Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Rechercher Un Mot

Articles Récents

Liens

27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 18:13

 

 

Le commerce de l’argent et Assurances

 


   Les renseignements que nous donnent les annonces de la Feuille d’Avis sur le commerce de l’argent ne suffisent pas à une présentation cohérente de la banque et des assurances. Nous parlerions pas s’il existait à leur sujet autre chose que des aperçus fort incomplets, et parfois erronés.

 

   Prêteurs et emprunteurs recourent aux petites annonces. Les ventes de fonds et les placements hypothécaires représentent trois pour cent de toute la publicité.

 

   Le 26 janvier 1830 par exemple, on offre de prêter quelque mille francs sur bonnes hypothèques en premier rang. – Deux frères cherchent à emprunter dix-sept mille francs garantis par des fonds taxés vingt-six mille deux cent francs. – Un autre emprunteur cherche seize à dix-sept mille francs. – Une quatrième annonce demande des sommes de deux cents et cent francs « sous bonnes cautions ». Les banques existantes s’occupent essentiellement de la gérance des fortunes, principalement immobilières.

 

   Quant à la Caisse d’épargne fondée à Lausanne en 1817, après celles de Vevey et du Chenit, elle est une entreprise philanthropique. Ses fondateurs l’ont dotée d’un capital de roulement à fond perdus ; ils l’administrent gratuitement. La Caisse doit permettre aux petites gens de s’assurer des ressources pour leur vieillesse. Elle reçoit des épargnes de 1 fr. à 200 fr. portant intérêts pour les sommes au-dessus de vingt francs. « Elle fournit des reconnoissances pour des termes éloignés, où tous intérêts se trouvent compris d’avance, ce qui peut faciliter les dons que des personnes aisées voudroient faire pour des apprentissages à payer, ou telle autre dépense indispensable à l’âge de 15 à 20 ans ».

 

   En 1820, le troisième bilan indique un actif de 43 664 fr. et un passif de 42 983 fr., dû à 247 prêteurs recevant un intérêt et à 8 qui n’en touchent aucun. Les dépenses administratives s’élèvent à 79 fr. 75. L’année suivante, l’actif se monte à 64 956 fr., le bénéfice atteint 650 fr., non compris une réserve de 134 fr. Les progrès sont si rapides, qu’en 1830 la société éprouve quelque difficulté à placer ses fonds. Elle limite les dépôts à cent francs par personne et par an.

 

   Beaucoup plus tôt qu’on ne le pense généralement, des assurances sont offertes ; en 1826 déjà, la Société royale d’assurances contre l’incendie et l’Azienda assicuratrice de Trieste font une vive publicité et choisissent des agents dans le canton. La même année est fondée la Société d’assurance suisse contre l’incendie du mobilier, au taux de deux pour mille. Elle s’engage à ne pas prélever de bénéfice. Elle est patronnée par le lieutenant du Conseil d’Etat Justin Audra, par l’intendant des péages Sigismond de La Harpe, par le banquier Charles Bugnion, par des industriels tels que Jean-Jacques Mercier fils, Amédée Kohler, etc. Ce genre d’assurance et antérieur de vingt-trois ans pour le moins aux dates avancées précédemment. En 1830, la Société d’assurance contre la grêle ouvre à son tour une agence à Lausanne, chez le commissaire Valier.

 

  C’est sous la Restauration que germe notre organisation financière actuelle.

 

GTell, Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

 

Repost 0
25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 21:08

 

La navigation intérieure

 


   Malgré le déclin, puis l’abandon en 1829 du canal d’Entreroches, les marchandises pondéreuses utilisent encore de préférence la voie d’eau sur les lacs du pied du Jura et sur le Léman.

 

   Les barques à voiles latines amènent à Ouchy les tonneaux de vin de La Côte ou du Lavaux, le bois de sapin du Jura (par le port de Nyon), de fayard et de châtaignier de Chillon, de Villeneuve ou de Meillerie. C’est avec un barquier que traite l’usine de Paudex pour assurer le transport régulier des pierres à gypse qu’elle se procure à Villeneuve. Jusqu’à 1850, le port d’Ouchy est principalement un port de marchandises ; la commune loue des places de dépôts sur les quais. Par souci de sécurité, la municipalité ne concède le service des transports à partir d’Ouchy qu’à des bateliers solvables, capables de déposer une caution.

 

   Dès 1823, la navigation à vapeur apporte au trafic lacustre un élément nouveau, essentiellement touristique. Nous ne voulons pas refaire ici son histoire, qui a été évoquée bien souvent. Les annonces précisent quelques détails, dissipent quelques confusions. En octobre 1823, le Guillaume Tell, premier de tous les vapeurs construit sur des eaux intérieures européennes (pour M. Church, consul des Etats-Unis en France, par le mécanicien Mauriac de Bordeaux), part malgré la mauvaise saison, chaque jour impair de Genève pour Nyon, Rolle, Morges et Ouchy. Il regagne son port d’attache le lendemain. « Messieurs les voyageurs sont prévenus que les salles sont chauffées, que celle des premières places est garnie de tapis et est agréablement chaude ». La société rivale J.P. Demole et Cie construit dès 1825 le Winkelried, « paquebot à vapeur », non plus de douze, mais de trente chevaux. Leur réussite financière éclatante encourage la formation à Lausanne d’une troisième société, qui n’a pas de peine à recueillir des fonds. Son bateau ne se bornera pas au transport des personnes, il servira aussi de remorqueur. On l’appelle le Remorqueur, puis pour faire plus poétique, le Léman-remorqueur. Dès janvier 1826, la société cherche à engager un capitaine, âgé d’au moins trente ans, un restaurateur et « une personne de bonne mœurs pour desservir la place de femme de chambre des premières places du bateau à vapeur », de préférence une femme mariée. Le bâtiment est construit à Ouchy par des ouvriers anglais. De 280 tonneaux, il est mû par deux machines d’une force globale de 60 chevaux, sortant des fonderies Boulton, Watt et Cie à Birmingham ; il s’agit de moteurs à basse pression (1 atmosphère ¼, donc absolument dépourvus de danger. La société les préfère malgré leur volume et la plus forte dépense de charbon ; elle y gagne une plus grande sécurité. Mis en service le 27 juillet 1826, le Léman-remorqueur, devenu le Léman vaudois, quitte Ouchy à huit heures du matin ; à midi, il est à Genève. Il en repart à deux heures pour regagner le port d’Ouchy le soir même à six heures. Sa rapidité inouïe lui permet d’exécuter les deux courses en un seul jour. Le mercredi et le samedi, il remorque un brigantin (barque à voile latine de moyenne grandeur), pour le transport des marchandises. On ne nous dit pas si, ce jour-là, il respecte son horaire ! Ces remorquages se font encore huit ans plus tard. A Genève et à Ouchy, il dispose de débarcadères ; grand avantage par rapport au système des autres compagnies qui procèdent au débarquement par l’intermédiaire de petits bateaux !

