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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 17:52

Paris 1811

Constant a été bon pour moi, m’inculquant de bonnes manières, corrigeant mes fautes, souriant avec indulgence de certaines de mes expressions et de mon accent. Le plus difficile a été de distinguer les Messeigneurs des Altesses et, la première fois que j’ai pu assister au « Lever », j’ai cru que je n’y arriverais jamais : à neuf heures précises, l’Ordre était présent : le Grand Maréchal, le Grand Chambellan, le Grand Ecuyer, le Grand Maître des Cérémonies, le Grand Aumônier, le Grand Veneur, le Trésorier de la Couronne et le Colonel Général de service. Ensuite seulement, venaient les Grandes Entrées : les princes de la famille impériale, les cardinaux.

Ceux qui m’impressionnaient le plus étaient les Grands Officiers de l’Empire, en superbes uniformes, avec l’épée au flanc. C’est là que pour la première fois, j’ai dû demeurer quelques instants seul avec l’Empereur. (Constant m’avait dit de surveiller la cheminée et d’y jeter au fur et à mesure des bûches). Il me faisait peur : il parlait d’un ton bref, gardait les yeux fixés sur les solliciteurs, envoyant de temps à autre des coups de talon dans les bûches ; il congédiait même les gens les plus importants d’un simple signe de tête, ne serrait jamais une main.

CAMBACÈRÈS 1804

CAMBACÈRÈS 1804

LEBRUN 1804

LEBRUN 1804

BERTHIER 1808

BERTHIER 1808

MURAT 1808

MURAT 1808

TALLEYRAND 1808

TALLEYRAND 1808

C’est quand Constant a eu l’influenza que j’ai eu l’honneur de réveiller l’Empereur. C’était à six heures et demie tapantes, et l’Empereur m’a dit : « Ah, c’est toi que j’ai amatiné ! Dépêche-toi d’ouvrir la fenêtre, j’ai peur que Constant soit contagieux. »

Il a passé une robe de chambre rouge, et pendant que Meneval le secrétaire du Portefeuille, lui tendait des lettres, je lui ai présenté une tasse de fleur d’oranger. L’Empereur jetait la plupart des lettres sur le tapis. J’ai voulu les ramasser, mais Meneval m’a fait non de la main.

  • Rappellemoi ton nom.
  • Jean-Abram Noverraz, Sire…
  • Ah ! Oui, le grand garçon Vaudois ! Un beau pays au bord du lac où j’ai attendu débarquer, sur les quais de Vevey, les munitions pour la campagne d’Italie. Tu n’es pas le seul Veveysan qui m’ait rendu service ! Es-tu monté au Grand-Saint-Bernard ? J’ai répondu « non Majesté », et il m’a dit qu’on pourra monter plus facilement au Simplon et au Grand-Saint-Bernard parce qu’il avait fait construire des routes et des ponts…

Messeigneurs ou Altesses ? Toute cette parade quotidienne était réglée par Napoléon lui-même : plus de 800 articles pour régler avec minutie, protocole et étiquette et on peut comprendre l’affolement du jeune Vaudois soumis aux humeurs de l’Empereur ! (H.M. de Stadelhofen)

 

À suivre

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 17:23

Paris, décembre 1810

 

Je me suis lié d’amitié avec un homme de mon âge qui travaillait près de moi quand j’étais encore aux Ecuries. Il s’appelle Le Goff. Il est franc comme l’or et il a toujours le sourire. Hier, il m’a emmené avec sa petite sœur au Cercle des Bretons de Paris où je me suis régalé de crêpes, et pour la première fois, j’ai bu du cidre.

 

- Vous avez pourtant des pommes dans ton pays… ?

 

- Que si, mais on les mange, on ne les boit pas ; quelquefois, on les met à sécher dans le grenier et on en fait des crotchettes* que l’on mange en hiver. En plus, on a des vins délicieux : des Yvorne, des Saint-Saphorin, et nos voisins valaisans ont des Fendants et des Johannisberg qui valent bien les vins de France…

 

*Crotchettes, pommes ou poires séchées, nom commun aux Valaisans et Fribourgeois.

