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27 novembre 2017 1 27 /11 /novembre /2017 17:17

Nuit 16 – 17 janvier 1819

L’Empereur est pris de vertiges et s’évanouit. Le Dr O’Meara a quitté l’île sur l’ordre du gouverneur qui fait appel au chirurgien de l’HMS Conqueror, navire amiral, le Dr John Stokoe. Diagnostic : hépatite ! On craint une attaque. Sir Hudson Lowe, qui maintient que les conditions de vie sur l’île sont saines, renvoie le Dr Stokoe.

Mars 1819

Arrivée du Dr Antommarchi, peu compétent, mais Corse. Il confirme le diagnostic d’hépatite.

Dr Antommarchi

Dr Antommarchi

Sainte-Hélène, 1819

J’ai eu l’honneur de prendre une part active à l’évasion de l’Empereur d’Elbe et, ici, j’ai longtemps nourri quelque espoir. Mais je vois bien que l’Empereur n’y croit plus. C’est Cockburn qui a dit : « Le diable lui-même n’en sortirait pas. »

Le plateau de Longwood que nous habitons semble découpé dans le granit de l’île, entouré de trois côtés par la mer et des rochers à pic. Le 53e régiment et une compagnie du 66e campent à une portée de fusil de notre maison, et l’enceinte entière est gardée par de petits détachements. Au soleil couchant, on a l’impression que le cordon de sentinelles se touche.

J’ai entendu parler de quelques projets : celui de Maceroni qui aurait réussi à amener au large un bateau à vapeur et celui de Latapie, l’inventeur d’un sous-marin…

Malgré tout, Lowe n’est jamais rassuré, il ajoute sans cesse de nouveaux postes et de nouvelles batteries. Il a chargé le capitaine Nicholls, l’officier de service, de pénétrer de vive force dans la chambre de Napoléon si celui-ci n’a pas paru à dix heures du matin !

Amiral George Cockburn

Amiral George Cockburn

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 16:42

Août 1818

Pierron a préparé en secret un gâteau en sucre filé qui représentait l’Arc de Triomphe. C’est une surprise pour les 49 ans de l’Empereur. Les Chinois qui travaillent ici préparent aussi une surprise : ils ont sculpté les pièces d’un jeu d’échecs en ébène en leur donnant la silhouette de l’Empereur.

Mme de Montholon se plaint, elle s’est fait délivrer un certificat médical et veut repartir pour l’Europe.

Nota : Un petit mot sur le nombre total de personnes qui entourent Napoléon à Sainte-Hélène, ils sont environ une quarantaine.

Sainte-Hélène, août 1818

L’Empereur parle beaucoup de l’Amérique et des Iles ! « Sans les Anglais et ce Toussaint-Louverture, j’aurais pu faire de grandes choses à St-Domingue !... »

Sais-tu qu’il avait l’audace de m’appeler mon cousin ! J’ai fait enfermer ce cousin noir au Fort de Joux, près des frontières suisses. Nota bene – jusqu’à sa mort dans une cellule, seul et miséreux. Le pauvre !

Et puis, en Louisiane, il y avait Laffitte ! Laffitte avec ses corsaires qui faisait la loi à l’embouchure du Mississipi.

Qui sait si, en ce moment même, l’un de ces navires ne croise pas, narguant la flotte anglaise au large de cette île maudite ?... En trois mois, de Nouvelle-Orléans, j’aurais fait Napoléonville ! Je n’aurais jamais dû accepter les quinze millions de dollars de Thomas Jefferson mais, en 1803, je ne pensais qu’à l’Europe et pourtant, il y avait autant d’espace et peut-être plus d’avenir dans les plaines immenses entre Mississipi et Montagnes Rocheuses, la Louisiane… (Napoleonville en Louisiane)

Vue de la Vallée du Rhône depuis Sion.

Vue de la Vallée du Rhône depuis Sion.

…Sais-tu, Noverraz, si j’avais choisi de me retirer dans les montagnes du Valais, j’aurais défié l’Europe. Le Gothard est la plus formidable des forteresses. Aux Alliés, j’aurais barré la route de Saint-Maurice et du Simplon, seulement, à Sion, on ne m’aimait guère.

Nota bene – Il semble que Napoléon se répète ou que Noverraz réécrit les mêmes histoires courtes qu’il entendait. C’est plus probable que Napoléon, ayant beaucoup de rancœurs, raconte à Noverraz, chaque fois qu’il le voit, des récits touchants de près ou de loin au pays d’origine du Vaudois.