 

   Annoncé, attendu, le Léman vaudois a la mauvaise surprise de se voir devancé par la société du Winkelried, qui dès avril 1826 lance à Genève un Léman (de moindre dimension il est vrai). De là d’innombrables confusions pour les passagers, aussi bien que pour les historiens. Bien plus, profitant de la confusion, le Léman genevois se met lui aussi à remorquer une barque en 1829 !

 

   Pour parer à cette double concurrence, le Guillaume Tell prolonge sa course jusqu’à Vevey et abaisse ses tarifs à 13 batz (seconde classe) pour le parcours Vevey-Genève. Rapide et confortable, le Léman vaudois exige 35 batz en première classe et 21 batz en seconde entre Lausanne et Genève. Dès 1828 cependant, la concurrence semble moins âpre, et nous voyons le Winkelried les jours impairs, le Léman vaudois les jours pairs, effectuer le parcours Genève-Bouveret ; leurs prix sont harmonisés ! 65 batz en première, 35 batz en seconde classe, y compris les frais de transbordement.

 

   Les compagnies s’assurent des gains supplémentaires en organisant des promenades le dimanche et les jours de fêtes : excursions à Evian, Thonon, tours du lac en musique, etc. Lors de la Fête des Vignerons de 1833, le Léman, le Winkelried et le Guillaume Tell drainent les spectateurs des bords du Léman. Pour que leurs clients soient certains de trouver des places sur les estrades, les compagnies fixent le départ de Nyon à 1 heure, de Rolle à 2 heures, de Morges à 3 heures et d’Ouchy à 4 heures du matin !

 

   La navigation à vapeur fait affluer les touristes, au grand profit des voituriers ; l’accroissement général du trafic favorise les transports commerciaux des barques traditionnelles, dont l’apogée se situe vers 1900. L’introduction du bateau à vapeur, premier signe de la Révolution industrielle, ne bouleverse pas les structures de l’économie vaudoise, comme le fera après 1855 la construction des premières lignes de chemin de fer, alliée à la naissance du « marché commun » helvétique.

 

GTell,

Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

 

Repost 0
24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 17:21

 

 

Les transports

 


 

   Avant 1840, les transports révèlent des survivances amusantes : il existe encore un porteur d’eau et des porteurs de chaise, qui se recommandent pour la ville. Jean Herren avec ses chars et ses corbeilles conduit les lessives au lac. Signe des temps nouveaux, Pasche et Déverin organisent en 1849 un service d’omnibus entre Ouchy et Lausanne : prix, 2 batz par personne, 4 batz, soit douze sols de France pour un voyageur et sa malle.

 

   Les transports à plus longue distance se font partiellement par l’intermédiaire des postes et messageries. En 1801, la diligence de Berne à Genève passe quatre fois par semaine dans les deux sens, le courrier d’Italie deux fois. En 1807, la Régie des postes, dont les annonces régulières permettraient d’écrire l’histoire, abaisse le prix des places jusqu’à Vevey à 16 batz, soit pour les stations intermédiaires 4 batz par lieue. D’année en année, elle s’efforce d’améliorer son service. A partie de 1819 les messageries partent le lundi, le mercredi et le samedi matin de Genève, atteignent Lausanne dans l’après-midi, regagnent Genève le lendemain (départ à 11 heures du matin, arrivée à Genève le soir). Trois courses hebdomadaires régulières existent ainsi entre Genève et Neuchâtel. Entre Lausanne et Berne, les deux courses hebdomadaires acceptent dorénavant des colis. Départ de Lausanne le lundi et le jeudi à 4 heures du matin, déjeuner à Payerne, coucher à Morat ; arrivée à Berne le lendemain entre 9 et 10 heures. Une voiture part en sens inverse les mêmes jours ; les voyageurs déjeunent eux aussi à Payerne et couchent à Moudon. Prix de la course, dix francs.

 

   Chargée d’organiser aussi la poste aux chevaux, la Régie met au concours en 1819 les relais et les places de maître de poste à Orbe, Cossonay, Coppet, Saint-Cergue, Nyon, Morges, Lausanne, Vevey, Aigle et Bex.

 

   En 1821, une nouvelle réglementation des payements en argent interdit les paquets contenant plus de quatre mille francs suisses d’argent monnayé. Quatre mille francs pèsent en effet en 60 livres de marc, soit plus de 29 kg. Des sommes plus élevées forment des colis encombrants, difficilement maniables, dangereux pour les voitures – et fragiles par-dessus le marché ! Toutefois l’expéditeur de plusieurs paquets de 4000 francs ne payera pas une taxe supérieure à celle d’un seul gros paquet. Le service des mandats ne sera organisé qu’en 1861 par la poste fédérale, celui des chèques et virements en 1906.

 

   Le transport des lettres s’accélère ; en 1826, le courrier qui part pour Vienne le lundi, le mercredi ou le samedi y parvient le dixième jour. Le trajet pour l’Italie est abrégé de 24 heures. Dès 1830, les lettres ne mettent plus qu’une journée depuis le poste-frontière de Ferney jusqu’à Lyon.

 

   En 1830, la Régie des postes organise des services journaliers, aller et retour dans les deux sens, entre Vevey et Lausanne, et Bex et Villeneuve. La voiture qui quitte Bex chaque matin repart de Villeneuve après l’arrivée du bateau à vapeur… Des courses journalières doubles relient aussi Ballaigues et Pontarlier. Pour plus de célérité, le parcours de la diligence est divisé en quatre tronçons entre Lausanne et Neuchâtel : Lausanne-Echallens, Echallens-Yverdon, Yverdon-Saint-Aubin, Saint-Aubin-Neuchâtel, exploités chacun par un maître de poste différent.

 

   Le voiturage postal des colis ou des voyageurs ne suffit toutefois pas aux besoins du commerce et du tourisme. Commissionnaires, voituriers ou aubergistes organisent leurs propres transports.

