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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 15:25

La désertion

« Parmi tous les éléments qui sont particuliers à l’ancienne « manière » suisse, le plus caractéristique, à notre sens, est cette espèce de désordre latent, cette part d’incontrôlable, et aussi d’indompté – par laquelle nos gens communiquaient, en quelques sorte, avec les forces obscures et irrationnelles de la guerre.

« Ceci se manifestait « en surface » par deux phénomènes bien marqués, la « feldsucht » et la « feldflucht » : l’attrait physique du combat et sa répulsion, si l’on peut dire. »

[Nous nous sommes suffisamment occupés de la « feldsucht » pour pouvoir nous pencher sur un aspect moins connu, et dont l’historiographie idéalisant(e) fait volontiers un tabou.]

« Par « feldflucht » nous n’entendons pas, à proprement parler, la désertion face à l’ennemi, lâcheté caractérisée dont nous ne connaissons que si peu d’exemples qu’il ne vaut pas la peine d’en parler. [Nous voulons parler de ceux qui – pour diverses raisons, familiales et autres – ne pouvaient prendre sur eux d’accompagner leurs camarades en campagne.]

« Nous savons que la désertion face à l’ennemi est punie des plus sévères sanctions, et qu’un homme a le droit de poignarder son voisin dès qu’il a exprimé son intention de prendre la fuite. Ce droit était pratiqué tout à fait sérieusement ; on sait que pendant la guerre de Souabe les gens de Lucerne et de Zoug, qui se portaient, en une marche forcée presque inhumaine, vers Dornach (où l’action s’était déjà engagée), tombèrent sur une bande de 200 Bernois qui préféraient les joies du pillage aux difficultés du champ de bataille. Bien qu’ils fussent fort pressés, les lucernois et zougois estimèrent indispensable de faire justice, et passèrent sur le champ les pillards par les armes.

« Cet exemple de fidélité aux lois a quelque chose d’antique ; il peut, certes, avoir représenté une exception, il n’en demeure pas moins vrai qu’une attitude équivoque en présence de l’ennemi menait à coup sûr en justice celui qui en était accusé.

« Si un Suisse avait le malheur de tomber vivant aux mains de l’ennemi en cours de bataille, il devait être en mesure de prouver – une fois libéré par la suite – que c’était après avoir été blessé qu’il avait été fait prisonnier. S’il ne pouvait pas fournir cette preuve, il risquait sa peau.

« On cite l’exemple d’un homme qui marchait, lui aussi, vers Dornach, et qui reçut par accident en cours de route, une ruade de cheval. Blessé, ayant perdu connaissance, il ne participa pas à la bataille. En dépit des circonstances, la justice militaire fut saisie de son cas et il fut l’objet d’une enquête. »

De tous temps les déserteurs ont existés.

De tous temps les déserteurs ont existés.

[Tout ce qui précède a trait à la désertion. On voit qu’elle est considérée comme la plus grande infamie.]

« La « feldflucht » n’est pas identifiée à la désertion ; assez répandue, elle se manifeste par une sorte de mouvement de reflux, groupant tous ceux qui évacuent la zone des combats. Cette espèce de migration, qui a pris parfois des proportions considérables, s’est produite dans toutes les guerres de l’ancienne Suisse, elle partait des villes d’étape, des garnisons mêmes et des camps, et refluait vers l’intérieur du pays.

« Contre elle, les gouvernements ne purent pratiquement rien faire, bien qu’ils ne se fussent pas fait faute de prendre une série de mesures.

« Les règlements militaires en vigueur contiennent une série d’interdictions, destinées à empêcher les hommes d’armes de quitter la troupe avant la bataille. Mais on est étonné de constater l’indulgence et l’humanité des lois qui ont trait au retour illégal au foyer.

« Le contraste est frappant : alors que la désertion face à l’ennemi est punie au minimum de l’exil à vie et de la confiscation de tous les biens, … le retour au foyer de ceux qui ne font que quitter un camp ne fait l’objet, lui, que d’une amende salée, accompagnée d’un exil d’un an. »

« On voit même des gens qui sont accusés de ce délit, ne se voir l’objet que d’une simple privation de solde.

« Pour souligner combien cette pratique nous semble insolite, nous rappellerons que les lois militaires actuelles (1968), applicables en temps de service actif, qui sont en bien des points plus « humaines » que celles de l’ancien temps, prévoient, en ce qui touche à la désertion et l’absence du service sans autorisation, des peines allant jusqu’à dix ans de pénitencier.

« On ne peut s’empêcher de penser que les chefs militaires du Moyen Age, face à un fléau contre lequel la plus grande sévérité se révélait illusoire, n’ont fait en quelque sorte, bonne mine à mauvais jeu. »

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 15:37

Pourquoi les anciens Suisses ont-ils cherché à livrer très rapidement bataille après avoir mobilisé ?

« C’est un fait : on cherchait à livrer bataille sans tergiverser, on se hâtait même, dans la mesure où on pouvait le faire sans trop tenter le diable. Mais pourquoi ?

.

[Pour comprendre la raison de cette attitude offensive, il faut se pencher attentivement sur les problèmes de soutien logistique.]

