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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 16:51

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Il faut bien sûr utiliser le mot « assemblage » quand on parle des voitures « fabriquées » en Suisse. C’est sous le nom de GM Suisse que l’on a vu des autos avec le sigle particulier, reproduit ci-dessous.

Pour montage en Suisse

Pour montage en Suisse

Pour l'importation en Suisse.

Pour l'importation en Suisse.

Nombreuses étaient les voitures, ayant sur la calandre, le sigle en métal ou un autocollant sur la lunette arrière. La Suisse était, et est encore, le pays des voitures allemandes. La configuration du pays demande qu’une voiture monte bien la pente et par tous les temps, ce que faisait la coccinelle par excellence.  Donc, beaucoup de WV et bien sûr ses concurrentes Opel. Ceux qui ne juraient pas que par WV, s’autorisaient de rouler Opel en classe populaire et moyenne, si un peu plus riche, avec de confortables revenus, ils choisissaient Mercedes. Les sportifs aisés, plus rare, s’offraient une sportive Porsche.

Vouloir se démarquer en Suisse, alors que tous ceux qui pouvaient se le permettre, roulaient en Mercedes, restait pour eux les Américaines.

Les années après-guerres, pendant trente ans, on pouvait voire de temps à autre une Américaine, qui ne passait jamais inaperçue, jamais. Trop différentes des autres, les plus nombreuses étant alors, les françaises, les allemandes, les italiennes, qui faisaient que l’on avait l’impression que tout le monde roulait dans le même genre de véhicule que l’on pouvait avoir chez-soi.

 

Le plus curieux à cette époque, ces voitures populaires côtoyaient encore, celles des années d’avant-guerre. Démodées peut-être, mais toujours admirable, surtout pour l’enfant que j’étais, que de voir ces voitures démarrer à la manivelle.

Donc, quand une Américaine passait dans la rue, on était bien obliger de la regarder, grande, brillante, elle ne ressemblait à aucune autre, qu’à elle-même. Certaines d’entre elles, reconnaissable au fameux sigle GM, venaient de Bienne. Elles avaient donc en commun avec les Opel, le même lieu d’assemblage, ce qui était flatteur.

Les plus « merveilleuses » de ces Américaines, étaient celles qui étaient décapotable et qui ne se voyaient qu’en été. Il y avait donc des personnes qui pouvaient s’offrir de telles voitures. Toutes, venaient-elles de cette usine Biennoise ? Non, l’importation était probable pour certains modèles, mais celles qui avaient le fameux sigle « GM assemblage », l’étaient.

L’histoire nous est racontée par Opel Suisse, ici. La lecture de présentation de l’histoire de GM Suisse et recommandée.

1936, première Buick sortant de la chaîne d'assemblage à Bienne.

1936, première Buick sortant de la chaîne d'assemblage à Bienne.

GM Bienne

GM Bienne

Vue de l'usine à Bienne

Vue de l'usine à Bienne

La 50'000 assemblée en 1957

La 50'000 assemblée en 1957

Publicité d'avant-guerre

Publicité d'avant-guerre

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Published by G.Tell - dans La modernité
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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 16:04

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« Prends la brosse et la ramassoire, et va nettoyer le plancher au salon. » Ces ustensiles font partie de notre vie courante, au même titre que la fourchette et la brosse à dent. Et pourtant, seule la ramassoire est vaudoise.

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Ébriquer est certainement commun à plusieurs patois mais, dans le canton de Vaud, il est issu d’un groupe de mots satellisés autour de « èbréqua ». J’en déduis que la paternité première est de chez nous, pour remplacer « casser » ou « mettre à mal ».

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« Le cheminot appond les wagons à la locomotrice ». Appondre veut donc dire « rajouter », ce qui a du reste donné naissance au dicton : « Qui répond appond ». Mais on peut également lui adjoindre le sens de « sans discontinuer » : « Il appond ses cigarettes les unes aux autres ».

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Published by G.Tell - dans humour
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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 18:01

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« Il a poussé sa bouélée » dit-on d’un chanteur à l’organe puissant, mais dont les qualités musicales ne sont pas à la hauteur des décibels engendrés, ou alors de quelqu’un en colère qui vocifère. En résumé, bouéler, c’est crier.

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Celui qui fait la fine bouche lorsqu’on lui offre une part de fromage ou de gâteau en disant : « Oui, merci, mais une lèche », voudra dire qu’il n’en désire qu’un petit morceau. Tant mieux pour les autres.

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« Ton gâteau a un goût de reviens-y » exprime le plaisir qu’aurait le dégustateur à en recevoir une deuxième tranche. Avec reviens-y, on désire doubler la mise, recommencer, faire coup double.

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Published by G.Tell - dans humour
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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 17:14

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…ou avez-vous un jour parlé vaudois ?

