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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 17:57

Énigme

Celui qui l'a faite n'en a pas besoin; celui qui l'a fait faire ne la veut pas pour soi et celui pour qui elle est faite ne s'en soucie point?

Qu'est-ce?

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 17:34

Énigme

Je suis en liberté sans sortir de prison,

Je suis au désespoir sans quitter l’espérance ;

Quoique dans le péril, je suis en assurance ;

Je parais à l’armée et suis en garnison.

J’ai part sans lâcheté, même à la trahison ;

Je sers à la richesse autant qu’à la souffrance,

Je préside à la rime ainsi qu’à la raison,

Et, dernière faveur, je suis seconde en France.

Comme il n’est rien de grand ni de rare sans moi,

Je suis et dans le cœur et dans l’esprit du roi,

Et c’est par moi qu’il rit, qu’il s’entretient, qu’il s’ouvre.

J’assiste à son coucher, j’assiste à son réveil ;

Il me souffre à Versailles, à St-Germain, au Louvre,

Mais me laisse à la porte en entrant au Conseil.

Qui suis-je ?

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 17:12

On m’a laissé un commentaire sur l’article de hier : « Et la Suisse en l'an 1783, elle avait combien de soldat? Pas facile de les compter.... », en effet, pas facile !

Cependant je vais vous parler un peu de ce qu’il en était des statistiques en Suisse.

L’article du 19 janvier dit : « Quelques feuilles anglaises ont fait… », il faut entendre quelques journaux ont utilisés les chiffres à leur disposition pour réaliser ces tableaux concernant les hommes en armes dans certains pays européens. Les Anglais avec le grand Isaac Newton, ont côtoyés les statistiques et se sont familiarisés avec les chiffres qui permettaient de mieux gérer les assurances, par exemple, déjà au XVIIIe siècle. Le reste de l’Europe a suivi selon le rythme de chacun à la fin du XVIIIe et début XIXe siècle.

La Suisse a manqué le coche au niveau statistique, alors que l’Europe en faisait un outil très utile, la Suisse est en retard absolu dans ses pratiques. Chaque Canton faisaient comme bon lui semblait afin d’obtenir des informations très approximatives tirés et surtout gérées pour eux-mêmes.

C’est le Conseiller fédéral Tessinois, Stefano Franscini (1796-1857), qui décida le Conseil fédéral de créer un bureau fédéral de la statistique et le premier recensement fédéral intervient en mars 1850, les résultats publiés en 1851.

Stefano Franscini (1796-1857)

Stefano Franscini (1796-1857)

Franscini était sensibilisé aux statistiques du fait que son canton avait un fort contingent de compatriotes qui étaient à l’étranger pour gagner leur vie. Le canton devait savoir qui et combien de tessinois pouvaient être taxés d’une façon ou d’une autre, et donc, le gouvernement tenait des statistiques régulièrement.

Quand la Suisse fut créée en 1848, elle n’avait pas de statistiques valables et après de nombreux débats pour déterminer la forme et la périodicité du recensement, qu’abouti enfin les premiers résultats nationaux.

En 1850, la population Helvète s’élevait à 2'391'478 âmes. (En 1870, c’était 2'669'147)

Si l’on considère que la moitié sont des mâles cela fait : 1'195'739, mais il y a là un mélange de mâles qui va du bébé au vieillard. Les hommes valides pour constituer une armée de miliciens devaient être constitué par des hommes, disons de 20 à 50 ans et alors combien cela représente-t-il de soldats possible ? Réponse : Beaucoup !

Je devrais exploiter les chiffres du premier recensement de 1850 pour trouver l’information ou exploiter les chiffres publiés pour extrapoler un nombre de militaire possible. Un travail laborieux.

An 1783 [Réponse au commentaire]

Comme il est dit dans la constitution, le citoyen-soldat est en charge de la défense du pays. Donc, femmes et hommes sont « mobilisables », j’exclue les bébés et les vieillards. Proportionnellement, la Suisse devait à l’époque être le pays le plus militarisé, pensez au Service à l’étranger qui a remplacé le mercenariat dès 1515, et qui voyait des dizaines de milliers de « Suisses » dans toutes les armées européennes, jusqu’à nos jours avec la Garde pontificale.