 

   Le commissionnaire Francillon-Johannot charge des marchandises pour l’Allemagne, l’Italie ou toute autre destination ; et deux fois par semaine pour Genève et pour la France. J. Zuli charge trois fois par semaine pour Genève et la France et tous les lundis pour Neuchâtel. Floquet, maître voiturier à Yverdon, fait partir le mardi et le vendredi une voiture pour Lausanne. Le retour se fait les mercredis et samedis. Le citoyen Reymond, de Lausanne, loue chevaux et véhicules pour voiturer du vin, du bois ou des personnes. Dès 1801, il fait le voyage de Morges deux fois par semaine, tout comme son concurrent S. Chapuis. Pour les passagers, un « bon » char à banc couvert, ou corbeille ; suffit sur une si courte distance. Delajoux, tenancier de l’Hôtel de la Ville de Londres, à Vevey, s’assure des clients par un service journalier de voitures entre Lausanne et son hôtel. Il n’est pas le seul aubergiste à le faire.

 

   Les vingt voituriers et loueurs que nous recensons en 1832 et les charrons proposent des chars très divers :

 

-          Berline,

-          Britchka, soit fourgon à la polonaise,

-          Cabriolet,

-          Calèche,

-          Calèche à glaces,

-          Calèche à soufflet,

-          Char à banc,

-          Char à échelles,

-          Char à l’allemande (Stuhlwagen),

-          Char de côté,

-          Char de roulage,

-          Char en face,

-          Corbeille*,

-          Coupé pour voyages,

-          Coupé anglais,

-          Korb*,

-          Landau,

-          Landaulet,

-          Patache,

-          Phaéton à 2 places,

-          Phaéton à 4 places,

-          Tilbury, soit cabriolet à deux places (1826)**

 

   Les Vaudois et les étrangers en séjour assurent une clientèle pour des courses plus lointaines. Le citoyen Pache-Weibel, en 1800, fait partir chaque mois, puis chaque quinzaine, une voiture bien suspendue pour Paris : prix, trois louis et quart, soit 78 livres de France par personne, avec 60 livres de bagages. Il recommande de réserver les places à l’avance. En 1830, J. Pache conduit ses clients jusqu’à Calais ; à Dresde et Berlin ; à Hambourg et Lubeck ; à Milan, Florence et Rome. Conrad Schlegel, de Berne, annonce une voiture le 15 mars, une seconde au début d’avril pour Munich, Vienne et Varsovie, où l’on trouve encore quelques places disponibles. Un voiturier qui passe régulièrement par Lausanne, Gottfried Giesinger, de Saint-Gall, avise le 22 octobre 1822, « qu’il est arrivé heureusement à Odessa avec tous ses voyageurs, le 4 septembre dernier ».

 

*corbeille et Korb, semble désigner un même véhicule. L’un en français et l’autre en allemand.

** certaines désignations de voitures nous sont familières et d’autres sont des mystères.

 

GTell,

Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

 

Repost 0
23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 17:13

 

 

L’industrie du chocolat

 


De toutes les spécialités alimentaires, celles qui fait le plus de publicité, celle qui paraît la plus répandue, est l’industrie du chocolat. Les plus anciennes fabriques remontent à l’Ancien Régime. A Corsier sur Vevey, Philippe Loup et Benjamin Rossier achètent un vieux moulin et mettent au point un procédé mécanique de broyage du chocolat. Ils obtiennent du gouvernement bernois, le 10 mai 1771, un privilège exclusif pour une période de dix années. A la fin du siècle, la fabrique de Samuel Muret à Morges est aussi pourvue d’une roue hydraulique.

 

   A partir du XIXe siècle, le nombre de ces fabriques augmente rapidement. Les annonces de la Feuille d’Avis en ressuscitent dix-sept qui n’avaient jamais été signalées. Nous en connaissons ainsi plus de trente avant 1850.

   Le nombre des entreprises qui broient la pâte de chocolat et qui en font des pains ou diablotins soit pastilles est impressionnant. Mais leur mécanique est encore fréquemment à bras.

   Une machine offerte en 1834 à Lausanne peut broyer « facilement la quantité de 30 livres de chocolat en 18 heures ». La même annonce qui reparaît quelques mois plus tard rectifie, sans doute pour aider à la vente : en 15 à 18 heures… Celles qui sont mises en vente à Morges en 1822 sont plus efficaces. Elles permettent de préparer « sans se gêner 50 livres de chocolat par jour… Elles sont si faciles à mener qu’un jeune homme de 12 à 14 ans peut les faire aller sans peine ». L’outillage se compose encore de moules, de grilloirs, de balances, d’une table, des vans, éventuellement d’un moulin à cylindre pour broyer le cacao.

 

   Un artisan sachant fabriquer le chocolat à l’italienne offre même de se rendre avec son attirail dans les maisons qui l’appelleront.

   Souvent la fabrique de chocolat accompagne une autre entreprise : épicerie, distillerie, fabrique de macaronis, de tabac, de vinaigre. Il suffit d’une arrière-boutique pour la loger. Les chocolatiers ne travaillent pas nécessairement toute l’année et l’on voit l’un d’eux tenter de sous-louer une installation pour trois ou six mois par an. Mais les mois préférables pour tous sont ceux qui précèdent le Nouvel-An…

 

   Le chocolat mis en vente est une pâte, sucrée ou non, plus ou moins fine. Le prix de la livre varie en fonction de la finesse ou des arômes que l’on y a ajoutés.

   Gonvers-de Bellerive à Morges, fabrique sur commande des chocolats à d’autres aromates que les classiques vanilles et cannelle. Sa marchandise est livrée en emballages étiquetés avec le prix imprimé.

   Le prix du chocolat n’est indiqué que rarement, par livre dont les poids varient, même après l’unification des mesures en 1823.*

 

   Les pâtes sucrées se vendent meilleur marché que celles sans sucre. Le cacao caraque, c’est-à-dire du Venezuela (Caracas), est le plus prisé, les chocolats parfumés, spécialement ceux à la vanille, sont les plus chers.

 

   Bien que les chocolatiers n’indiquent leurs prix qu’exceptionnellement, nous constatons une baisse sensible à partir de 1830. Son origine réside-t-elle dans le prix du fret, ou dans le perfectionnement des machines hydrauliques ? Les maisons qui s’imposeront par la suite, comme la fabrique de François-Louis Cailler à Corsier, ou celle d’Amédée Kohler à Lausanne, ne dominent pas encore un marché, d’où seule la concurrence étrangère a été peu à peu éliminée, marché beaucoup plus important cependant qu’on ne l’avait jamais supposé.

 

*je vous rappelle que la Suisse a introduit le système métrique qu’en 1877, que « l’unification des mesures en 1823 » n’était qu’un aménagement des Vaudois sur le système français pour faciliter le commerce avec ceux-ci. 