Imprégné d’une intention légèrement péjorative, le manoillon est un ouvrier non spécialisé, que l’on appelait autrefois le manœuvre. On utilise également l’expression pour quelqu’un qui n’est pas très habile de ses mains : « Il a fait ce nœud comme un manoillon ».

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Si l’on veut parler de chute, c’est de la déguillée qu’il s’agit, mot issu de déguiller qui veut dire tomber ou faire tomber. Populairement, une déguillée peut également qualifier un état d’ivresse en cours d’exécution.

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« Il est tard, c’est le moment d’aller se réduire ». Dans le grand monde, l’on dirait en toute simplicité : « Nous sommes las. Souffrez que l’on se retire ». Que c’est bien dit ! Mais ça nécessite le petit doigt sur la couture et la colonne vertébrale toute raide !

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« Madame, il y a Jules qui m’a flanqué une claque ». Celui qui a ainsi interpellé son institutrice est un redzipet, un rapporteur. Il n’y a pas besoin d’être écolier pour redzipéter, puisque la définition de ce mot s’étend jusqu’à redire à d’autres ce que l’on a entendu, répéter des propos et des indiscrétions. Non ! On redzipète aussi au Café du Commerce !

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Published by G.Tell - dans curiosités
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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 15:57

Il y eut le Lausanne de la diplomatie. Conférence gréco-turque qui conduisit à Lausanne Ismet Pacha (aujourd’hui Inonu), M. Venizélos, le visage pensif dans sa barbe, Mussolini, encore maigre et sanglé dans sa jaquette, Poincaré, la parole sèche et précise, lord Curzon, teint couperosé, fort galant homme au demeurant, le ministre des affaires étrangères soviétiques Tchitcherine, dont le collaborateur Vorowsky fut abattu à coups de revolver, par le Suisse Conradi, en pleine salle à manger d’un hôtel lausannois. [Hôtel Cécile] C’est au Palais Rumine que fut parafé le traité en présence de M. Camille Barrère, ambassadeur de France à Rome (juillet 1923). Quelques années plus tard, Conférence des réparations, au cours de laquelle le Premier britannique, le madré travailliste Ramsay MacDonald, tenta de « mettre dans sa poche » Edouard Herriot, président du Conseil français. Le renard londonien en fut pour ses frais, au moins partiels. L’air d’un lion roux très civilisé, Ignace Paderewski laissait paraître une surprise amusée lorsqu’il lui advenait de se risquer sur la place. On se montrait, plus tard, avec un affectueux respect, la fine stature du général Guisan regagnant démocratiquement, à bord d’un trolleybus, sa maison de « Grande-Rive ».

Délégation turque

Délégation turque

Lord Curzon à Ouchy, remarquez la belle auto.

Lord Curzon à Ouchy, remarquez la belle auto.

Poincaré, Mussolini et bien d’autres.

Poincaré, Mussolini et bien d’autres.

Mustafa İsmet İnönü

Mustafa İsmet İnönü

[Après cette longue liste d’hommes… on peut se demander où sont les femmes. Moins visibles, plus discrètes ou ignorées, l’auteur n’en parle pas beaucoup. Pourtant, à son époque une grande dame, était établie, depuis longtemps, à Lausanne. Je vous parle de Coco Chanel. « Collaboratrice » pendant la guerre, par amour semble-t-il, elle s’exila à Lausanne. Sa tombe, dessinée par elle-même, au cimetière du Bois-de-Vaux, est toujours fleurie. Et d’autres personnalités se sont elles aussi arrêtées définitivement à Lausanne. Pierre de Coubertin, Violet le Duc, pour ne citer que ces deux-là.

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Il y eut aussi des « vedettes », la plus célèbre étant David Bowie, qui s’établit à Lausanne et qui s’y maria le 24 avril 1992 à l’Hôtel de ville de Lausanne.

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Jean Nicollier, l’ auteur de les lignes ci-dessus, a répertorié toutes les personnalités ayant passés, ou ayant fait le choix de s’ établirent à Lausanne, je ne vous ai présenté qu’une partie de ces hommes et femmes. Les personnalités contemporaines de l’auteur, du moins celles qui à ses yeux avaient de l’importance, écrivains, auteurs de théâtre et les littéraires, sont un peu oubliés ou pas assez connus pour être ici.

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Ainsi je finis cette fresque de Lausanne, petite ville, autrefois campagnarde, aujourd’hui agglomération bruissant de vies anonymes.]

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« Quand Lausanne nous est conté…, par Jean Nicollier, éditions ESL, 1964 »

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 17:03
Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Quant à Alphonse XIII, fort répandu à Lausanne aussi bien dans les salons qu’auprès des « pirates » d’Ouchy, il fut l’humour, la simplicité et la bonne grâce incarnés. Je n’ai pas oublié un tour de chant de Chevalier donné en la salle (disparue) du « Splendide ». Maurice, le canotier et la lippe en bataille, interpréta « Ma pomme ». Lorsqu’il se proclama « plus heureux qu’un roi », il désigna d’un clin d’œil Sa Majesté Très Catholique. Le roi rit du meilleur cœur et s’en alla féliciter le chansonnier.

