Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Rechercher Un Mot

Articles Récents

Liens

22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 17:05

 

L’industrie des instruments de musique

 

 

 

   Dans un pays où chaque enfant apprend à chanter dès l’école primaire, le goût de la musique est répandu, la vie musicale active.

   Sans parler des tabatières et des boîtes à musique, nous constatons la vogue des serinettes, à soufflets et à anches, qui servent à l’éducation musicale des oiseaux en cage. Jacob Meyer en construit en 1822. En 1793, il s’en vend une d’occasion, à double rang de flûtes, pour pivoines (bouvreuils) et canaris, jouant vingt-deux airs. Une autre, en 1801, joue trente airs ; elle dispose de trois registres sur plusieurs tons. Elle s’apparente déjà aux orgues de Barbarie.

 

   Un musicien ferblantier, ou un ferblantier musicien, Jean Rudolph, passe des chéneaux en fer-blanc aux cors de chasse et aux trompettes. Il quitte la capitale pour Prilly, sans doute pour pouvoir essayer ses instruments sans exaspérer dangereusement de trop proches voisins. Il propose les modèles suivants :

 

Cor de chasse, grand forme, avec tous les tons,

Cor de chasse ordinaire,

Cor sans coulisse en fa ou en ré dièse,

Cor sans coulisse en sol, à grands tuyaux et avec les tons de fa, ré dièse, ré, ut, et si bémol,

Cornet avec coulisse et tous les tons,

Cornet sans coulisse, avec tous les tons,

Cornet ordinaire, en ut, si bémol, la bémol,

Trompette en fa ou en ré, avec une coulisse,

Trompette ordinaire, sans coulisse,

Trompe fermée en si bémol, ou en fa,

Cor ou trompette à sonnette ( !)

Cymbales

Chapeaux chinois de différentes façons

Caisse pour tambours

 

   Il existe des facteurs d’instruments d’un genre plus élevé ; Zimmer, luthier, est cité dès 1822. Le plus remarquable est un simple artisan du bois : F. Pupunat, ébéniste à la placette de Saint-Jean. Chargé de réparer un violon, il y réussit et se passionne pour une ébénisterie si délicate. « Il se charge de réparer les instruments à cordes, tels que violons et guitares, aussi endommagés qu’ils soient ; il ose se flatter de les rendre comme neufs et garantit leurs bonté primitive. Il fait aussi des violons neufs d’un très joli genre, dont il garantit la bonté, ainsi que des guitares en forme de lyre ». Il n’abandonne pas tout à fait l’ébénisterie, raccommode à l’occasion les objets délicats. Comme beaucoup de luthier, il fait le commerce des instruments anciens et des fournitures. Installé en 1837 en Martheray, il monte des archets d’un nouveau genre « auxquels chaque musicien peut remettre la mèche aussi facilement qu’il met une corde à son violon ».

 

   Comme leur clientèle la plus nombreuse réside dans la capitale du canton, les sieurs Weber père et fils transfèrent d’Yverdon à Lausanne leur fabrique de cordes pour violons, altos, basses, contrebasses, guitares et harpes, cordes parfois filées en soie pour ces deux derniers instruments. Ils livrent aussi des cordes pour chapeliers, pour tours à filer, pour pendules, timbres et rouets ; ils jouent dans les bals, donnent des leçons de violon. Leur entreprise, longtemps unique en Suisse, supporte la concurrence des cordes napolitaines, bien qu’elles se vendent parfois sur la place au même prix que les leurs.

 

   Parmi les importations, nous avons noté nombre de pianos :

 

                                      Allemands :        de Stuttgart (1830)

                                                                     Goll (1831)

                                      Anglais :               Howard (1831)

                                                                     Broadwood, Londres (1833)

                                      Autrichiens :      Brom-Berger, Vienne (1830)

                                      Français :             Erard (1830)

                                      Genevois :          Bourkart (1811) en bois de mahony*.

 

   Il s’en fabrique à Lausanne même. En 1822, Jacob Meyer établit, répare et accorde pianos, orgues et serinettes.

   J.-P. Mussard, aux Escaliers-du-Marché 4, joint aux pianos les harpes, tant à mécanisme à sabot, qu’à roulettes (dites à mécaniques d’Erard). Ses pianos sont construits en 1837 sur le modèle de ceux de Pleyel.

   J.D. Dupraz, au Chemin Neuf, puis au Grand-Saint-Jean, construit des harpes à rosettes et des pianos à six octaves « préférables à ceux venant de l’étranger et à des prix aussi modiques ». Il se charge des réparations et des accordages.

 

Un piano à six octaves à prix modique… j’aimerais bien savoir à quoi cela pouvait correspondre ?

 

 

 

GTell, Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

 

Repost 0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 14:59

 

Le cuir

   Les bouchers vendent souvent des peaux en quantités impressionnantes : Jacob Stroub, à Lausanne, offre d’un coup 190 cuirs de bœufs et vaches et 600 peaux de veaux. Des annonces analogues paraissent de temps à autres.

   Mise en vente, la tannerie Borgeaud à la rue du Pré, à Lausanne, comprend en 1801 trois belles « couches » dans une cour, deux autres dans le bâtiment, deux appartements et un grand galetas bien aéré. Celle de Lutry reçoit l’eau en abondance dans ses cuves et ses douze fosses, creusées dans un grand jardin attenant à la maison. La tannerie et corroyerie H. Chambaud, rue du Pré, S’accompagne d’un pilon à écorce au bas du Grand-Saint-Jean. Rachetée en 1830 par Bernard Mercier de Morges, elle ne se fond pas dans l’entreprise Jean-Jacques Mercier, Bernard n’est pas leur parent. La plus importante tannerie, celle de la dynastie des quatre Jean-Jacques Mercier*, l’usine la plus vaste, la plus puissante de Lausanne vers 1850, qui possède une succursale à Bologne et exporte ses cuirs à Londres et en Amérique, ne met pas d’annonces dans la Feuille d’Avis – si ce n’est pour prévenir le public qu’il ne sera plus fait de distribution gratuite de vieille écorce, que cet excellant engrais sera vendu un batz la hotte, pour enrayer la cupidité sans borne de quelques amateurs.