Pour ceux que cela intéresse, les recensements suisses, de 1850 à 1990 se trouvent numérisés et publiés sur le site de l’Administration fédérale. Complément d’information : Depuis 1990, dernier recensement Suisse, la Confédération utilise les chiffres collectés par les cantons auprès des contrôles des habitants.

Ai-je bien répondu ?

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 17:33

Dans l’Almanach du Messager boiteux

Compte des hommes en armes en Europe

Quelques feuilles anglaises ont fait le tableau suivant des hommes en armes qu’entretiennent actuellement les Puissances de l’Europe et des sommes qu’Elles emploient à leur entretien, soit en temps de paix, soit en temps de guerre.

En Autriche 240 000.

Prusse 200 000.

Suède 100 000.

France 160 000.

Espagne 95 000.

Angleterre 290 000.

Hollande 50 000.

Reste de l’Allemagne 140 000.

Italie 70 000

Portugal 45 000.

En tout un million sept cent cinquante-six mille hommes, dont l’entretien doit coûter en temps de paix au moins 27 millions de livres sterling et en temps de guerre 40 millions. Cependant, le revenu total de ces Puissances a été calculé à 73 millions de livres sterling.

Par quelle étrange fatalité faut-il que les hommes qui naissent tous frères soient ainsi armés les uns contre les autres ! Quel tableau pour un ami de l’humanité ! Cependant, ces hommes arrachés à l’agriculture et aux arts, et la dépense nécessaire à leur entretien, sont un mal que l’ambition d’un seul homme peut rendre nécessaire, ainsi que le despotisme des Princes qui ne peut se maintenir que par la force.

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 17:48

Dans l’Almanach du Messager Boiteux de 1783 on pouvait lire :

Famille nombreuse

L’année dernière on remit à la Chancellerie de Moscow, ancienne capitale de la Russie, le rapport suivant.

D’après un dénombrement exact des habitants du district de Schwiska, il y existe un paysan, nommé Fedor Vasilly, âgé de 75 ans, et qui a été marié deux fois. La première de ses femmes a accouché 27 fois : quatre fois de 4 enfants, sept fois de 3 et 16 fois de 2, en tout, 69 enfants. Sa seconde femme lui a fait 18 enfants en 8 couches. Ainsi ces deux mères accouchées 35 fois, ont donné le jour à 87 enfants, dont 83 vivaient encore. Ce phénomène mérite bien d’être consigné dans les Annales des observateurs. À cette occasion, donnons ici la computation récente, à laquelle on estime que monte la population entière de notre globe. On compte 109 millions d’âmes en Europe : 400 millions en Asie. En Afrique 100 millions, et 120 millions en Amérique. Total 729 millions.

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 17:19

Le brûlot est tombé dans le domaine public. Donc partout on s’empresse de le rééditer pour se faire du fric !

Version Allemande du passé.

Version Allemande du passé.

Pas d’autres raisons possible, à moins que les temps soient propice à prendre connaissance des écrits d’Hitler pour d’autres raisons. Littérature de propagande, sans intérêt littéraire, décrié partout, interdit de publication dans beaucoup de pays, et voilà que les Allemands se précipitent sur l’ouvrage et dévalisent les librairies. Que penser de tous cela ?

Et en Suisse, qu’en est-il de ce livre, jamais interdit par les autorités depuis 1925, fait-il un « tabac » ou reste-il le livre sans valeur qu’il a toujours été, ou aura-t-il une seconde vie ? Attendons encore un peu de temps avant de faire le bilan. Toutefois j’espère qu’il restera une curiosité avec une diffusion confidentielle.

GTell

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 16:01

Bilans et destins

On estime à 565'000 le nombre de Juifs de Hongrie ayant péri durant la Shoah, dont 60'000 avant l’occupation allemande. Un Juif sur cinq ayant péri venait de la capitale, qui comptait en 1945 environ 130'000 survivants. Déterminer qui a sauvé les Juifs de Budapest a été une question controversée depuis la guerre et le reste.