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Démocratique en ses manières, le roi Alphonse savait rappeler à ses interlocuteurs, par des exemples probants, son goût des idées générales. Quel homme intelligent sous son « bon garçonnisme » apparent !

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Les rois successifs de la Roumanie maintenant soviétisée, puis le prince Nicolas, le roi Hussein de Jordanie rendirent à Lausanne des visites fréquentes. Et le vaillant « petit roi » d’Orient tout comme l’émir Ibn Seoud d’Arabie saoudite, sont encore nos hôtes fidèles.

Il serait opportun de citer quelques participants du long cortège des écrivains : de Sainte-Beuve à Edouard Estaunié puis Henri Mondor et Jean-Louis Vaudoyer, quatre amis fidèles de Lausanne [Pour villégiature et de passage], tous disparus, après Marcel Proust et Anna de Noailles, hôtes plus intermittents. Mais d’autres prennent la relève : les romanciers Georges Simenon, Yves Gandon, feu le poète Godoy – ce dernier Lausannois bon teint – et tant d’autres gens de lettres qui s’en viennent chercher sur nos rives une paix pourtant contestée par nombre d’indigènes aux nerfs fatigués.

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Lausanne eut ses originaux et ses originales autochtones. Par exemple : un certain Domenjoz – il se donnait pour fils d’un grand « sachem » à peau rouge – qui aimait, vêtu à la mode des trappeurs d’Amérique, chercher des pistes sous les ombrages, alors intacts, de l’avenue du Théâtre. Un commissaire de police – s’agissait-il du Potterat cher à Benjamin Vallotton ? – s’était ingénié à ne lui permettre que le port d’un « tomahawk » en carton artistement peint en gris de fer. Les apparences étant sauves, le « pisteur » avait obtempéré.

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Il eut un émule, épris lui aussi de grands feutres mous, le peintre Rochat qui exposait ses toiles – les unes figuratives, les autres « énigmatiques » - au kiosque des tramways de Saint-François. Isadora Duncan avait, passant par-là, acquis une « œuvre » de Rochat, mais négligea de la lui payer.

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Et qui pouvait bien être ce grand vieillard à toque d’astrakan ornée de passereaux épinglés, le pardessus couvert de décorations ? Et comment se nommait ce mélomane enfiévré – avec une tête à la d’Annunzio – qui, au théâtre, se tournant face à l’assistance chantait, de son fauteuil d’orchestre du premier rang, de grands airs d’opéra !

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

L’Inde nous délégua, de longue date, de belles dames cuivrées drapées dans leurs saris. De quel roman de Georges Sand (ou était-ce d’Octave Feuillet ?) avait surgi une jeune et mystérieuse étrangère, en robe amazone, la cravache à  la main, suivie à pas comptés par un mâtin danois à la forte mâchoire ?

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Les artistes de théâtre et de cinéma, nous ne les comptons plus : de Brigitte Bardot à Michèle Morgan et Joan Crawford, sans oublier Falconetti, mélancolique exilé, qui s’en alla mourir aux Etats-Unis. Et tant d’autres dont Yul Brinner ou Aimé Clariond, amateurs de nos rives et de nos vins. Et Sacha Guitry prenant le thé chez Mme Louise Arthème Fayard.

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Fleurs de la fantaisie, de l’art, de l’infortune politique… du bitume aussi ! Beaucoup de Lausannois se montrèrent intrigués par cette dame plâtrée, à l’âge canonique, suivie d’une levrette souffreteuse, qui vendait des fleurs à la sortie des spectacles et qui nous a quittés en silence… au terme d’une carrière sans doute plus mouvementée que son humble fin.

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Le monde scolaire et universitaire eut aussi ses oiseaux des îles : les sœurs D…, l’actuel prince consort de Hollande, l’empereur d’Iran, la princesse Soraya, élève d’un pensionnat lausannois…

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Que d’ombres, que d’ombres ! De Jean Giraudoux prenant le thé à « Fantaisie » chez l’éditeur Henri-Louis Mermod, à André Maurois, conférencier très applaudi, à Valery Larbaud voici, l’œil malicieux mais attentif derrière ses lunettes d’écaille, fouillant les boutiques à la recherche de soldats de plomb. Et Edmond Jaloux, la canne de jonc à pomme de lapis-lazuli sous le bras. [Etabli de longue date à Lutry.] Apparaissait aussi C.-F. Ramuz, le visage buriné, la moustache taillée à l’américaine, un sac de touriste négligemment jeté sur l’épaule gauche. Il s’arrêtait pour échanger avec un prince de la causticité, le peintre René Auberjonois, des propos dont les bons bourgeois du lieu faisaient les frais…

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 17:14

Une section sur les personnalités qui passèrent en faisant halte ou s’établirent, quelque fois définitivement, ou seulement pour un temps, pour un exile, par exemple.