 

GTell, Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

Repost 0
22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 17:05

 

L’industrie des instruments de musique

 

 

 

   Dans un pays où chaque enfant apprend à chanter dès l’école primaire, le goût de la musique est répandu, la vie musicale active.

   Sans parler des tabatières et des boîtes à musique, nous constatons la vogue des serinettes, à soufflets et à anches, qui servent à l’éducation musicale des oiseaux en cage. Jacob Meyer en construit en 1822. En 1793, il s’en vend une d’occasion, à double rang de flûtes, pour pivoines (bouvreuils) et canaris, jouant vingt-deux airs. Une autre, en 1801, joue trente airs ; elle dispose de trois registres sur plusieurs tons. Elle s’apparente déjà aux orgues de Barbarie.

 

   Un musicien ferblantier, ou un ferblantier musicien, Jean Rudolph, passe des chéneaux en fer-blanc aux cors de chasse et aux trompettes. Il quitte la capitale pour Prilly, sans doute pour pouvoir essayer ses instruments sans exaspérer dangereusement de trop proches voisins. Il propose les modèles suivants :

 

Cor de chasse, grand forme, avec tous les tons,

Cor de chasse ordinaire,

Cor sans coulisse en fa ou en ré dièse,

Cor sans coulisse en sol, à grands tuyaux et avec les tons de fa, ré dièse, ré, ut, et si bémol,

Cornet avec coulisse et tous les tons,

Cornet sans coulisse, avec tous les tons,

Cornet ordinaire, en ut, si bémol, la bémol,

Trompette en fa ou en ré, avec une coulisse,

Trompette ordinaire, sans coulisse,

Trompe fermée en si bémol, ou en fa,

Cor ou trompette à sonnette ( !)

Cymbales

Chapeaux chinois de différentes façons

Caisse pour tambours

 

   Il existe des facteurs d’instruments d’un genre plus élevé ; Zimmer, luthier, est cité dès 1822. Le plus remarquable est un simple artisan du bois : F. Pupunat, ébéniste à la placette de Saint-Jean. Chargé de réparer un violon, il y réussit et se passionne pour une ébénisterie si délicate. « Il se charge de réparer les instruments à cordes, tels que violons et guitares, aussi endommagés qu’ils soient ; il ose se flatter de les rendre comme neufs et garantit leurs bonté primitive. Il fait aussi des violons neufs d’un très joli genre, dont il garantit la bonté, ainsi que des guitares en forme de lyre ». Il n’abandonne pas tout à fait l’ébénisterie, raccommode à l’occasion les objets délicats. Comme beaucoup de luthier, il fait le commerce des instruments anciens et des fournitures. Installé en 1837 en Martheray, il monte des archets d’un nouveau genre « auxquels chaque musicien peut remettre la mèche aussi facilement qu’il met une corde à son violon ».

 

   Comme leur clientèle la plus nombreuse réside dans la capitale du canton, les sieurs Weber père et fils transfèrent d’Yverdon à Lausanne leur fabrique de cordes pour violons, altos, basses, contrebasses, guitares et harpes, cordes parfois filées en soie pour ces deux derniers instruments. Ils livrent aussi des cordes pour chapeliers, pour tours à filer, pour pendules, timbres et rouets ; ils jouent dans les bals, donnent des leçons de violon. Leur entreprise, longtemps unique en Suisse, supporte la concurrence des cordes napolitaines, bien qu’elles se vendent parfois sur la place au même prix que les leurs.

 

   Parmi les importations, nous avons noté nombre de pianos :

 

                                      Allemands :        de Stuttgart (1830)

                                                                     Goll (1831)

                                      Anglais :               Howard (1831)

                                                                     Broadwood, Londres (1833)

                                      Autrichiens :      Brom-Berger, Vienne (1830)

                                      Français :             Erard (1830)

                                      Genevois :          Bourkart (1811) en bois de mahony*.

 

   Il s’en fabrique à Lausanne même. En 1822, Jacob Meyer établit, répare et accorde pianos, orgues et serinettes.

   J.-P. Mussard, aux Escaliers-du-Marché 4, joint aux pianos les harpes, tant à mécanisme à sabot, qu’à roulettes (dites à mécaniques d’Erard). Ses pianos sont construits en 1837 sur le modèle de ceux de Pleyel.

   J.D. Dupraz, au Chemin Neuf, puis au Grand-Saint-Jean, construit des harpes à rosettes et des pianos à six octaves « préférables à ceux venant de l’étranger et à des prix aussi modiques ». Il se charge des réparations et des accordages.

 

Un piano à six octaves à prix modique… j’aimerais bien savoir à quoi cela pouvait correspondre ?

 

 

 

GTell, Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

 

Repost 0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 14:59

 

Le cuir

   Les bouchers vendent souvent des peaux en quantités impressionnantes : Jacob Stroub, à Lausanne, offre d’un coup 190 cuirs de bœufs et vaches et 600 peaux de veaux. Des annonces analogues paraissent de temps à autres.

   Mise en vente, la tannerie Borgeaud à la rue du Pré, à Lausanne, comprend en 1801 trois belles « couches » dans une cour, deux autres dans le bâtiment, deux appartements et un grand galetas bien aéré. Celle de Lutry reçoit l’eau en abondance dans ses cuves et ses douze fosses, creusées dans un grand jardin attenant à la maison. La tannerie et corroyerie H. Chambaud, rue du Pré, S’accompagne d’un pilon à écorce au bas du Grand-Saint-Jean. Rachetée en 1830 par Bernard Mercier de Morges, elle ne se fond pas dans l’entreprise Jean-Jacques Mercier, Bernard n’est pas leur parent. La plus importante tannerie, celle de la dynastie des quatre Jean-Jacques Mercier*, l’usine la plus vaste, la plus puissante de Lausanne vers 1850, qui possède une succursale à Bologne et exporte ses cuirs à Londres et en Amérique, ne met pas d’annonces dans la Feuille d’Avis – si ce n’est pour prévenir le public qu’il ne sera plus fait de distribution gratuite de vieille écorce, que cet excellant engrais sera vendu un batz la hotte, pour enrayer la cupidité sans borne de quelques amateurs.

 

   Les petits métiers du cuir, plus proches du public, apparaissent plus souvent, sans que nous puissions en tirer beaucoup de renseignements originaux.

 

   En 1795, les maîtres cordonniers de la ville se voient obligés d’exiger des payements comptants, vu « la grande disette et cherté des marchandises qu’ils sont obligés d’essuyer par les accaparements qui se font, et le désagrément d’acheter des marchandises chez les tanneurs, à moitié sèches, et que pour argent comptant… ».