« C’est ainsi que l’on voit le Gouvernement bernois pousser à l’attaque des Bourguignons qui assiègent Morat, parce qu’ils ne sont plus en état de fournir bien longtemps le soutien dont la grande armée confédérée aura un urgent besoin. A cela se sont ajoutées d’autres considérations, d’ordre psychologique : des rumeurs commençaient à circuler à Berne, selon lesquelles « on faisait traîner les choses, parce que certains y trouvaient intérêt ». Pour y couper court, le meilleur moyen était de provoquer l’action d’éclat. C’est ainsi que le Conseil de guerre dut céder à des considérations d’ordre politique, et tomber à bras raccourcis sur des Bourguignons déjà fort affaiblis par la longue attente du camp de Lausanne, et que la faim, devant Morat, aurait certainement pu contraindre à la retraite. Mais enfin la situation des assiégés et les approvisionnements des Confédérés n’étaient guère en meilleur état, et, plutôt que de spéculer plus avant, on préféra en découdre.

« Les anciens Suisses savaient très bien d’ailleurs que rien n’est plus dissolvant qu’une période d’inaction qui s’éternise. C’est pourquoi leurs troupes prenaient rapidement l’offensive, sans attendre que l’ardeur de leurs hommes ne fît long feu.

Vite, vite !

Vite, vite !

« Les historiens, qui se sont penchés sur nos anciennes batailles, sont toujours étonnés de voir les hommes presser leurs chefs à donner l’assaut ; ce qui précède peut contribuer à en éclairer les motifs.

Mon commentaire : J’ajouterais qu’à l’époque, les armées pillaient et ravageaient les pays ainsi conquis et les hommes se payaient en plus de la solde, avec du butin monnayable. Et dans ce cas précis, ne pas oublier que Berne était influencé par Louis XI, qui finançait très largement et encourageait la guerre contre Le Téméraire qui devenait trop puissant. Les Suisses bien payés, débarrassait le seul danger du Roi de France, qui en profitait pour s’approprier l’Etat de Bourgogne qui allait des Flandres hollandaises à la Méditerranée, qui représenterait aujourd’hui la moitié de la France. Les Suisses, qui avaient normalement droit sur les terres conquises, pouvaient exiger les terres en questions et le roi Louis XI n’aurait rien eut à redire à cette pratique courante de l’époque. À la promesse d’un butin et de sommes grandioses, les Suisses se retirèrent et laissèrent le champ libre à Louis XI, qui connaissait bien la faiblesse des Suisses. [L’argent]

« Il y a certes, des exceptions à cette manière de faire, comme cette campagne, entreprise de leur propre chef par les Bâlois, où on les voit éviter la bataille rangée et préférer une tactique de petits coups de mains, de razzias – allant au maximum, jusqu’à la prise de quelque château – à la bataille rangée, décisive, suivie d’un traité de paix. Mais cette « exception » n’est qu’apparente, car il s’agissait, en l’occurrence, de petits détachements dont le soutien ne posait pas de problème au gouvernement.

« On connait aussi d’autres cas, où la bataille ne fut pas livrée, mais ce fut alors contre le désir des Confédérés, qui avaient affaire à un ennemi habile, pratiquant l’esquive, comme lors de la campagne du Sundgau ou du Hegau.

« Quoi qu’il en soit, on peut dire que les Confédérés ont toujours cherché la bataille, partout où ils l’ont pu. On peut dire aussi que les impératifs du soutien logistique n’ont pas été étrangers à cette manière de procéder. »

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 16:21

L’alarme

« En cas de menace d’invasion, ou d’agression déjà perpétrée, on mobilisait le « landsturm ». Ce terme technique désignait à l’époque aussi bien l’alarme elle-même que la troupe ainsi mise sur pied.

Commentaire : Landsturm, selon Internet, une création du XIXe siècle et Allemande, créée en Prusse le 21 avril 1813. Alors comment être certain de cette affirmation et les propos tenus dans le texte ci-dessus qui nous parle d’une époque qui recouvre le XIIIe au XVIe siècle ? Les guillemets signifient-ils qu’à défaut d’un autre mot, landsturm est plus ou moins approprié ? Si vous avez une réponse à mon interrogation, n’hésitez pas à commenter.

« Pour déclencher la mobilisation, on se servit de moyens divers ainsi qu’on va le voir.

« A l’époque de la Première Guerre de Zurich, Berne mit au point un système d’estafettes dont on se promettait beaucoup. Pour mobiliser rapidement les gens de l’Oberland, on ordonna à Thoune d’être en mesure de faire apporter dans l’heure qui suivait sa réception, l’ordre de mise sur pied destiné aux gens d’Interlaken, Unterseen et Unspunnen, d’une part, et à ceux du Simmental d’autre part. (Une estafette allait au Niedersimmental, une autre dans l’Obersimmental.) … Ce système ne semble pas avoir donné satisfaction, et c’est ainsi que l’on peut lire, datées de 1447, des propositions d’amélioration émanant des autorités de la ville de Thoune. Il y est suggéré d’employer des feux codés.

[Au cinéma ça marche toujours. Ici, le film, Le Seigneur des Anneaux.]

« Ces feux partiraient du Belpberg, seraient repris de poste en poste, parviendraient à « Schönegg ensit der Kander », atteindraient Aeschi – « tête de ligne » des hommes de la Maison-Dieu. Le signal d’Aeschi offrait en outre l’avantage de pouvoir être observé par les gens de Frutigen et par ceux du Simmental. …

« Selon toute apparence, le projet de Thoune reçut l’attention qu’il méritait. On sait qu’en avril 1448, dans le conflit qui opposa Berne à Fribourg – en ce qui touche l’alarme – les liaisons entre Laupen et Morat étaient organisées comme suit : Les feux de Morat seront préparés au lieu-dit « Gugernölli ». Ils seront allumés qu’en cas d’invasion sérieuse. (Des bandes de 30 à 50 hommes ne sont pas considérées comme « sérieuses ».)

