ou des documents d’archives authentiques.

Les Justes ne constituent qu’une petite fraction des personnes qui ont porté secours aux Juifs. D’abord, des Juifs ont sauvé leurs frères, notamment dans des filières d’évasion. Ensuite, des personnes ont porté secours à des Juifs sans que des traces subsistent, les témoins, notamment les personnes sauvées, ayant disparu.

D’autres enfin ont fait preuve d’un grand dévouement à l’égard des persécutés, dans des camps par exemple, sans que cela constitue une action de sauvetage ou sans que des propositions de nomnation aient été présentées. Gertrud Kurz, surnommée la « mère des réfugiés », ou encore le pasteur Paul Vogt ont fait preuve d’un immense dévouement pour les réfugiés juifs en Suisse, mais leur action ne remplissait pas les critères de reconnaissance du Juste. Surnommé « le sauveur de Mauthausen », Louis Haefliger a obtenu en mai 1945 que le camp autrichien lui soit remis sans résistance et sans destruction, malgré l’opposition initiale du directeur du camp. 60 000 vies furent épargnées. Plusieurs récits et un film relatent cette action. Le Suisse Louis Haefliger ne porte toutefois pas le titre de Juste parmi les Nations.

En vertu d’une loi de 2003, le parlement suisse a mis sur pied une Commission de réhabilitation. Celle-ci peut annuler les condamnations prononcées pour avoir porté secours aux personnes persécutées par le régime nazi. Fin 2006, la Commission avait réhabilité 119 personnes. Certaines d’entre elles sont du reste juives, comme la Genevoise Aimée Stitelmann, aujourd’hui décédée. Un résumé de leurs actions est disponible en ligne.

La Shoah se trouve souvent réduite à une distinction entre bourreaux (ou exécuteurs) et victimes, entre Täter et Opfer. L’existence même des Justes – plus de 20 000 personnes honorées à ce jour – montre l’insuffisance de cette approche. Les Justes appartiennent à une troisième catégorie d’acteurs, les témoins. Et ils y constituent une très petite minorité. Dès lors se posent les questions suivantes : peut-on encore comprendre la Shoah en portant l’attention uniquement sur cette infime minorité ? Ne met-on pas cette poignée d’individus en évidence pour faire oublier toutes les lâchetés, les compromissions et l’indifférence de l’écrasante majorité ?

En fait, les actions des Justes ne sauraient être isolées de leur contexte historique, celui dans lequel bourreaux et victimes ont agi. De plus, l’héroïsme de quelques-uns n’effacera pas les manquements de la communauté à laquelle ils appartiennent. Les Justes suisses sont-ils « l’honneur de la Suisse », pour reprendre le titre d’une série d’émissions radiophoniques de 1998 ? Il ne fait aucun doute que leurs actions ont été honorables et exemplaires. Mais de manière générale, ces actions ont été individuelles (abri offert à domicile hors de Suisse, etc.) ou seule une désobéissance aux instructions reçues de Suisse les a rendues possibles (filières d’évasion de la Croix-Rouge suisse, Secours aux enfants, multiplication des lettres de protection suisses en Hongrie, etc.). Ceci doit nous conduire à attribuer cet honneur davantage aux Justes eux-mêmes qu’à leur patrie.

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 17:46
Pas un mot… histoire sans paroles
Pas un mot… histoire sans paroles
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Published by G.Tell - dans humour
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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 17:46

Alors que dans un article sur l’économie ou sur un fait divers impliquant un haut personnage de cette économie, il est fait allusion au CEO, et à chaque fois je bloque sur ces trois lettres, pour faire la traduction, CEO = PDG. Il s’agit donc du Président Directeur Général untel qui roula trop vite dans son bolide !

De plus en plus le CEO est utilisé par les journalistes. Encore un signe de la globalisation, de l’usage de l’anglais au détriment du français. On m’explique que « PDG » est vieilli, que c’est plus « smart », plus moderne d’utiliser CEO. Je ne suis pas PDG, ni CEO, mais je comprends le français et j’ai des difficultés en Anglais, d’ailleurs comme les 60 millions de Français. CEO veut dire : « Chief of Executive Officer ».

PDG vs CEO

Je crains que certains des CEO aient quelques difficultés à expliquer leur titre de fonction. En français peut-on traduire CEO en chef du bureau exécutif ? Ce qui reviendrait alors de dire que c’est un CBE ?

La question est ouverte, remplacer PDG par CBE ou CEO ?

Déjà en 2009 on s’interrogeait dans un article du World Tempus, Swiss Watch Authority (de quel côté penchent-ils avec un nom pareil ?) sur quel acronyme utiliser, PDG ou CEO. C’est ici.

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Published by G.Tell - dans Actualité
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