TÊTES ET SILHOUETTES D’ICI ET D’AILLEURS

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Encore que les linguistes en aient décidé autrement, il se trouve de bons Lucernois pour assurer que le Mont-Pilate tire son nom de celui du procurateur de Judée, venu en ces lieux, alors écartés, pour y expier son fameux : « Je m’en lave les mains. » Cette indifférente oraison funèbre du Christ livré, par le gouverneur romain, à la vindicte des notables de Jérusalem…

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Vraie ou fausse, cette croyance s’ajoute à tant d’autres traits relatifs aux errants anxieux des pays étrangers – et même d’outre-mer – venus en Suisse chercher quelque apaisement à leurs permanentes inquiétudes : Byron et Nietzsche, Wagner et Segantini, Goethe et Chateaubriand. Quelques « mauvais sujets » font leur apparition. Le cynique Casanova de Seingalt, qui trouva meilleur… gibier dans une famille ecclésiastique genevoise, flirte avec quelques Lausannoises. Abel Hermant se montra fort turbulent dans l’enceinte du collège Gaillard, de Chauderon, pépinière de jeunes intellectuels bien nés. Il tirera de son passage dans cette école un roman sanglant : Le Disciple aimé. Ses anciens camarades, indignés, se cotisèrent pour racheter (en bloc) cette « infamante » fiction. Ils la mirent héroïquement au pilon. Il n’est pas jusqu’au dramaturge Henry Bernstein, encore adolescent, qui n’ait élu domicile chez un de nos confrères disparus, en les parages de l’avenue de Beaumont. Le future auteur de l’Espoir s’y connaissait, comme pas un, en l’art nocturne de « sauter le mur ». Bien d’autres indisciplinés élirent notre quiète cité pour lieu de leurs frasques : depuis les « Camelots du Roy du Léman » à la blonde « Canada », l’une des espionnes célèbres de la guerre 1914-1918. Cette plantureuse personne ne se souciait nullement de passer inaperçue. Elle opérait, d’ailleurs, au vu de chacun en un grand hôtel d’Ouchy.

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Mais l’accueillante capitale, petite ville entre les grandes villes, ne s’ouvrait pas seulement à des oiseaux exotiques de plumage bariolé. Elle put inscrire dans ses registres des noms moins tapageurs, des « valeurs » plus solides : de Gogol à Tolstoï le père, puis le neveu. Oui Gogol qui, écrivant à Vevey les Ames mortes, s’en venait dîner en quelque hôtellerie du chef-lieu. Il nouait avec ses commensaux des conversations fortes courtoises… Elles partaient, nous assure M. Trofimoff, du pot de moutarde, se haussaient jusqu’au bon apprêt des choux pour atteindre les sereins paliers des idées et des formes. Victor Hugo ne fit que passer. Il présida, à Lausanne, un congrès de la paix bientôt suivi, ô ironie, du conflit franco-allemand de 1870-1871 ; il qualifia la ville de « sibérienne » et lui préféra les hôtels de l’Est lémanique. Byron, pour sa part, logea en l’Hôtel d’Angleterre, le temps de faire sécher ses vêtements trempés par les embruns, au sortir d’une bourrasque dont son bateau, à l’excessive voilure, faillit être la victime. Mais déjà il flambait pour le Prisonnier de Chillon, pour ce Bonivard effronté dont le maître de pension, devant l’âtre, lui conta l’histoire… enjolivée. Que d’autres, que d’autres réfugiés politiques : Miskiewicz, qui rêvait de restaurer le royaume de Pologne, Mélégari et, pendant la récente guerre tant de gens peu orthodoxes : des « collabos » de tout poil à l’honorable Einaudi, futur président de la République italienne. Nous ne prétendons pas être complet !...

La « Maison bernoise » de la rue du Pré, détruite par un incendie en 1909.

La « Maison bernoise » de la rue du Pré, détruite par un incendie en 1909.

Nous aurions mauvaise grâce, cependant, à ne pas mentionner les rois et les reines en exil ; le chef-lieu vaudois s’en fait, révérence parler, la spécialité. Il hébergea successivement, dans les seuls temps des XIXe et XXe siècles : l’impératrice Marie-Louise de France, (avec intermède dont l’héroïne fut Joséphine de Beauharnais arrivée de l’auberge genevoise de Sécheron). Nous avons rappelé, déjà, le séjour des trois frères de Napoléon : Joseph, Jérôme, Louis. La femme de Jérôme, ex-souveraine de Westphalie (Catherine de Wurtemberg) mourut en la campagne de l’Avant-Poste en 1835. Elle fut devancée dans l’au-delà par la reine Frédérique de Suède, décédée en « Villamont » au mois de septembre 1826.