Nos feux de premier août sont directement liés aux alarmes.

Nos feux de premier août sont directement liés aux alarmes.

« Quatre sentinelles sont préposées – jour et nuit – à la garde de l’installation. Elles en répondent sous peine de punition. Elles sont en outre responsables qu’aucun feu (qui pourrait être confondu avec le signal d’alarme) ne soit allumé à proximité de l’installation.

« Malgré ses apparences rigoureuses, le système en question n’était pas au point ; le commandant de Laupen ignorait notamment s’il fallait retransmettre les signaux de Morat dans tous les cas, ou seulement si Laupen était directement menacée. …

« En tout état de cause, le système des feux prit dès ce temps-là une extension toujours plus grande. Quand la menace bourguignonne se précisa, Berne ne se contenta pas de renforcer les murailles de Morat, elle fit simultanément des essais de transmission, pour ne pas être surpris au cas où la petite ville serait assiégée…

« Le 15 juin 1476, Berne fit savoir aux assiégés que la mise à feu de 5 ou 6 foyers qu’on allumerait à Anet et que l’on réunirait en un unique brasier annoncerait la concentration des troupes confédérées.

« La nuit précédant l’attaque générale visant à dégager la ville, les feux devaient rester séparés et être grossis chacun aux dimensions de gros brasiers.

« On ne faisait, somme toute, que répéter ce qui avait été pratiqué à Grandson, où l’on avait communiqué avec les défenseurs en allumant des feux au sommet du Jolimont. … Il ne s’agissait pas là d’un code passé à l’état de « doctrine », on l’avait improvisé en fonction des besoins du moment.

« Le système fut remis en activité à l’époque des guerres de Souabe, et l’on vit à ce moment-là refleurir les « Hochwachten » du Belpberg, de Burgistein, d’Aeschi, de Wimmis et de « Goldtzwyl ».

« A notre connaissance, il ne fut point créé d’autres « Hochwachten » au XVe siècle.

Ancien canon d'alarme

Ancien canon d'alarme

« Le principe du déclenchement de l’alarme par feux remonte certes à des temps très reculés, mais la Suisse du Moyen Age n’a pas disposé d’un système cohérent de « Hochwachten », qui ne se développa que plus tard. En réalité, un tel système ne correspondait guère aux mœurs militaires des anciens Suisses, parce qu’il aurait fallu l’entretenir, le soigner sans interruption en temps de paix pour qu’il fonctionne au moment voulu. Or, toutes les qualités requises, le soin, la patience, la mesure, n’étaient – il faut bien le dire – pas l’apanage de nos ancêtres, qui leur préféraient de loin la vigueur, la spontanéité, l’inspiration du moment et l’improvisation qui leur avaient si souvent donné la victoire. … »

[On essaya donc toute une série de systèmes, allant des coups de feu au tocsin, en passant par les coureurs, toujours indispensables quand les autres moyens ne fonctionnent pas.]

« Quoi qu’il en soit, on peut dire qu’en cas d’invasion, les cloches ont toujours été de la partie. … Et ce ne fut pas par hasard qu’en 1382, quand le comte de Neuchâtel, et celui de Kyburg, cherchèrent à surprendre Soleure, ils commencèrent par faire envelopper avec des draps les cloches de la ville. Seulement, les Soleurois ne dépendaient pas seulement du tocsin pour se faire alarmer…

« Résumons : Pris isolément, chacun des moyens auxquels on pouvait recourir pour donner l’alarme avait ses défauts. Les messagers n’allaient pas assez vite, les coups pouvaient prêter à confusion, le feu ne se voyait pas s’il faisait mauvais temps et les carillons s’estompent avec la distance. Mais si on emploie tous ces moyens ensemble, les avantages de l’un compensent les inconvénients de l’autre.

« Et quand on pense au tableau extraordinaire de l’ancienne alarme des Confédérés, à ce mélange de tambours, de trompettes, de feux, de coups d’arquebuse, de va-et-vient de courriers, ponctué par le tocsin, on comprend un peu ce qu’a pu être leur mise sur pied, et la violence de leur réaction militaire à l’égard des intrus. »

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 17:10

Les armes et la tournure d’esprit des guerriers du temps

« Si l’on veut comprendre à quels motifs réels nos anciens Suisses ont obéi en agissant de la sorte, il faut commencer par essayer de trouver entre l’arquebuse, la cuirasse, et la pique, une sorte de dénominateur commun.

« On distingue aisément : ces armes sont encombrantes et peuvent devenir, dans certaines phases du combat, une véritable gêne. Une gêne qui est d’autant plus irritante qu’elle risque de freiner, voire d’empêcher cette poursuite où se font les meilleures prises, les butins les plus fructueux, dont on sait combien ils intéressaient nos guerriers suisses !

