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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 17:22

Souvent je vous ai dit que la Suisse moderne avait commencée en 1848 et c’est ce que dit aussi tout le monde politique et historien du pays. C’est une vérité que je ne conteste pas. Notre démocratie aujourd’hui cité en exemple, fait que nous nous convainquons de cette réalité et nous votons régulièrement en croyant faire acte démocratique et civique. Ça n’a pas toujours été le cas et quand la Suisse s’est affranchie des liens difficiles qu’elle entretenait avec ses voisins, ça n’a pas toujours été très démocratique et pas toujours pour le bénéfice du peuple, mais bien pour les privilégiés, ceux de l’ancien régime.

 

Le grand homme qu’était Alexis Tocqueville, grand observateur des démocraties, qu’elle soit grande comme les Etats-Unis ou petite comme la Suisse, il avait une opinion qui faisait foi.

Alexis Tocqueville

Alexis Tocqueville

Tocqueville place le mouvement démocratique suisse dans le cadre de l’évolution générale. « Si le théâtre est petit, le spectacle a donc de la grandeur ; il a son originalité par la multiplicité des races, des langues, des circonstances religieuses, des deux classes de société ».

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La Révolution n’a pas laissé de profondes traces en Suisse ; l’effet produit par la Restauration y est d’autant plus grand. L’antagonisme entre les mœurs politiques de l’ancien régime et les tendances modernes amène des mouvements révolutionnaires plus violents que dans d’autres Etats. Depuis 1830, nombre de cantons ont évolué dans le sens démocratique, tandis que la Confédération en est restée à l’état de 1815. Or, les démocraties représentatives remplaceront les démocraties pures (Landsgemeinde).

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« C’est le pouvoir judiciaire qui est principalement destiné, dans les démocraties, à être à la fois la barrière et la sauvegarde du peuple ». « La justice est une puissance de tradition et d’opinion qui a besoin de s’appuyer sur des idées et des mœurs judiciaires ». Or, celles-ci n’ont pas encore acquis, dans le peuple suisse, la place qui leur revient ; la justice n’y est pas encore assez indépendante.

Certes, la justice n’avait pas encore son indépendance, comme le peuple d’ailleurs. C’est une classe élevée, instruite et de privilégiés qui détenaient le pouvoir. C’est ces hommes qui firent la Suisse pour leur usage en premier lieu et par la suite le peuple fut gentiment intéressé.

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Tocqueville est un bon observateur des mœurs politiques, mais était-il aussi bon observateur des mœurs du peuple ?

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Il n’est pas dit qu’il voyagea dans nos vallées et nos cols, qu’il alla à la rencontre des gens, bergers et vachers de nos alpages, qu’il visita les villages les plus miséreux que pouvait donner à voir la Suisse d’alors.

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Le peuple n’ayant pas droit à la parole et surtout pas les femmes (c’est en 1971 que celles-ci ont obtenu le droit de vote.), les droits fondamentaux et démocratiques sont-ils bien les mêmes, entre ceux de 1848 et ceux d’aujourd’hui ?

Ce lundi, premier jour de l’entre-deux tours des élections présidentielles française, on constate que le bipartisme traditionnel n’est plus là. Ce n’est plus la Gauche contre la Droite, c’est le Centre contre l’extrême-droite. En Suisse, le même scénario n’est pas possible, puisqu’il n’est question que de compromis chez nous. Le compromis qui fait notre force et qui est détesté ailleurs. La paix du travail (1937) étant le plus important, semble-t-il chez nous, qu’il a fallu toujours discuter ensemble, autour de la table, le haut et le bas, le patronat et les ouvriers, la gauche et la droite, et ainsi sortir un compromis utile à tous. La question est : « le compromis politique et social est-il le meilleur système ? ».

G.Tell, Libre opinions

Extraits de La France et la Suisse de 1848 à 1852, par H. Bessler 1930

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 16:40

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Un cas particulier.

Les ruines les plus étonnantes, au dire des archéologues, sont celles d’une immense maison, un véritable palais aux sols recouverts de mosaïques, chauffé à l’air chaud, avec piscine et tout le confort et le luxe dont jouissaient les Romains à l’apogée de l’Empire.

 

L’histoire traditionnelle enseigne qu’Augusta Raurica fut complètement détruite par les Alamans en 259-260 apr. J.-C. et que la ville fut ensuite abandonnée des siècles. Or, ce qu’il y a d’étonnant, c’est que ce palais fut construit un siècle après la destruction d’Augusta Raurica, sur les ruines de l’ancienne cité. Ce qui signifie qu’il existait un homme assez riche – et assez convaincu que les Germains installés de l’autre côté du Rhin n’attaqueraient pas une nouvelle fois – pour construire cette villa luxueuse. Les fouilles de la villa se poursuivent et promettent pour les années à venir toute une série de découvertes surprenantes.

L’amphithéâtre d’Augusta Raurica se distingue des autres amphithéâtres romains par le fait qu’il a été creusé dans le sol au lieu d’être construit en hauteur. Le terrain présentait probablement à cet endroit une dépression naturelle qui fut élargie, vers 150 apr. J.-C., lorsque les combats furent exclus du théâtre reconstruit et désormais réservé aux seules représentations scéniques. Du cœur de l’arène, on n’entend que le vent dans les arbres et on ne voit plus de vieux murs effrités. Ce lieu évoque avec réalisme la désolation d’un empire déchu.

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La forteresse de Kaiseraugst

Puisque Kaiseraugst est juste à côté d’Augst, il est bien pensable qu’à l’époque romaine, comme aujourd’hui, d’une cité romaine fortifiée à une autre cité, peu de distance entre-elles, existait déjà.

 

En arrivant dans la ville, en face de l’école se dressent les murs imposants de la citadelle romaine de Kaiseraugst.