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 17:08

Sainte-Hélène, juillet 1818

Des rats, nous en avions quelques-uns à Granges sur Riex, mais jamais des aussi gros, et d’aussi nombreux ! Les dames et les enfants en ont fort peur. Mme de Montholon a demandé à son époux pourquoi il ne les tirait pas avec son fusil de chasse.

Un jardinier chinois emploie une bien curieuse méthode pour tenter de s’en débarrasser : il a confectionné des sortes de petits entonnoirs, ou plutôt de petits capuchons, avec du parchemin. Au fond, il a mis de la farine mêlée à du beurre et tout l’intérieur de ce capuchon est badigeonné de glu. Ça a l’air de bien marcher, parce que j’ai vu des rats qui ne parvenaient pas à se débarrasser de cette coiffe, ils tournaient en rond, et les jardiniers chinois les assommaient à coups de bambou puis ils les font rôtir et s’en régalent !

Riex

Riex

Les cuisiniers se plaignent que ces sales bêtes dévorent les provisions, et, dans ma chambre, quand je suis en train d’écrire, il y en a un, énorme, qui me regarde du haut d’une poutre. C’est peut-être lui qui a rongé mes papiers ; maintenant, je me méfie et je mets tout dans une boîte de fer blanc.

Le docteur corse nous a expliqué qu’à Ajaccio, on employait de l’assa foetida (L'ase fétide (Ferula assa-foetida)) et que, s’il pouvait trouver de l’huile Rhodium, il se chargerait d’attraper tous les rats de Longwood parce que cette huile a la vertu extraordinaire d’attirer les rats. Le docteur m’a permis de copier ce secret dans un livre qui s’appelle « L’Albert Modèle », peut-être qu’il nous sera utile quand je serai de retour à Lavaux.

Un jardinier chinois a rapporté un rat énorme. Aly l’a mesuré : plus de 20 centimètres sans la queue, et il pesait pas loin d’un demi-kilo. Le Grand Maréchal a donné l’ordre qu’on fasse porter cet animal monstrueux au gouverneur pour que l’on prenne enfin des mesures, et, trois jours plus tard, un médecin britannique est venu à Longwood expliquer qu’il ne s’agissait pas d’un « Apodémus sylvaticus », mais d’une nouvelle sorte de rat gris, le « rattus norvegicus » qui était apparu en Angleterre il y a une cinquantaine d’années et qui avait dû voyager à bord d’un navire de la Compagnie. Ce rat gris chasse le rat noir et le tue sur son domaine.

Il aime s’installer le plus près de l’homme ; on le reconnaît parce que sa queue est moins longue que son corps. Le médecin nous a encore dit de faire très attention parce que le rat gris, quand il est blessé ou acculé, ne craint pas l’homme et qu’il lui saute à la figure. (On parla des rats de Sainte-Hélène dans toute l’Europe.)

Pièce satyrique [estampe] Fête de Napoléon célébrée par les rats à Sainte Hélène

Pièce satyrique [estampe] Fête de Napoléon célébrée par les rats à Sainte Hélène

A suivre

 

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 17:24

Sainte-Hélène, juillet 1818

Une belle ville, mais chère (déjà !), nous a raconté l’Empereur en parlant de Genève où il était arrivé le 9 mai à trois heures du matin. Pour éviter les honneurs et les arcs de triomphe, il avait exprès soupé et couché à Nyon et il est arrivé de nuit à Genève, par Cornavin. A six heures du matin, les autorités étaient au courant et faisaient tonner les canons.

J’ai assisté au départ des navires chargés de munitions, d’un million de rations de biscuits, de 100'000 boisseaux d’avoine, de 125'000 pintes d’eau-de-vie ! Genève, a dit l’Empereur, m’a semblé compter autant de savants que de jolies femmes. Nota : 125’000 pintes = 71’032 litres, 100'000 boisseaux = 3636.800 m3.

Malheureusement, Horace Bénédict de Saussure était mort quelques mois auparavant. Il logeait à la maison de Saussure à la rue des Granges. Chez le préfet du département du Léman, Eymard, on lui présenta magistrats et savants. MM Maurice, le recteur d’Académie Boissier, Achard, Trembley, Pictet.