« En plein combat, on ne contestait pas à la pique, employée habilement par des rangs qui savaient en user en un rythme judicieux, sa pleine utilité. Mais enfin, pour cela il fallait qu’elle fût employée par une troupe rangée, et dans la phase beaucoup plus dispersée d’une poursuite, un individu isolé, armé d’une pique, ne pouvait guère s’en servir. Il était comme une espèce de géant, que deux nains eussent aisément mis hors de combat. Revenant à l’idée du butin, on voit d’ailleurs immédiatement que moins il y aura de larrons, plus il sera intéressant. Ce besoin d’une arme individuelle nous conduit tout droit à la hallebarde, qui permet à un guerrier habile de fort bien se défendre seul.

« L’arquebuse de ce temps, lourde et peu maniable, était un véritable monstre. Celle de 1550 environ, ne tirait guère plus de 10 à 12 coups par bataille. Inutile de l’employer en cours de poursuite : le temps de la recharger aurait permis à l’adversaire le moins agile de prendre du champ, et aux propres compagnons de vous laisser pour compte, sans autre forme de procès.

« Tout ceci nous montre bien ce que ces combattants attendaient de leur équipement – ils étaient comme nous, sommes toute, qui portons peu volontiers un casque – ils se voulaient avant tout mobiles et souples. Ils voulaient avoir les coudées franches, parce que cela correspondait avec leur manière d’être et de vivre. Tout ce que nous avons vu tient en ces quelques mots. »

Jeux et concours – curieux rapports avec le culte des morts

jeux alpins traditionnels

jeux alpins traditionnels

« Le véritable centre de régénération de tout le système, grâce auquel les mœurs militaires et le métier lui-même pouvaient se retremper, était constitué par ces sociétés d’hommes (Männerbunde) où la jeunesse donnait le ton.

« Les autorités ne les encourageaient pas. Elles n’en avaient pas besoin, car ces sociétés avaient en elles la force de la nature, et, si l’on peut employer un terme moderne : l’auto-dynamisme. Le caractère officiel les eût tuées en leur enlevant leur spontanéité.

Comme autrefois, aujourd'hui encore...

Comme autrefois, aujourd'hui encore...

« Ces corporation de « garçons » ou de guerriers ne se bornaient pas à garder les traditions militaires, mais les faisaient vivre en développant chez leurs membres le besoin de se surpasser.

« Ces concours et jeux de combat semblent avoir été en rapport étroit avec un substrat de culte que l’on rendait aux morts. Il est frappant, en effet, de constater deux coïncidences marquées à cet égard : il est fréquent de voir ces jeux se dérouler en des lieux ou à des dates consacrées au culte rendu à des défunts.

« On voit aussi parfois les tireurs choisir les anniversaires des batailles pour y faire leurs concours. Dans certaines régions des Alpes, certains pentathlons se déroulent de même lors d’anniversaires où l’on commémore la mémoire de quelque grand disparu.

« Ce qui précède doit être mis en rapport avec la pratique courante chez les anciens Grecs, de ne pas dissocier le pentathlon du culte des morts. En ce qui concerne l’ancienne Suisse, nous ne le savons pas encore clairement, mais l’hypothèse doit en être faite. »

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 18:19

On bataille sur les champs de conflits qui ne sont pas les nôtres et nous nous faisons une réputation auprès des rois, on titille toujours l’Empereur d’Allemagne et chez nous, comment cela se préparait-il ou comment s’instaurait la défense du pays ?

.

Le système suisse, s’il existait, exigeait des préparatifs et une organisation que l’on va regarder d’un peu plus près, en puisant dans des archives.

Pourquoi cette prédilection, portée à certaines armes ?

« On lit dans une mise sur pied émanant des autorités bernoises, qu’il faut pourvoir les gens de piques et d’armes à feu en suffisance, et ne pas prendre des hallebardes en surnombre…

« On sait, d’autre part, que l’armée qui fit la campagne de Novare avait beaucoup trop de hallebardiers, et pas assez de piques. On fut obligé de demander au duc de Milan une attribution particulière de ces dernières, parce qu’on en manquait…

« La longue pique n’était en effet guère populaire. Les armes à feu et les arbalètes ne l’étaient pas davantage. Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à voir leurs porteurs recevoir une solde supérieure à celle des hallebardiers.

« Au cours de la guerre de Souabe, on voit Berne exprimer son mécontentement en constatant que bon nombre d’arbalétriers et d’arquebusiers sont partis en campagne avec des hallebardes et des piques, au lieu de prendre des armes qui eussent permis d’engager le combat à distance. On voit de même Zurich ordonner à tous ceux qui sont en mesure de le faire, de servir comme arquebusiers au combat.

« Tout ceci montre bien que l’arbalète et l’arquebuse ne jouissaient pas d’une faveur bien grande.

« Les deux armes de prédilection étaient l’épée légère (Kreuzdegen) et une sorte de pique courte (Schäfflin). La première était plus légère que la grande épée, et la seconde plaisait pour sa maniabilité, que la longue pique n’avait évidemment pas. Les autorités militaires ne partageaient pas l’espèce d’engouement dont ces armes étaient l’objet. Des mesures furent prises pour en proscrire l’usage, et pour remettre à la mode les armes qui avaient fait leurs preuves, soit – bien entendu – la hallebarde et la pique, mais aussi les anciennes épées à une et à deux mains, et les haches de guerre…

« Le chapitre des cuirasses est tout à fait particulier : il n’y a pas de campagne, pas de garnison, où l’on ne se plaigne pas d’en manquer. A l’époque de la guerre de Zurich, le capitaine de Bremgarten adresse à Berne demande sur demande pour en obtenir. Pendant l’affaire de Fribourg, on apprend que parmi les 25 hommes qui tiennent le poste de Laupen aucun n’a de cuirasse. En 1476 c’est encore pire, parmi les 6000 Suisses qui se portent vers Nancy il n’y a pas un seul homme de troupe qui en soit équipé ; la Diète l’apprend et en conçoit les plus vives alarmes… Les autorités ont beau prodiguer leurs recommandations les plus vives, il semble que les hommes n’en tiennent guère compte.