Plan de la forteresse

Plan de la forteresse

Il est vraisemblable qu’il y eut une petite agglomération à Kaiseraugst dès les premiers temps de la Gaule romaine, du fait que la grande artère romaine sud-nord rejoignait le Rhin à cet endroit. Au fil des siècles, les Romains construisirent deux ponts sur le Rhin à Kaiseraugst. Le plus ancien des deux passait à la limite ouest du village actuel. C’est aujourd’hui la partie la plus large du fleuve, alors qu’à l’époque romaine et avant que ne fût construit le barrage d’Augst-Wyhlen, une île émergeait près de la rive nord ; le pont y prenait appui et rejoignait la rive. La seule trace encore visible de ce pont est une profonde entaille dans la terre du rivage allemand, à l’endroit où la route romaine remontait au niveau de la côte. On s’accorde à penser que ce pont était en bois et qu’il fut sans doute la proie des flemmes lors des premières invasions alémanes, en 259-260 apr. J.-C.

Commentaire.

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[Un fleuve, longtemps frontière pour les Romains, une voie romaine axe nord-sud et un axe est-ouest, un ou deux ponts à Kaiseraugst, on peut imaginer les renforts romains, passant par-là, pour rejoindre la grande armée de Marc Aurèle le Bon, à Vindobona, là où il devait mourir (Vienne Autriche). Si vous avez vu le film « Gladitor » qui montre les combats qu’il entreprenait à proximité de Vindobona. Les légions romaines devaient probablement venir, autant du nord que du sud.]

En 294 apr. J.-C., les Romains construisirent un nouveau pont, en pierre cette fois et à quelques centaines de mètres en amont de l’ancien. De solides piles en maçonnerie furent ancrées sur le fond rocheux du fleuve ; leur hauteur avait été calculée en prévision des plus grandes crues que les Romains pouvaient imaginer. Sur cette maçonnerie furent posées des poutres de bois, elles-mêmes supportant les madriers de la chaussée. Ainsi, cette construction en bois pouvait être facilement détruite en cas d’attaque de l’ennemi et remplacée par la suite avec un minimum de frais et d’efforts. Il y a quelques siècles, on pouvait encore voir, par basses eaux, les piles de maçonnerie.

Plan général

Plan général

Pour défendre ce pont, une place forte fut construite sur la rive par la Legio prima Martia, laquelle on donna le nom de Castrum Rauracense. L’extrémité sud du pont donnait accès à la citadelle par une porte, puis la route traversait la forteresse pour ressortir de l’autre côté par un portail et pénétrer dans les terres. Cette citadelle mesurait environ 280 x 170 m et fermait un quadrilatère irrégulier. Les murs, construits avec des pierres récupérées à Augusta Raurica, avaient entre 3 et 4 m d’épaisseur, et 8 m de hauteur. Tous les 30 m, une tour carrée s’élevait au-dessus du mur. Une fois achevée, la citadelle pouvait abriter toute une légion de 6000 hommes ; la population civile quant à elle s’établit en dehors de l’enceinte, à l’ouest. Des pans de mur sont encore visibles dans le vieux quartier de Kaiseraugst, ainsi que les vestiges des thermes de la légion et d’une église chrétienne primitive datant de la même époque.

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Ainsi prend fin la présentation des vestiges romains d’Augst et de Kaiseraugst.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 16:16

Le chemin mène à l’autre extrémité du forum, où se trouvait la basilique, qui servait de tribunal et de bourse de commerce. Le terrain primitif descendait de l’emplacement du théâtre à celui de la basilique ; pour niveler la surface du forum, on érigea un haut mur de brique et de pierre, qui servit d’assise à la partie arrière de la basilique. Ce qui reste du mur atteint une hauteur de 10 m. Du côté extérieur de ce mur, une tour ronde renfermait le trésor de la cité à l’étage inférieur et, au-dessus, la salle du sénat municipal, ou curie. Quelques restes calcinés de la basilique ont été récemment dégagés de la salle du trésor, tandis qu’une partie de la curie a été reconstituée pour mettre en évidence les sièges semi-circulaires des décurions, ou conseillers municipaux, qui se réunissaient là pour administrer la colonie. A l’angle nord du mur de la basilique, on distingue encore une gouttière en pierre destinée au drainage des eaux de pluie de la grande place, ainsi que les fondations de l’escalier de la basilique. Un passage sous cet escalier mène aux caves de cet édifice ; il est fermé par un portail moderne en fer.

Le site archéologique d’Augusta Raurica [2]

A quelques mètres au nord de la basilique, une pièce d’habitation romaine a été partiellement excavée et restaurée afin de montrer le fonctionnement du chauffage central. Le sol reposait sur des pilotis de tuiles d’environ un mètre de hauteur et l’air chaud provenant d’un fourneau à bois circulait sous le sol de pierre et dans les tubulures établies à l’intérieur des murs. Un tel système de chauffage central représentait le minimum de confort pour les Romains installés au nord des Alpes, mal habitués par le climat méditerranéen à supporter le froid de nos régions.

 

Repasser maintenant par le théâtre et gravir l’escalier qui lui fait face ; sur le terre-plein, on remarque un bloc de maçonnerie carré : c’est la base d’un temple de conception classique, avec une colonnade sur la façade antérieure, une pièce unique pour la statue du dieu et un toit à fronton. Sa construction remonte à l’an 150 apr. J.-C. environ, c’est-à-dire à l’époque où le théâtre fut reconstruit ; ce temple prit la place d’un sanctuaire datant des débuts de la colonie. Il était entouré d’une enceinte sacrée à laquelle était adossé un portique à colonnade. Du podium, la vue s’étend sur le théâtre d’un côté et sur la vallée de l’autre.

Statuette de la déesse Victoire

Statuette de la déesse Victoire

Cette magnifique statuette de bronze provient d’une maison privée de la colonie d’Augusta Raurica. La déesse de la Victoire trône sur une sphère symbolisant la Terre – Lune et étoiles sont en incrustations d’argent – et soulève au-dessus de sa tête un disque orné de la tête de Jupiter. L’ensemble est une glorification de la victoire de la puissance romaine sur l’univers, victoire favorisée par le dieu des dieux.

A l’angle du petit terre-plein sur lequel s’élevait le temple, on voit que ce terre-plein a été agrandi par la construction d’un haut mur de soutènement en pierre et en brique ; contre ce mur s’adossaient les entrepôts municipaux. Ce mur a été dégagé sur toute la hauteur, et l’on peut examiner les consoles de grès qui soutenaient les piliers des entrepôts en bois.