Genève 1841

Genève 1841

Il se souvient aussi d’un savant qui lui avait indiqué le moyen de se faire à soi-même un cadran naturel pour savoir quelle heure il est sans avoir de montre, avec simplement la main gauche tendue bien horizontalement au soleil.

Il se souvient encore du syndic Gervais prétendant que les Genevois regrettaient leur indépendance. Le Premier Consul lui rétorqua que les Genevois eux-mêmes se disputaient sur le statut politique du pays avant leur réunion à la France. Il expliqua aux magistrats que le commerce de leur ville allait grandement bénéficier de ce qu’il allait rouvrir et améliorer les grands passages des Alpes. Il tenta de convaincre les autorités que Genève avait tout avantage à partager le sort d’une grande république. Il se souvient encore de son entretien avec Necker, le ministre des finances de Louis XVI.

Il garde une grande estime pour le savoir des Suisses en matière de finance, rappelant le rôle de Biedermann, le banquier zurichois dans les fournitures d’armée et celui de Rodolphe-Emmanuel de Haller, le banquier bernois pour qui il avait une estime particulière. Il se souvient d’avoir parlé mathématiques et chimie avec des savants, mais se rappelle en même temps des choses plus terre à terre : il évaluait à 10'000 paires de souliers l’usure provoquée par le passage des cols, il répète que Genève était chère parce que Berthier qui louait un logement à la maison Picot près du Temple Neuf, payait vingt louis par mois et qu’à Genève, on payait 5.15 fr. la paire de souliers !

Il se souvient encore d’avoir vu des bijoux et de bien belles montres qui auraient fait des cadeaux pour une femme aimée, mais qu’il était plus économique de calculer l’heure avec son bras tendu.

Montres chinoises Patek Philippe, vers 1820-1825

Montres chinoises Patek Philippe, vers 1820-1825

A suivre

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23 novembre 2017 4 23 /11 /novembre /2017 17:41

Sainte-Hélène, avril 1818

Petit drame domestique : le dîner de l’Empereur a été servi froid, Sa Majesté a refusé d’y toucher et s’est retirée dans son appartement sans regarder Cipriani, le maître d’hôtel.

L’Officier de Bouche s’est justifié. Les fourneaux sont en très mauvais état et la réserve de bois est si humide, les rats grignotent tout. Il pleut depuis deux jours, et toutes les cuisines sentent le moisi.

Ceci se passait peu après midi et un peu après une heure, on vit arriver deux soldats anglais, apportant dans des plats de métal, des mets recouverts de serviettes chaudes.

Un sergent britannique salua et tendit un menu joliment écrit :

« With Sir Lowe’s compliments ».

Chicken soup

Fresh duck liver « pâté » with fresh vegetables

Roast lamb on bed of water cress

«Avec les compliments de Sir Lowes».
Soupe au poulet
Pâté de foie de canard frais aux légumes frais
Agneau rôti sur lit de cresson

Ce cérémonial nous surprit à peine ; nous savions tous que Hudson Lowe avait des espions partout. J’allais frapper à la porte de l’Empereur pour lui proposer de venir à table, mais il s’écria : « Renvoyez tout ! »

Cependant, tous les mets avaient été déposés dans l’antichambre, Mme de Montholon avait soulevé les serviettes et grignotait :

« Il faudra bien renvoyer à regret toute cette cuisine anglaise, mais je ne vois pas pourquoi nous ne gardions pas ce « pâté », puisque nos hôtes anglais n’ont pas été fichus de traduire ce mot bien à nous.

Le système d’espionnage de Lowe devait bien fonctionner pour qu’il soit aussitôt au courant des problèmes d’intendances.

Une info du jour parue dans le journal.

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

A suivre

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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 16:51

Sainte-Hélène, février 1818

Il croit encore qu’il est à la veille de reprendre le pouvoir. Il m’a dit : « En moins de six ans, si je reviens sur le trône de France, j’aurais remis le pays sur le même pied qu’autrefois. » Il maudit Haim Farhi, le gouverneur, et Sydney Smith, cet officier anglais qui, avec Philippeaux, défendait Saint-Jean-D’acre.

« Mon Destin m’a boudé ce jour-là : la route de l’Asie m’eût été ouverte, et c’est en Orient que j’aurais fondé un immense empire. Heim Farhi m’a barré la route ! »

Nota bene – Il s’agit là de la première déconvenue de Bonaparte, défaite cuisante qui contrecarre ses projets ! 