« Dans une circulaire datée de 1529, le Conseil de Lucerne constate avec amertume que les hommes ont désormais pris l’habitude de ne plus ramener leurs cuirasses et leurs armes en rentrant au pays, ce qui témoigne de leur part, d’un « beau laisser-aller ». Autrefois, selon la circulaire, une chose pareille aurait été inconcevable, et l’on voyait des gens qui étaient partis sans cuirasse à la guerre, en revenir en en étant pourvus. »

A suivre…

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 16:23

La Suisses et la Légion étrangère

L’esprit militaire en Suisse [7]

L’article ci-dessous vient directement du site de la Légion étrangère. [Éditorial du COM.LE du Képi blanc N° 779]

“Légionnaire, tu es venu volontairement à nous. De ton gré, tu t’es engagé à servir avec Honneur et Fidélité… Comme tes anciens, tu serviras de toutes les forces de ton âme et, s’il le faut, jusqu’à l’ultime sacrifice, cette Légion devenue ta nouvelle Patrie, et tu conserveras toujours en ton cœur cette devise : Legio Patria Nostra. Ainsi commence le mémento du soldat de la Légion étrangère, édité à Sidi Bel Abbès en 1937, Ancêtre de notre Code d’honneur actuel. Les anciens ont tenu à ce que sur la première page de ce mémento figurent nos deux devises : Honneur et Fidélité, inscrite sur les drapeaux et étendards de la Légion étrangère, et Legio Patria Nostra, inscrite sur nos tambours et sur l’insigne du 3e Étranger.

On entend généralement par devise une phrase courte, choisie par une organisation sociale, un pays, une dynastie, pour lui dicter une ligne d’action ou un idéal. Les devises militaires françaises sont anciennes : les mousquetaires avaient la leur “un pour tous, tous pour un”, la plupart des régiments étrangers au service de la France sous l’Ancien régime avait choisi “Nec pluribus impar”, aujourd’hui devise du 1er REC. Ces devises ont été supprimées sous la Révolution à la dissolution des régiments et à leur transformation en demi-brigades. Le Premier Consul, puis empereur Napoléon 1er, choisit pour la Grande Armée la devise Valeur et discipline, qui resta, peu ou prou, en vigueur jusqu’en août 1914, lorsque le général Galliéni imposa pour tous les emblèmes l’inscription “Honneur et Patrie”, devise par ailleurs déjà inscrite sur le revers du 1er drapeau de la Légion étrangère de 1831 à 1835, et de 1840 à 1844 après la cession de la Légion à l’Espagne. En 1920, les mots Honneur et Fidélité furent inscrits sur nos emblèmes : cette devise du régiment suisse de Diesbach sous l’Ancien régime fut choisie pour marquer, d’une part la pérennité des soldats étrangers au service de la France, et d’autre part la nécessité de leur donner une nouvelle patrie. En effet, il ne va pas de soi de confier les armes du pays à des étrangers, et il n’est pas non plus évident pour des étrangers de risquer leur vie pour un pays qui n’est pas le leur. C’est donc pour cela que le lieutenant-colonel Rollet, après la 1re Guerre mondiale, avait tout fait pour “adopter pour les trois drapeaux la devise Honneur et Fidélité, formule qui figure depuis toujours sur l’acte d’engagement”. Il fut entendu par le ministre, et le décret de 1920 précisa que “les drapeaux et étendards des régiments de Légion étrangère, déjà existants ou créés dans l’avenir, porteront la devise Honneur et Fidélité”.

Les deux devises de la Légion Honneur et Fidélité et Legio Patria Nostra nous permettent de réfléchir aux liens entre la Fidélité et la Patrie. Les dictionnaires donnent habituellement deux sens majeurs au mot Patrie : le pays où l’on est né, la terre des pères, le pays auquel on appartient comme citoyen, et pour lequel on a un attachement affectif ; la communauté, nation, à laquelle quelqu’un a le sentiment d’appartenir, c’est-à-dire le “vouloir vivre ensemble” d’Ernest Renan. Dans les deux cas, l’attachement affectif est prégnant, et l’enjeu de la Légion étrangère est de faire tout pour que l’étranger qui porte les armes de la France s’approprie la devise de Franklin, via le sentiment fort d’appartenance à la famille légionnaire : “Tout homme a deux patries, la sienne et puis la France”.