 

   Les petits métiers du cuir, plus proches du public, apparaissent plus souvent, sans que nous puissions en tirer beaucoup de renseignements originaux.

 

   En 1795, les maîtres cordonniers de la ville se voient obligés d’exiger des payements comptants, vu « la grande disette et cherté des marchandises qu’ils sont obligés d’essuyer par les accaparements qui se font, et le désagrément d’acheter des marchandises chez les tanneurs, à moitié sèches, et que pour argent comptant… ».

 

   Dans un pays où chacun porte des souliers, il n’est pas étonnant de rencontrer un grand nombre de cordonniers, soixante-huit à Lausanne, seize à Aigle en 1832. A Lausanne, les écoles de charité enseignent la cordonnerie à leurs élèves. La veuve du régent Laurent liquide les paires ainsi cousues.

 

   Les fabricants de babouches, de baraquettes (pantoufles), de socques ou de bottes ne manquent pas non plus. A Rolle, Jean Baudin cherche à remettre son établissement avec ses stocks et son « grand assortiment de formes modernes ». Il emploie cinq ou six ouvriers, chiffre considérable pour l’époque (1837).

 

   Certains ateliers de ganterie de la capitale vaudoise sont célèbres ; le plus connu, celui de Lubach, ne fait malheureusement aucune publicité !

 

   La ganterie offre des possibilités de travail si intéressantes, si régulières, qu’une société philanthropique fonde en 1832 une Ecole gratuite de ganterie. Mme Secetan-Bournet, femme du syndic de Lausanne et Mme de Molin-Dutoit prennent les inscriptions. Pour y être admises, les jeunes filles ou jeunes femmes doivent présenter de bonnes recommandations et avoir quelques notions de couture ; de préférence, on inscrira celles qui auront déjà passé leur première communion (16 ans). Dans les ateliers de quelques importances, la couture ne se fait pas entièrement à la main : en 1835, le traiteur Montet vend une « mécanique à coudre les gants ».

 

   Au début du siècle, les culottiers sont eux aussi des artisans du cuir. Ils confectionnent des culottes de peau à l’anglaise ou autres, des guêtres, des bonnets de maroquin, au besoin des gants, comme Jean-Jacques Brügger. Schopffer propose en outre des caleçons de peau, des bretelles, des havresacs, des carnassières de chasse, des bas de peau.

 

   Au port de Pully, la manufacture de maroquins et chamois, imprimés en couleurs unies et façonnées, propres pour pantalon, gilets et souliers de femme ». Masmejean en fait des « carlettes », soit bonnets brodés.

 

   A Nyon, P. Baup fabrique des cuirs élastiques « qu’on peut tendre à volonté » pour aiguiser les rasoirs. En 1836 la manufacture Cherpilloud de Rolle met les siens en dépôt au Bazar Vaudois. « Ces célèbres cuirs à rasoirs, si avantageusement connus en Europe, doivent être essayés par comparaison avec d’autres cuirs. Ils font parfaitement couper les rasoirs qui ont besoin d’être aiguisés et sur lesquels d’autres cuirs ne feraient aucun effet… » Ils sont offerts avec un rasoir Lecoultre (Le Sentier) pour la somme de 10 francs de France. Le grand cuir, creux, sans rasoir, coûte 5 francs de France dans sa boîte. Le cuir plus petit, 2 fr. 50. Les aiguisoirs pour canifs 1 franc seulement. La boîte à pâte supplémentaire double se vend 1 fr. 50, la simple 75 centimes.

 

   Il nous faudrait citer encore à Cossonay la fabrique de cols en cuir noir ciré à 15 batz la pièce, de Louis Bovey ; et MM. Lacombe et Cie, fournisseurs et fabricants d’équipement militaires, tel que havresacs en peau de veau avec courroie en buffle, les courroies seules à 25 batz.

 

*Jean-Jacques Mercier, regardez sur Internet quelle était cette dynastie.

 

GTell,

Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

 

Repost 0
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:21

 

Matières premières végétales et animales

 

 

Le bois 

   Les artisans du bois sont mal reflétés par notre miroir (annonces dans la Feuille d’Avis). Ni les bûcherons qui travaillent dans les forêts communales, ni les scieurs, ni les charpentiers ne mettent d’annonces, si ce n’est à titre occasionnel, pour vendre du lard ou acheter du fumier ! Tout au plus des planches de la Vallée de Joux, dont le bois est plus serré que celui des sapins de la plaine, sont signalées de temps à autre sur le marché.

 

   Les menuisiers et les ébénistes ne font guère davantage de publicité, si ce n’est pour liquider quelques meubles d’occasion. L’artisanat local suffit aux besoins courants. Une seule fois, un char de la Vallée de Joux arrive à la foire chargé de buffets et de râteliers.

 

Les tonnelierssont sûrs de leur clientèle. Ils n’offrent que du vin, du vinaigre, ou des baignoires, une de leurs spécialités. Il s’en vend ou s’en loue passablement à Lausanne dès 1800. Avant les années 1830, elles sont toutes en bois, alors qu’en Allemagne l’usage des baignoires de métal s’est répandu dès le XVe siècle.

   Un métier, aujourd’hui presque disparu, prospère : celui de fontenier. Entre 1830 et 1832, quatre d’entre eux travaillent à Lausanne. Ils se chargent non seulement de percer et de monter des fontaines, ils posent aussi des pavés et creusent des coulisses. A Epalinges, leur collègue François Riben vend des tuyaux de bois d’un pouce et demi de diamètre intérieur et de deux pouces et demi, aux prix suivants :

Prix :    1 ½ pouce, 9 batz la toise.

