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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 16:33

Fontainebleau, avril 1814

L’Empereur s’est longuement promené dans le parc en compagnie du Maréchal et du duc de Bassano, et un petit enfant lui tendit un bouquet de violettes. L’Empereur me dit de le mettre dans un vase avec de l’eau, et le lendemain, il le plaça à sa boutonnière. Le grenadier de la garde qui était en sentinelle dans le parc et qui s’appelait Choudieu lui dit qu’il reviendrait en cueillir de plus belles l’an prochain.

L’Empereur lui répondit que c’était bien de penser comme ça, mais qu’il fallait mieux se taire ; et il dit encore au maréchal Bertrand de remettre 20 napoléons à ce brave grenadier. Quand celui-ci fut rentré au corps de garde, il raconta l’histoire des violettes, et dès le lendemain, beaucoup donnèrent à l’Empereur ce surnom, et ils arboraient à la boutonnière ou à la bouche, des violettes pour braver les partisans de Louis XVIII.

Paris, avril 1814

L’Empereur m’a donné l’ordre de préparer son frac vert des chasseurs à cheval de la garde, à col et parements rouges, un gilet et une culotte de casimir blanc, il m’a précisé « Et n’oublie pas ma redingote grise » ! A 11 heures du matin, les tambours se mirent à battre quand il descendit lentement l’escalier du Fer à Cheval où 1200 grenadiers formés en carré l’attendaient. Je savais, moi, que l’Empereur n’avait pas dormit de la nuit.

L’Empereur a dit adieu à ses soldats de la vieille garde que, depuis vingt ans, il a toujours conduit sur le chemin de l’honneur et de la gloire. Il embrasse le général Petit avec le drapeau sur sa poitrine et il baise la soie de l’étendard. Il dit encore « Ne m’oubliez pas ». Je vois des larmes dans les yeux des soldats quand je monte sur le siège de la voiture, « La Dormeuse », qui va l’emmener avec le maréchal Bertrand.

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

A suivre

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 16:47

Fontainebleau, 17 mars 1814

Personne n’a dormi. Dans la nuit du 13, nous l’avons cru perdu. Les docteurs qui entrent et qui sortent prononçaient des mots, « datura stramonium »… « Herbe du Diable ». …On parle d’empoisonnement, on pensa à un attentat, on enquêta aux cuisines, mais c’est le général Caulaincourt qui révéla la vérité : l’Empereur lui avait dit que, dans peu, il n’existerait plus et il lui avait demandé de porter une lettre d’Adieu à l’Impératrice. Quant au docteur Yvan, il savait que l’Empereur portait le poison dans un cachet, mais qu’il l’avait perdu en Russie, et Constant s’est rappelé que le bijoutier de la Couronne avait fabriqué une minuscule cassolette d’or qu’il logeait dans la poche de son gilet pour avoir en permanence une nouvelle dose de poison.

Le 16, l’Empereur allait mieux. Il me chargea de trouver des bourgeons de sapins de Russie qui agissent, disait-il, contre les douleurs d’estomac, le cours du ventre, aussi bien que contre les ulcères et les étourdissements. Un apothicaire connaissait ces bourgeons remplis d’une résine balsamique, mais il m’a dit qu’on n’en trouverait pas en France. MM. Plat et Cadet, apothicaires associés en avaient eu quelquefois à la rue Du Four, et un autre apothicaire de la rue St-Jacques me livra des bourgeons de sapins d’Allemagne, cueillis la nuit de la St-Jean, à faire simplement infuser dans de l’eau et à prendre à jeun le matin.

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Cette tentative de suicide est historiquement admise, mais le bruit avait couru, quelques semaines auparavant, que l’Empereur avait déjà tenté de se suicider en Russie.

Noverraz a certainement dû s’interroger sur cette mystérieuse cassolette d’or, prétexte à de subites colères : « On a touché à ma cassette… Je suis sûr de l’avoir cachée dans ma poche gauche… J’ai formellement interdit d’y toucher… » H. M de Stadelhofen

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 16:22

Paris, Les Tuileries, 1814

Des bruits arrivent jusqu’aux Tuileries ; je ne révélerai pas de noms, mais je crois qu’ils disent vrai, ceux qui racontent qu’il y a plus de 100.000 déserteurs. Le tirage au sort, qui datait du 29 fructidor de l’an XI, fournissait des recrues à la République, mais déjà, sous le Consulat, on m’a dit qu’il y avait plus de 200.000 irréductibles, en France d’abord, mais surtout en Flandres et dans le Luxembourg.