 

Dans les années 1830 à 1845, Lausanne donna asile à bon nombre de royalistes français exilés sur les pas du roi Charles X : les La Rochejaquelein, les La Tour du Pin, les La Ferronay, sans oublier Mmes de Charrette et de Lucinge, filles morganatiques de l’infortuné duc de Berry. [L’auteur ne citant pas les prénoms, ou quelques dates pouvant faire référence, il est difficile de savoir qui ils sont !] En 1838, un séjour du prince Louis-Napoléon (bientôt empereur) inquiéta une fois de plus l’opinion. Mise au courant de la constitution d’un corps expéditionnaire français, la Diète mobilisa des troupes confiées au général Guiguer de Prangins. Incident mineur, Louis ayant quitté notre pays.

 

Dans des temps plus proches de nous, installation à Lausanne de la famille royale d’Espagne, la reine Victoria-Eugénie résidant toujours (en 1964) dans une villa de la pente ombragée de l’Elysée. Le prince héritier d’alors, comte de Barcelone, se fit des amis à Lausanne, tout de même que le duc de Ségovie et don Jaime ses frères. Jaime épousa, à l’église d’Ouchy, une belle créole en présence de l’ex-roi Ferdinand de Bulgarie et de l’ex-reine Amélie de Portugal. (Le jeune prince devait périr accidentellement en Amérique.) [Si je pouvais savoir qui est le jeune don Jaime. Qui peut m’en dire plus ?]

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 18:28

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Alors, d’où vient « Couvaloup ?

Jaccard, pourtant circonspect, croit pouvoir, se fondant sur des indices recueillis à Morges puis à Lutry, déclarer le mot issu du latin : « cum vallem » (vallonem) = localité bâtie dans un vallon. Très joli ! Malheureusement pour l’érudit, le voisinage de la Dôle s’adorne d’un pâturage boisé dit (Couvaloup ». il s’agirait d’un lieu écarté dit encore « Queue-de-Loup ». Or, ces fauves ne manquaient ni dans le Jura ni dans les « fossés » naturels de la vieille Cité. C’est pourquoi les amis du romanesque cynégétique donnent poliment tort au docte Jaccard.

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On ne quitte pas le haut quartier, ni la cathédrale, ni le guet, sans saluer l’escalier du Château. Le jour, banale rampe de ciment, il est le soir, parfois, refuge des tragiques grecs ressuscités par le comédien Paul Pasquier. Ni sans se remémorer, grâce à la lecture d’une inscription ad hoc, la présence dans la maison Levade, du « Séminaire français » (1729-1813). Cette école, fondée par Antoine Court et Benjamin Duplan, donna aux réformés de France des centaines de pasteurs, plusieurs de ces prédicateurs mourant pour leur foi.

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Pour dix rues et avenues qui consacrent les noms de passants illustres (Voltaire à la rue Voltaire, Charles Dickens écrivant les premiers chapitres de Dombey et fils dans un verger défunt de l’avenue Dickens, pour un Viret, pour l’économiste Charles Gide, pour la rue Gibbon, pour l’avenue Glayre, pour la place et l’avenue Benjamin-Constant), pas plus de menus problèmes que le long des passages (Rosemont, Grande-Rive, Beaumont et tant d’autres) qui s’appliquent à ranimer la silhouette et les ombrages de petits et grands domaines d’autrefois.

Que de lieux, en revanche, où le curieux trébuche !

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La place de la Riponne tire son nom, par exemple, d’une famille de propriétaires bordiers, les Ripon, déjà en exercice, si l’on nous passe l’expression, lorsque la Louve coulait à ciel ouvert en ces lieux. Des infiltrations transformaient en espace boueux la Palud (du latin : Palus : le marais). La rue du Pont, accessoire indispensable à cette humide époque, donnait asile au Vieux-Mazel (ancienne boucherie) ce qui explique l’existence du passage ou (plus pompeusement) de la rue du Rôtillon, asile de fours et de broches à viande. La Cheneau-de-Bourg, rue de nos jours élégante avec ses maisons reconstruites et ses étalages d’antiquaires, évoquait le ruissellement de la pluie sur le sol très incliné (chéneau ou tuyau de gouttière). La rue Centrale, aujourd’hui prolongée et assainie, fut un court débouché sur la rue du Pré (des praz : prairies fut les bases de la Cité). Notons, sans trop insister, que Rôtillon, Pré, Cheneau-de-Bourg comptèrent longtemps au nombre des rues « chaudes » de notre bonne ville. La Mercerie qui porte un visage moderniste, détint jadis, outre des merciers, bon contingent encore de filles « folles de leurs corps » (euphémisme commode et translucide).

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La rue Chaucrau, encaissée entre de hautes maisons, c’est un « chaud creux » où le vent se fait rare. L’Ale (l’aile) désignait, de par sa tour déjà, un bastion d’angle du Lausanne d’avant les Bernois.