 

   Dans un pays où chacun porte des souliers, il n’est pas étonnant de rencontrer un grand nombre de cordonniers, soixante-huit à Lausanne, seize à Aigle en 1832. A Lausanne, les écoles de charité enseignent la cordonnerie à leurs élèves. La veuve du régent Laurent liquide les paires ainsi cousues.

 

   Les fabricants de babouches, de baraquettes (pantoufles), de socques ou de bottes ne manquent pas non plus. A Rolle, Jean Baudin cherche à remettre son établissement avec ses stocks et son « grand assortiment de formes modernes ». Il emploie cinq ou six ouvriers, chiffre considérable pour l’époque (1837).

 

   Certains ateliers de ganterie de la capitale vaudoise sont célèbres ; le plus connu, celui de Lubach, ne fait malheureusement aucune publicité !

 

   La ganterie offre des possibilités de travail si intéressantes, si régulières, qu’une société philanthropique fonde en 1832 une Ecole gratuite de ganterie. Mme Secetan-Bournet, femme du syndic de Lausanne et Mme de Molin-Dutoit prennent les inscriptions. Pour y être admises, les jeunes filles ou jeunes femmes doivent présenter de bonnes recommandations et avoir quelques notions de couture ; de préférence, on inscrira celles qui auront déjà passé leur première communion (16 ans). Dans les ateliers de quelques importances, la couture ne se fait pas entièrement à la main : en 1835, le traiteur Montet vend une « mécanique à coudre les gants ».

 

   Au début du siècle, les culottiers sont eux aussi des artisans du cuir. Ils confectionnent des culottes de peau à l’anglaise ou autres, des guêtres, des bonnets de maroquin, au besoin des gants, comme Jean-Jacques Brügger. Schopffer propose en outre des caleçons de peau, des bretelles, des havresacs, des carnassières de chasse, des bas de peau.

 

   Au port de Pully, la manufacture de maroquins et chamois, imprimés en couleurs unies et façonnées, propres pour pantalon, gilets et souliers de femme ». Masmejean en fait des « carlettes », soit bonnets brodés.

 

   A Nyon, P. Baup fabrique des cuirs élastiques « qu’on peut tendre à volonté » pour aiguiser les rasoirs. En 1836 la manufacture Cherpilloud de Rolle met les siens en dépôt au Bazar Vaudois. « Ces célèbres cuirs à rasoirs, si avantageusement connus en Europe, doivent être essayés par comparaison avec d’autres cuirs. Ils font parfaitement couper les rasoirs qui ont besoin d’être aiguisés et sur lesquels d’autres cuirs ne feraient aucun effet… » Ils sont offerts avec un rasoir Lecoultre (Le Sentier) pour la somme de 10 francs de France. Le grand cuir, creux, sans rasoir, coûte 5 francs de France dans sa boîte. Le cuir plus petit, 2 fr. 50. Les aiguisoirs pour canifs 1 franc seulement. La boîte à pâte supplémentaire double se vend 1 fr. 50, la simple 75 centimes.

 

   Il nous faudrait citer encore à Cossonay la fabrique de cols en cuir noir ciré à 15 batz la pièce, de Louis Bovey ; et MM. Lacombe et Cie, fournisseurs et fabricants d’équipement militaires, tel que havresacs en peau de veau avec courroie en buffle, les courroies seules à 25 batz.

 

*Jean-Jacques Mercier, regardez sur Internet quelle était cette dynastie.

 

GTell,

Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

 

Repost 0
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:21

 

Matières premières végétales et animales

 

 

Le bois 

   Les artisans du bois sont mal reflétés par notre miroir (annonces dans la Feuille d’Avis). Ni les bûcherons qui travaillent dans les forêts communales, ni les scieurs, ni les charpentiers ne mettent d’annonces, si ce n’est à titre occasionnel, pour vendre du lard ou acheter du fumier ! Tout au plus des planches de la Vallée de Joux, dont le bois est plus serré que celui des sapins de la plaine, sont signalées de temps à autre sur le marché.

 

   Les menuisiers et les ébénistes ne font guère davantage de publicité, si ce n’est pour liquider quelques meubles d’occasion. L’artisanat local suffit aux besoins courants. Une seule fois, un char de la Vallée de Joux arrive à la foire chargé de buffets et de râteliers.

 

Les tonnelierssont sûrs de leur clientèle. Ils n’offrent que du vin, du vinaigre, ou des baignoires, une de leurs spécialités. Il s’en vend ou s’en loue passablement à Lausanne dès 1800. Avant les années 1830, elles sont toutes en bois, alors qu’en Allemagne l’usage des baignoires de métal s’est répandu dès le XVe siècle.

   Un métier, aujourd’hui presque disparu, prospère : celui de fontenier. Entre 1830 et 1832, quatre d’entre eux travaillent à Lausanne. Ils se chargent non seulement de percer et de monter des fontaines, ils posent aussi des pavés et creusent des coulisses. A Epalinges, leur collègue François Riben vend des tuyaux de bois d’un pouce et demi de diamètre intérieur et de deux pouces et demi, aux prix suivants :

Prix :    1 ½ pouce, 9 batz la toise.

             2 ½ pouces, 10 batz la toise.

Pose : 14 et 16 batz la toise.

Pavage : 15 batz la toise.

 

Les tuyaux de grès apparus vers 1839 ne se posent qu’exceptionnellement. Certains fonteniers ne craignent pas de s’établir dans des villages écarté : à Rueyres, à Orzens, par exemple, où Louis Tanniger offre ses services aussi pour des puits, et des travaux de mine.

Les tourneurs vendent à leur atelier des chaises, des rouets, des « filettes » à coton, laine et fil, de leur fabrication ; ils font aussi des pipes, des tuyaux, des tabatières de buis et des bondes de tonneaux.

   Des spécialisations inattendues apparaissent parfois : c’est ainsi que l’ébéniste Louis Cochet reprend la fabrique d’arcs et de flèches de M. Bourgeois. Son fils parachève sa formation dans la branche à Lyon, « chez le premier maître de cette ville ». Quant à l’ébéniste Pupunat, qui cherche un apprenti un jeune homme de 16 à 17 ans, « appartenant à d’honnêtes parents », il se consacre essentiellement à la fabrication des violons, et devient un luthier réputé.

 

GTell,

Je rappelle que le livre : Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises, est écrit sur l’analyse des annonces passées dans La Feuille d’Avis de Lausanne par les commerçants de la ville et du canton.