Plus tard dans la soirée, après force rasades, tout naturellement, on en est venu à parler de l’Empereur.

- Sais-tu qu’il est breton ? m’a demandé Le Goff, et comme je restais interloqué, croyant à une plaisanterie, il poursuivit :

- Si, si, c’est bien plus qu’une légende : t’es-tu déjà demandé d’où ton patron, pardon, je veux dire ta Majesté, tient ses dons de stratège ? Sûrement pas de son père qui n’avait rien de guerrier, mais en revanche…

- En revanche ?

Le Goff fit un geste de la main, et les Bretons échangèrent clins d’œil et sourires.

- Et bien oui, « Madame Mère », Mme Laetitia, était la plus jolie femme de l’île, et le gouverneur de l’île, M. de Marbeuf, lui a fait la cour… De là à penser que ce séduisant représentant du roi est le père d’un de ses enfants !...

L’un des convives intervint :

- Moi, je suis du Morbihan et je peux le dire que les Marbeuf y possèdent un château. Ça s’appelle Callac, et si tu viens au pays, je te montrerai la chambre où Mme Laetitia vint passer des vacances.

- Et c’est là qu’elle aurait… eu son garçon ?

- Non, coupa un autre, c’est au manoir de Penanvern que Napoléon serait né, et, à la commune de Sainte-Sèvre, on pouvait voir un acte de naissance établi le 21 juillet 1771, un acte qui portait le nom de Nabulione !

- Là, il y a plus qu’un doute ! déclara Le Goff : on affirme qu’il est né officiellement le 15 août 1769, même qu’on a voulu fêter ce jour-là un Saint Napoléon, mais, lors du mariage avec Joséphine, cette date est devenue le 5 janvier 1768.

- Et on pourrait voir l’acte de naissance à Sainte-Sèvre ?

- Et non, pardi !

Le Goff se pencha vers moi, regarda à droite et à gauche et murmura :

- La page a été déchirée par les sbires de Desmaret, chef de la police secrète de l’Empereur !

Les Bretons, comme les Vaudois et les Valaisans, sont très accueillants et ils m’ont invité à passer Noël avec eux…

À suivre

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 16:56

Paris, 17 novembre 1810

 

Constant m’a dit de faire très attention aujourd’hui, parce que, pour l’Empereur, le 17 n’est pas un jour comme les autres ! Et il se montre encore plus tatillon qu’à l’ordinaire.

Le Pédant m’a parlé des superstitions de l’Empereur, de son amulette rapportée d’Egypte, de son Etoile ; des visites de Mme Lenormand qui lit dans les astres et les lignes de la main. Il a assisté à une scène avec le prince Borghese peu après la naissance de son héritier :

 

- Sire… Surtout, ne lui donnez pas ce titre ! a dit le prince Borghese.

- Et pourquoi pas ? S’irrita l’Empereur.

- Parce que « Napoléon-Roi-de-Rome » comporte 17 lettres.

 

Le nombre 17, chez nous, est redouté car, expliqua le prince, en chiffre romains, 17 s’écrit XVII, l’anagramme de « vixi » qui en latin, signifie « j’ai vécu », donc, je suis mort.

A son retour d’Egypte, Napoléon, quand il décida de renverser le Directoire, fixa le jour au vendredi 17 brumaire de l’an VIII, mais un de ses généraux lui avait déjà parlé de ce 17 inquiétant, et l’Empereur se souvint que le vendredi est aussi le jour de la mort du Christ. C’est alors qu’il eut cette phrase : « Il n’y a que les sots qui défient l’inconnu… »

 

« Il répète souvent ça ! » a dit Constant.

J’ai réfléchi à tout ceci parce que mon père m’avait prévenu contre les superstitions et les prétendus enchantements qui choquent le bon sens et qui sont défendus par des lois respectables. Ici, à Paris, beaucoup lisent un livre qui s’appelle « Secrets d’Albert le Grand », une sorte de livre magique, mais, jusqu’ici, je me suis gardé de le lire, bien que, semble-t-il, il y ait des recettes bien commodes, par exemple pour se faire aimer de n’importe quelle femme de son choix ; ce qui ne serait sûrement pas du goût du pasteur Ostermann.