On ne m’a pas parlé des déserteurs suisses, mais je pense qu’il y a dû en avoir beaucoup. On m’a raconté comment, dans les villes et les villages, les conscrits devaient monter tout nus sur le marchepied d’une toise, et s’ils avaient plus d’un mètre 54, ils étaient enrôlés. On écartait seulement ceux qui étaient trop difformes ou malades. Certains se faisaient des blessures qu’ils imprégnaient d’eau arseniquée. On les déclarait incurables.

Déserteurs français prisonniers des paysans russes.

Déserteurs français prisonniers des paysans russes.

Des jeunes gens se faisaient arracher toutes les dents, et il y avait des charlatans qui proposaient pour 200 francs de carier toute la mâchoire à l’acide. Mon ami breton m’a même raconté qu’on avait enterré à Ploemeur des cercueils vides suivis par tout le village endeuillé, et pendant ce temps, le faux défunt se réfugiait dans les forêts. J’ai vu trop de blessés et trop de cadavres dans les combats de Dresde, de Lutzen et de Leipzig où je servais mon maître pour ne pas comprendre combien les mères de France devaient Le maudire.

A suivre

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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 17:25

1813

Nous n’avons malheureusement retrouvé aucun journal de Noverraz datant de l’année 1813. Nous savons qu’il a accompagné l’Empereur dans ses campagnes : il était auprès de lui à Lutzen, à Bautzen, à Dresde, à Leipzig, bien trop occupé sur les champs de bataille puisqu’il cumulait les fonctions de courrier et de valet de chambre. La seule note de Noverraz que nous avons retrouvée et qui date de cette période, est une… recette ! Henri Meyer de Stadelhofen

 « Depuis des jours, nous mangions froid, des soupes, des potées, mais grâce à un capitaine de cavalerie polonais, l’Empereur s’est régalé d’une volaille cuite sans broche, ni feu ! J’ai écrit la recette : apprêter et larder la volaille, puis farcissez-la de préférence avec du beurre et de bonnes herbes. Passez à travers un poignard rougi au feu (un sabre serait trop long). Après cela, mettez tout de suite la volaille dans une boîte de fer blanc bien fermée : elle sera cuite et délicieuse au bout de deux heures. Je l’ai dit, l’Empereur s’est régalé, et moi aussi, d’un aileron prussien. »

Encore une fois, des propos bien étranges, si l’on n’a pas de broche, ni feu… comment fait-on pour rougir la lame ? Si l’on a donc un feu pour cela, pourquoi ne pas cuire le poulet normalement ? GTell

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

A suivre

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 16:39

Paris, Les Tuileries, fin décembre 1812

L’Empereur est revenu de Russie avec les débris de ce qui fut la Grande Armée. J’étais resté à Paris parce que j’étais malade du foie, mais beaucoup de gens me témoignent de la froideur ou même du mépris. Quand je croise des estropiés, des officiers à qui il manque un bras ou une jambe, j’ai un sentiment de honte. Dieu m’est témoin que si je n’avais pas été malade, j’aurais suivi l’Empereur.

Autour de moi et aux Tuileries, on vante la conduite des vieilles troupes normandes, ardéchoises ou bourguignonnes qui, de Viazma à Smolensk, avaient lutté farouchement, tandis que s’affaissaient Piémontais, Bavarois et les Espagnols de l’armée de Joseph, quand les généraux russes Tchitchagoff et Wittenstein menaçaient la construction du pont sur la Berezina.

Pas une fois, je n’entendis parler des soldats suisses : courage et opiniâtreté étaient toujours du côté français ! On répétait à la Cour les hauts faits de Ney et des « Grenadiers Blancs » qui avaient protégé jusqu’à la mort les sapeurs de la première division qui construisaient le pont. Ces grenadiers avaient tenu, debout sous la neige. Ils étaient morts gelés, et les cavaliers russes qui arrivaient en éclaireurs furent pris de panique en voyant ces hommes debout et raides, si bien que les casaques s’enfuirent.