Au pied de ce mur, on peut également admirer une section d’aqueduc, découverte dans la région de Liestal. On se représente généralement les aqueducs comme des conduites portées par des arches et s’étirant à travers le paysage. En fait, les Romains préféraient poser des canalisations souterraines, à l’abri de l’homme et des intempéries. L’aqueduc souterrain exposé ici est assez grand pour qu’un homme puisse passer et faire les réparations nécessaires. Le solide travail de maçonnerie témoigne de l’excellente qualité de la main-d’œuvre et du génie civil romains. L’aqueduc qui amenait l’eau potable dans les maisons et les bâtiments publics d’Augusta Raurica s’allongeait sous terre sur une longueur de 9 km, des sources du bas du Jura jusqu’au sud de la cité. A cet endroit, un aqueduc aérien, aujourd’hui disparu, prenait le relais. L’eau qui arrivait à la cité était alors filtrée dans de grands bassins et passait ensuite dans les tuyaux de plomb qui alimentaient chaque maison de la cité, ainsi que les fontaines publiques et les thermes. Il existait également un système complet d’évacuation des eaux usées, qui se déversaient dans le Rhin.

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[Regardez que les Romains, n’ont pas tiré l’eau du Rhin, juste à côté de la cité, pour l’alimentation quotidienne et pour les bains, mais bien une eau de source prise très loin.]

Stèle mortuaire en grès rouge

Stèle mortuaire en grès rouge

Noter le souci de réalisme dans les traits des visages et le drapé des vêtements – robe longue pour la femme, tunique courte et manteau agrafé sur l’épaule par une fibule pour l’homme.

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 17:23

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La description que je vais vous donner est tiré d’un guide touristique : « Guide Romain de la Suisse », publié par Payot Lausanne, 1975

Augusta Rauricorum, ou Augusta Raurica, doit son nom à une petite tribu celtique, les Rauraques, qui étaient installés dans cette région avant l’arrivée des Romains. Ils furent défaits par les légions de César, en même temps que les Helvètes, à la bataille de Bibracte, en 58 av. J.-C., et furent alors renvoyés sur leur territoire. Mais peu après, une troupe armée de Rauraques rejoignait les rangs de Vercingétorix, qui, en 52 av. J.-C., appelait les tribus gauloises à la révolte contre les légions de César. Pour prévenir toute sédition de la part des Rauraques, le général romain Lucius Munatius Plancus établit au milieu de leur territoire une colonie de légionnaires vétérans, vers 44 av. J.-C.

Au moment de son apogée, Augusta Raurica comptait 20 000 habitants ; c’était une vraie cité romaine : elle possédait un théâtre, un amphithéâtre, sept temples, deux thermes publics, une basilique, deux forums, un aqueduc, et ses rues d’habitation s’ordonnaient selon un quadrillage régulier. Dans tout l’Empire, la ville était renommée pour ses jambons fumés, son lard et ses saucisses. En 259-260 apr. J.-C., les Alamans brûlèrent la cité, qui ne fut plus jamais reconstruite. Une partie des anciens habitants – un ou deux mille – bâtirent non loin de là une petite ville, sur les lieux de Kaiseraugst, lorsque les légions romaines réoccupèrent la frontière du Rhin. Une bonne partie d’Augusta Raurica a échappé au pillage du Bas-Empire et du moyen âge, offrant ainsi au visiteur une image suggestive de ce qu’elle avait été aux belles heures de l’Empire.

Il est recommandé de commencer la visite par le musée, à gauche en arrivant on y expose les découvertes des fouilles entreprises dans la cité, ainsi que le grand trésor d’argenterie de Kaiseraugst ; ce trésor, découvert dans l’ancienne citadelle romaine au bord du fleuve, comprend des pièces de monnaie, des médailles et un service de table en argent – grands plats, coupes et cuillères. Un Romain fortuné a dû enfouir ces richesses vers 360 apr. J.-C., au début de l’une des campagnes de l’empereur Julien contre les Alamans. Des maquettes de différents quartiers de la cité sont également exposées dans ce musée, ainsi que de nombreux objets abandonnés lors de l’incendie de 259-260 apr. J.-C. Juxtaposée au musée, une villa provinciale romaine a été reconstruite et meublée en tenant compte des découvertes faites dans d’autres villas du même type sur le Plateau suisse. [La visite virtuelle de la villa est à découvrir sur le site Web, ici.]

De l’autre côté de la route se trouve le théâtre ; c’est le plus important vestige romain d’Augusta Raurica et probablement même de toute la Suisse. Ce théâtre, en demi-cercle, fut reconstruit dans son dernier état vers 150 apr. J.-C. Il pouvait contenir environ 8000 spectateurs, et des troupes itinérantes d’acteurs y jouaient des pièces grecques et romaines. Autrefois l’édifice, recouvert de stuc blanc, étincelait au soleil ; aujourd’hui, seul apparaît encore le mur dénudé, mais l’effet de cette masse grise n’en est pas moins impressionnant. Depuis les années trente, un travail considérable a été entrepris pour la restauration et la conservation du théâtre.

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[J’ouvre ici une parenthèse, sur le pourquoi tant de travaux de sauvegarde des vestiges archéologiques, partout dans le monde, sont entrepris aux alentours de 1930. Le 4 novembre 1922, Howard Carter, découvre le tombeau de Toutankhamon et c’est l’explosion des merveilles qui envahissent les journaux du monde entier. Depuis ce moment, on fouille partout et on restaure les ruines, ce que feront nos savants archéologues suisse. Il fallait faire briller le passé et trouver des possibles trésors encore caché. Tel a été le cas à Avanches, en avril 1939, avec la découverte du buste de Marc-Aurèle. Surtout, que l’enseignement qu’a montré H. Carter, lors de ses fouilles, la rigueur et l’aspect primordial de conservation du site, incitèrent les archéologues du monde à mieux faire leurs travaux de fouilles.]  

Cependant, on a laissé pousser librement les arbres sur les gradins supérieurs, conservant aux ruines une apparente pérennité. Certains mois d’été, le visiteur peut assister à un spectacle classique monté sur la scène romaine. Ainsi encadré de verdure et de murs effrités, le spectacle prend des dimensions nouvelles, sans comparaison avec le cadre d’un théâtre moderne.