             2 ½ pouces, 10 batz la toise.

Pose : 14 et 16 batz la toise.

Pavage : 15 batz la toise.

 

Les tuyaux de grès apparus vers 1839 ne se posent qu’exceptionnellement. Certains fonteniers ne craignent pas de s’établir dans des villages écarté : à Rueyres, à Orzens, par exemple, où Louis Tanniger offre ses services aussi pour des puits, et des travaux de mine.

Les tourneurs vendent à leur atelier des chaises, des rouets, des « filettes » à coton, laine et fil, de leur fabrication ; ils font aussi des pipes, des tuyaux, des tabatières de buis et des bondes de tonneaux.

   Des spécialisations inattendues apparaissent parfois : c’est ainsi que l’ébéniste Louis Cochet reprend la fabrique d’arcs et de flèches de M. Bourgeois. Son fils parachève sa formation dans la branche à Lyon, « chez le premier maître de cette ville ». Quant à l’ébéniste Pupunat, qui cherche un apprenti un jeune homme de 16 à 17 ans, « appartenant à d’honnêtes parents », il se consacre essentiellement à la fabrication des violons, et devient un luthier réputé.

 

GTell,

Je rappelle que le livre : Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises, est écrit sur l’analyse des annonces passées dans La Feuille d’Avis de Lausanne par les commerçants de la ville et du canton.

 

 

Repost 0
17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 16:50

 

   Les archives officielles nous renseignent sur leurs œuvres les plus coûteuses et les plus rares, telles que les cloches et les canons. La Feuille d’Avis nous apporte un certain nombre de précisions inespérées ; elle redonne vie à des artisans dont nous ne connaissions plus que le nom ; elle nous révèle leurs activités annexes, dues parfois à la difficulté de fondre en hiver ; elle nous prouve aussi que la fonte du fer était pratiquée par un plus grand nombre d’artisans que nous ne l’avions supposé. Avant 1818, Jonas Develey offre des poids de fonte aussi bien que de laiton. Entre 1801 et 1831 apparaissent même à plusieurs reprises des cloches en fonte, qui sont pourtant considérées comme très rares avant 1870. Seule en effet une masse perlitique d’une qualité exceptionnelle résiste aux chocs des battants. Certes M. Oscar Stücheli en a découvert une qui fut coulée par un bourgeois d’Orbe, Guillaume Echaufourne, vers 1430 déjà. Une seule autre cloche, in datée, a été recueillie à La Sarraz. Elles étaient moins exceptionnelles que nous le croyons.

   Les maîtres fondeurs du reste du canton n’apparaissent que tout à fait incidemment : ainsi, lors de l’incendie de la cathédrale dans la nuit du 23 au 24 mai 1825, on admire la pompe de Préverenges, construite à Morges par Louis Golay (sur le modèle des pompes Schenk de Berne), et qui, placée au bord du Flon, alimente les seize autres pompes en action.

   Grâce à leur publicité, nous pouvons dresser une liste plus complète des fondeurs lausannois et un tableau de leur activité plus précise. Ils sont fondeurs et ont une autre activité annexe.

Heysé, Frédéric 1784, fourbisseur. (Qui nettoie et polit les armes blanches)

Duperret, Daniel 1795, † 1801 cloches, pompes, robinets, tournebroches, mortier ; aussi pendulier.

Muard, Jean-Baptiste 1803, Grand-Saint-Jean 45, vend du blé noir.

Develey, Jonas 1803-1818 Grand-Saint-Jean 6, balances romaines, poids de fonte et laiton.

Chapuis, Marc-Elie 1818, nouvellement établit, 1824, sous curatelle – fourbisseur et doreur, garnitures de bureau et de pendules, etc. ; achète le vieux laiton.

Develey, frères (Ferdinand) 1820-1832 Grand-Saint-Jean 7 – mécanique, balances, poids laiton, poids de fonte, chaînes d’arpentage ; instruments de physique et mathématiques.

Blanc, Jean-Louis, allié Noir 1812-1830 Grand-Saint-Jean 34 dès 1828, N° 31. Pompes, poids laiton, poids de fonte, plombier ; pierres à eau ; tuyaux de plomb ; « lieux » à l’anglaise.

Marquis, Charles 1822-1872 Escaliers du Marché 9, 1825, Grand-Saint-Jean 9 – bains et douches de vapeur, achète vieux métaux, antiquités, ferraille, plombier ; appareils de chasse.

Habegger, Pierre 1829-1830 Rue du Pré 11 – pompes à feu type Schenk, mécanique, plombier ; instruments de chirurgie et de mathématiques, paratonnerres.

Joseph, Auguste 1830-1849 Petit-Sain-Jean 15 – plombier ; ancien contremaître chez Blanc.

Ravessoud 1830 Rue du Pré – cloches de 20 livres.

Pache, Louis 1832 Grand-Saint-Jean 16 – plombier ; ancien contremaître chez Blanc.

Ney, Louis 1820-1853 – serrurier.

Ney, Isaac-Louis 1853-1858 – serrurier.