Une femme de chambre de l’Impératrice qui s’appelle Rosette m’a affirmé qu’elle portait dans son corsage un talisman composé sous la constellation de Vénus. Pour séduire la personne dont on veut être aimé, il suffit de lier trois de ses cheveux avec trois des siens en prononçant : « O corps, puisses-tu m’aimer par la vertu efficace du Scheva », m’a dit Josette ; « tiens je te permets de regarder mon talisman et même de le toucher, si tu promets d’être sage !... »

 

Essayons d’imaginer ce grand et beau garçon, seul, dans un Paris aux amours faciles. Jean-Abram a une vingtaine d’années. A-t-il eu des aventures ? C’est très probable. Il n’en parle jamais, mais on est tenté de deviner entre les lignes… Cette Josette aguichante ? Et peut-être aussi une petite Bretonne…

Une aguicheuse du XVIIIe siècle ?

Une aguicheuse du XVIIIe siècle ?

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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 17:19

Septembre 1810

 

Je suis toujours mal à l’aise devant lui. Il est « tatadzenille* ». Sa nervosité est contagieuse. Il est plein de tics. Il prononce parfois des paroles si brèves que je ne les comprends pas, et j’ai peur qu’il me prenne pour un idiot, mais un instant après, il retrouve son sourire. Constant m’a confirmé qu’on pouvait le croire furieux mais que, déjà, il pensait à autre chose. « On voit qu’il a fréquenté des acteurs, son visage est comme un masque qui reflète toutes les émotions, même s’il ne les ressent pas ! »

*J’ai trouvé dans les Vaudoiseries, Petit Dictionnaire des mots du Vaudois courant, le mot TATADZENEUILLE, qui signifierait : tatillon, sans volonté, qui s’occupe de broutilles. Sans aucun doute le même mot, horographie différente ou simplement une erreur.

Une chose que j’ai remarqué, c’est la façon qu’il a de plisser le nez, comme s’il reniflait des odeurs « Tu ne sens rien ? Quelqu’un a fumé ici » ou bien « On a cuit quelque part de l’huile d’olive ! »… Quand il pense et que je le vois de profil, je l’admire. Il ressemble à une statue romaine. Ce qui m’a frappé aussi, c’est qu’il a de très petites mains et de très petits pieds. « Il en est très fier – m’a dit Constant – cela fait aristocratique. »

Je ne m’habituerai jamais à ses accès de colère, quand il brutalise les généraux comme les domestiques, même les ministres et les femmes ! On croit qu’il va tout dépiauter. Et puis, soudain, il se tourne vers moi, me sourit, me pince l’oreille et me demande comment se porte aujourd’hui son bon ours d’Helvétie.

Parfois, il tirait la gueule, même pour l’artiste.

Parfois, il tirait la gueule, même pour l’artiste.

À suivre.

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 16:56

 

Paris août 1810

 

Constant m’a fait voir une montre bien étrange avec un cadran décimal. Heureusement, m’a-t-il dit, depuis le 11 nivôse de l’an XIV, on avait supprimé tout cela, parce qu’avant, la Convention avait voulu adopter une réforme éclatante : la nouvelle division du temps ! le 22 septembre de l’année 1792 était devenu le premier jour de l’Ere Républicaine, les noms des jours et des mois étaient changés. La Révolution avait naturellement supprimé tous les saints, il y avait des jours qui s’appelaient topinambour ou cerfeuil, brocoli, chiendent, rhubarbe, cochon et ces mêmes jours, de midi à minuit, étaient divisés en dix parties ; l’heure décimale valait deux heures 24 minutes anciennes, il fallait donc détruire toutes les anciennes montres et les horloges. Naturellement, personne n’y comprenait rien !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Le 1er décadi s’appelait tonneau ! En l’an II, comme on ne savait pas très bien que faire de cinq jours complémentaires, on les a appelés les « sans-culottides », si bien que, le 17 septembre 1794, la Fête de la Vertu tomba le 1er sans-culottide ! Le 16 vendémiaire, un sextidi, on fêtait Belle de Nuit qui désignait, non pas une ribaude, mais une fleur. Le jour « Vache » tombait un quintidi, le 15 pluviôse.