 

 

Repost 0
17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 16:50

 

   Les archives officielles nous renseignent sur leurs œuvres les plus coûteuses et les plus rares, telles que les cloches et les canons. La Feuille d’Avis nous apporte un certain nombre de précisions inespérées ; elle redonne vie à des artisans dont nous ne connaissions plus que le nom ; elle nous révèle leurs activités annexes, dues parfois à la difficulté de fondre en hiver ; elle nous prouve aussi que la fonte du fer était pratiquée par un plus grand nombre d’artisans que nous ne l’avions supposé. Avant 1818, Jonas Develey offre des poids de fonte aussi bien que de laiton. Entre 1801 et 1831 apparaissent même à plusieurs reprises des cloches en fonte, qui sont pourtant considérées comme très rares avant 1870. Seule en effet une masse perlitique d’une qualité exceptionnelle résiste aux chocs des battants. Certes M. Oscar Stücheli en a découvert une qui fut coulée par un bourgeois d’Orbe, Guillaume Echaufourne, vers 1430 déjà. Une seule autre cloche, in datée, a été recueillie à La Sarraz. Elles étaient moins exceptionnelles que nous le croyons.

   Les maîtres fondeurs du reste du canton n’apparaissent que tout à fait incidemment : ainsi, lors de l’incendie de la cathédrale dans la nuit du 23 au 24 mai 1825, on admire la pompe de Préverenges, construite à Morges par Louis Golay (sur le modèle des pompes Schenk de Berne), et qui, placée au bord du Flon, alimente les seize autres pompes en action.

   Grâce à leur publicité, nous pouvons dresser une liste plus complète des fondeurs lausannois et un tableau de leur activité plus précise. Ils sont fondeurs et ont une autre activité annexe.

Heysé, Frédéric 1784, fourbisseur. (Qui nettoie et polit les armes blanches)

Duperret, Daniel 1795, † 1801 cloches, pompes, robinets, tournebroches, mortier ; aussi pendulier.

Muard, Jean-Baptiste 1803, Grand-Saint-Jean 45, vend du blé noir.

Develey, Jonas 1803-1818 Grand-Saint-Jean 6, balances romaines, poids de fonte et laiton.

Chapuis, Marc-Elie 1818, nouvellement établit, 1824, sous curatelle – fourbisseur et doreur, garnitures de bureau et de pendules, etc. ; achète le vieux laiton.

Develey, frères (Ferdinand) 1820-1832 Grand-Saint-Jean 7 – mécanique, balances, poids laiton, poids de fonte, chaînes d’arpentage ; instruments de physique et mathématiques.

Blanc, Jean-Louis, allié Noir 1812-1830 Grand-Saint-Jean 34 dès 1828, N° 31. Pompes, poids laiton, poids de fonte, plombier ; pierres à eau ; tuyaux de plomb ; « lieux » à l’anglaise.

Marquis, Charles 1822-1872 Escaliers du Marché 9, 1825, Grand-Saint-Jean 9 – bains et douches de vapeur, achète vieux métaux, antiquités, ferraille, plombier ; appareils de chasse.

Habegger, Pierre 1829-1830 Rue du Pré 11 – pompes à feu type Schenk, mécanique, plombier ; instruments de chirurgie et de mathématiques, paratonnerres.

Joseph, Auguste 1830-1849 Petit-Sain-Jean 15 – plombier ; ancien contremaître chez Blanc.

Ravessoud 1830 Rue du Pré – cloches de 20 livres.

Pache, Louis 1832 Grand-Saint-Jean 16 – plombier ; ancien contremaître chez Blanc.

Ney, Louis 1820-1853 – serrurier.

Ney, Isaac-Louis 1853-1858 – serrurier.

 

Les potiers ou fondeurs d’étain se satisfont de feux plus modestes, puisque l’étain fond à 232 degrés. Le rachat des pièces détériorées joue un grand rôle dans leur ravitaillement en matière première. Ils moulent des pots, des channes, des plats et des bassins. En 1800, Frédéric Reuchlin vante tout spécialement ses nouveaux chauffe-pieds utilisables en chambre, en voiture et au lit, ainsi que ses réchauds pour la table. Antoine Zanoni, qui semble vouloir regagner l’Italie en 1828, se spécialise par la suite dans la ferblanterie de ménage et la pose de vitres, tandis que son associé Domenighetti continue à couler des cuillers et à étamer des casseroles. La dynastie des Lacombe semble plus industrieuse. Dans son atelier et magasin du Grand-Saint-Jean, Louis Lacombe, outre les articles traditionnels, offre des jouets, qui ne sont pas tous de sa confection : les soldats d’étain sont importés. En 1822, il confectionne en série des pots, demi-pots, et quarts de pots à la nouvelle mesure. Philippe Lacombe, qui, de retour de l’étranger, reprend l’entreprise de son oncle en 1828, ajoute à sa production des « bouteilles de lit ». Associé à l’un de ses frères, il agrandit atelier et magasin, vend aussi la ferblanterie, achète tous vieux métaux, y compris la fonte. Les frères Lacombe possèdent un second atelier, à Genève, rue de la Monnaie. Ils se lancent dans la fabrication de robinet de tonneaux en métal blanc (alliage d’étain et d’antimoine), les perfectionnent d’année en année, les rendent capable de résister à la pression des vins mousseux. Un autre Lacombe, Louis (II), s’est installé à la Madeleine ; il s’intéresse aussi au métal anglais. Mais leurs efforts d’adaptation au monde nouveau n’empêchent pas le déclin de leur art, que concurrence toujours plus dangereusement la production massive et bon marché des bouteilles de verre.

 

GTell,

Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises,

 

 

Repost 0
16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 15:42

La métallurgie et ses dérivés.

 

Les artisans du fer.

 

   Sur l’industrie du fer, la Feuille d’Avis n’ouvre que des aperçus très incomplets. A part le miel et le fromage, les seuls produits de Vallorbe qu’elle signale occasionnellement sont les balances de David, puis de Jacob Glardon. Toute la production des chaîniers, des taillandiers, des couteliers, des fabricants d’outils aratoires, des tailleurs de limes et des cloutiers passe directement des grossistes aux quincailliers.

D’autre part, cataloguer les ventes ou locations de quelques forges de village – travail utile en vue d’un futur inventaire des usines à eau du Pays de Vaud – ne présente ici même aucun intérêt.

Nous nous bornerons à relever les aspects inédits que nous valent les annonces.