 

Les potiers ou fondeurs d’étain se satisfont de feux plus modestes, puisque l’étain fond à 232 degrés. Le rachat des pièces détériorées joue un grand rôle dans leur ravitaillement en matière première. Ils moulent des pots, des channes, des plats et des bassins. En 1800, Frédéric Reuchlin vante tout spécialement ses nouveaux chauffe-pieds utilisables en chambre, en voiture et au lit, ainsi que ses réchauds pour la table. Antoine Zanoni, qui semble vouloir regagner l’Italie en 1828, se spécialise par la suite dans la ferblanterie de ménage et la pose de vitres, tandis que son associé Domenighetti continue à couler des cuillers et à étamer des casseroles. La dynastie des Lacombe semble plus industrieuse. Dans son atelier et magasin du Grand-Saint-Jean, Louis Lacombe, outre les articles traditionnels, offre des jouets, qui ne sont pas tous de sa confection : les soldats d’étain sont importés. En 1822, il confectionne en série des pots, demi-pots, et quarts de pots à la nouvelle mesure. Philippe Lacombe, qui, de retour de l’étranger, reprend l’entreprise de son oncle en 1828, ajoute à sa production des « bouteilles de lit ». Associé à l’un de ses frères, il agrandit atelier et magasin, vend aussi la ferblanterie, achète tous vieux métaux, y compris la fonte. Les frères Lacombe possèdent un second atelier, à Genève, rue de la Monnaie. Ils se lancent dans la fabrication de robinet de tonneaux en métal blanc (alliage d’étain et d’antimoine), les perfectionnent d’année en année, les rendent capable de résister à la pression des vins mousseux. Un autre Lacombe, Louis (II), s’est installé à la Madeleine ; il s’intéresse aussi au métal anglais. Mais leurs efforts d’adaptation au monde nouveau n’empêchent pas le déclin de leur art, que concurrence toujours plus dangereusement la production massive et bon marché des bouteilles de verre.

 

GTell,

Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises,

 

 

Repost 0
16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 15:42

La métallurgie et ses dérivés.

 

Les artisans du fer.

 

   Sur l’industrie du fer, la Feuille d’Avis n’ouvre que des aperçus très incomplets. A part le miel et le fromage, les seuls produits de Vallorbe qu’elle signale occasionnellement sont les balances de David, puis de Jacob Glardon. Toute la production des chaîniers, des taillandiers, des couteliers, des fabricants d’outils aratoires, des tailleurs de limes et des cloutiers passe directement des grossistes aux quincailliers.

D’autre part, cataloguer les ventes ou locations de quelques forges de village – travail utile en vue d’un futur inventaire des usines à eau du Pays de Vaud – ne présente ici même aucun intérêt.

Nous nous bornerons à relever les aspects inédits que nous valent les annonces.

 

Le maréchal-ferrant travaille en ville autant qu’à la campagne. Il s’occupe souvent de charronnerie, spécialement dans les localités de La Côte. Il tient lieu parfois de vétérinaire. Il s’installe à la sortie de la ville, sinon dans le voisinage des voituriers ou des hôtelleries. Une forge mise en vente en 1832 à la rue de l’Ale convient tout particulièrement à un maréchal parce qu’elle bénéficie de la proximité de trois auberges. Le maréchal-ferrant de village est moins étroitement spécialisé. Celui de Bioley-Magnoux cherche un ouvrier qui soit simultanément bon ferrant et taillandier. A Crans, Gédéon Levrat, « artiste maréchal », qui dispose d’un martinet, construit des herses, des extirpateurs à cinq, six, sept ou neuf socs ; il expose des « charrues belges » à la foire de Morges, à 56 francs !

   Les cinq ou six cloutiers de Lausanne semblent souffrir de la concurrence massive de la région jurassienne. L’un d’entre eux, Müller, carde de la filasse et vend du chènevis. Un autre, François Olivier, ajoute vers 1830 l’armurerie à sa branche. Le cloutier mécanique accentue leurs difficultés. Le serrurier Christian Héberlé, inventeur à ses heures, fabrique à la machine dès 1835 des pointes de Paris. Il est imité deux ans plus tard par Sider-Duret, qui utilise dans son atelier une force motrice hydraulique.

   Les taillandiers lausannois ne manquent pas d’originalité : David Simon, qui s’établit en 1818 aux Escaliers-du-Marché, est un spécialiste des bistouris et de leur aiguisage. Auguste Jacot, au Grand-Saint-Jean, ne se borne pas à forger, à retailler et à aciérer tous les outils tranchants, il fabrique des bouchardes, il grave des fers à gaufres. On prétend en général que le fer à gaufres, cadeau de noces traditionnel, et souvent décoré des armoiries des époux, est importé de Franche-Conté. Sur plus de trois cents fers inventoriés dans le Canton, deux seulement proviennent de Vallorbe, six ou sept autres semblent gravés aux Clées (1521), à La Sarraz (1600) ou dans la région lémanique. La plupart de ceux dont l’origine est inconnue sortent vraisemblablement des mains d’artisans du pays, comme Jacot, ce que confirme l’existence de styles régionaux : Gruyère, Pays-d’Enhaut, Jorat, Jura bernois.

 

   Les armuriers, à qui l’on commande essentiellement des armes à feu, se distinguent toujours plus nettement des taillandiers. Le forage et le montage des carabines les rapprochent bien davantage des mécaniciens. Le recensement de 1799 en signale 36 en province et 2 à Lausanne. Les meilleurs n’ont pas besoin d’opérer dans la capitale pour obtenir des commandes. Joseph Paul la quitte même pour Vevey. Durussel, après son tour d’Europe, s’installe à Moudon. À Morges, Desponds se vante de posséder « la véritable recette anglaise pour bronzer les armes ». Frédéric Siber, dont les carabines paraissent renommées, quitte avec Morges pour Lausanne en 1820. Dix ans plus tard, il se brouille avec son fils, qui va travailler chez un concurrent. Ils se raccommodent par la suite, et fabriquent en série, après le tir fédéral de 1836, des modèles perfectionnés, mis à l’ordonnance ; leur coût est de 72 francs. Pour 80 francs, ils sont décorés d’un ruban et de gravures. Les armuriers vendent fréquemment des armes d’occasion. C’est ainsi que nous voyons Perrin, à Lausanne, offrir dans les petites annonces non seulement une paire de pistolets de poche anglais, à secret, mais deux obusiers pour lancer les grenades !