L’auteur du calendrier, le poète Fabre d’Eglantine, fut guillotiné le 14 germinal de l’an II, le jour de Laitue. On eût dit que les saints, chassés du calendrier, le tournaient en dérision : il n’y eut pas un souffle de vent en ventôse, et, en l’an II, pluviôse connut la plus grande sécheresse. « Fabre avait inventé le calendrier, mais il avait puisé son inspiration auprès d’un Suisse ; ton Jean-Jacques Rousseau qui prêchait le retour à la terre. Tous ces révolutionnaires sanglants et romantiques marchaient dans les pas vénérés du Promeneur Solitaire… »

Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques Rousseau

A tripatouiller le calendrier et les pendules, en étirant la semaine jusqu’à neuf heures de travail contre un décadi de repos, la Révolution, en voulant imposer des journées de travail bien plus longues, échoua ; les Français rechignèrent d’apprendre par cœur 360 noms, les porteurs d’eau auvergnats refusèrent de dire « fait sacrément doux pour frimaire », et pas un concierge ne se hasarda à dire que « le fond de l’air restait frais pour floréal… »

À suivre.

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 17:58

 

Paris, 20 juillet 1810.

 

Le temps me dure bien mais la vie est meilleure depuis que je suis piqueur. Je visite Paris en compagnie d’un valet auvergnat dont les parents tiennent boutique, rue du Bac, où son frère est charbougnat. (charbougnat = charbonnier)

 

Les rues sont bruyantes et souvent sans trottoir. On doit à chaque instant se réfugier contre une façade pour laisser passer des fiacres ou des cabriolets, des « bokeis » ou des « carriks ».

 

On voit aussi de très beaux carrosses tout décorés, ils datent des premiers temps de la Révolution où on pouvait acheter pour presque rien les choses des émigrés.

Le faste d’un début d’Empire.

Le faste d’un début d’Empire.

Nous avons acheté deux petits gâteaux à un marchand ambulant qui criait « Gâteaux de Nanterre ! » Ils ressemblent à des biscômes. D’autres marchands proposent des rubans, d’autres, des échaudés. Ils ont tous leur siclée.  Une jolie marchande m’a proposé des frivolités. Elle m’a dit que ça ferait sûrement plaisir à ma petite amie, parce qu’un beau garçon, comme moi (c’est ce qu’elle a dit) devait sûrement en avoir une ! J’ai rougi parce que je n’ai pas l’habitude d’entendre une demoiselle parler comme ça. En même temps qu’elle me proposait de jolis tissus, elle se penchait, et je pouvais voir presque tout dans son corsage, et puis, comme je ne voulais rien acheter, elle s’est détournée brusquement et a continué son manège sur un autre passant. D’autres dames nous frôlaient ; elles portaient des jupes longues, mais comme transparentes, et on devinait facilement leurs formes. Mon compagnon m’a dit qu’il connaissait des rues où les filles étaient faciles. Je lui ai répondu que ça ne m’intéressait plus de découvrir Paris.