 

Le maréchal-ferrant travaille en ville autant qu’à la campagne. Il s’occupe souvent de charronnerie, spécialement dans les localités de La Côte. Il tient lieu parfois de vétérinaire. Il s’installe à la sortie de la ville, sinon dans le voisinage des voituriers ou des hôtelleries. Une forge mise en vente en 1832 à la rue de l’Ale convient tout particulièrement à un maréchal parce qu’elle bénéficie de la proximité de trois auberges. Le maréchal-ferrant de village est moins étroitement spécialisé. Celui de Bioley-Magnoux cherche un ouvrier qui soit simultanément bon ferrant et taillandier. A Crans, Gédéon Levrat, « artiste maréchal », qui dispose d’un martinet, construit des herses, des extirpateurs à cinq, six, sept ou neuf socs ; il expose des « charrues belges » à la foire de Morges, à 56 francs !

   Les cinq ou six cloutiers de Lausanne semblent souffrir de la concurrence massive de la région jurassienne. L’un d’entre eux, Müller, carde de la filasse et vend du chènevis. Un autre, François Olivier, ajoute vers 1830 l’armurerie à sa branche. Le cloutier mécanique accentue leurs difficultés. Le serrurier Christian Héberlé, inventeur à ses heures, fabrique à la machine dès 1835 des pointes de Paris. Il est imité deux ans plus tard par Sider-Duret, qui utilise dans son atelier une force motrice hydraulique.

   Les taillandiers lausannois ne manquent pas d’originalité : David Simon, qui s’établit en 1818 aux Escaliers-du-Marché, est un spécialiste des bistouris et de leur aiguisage. Auguste Jacot, au Grand-Saint-Jean, ne se borne pas à forger, à retailler et à aciérer tous les outils tranchants, il fabrique des bouchardes, il grave des fers à gaufres. On prétend en général que le fer à gaufres, cadeau de noces traditionnel, et souvent décoré des armoiries des époux, est importé de Franche-Conté. Sur plus de trois cents fers inventoriés dans le Canton, deux seulement proviennent de Vallorbe, six ou sept autres semblent gravés aux Clées (1521), à La Sarraz (1600) ou dans la région lémanique. La plupart de ceux dont l’origine est inconnue sortent vraisemblablement des mains d’artisans du pays, comme Jacot, ce que confirme l’existence de styles régionaux : Gruyère, Pays-d’Enhaut, Jorat, Jura bernois.

 

   Les armuriers, à qui l’on commande essentiellement des armes à feu, se distinguent toujours plus nettement des taillandiers. Le forage et le montage des carabines les rapprochent bien davantage des mécaniciens. Le recensement de 1799 en signale 36 en province et 2 à Lausanne. Les meilleurs n’ont pas besoin d’opérer dans la capitale pour obtenir des commandes. Joseph Paul la quitte même pour Vevey. Durussel, après son tour d’Europe, s’installe à Moudon. À Morges, Desponds se vante de posséder « la véritable recette anglaise pour bronzer les armes ». Frédéric Siber, dont les carabines paraissent renommées, quitte avec Morges pour Lausanne en 1820. Dix ans plus tard, il se brouille avec son fils, qui va travailler chez un concurrent. Ils se raccommodent par la suite, et fabriquent en série, après le tir fédéral de 1836, des modèles perfectionnés, mis à l’ordonnance ; leur coût est de 72 francs. Pour 80 francs, ils sont décorés d’un ruban et de gravures. Les armuriers vendent fréquemment des armes d’occasion. C’est ainsi que nous voyons Perrin, à Lausanne, offrir dans les petites annonces non seulement une paire de pistolets de poche anglais, à secret, mais deux obusiers pour lancer les grenades !

   Peu nombreux sur le plateau vaudois, les tailleurs de limes sont appréciés des autres artisans du fer. Lorsque Charles Rupp, de Reutigen (Berne), s’installe à Lausanne et demande l’autorisation de construire une roue à eau sur le Flon, sa requête est accompagnée des vœux de vingt-sept maîtres métallurgistes.

 

Les rémouleurs aiguisent en plein air : Beauberthier à la Palud, lorsque le froid ne l’oblige pas à rester dans son appartement de Saint-Laurent.

 

Les maîtres ferblantiers utilisent la tôle à des ouvrages très divers. Pour le Nouvel An, Wulchlègre aux Degrés du Marché, met à l’étalage « toute sorte de badinages pour les étrennes des enfants ».

   Les frères Renaud, qui s’établissent en 1818, fabriquent des caisses à thé en fer-blanc, et des chaudrons à thé en cuivre jaune, assortis. Ils vendent aussi des paniers à pain, à verres, des huiliers, des boîtes à tabac, importés. Ils sont à la fois chaudronniers et bimbelotiers. Jean Rudolph monte des tuyaux et des chénaux en fer-blanc, avant de passer aux cors de chasse et aux trombones ! Bonnet offre des baignoires en fer-blanc, révolution dans l’installation sanitaire. Elles étaient auparavant l’apanage des tonneliers. David Goldner passe aux poêles économiques.

 

Les serruriers entreprennent dans leurs ateliers toutes sortes de fabrications accessoires. Héberlé, d’Aubonne, offre des poêles en fer battu susceptibles de garder leur chaleur pendant vingt-quatre heures, et un moulin à pommes de terre d’une invention nouvelle. Son homonyme Christian, qui s’établit à Lausanne en 1822 après avoir travaillé pendant dix-huit ans comme chef-ouvrier dans divers ateliers parisiens, monte des poêles économiques, des barrières de balcon, des rampes d’escalier. Il invente une machine qui fabrique des croisées pour vitraux d’églises et archivoltes, en tôle. Il met au point un nouveau type de pressoir, pour lequel il demande un « privilège exclusif ». Demande embarrassante pour le gouvernement vaudois. Il n’existe pas de législation cantonale sur les brevets. Le Conseil d’Etat redoute les monopoles et privilèges qui entravent les progrès industriels. Sans parler de ses pointes de Paris, Héberlé s’occupe encore de la tourbière de Boussens ! Les autres serruriers, Ortolf, par exemple, tout comme le ferblantier Goldner, construisent des poêles ou des mécanismes. A Nyon, Elysée Perret se spécialise dans les balances à bascule pour magasins, les ponts à bascule pour chars, voitures ou bestiaux : sur le modèle d’A. Quintenz de Strasbourg, ainsi que dans tout autre type de balance ou de romaine. Quelques-unes des pièces qu’il a montées peuvent peser jusqu’à quarante quintaux, soit environ deux tonnes.

   En 1848-1849, Marc Rupff confectionne non seulement des serrures, mais des cylindres à broyer le raisin.