   Peu nombreux sur le plateau vaudois, les tailleurs de limes sont appréciés des autres artisans du fer. Lorsque Charles Rupp, de Reutigen (Berne), s’installe à Lausanne et demande l’autorisation de construire une roue à eau sur le Flon, sa requête est accompagnée des vœux de vingt-sept maîtres métallurgistes.

 

Les rémouleurs aiguisent en plein air : Beauberthier à la Palud, lorsque le froid ne l’oblige pas à rester dans son appartement de Saint-Laurent.

 

Les maîtres ferblantiers utilisent la tôle à des ouvrages très divers. Pour le Nouvel An, Wulchlègre aux Degrés du Marché, met à l’étalage « toute sorte de badinages pour les étrennes des enfants ».

   Les frères Renaud, qui s’établissent en 1818, fabriquent des caisses à thé en fer-blanc, et des chaudrons à thé en cuivre jaune, assortis. Ils vendent aussi des paniers à pain, à verres, des huiliers, des boîtes à tabac, importés. Ils sont à la fois chaudronniers et bimbelotiers. Jean Rudolph monte des tuyaux et des chénaux en fer-blanc, avant de passer aux cors de chasse et aux trombones ! Bonnet offre des baignoires en fer-blanc, révolution dans l’installation sanitaire. Elles étaient auparavant l’apanage des tonneliers. David Goldner passe aux poêles économiques.

 

Les serruriers entreprennent dans leurs ateliers toutes sortes de fabrications accessoires. Héberlé, d’Aubonne, offre des poêles en fer battu susceptibles de garder leur chaleur pendant vingt-quatre heures, et un moulin à pommes de terre d’une invention nouvelle. Son homonyme Christian, qui s’établit à Lausanne en 1822 après avoir travaillé pendant dix-huit ans comme chef-ouvrier dans divers ateliers parisiens, monte des poêles économiques, des barrières de balcon, des rampes d’escalier. Il invente une machine qui fabrique des croisées pour vitraux d’églises et archivoltes, en tôle. Il met au point un nouveau type de pressoir, pour lequel il demande un « privilège exclusif ». Demande embarrassante pour le gouvernement vaudois. Il n’existe pas de législation cantonale sur les brevets. Le Conseil d’Etat redoute les monopoles et privilèges qui entravent les progrès industriels. Sans parler de ses pointes de Paris, Héberlé s’occupe encore de la tourbière de Boussens ! Les autres serruriers, Ortolf, par exemple, tout comme le ferblantier Goldner, construisent des poêles ou des mécanismes. A Nyon, Elysée Perret se spécialise dans les balances à bascule pour magasins, les ponts à bascule pour chars, voitures ou bestiaux : sur le modèle d’A. Quintenz de Strasbourg, ainsi que dans tout autre type de balance ou de romaine. Quelques-unes des pièces qu’il a montées peuvent peser jusqu’à quarante quintaux, soit environ deux tonnes.

   En 1848-1849, Marc Rupff confectionne non seulement des serrures, mais des cylindres à broyer le raisin.

   Les  fondeurs de bronze et de fer évoluent des pompes ou des appareils sanitaires vers les constructions mécaniques. Develey « le Jeune » fabrique en 1800 des thermomètres, des aréomètres d’un genre nouveau, des lunettes. Develey « l’Ainé », père et fils, montent en outre des balances sur colonnes de laiton « et tout ce qu’on leur commandera en instruments de mathématiques, de physiques, etc. », y compris des bandages élastiques. Gloor et Habegger les imitent. Le second établit en outre des paratonnerres « à la moderne ».

   Uniquement mécanicien, Hugonet crée et raccommode les garnitures de lampes à quinquet. Louis Jacques, utilise ses dons à « redresser les enfants mal faits ». A Vevey, Collomb bâtit des tourne-broches simples ou doubles à ressorts, sans corde ni poids.

   La première mécanique à vapeur, à part le Winkelried ou le Léman, est l’œuvre d’un jeune Yverdonnois. Elle fait mouvoir une machine hydraulique, un jeu de marionnettes et un métier à tisser miniature ! Elle est présentée – prix d’entrée 2 batz – à la curiosité des badauds.

   Parallèlement, la grosse mécanique sort ses premiers incunables : J. Rumpf, « artiste mécanicien en bois », qui dispose d’un rouage sur la Louve, bâtit des moulins, des machines à battre le blé ; Jean-Pierre Maillard, meunier à Chesalles sur Oron, des batteuses mues par le cheval, ou à bras.

   La mécanique, au sens où nous l’entendons, fait lentement son apparition. En 1849, François Contesse, à la Barre, qui offre quelques grillages en fer, fabrique des vis de pressoir de toutes dimensions et des cylindres à fruits et raisins, tout d’abord au Vallon, puis sous la Borde. C’est vers 1860 que l’industrie mécanique prend son essor avec les ateliers et la fonderie Duvillard. Dans le canton, son succès est plus rapide : dès 1838 à Romainmôtier, dès 1840 à Vevey. Mais ceci est une autre histoire, que la Feuille d’Avis ne nous a pas racontée…

 

Je rappelle que le livre : Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises, est écrit sur l’analyse des annonces passées dans La Feuille d’Avis de Lausanne par les commerçants de la ville et du canton.