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La place Chauderon ne grave pas dans le marbre le nom d’un citoyen méritant. C’est par extension du terme (petite chaudière) [Mais pourquoi le « e » de Chauderon ?] la désignation d’un lieu creux et écarté au sortir du chemin de terre (des Terreaux), sente longeant les résidences boisées qui occupèrent longtemps la lèvre nord de l’actuelle rue de Genève ; la propriété Agassiz montrant au-dessus du mur bordier les dômes de ses arbres, coupés pour faire place au « complexe » puis à la tour Métropole-Terreaux.

La « Casquette du Diable » de Montriond, photographiée au début du XXe siècle.

La « Casquette du Diable » de Montriond, photographiée au début du XXe siècle.

Les derniers romantiques tenteront de retrouver sur le coteau, à l’ouest de la Borde envahie par les « buildings », les traces de la rue des Glaciers ainsi nommée à cause de l’apparition, par temps clair, au fond de l’horizon, des neiges du Velan ; peut-être du Combin ?

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Montagibert, dans le quartier des hôpitaux, serait selon le Dictionnaire historique le mont Gusberti (la colline de Gobet, parrain du chalet de même consonance). Pour d’autres, il s’agit du mont de Gerbert, appellation connue en 1225 déjà. La rampe du Bugnon s’applique à un chemin montueux. La rue en pente raide de Marterey ferait allusion à l’emplacement d’un gibet, d’un lieu de torture pour suppliciés. Ah le « bon vieux temps », qu’il en pourrait narrer de sombres histoires !

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Terminons cette ébauche toponymique par l’escalier des Petits-Rochers, coupe-gorge maintenant « civilisé » qui relie la Mercerie à la rue Centrale. Ne pas confondre cette façon d’échelle avec le Signal des Grandes-Roches, terrain miraculeusement préservé (jusqu’à quand ?) du voisinage des Casernes de la Pontaise. De ce Signal, l’œil erre à l’aise sur des premiers plans de verdure puis contemple avec ravissement la nappe et les côtes baignées de lumière du Léman.

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Quant à « Montoie » avec ses rangées de tombes, il désignait au voyageur arrivé de l’ouest, le dernier ressaut à escalader (à « monter ») pour parvenir aux premières maisons de Lausanne.

[Commentaire. Depuis que l’on « roule » la ville, on finit par connaitre que les grandes artères que nos autos utilisent. Une fois devenu piéton, on évite les rues inconnues pour ne pas oublier où est garée l’auto et pour ne pas s’égarer, dans les chemins sans issus ou l’on n’a rien à y faire. Bien des noms de rues, de chemins et de ruelles, nous sont pratiquement inconnus en tant qu’automobiliste. Le visiteur, touriste et curieux, à pieds, trouverons bien des curiosités, mais toujours avec de grandes fatigues, à force de monter et descendre au travers de la ville.]

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 17:37

Il n’est pas besoin, en revanche, de rechercher laborieusement l’origine du chemin Eugène-Grasset, lié au souvenir d’un peintre et graveur coté jusqu’en France, du chemin Porchat (dont le parrain posthume fut l’auteur de « Qu’il vive ! », du chemin de Chantemerle ou de celui de Brillantcour  ou bien encore de la sente de Roseneck… lorsqu’il ne s’agit pas de la rampe du Calvaire, néfaste aux asthmatiques. La plupart de ces passages perpétuent la mémoire de propriétés noyées dans les arbres : en d’autres termes d’un idyllique Lausanne cruellement mutilé.

DE QUELQUES RUES ET PLACES

Dans ce champ étymologique très vaste, un choix méticuleux est indispensable, faute de quoi le mémorialiste imprudent serait rapidement submergé. Délaissons donc les avenues, rues ou places visiblement dédiées à la mémoire de célébrités locales ; ou des rares domaines encore présents. Place Saint-François, place Benjamin-Constant, avenue de Beaulieu, avenues de Beaumont, du Belvédère, des Bergières, de la Chablière, de Collonges, Dapples, Druey, de-La-Harpe, de l’Eglise-Anglaise, Aloys-Fauquez, escaliers des Petites et Grandes-Roches ; avenues encore : de la Gare, du Théâtre, d’Ouchy, du Grammont, du Grand-Chêne ; rues Haldimand, Mauborget, Juste-Olivier, Riant-Mont, Eugène-Rambert, Edouard-Rod, Victor-Ruffy ; avenues Tissot, Vinet, Voltaire, Villamont…

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On s’arrête, essoufflé, le soir tombant derrière la fenêtre. Et pourtant, ni vous qui me lisez ni moi ne sommes au bout de nos peines. Beaucoup d’obstacles linguistiques parsèment la route et de sournoises chausse-trapes s’ouvrent sous nos pas.