 

Si l’on se trouve sur les gradins, on remarque une ouverture dans le mur de l’arrière-scène ; derrière cette ouverture, qui faisait partie de la scène primitive, un large escalier gravit un terre-plein sur lequel s’élevait autrefois un temple entouré d’un portique à colonnade corinthienne. L’idée géniale d’utiliser un temple comme fond de scène d’un théâtre classique se retrouve au forum d’Aventicum (Avenches) et à Ostie, en Italie.

Vue aérienne du théâtre d’Augst

Vue aérienne du théâtre d’Augst

La photo ci-dessus met en évidence les éléments faisant partie du théâtre proprement dit. Cependant, à la place des gradins inférieurs et de l’orchestra semi-circulaire du théâtre s’étendent les reste des gradins de l’arène ovale d’un amphithéâtre.

 

Cela s’explique par le fait que, pendant une certaine période, le théâtre d’Augst servit aussi bien aux représentations théâtrales qu’aux combats.

Le temple d’Augst

Le temple d’Augst

Ce temple, dit temple de Schönbühl, a été construit dans le même axe que le théâtre ; on y accédait par un large escalier.

Théâtre et temple, à Ostie

Théâtre et temple, à Ostie

Par Livioandronico 2013 — Travail personnel.

Quitter le théâtre par l’un des couloirs souterrains, comme l’aurait fait un Romain il y a 1800 ans ; prendre, derrière le théâtre, un chemin partant de l’autre côté de la route. A droite de ce chemin se trouve une maison jaune ; des fouilles ont révélé qu’elle a été construite sur les vestiges du temple de Jupiter qui s’élevait sur le forum principal d’Augusta Raurica. Ce temple, actuellement recouvert, se trouvait à l’une des extrémités de cette grande place rectangulaire pavée de grès rouge.

A suivre...

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 18:12

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César faisant du tourisme en Gaule, taquine les autochtones et bâtit çà et là des villes, parfois ce sont ses lieutenants qui remplacent Jules, trop occupé semble-t-il, à écrire quelques récits de son parcourt. Jouer ainsi sur des terres occupées par tant de « barbares » selon les termes employés par les grecs, il pouvait faire comme bon lui semble. Jules, ne faisant pas trop attention, justement, à ce qu’il faisait, il se trouva d’autres romains qui ne voyaient pas d’un bon œil ces promenades.

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Sa vision de grandeur n’était pas celles des autres. Ces autres, tuèrent donc César.

Le vide laissé permit à d’autres romains de laisser leur nom dans les écrits, comme grands soldats ou grands bâtisseurs. Un des lieutenants de Jules, Lucius Munatius Plancus, fonda une colonie au pieds d’une belle colline, lugdunum (Lyon), bien loin des zones qui demandaient toutes son attention, c’est-à-dire là où les Germains chicanaient les Romains. Il en avait l’habitude, déjà avec Jules il fortifia quelques coins le long du Rhin et faisait la guerre aux terribles barbares germains.

Il trouva un petit herbage le long du Rhin où il déposa ses affaires après avoir bataillé contre les Rauraques et ainsi marquer de sa présence, l’autorité de Rome, dans la fondation d’Augusta Raurica (Augst). Par la suite il s’en retourna là où était le vrai pouvoir, c’est-à-dire à Rome. Lucius est mort en 15 après Jésus à Gaète en Italie. Si vos promenades passent par Gaète, passez admirer son tombeau, relevé au fil du temps. On peut y lire :

« Lucius Munatius, fils de Lucius, petit-fils de Lucius, arrière-petit-fils de Lucius, Plancus,
consul, censeur, imperator pour la deuxième fois,
septemvir du collège des Épulons, ayant obtenu le triomphe sur les Rhètes,
réalisa le temple de Saturne à partir des prises de guerre,
répartit des terres en Italie à Beneventum, fonda en Gaule les colonies de Lugudunum et Raurica ».

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Ceci est la traduction en français du texte latin.

Augusta Raurica était très importante pour les Romains et très convoitée des Germains. Alors dans un premier temps, il fallait que la colonie devint cité, de passer d’une construction en bois, devenir une cité de pierre. Et quand l’on passe du bois à la pierre, on bâti différemment, avec plus de grandeur et avec toutes les représentations du pouvoir romain, comme c’était le cas à Rome. Théâtre, forum, thermes, temple et villas de luxe. Un port a été nécessaire, ce qui développa une « ville basse », qui réunissait les artisans et pêcheurs. Fort et tours de guet, murailles de protection, toujours sur le modèle du camp militaire, très carré, les rues se coupant à angle droit.

Une petite Rome au bord de l’eau. Mais elle était juste là, de l’autre côté du fleuve, c’est-à-dire pas loin des guerriers germains, qui pour un moment étaient calmé, mais qui préparaient dans leur esprit la revanche. Pendant ce temps les Helvètes, à moitié romain depuis un moment, vaquaient à leurs occupations tranquilles.

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À suivre, le site archéologique.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 15:57

Il y eut le Lausanne de la diplomatie. Conférence gréco-turque qui conduisit à Lausanne Ismet Pacha (aujourd’hui Inonu), M. Venizélos, le visage pensif dans sa barbe, Mussolini, encore maigre et sanglé dans sa jaquette, Poincaré, la parole sèche et précise, lord Curzon, teint couperosé, fort galant homme au demeurant, le ministre des affaires étrangères soviétiques Tchitcherine, dont le collaborateur Vorowsky fut abattu à coups de revolver, par le Suisse Conradi, en pleine salle à manger d’un hôtel lausannois. [Hôtel Cécile] C’est au Palais Rumine que fut parafé le traité en présence de M. Camille Barrère, ambassadeur de France à Rome (juillet 1923). Quelques années plus tard, Conférence des réparations, au cours de laquelle le Premier britannique, le madré travailliste Ramsay MacDonald, tenta de « mettre dans sa poche » Edouard Herriot, président du Conseil français. Le renard londonien en fut pour ses frais, au moins partiels. L’air d’un lion roux très civilisé, Ignace Paderewski laissait paraître une surprise amusée lorsqu’il lui advenait de se risquer sur la place. On se montrait, plus tard, avec un affectueux respect, la fine stature du général Guisan regagnant démocratiquement, à bord d’un trolleybus, sa maison de « Grande-Rive ».

Délégation turque

Délégation turque

Lord Curzon à Ouchy, remarquez la belle auto.