Les hommes aussi portaient des vêtements qui m’étonnaient : il y avait des pantalons bouffants serrés dans le bas par des bottes de cuir, des redingotes très longues, des culottes courtes serrées aux genoux pour ceux qu’on appelle les Muscadins ou les Incroyables, (Dandys) mais mon regard était comme attiré par les robes blanches décolletées et par tout ce qu’on pouvait imaginer, aussi, quand je suis revenu dans ma chambre, j’ai trouvé un prétexte pour refuser à dîner : trop de sauces, trop de desserts, trop de vins ! J’ai relu les feuilles que ma mère avait copiées et qu’elle m’avait recommandé de lire. C’était des phrases du « Traité contre l’Impureté » ! par J.F. Osterwald, le pasteur de l’Eglise de Neufchâtel…

 

« Un homme qui n’est pas chaste a presque continuellement l’esprit occupé d’Imagination et d’Idées sales et honteuses ; son cœur est une source perpétuelle de mauvaises pensées ; il ne faut que la présence d’un objet pour enflammer sa cupidité… L’impureté remplit le luxurieux. C’est là sans doute un état tout à fait déplorable car l’Image de Dieu est effacée et il porte celle de l’Esprit impur… Sensualité et Luxure rendent l’homme semblable aux bêtes. »

 

Même en lisant ces belles phrases, je ne pouvais m’empêcher de penser aux beautés tentatrices des rues de Paris. C’était plus facile de résister à la Luxure au bord du Léman pour gagner le Ciel des Cieux ! Le pasteur Osterwald conseillait le Travail :

 

« Il importe extrêmement d’éviter l’oisiveté si l’on ne veut pas être entraîné par les désir impurs. Le Travail est un préservatif contre la Volupté… »

Pauline, sœur préférée de Napoléon en Vénus.

Pauline, sœur préférée de Napoléon en Vénus.

J’ai replié les pages copiées par ma mère, bien soigneusement ; l’Auvergnat m’a raconté que c’était plein de belles filles dans les rues voisines du Palais Egalité. Il y allait quelquefois pour retrouver une certaine Angélique. La plus belle poitrine de Paris, à son avis, c’était celle de Trainasse, qu’on pouvait rencontrer, chaque après-midi, à la Rue Traversière. « Quand on a vu ça, on se sent fier d’être Français… !

À suivre.

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 16:30

 

Paris. 1809. On me demande, Constant surtout, comment il se fait que je sois entré au service de l’Empereur ?

 

J’avais sept ans quand, pour la première fois, j’ai entendu parler de Lui. C’était le branle-bas dans tout le pays.

 

À Lausanne, à Vevey, partout où il passait, on tirait du canon. Le soir, on allumait des feux de joie, et nous aperçûmes d’autres feux qui avaient l’air de nous répondre, de l’autre côté du lac. Partout il y avait des banderoles « Un peuple ne peut être sujet d’un autre peuple ! » C’était lui qui avait prononcé cette phrase en ajoutant « la Grande Nation vous protégera » ! A l’école, les filles étaient jalouses de Vérène Zimmer et d’Emilie Mourer et d’une troisième fille dont j’ai oublié le nom. Elles étaient habillées en bleu, blanc, rouge et lui ont récité un joli compliment en vers :

 

« Poursuis ta brillante carrière

Vainqueur humain chéri des dieux. »

 

Je croyais qu’il y avait un seul Dieu, ai-je demandé à ma mère. Elle m’a dit que oui, mais que c’était une façon de parler des poètes qui n’ont pas la même comprenette que nous. Le lendemain à l’école, le régent a corrigé : « Vainqueur humain chéri des Cieux. » Et puis, dans le compliment, il y avait encore un vers qu’on a pas bien compris : on parlait de « l’Ombre de César Sumili. »  Nous, on croyait que c’était son nom de famille, mais le régent a expliqué que nous avions mal compris : c’était l’ombre de César s’humilie !...

 

Et ça rimait avec « César a servi l’Italie » !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

 

Deux ans plus tard, mon père a été voir le défilé des troupes sur les plaines de Saint-Sulpice, et c’était magnifique, mais j’étais encore trop bouèbe. Ma mère a dit que c’était sûrement un grand général, mais pas très poli, parce que le Préfet avait donné un bal à Lausanne en son honneur et que le général n’était même pas venu.

 

Giuseppina qui vient d’Aoste nous a dit que ce général était italien.

 

Parce qu’il s’appelait Bueno Parte, mais mon père a contredit.