 Le tambour-major Jean-Pierre Maillard, de Vevey, avec 80 tambours et fifres, manœuvrait sous les balles comme à l’exercice ; le capitaine Rosselet, percé de balles, n’avait plus de compagnie, mais les charges des Suisses sauvèrent l’armée. Le maréchal Saint-Cyr criait « Bravo les Suisses », pourtant le général Marbot qui nous déteste osa dire que les deux régiments suisses s’enfuirent devant les Russes !

La vérité, c’est que le régiment d’Affry parvint à tenir les ponts jusqu’à la dernière minute et que la compagnie Landolt passa la dernière, après dix heures de combat, et coupa le pont de la Duna derrière elle.

Tambour-major, tambour et fifre.

Tambour-major, tambour et fifre.

Quant à la bataille de la Berezina, ce fut pour les Suisses une agonie héroïque. Sept fois de suite, les régiments rouges, pour protéger la retraite, chargèrent sous un orage de fer et de plomb. Enfin, le 29 novembre, ce qui restait de la Grande Armée avait franchi les ponts de la Berezina.

Tous les officiers suisses étaient morts ou blessés, les rares rescapés revinrent dans nos montagnes, mutilés, estropiés ou amputés. Voilà ce que j’appris de la bouche de témoins et aussi des récits authentiques qui me parvinrent de chez nous.

A suivre

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 17:13

Paris, 1812

J’ai croisé au palais, un être très impressionnant : tout courbé, très âgé et avec un air de grande bienveillance. J’ai questionné Constant. C’est certainement Pierre Le Clerc, me dit-il, l’Empereur le tient en grande estime, et voici pourquoi.

Vers la fin du XVIIIe siècle, habitait rue du Puits de l’Ermite, au faubourg Saint Marceau, un vieillard que les uns disaient sorcier, les autres fous. La maison au front de laquelle grimaçait le numéro 13, était haute et froide. Dans la chambre du cinquième étage, une table boiteuse supportait de vieux manuscrits et des hiéroglyphes. Courbé sous le poids des années, l’étrange locataire avait le visage creusé par les jeûnes, des yeux bleus très doux. Il s’appelait Pierre Le Clerc ; on l’appelait le père Pierre. C’était un ancien bénédictin qui, chassé de son couvent en 1790 par la suppression des ordres religieux, s’était réfugié dans ce taudis.

Un jeune homme entre. A peine a-t-il 25 ou 26 ans, il est frêle et pâle, et sa figure maigre aux longs cheveux plats a le profil sévère d’une médaille césarienne.

« Je viens, dit-il brusquement, consulter vos diableries. »

Le vieillard sourit, allume une petite lampe de cuivre et pose des questions :

  • En quelle année êtes-vous né ?
  • En 1769.
  • Dans quel moi et quel jour ?
  • Le quinzième d’août.
  • Écrivez sur ce carton vos nom et prénom dans leur ordre exact.

Le vieillard examine, réfléchit et dit : « Sept jours avant votre naissance, dans la nuit du 8 au 9 août 1769, une grande comète est apparue dans les cieux vers la fin de la constellation du Bélier, le jour de votre naissance, elle entrait dans le Taureau qui, dans votre horoscope, se trouve en Maison X, le lieu de l’Honneur, de la Fortune et de la Puissance… Les arcanes d’Hermès me révèlent que vous êtes appelé à la plus haute ascension à laquelle un homme puisse espérer… » Le vieillard se leva péniblement, s’inclina et dit : « Sire, vous régnerez ! »

« Vous êtes fou ! Je ne suis qu’un officier sans fortune et sans avenir ; Aubry, le chef du comité de la guerre, vient de me rayer des cadres : Napoléon Bonaparte n’est même plus soldat !... »

Quand il devint maître de la France, Napoléon se souvint et invita Pierre Le Clerc à habiter dans son Palais.

Vois-tu, Noverraz, si un jour tu entres dans l’intimité de l’Empereur, tu comprendras combien il est superstitieux. Il y a des gens qu’il se refuse à recevoir parce qu’il croit qu’ils ont la jettatura. Il parle parfois aussi du « Petit Homme en Rouge », une sorte d’esprit familier qu’il est seul à connaître. Il croit aussi à son Etoile, et personne, même pas moi ! n’a pu jeter un regard sur son manuscrit, je crois que c’est une sorte de Livre du Destin ! Peut-être, ajouta Constant, et c’est une des rares fois où je l’ai entendu plaisanter, peut-être Bonaparte aurait-il choisi le Simplon si un chat noir avait traversé la route du Grand-Saint-Bernard !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…
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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 16:55