Lord Curzon à Ouchy, remarquez la belle auto.

Poincaré, Mussolini et bien d’autres.

Poincaré, Mussolini et bien d’autres.

Mustafa İsmet İnönü

Mustafa İsmet İnönü

[Après cette longue liste d’hommes… on peut se demander où sont les femmes. Moins visibles, plus discrètes ou ignorées, l’auteur n’en parle pas beaucoup. Pourtant, à son époque une grande dame, était établie, depuis longtemps, à Lausanne. Je vous parle de Coco Chanel. « Collaboratrice » pendant la guerre, par amour semble-t-il, elle s’exila à Lausanne. Sa tombe, dessinée par elle-même, au cimetière du Bois-de-Vaux, est toujours fleurie. Et d’autres personnalités se sont elles aussi arrêtées définitivement à Lausanne. Pierre de Coubertin, Violet le Duc, pour ne citer que ces deux-là.

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Il y eut aussi des « vedettes », la plus célèbre étant David Bowie, qui s’établit à Lausanne et qui s’y maria le 24 avril 1992 à l’Hôtel de ville de Lausanne.

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Jean Nicollier, l’ auteur de les lignes ci-dessus, a répertorié toutes les personnalités ayant passés, ou ayant fait le choix de s’ établirent à Lausanne, je ne vous ai présenté qu’une partie de ces hommes et femmes. Les personnalités contemporaines de l’auteur, du moins celles qui à ses yeux avaient de l’importance, écrivains, auteurs de théâtre et les littéraires, sont un peu oubliés ou pas assez connus pour être ici.

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Ainsi je finis cette fresque de Lausanne, petite ville, autrefois campagnarde, aujourd’hui agglomération bruissant de vies anonymes.]

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« Quand Lausanne nous est conté…, par Jean Nicollier, éditions ESL, 1964 »

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 17:03
Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Quant à Alphonse XIII, fort répandu à Lausanne aussi bien dans les salons qu’auprès des « pirates » d’Ouchy, il fut l’humour, la simplicité et la bonne grâce incarnés. Je n’ai pas oublié un tour de chant de Chevalier donné en la salle (disparue) du « Splendide ». Maurice, le canotier et la lippe en bataille, interpréta « Ma pomme ». Lorsqu’il se proclama « plus heureux qu’un roi », il désigna d’un clin d’œil Sa Majesté Très Catholique. Le roi rit du meilleur cœur et s’en alla féliciter le chansonnier.

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Démocratique en ses manières, le roi Alphonse savait rappeler à ses interlocuteurs, par des exemples probants, son goût des idées générales. Quel homme intelligent sous son « bon garçonnisme » apparent !

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Les rois successifs de la Roumanie maintenant soviétisée, puis le prince Nicolas, le roi Hussein de Jordanie rendirent à Lausanne des visites fréquentes. Et le vaillant « petit roi » d’Orient tout comme l’émir Ibn Seoud d’Arabie saoudite, sont encore nos hôtes fidèles.

Il serait opportun de citer quelques participants du long cortège des écrivains : de Sainte-Beuve à Edouard Estaunié puis Henri Mondor et Jean-Louis Vaudoyer, quatre amis fidèles de Lausanne [Pour villégiature et de passage], tous disparus, après Marcel Proust et Anna de Noailles, hôtes plus intermittents. Mais d’autres prennent la relève : les romanciers Georges Simenon, Yves Gandon, feu le poète Godoy – ce dernier Lausannois bon teint – et tant d’autres gens de lettres qui s’en viennent chercher sur nos rives une paix pourtant contestée par nombre d’indigènes aux nerfs fatigués.

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Lausanne eut ses originaux et ses originales autochtones. Par exemple : un certain Domenjoz – il se donnait pour fils d’un grand « sachem » à peau rouge – qui aimait, vêtu à la mode des trappeurs d’Amérique, chercher des pistes sous les ombrages, alors intacts, de l’avenue du Théâtre. Un commissaire de police – s’agissait-il du Potterat cher à Benjamin Vallotton ? – s’était ingénié à ne lui permettre que le port d’un « tomahawk » en carton artistement peint en gris de fer. Les apparences étant sauves, le « pisteur » avait obtempéré.

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Il eut un émule, épris lui aussi de grands feutres mous, le peintre Rochat qui exposait ses toiles – les unes figuratives, les autres « énigmatiques » - au kiosque des tramways de Saint-François. Isadora Duncan avait, passant par-là, acquis une « œuvre » de Rochat, mais négligea de la lui payer.

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Et qui pouvait bien être ce grand vieillard à toque d’astrakan ornée de passereaux épinglés, le pardessus couvert de décorations ? Et comment se nommait ce mélomane enfiévré – avec une tête à la d’Annunzio – qui, au théâtre, se tournant face à l’assistance chantait, de son fauteuil d’orchestre du premier rang, de grands airs d’opéra !

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

L’Inde nous délégua, de longue date, de belles dames cuivrées drapées dans leurs saris. De quel roman de Georges Sand (ou était-ce d’Octave Feuillet ?) avait surgi une jeune et mystérieuse étrangère, en robe amazone, la cravache à  la main, suivie à pas comptés par un mâtin danois à la forte mâchoire ?

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Les artistes de théâtre et de cinéma, nous ne les comptons plus : de Brigitte Bardot à Michèle Morgan et Joan Crawford, sans oublier Falconetti, mélancolique exilé, qui s’en alla mourir aux Etats-Unis. Et tant d’autres dont Yul Brinner ou Aimé Clariond, amateurs de nos rives et de nos vins. Et Sacha Guitry prenant le thé chez Mme Louise Arthème Fayard.

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Fleurs de la fantaisie, de l’art, de l’infortune politique… du bitume aussi ! Beaucoup de Lausannois se montrèrent intrigués par cette dame plâtrée, à l’âge canonique, suivie d’une levrette souffreteuse, qui vendait des fleurs à la sortie des spectacles et qui nous a quittés en silence… au terme d’une carrière sans doute plus mouvementée que son humble fin.