 

GTell

 

Repost 0
14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 17:16

Saint-Loup. – Les bains de Saint-Loup disposent eux aussi, dès 1821, de douches ascendantes et descendantes. « Ces eaux sont avantageusement connues depuis longtemps par les cures nombreuses qu’elles ont opérées. La bonté de l’air qu’on y respire, l’étendue et la variété des vues, la diversité et le charme que les environs offrent pour les promenades, ainsi que la proximité de la grande route, contribuent à en faire un séjour des plus agréables. On y trouvera de plus des logements propres et commodes, une bonne table et des procédés honnêtes. S’adresser pour de plus amples détails à Mme Juvet auxdits bains. »

 

Bex. – Les sources sulfureuses découvertes en 1717 à Bex, dans la plaine, puis perdues, sont retrouvées en 1823. Analysées, elles révèlent à peu près les mêmes propriétés que celles de Loèche. Immédiatement, une petite annonce offre des chambres « à prix très raisonnable pour la saison des bains soufrés » et chante les louanges du site : « le local fort agréable offre de jolies promenades, et on peut avoir de Bex même ou de la montagne du lait et du petit-lait de chèvre ; on peut s’y procurer facilement d’excellants fruits, du gibier et du poisson ». Quelques semaines plus tard, Louis Durr annonce l’ouverture de ses bains d’eau douce et d’eau soufrée pour la première semaine de juillet.

 

L’Etivaz. – Le canton de Vaud recèle d’autres stations encore : Marie Dizerens née Mottier, rouvre les bains de l’Etivaz, « prêts à recevoir les personnes qui voudront y venir chercher les bons effets de ses eaux, dont l’efficacité est connue depuis longtemps. La soussignée, qui y a demeuré longtemps comme servante, et ensuite a servi dans les meilleurs maisons de Lausanne, y est revenue comme propriétaire, et s’est empressée de mettre ces bains dans un meilleur état, afin de mériter l’approbation des personnes qui voudront profiter du bon effet de ses eaux, sont priées de s’y rendre au plus vite » !. Ils sont bâtis au milieu d’un grand domaine alpestre, comprenant estivage et hivernage. La maison des bains s’accompagne d’une grange, d’une étable et d’une écurie. Une forêt assure un ravitaillement en bois surabondant. Jean Dizerens vend le tout aux enchères, promettant de se montrer coulant (c’est bien dans la ligne d’un maître baigneur), pour les prix, et très accommodant pour le terme des payements. A-t-il déjà fait fortune ?

 

Lavey. – Une captation nouvelle enrichit la collection des bains vaudois : celle de la source de Lavey en 1831, source sulfureuse la plus chaude de Suisse puisqu’elle sort à 52°. En 1833, le pharmacien Allemand s’en fait le dépositaire : il la vend en bouteilles ! Le chapelier Lacombe, puis le sieur Bonnard lui succèdent. Dès 1836, il est possible de faire la cure sur place dans des conditions agréables.

 

Saint-Gingolph. – Grâce aux bateaux à vapeur, la traversée du lac devient un jeu. Sa rive méridionale entre dans le rayon d’attraction de Lausanne. Lorsque le sieur Vouilloux installe à Saint-Gingolph, avec l’autorisation du gouvernement valaisan, ses bains à vapeur aromatique, dont l’effet médical est largement attesté, il compte puiser une bonne part de sa clientèle parmi les lecteurs de la Feuille d’Avis. N’auront-ils pas l’avantage de jouir « de la belle perspective du Canton de Vaud » ?

 

Evian. – Les eaux gazeuses d’Evian par leur agrément et leur action médicale imitent à s’y méprendre l’eau de Seltz naturelle ». L’épicier Croisat en tient un dépôt. L’Hôtel des bains d’Evian est géré par André Blanc, ancien concierge du casino de Lausanne : autre raison de se sentir à l’aise sur la côte savoyarde.

 

L’énumération pourtant n’est pas complète :

Prangins, Rolle, Henniez ne placent aucune annonce, pas plus qu’Yverdon, dont les bains pourtant reprennent de l’importance à partir de 1827. Ces ressources balnéaires remarquables n’empêchent pas les Vaudois de s’entendre par l’intermédiaire de la Feuille d’Avis, pour louer à frais partagés la voiture qui les conduira à Spa, à Courmayeur, à Aix-les-Bains, à Contrexéville, à Schinznach ou à Baden…

 

GTell,

Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

Repost 0
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 17:43

 

 

Si dans la première moitié du XIXe siècle Lausanne, de ville de cure qu’elle était, se transforme tout simplement en une ville propre, toute une série de stations balnéaires tâchent d’attirer à elles aussi bien les étrangers venus prendre les eaux dans la capitale vaudoise que les Vaudois eux-mêmes. En 1801, Jean-Louis Monnet, de Vevey, tenancier du Cygne à Martigny, annonce son départ pour l’auberge des bains de Loèche, et se recommande.

 

Les Bains de l’Alliaz. – Dès 1812, les bains de l’Alliaz sur Blonay, dont les eaux minérales viennent d’être déclarées gazeuses, hydrosulfureuses et salines par le professeur Struve et le Dr Rengger, rappellent qu’elles « sont connues depuis longtemps par leurs effets salutaires dans toutes les maladies cutanées et autres. Il y a un bâtiment agréable et commode, situé dans un charmant vallon où l’on jouit de l’air pur des montagnes ; on peut y faire des cures de petit-lait, lait de chèvre, etc. Ces avantages réunis aux soins que l’on apportera dans le service assurent le contentement de ceux qui le fréquentent ». En 1823, un nouveau traiteur indique le prix de pension : 50 livres par mois pour trois repas, « 32 livres pour dîner à la première table ». Des douches ascendantes et descendantes sont à la disposition des baigneurs. » Les étrangers amateurs de montagnes et beaux points de vue seront à portée de faire des excursions dans les Alpes. »

   Le chimiste espagnol de Gimbernat découvre encore dans ses eaux en 1828 du « protoxyde de fer et une matière azotée organique analogue à la gélatine » … « ce qui rend compte de leur efficacité éprouvée par une longue expérience ».

 

GTell, Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises.