Habituellement, Carl Lutz est crédité du sauvetage de 62'000 Juifs. Ce chiffre a été avancé en décembre 1948 par l’ancien président de l’Organisation sioniste hongroise, Michael Salamon, dans une lettre à Carl Lutz.

Les pionniers juifs (Chalutzim) ont joué un rôle décisif dans la défense de la Maison de verre et du ghetto international, ainsi que dans la distribution de documents de protection falsifiés. Il ne faut pas sous-estimer leur rôle, ni celui de Peter Zürcher et de son adjoint Ernst Vonrufs. Depuis Noël 1944, alors que Carl Lutz restait à Buda, ils ont repris son flambeau à Pest, avec détermination et courage – qualités dont ont aussi fait preuve alors Raoul Wallenberg, Friedrich Born et Harald Feller.

Capturé par les Soviétiques en 1945, comme le Suédois Wallenberg, Harald Feller revint en Suisse après une année passée dans les geôles moscovites. Il quitta la diplomatie peu après et fit carrière dans la justice bernoise. Carl Lutz acheva sa carrière consulaire à Bregenz dans un poste qu’il voulait proche de la Suisse pour raisons de santé. Friedrich Born quitta le CICR.

Bilan des sauvetages selon l’historien Yehuda Bauer

« Ce tableau des événements diffère de celui qu’on a présenté jusqu’ici. D’abord, les mouvements de jeunesse sionistes eurent un rôle décisif. Certes, ils n’auraient rien accompli sans le soutien des neutres – mais l’inverse est également vrai. Ils ont sauvé des dizaines de milliers de personnes. On a célébré les non-Juifs héroïques qui ont fait de grands sacrifices – y compris celui de leur vie dans le cas de Wallenberg – pour arracher des Juifs à la mort, et cela est compréhensible. Mais le fait est qu’il n’y eut pas seulement des « Gentils justes » à Budapest – Wallenberg, Lutz, Born, Rotta (le nonce apostolique), Perlasca : il y eut aussi des « justes juifs ». Ils ne recherchaient pas plus la gloire que leurs homologues non juifs, et ils nouèrent des amitiés durables avec ceux-ci ; mais lorsque vint le moment d’écrire l’histoire, après la guerre, ils furent tout simplement oubliés. Après tout, n’était-il pas tout à fait normal, de leur part, de s’être portés au secours de leurs coreligionnaires ? […]

Une seconde rectification est nécessaire, quelque délicate qu’elle soit, puisqu’elle touche Wallenberg, ce banquier suédois effacé qui fut un héros authentique. Mais s’il était resté des nôtres, il aurait été le premier à démentir certains récits, et surtout les chiffres énormes qui ont circulé. Il aurait dit que s’il avait sauvé 4'500 Juifs, avec ses passeports et permis d’en fabriquer quelques milliers de plus, pourquoi fallait-il qu’on lui attribuât le salut de 100'000 Juifs comme d’aucuns l’ont fait ?

Y a-t-il beaucoup de gens, durant le Génocide, pour sauver, à eux seuls, 4'500 personnes ? Parce que les Suisses accomplirent bien plus, Wallenberg en est-il moins admirable ?

Pour récapituler, Lutz et les Suisses protégèrent les 21'000 personnes déjà mentionnées [ceux du ghetto international et de la Maison de verre], plus 26'000 Juifs des ghettos qui détenaient des documents officiels ou fabriqués, 10'000 membres des bataillons de travail qui en reçurent par divers voies, et ils recommandèrent à d’autres légations neutres encore 5'000 Juifs – soit au total, 62'000 personnes sauvées. »

Ni les actions des Suisses à Budapest, ni les acteurs eux-mêmes n’attirèrent beaucoup l’attention dans notre pays après la guerre, que ce soit auprès des autorités ou dans le public. Certes, le conseiller fédéral a vanté les mérites de Lutz devant le Conseil des Etats en mars 1948 et le journaliste Werner Ring a réalisé dans les années 1960 une série télévisée puis un ouvrage (Advokaten des Freindes) thématisant les activités de délégués du CICR et de diplomates suisses à l’étranger durant la guerre (dont celles de Lutz, Zürcher et Vonrufs). Il fallut néanmoins attendre la fin des années 1980 et le début des années 1990 pour que leurs actions deviennent mieux connues et reconnues ; deux ouvrages sur Carl Lutz, un sur Born, un monument érigé à Budapest. Le mouvement ne ralentit guère : en décembre 2006, les Américains ont inauguré un monument Carl Lutz à Budapest, place de la Liberté, devant leur ambassade.