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Le monde scolaire et universitaire eut aussi ses oiseaux des îles : les sœurs D…, l’actuel prince consort de Hollande, l’empereur d’Iran, la princesse Soraya, élève d’un pensionnat lausannois…

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Que d’ombres, que d’ombres ! De Jean Giraudoux prenant le thé à « Fantaisie » chez l’éditeur Henri-Louis Mermod, à André Maurois, conférencier très applaudi, à Valery Larbaud voici, l’œil malicieux mais attentif derrière ses lunettes d’écaille, fouillant les boutiques à la recherche de soldats de plomb. Et Edmond Jaloux, la canne de jonc à pomme de lapis-lazuli sous le bras. [Etabli de longue date à Lutry.] Apparaissait aussi C.-F. Ramuz, le visage buriné, la moustache taillée à l’américaine, un sac de touriste négligemment jeté sur l’épaule gauche. Il s’arrêtait pour échanger avec un prince de la causticité, le peintre René Auberjonois, des propos dont les bons bourgeois du lieu faisaient les frais…

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 17:14

Une section sur les personnalités qui passèrent en faisant halte ou s’établirent, quelque fois définitivement, ou seulement pour un temps, pour un exile, par exemple.

TÊTES ET SILHOUETTES D’ICI ET D’AILLEURS

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Encore que les linguistes en aient décidé autrement, il se trouve de bons Lucernois pour assurer que le Mont-Pilate tire son nom de celui du procurateur de Judée, venu en ces lieux, alors écartés, pour y expier son fameux : « Je m’en lave les mains. » Cette indifférente oraison funèbre du Christ livré, par le gouverneur romain, à la vindicte des notables de Jérusalem…

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Vraie ou fausse, cette croyance s’ajoute à tant d’autres traits relatifs aux errants anxieux des pays étrangers – et même d’outre-mer – venus en Suisse chercher quelque apaisement à leurs permanentes inquiétudes : Byron et Nietzsche, Wagner et Segantini, Goethe et Chateaubriand. Quelques « mauvais sujets » font leur apparition. Le cynique Casanova de Seingalt, qui trouva meilleur… gibier dans une famille ecclésiastique genevoise, flirte avec quelques Lausannoises. Abel Hermant se montra fort turbulent dans l’enceinte du collège Gaillard, de Chauderon, pépinière de jeunes intellectuels bien nés. Il tirera de son passage dans cette école un roman sanglant : Le Disciple aimé. Ses anciens camarades, indignés, se cotisèrent pour racheter (en bloc) cette « infamante » fiction. Ils la mirent héroïquement au pilon. Il n’est pas jusqu’au dramaturge Henry Bernstein, encore adolescent, qui n’ait élu domicile chez un de nos confrères disparus, en les parages de l’avenue de Beaumont. Le future auteur de l’Espoir s’y connaissait, comme pas un, en l’art nocturne de « sauter le mur ». Bien d’autres indisciplinés élirent notre quiète cité pour lieu de leurs frasques : depuis les « Camelots du Roy du Léman » à la blonde « Canada », l’une des espionnes célèbres de la guerre 1914-1918. Cette plantureuse personne ne se souciait nullement de passer inaperçue. Elle opérait, d’ailleurs, au vu de chacun en un grand hôtel d’Ouchy.

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Mais l’accueillante capitale, petite ville entre les grandes villes, ne s’ouvrait pas seulement à des oiseaux exotiques de plumage bariolé. Elle put inscrire dans ses registres des noms moins tapageurs, des « valeurs » plus solides : de Gogol à Tolstoï le père, puis le neveu. Oui Gogol qui, écrivant à Vevey les Ames mortes, s’en venait dîner en quelque hôtellerie du chef-lieu. Il nouait avec ses commensaux des conversations fortes courtoises… Elles partaient, nous assure M. Trofimoff, du pot de moutarde, se haussaient jusqu’au bon apprêt des choux pour atteindre les sereins paliers des idées et des formes. Victor Hugo ne fit que passer. Il présida, à Lausanne, un congrès de la paix bientôt suivi, ô ironie, du conflit franco-allemand de 1870-1871 ; il qualifia la ville de « sibérienne » et lui préféra les hôtels de l’Est lémanique. Byron, pour sa part, logea en l’Hôtel d’Angleterre, le temps de faire sécher ses vêtements trempés par les embruns, au sortir d’une bourrasque dont son bateau, à l’excessive voilure, faillit être la victime. Mais déjà il flambait pour le Prisonnier de Chillon, pour ce Bonivard effronté dont le maître de pension, devant l’âtre, lui conta l’histoire… enjolivée. Que d’autres, que d’autres réfugiés politiques : Miskiewicz, qui rêvait de restaurer le royaume de Pologne, Mélégari et, pendant la récente guerre tant de gens peu orthodoxes : des « collabos » de tout poil à l’honorable Einaudi, futur président de la République italienne. Nous ne prétendons pas être complet !...

La « Maison bernoise » de la rue du Pré, détruite par un incendie en 1909.

La « Maison bernoise » de la rue du Pré, détruite par un incendie en 1909.

Nous aurions mauvaise grâce, cependant, à ne pas mentionner les rois et les reines en exil ; le chef-lieu vaudois s’en fait, révérence parler, la spécialité. Il hébergea successivement, dans les seuls temps des XIXe et XXe siècles : l’impératrice Marie-Louise de France, (avec intermède dont l’héroïne fut Joséphine de Beauharnais arrivée de l’auberge genevoise de Sécheron). Nous avons rappelé, déjà, le séjour des trois frères de Napoléon : Joseph, Jérôme, Louis. La femme de Jérôme, ex-souveraine de Westphalie (Catherine de Wurtemberg) mourut en la campagne de l’Avant-Poste en 1835. Elle fut devancée dans l’au-delà par la reine Frédérique de Suède, décédée en « Villamont » au mois de septembre 1826.

 

Dans les années 1830 à 1845, Lausanne donna asile à bon nombre de royalistes français exilés sur les pas du roi Charles X : les La Rochejaquelein, les La Tour du Pin, les La Ferronay, sans oublier Mmes de Charrette et de Lucinge, filles morganatiques de l’infortuné duc de Berry. [L’auteur ne citant pas les prénoms, ou quelques dates pouvant faire référence, il est difficile de savoir qui ils sont !] En 1838, un séjour du prince Louis-Napoléon (bientôt empereur) inquiéta une fois de plus l’opinion. Mise au courant de la constitution d’un corps expéditionnaire français, la Diète mobilisa des troupes confiées au général Guiguer de Prangins. Incident mineur, Louis ayant quitté notre pays.