Portrait of Jazzar Pasha, 1775

Portrait of Jazzar Pasha, 1775

Sir William Sidney Smith

Sir William Sidney Smith

Une autre fois, poursuivit le général, l’Empereur m’a confié que sa grande erreur avait été de se livrer aux Anglais.

« Les Autrichiens et les Russes auraient été trop heureux de me recevoir et m’auraient donné des provinces à gouverner. »

Après une scène violente avec M. de Montholon pour un détail d’étiquette, parce qu’on avait oublié de lui rendre l’un de ces honneurs qu’il estimait dus à Sa Majesté Impériale, l’Empereur a prononcé des injures et des mots grossiers, puis il se retourna vers moi et me dit :

« Je n’aurais dû amener avec moi que des domestiques. »

Et devant moi, l’Empereur a encore ajouté :

« En trompant la flotte anglaise, j’aurais pu commencer à me forger un petit état dans une des îles…

Que n’aurais-je pas fait de Saint-Domingue sans Toussaint-Louverture… !

Aux portes de la Louisiane, il y avait Laffitte, Laffitte et ses vaisseaux, Laffitte avec ses corsaires… Je regrette l’argent que j’ai reçu de Benjamin Franklin.

Vois-tu, Noverraz, si je m’étais retiré avec ma Garde dans les montagnes du Valais, j’aurais défié l’Europe. Le Gothard est la plus formidable des forteresses, j’aurais barré la route des Alliés à Saint-Maurice et au Simplon, seulement, voilà, tous tes compatriotes ne m’aimaient pas, et les Valaisans, comme les Américains, sont bons tireurs.

Peut-être aurais-je dû choisir la Louisiane ; avec un seul bataillon de mes grognards, personnes n’aurait pu m’en déloger… Et personne n’aurait pu m’empêcher de remonter le cours du Mississipi vers le Québec où je compte beaucoup d’amis, avec l’appui des bataillons du général Jackson, ce Québec opprimé par l’Angleterre. Nous aurions bouté l’Angleterre hors du Continent qu’ils traitaient en colonie !... »

Avec des « si » on mettrait Paris en bouteille.

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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 18:06

Sainte-Hélène, janvier 1818

« Vois-tu, Noverraz, j’ai songé à faire de Lausanne une capitale. C’était en 1798, mon idée était de détacher les territoires du Sud de la Suisse : le Pays de Vaud et Genève, le Valais et le Tessin, nous en aurions fait des républiques indépendantes, et c’est Lausanne qui serait devenue la capitale de la République de Rhodanie ; nous aurions fait d’Aarau la capitale de l’Helvétie ; le Directoire avait chargé le général Brune, commandant des troupes françaises en Suisse, de préparer ce grand projet. La Harpe m’aurait compris, mais finalement, c’est Guillaume Tell qui l’a emporté.

Il n’y a pas de honte à avoir été vaincu par Guillaume Tell. Je ne pardonne pas aux Suisses d’avoir tenu trop de propos hostiles, reprochant à l’Empire de recruter leurs hommes, lui reprochant des droits de douane et les marchandises confisquées. On en a brûlé à Soleure et à Zurich : pour l’exemple, il fallait bien que je mette l’Angleterre au pas, mais cela, les Suisses ne l’ont jamais compris, ils ont accepté de l’argent anglais pour lever les régiments de Bachman, de Solis et Roverea, et même de financer la flotte de Williams sur le lac de Zurich ! »

Sainte-Hélène, février 1818

« Je pouvais compter sur les Lémanois, mais les Valaisans me faisaient souci. Je me méfiais de cette aristocratie aux noms rocailleux. »

Pourtant, il était impératif, m’a-t-il dit, de contrôler la vallée du Rhône, la grande voie de communication avec la République Cisalpine que j’ai créée en 1797. En nommant Mangourit, le Jacobin, comme résident à Saint-Maurice, je le chargeai de porter la Révolution dans ce pays divisé. Quand il a dressé l’Arbre de la Liberté à Saint-Maurice, j’hésitais encore à faire du Valais une république indépendante ou à l’intégrer à une république du Rhône ; le Directoire penchait pour le faire adjoindre à la République Helvétique.