 

Mon père était « pétitionnaire » et quelquefois, on le voyait partir avec une feuille verte de tilleul fixée à son chapeau. Ma mère en était fière et nous dit que c’était un signe de ralliement… Oui, je puis dire que depuis mon enfance, le général Bonaparte était mon héros !

À suivre.

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 17:03

 

Napoléon et la Suisse : « Il n’y a pas de honte à être vaincu par Guillaume Tell. »

Noverraz

Noverraz

 

Napoléon et le Valais : « Si je m’étais retiré avec ma Garde dans les montagnes du Valais, j’aurais défié l’Europe. »

 

Napoléon et Vaud : « Un beau pays au bord du lac… Tu n’es pas le seul Veveysan qui m’ait rendu service. »

 

Napoléon et Genève : « Une belle ville, mais chère !... J’ai dit aux Genevois qu’ils avaient tout avantage à partager le sort d’une grande république. »

Napoléon

Napoléon

Napoléon et la Corse : « La Corse est un inconvénient pour la France, c’est une loupe qu’elle a sur le nez. »

 

Napoléon et la littérature : « Je dois relire César, Tite Live et Salluste. Il me faut Racine, Corneille, Voltaire et Pascal. »

 

Napoléon et les femmes : « Face à la tentation, l’Empereur n’est qu’un homme comme les autres… Devant une jolie femme, ma Queue se lève, et son affaire est bientôt faite. »

 

Napoléon cocu : « J’ai beaucoup de chagrins domestiques car le voile est entièrement déchiré. »

 

Napoléon à table : « Le lapin à la Borghèse : on cuit le rôti à la broche avec une sauce faite de cannelle et d’oignons piqués de clous de girofle… J’ai bu un bon vin d’Yvorne à Lausanne, de bons vins valaisans à Martigny, à Saint-Branchier (Sembrancher) et à l’Hospice du Grand-Saint-Bernard. »

 

Napoléon et Dieu : « Il y a de soi-disant savants qui Le nient, mais mon cerveau à moi me dit que la Vie et les Mondes sont dus plutôt à l’intervention de Dieu qu’à celle du hasard. »

 

Napoléon paradoxal : « Je n’estime et n’aime véritablement qu’une seule puissance au monde, et c’est la Prusse. »

 

Napoléon et le Monde : « Soyons maîtres de la Manche six heures, et nous sommes Maîtres du Monde. »

Propos tirés du Journal J.-A. Noverraz, repris par Henri Meyer de Stadelhofen dans son livre : A l’Ombre de l’Empereur.

 

Je tirerais aussi de ce livre, des passages insolites ou un éclairage sur la Suisse.

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 15:38

Voilà, c’est la fin de cette aventure sur les Pionniers Suisses de l’Hôtellerie, écrit par Louis Gaulis et René Creux, en 1975.

 

J’ai laissé de côté certains chapitres, mais vous avez l’essentiel sur ces personnages qui ont étés des pionniers.

En complément des sujets traités dans les articles « Pionniers Suisses de l’Hôtellerie, on peut signaler le site suivant de : Véronique Thuin-Chaudron, qui nous parle des liens que Nice avait avec les suisses, avec les hôteliers suisses, qui ont pratiquement fait de Nice, une ville touristique.

Et si vous allez à New York, vous aurez certainement l’occasion de passer devant le célèbre Delmonico’s, le restaurant de grande renommée.

 

Lorenzo Delmonico, tessinois d’origine a donc laissé son nom à de nombreux restaurants aux Amériques. 

Un site en anglais nous en parle, ici.

Le Delmonico's

Le Delmonico's

Et une vidéo amusante sur le restaurant, du moins au début, puis la recette de l’œuf Bénédict, qui aurait été inventée au Delmonico’s.

 

À vous de reconnaitre les films qui parlent du célèbre Delmonico’s.

Pour l’aventurier ou jeune homme désirant devenir hôtelier aujourd’hui, je doute que ceux-ci puissent avoir l’un des parcours décrit ici, à l’exemple de n’importe lequel. Non, il devra certainement faire un apprentissage, suivi d’une école hôtelière, et probablement faire preuve de persévérance en travaillant très dur. Les temps ont changés.