 

Dans des temps plus proches de nous, installation à Lausanne de la famille royale d’Espagne, la reine Victoria-Eugénie résidant toujours (en 1964) dans une villa de la pente ombragée de l’Elysée. Le prince héritier d’alors, comte de Barcelone, se fit des amis à Lausanne, tout de même que le duc de Ségovie et don Jaime ses frères. Jaime épousa, à l’église d’Ouchy, une belle créole en présence de l’ex-roi Ferdinand de Bulgarie et de l’ex-reine Amélie de Portugal. (Le jeune prince devait périr accidentellement en Amérique.) [Si je pouvais savoir qui est le jeune don Jaime. Qui peut m’en dire plus ?]

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 18:28

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Alors, d’où vient « Couvaloup ?

Jaccard, pourtant circonspect, croit pouvoir, se fondant sur des indices recueillis à Morges puis à Lutry, déclarer le mot issu du latin : « cum vallem » (vallonem) = localité bâtie dans un vallon. Très joli ! Malheureusement pour l’érudit, le voisinage de la Dôle s’adorne d’un pâturage boisé dit (Couvaloup ». il s’agirait d’un lieu écarté dit encore « Queue-de-Loup ». Or, ces fauves ne manquaient ni dans le Jura ni dans les « fossés » naturels de la vieille Cité. C’est pourquoi les amis du romanesque cynégétique donnent poliment tort au docte Jaccard.

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On ne quitte pas le haut quartier, ni la cathédrale, ni le guet, sans saluer l’escalier du Château. Le jour, banale rampe de ciment, il est le soir, parfois, refuge des tragiques grecs ressuscités par le comédien Paul Pasquier. Ni sans se remémorer, grâce à la lecture d’une inscription ad hoc, la présence dans la maison Levade, du « Séminaire français » (1729-1813). Cette école, fondée par Antoine Court et Benjamin Duplan, donna aux réformés de France des centaines de pasteurs, plusieurs de ces prédicateurs mourant pour leur foi.

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Pour dix rues et avenues qui consacrent les noms de passants illustres (Voltaire à la rue Voltaire, Charles Dickens écrivant les premiers chapitres de Dombey et fils dans un verger défunt de l’avenue Dickens, pour un Viret, pour l’économiste Charles Gide, pour la rue Gibbon, pour l’avenue Glayre, pour la place et l’avenue Benjamin-Constant), pas plus de menus problèmes que le long des passages (Rosemont, Grande-Rive, Beaumont et tant d’autres) qui s’appliquent à ranimer la silhouette et les ombrages de petits et grands domaines d’autrefois.

Que de lieux, en revanche, où le curieux trébuche !

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La place de la Riponne tire son nom, par exemple, d’une famille de propriétaires bordiers, les Ripon, déjà en exercice, si l’on nous passe l’expression, lorsque la Louve coulait à ciel ouvert en ces lieux. Des infiltrations transformaient en espace boueux la Palud (du latin : Palus : le marais). La rue du Pont, accessoire indispensable à cette humide époque, donnait asile au Vieux-Mazel (ancienne boucherie) ce qui explique l’existence du passage ou (plus pompeusement) de la rue du Rôtillon, asile de fours et de broches à viande. La Cheneau-de-Bourg, rue de nos jours élégante avec ses maisons reconstruites et ses étalages d’antiquaires, évoquait le ruissellement de la pluie sur le sol très incliné (chéneau ou tuyau de gouttière). La rue Centrale, aujourd’hui prolongée et assainie, fut un court débouché sur la rue du Pré (des praz : prairies fut les bases de la Cité). Notons, sans trop insister, que Rôtillon, Pré, Cheneau-de-Bourg comptèrent longtemps au nombre des rues « chaudes » de notre bonne ville. La Mercerie qui porte un visage moderniste, détint jadis, outre des merciers, bon contingent encore de filles « folles de leurs corps » (euphémisme commode et translucide).

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La rue Chaucrau, encaissée entre de hautes maisons, c’est un « chaud creux » où le vent se fait rare. L’Ale (l’aile) désignait, de par sa tour déjà, un bastion d’angle du Lausanne d’avant les Bernois.

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La place Chauderon ne grave pas dans le marbre le nom d’un citoyen méritant. C’est par extension du terme (petite chaudière) [Mais pourquoi le « e » de Chauderon ?] la désignation d’un lieu creux et écarté au sortir du chemin de terre (des Terreaux), sente longeant les résidences boisées qui occupèrent longtemps la lèvre nord de l’actuelle rue de Genève ; la propriété Agassiz montrant au-dessus du mur bordier les dômes de ses arbres, coupés pour faire place au « complexe » puis à la tour Métropole-Terreaux.

La « Casquette du Diable » de Montriond, photographiée au début du XXe siècle.

La « Casquette du Diable » de Montriond, photographiée au début du XXe siècle.

Les derniers romantiques tenteront de retrouver sur le coteau, à l’ouest de la Borde envahie par les « buildings », les traces de la rue des Glaciers ainsi nommée à cause de l’apparition, par temps clair, au fond de l’horizon, des neiges du Velan ; peut-être du Combin ?

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Montagibert, dans le quartier des hôpitaux, serait selon le Dictionnaire historique le mont Gusberti (la colline de Gobet, parrain du chalet de même consonance). Pour d’autres, il s’agit du mont de Gerbert, appellation connue en 1225 déjà. La rampe du Bugnon s’applique à un chemin montueux. La rue en pente raide de Marterey ferait allusion à l’emplacement d’un gibet, d’un lieu de torture pour suppliciés. Ah le « bon vieux temps », qu’il en pourrait narrer de sombres histoires !

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Terminons cette ébauche toponymique par l’escalier des Petits-Rochers, coupe-gorge maintenant « civilisé » qui relie la Mercerie à la rue Centrale. Ne pas confondre cette façon d’échelle avec le Signal des Grandes-Roches, terrain miraculeusement préservé (jusqu’à quand ?) du voisinage des Casernes de la Pontaise. De ce Signal, l’œil erre à l’aise sur des premiers plans de verdure puis contemple avec ravissement la nappe et les côtes baignées de lumière du Léman.