 

Sur Internet: http://fr.wikipedia.org/wiki/Bains-de-l%27Alliaz

Repost 0
12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 15:06

…La société nouvelle remet les bâtiments à neuf. Elle augmente le nombre des chambres de bains, y joint une « chambre pour douches descendantes et ascendantes », puis en août des « bains de fumigation ». L’année suivante, les propriétaires disposent d’un char « de côté » couvert qui s’en va chercher les clients à leur domicile. Le transport est gratuit. Seule dépense : le pourboire du cocher. Dès 1824, les bains sont ouverts toute l’année. Dans la saison froide, les chambres de bains sont chauffées. « On y trouve également de bonnes chambres chaudes et des chambres proprement meublées pour les pensionnaires ». Les propriétaires portent en outre les bains chauds à domicile, selon une mode allemande que Paris a adoptée en 1819. Pour attirer plus sûrement la clientèle, un vivier est installé, qui assure des poissons toujours frais. En 1830, on y propose en été des bains froids, à moitié prix. Mais il semble que dès cette date, ils aient de la peine à subsister. Racheté en 1832 par Charles Delévant, ils se retrouvent en vente en 1833. Le bâtiment des bains, nous apprend l’offre de vente, comprend six chambres au rez-de-chaussée pour l’usage des baigneurs, une cave et un caveau ; au premier étage, cinq chambres et une cuisine, avec une chaudière pour deux mille pots (environ trois mille litres). A l’étage supérieur, sept chambres indépendantes et deux cuisines, pour les pensionnaires. Ces bains sont, dit l’annonce, « avantageusement connus et extrêmement fréquentés ; …leurs eaux, appréciées par les hommes de l’art, se recommandent par une qualité légèrement minérale. Chaque chambre de bains est pourvue d’une baignoire doublée en zinc, de tuyaux de plomb en bon état et de tout le mobilier nécessaire. Deux sources permanentes versent leurs eaux dans des réservoirs taillés dans du roc, et servent soit à alimenter la fontaine, soit à fournir l’eau nécessaire pour le service des bains ». en 1834, l’entreprise promet de l’eau chaude à toute heure, et coule des lessives, opération qui dure six heures, grâce à la vapeur. Pour lutter contre la concurrence, elle organise un service de « ventouseurs ». les douches sont données avec « différentes eaux minérales ». Mais à la fin de l’année, l’établissement est de nouveau à louer. Il est ouvert encore en 1849.

   Le Vallon de la Louve possède aussi ses bains, au Boverat, sous l’actuel palais de Rumine. En 1800, ils sont tenus par Siméon Doy, maître de musique, et par son épouse ; en 1801 par sa veuve. Ils s’ouvrent chaque printemps jusqu’en 1837.

   La maison comprend deux étages divisés en plusieurs appartements, et un rez-de-chaussée avec les bains, une traiterie* et un billard. Elle est entourée d’une cour avec fontaine, d’un jardin, d’une terrasse et d’autres dépendances. En 1835, lorsque l’hoirie de Louis Bocion la met en vente, elle déclare « le tout très achalandé ».

   Hors de la ville, mais encore sur le territoire communal, d’autres établissements se créent, celui de l’Hôtel de l’Ancre à Ouchy, en 1830, celui que Louis Delédevant installe en 1833 sur sa campagne du Dévin à Chailly.

   A partir de 1834, la Maison de Santé offre elle aussi ses bains au public : prix, trois batz pour le bain simple, huit à douze batz « pour la ventouse. Les hommes sont soignés et ventousés par le directeur des bains (Louis Odoz) et les femmes par son épouse. Les deux déjà connus et expérimentés dans les soins à donner aux malades ». le 30 septembre de la même année, la découverte d’une seconde source assure une eau abondante, un débit toujours suffisant ; les bains sont ouverts toute l’année. Même l’Hôtel du Lyon d’Or à la rue de Bourg met ses bains chauds à la disposition du public, offre de les porter à domicile, et en 1834, les fournit à l’abonnement.

   Si les bains du Vallon insistent sur la qualité minérale de leurs eaux, les autres établissements apparaissent de plus en plus comme des institutions assurant l’hygiène et la propreté des habitants. Ainsi ces nouveaux bains de la Riponne, construits en 1836, composés d’un salon d’attente, d’un vestibule d’entrée, d’une loge et de dix chambrettes contenant onze baignoires, ouverts de 6 heures du matin à 10 heures du soir.


*traiterie. Si vous savez ce que sait… pour mes recherches sur Internet, j’ai trouvé dans un vieux dictionnaire de français : le Van Daele la signification suivante du mot : Traitier (tractare), va. Orth. traictier ; va. : traiter, s’occuper de – manier, soigner, traiter (= parler de) [un sujet] – gouverner, conduire, traîner, traduire en justice – tirer, susciter – un. : tr. de = traiter de.

D’autre part, dans Rapport au Grand-Conseil du canton de Vaud par la Commission chargée de l’examen du projet de loi sur l’établissement des auberges, cabarets, cafés, traiteries et pintes. SESSION DE MAI 1840. Aucun hôtel ou auberge, cabaret ou auberge à traiterie ou restaurant, café, pinte ou autre établissement analogue, destiné à la vente en détail des boissons, ne peut exister qu’en vertu d’une concession accordée par le Conseil d’Etat.

J’en déduis qu’une TRAITERIE est une maison de soins où il y a aussi un débit de boissons.

 

GTell, Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

 

Repost 0
11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 17:49

   À Lausanne séjournent non seulement les étudiants réformés que leurs parents envoient dans une ville académique vertueuse, mais aussi de nombreux étrangers qui viennent passer quelques mois dans un pays paisible et salubre. La ville ne manque ni d’auberges, ni d’hôtels. Ainsi l’Auberge du Guillaume Tell, en Martheray, sur la grande route de Berne, avec douze chambres à coucher, deux salles, une bonne fontaine dans la cuisine ; une écurie pour quarante chevaux avec fontaine ; un fenil capable de contenir trente chars de foin.