 

FIN

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 16:17

 

LES PIONNIERS SUISSES DANS LE MONDE ET L’ÉCOLE DES BÉDOUINS

Il faudrait, pour y voir clair, établir un tableau généalogique sur une carte géographique. C’est bien compliqué. Les hôteliers épousent des hôtelières ; ils fondent ici et là quelques grands établissements, retournent au pays ; leurs descendants repartent. S’ils n’étaient pas Suisses, mais Corses ou Siciliens, nous dirions que c’est une maffia. Plus gentiment, dans les brochures de l’Office national suisse du tourisme, on dit que c’est une grande famille. Nous le croyons volontiers puisque beaucoup sont apparentés. Ce préambule pour dire que l’histoire des hôteliers suisses à l’étranger se dessine comme une sorte de ronde, où l’on voit des descendants des Seiler au Caire ; des Badrutt à Jérusalem ; d’Alexandre Emery, le fondateur de la Riviera vaudoise, à Nice et à Evian ; des Kraft, neveux du bâtisseur de l’Hôtel des Bergues de Genève, à Florence ; un gendre de Bucher-Durrer, l’étonnant « Signor Subito », nommé Henri Wirth, à Rome. Il y en a d’ailleurs tellement que nous ne saurions les énumérer tous ici.

 

De cette armada de fondateurs d’hôtels, il faut retenir quelques grands capitaines. En tête Charles Baehler, dont le nom se situe à l’origine de l’historique « Ecole des Bédouins ».

Cette expression désigne le centre naturel d’apprentissage, de stage que devint, pour les hôteliers suisses, le Moyen-Orient, de Jérusalem à Assouan, et ceci de 1890 à 1952.

Tout commence en 1889, lorsque débarque au Caire Charles Baehler, un jeune aventurier, originaire de Thoune et qui n’est âgé que de 21 ans. Sa formation n’a rien de très original. Il exerce la profession de comptable dans une maison d’épicerie en gros. Mais sous les apparences modestes d’un jeune commis, Baehler cache une formidable ambition. C’est un joueur (il le restera toute sa vie), un risque-tout, et un meneur d’hommes. Le pur hasard, dit-on, le fait rencontrer M. et Mme Shepheard, directeurs du Shepheard British Hôtel, le plus luxueux palace d’Egypte. Il est engagé pour réorganiser et moderniser l’aspect financier de l’affaire. Les Anglais, qui règnent en maîtres sur cette partie du monde, bien qu’inventeurs du tourisme par leur passion des voyages, ne sont apparemment pas formidablement doués pour l’hôtellerie. Le canal de Suez est ouvert depuis vingt ans. De riches voyageurs internationaux découvrent les charmes antiques du pays. Un trafic intense règne aux bords du Nil, mais l’accueil est précaire. Charles Baehler, d’une génération qui ne doute pas des bienfaits du colonialisme et de la solidité des empires, se rend compte que la grande pyramide, Louxor et Karnak, Assouan, Jérusalem, Alexandrie, valent bien pour le dépaysement Zermatt, Interlaken ou Lucerne.

Bien vu de la famille Shepheard, il cherche à s’installer à son propre compte. Il lui faut un capital. Il l’obtient sur un coup de dés. Passionné de chevaux, il joue tout son avoir à la loterie des courses irlandaises, et gagne deux fois de suite le gros lot de l’Irish Sweepstake : un demi-million de francs or. Comme le Shepheard vient de changer de main, il en prend la gérance et la direction, le transforme ; il fonde une société. Sa technique consiste, au début, non pas à construire du nouveau, mais à louer de vieux hôtels, bien placés, et à les transformer. En quelques années, Charles Baehler et sa société, dont il est naturellement le patron, contrôle 80% de la capacité hôtelière égyptienne.

 

Il s’agit bien d’une de ces réussites comme on en voit dans les colonies, plus aisée et plus rapide que celle d’un Seiler, obligé à se battre, à convaincre, à ruser avec ses concitoyens comme dans toute démocratie.