Carl Lutz memorial » par Yelkrokoyade — Travail personnel

Carl Lutz memorial » par Yelkrokoyade — Travail personnel

Mais les Justes suisses restent méconnus. Cela vaut aussi pour ceux qui étaient actifs à Budapest ; bien que son nom soit inscrit sur une plaque de la grande synagogue de Budapest, qui dans notre pays, connaît Sœur Hildegard Gutzwiller et son action de sauvetage ?

Fin

Les Justes Suisses

Des actes de courage méconnus au temps de la Shoah

François Wisard

CICAD - Avec le généreux soutien des Fondations Edmond & Benjamin de Rothschild - 2007

Commentaires :

Incompréhension totale de ma part, moi qui jusqu’à la lecture du livre « Les Justes Suisses » de François Wisard, ne savais rien de ces Suisses qui sauvèrent autant de Juifs dans le conflit le plus destructeur de l’Histoire. Seul, l’histoire de Paul Grüninger, a été quelque peu répandue dans les faits divers, lors de sa réhabilitation tardive. Comment ne pas être admiratif devant ces femmes et hommes qui risquèrent ainsi leur vie, leur carrière et réputation, puisque souvent désavoués par les autorités suisses. Aucune reconnaissance après la guerre, pas de mise en valeur de leurs actions par notre pays, à croire qu’ils ont fautés en faisant ce qu’ils ont osés faire. En lieu et place des héros mythiques tel que Willem Tell ou Winkelried, on pourrait élever des monuments à ces femmes et ces hommes.

En Suisse on n’aime pas les têtes qui dépassent, c’est suspect et ceux qui tiennent le pays devraient s’incliner devant ces héros, et cela n’est pas envisageable. Très tardivement on découvre l’ampleur de ce qu’ont fait les Suisses lors de la seconde guerre mondiale, même les Américains le découvre tardivement (2006). Qu’aurait fait Steven Spielberg en ayant eu connaissance des faits réalisé par Carl Lutz et les autres, avant qu’il ne lise le roman de Thomas Keneally, La Liste de Schindler ?

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 16:55

Des couvents servirent aussi de refuge. Sœur Hildegard Gutzwiller, une bâloise, était depuis 1934 la Mère supérieure du couvent du Sacré-Cœur à Budapest. Plusieurs bâtiments appartenaient au couvent : le collège du Sophianum, place Mikszath Kalman, un autre collège, le Philippineum, et une maison de retraite. Dans ses souvenirs rédigés en février-mars 1945 et publiés par son neveu en 1998, Sœur Gutzwiller indique que les bâtiments du Sacré-Cœur ont offert un refuge à 250 personnes. Les bâtiments bénéficiaient certes de la protection diplomatique de la Suisse et du Vatican, mais ils manquaient d’abris antiaériens ; que les 250 réfugiés et les religieuses survécurent au siège de Budapest et aux bombardements tient donc du miracle. Parmi les réfugiés se trouvaient près de 40 femmes et enfants juifs qui avaient demandé de l’aide à Sœur Gutzwiller. La Bâloise, dont le nom figure sur la plaque honorifique de la grande synagogue de Budapest, devint Mère supérieure d’un couvent du Sacré-Cœur en Autriche, puis en Allemagne où elle s’éteignit en 1957.

Les caches dans des maisons présentaient de plus grands risques. Des dénonciations pouvaient survenir au moindre mouvement suspect. A cet égard, la villa que l’industriel suisse Otto Haggenmacher possédait près de la colline Gellert à Buda offrait deux avantages. Elle était éloignée de la rue et disposait de grandes pièces à l’abri des regards. Haggenmacher entretenait des contacts réguliers avec le pasteur hongrois Gábor Szethlo, responsable de la section B de la délégation du CICR, qui gérait une partie des foyers pour enfants. Il accepta d’héberger dans sa villa une trentaine d’enfants juifs, dont de nombreux orphelins. Haggenmacher fit plus : pendant plusieurs mois, il paya de sa poche l’entretien de ces enfants qui ont tous survécu à la guerre.