   Les  fondeurs de bronze et de fer évoluent des pompes ou des appareils sanitaires vers les constructions mécaniques. Develey « le Jeune » fabrique en 1800 des thermomètres, des aréomètres d’un genre nouveau, des lunettes. Develey « l’Ainé », père et fils, montent en outre des balances sur colonnes de laiton « et tout ce qu’on leur commandera en instruments de mathématiques, de physiques, etc. », y compris des bandages élastiques. Gloor et Habegger les imitent. Le second établit en outre des paratonnerres « à la moderne ».

   Uniquement mécanicien, Hugonet crée et raccommode les garnitures de lampes à quinquet. Louis Jacques, utilise ses dons à « redresser les enfants mal faits ». A Vevey, Collomb bâtit des tourne-broches simples ou doubles à ressorts, sans corde ni poids.

   La première mécanique à vapeur, à part le Winkelried ou le Léman, est l’œuvre d’un jeune Yverdonnois. Elle fait mouvoir une machine hydraulique, un jeu de marionnettes et un métier à tisser miniature ! Elle est présentée – prix d’entrée 2 batz – à la curiosité des badauds.

   Parallèlement, la grosse mécanique sort ses premiers incunables : J. Rumpf, « artiste mécanicien en bois », qui dispose d’un rouage sur la Louve, bâtit des moulins, des machines à battre le blé ; Jean-Pierre Maillard, meunier à Chesalles sur Oron, des batteuses mues par le cheval, ou à bras.

   La mécanique, au sens où nous l’entendons, fait lentement son apparition. En 1849, François Contesse, à la Barre, qui offre quelques grillages en fer, fabrique des vis de pressoir de toutes dimensions et des cylindres à fruits et raisins, tout d’abord au Vallon, puis sous la Borde. C’est vers 1860 que l’industrie mécanique prend son essor avec les ateliers et la fonderie Duvillard. Dans le canton, son succès est plus rapide : dès 1838 à Romainmôtier, dès 1840 à Vevey. Mais ceci est une autre histoire, que la Feuille d’Avis ne nous a pas racontée…

 

Je rappelle que le livre : Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises, est écrit sur l’analyse des annonces passées dans La Feuille d’Avis de Lausanne par les commerçants de la ville et du canton.

 

GTell

 

Repost 0
14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 17:16

Saint-Loup. – Les bains de Saint-Loup disposent eux aussi, dès 1821, de douches ascendantes et descendantes. « Ces eaux sont avantageusement connues depuis longtemps par les cures nombreuses qu’elles ont opérées. La bonté de l’air qu’on y respire, l’étendue et la variété des vues, la diversité et le charme que les environs offrent pour les promenades, ainsi que la proximité de la grande route, contribuent à en faire un séjour des plus agréables. On y trouvera de plus des logements propres et commodes, une bonne table et des procédés honnêtes. S’adresser pour de plus amples détails à Mme Juvet auxdits bains. »

 

Bex. – Les sources sulfureuses découvertes en 1717 à Bex, dans la plaine, puis perdues, sont retrouvées en 1823. Analysées, elles révèlent à peu près les mêmes propriétés que celles de Loèche. Immédiatement, une petite annonce offre des chambres « à prix très raisonnable pour la saison des bains soufrés » et chante les louanges du site : « le local fort agréable offre de jolies promenades, et on peut avoir de Bex même ou de la montagne du lait et du petit-lait de chèvre ; on peut s’y procurer facilement d’excellants fruits, du gibier et du poisson ». Quelques semaines plus tard, Louis Durr annonce l’ouverture de ses bains d’eau douce et d’eau soufrée pour la première semaine de juillet.

 

L’Etivaz. – Le canton de Vaud recèle d’autres stations encore : Marie Dizerens née Mottier, rouvre les bains de l’Etivaz, « prêts à recevoir les personnes qui voudront y venir chercher les bons effets de ses eaux, dont l’efficacité est connue depuis longtemps. La soussignée, qui y a demeuré longtemps comme servante, et ensuite a servi dans les meilleurs maisons de Lausanne, y est revenue comme propriétaire, et s’est empressée de mettre ces bains dans un meilleur état, afin de mériter l’approbation des personnes qui voudront profiter du bon effet de ses eaux, sont priées de s’y rendre au plus vite » !. Ils sont bâtis au milieu d’un grand domaine alpestre, comprenant estivage et hivernage. La maison des bains s’accompagne d’une grange, d’une étable et d’une écurie. Une forêt assure un ravitaillement en bois surabondant. Jean Dizerens vend le tout aux enchères, promettant de se montrer coulant (c’est bien dans la ligne d’un maître baigneur), pour les prix, et très accommodant pour le terme des payements. A-t-il déjà fait fortune ?

 

Lavey. – Une captation nouvelle enrichit la collection des bains vaudois : celle de la source de Lavey en 1831, source sulfureuse la plus chaude de Suisse puisqu’elle sort à 52°. En 1833, le pharmacien Allemand s’en fait le dépositaire : il la vend en bouteilles ! Le chapelier Lacombe, puis le sieur Bonnard lui succèdent. Dès 1836, il est possible de faire la cure sur place dans des conditions agréables.

 

Saint-Gingolph. – Grâce aux bateaux à vapeur, la traversée du lac devient un jeu. Sa rive méridionale entre dans le rayon d’attraction de Lausanne. Lorsque le sieur Vouilloux installe à Saint-Gingolph, avec l’autorisation du gouvernement valaisan, ses bains à vapeur aromatique, dont l’effet médical est largement attesté, il compte puiser une bonne part de sa clientèle parmi les lecteurs de la Feuille d’Avis. N’auront-ils pas l’avantage de jouir « de la belle perspective du Canton de Vaud » ?

 

Evian. – Les eaux gazeuses d’Evian par leur agrément et leur action médicale imitent à s’y méprendre l’eau de Seltz naturelle ». L’épicier Croisat en tient un dépôt. L’Hôtel des bains d’Evian est géré par André Blanc, ancien concierge du casino de Lausanne : autre raison de se sentir à l’aise sur la côte savoyarde.

 

L’énumération pourtant n’est pas complète :

Prangins, Rolle, Henniez ne placent aucune annonce, pas plus qu’Yverdon, dont les bains pourtant reprennent de l’importance à partir de 1827. Ces ressources balnéaires remarquables n’empêchent pas les Vaudois de s’entendre par l’intermédiaire de la Feuille d’Avis, pour louer à frais partagés la voiture qui les conduira à Spa, à Courmayeur, à Aix-les-Bains, à Contrexéville, à Schinznach ou à Baden…

 

GTell,

Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

Repost 0