Charles Baehler

Charles Baehler

Les hôtels Égyptiens

Les hôtels Égyptiens

Shepheard British Hôtel

Shepheard British Hôtel

Les pionniers de l’hôtellerie en Suisse

Il règne en potentat. Très élégant, il est propriétaire d’une écurie de course, et d’une résidence en Suisse : un faux château à créneaux et mâchicoulis, au bord du lac des Quatre-Cantons, où il élève une meute de chiens Saint-Bernard.

 

Durant ses séjours annuels en Suisse, il ne s’occupe pas que de jeux et de chiens ; il parcourt le pays en tous sens pour engager du personnel, nous dirions aujourd’hui des cadres. C’est ainsi que l’Egypte devient l’école naturelle de l’hôtellerie nommée plus tard « Ecole des Bédouins ». C’est une formation très différente de celle que l’hôtellerie suisse peut donner. La clientèle est plus cosmopolite, plus riche encore peut-être. Déjà les Américains remplissent les hôtels. Le maniement du personnel indigène exige tout un apprentissage. De plus, ces stages sont faits sous l’autorité d’un grand patron extrêmement rigide et précis, surnommé par les populations le « roi non couronné d’Egypte ».

Passeront par cette école beaucoup de grands noms de l’hôtellerie suisse : Charles Müller qui, par le caractère et l’allure, succède naturellement à Charles Baehler. C’est un citoyen d’Aigle. Et Louis Suter, de Montreux, qui finira sa carrière au Cathay de Shangaï, Elmiger, neveu de Hans Pfyffer d’Altishofen, Joseph II Seiler, fils d’Alexandre II, qui passe à Assouan, au King David de Jérusalem, avant de terminer moins « exotiquement » comme directeur du Buffet de la Gare de Bâle. Anton Badrutt-Töndury, de Saint-Moritz qui, après le Moyen-Orient, se retrouvera directeur de l’Engadiner Kulm.

 

L’empire des Bédouins s’écroulera définitivement en 1952. Les émeutes populaires éclatent au Caire. La foule s’attaque au Shepeard, et y boute le feu. Tout l’hôtel flambe avec ses collections, ses tapis, ses archives et ses livres d’or. De cette époque, il reste un album personnel sauvé in extremis par un « Bédouin », Fred Elwert de Zurich.

Le Shepheard aujourd’hui a été reconstruit, mais les souvenirs qu’il évoquait ne sont plus vivants que dans cet album, rempli d’étonnantes signatures allant de Kipling à Churchill. Il reste aussi un autre document : les souvenirs d’Anton Badrutt, édités sous forme de plaquette (Freuden und Leiden des Hetelberufes) où il raconte sa vie comme directeur des Upper Egyptian Hotels de 1921 à 1934. Pour ceux qui s’intéressent à cette époque politiquement fort compliquée, il y a là une foule de détails sur les intrigues anglo-égyptiennes, les tentatives russes de fomenter des grèves chez les employés soudanais de Louxor, et Badrutt, pas du tout neutre, bien que Suisse, faisant coffrer les meneurs par le gouverneur de province, et communiquant (Oh ! oh ! voilà qui n’est pas beau !) le nom des rebelles à toutes les chaînes d’hôtels et à la Compagnie de navigation sur le Nil. Bref, on voit dans ce témoignage le paisible citoyen helvétique qui, ayant épousé l’Empire, puisqu’il en a colonisé une des industries, celle du tourisme, en épouser par la force des choses les inconvénients.

Ce type d’hôtelier baroudeur, qui héritait du côté batailleur de Charles Baehler ne pourrait plus s’exprimer aujourd’hui à l’étranger. Ce genre d’aventure appartient au passé.

 

[Il est très étrange de ne rien trouver ou très peu sur Charles Baehler, par des sites Internet en français, par contre, en Anglais il y en a beaucoup. Il faut croire qu’il laissa une forte impression aux yeux des « Maîtres du monde » de l’époque.]

 

Un site nous parle de Baehler. (En anglais.)

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