Paris, mars 1810

J’ai acheté « L’eau admirable » chez un apothicaire, rue de la Harpe, mais cela ne m’a pas guéri et mon ami l’Auvergnat m’a conseillé d’aller voir un de ses lointains cousins qui a le don de guérir les maux de dents dont je souffre. Je me suis rendu rue de l’Arbre Sec, face à la rue Baillet. J’ai frappé au deuxième étage de la maison d’angle et on m’a reçu tout de suite. On m’a fait tourner le visage vers le Nord et on m’a mis dans la main une sorte de lame d’acier longue de cinq ou six pouces, et il fallait que je touche moi-même la gencive douloureuse avec le Pôle Septentrional de cette lame d’acier.

Pendant ce temps, le guérisseur regardait une boussole pour me montrer exactement où je devais me tenir. Quand j’ai touché la partie souffrante, j’ai ressenti comme un froid très vif, suivi d’une sorte de battement, et trois ou quatre minutes plus tard, la douleur était partie. Le guérisseur m’a expliqué qu’il se servait d’un acier aimanté, et quand j’ai voulu le payer, il m’a répondu que c’était gratuit, parce que je venais de la part de son cousin, mais que, si je connaissais à la Cour des personnes qui souffraient des dents, il serait reconnaissant qu’on les lui envoie.

Pour éviter le charlatan, il chercha d’autres solutions…

Pour éviter le charlatan, il chercha d’autres solutions…

À suivre

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 16:54

Paris, mai 1811

Parce qu’il voudrait présenter une supplique à l’Empereur, M. de Trouville veut m’inviter à dîner. Il m’a fait choisir : le restaurant Grosse-Tête de la Place Gaillon est, dit-il, la seule table de Paris qui serve encore des saupiquets et des pigeons à la crapaudine. Il y aurait aussi, sur le boulevard, le Café Procope, mais il croit que je m’y sentirais mal à l’aise : fondé par l’Italien Procopi, l’inventeur de la limonade (sic), Procope fut au siècle dernier, le rendez-vous des célébrités : Jean-Jacques y méditait, Voltaire raillait, Diderot y déclamait, Saint-Foix y cherchait des querelles, m’a dit M. de Trouville. Au Palais Royal, le patron reçoit, l’épée au côté et serviette sous le bras. C’est un gentilhomme qui, profitant de la grâce consulaire, est revenu de Londres. Là aussi, je me sentirais déplacé, de même qu’au Café Lamblin.

Finalement, M. de Trouville a choisi de m’emmener au restaurant des Frères Provençaux (suivez le lien, vous y verrez la carte, l’une des première et l’histoire des Restaurants.) où il m’a régalé de bouillabaisse, une sorte de soupe aux poissons de mer, d’aïoli et de vin de Cassis. « J’avais jamais plus faim… tant c’était rude bon ! »

Palais Royal, ici entrée du Conseil d'Etat, où tous les restaurants cité sont dans cette enceinte.

Palais Royal, ici entrée du Conseil d'Etat, où tous les restaurants cité sont dans cette enceinte.

Je ne me fais pas d’illusions : ce n’est pas pour le plaisir de ma conversation que l’on m’invite. Au reste, mon hôte ne s’est jamais permis craques ou railleries que je n’aurais pas tolérées ; il m’a parlé de Londres et de la façon dont les proscrits y vivaient, et m’a demandé de décrire ce qu’était mon service. Je l’ai fait de la manière la plus discrète. M. de Trouville m’a demandé des recettes vaudoises. Il veut connaître le papet vaudois et la fondue dont je lui ai donné les recettes ; quant à lui, il parle de m’inviter encore au Café de Mulhouse, avec ses choucroutes, chez Frontin et au Grand Balcon, célèbre pour ses bécasses flambées.

D’autres messieurs se joignent parfois à nous, ils n’ont pas la discrétion de M. de Trouville et parlent de l’Empereur avec une liberté qui m’offusque :

« Depuis qu’il est père, Napoléon n’est plus le même : lui, fils de la Révolution, incarnait la force populaire et antidynastique face à l’Europe monarchique. Après la naissance de son fils, Napoléon, maintenant, aspire à devenir un souverain légitime qui, non par ses ascendants, mais par sa descendance, fait son entrée dans les dynasties. »

Puis le vicomte Philippe s’est montré persifleur : « L’a-t-il aimée sa Joséphine ! L’a-t-il assez gâtée ! Ses billets doux étaient navrants et puérils ; en la répudiant, il reniait son passé, et il a froissé l’instinct populaire. Pour avoir ce fils légitime et tant désiré, qui a-t-il choisi ?...