J’aurais, moi, annexé le Valais à la France : faisant partie du département du Mont-Blanc, les Valaisans devenaient français, et je contrôlais ainsi toutes les voies, du Mont-Blanc jusqu’au Simplon. Talleyrand devait manœuvrer dans ce sens, et je n’ai pas compris que les Valaisans ne voient pas l’honneur qui leur était fait en devenant citoyens français. J’ai reçu à la Malmaison des dizaines d’adresses de presque toutes les communes, mais la seule que j’ai retenue c’est celle de Saint-Maurice qui priait la Grande Nation Française de ne pas les séparer des descendants de Guillaume Tell. J’ai écarté ces adresses : on ne peut rien faire de Grand ne de Beau si l’on agrée aux vœux d’une fraction du peuple.

Plus tard, j’aurais voulu que mes jeunes officiers trouvent épouse en Valais et j’ai chargé Savary de me présenter des rapports.

Chef de la Police, Savary

Chef de la Police, Savary

Napoléon avait une très bonne mémoire, ce qui est parfois surprenant de se remémorer de petites choses, qui ne participaient de la grandeur de l’Empire ou des préoccupations d’un grand homme !

Regardez, ci-dessous, l’extrait du rapport présenté à Napoléon.

Grâce à J.-M. Biner des Archives valaisannes, nous avons retrouvé l’étonnant rapport relevé par André Donnet que le préfet du Valais adressa, en 1811, sur la demande de l’Empereur au Ministre de la Police. Les jeunes filles valaisannes des meilleures familles sont fichées : âge… (bien certain ! souligne la Police) fortune, dot et espérances, enfin : « une colonne d’observations sera réservée pour indiquer les agréments physiques ou les difformités, les talents, la conduite et les principes religieux de ces jeunes demoiselles… »

Pour des raisons évidentes, nous ne livrerons ici que les initiales.

Madeleine de C. : dot 150'000… ! Figure commune, taille petite, élevée comme une servante. Son père n’a pas même voulu qu’elle apprît à lire ni même à écrire par suite de son avarice et de ses opinions « illibérales ». Elle paraît destinée au fils du maire de la ville. (Illibéral = Qui n’est pas libéral, qui ne donne pas, avare, radin, mesquin.)

Elisabeth de L. : 18 ans. Dot 35'000. Physique agréable, belle taille, éducation peu soignée jusqu’à présent, mais elle vient d’être envoyée dans un couvent.

Christine de R. : 19 ans. Dot 30'000. Taille médiocre, joli physique, mais éducation excessivement négligée.

Catherine de T. : 16 ans. 15'000 francs de dot. Joli physique, belle taille, son éducation n’est pas achevée.

Marguerite de T. : moins bien que sa sœur.

Marie de K. : 24 ans. Dot 20'000. Belle taille, figure agréable, éducation bonne, caractère fort doux.

Victoire de P. : 20 ans. Dot 50'000. Figure agréable, belle taille, mais point de tournure. Caractère doux, sans aucune éducation.

Catherine de W. : 13 ans, et sa sœur Marguerite, 15 ans. Ces deux jeunes personnes peuvent être immensément riches ou n’avoir qu’une fortune extrêmement modique à cause d’un héritage du baron de Badenthal, mort à Vienne… Jolie figures, grandes tailles, éducation entièrement négligée. (Le père a plusieurs enfants mâles, bâtards issus de servantes et qu’il pourrait fort bien reconnaître un jour et préférer à ses enfants légitimes !)

Nous ne pensons pas que les jeunes officiers français s’intéresseront beaucoup à Sophie et à Louise P. de Saint-Maurice, qui seront très joliment dotées, 70'000 francs ! mais… la première est « laide, sourde, du goitre et une éducation assez négligée ». Quant à sa sœur Louise, je crains bien qu’elle aussi coiffe Sainte-Catherine : figure passable, sourde, caractère froid et sauvage.

Pour la bonne bouche, si j’ose dire, les jeunes officiers français auront plaisir à savoir que Marie-Josèphe de Sépibus, âgée de 19 ans, bien que sa dot ne soit que de 5'000 francs, est ainsi décrite : très jolie, bien faite, caractère altier et sauvage, passe pour une des plus belles personnes du pays.

Enfin, on se battra probablement pour les beaux yeux de Mélanie de Courten, ses 20 ans et ses 22'000 francs de dot… : Jolie tournure, figure très distinguée, éducation parfaite, de l’esprit, de la mesure… c’est la seule jeune personne vraiment bien élevée du pays !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Elles se devaient être bien habillées, costume du dimanche, bien coiffées, etc. Le bal champêtre est le moment de s’exposer aux regards des prétendants. Ici, pour illustration, Choral de Savièse, tableau de Ernest Biéler. 