Plan de situation

DFAE, Service historique, 2006

DFAE, Service historique, 2006

[La carte présentée montre les lieux dont on parle dans le récit. Le Danube séparant la ville en deux, d’un côté Buda avec ses beaux quartiers où résidaient les délégations, consuls et diplomates, de l’autre côté, Pest, avec ghettos et où les combats acharnés dévastaient la ville. Dans le récit de l’auteur, bien que des fois il fait mention de combats, il ne donne pas la terrible pluie de feu et de fer qui s’abattaient partout. Comme ce n’est pas le sujet de ces pages, vous aurez des aperçus en cette fin de guerre, des terribles destructions que subissait Budapest, en cherchant des sites qui en parlent très bien et des photos explicites.]

[Vous comprendrez alors le difficile travail de sauvetage qu’entreprenaient nos compatriotes, avec d’autres, dans cet enfer.]

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 16:30

Les caches : résidences diplomatiques, couvent, maison privée

Avec celui procuré par le consul de Suisse à Bratislava, les abris offerts par Harald Feller d’une part, par Gertrud et Carl Lutz d’autre part constituent les seuls exemples connus de caches dans des résidences de diplomates suisses durant la guerre.

L’avocat bernois Harald Feller avait rejoint la légation de Suisse à Budapest en 1943 avant d’en assumer la direction effective à partir du 12 décembre 1944. Après l’arrivée au pouvoir des Croix-fléchées, le ministre Maximilian Jaeger était parti sans retour – manière pour Berne de prendre ses distances avec le nouveau régime. Son adjoint, Anton Kilchmann, fut rapidement rapatrié pour raisons de santé. Dès lors, Feller, supérieur hiérarchique de Lutz, puis de Zürcher et de Vonrufs, se dépensa sans compter, prenant souvent de grands risques. Sur ordre de Berne, il avait dû évacuer quatre Suisses d’origine juive qui avaient perdu leur nationalité en raison de leur mariage avec des Hongrois. L’une d’elles était la Saint-Galloise Berta Rottenberg-Passweg, accompagnée de deux filles : Eva, sept ans, et Vera, six semaines, qui deviendrait la première femme à exercer la fonction de juge fédéral. Harald Feller se démena pour organiser le voyage à travers la Hongrie, puis l’Autriche.

Fin 1944, Feller fut arrêté par les Croix-fléchées et soumis à un interrogatoire musclé de plusieurs heures à leur quartier général. Les services secrets soviétiques le capturèrent le 16 février 1945 pour des raisons qui restent en partie obscures. Il passa une année dans les geôles moscovites avant de bénéficier d’un échange de diplomates suisses capturés par Moscou contre des Soviétiques internés dans notre pays durant la guerre.

Harald Feller organisa deux caches, l’une dans sa résidence privée, l’autre dans la chancellerie de la légation suisse, qui se trouvait depuis mi-novembre dans le palais Esterházy à Buda.

Dans sa résidence privée, il cacha au total neuf Juifs pendant plusieurs mois, assurant également leur entretien à ses propres frais. L’un d’eux était le poète Gábor Devecseri, traducteur hongrois de Carl Spittler et de Gottfried Keller, que sa femme et ses deux fils allaient rejoindre, fin décembre, prenant de gros risques, Feller sortit du ghetto les beaux-parents de Devecseri et les emmena chez lui. Après l’arrivée au pouvoir des Croix-fléchées, il accorda aussi l’asile à Gyula Molnar, un Juif qui avait épousé la Suissesse Viola Goldberger dont il facilita le départ pour la Suisse, ainsi qu’à un ami de Molnar.