Une Autrichienne ! Dans la mémoire des Français, la première était encore trop proche, et s’y mêlaient le remords et le souvenir coupable des régicides. Et puis, à la naissance de Napoléon II, Napoléon Premier commet la grande faute : il veut reconstituer en empire d’Occident dans lequel la France n’est que diluée et ce, pour bâtir à son prince impérial, un domaine héréditaire ! Nous aurions compris que notre France s’entoure de royaumes ou de duchés vassaux, mais demain, vous verrez, la capitale de l’empire ne sera plus Paris, mais Vienne ou Rome… »

Cet exposé politique me dépassait, mais à moi, Vaudois, il ouvrait des horizons nouveaux, et, comme le vicomte Philippe ne se permettait aucun écart de langage, j’écoutais…

« Votre empereur, Monsieur, revient peu à peu à son origine italienne : il rêvait d’être un Louis XIV, il se plaît maintenant en César. Selon lui, un empereur même mineur régnera comme un monarque constitutionnel. A partir d’aujourd’hui, ce n’est plus Napoléon 1er, mais l’influence de Napoléon II qui règne sur l’empire. »

  • Pourtant, disje au vicomte, avant 1800 il a libéré mon pays de Vaud et il a permis le retour des émigrés, vous devriez lui en être reconnaissant… !
  • Nous le sommes, oui, nous le sommes ! C’est grâce à lui que nous sommes rentrés en France, c’est grâce à lui que le culte et le clergé ont été rétablis. Oui, nous tenons votre Napoléon pour un homme de génie, mais nous le croyons maintenant plus italien que français.
  • Mais, j’ai protesté, c’est à des Français, à ses frères, qu’il a donné des royaumes et pas à des princes étrangers !
  • Votre Napoléon est avant tout un conquérant, sa volonté de puissance l’installe sur des lambeaux d’empire. Il a renié la Révolution !

À suivre

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 16:41

Paris 1811

Roustan m’a emmené dîner chez lui. Il avait épousé en 1806 une bien jolie demoiselle qui avait à peu près mon âge et que j’avais déjà remarqué parce que la petite Douville était la fille d’un huissier de l’Empereur et c’était lui qui avait réglé tous les frais de la noce. Un an plus tard, Roustan avait présenté au palais un gros bébé, et l’Empereur s’écria : « ça sera un futur mameluk, mais attention, il risque de devenir aussi gros que toi ! »

J’étais flatté parce que le personnage qui m’avait le plus impressionné quand je suis arrivé à Paris, ce n’était pas l’Empereur, c’est Roustam.

Garde du corps de l’Empereur, Roustam

Garde du corps de l’Empereur, Roustam

Mystérieux et fanatique, tel était le garde du corps de l’empereur.

A le côtoyer, j’ai appris à le connaître et, pour moi, il a quitté son masque :

Je suis né à Tiflis, en Géorgie. Très jeune, j’ai été capturé par les Turcs et emmené en esclavage. Je me suis échappé ; des brigands m’ont découvert au bord du Bosphore, j’ai quitté un esclavage pour un autre et c’est au Caire que j’ai eu ma chance : l’Empereur… Pardon, il n’était que général à l’époque, le général Bonaparte se méfiait des Egyptiens. Il m’a demandé :

  • Où es-tu né ?
  • A Tiflis.
  • C’est une ville de Géorgie, tu n’es donc pas égyptien ? Est-ce que tu les aimes ?
  • C’est eux qui m’ont fait ça (je lui ai montré ma cicatrice à la main).
  • Ça m’a tout l’air d’un bon coup de sabre, tu as de la chance de n’être pas manchot.
  • J’ai deux bras pour vous servir !
  • Comment t’appelle-t-on ?
  • Ici, on m’appelle Jahia.
  • Mais ce n’est pas ton vrai nom ?
  • Mon vrai nom, c’est Roustam.
  • Roustam… ! C’est un nom de brave homme, et j’espère d’un homme brave !