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À la Cité, déjà, au sud de la forêt de Sauvablin puis aux abords mêmes de cette futaie elle-même, les perplexités s’éveillent en l’esprit inquiet du chercheur. On prête à cette « motte » boisée acquise par la Ville en 1817 une origine païenne : forêt (silva) du dieu Belinus (ou Belin) révéré des Celtes. Le bois appartint plus tard au couvent des Cisterciennes de Bellevaux fondé au XIIIe siècle et supprimé, par Berne, en 1536.

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Situé entre le Bois-Mermet (« petit bois ») et la forêt proprement dite, ce monastère passait pour avoir abrité quelques nuits durant le fiévreux sommeil du « Téméraire » qui campa en ce clos, après sa défaite de Grandson. La rue des Oiseaux, tant et si bien bâtie que la gent ailée l’abandonne, relie la Pontaise (en 1510 : Pontosa ?) à des terrains suburbains de plus en plus populeux. L’une des voies régionales, qui se nommait Aloys Fauquez, dit « Mimi ». Un homme de poids dans toute l’acception du terme. Accordons une pensée au défunt – ou presque – chemin des Cascades-du-Flon ; la voie de Montmeillan, bien en péril aussi (elle tirerait son nom d’un castrum (château médiéval), déroule ses premiers lacets au voisinage de l’ancien « tirage », les fusils d’alors parvenant tout juste à percer les cibles fichées le long des falaises de La Sallaz.

Sur la crête du Signal, aujourd’hui privé de son funiculaire, une plate-forme où se distingue encore l’emplacement du « bûcher des alarmes ». En ce lieu, prête à bouter le feu, veillait une sentinelle municipale. Cette collinette aux mains de particuliers jusqu’en 1817, était en effet prêtée, par eux, à la Ville.

 

Sur l’éminence de la Cité, en véritables compagnies de perdreaux, les rébus se lèvent du pavé sous les pas des géographes et des toponymistes. Certes les origines de la rue de l’Académie, et celles de Cité-Devant et de Cité-Derrière ne recèlent pas de mystères. La rue Charles-Vuillermet rappelle l’œuvre amoureuse d’un imagier du Vieux-Lausanne. Celle qui est dédiée aux Curtat entretient le renom d’un groupe où figurent le doyen Curtat, disparu au cours du XXe siècle, homme de bonne compagnie, qui disait bien le vers et arborait les façons d’un mousquetaire courtois du passéisme. Si la rue Saint-Etienne commémore le souvenir de l’église-couvent chère à l’évêque Marius, quelles pierres d’achoppement sournoises et cachées en Couvaloup et rue de Menthon ! Là, révérence parler, les chats, fourrés ou non, se peignent. En « Menthon », se dressa un château fort tombé sous la pioche. Fondé par une famille française, il tint lieu de résidence aux sénéchaux. Sous la protection de ces murs, le « Téméraire » vint soigner (1476) une damnée grippe contractée au sortir du désastreux combat de Grandson, les reste de son armée se regroupant aux Plaines-du-Loup. Le spectre du duc ne parut pas intimider les chefs d’une école protestante temporairement installée là. Les démolisseurs ayant accompli leur office (XVIIe siècle), le problème de la porte de Couvaloup (ou Coualou) ne se trouve pas résolu pour autant. D’où peut bien être issu le nom de cet embranchement de la rue Saint-Martin, bruyante à souhait de nos jours, aboutissant place du Tunnel ?

La place de la Palud en 1877. Dessin original d’Auguste Piot.

La place de la Palud en 1877. Dessin original d’Auguste Piot.

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 16:54

Il y a trente ans encore (texte fait en 1964), dans le quartier du Maupas (qui signifie : mauvais lieu, mal famé), le chemin des Cèdres s’enfonçait, secret, solitaire, édénique, entre des jardins. Il desservait la « Faculté de théologie de l’Eglise libre » dont le jardin était ombragé de cèdres majestueux. Les arbres libanais ont disparu et le « parc » de la « Môme », surnom familier de l’institution (construite en 1864 par l’architecte Jules Verrey), se trouve réduit à une mince bande de terre. La « Môme » - avec sa bibliothèque riche de 70,000 volumes – n’est ainsi qu’un numéro d’une rue animée. Un gros immeuble a pris la place du home pour filles perdues, les Clochettes. Le Cèdre-Vinet, dans la partie supérieure du chemin, entasse ses bâtisses. Et la « Maison suisse en Afrique du Sud » dont le secrétariat domine une route à autos, doit rêver des solitudes du Transvaal ou du Mozambique. Eteinte la poésie « Vieux-Lausanne » des Cèdres avec leurs dômes de feuillage et leur petit chemin que la moindre averse détrempait.