Dans le bâtiment de la chancellerie de la légation, palais Esterházy, Feller cacha une cinquantaine de personnes dont près de 40 étrangers. Parmi eux se trouvaient le ministre de Suède, Danielsson, et la plupart de ses collaborateurs, sauf Wallenberg qui poursuivait avec détermination et courage son action de sauvetage sous les tirs allemands et soviétiques. Les Suédois représentaient les intérêts soviétiques et, la veille de Noël, des bandes de Croix-fléchées avaient attaqué leur légation. Pour des raisons de sécurité, à la même époque, Feller avait conduit dans l’abri antiaérien du palais les personnes qui avaient trouvé refuge dans sa résidence privée. Six ou sept bombes étaient tombées sur le palais, une bombe de 1'000 kilos se trouvait dans le jardin sans avoir explosé.

Palais Esterházy

Palais Esterházy

Enfin, troisième cache diplomatique importante située à quelques centaines de mètres des deux autres, la résidence de Carl et Gertrud Lutz dans le bâtiment de l’ancienne légation de Grande-Bretagne. Plus petit et moins bien protégé que celui de la chancellerie au palais Esterházy, l’abri antiaérien servit tout de même de refuge à une vingtaine de personnes entre Noël et le 12 février 1945. Au personnel de maison de la légation suisse s’ajoutaient une famille britannique et quelques Hongrois, dont une mère et sa jeune fille ; Carl Lutz allait épouser Magda Csányi en 1949 et adopter sa fille Agnes. (Il divorça de Gertrud en 1946) Dans des circonstances là aussi très difficiles (il n’y eut très vite ni lumière ni nourriture), Gertrud Lutz se dépensa sans compter.

À suivre : Les Justes suisses [16.7]

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 17:49

Friedrich Born et la protection des enfants

A côté de l’armée Rouge, des acteurs diplomatiques, des pionniers et autres résistants juifs, les acteurs humanitaires ont également joué un rôle très important dans le sauvetage des Juifs de Budapest. Dans le domaine humanitaire, si une institution pouvait se doter de moyens d’envergure en raison de son statut, c’était bien le Comité international de la Croix-Rouge. Certes, le rôle traditionnel de délégué du CICR, celui que lui conféraient les Conventions de Genève de 1929, consistait à protéger et à assister les prisonniers de guerre et les civils ennemis internés. Au sens strict, cette mission excluait les victimes de la Shoah, persécutés raciaux. Il y a près de vingt ans déjà, l’historien Jean-Claude Favez a consacré une brillante étude au dilemme auquel le CICR fut confronté durant la Seconde Guerre mondiale : dans une Europe longtemps dominée par le Reich, apporter un soutien trop visible aux victimes qui en avaient le plus besoin – les Juifs – n’empêcherait-il pas de secourir d’autres victimes, pas nécessairement menacées dans leur vie mais auxquelles des conventions internationales exigeaient qu’il apporte un secours ? Le Reich ne tirerait-il pas prétexte que le CICR s’occupe trop des Juifs pour lui interdire de s’occuper des prisonniers de guerre et des réfugiés civils sur les vastes territoires qu’ils contrôlait, entraînant des représailles alliées, réduisant le CICR à l’impuissance et minant durablement sa crédibilité ? Longtemps, l’institution genevoise s’est attachée à ne pas sortir de sa mission stricte.

Les instructions données au premier délégué envoyé en Hongrie, Jean de Bavier en octobre 1943, allaient encore dans ce sens. Sur place, de Bavier prit toutefois clairement conscience des menaces qui pesaient sur la grande communauté juive. Le 18 février 1944, il écrivait à la Centrale : « Un problème d’une extrême gravité risque de se poser ici en cas d’occupation allemande. Il s’agit du sort des huit cent mille israélites hongrois qui vivent en Hongrie. En ayant à l’esprit ce qui se passe en Allemagne et dans les territoires occupés, il serait urgent que vous m’indiquiez sous quelle forme une protection pourrait leur être offerte afin d’atténuer les maux qui les menacent. Je vous serais reconnaissant de toutes les instructions à cet égard afin de ne pas abandonner cette population. » Le message ne parvint toutefois à Genève que le 14 mars 1944.