On ne sait pas exactement quand ni comment est née et a été adoptée la devise Legio Patria Nostra. Il est possible qu’elle soit à rapprocher du concept de la Légion “lieu de refuge” et “lieu d’asile” qui s’est répandu après 1871, lorsque la Légion accueillit un grand nombre d’Alsaciens et de Lorrains, devenus apatrides du fait de l’annexion de leur province par l’Allemagne. À ce sujet, monsieur René Doumic, secrétaire perpétuel de l’Académie française, cité en 1926 par le général Rollet dans sa préface du livre de Jean Martin “Je suis un légionnaire”, disait : “N’oublions pas que de 1870 à 1914 la Légion a été le refuge de ceux qui gardaient au cœur l’amour de la Patrie perdue. Maintenant, grâce au ciel, les Alsaciens et les Lorrains n’ont plus besoin de venir à la Légion pour servir la France, mais quels fiers légionnaires ils ont été”. Il est donc fort probable que la question de l’Alsace Lorraine fût l’origine de cette devise, de même que l’arrivée en masse des engagés volontaires pour la durée de la guerre en 1914. En effet, le 29 juillet 1914, des étrangers intellectuels lancèrent un appel solennel de soutien à leur patrie d’adoption : ”Des étrangers amis de la France qui ont pendant leur séjour en France appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde patrie, sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras. Intellectuels, étudiants, ouvriers, hommes valides de toute sorte, nés ailleurs, domiciliés ici, nous qui avons trouvé en France la nourriture matérielle, groupons nous en un faisceau solide de volontés mises au service de la France.” Blaise Cendrars fut un de ces intellectuels et alla jusqu’au bout de ses idées en s’engageant à la Légion étrangère. Cet appel lancé eut un grand succès : on rapporte que cinq jours après cet appel, dans la seule journée du 3 août, 8 000 étrangers se présentèrent dans les centres de recrutement !

On prête aussi parfois l’origine de la devise Legio Patria Nostra au sous-lieutenant Mader, qui pour tous reste l’adjudant-chef Mader, photographié au côté du lieutenant-colonel Rollet portant le drapeau du RMLE (Régiment de marche de la Légion étrangère). D’origine allemande, ayant eu des déboires dans son armée, engagé à la Légion étrangère en 1908, combattant au Maroc, commandeur de la Légion d’honneur, médaillé militaire, cité neuf fois au cours de la 1re Guerre mondiale dont trois fois à l’ordre de l’armée, il perdit au combat son bras gauche en juillet 1918, et fut réformé. Retiré à Strasbourg comme gardien du Palais du Rhin, il traversera la triste période de la réoccupation de l’Alsace-Lorraine en se faisant passer pour sourd-muet. C’est le symbole même du légionnaire dont la fidélité à la patrie d’accueil l’emporte sur l’attachement à sa patrie d’origine. L’appartenance à la Patrie “Legio”, à cette nouvelle famille, n’oblige en aucun cas à la répudiation de la patrie d’origine, que la Légion étrangère respecte : le légionnaire est parfaitement libre de conserver sa nationalité, et la Légion demande son accord à tout légionnaire qui pourrait être envoyé combattre contre son pays d’origine.

Dans ce KB ( ?) sont relatées les différentes participations de la Légion au 14 juillet. Aujourd’hui comme hier, le légionnaire reste “un volontaire servant la France avec honneur et fidélité”, et la Légion est sa Patrie. Deux des trois drapeaux des régiments ayant combattu pour la Libération étaient présents cette année sur les Champs-Elysées. Ce fut un grand honneur pour les légionnaires d’aujourd’hui de se rappeler ce qu’avait proclamé le général Pélissier, commandant supérieur de la Province d’Oran, en juin 1854 au 1er Régiment de la Légion étrangère qui partait pour la Guerre de Crimée après avoir construit Sidi Bel Abbès : “Rappelez-vous, en suivant le chemin de l’honneur, qu’il n’est pas de plus beau titre au monde que celui de Soldat français, et que ce noble drapeau qui flotte au milieu de vos baïonnettes est désormais votre Patrie”.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 15:33

Alors, les Suisses étaient batailleurs dans leurs vallées et villages, où l’on déterminait qui sera les chefs et qui sera « enfants perdus » ou hommes de troupe. Ainsi, des petits groupes ou de plus nombreux pouvaient être, soit volontaire pour la défense local, soit s’offrirent comme mercenaires aux divers rois de l’Europe.

Le choix d’être mercenaire n’était pas la suite logique d’un adolescent bagarreur, mais bien plus poussé par la misère et le surnombre dans une région elle-même pauvre en ressources. Les motivations étaient aussi diverses que les personnes qui s’offraient ainsi à un seigneur, si possible riche.

Pour ceux qui en veulent plus sur le service suisse à l’étranger au XVIe siècle : Les guerres de religions

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 16:54

La bataille de Donnerbühl (1298)

Les forces Bernoises lors de cette bataille qui permit à la ville de Berne d’être libre, sont décrites ci-dessous. À l’époque médiévale, seule la guerre permettait d’obtenir quelques libertés, ainsi que les Helvètes le démontrèrent dans leur Histoire.

« Les Bernois ayant été renforcés, le 30 septembre, par 500 citoyens de Soleure et un corps d’élite de 400 hommes du comte Hardmann de Thun, et dès le 29 par tous les habitants des districts exposés aux ravages ennemis, le chevalier d’Erlach déboucha le matin du 2 octobre, par les portes d’Aarberg et de Morat, à la tête d’environ 4000 hommes, qu’il rangea en un carré long (sic), dont les deux premiers rangs, formés par la noblesse et l’élite des citoyens, étaient armés de piques et de lances. »

Les piques et hallebardes ont montrés leurs efficacités, inspirées des phalanges des Macédoniens.