 

Il faut, sacrifiant beaucoup d’autres exemples de passages à transformation, consacrer quelques mots à la Vallombreuse, étirée entre les Bergières et la route du Mont. On lit, au sujet de cette (naguère) idyllique route, dans le Cahier rouge de Benjamin Constant : « Je suis né le 25 octobre 1767 à Lausanne, en Suisse, d’Henriette de Chandieu, d’une ancienne famille française réfugiée dans le pays de Vaud pour cause de religion, et de Juste Constant de Rebecque, colonel dans un régiment suisse au service de Hollande. Ma mère mourut en couches huit jours après ma naissance. »

Cette naissance eut lieu non à la « Vallombreuse » ainsi que certains l’ont osé prétendre, mais dans le petit hôtel particulier du « Chêne » habité par Voltaire pendant les hivers 1757-1759, démoli en 1911 et qui était la propriété de M. de Montrond, arrière-grand-père maternel de Benjamin. Mais la confusion peut, à la rigueur, s’expliquer si l’on songe que le colonel Constant de Rebecque possédait plusieurs maisons de campagne aux environs de Lausanne et qu’il s’en revenait les habiter toutes les fois que cela était conciliable avec l’exercice de son commandement. Il logea de la sorte au « Sable » (ou Chable), propriété Chandieu sise près de Rolle, à la « Maladière » ou « Bois-de-Vaud », enfin au chemin de la « Vallombreuse » aux confins Lausanne-Prilly où il ne détint pas moins de quatre demeures : « Bois-Soleil », la « Chablière », le « Désert » et surtout la maison qui donne son nom à ce chemin bordé de beaux arbres : cette « Vallombreuse » avec sa femme et son jardin orné d’un sapin fantaisiste dont la cime bifide imita les courbes d’une lyre. À la « Chablière » se rattachent les mémoires de Louis-Eugène, duc de Wurtemberg, du littérateur Samuel de Constant, d’un diplomate anglais sir Stratford Canning, du général Henri Guiguer de Prangins, du peintre Gaulis, ami des paysages de Vidy et des teintes d’automne. [photos : Lord Stratford de Redcliffe en 1814, âgé de 29 ans. Charles-Jules Guiguer de Prangins. Peinture de F. Elgger, lithographie de Louis Wegner (1842)] Morcelé, le parc a été cédé en partie à l’institution de Béthanie qui y a construit, en pleine verdure, un home pour personnes âgées. Le « Désert » conserve le souvenir du philanthrope Théodore Rivier-Vieusseux, préfet de Lausanne de 1834 à 1837. L’ombre de Benjamin, qui sait, hante encore cette voie. Bien que son père l’ait appelé, jeune encore, auprès de lui aux Pays-Bas et à Bruxelles et qu’il ait lui-même possédé rue Saint-Pierre une élégante demeure démolie en 1908 après avoir servi… de siège à la Banque Cantonale.

Longtemps – l’an 1952 commença de marquer l’ « urbanisation » à outrance de ce chemin de campagne – la Vallombreuse offrait un asile sûr (et même le dimanche) aux familles flâneuses. Mais la commune de Prilly « donna le feu vert » aux bâtisseurs du majestueux, de l’immense groupe immobilier de « Mont-Goulin », vraie cité dans la ville, vaste dispositif architectural visible bien loin à la ronde, qui s’élève au sud de la partie occidentale du chemin. Ne voulant pas demeurer en reste et soucieuse de ménager, sous l’angle de l’urbanisme, l’avenir des liaisons entre communes, les autorités lausannoises prolongèrent, en l’amplifiant, l’avenue de France dont le « goulet », à forte densité automobile, se déverse en pleine Vallombreuse. Finie la paix des familles et des petits enfants. C’est tout juste si les piétons, en se collant aux jardinets bordiers, évitent d’être « cueillis » par les conducteurs pressés (et, par définition, ils le sont tous).

Sans prétendre dresser l’inventaire des « chemins » de Lausanne, il est juste de mentionner, dans le quartier de Montoie, le chemin du Couchant, rivière asphaltée entre deux rives de brique et de ciment ; puis, remontant vers le nord, aux abords de l’infortuné bois de Sauvabelin entaillé par l’ « autoroute », la « Chocolatière » encore parfumée – du moins n’est-il pas interdit de l’imaginer – des effluves du cacao cher au citoyen-manufacturier Ribet. Les produits de ce digne gastronome se montraient plus digestifs, assurément, que les romans surabondants de Mme de Montolieu, marraine d’un passage tout voisin. Assoiffée de gloire, cette dame n’a pas renoncé, assure-t-on, à revivre en Vennes sous les espèces intermittentes d’un spectre errant, la plume d’oie à la main. Le chemin de Boissonnet attire l’attention sur l’Asile Boisonnet fondé, il y a un siècle, par la mère d’un jeune ingénieur emporté sous l’avalanche sur les pentes du Haut-de-Cry valaisan.

Ribet chocolat

Ribet chocolat

De Lousonna à Lausanne [10]
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