   Les hôtels, ceux du Faucon ou du Lyon d’Or, ont plus noble allure. Les étrangers qui séjournent longuement préfèrent prendre pension dans une famille bourgeoise, ou louer un appartement en ville, les plus fortunés, une maison de campagne. Des traiteurs préparent au besoin leurs repas ou leurs réceptions ; des cafés et des billards les attendent. Celui de la rue Saint-Pierre (au N° 21) « est établi dans une belle salle à cheminée, ayant une vue superbe ». Le billard, neuf, est éclairé par deux lampes « à l’Argand ». La partie ne coûte que trois kreutzer de nuit et deux de jour. « On y trouvera à contentement les vins et les liqueurs que l’on peut désirer… ».

   Les hôtes qui s’arrêtent plusieurs mois, sinon plusieurs années, se mêlent intimement à la vie locale. Le souci de leur ménage les met en contact avec les marchands et les artisans. Pour acquitter leurs dettes, ils annoncent leur départ dans la Feuille d’Avis : « Mesdames Dunsford, maison Grenier-de Loys, étant dans l’intention de quitter Lausanne sous peu, préviennent les personnes auxquelles elles pourroient devoir, à quel titre que ce soit, de fournir leurs comptes avant le 20 de ce mois ; passé ce terme, elles se prévaudront de leur avis ». « Les personnes qui ont des comptes à régler avec la princesse Dolgorouki, sont priées de se présenter chez elle, campagne Emery, ou à Montolivet, dans le courant du mois ».

   Les artisans et commerçants de la place soignent une clientèle qu’ils espèrent généreuse. Les loueurs d’appartements, les vendeurs de chevaux, les voituriers insèrent de temps à autre des annonces en anglais. Le traiteur-confiseur Jeantellet le fait aussi pour attirer l’attention sur ses pâtés froids et sur ses pâtés de Noël à la mode anglaise est tout indiquée : « Mrs Demartines, a widow, mantua (mantes) and stays (corsets) maker having had the honour of working for many English families at their full satisfaction. Apply N. 21 St. Peter, near the Falcon Hotel ».

   Une partie des visiteurs étrangers vient passer l’hiver à l’abri des frimas des plaines allemandes ou russes ou loin des brouillards des îles Britanniques. Ce sont ceux que nous voyons demander leur compte au début du printemps.

   D’autres désirent au contraire jouir du charme de l’été et des bains du lac. Cet attrait des plages d’Ouchy ou de Vidy n’a pas été relevé à notre connaissance. En 1793, on offre à louer une maison « neuve, très agréablement située pour prendre les bains du lac, près de la grande route, et à demi-lieue de Lausanne » ; en 1801, à Ouchy, « un appartement pour les bains, par mois ou par année » ; en 1818, « un appartement de quatre pièces, meublé ou non, et une petite maison dans le lac pour bains de Dames ». En juin 1835, le sieur Ruchonnet, à Cour, ouvre même une pinte temporaire » sur le chemin des bains des femmes », sans doute pour calmer l’impatience des messieurs…

 

GTell, Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises

Repost 0
10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 16:57

   Le jour où le Gouvernement bernois renonce à protéger les corporations horlogères des villes vaudoises, le 6 mars 1776, il consacre la victoire de la montagne sur la plaine. Dans les principales villes du canton, un certain nombre de penduliers et horlogers survivent tant bien que mal.

 

   À Lausanne, entre 1791 et 1801, Narbel, aux Degrés-du-Marché, construit des pendules, des tournebroches à ressort et portatifs ; il répart tout mécanisme, y compris ceux des serinettes, tandis que sa femme recouvre les parasols et leur met cannes et viroles.

   Pierre-Frédéric Giroud, rue Saint-Pierre, monte aussi des lunettes. Jacob Conod et fils, « horlogers et mécaniciens » rhabillent et fabriquent les montres ordinaires ainsi que des tabatières à musique. Ils offrent des pendules sonnant les heures et les quarts « répétant à volonté par un troisième corps de rouages ». Abram-Louis Dubois, au Petit-Saint-Jean, ne monte que les boîtes. En 1823 il s’assure la collaboration d’un ouvrier, Jean-Pierre Tissot, pour les rhabillages de pendules, répétitions, pièces à musique, carillons, etc. Il vend aussi montres et cartels.

 

   Les deux tiers des ateliers d’horlogerie sont vers 1830 entre les mains de Jurassiens : Les Conod des Clées, les Golay, Maylan, Reymond, de La Vallée ou de Vaulion, les Vallotton de Vallorbe, les Lassieur de Sainte-Croix, les Reymond du canton de Neuchâtel.

 

   De toutes les annonces horlogères, la plus intéressante décrit une pendule mécanique fabriquée par Louis Rochat de La Vallée de Joux, « dont la cage, les ciselures et la dorure offrent un travail qui ne le cède en rien à ce qui se fait de mieux à Paris ». Elle « est composée de plus de 2800 pièces, qui servent à faire exécuter les divers mouvements des objets mécaniques dont ce bel ouvrage est orné. On y voit un soleil dont les rayons se meuvent, des colimaçons flamboyants, de grandes rosaces qui changent de couleur, un oiseau qui chante, un escamoteur chinois dont les mouvements de tête ; des yeux et surtout des lèvres sont si naturels qu’on diroit qu’il respire, il fait agir ses gobelets d’où il sort des fruits, des balles, et il finit par escamoter un colibri qui chantoit un air devant lui, etc.., etc. – On peut la voir tous les jours depuis 9 heures du matin à 9 heures du soir, au premier étage de la maison ci-devant Creux, place de la Palud N° 2. Prix d’entrée 10 batz, et moitié pour les enfants ».

 

 

GTell, Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises. La Feuille d’Avis de Lausanne 1762-1962

Repost 0