A suivre

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20 novembre 2017 1 20 /11 /novembre /2017 17:08

Sainte-Hélène, décembre 1817

Je suis obligé d’écouter, mais pas de répondre, ni de m’indigner. Certains, ici, disent savoir que l’Empereur fut l’amant de sa sœur Pauline qui entretenait pour l’Impératrice haine et jalousie. La princesse Borghèse, affirment-ils, était la seule à obtenir tout ce qu’elle voulait de son frère. Ils parlaient aussi d’inceste et des relations coupables entre l’Empereur et la fille de l’Impératrice. J’ai répondu qu’Hortense avait un dévouement sans bornes pour sa mère et que ses heures d’intimité avec l’Empereur étaient surtout pour lui parler d’elle.

J’ai ajouté qu’Hortense était une Beauharnais, qu’elle n’avait pas une goutte de sang napoléonien. Ils attaquaient aussi toute la famille impériale, n’épargnant que Lucien : les mœurs soi-disant dissolues de Caroline, la frigidité d’Elisa, les maladies honteuses de Louis. Ils avaient, disaient-ils, des preuves des amours dissolues de Paolina.

Sainte-Hélène, décembre 1817

Le Dr O’Meara a diagnostiqué une hépatite. Il a critiqué les conditions de vie dans l’île et le gouverneur veut se débarrasser de cet Irlandais importun.

Docteur Barry O'Meara

Docteur Barry O'Meara

Sainte-Hélène, janvier 1818

L’Empereur m’a dit aujourd’hui des mots qui m’ont beaucoup touché, qu’il ne pourrait plus vivre si on nous arrachait à lui, il m’a aussi demandé de contredire M. de Montholon, parce qu’il sait que j’ai une excellente mémoire, et quand il y avait dispute avec les grands personnages de Longwood, il m’appelait et me disait de raconter exactement les faits. Il m’a presque toujours donné raison, parce qu’il savait mon amour de la vérité et il me respectait parce que, contrairement aux autres, je lui ai cent fois soutenu mordicus des choses qu’il niait. Pendant quelques heures, il ne me parlait pas, mais ensuite, loin de s’en offenser, il me faisait comprendre qu’il approuvait mon indépendance.

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 17:15

Sainte-Hélène, décembre 1817

L’Empereur est de plus en plus déprimé : la surveillance des sentinelles, l’exiguïté de la demeure, le manque d’action pèsent sur ce « monstre de travail », comme le qualifiait Meneval. Il s’étend de plus en plus sur son lit de camp. L’homme qui eut entre ses mains tous les pouvoirs, gouvernant une Europe qu’il a conquise, donnant à la France un code et un édifice social, en est réduit à une méditation solitaire. Son visage est tiré, son teint jaunâtre.

Je vais faire venir une autre bibliothèque : je dois relire César, Tite-Live et Salluste. Il me faut Racine, Corneille, Voltaire et Pascal. Sais-tu que quand j’étais en garnison à Valence, ma solde n’était que de 93 livres et 4 deniers par mois, et je me privais de vin pour acheter des livres à la librairie MARC AUREL. A l’école de Brienne, j’ai pu acheter des ouvrages de mathématiques et d’histoire… J’aurais voulu de Hambourg à Gibraltar, créer une Europe ordonnée et paisible… Et vous me voyez aujourd’hui condamné à regarder l’océan et les nuages… J’aurais voulu qu’on parle de moi comme « Le Général de la Paix… ! » Comme il a dû apprécier le geste des Lyonnais !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Sainte-Hélène, décembre 1817

Le vent, l’humidité, les nuages pèsent sur Longwood. On s’ennuie sur ces quelques arpents de terre, sous la surveillance tatillonne des sbires de Hudson Lowe. En ai-je entendu de petites méchancetés, des tiraillements ; on se dispute pour des questions de bienséance ou pour un rôti trop cuit. Pour tenter de ramener un minimum d’harmonie, l’Empereur use d’un moyen infaillible : parler argent ! La perspective d’un testament généreux fait taire les querelles. Cependant, le sujet qui revient le plus fréquemment, c’est la bataille de Waterloo : jusqu’à la fin, Napoléon a refait cette bataille.