Là-dessus, le général m’a fait cadeau de ce sabre qui ne me quitte jamais, et de deux pistolets qui sont toujours chargés, puis il m’a dit :

  • Va te faire habiller, ce soir tu me serviras à dîner. Fischer, celui qui t’a précédé comme valet de chambre, m’a choisi un pantalon blanc, une veste rouge brodée d’or et un turban ; il m’a donné quelques conseils. Tu as vu mon sabre, Noverraz… ?
  • Il est garni de véritables diamants, quant à mes pistolets, ils sont garnis en or !
  • Tu as combattu en Egypte ?
  • J’ai veillé sur le général, je le suivais pas à pas, et depuis lors, chaque nuit, je dors en travers de sa porte. Quelques jours plus tard, le général m’a dit : « Veux-tu venir avec moi en France ? Tu n’y seras pas seul, j’ai engagé des Maltais, des Syriens et des nègres. »
  • Écoutez, Général, j’aurais assez voulu venir avec vous, mais les Arabes m’ont raconté que l’usage des Français était de couper leur tête…
  • On en a beaucoup trop coupé, mais, je te le garantis, la tienne restera sur tes épaules.
  • Dans ce cas, mon Général, promesse de Mameluk, je ne vous quitterai pas.

Tu sais, Noverraz, au Caire, il y avait aussi de bons moments. Les filles du « Tivoli » étaient plus belles que les Parisiennes, mais j’ai dû souvent faire tournoyer mon sabre et couper bien des têtes arabes, mais c’est pas parce qu’on est rentré à Paris qu’on n’a plus d’ennemis : il y a les Jacobins et les royalistes qui en veulent à notre Empereur, des malfaisants, des assassins, et il faut même se méfier des empoisonneurs.

Tiens, par exemple, Madame l’Impératrice m’a dit l’autre jour : « Toi qui es né près de la Mecque, dis-moi ce que tu penses de ça ». Ça, c’était une petite bouteille où c’était écrit « Véritable baume de la Mecque ». Tu le connaissais, toi, ce baume ? Moi non plus, mais un véritable médecin m’a dit que c’était le plus précieux de tous et qu’il était très rare. Alors moi, j’ai voulu m’assurer que ce baume était véritable.

J’ai fait rougir un sou au feu et j’ai fait tomber dessus une goutte du baume. Un des adjoints de M. Corvisart m’avait expliqué que le Baume de la Mecque pur et fidèle perce le sou, y faisant un trou à passer un gros pois et il consommera le cuivre sans que l’on puisse démêler ce qu’il sera devenu. Le liard n’a pas fondu, rien, et j’ai dit à Sa Majesté de se méfier, et elle a jeté le flacon. Le médecin m’a dit qu’il n’y avait guère que les Vénitiens qui, par leur commerce avec les Turcs, pouvaient recevoir le vrai Baume de la Mecque… Ils en savent des choses ! Ces gens venus de l’Orient !...

A suivre...

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 17:01

Voilà qui est à la mode, avaler la meilleure eau du monde, l’eau Fidji.

 

Il paraît que toutes les « Stars » d’Hollywood en boivent et qu’il faut les imiter. Chose possible, puisqu’en vente chez nous aussi. Et hop ! Une goulée d’eau comme jamais vous en aurez bue.

 

Ah bon ! Et le prix de cette merveille ? 2.95 francs le ½ litre. Youpi ! La petite bouteille à parcouru les 16'785,61 km en avion, bien sûr, et sans problème aucun. Bien loin de la plus rare des eaux minérales suisses. Avons-nous une eau équivalente chez nous ? Impossible de le dire, les arguments publicitaires sont trop forts pour vraiment connaitre celle qui est réellement la meilleure.

En cherchant une eau minérale de qualité, d’origine suisse, un site français m’a sorti en premier, l’offre suivante : Eau de Sembrancher, plate ou gazeuse, au prix de 5,50 euros. ICI Pour 75 cl.

Impossible de connaître le prix de cette eau sur le site « Eau de Sembrancher », il nous renvoi aux distributeurs et le distributeur choisi : alloboissons, offre la bouteille de 38 cl. Au prix de 2,05 francs. En carton de 18, le prix sans TVA est de 36,90 et avec TVA (2,13) et taxe de recyclage (15,04), sera donc au final : 54,05

Voilà un petit bilan sur l’eau en bouteille. N’oubliez pas non plus l’eau de votre robinet…

Santé!

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Published by G.Tell - dans Actualité
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