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Quant à « Montoie » avec ses rangées de tombes, il désignait au voyageur arrivé de l’ouest, le dernier ressaut à escalader (à « monter ») pour parvenir aux premières maisons de Lausanne.

[Commentaire. Depuis que l’on « roule » la ville, on finit par connaitre que les grandes artères que nos autos utilisent. Une fois devenu piéton, on évite les rues inconnues pour ne pas oublier où est garée l’auto et pour ne pas s’égarer, dans les chemins sans issus ou l’on n’a rien à y faire. Bien des noms de rues, de chemins et de ruelles, nous sont pratiquement inconnus en tant qu’automobiliste. Le visiteur, touriste et curieux, à pieds, trouverons bien des curiosités, mais toujours avec de grandes fatigues, à force de monter et descendre au travers de la ville.]

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 17:37

Il n’est pas besoin, en revanche, de rechercher laborieusement l’origine du chemin Eugène-Grasset, lié au souvenir d’un peintre et graveur coté jusqu’en France, du chemin Porchat (dont le parrain posthume fut l’auteur de « Qu’il vive ! », du chemin de Chantemerle ou de celui de Brillantcour  ou bien encore de la sente de Roseneck… lorsqu’il ne s’agit pas de la rampe du Calvaire, néfaste aux asthmatiques. La plupart de ces passages perpétuent la mémoire de propriétés noyées dans les arbres : en d’autres termes d’un idyllique Lausanne cruellement mutilé.

DE QUELQUES RUES ET PLACES

Dans ce champ étymologique très vaste, un choix méticuleux est indispensable, faute de quoi le mémorialiste imprudent serait rapidement submergé. Délaissons donc les avenues, rues ou places visiblement dédiées à la mémoire de célébrités locales ; ou des rares domaines encore présents. Place Saint-François, place Benjamin-Constant, avenue de Beaulieu, avenues de Beaumont, du Belvédère, des Bergières, de la Chablière, de Collonges, Dapples, Druey, de-La-Harpe, de l’Eglise-Anglaise, Aloys-Fauquez, escaliers des Petites et Grandes-Roches ; avenues encore : de la Gare, du Théâtre, d’Ouchy, du Grammont, du Grand-Chêne ; rues Haldimand, Mauborget, Juste-Olivier, Riant-Mont, Eugène-Rambert, Edouard-Rod, Victor-Ruffy ; avenues Tissot, Vinet, Voltaire, Villamont…

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On s’arrête, essoufflé, le soir tombant derrière la fenêtre. Et pourtant, ni vous qui me lisez ni moi ne sommes au bout de nos peines. Beaucoup d’obstacles linguistiques parsèment la route et de sournoises chausse-trapes s’ouvrent sous nos pas.

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À la Cité, déjà, au sud de la forêt de Sauvablin puis aux abords mêmes de cette futaie elle-même, les perplexités s’éveillent en l’esprit inquiet du chercheur. On prête à cette « motte » boisée acquise par la Ville en 1817 une origine païenne : forêt (silva) du dieu Belinus (ou Belin) révéré des Celtes. Le bois appartint plus tard au couvent des Cisterciennes de Bellevaux fondé au XIIIe siècle et supprimé, par Berne, en 1536.

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Situé entre le Bois-Mermet (« petit bois ») et la forêt proprement dite, ce monastère passait pour avoir abrité quelques nuits durant le fiévreux sommeil du « Téméraire » qui campa en ce clos, après sa défaite de Grandson. La rue des Oiseaux, tant et si bien bâtie que la gent ailée l’abandonne, relie la Pontaise (en 1510 : Pontosa ?) à des terrains suburbains de plus en plus populeux. L’une des voies régionales, qui se nommait Aloys Fauquez, dit « Mimi ». Un homme de poids dans toute l’acception du terme. Accordons une pensée au défunt – ou presque – chemin des Cascades-du-Flon ; la voie de Montmeillan, bien en péril aussi (elle tirerait son nom d’un castrum (château médiéval), déroule ses premiers lacets au voisinage de l’ancien « tirage », les fusils d’alors parvenant tout juste à percer les cibles fichées le long des falaises de La Sallaz.

Sur la crête du Signal, aujourd’hui privé de son funiculaire, une plate-forme où se distingue encore l’emplacement du « bûcher des alarmes ». En ce lieu, prête à bouter le feu, veillait une sentinelle municipale. Cette collinette aux mains de particuliers jusqu’en 1817, était en effet prêtée, par eux, à la Ville.

 

Sur l’éminence de la Cité, en véritables compagnies de perdreaux, les rébus se lèvent du pavé sous les pas des géographes et des toponymistes. Certes les origines de la rue de l’Académie, et celles de Cité-Devant et de Cité-Derrière ne recèlent pas de mystères. La rue Charles-Vuillermet rappelle l’œuvre amoureuse d’un imagier du Vieux-Lausanne. Celle qui est dédiée aux Curtat entretient le renom d’un groupe où figurent le doyen Curtat, disparu au cours du XXe siècle, homme de bonne compagnie, qui disait bien le vers et arborait les façons d’un mousquetaire courtois du passéisme. Si la rue Saint-Etienne commémore le souvenir de l’église-couvent chère à l’évêque Marius, quelles pierres d’achoppement sournoises et cachées en Couvaloup et rue de Menthon ! Là, révérence parler, les chats, fourrés ou non, se peignent. En « Menthon », se dressa un château fort tombé sous la pioche. Fondé par une famille française, il tint lieu de résidence aux sénéchaux. Sous la protection de ces murs, le « Téméraire » vint soigner (1476) une damnée grippe contractée au sortir du désastreux combat de Grandson, les reste de son armée se regroupant aux Plaines-du-Loup. Le spectre du duc ne parut pas intimider les chefs d’une école protestante temporairement installée là. Les démolisseurs ayant accompli leur office (XVIIe siècle), le problème de la porte de Couvaloup (ou Coualou) ne se trouve pas résolu pour autant. D’où peut bien être issu le nom de cet embranchement de la rue Saint-Martin, bruyante à souhait de nos jours, aboutissant place du Tunnel ?

La place de la Palud en 1877. Dessin original d’Auguste Piot.

La place de la Palud en 1877. Dessin original d’Auguste Piot.

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