« Mes plans étaient bons, je l’avais gagnée ! Il fallait couper Blücher de Wellington pour les anéantir…. Mon plan était parfait !...

Duc de Wellington

Duc de Wellington

Waterloo voit son triomphe, le duc de Wellington devient inséparable de Napoléon, sa fascination pour l'Empereur est immense.

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Commandé par Napoléon, Antonio Canova se lança le défi romain d'une statue héroïque extrait d'un seul morceau de marbre en taille directe: Napoléon en Mars Pacificateur de 3,45 m de haut,  bloc de carrare monolithe  à l'exception du bras gauche qui est rapporté le vêtement cachant la liaison.

La statue fut achetée par le gouvernement Anglais en 1816  et le Prince Régent, le futur George IV, l'offrit au duc de Wellington pour services rendus.

A suivre

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18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 15:45

Sainte-Hélène, octobre 1817

« Sais-tu, Noverraz, que j’ai longtemps hésité entre le Simplon et le Grand-Saint-Bernard ? Quand j’ai pris le pouvoir par le coup d’Etat du 18 brumaire, nos armées étaient en retraite, et les troupes de la deuxième coalition risquaient de balayer la République. Masséna, assiégé dans Gênes par le baron de Mélas, appelait au secours ; toutes mes conquêtes italiennes menaçaient de s’effondrer. Il fallait créer la surprise. J’ai songé à traverser la Suisse et pénétrer par Schaffhouse, en Allemagne, mais Moreau m’a fait craindre le soulèvement exaspéré des cantons dont l’Histoire a célébré l’héroïsme !

Sais-tu ce qu’on disait à Londres de ma fameuse Armée de Réserve ? On la représentait caricaturée sous les traits d’un invalide donnant la main à un enfant ! Pendant ce temps, à Paris, j’apprends par mes espions que Mélas dégarnit la ligne du Pô pour réduire Gênes. Le 24 avril, j’hésitais encore, mon Etoile m’a conseillé pendant la nuit : réunir toute l’armée à Genève, faire transporter par le lac à Villeneuve, le biscuit, le blé et 125.000 pintes d’eau de vie ! Marescot m’avait prévenu : surtout pas d’eau de neige qui apporte le goitre !

Même Wartin qui fut le premier arrivé avec sa division à Martigny, le 12 mai, ne savait pas quel col il aurait à franchir : Furka-Gothard, Simplon ou Grand-Saint-Bernard ?

Sais-tu Noverraz, quel fut mon meilleur allié en Valais ?... Le beau temps ! Du 10 au 23 mai, le ciel est resté bleu, mais je n’avais guère loisir de le contempler.

A l’Abbaye de Saint-Maurice, comme à la Prévôté du Grand-Saint-Bernard à Martigny, je n’ai fait que travailler et j’avais un rhume. J’ai salué Monseigneur Louis-Antoine Luder et Exquis, l’abbé d’Agaune. Oui, j’ai beaucoup dicté, Bourrienne en sait quelque chose. J’ai fait don de la berline qui m’avait amené de Paris à Martigny, au Prévôt du Saint-Bernard, car à la rigueur, j’aurais peut-être pu monter en voiture jusqu’à Bourg-Saint-Pierre, mais plus haut… ! Je garde le souvenir des abîmes au-dessous du Pont Saint-Charles…

A toi je puis bien le dire, j’avais préféré un brave mulet valaisan, mais les peintres et les historiens ont choisi de me jucher sur un cheval fougueux. Ces mêmes historiens ont raconté que mon guide, Pierre-Nicolas Dorsaz, de Bourg-Saint-Pierre, m’avait sauvé la vie et que je lui avais fait cadeau d’une maison pour qu’il puisse se marier… il est toujours bon de s’entourer de légendes !

…Sais-tu, Noverraz, que depuis ma jeunesse, j’ai toujours gardé un bon souvenir de la neige ! »

Napoléon Hospice du Grand-Saint-Bernard

Napoléon Hospice du Grand-Saint-Bernard

Pour la propagande !

Pour la propagande !

L’Empereur ne veut voir personne. Il n’a fait qu’une exception pour le capitaine anglais Basil Hall, parce que son père avait été son camarade à l’Ecole de Brienne. Le capitaine Hall a beaucoup parlé de la Chine qu’il a longtemps habitée, et ses récits ont beaucoup intéressé l’Empereur.

A suivre

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