Réinvention de la phalange

Les anciens Suisses firent grand cas de l’individu, du « guérillero » si l’on veut, les « enfants perdu », dont on tolérait certains débordements du temps de paix.

Mais ils n’eurent pas la naïveté de croire qu’une « armée de partisans » pouvait tout faire. Très tôt, ils s’attachèrent donc à former un « gros », un « corps de bataille », dont ils savaient que seul, il pourrait « faire le poids ».

Quant aux enfants perdus, ils les firent combattre devant le corps de bataille, comme des commandos, et en tirèrent tout le parti possible.

Cette conception prévalut tout au long des siècles. On ne l’abandonna qu’une fois, à la fin du XVIIIe siècle, où l’on vit les contingents schwytzois de Reding cesser prématurément la lutte devant Berne, pour mener la « résistance » dans les montagnes. Cette résistance, héroïque, ne fit pas le poids : les « enfants perdus » doivent combattre devant un corps de bataille, et pas derrière lui, car leur force est dans l’attaque, et pas dans une sorte de défense « au rabais ».

Après avoir vu, la justification des « commandos », la constitution de ce robuste carré nommé « Schlachthaufen » par les historiens, et qui n’est qu’une réinvention de la phalange macédonienne, est abandonnée qu’une fois les canons et autres armes à feu, bien maitrisées au point que plus jamais il n’a été nécessaire d’affronté les carrés hérissés de pics. (Il est perpétué au Vatican, avec la Garde Suisse, le port d'hallebardes, seul reliquat connu, qui nous vient directement du XIVe siècle.)

Étions-nous batailleurs par nature ?

Non ! Nous étions âpres aux gains, et delà nous vient notre mauvaise réputation. Un article du magazine Bilan, édition électronique en parle très bien. À méditer !

Commentaires. Bien que la mauvaise réputation soit décrite dans l’article du magazine Bilan, il est aussi à noter qu’une réputation de fidélité et de loyauté, et de farouches combattants a perduré après 1515. Le service à l’étranger continua encore longtemps.

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 15:39

Je change de source et passe à un livre qui retrace l’évolution des armes à travers les âges.

De l’importance du modèle Suisse pour Louis XI

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Le Livre Des Armes

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Chapitre : L’âge de la poudre, p. 99 et 100

Lorsque les hostilités reprirent, en 1449, l’armée de Charles VII ne connut que des victoires. Semblable à la légion romaine après Cannes, elle avait tiré parti de son effroyable défaite d’Azincourt en 1415. A Castillon, le 17 juillet 1453, Talbot s’élance à cheval à la tête de ses Anglais vers les palissades qui protègent les Français. Le vieux chef est reçu par une décharge d’artillerie tirée à bout portant. Il trouvera tout à la fois la défaite et la mort.

En quelques semaines, Bordeaux, Bayonne et La Rochelle tomberont au pouvoir du roi. Les Anglais ne conserveront que Calais. La guerre de Cent Ans prenait fin. Le canon français avait eu raison de l’archer anglais.

L’esprit militaire en Suisse [4]

Cependant, l’infanterie allait trouver une parade : les piquiers suisses. Courant sus à l’ennemi et droit à ses canons, ils s’en emparent et les tournent contre lui. « Vrai gens de guerre, au dire de Blaise de Montluc, et servant comme de rempart à une armée ; mais il faut que l’argent ne manque pas et les vivres aussi ; ils ne se paient pas de paroles. » Louis XII, fatigué de payer s’apercevra que « si on n’a pas les Suisses avec soi, on les a contre soi »… Les Suisses sont formés en gros carrés pleins d’un millier d’hommes, les batailles ou bataillons. Plusieurs rangs de piquiers en constituent la face extérieure, parmi lesquels sont disposés des hallebardiers et des couleuvriniers en proportion variable. Le courage et la discipline de ces troupes garantissent une cohésion inébranlable. Elles se portent à l’attaque au pas de course et dans un silence plus impressionnant que les cris. Contre la cavalerie, elles opposent une forêt de piques longues de 18 pieds appuyées sur le sol. L’assaut irrésistible des Suisses ne sera brisé que plus tard, lorsque la rapidité et l’efficacité du feu décimeront leurs rangs compacts.

L’esprit militaire en Suisse [4]

Louis XI prendra des contingents suisses à son service, et confiera à Guillaume de Diesbach le soin d’organiser et d’instruire sa propre infanterie en 1480. vingt mille hommes seront ainsi réunis à Pont-de-L’arche, en Normandie. Après deux ans, les bataillons français sont répartis dans des garnisons d’Artois et de Picardie. Ils sont appelés Bandes de Picardie, et reçoivent le drapeau rouge frappé d’une croix blanche. Ils formèrent la première infanterie française régulière et permanente.

Les Suisses ne sont pas pour autant invincibles. François Ier en fait la démonstration à Marignan.