L’occupation allemande, le 19 mars, entraîna un changement de délégué. Le Bernois Friedrich Born, très bon connaisseur de la Hongrie où il représentait depuis plusieurs années l’Office suisse d’expansion commerciale, succéda à un Jean de Bavier qui ne maîtrisait pas l’allemand. Arrivé à Budapest en mai, il réclama lui aussi des directives nouvelles : « L’idée d’assister impuissant et désarmé à ces événements funestes m’est presque insupportable ».

Friedrich Born

Friedrich Born

De fait, Born allait beaucoup s’engager en faveur des Juifs de Budapest, particulièrement après l’arrivée au pouvoir des Croix-fléchées. Sa délégation comptait jusqu’à 250 personnes, pour l’essentiel du personnel local. La synthèse de ses activités, un rapport de juin 1945, comporte 68 pages bien serrées. On peut toutefois dégager trois actions principales : les secours matériels, les lettres de protection et surtout les foyers et hôpitaux. Et une attention toute particulière portée aux enfants.

Avec l’accord, âprement négocié, du gouvernement hongrois, Born et ses collaborateurs portèrent secours aux Juifs déportés dans les camps de concentration de Kistarcsa et de Szarvar, ainsi que dans les ghettos de la capitale. Des organisations de secours, principalement américains, fournirent les fonds nécessaires à l’achat de vivres, de vêtements et de médicaments qu’il s’agissait ensuite de distribuer. Cette tâche revint en particulier à la section A de la délégation du CICR, section créée en septembre 1944 et dont le seul mandat consistait à protéger et à secourir les Juifs persécutés. Born plaça à sa tête Otto Komoly, président de l’Organisation sioniste hongroise, les Croix-fléchées allaient l’abattre début 1945.

Friedrich Born et son équipe vouèrent une attention toute particulière au sauvetage des enfants dont les parents avaient été déportés ou restaient introuvables. Contre les bandes de Croix-fléchées et contre les Allemands, il ne suffisait pas de leur porter secours dans les ghettos, les camps, les foyers ou les hôpitaux. Il fallait encore leur assurer une protection aussi solide que possible. La solution la plus fiable, que Born réussit à obtenir après de nombreuses démarches, consista à faire reconnaître par les autorités hongroises un statut d’exterritorialité pour les établissements où ces enfants se trouvaient regroupés. Toute personne souhaitant y entrer devait présenter un laisser-passer délivré par la délégation du CICR.

Born obtint la reconnaissance de ce statut non seulement pour des établissements existants mais aussi pour ceux que lui et son équipe mettraient sur pied. Il installa ainsi un hôpital pédiatrique de fortune dans un collège abandonné et lui annexa une petite maternité. Des familles mirent gratuitement à disposition des maisons pour créer des foyers pour enfants. En juin 1945, Born fit état de plus de 150 établissements placés sous la protection du CICR : foyers, hôpitaux, cantines populaires, dépôts de vivres, appartements de Juifs travaillant en collaboration avec la délégation. Parmi eux, on comptait 60 foyers hébergeant 7'000 enfants.

Cette protection restait malgré tout précaire. Lors de la création du grand ghetto en novembre 1944, ordre fut donné d’y confier également les Juifs des foyers et hôpitaux placés sous la protection du CICR. Born parvint à éviter que la mesure s’applique à certains de ses protégés. Il réussit également à faire ressortir 500 enfants du grand ghetto. Victoires certes partielles, mais combien importantes.

Des bandes de Croix-fléchées s’attaquèrent aussi à des hôpitaux protégés. Born dut intervenir personnellement pour faire respecter le statut d’exterritorialité de ces bâtiments. Malheureusement, et quelques jours seulement avant l’arrivée des troupes soviétiques, il ne put empêcher le pire. Une bande massacra sauvagement les malades et le personnel soignant de l’hôpital juif situé rue Varosmajor. Le carnage fit 154 morts.

A partir de septembre 1944, Born délivra également des lettres de protection du CICR, 30'000 au total selon son rapport. Il les distribua à ses collaborateurs juifs, puis à tous ceux qui pouvaient se prévaloir d’un lien quelconque avec la délégation du CICR, ainsi qu’à des détenteurs d’un certificat palestinien.

À suivre : Les Justes suisses [16.6]

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