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 15:09

« Ce parti pris, le conseil se sépara à huit heures du soir, et tandis que les seigneurs de la cour armaient leur suite, pour la joindre aux gardes du corps et aux chevaux légers, le colonel Pfyffer donna ses ordres pour cette retraite. Vers minuit du 28 au 29 septembre, dix compagnies Suisses prirent les devants et se formèrent en bataille, à un quart de lieue de Meaux, pendant que les dix autres compagnies faisaient la garde, avec beaucoup de vigilance, auprès de la maison royale. Plusieurs habitants escaladèrent les murs avant la pointe du jour, afin d’informer le prince de Condé de ces dispositions. Le roi et toute sa famille monta à cheval, dès que le jour commença à poindre, suivi de toute la cour, il coupa par divers sentiers, et se rendit de cette manière, auprès de la première division du régiment de Pfyffer, dont les dix dernières compagnies sortirent en même temps de Meaux, et formèrent l’arrière-garde. Les deux flancs de cet espace étaient couverts, à la droite, par le connétable, à la tête d’un escadron de seigneurs et de gentilshommes de la cour, et à la gauche, par le duc de Nemours, conduisant les gardes du corps et les chevaux légers, ou archers de la garde. Les Suisses marchaient d’un air déterminé, et avec beaucoup d’allégresse, en chantant les chansons de guerre, faites sur les victoires remportées par leurs ancêtres, dans les guerres de Bourgogne et de Souabe.

« Après avoir marché de cette façon, pendant une lieue, l’on découvrit la cavalerie des protestants, au-delà de la Marne, derrière des arbres, et le prince de Condé faisant passer la rivière, sur un pont de bateaux, à 1000 cavaliers, qui au bout d’une demi-heure, furent renforcés par 1000 autres chevaux, cachés dans les villages voisins. Dans ce moment critique, Pfyffer forma son bataillon quarré, sur cinq rangs, dont les piquiers composèrent les trois premiers et les hallebardiers les deux derniers. Il plaça les arquebusiers dans les quatre angles, en leur défendant de tirer, à moins qu’ils ne fussent sûrs d’abattre un ennemi à chaque coup. Le roi avec ses frères, la reine mère, les ambassadeurs et les dames de la cour, se mirent au milieu de ce bataillon quarré, tandis que le connétable et le duc de Nemours en couvraient les flancs, avec le peu de cavalerie qu’ils avaient. Comme les protestants s’approchaient, Pfyffer fit faire la prière à genoux à son régiment, après quoi il fit serrer les files, présenter les piques aux ennemis, et exhorta les officiers et les soldats à bien conserver leurs rangs et leurs files en marchant.

« Ces précautions prises, ce corps continua sa marche ; ce fut en vain, que le prince de Condé et l’amiral l’attaquèrent de front, à la tête de 2000 chevaux, tandis que d’Andelot et le comte de la Rochefoucauld le chargeaient en queue, avec un gros de cavalerie. Le bataillon s’arrêta, et avec une contenance fière, fit face toutes les fois qu’il fut attaqué, continuant sa marche, après avoir repoussé les ennemis, et chaque soldat observant, avec une précision admirable, les ordres de ses officiers. Les généraux protestants voyant l’impossibilité d’entamer les Suisses, et ayant perdu beaucoup de monde par le feu aussi vif que soutenu de leurs arquebusiers, se retirèrent dans les villages voisins, après avoir attaqué et côtoyé le régiment de Pfyffer, pendant sept lieues de chemin ; tantôt le devançant et tantôt le chargeant de tous côtés. Cependant le connétable averti, qu’il arrivait de Lagny aux protestants, un renfort de 1500 arquebusiers, pressait la marche du bataillon, afin de lui faire passer un ruisseau qui traversait la plaine, et qui n’était guéable qu’en peu d’endroits. Ce passage se fit avec beaucoup d’ordre, en présence des ennemis, qui ne le troublèrent point, ce renfort d’arquebusiers ne leur étant pas arrivé.

Image pour illustrer les piquiers, ne correspond pas aux événements décrits.

Image pour illustrer les piquiers, ne correspond pas aux événements décrits.

« Ce fut le moment le plus dangereux de cette retraite, le jour étant déjà sur son déclin. Le ruisseau passé, le prince de Condé et l’amiral firent leur retraite dans les villages voisins. Dès qu’on les eût perdus de vue, la famille royale et toute la cour se rendirent avant la nuit tombante, à Paris, le connétable et le duc de Nemours couvrant cette troupe illustre, avec 900 à 1000 chevaux, à quoi se montaient leurs deux escadrons. Le régiment de Pfyffer continua sa marche sur deux colonnes, jusqu’au Bourget à deux lieues de Paris ; il s’arrêta deux heures dans ce bourg, pour repaître et se reposer, après quoi il se remit en marche, formé de la même manière, et arriva après minuit dans les faux-bourgs de Paris, extrêmement fatigué d’une journée aussi pénible, que remplie de dangers, dans laquelle il ne perdit cependant que 30 hommes.

« Le lendemain, les Suisses entrèrent dans Paris en fort bon ordre, le roi les vit défiler à la porte de St. Martin, fit beaucoup de caresses au colonel et aux principaux officiers, et dit publiquement, qu’après Dieu il reconnaissait devoir sa liberté et celle de sa famille, de même que le salut de son royaume, à la fidélité et à la bravoure de son régiment des gardes Suisses. Tous les princes et seigneurs de la cour, remplis de même que les principaux habitants de Paris, de reconnaissance pour un pareil service, comblaient les officiers Suisses, d’honneurs et de caresses ; c’était à qui leur ferait le premier, les festins les plus somptueux.

« Le roi ayant accordé la solde de bataille au régiment de Pfyffer, le fit repartir et loger dans le faux-bourg de St. Honoré.

« Nous remarquerons encore ici, que toute la gloire dont ce corps se couvrit à cette journée mémorable, fut autant due à sa discipline, qu’à sa bravoure. »

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