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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 17:01

Novembre 1819

L’Empereur est très agité. Ces jours derniers, il m’a chargé de prendre discrètement des nouvelles de Mlle Olympia, la jolie infirmière qui est en train d’accoucher à Jamestown. Tout s’est bien passé. Il m’a dit : « Noverraz, c’est un beau garçon, et je te donnerai des instructions au sujet du petit Gordon Bonaparte ».

Sainte-Hélène, mai 1820

J’ai dit à Archambault que ce qu’il faisait était dégoûtant parce qu’il crache tout le temps et il m’a avoué que c’était à cause d’Aly qui était souvent près de l’Empereur et qu’il savait que ceux qui visitent les malades ne doivent jamais avaler leur salive. En la crachant pendant tout le temps qu’ils restent dans la maison où on respire les exhalaisons de la sueur et de l’haleine des malades, on chasse la contagion. Il m’a dit que, moi aussi, je devrais cracher parce que la salive s’imbibe des infections qu’elle conduit à l’estomac, les exhalaisons des malades sont attirées dans la bouche par l’haleine et elles infectent la salive, c’est pour ça qu’il faut cracher tout le temps pour se garantir de la contagion.

Sainte-Hélène, janvier 1820

« Après ma mort, certains parleront de mon « génie », mais d’autres ne parleront que de mes erreurs : J’ai inventé les « Aigles », mais je me suis contenté des canons étudiés pour Louis XVI.

Les charges de Ney à la tête de ses cavaliers demeureront des morceaux de bravoure, mais que deviendront les chevaux sur les champs de bataille de demain ?

Sais-tu, Noverraz, que je me suis moqué du char mécanique « La Napoléone » proposé par ton compatriote, M. de Rivaz… » (J’en déjà parlé ici, de Monsieur Isaac de Rivaz.)

« Sais-tu que j’ai dédaigné le bateau à vapeur dont on m’avait fait démonstration et qui aurait pu mettre l’Angleterre à genoux. J’ai ignoré le machinisme naissant. J’ai bradé la Louisiane, porte du Mississipi et clé du Nouveau Monde.

Lorsque j’ai pris le pouvoir, la France comptait trois fois plus d’habitants que n’importe quelle nation européenne et la vague montante de cette immense jeunesse a peut-être été la cause de la Révolution. Les démographes pourront dire que mes guerres auront brisé ce rythme ; d’ici cent ans, la France serait devenue une puissance de cent millions d’hommes, ce qui peut être aurait empêché les futures guerres ? J’ai dit un jour à Metternich, et je m’en repens : « Et que me fiche à moi, la mort d’un million d’hommes ! » L’Allemagne, après moi, deviendra notre principale ennemie. Qu’adviendra-t-il de toutes ces petites principautés ? Le danger est que la Prusse les cimente et que se reforme ainsi l’empire que les rois de France s’étaient toujours efforcés d’émietter. »

Napoléon admet quelques erreurs. Il devait, pour certaines, les regretter fortement.

Metternich

Metternich

A suivre

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30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 17:15

Sainte-Hélène, août 1819

Je me suis rendu ce matin à Jamestown pour faire le marché et j’ai assisté au débarquement de marchandises apportées par un gros navire qui ne peut pas s’approcher à cause des vagues et du vent. Ce sont de petites barques qui font la navette et on utilise des sortes de palans. Chaque marin est contrôlé, chaque passager, longuement interrogé. La hantise du gouverneur, c’est l’évasion de l’Empereur ! A Longwood, on en parle à mots couverts. Aly et Marchand croient que des bonapartistes ont réussi à s’infiltrer ici.

Qui sont-ils ? Peut-être déguisés en valets, en jardiniers ou en cuisiniers ? Que préparent-ils ? Comment imaginer une évasion ?

Déjà, en 1815, le capitaine d’un vaisseau venant des Indes, a proposé au Grand Maréchal de conduire l’Empereur en Amérique, moyennant un million payable après la réussite. Le projet le plus insistant fait état d’un flibustier du nom de Laffitte qui règne sur une île et une véritable flotte, quelque part dans le Sud de l’Amérique.

Je sais par M. de Montholon qu’en 1817, un navire venu du Cap a croisé au large et qu’une embarcation a attendu sur une petite grève du côté opposé à Jamestown.

Le bruit a couru aussi qu’un ami du docteur O’Meara a dépensé une fortune pour construire une sorte de bateau sous-marin.

Le flibustier Laffitte.

Portrait anonyme du début du XIXe siècle traditionnellement considéré comme représentant Jean Lafitte ; Rosenberg Library, Galveston

Portrait anonyme du début du XIXe siècle traditionnellement considéré comme représentant Jean Lafitte ; Rosenberg Library, Galveston

Sainte-Hélène, septembre 1819

Ici, tout devient événement. La chose la plus importante, c’est l’arrivée d’un navire avec des livres et surtout des nouvelles du monde, mais c’est trop rare. Nous avons offert un prix au Chinois qui tue le plus gros rat. L’Empereur ne joue plus guère aux échecs et au piquet, du reste, il est furieux quand il perd. Hier, le docteur O’Meara nous a tous intéressés en nous racontant qu’on avait ramené un noyé à la vie, c’était un matelot d’un vaisseau anglais tombé par hasard dans l’eau au large de Jamestown, et il était bien resté sous l’eau une bonne demi-heure. On l’avait repêché, déshabillé et frotté avec du sel, surtout à la poitrine et autour des tempes, et, au bout de quelque temps, le noyé a donné signe de vie, et quatre heures après, il était en état de marcher.

Le docteur Antomarchi (François Antommarchi) a proposé de faire la même expérience sur des chiens ou des chats, mais l’Empereur s’y est opposé. Le docteur O’Meara a entendu parler d’autres moyens : il faut verser dans la bouche d’un noyé, une décoction de poivre dans du vinaigre et lui souffler du tabac dans le nez avec un chalumeau, ou encore souffler dans les intestins la fumée de tabac d’une pipe, si on ne dispose pas d’un soufflet et qu’il faut faire vite, la pipe cassée peut servir de tuyau. Il a dit aussi qu’un chirurgien peut tenter une saignée à la jugulaire et éventuellement ouvrir la trachée artère.

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29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 16:24

Sainte-Hélène, mai 1819

Ce jour-là, il pleuvait sur l’île, et les arbres pliaient sous ce vent perpétuel. J’avais allumé un feu de bois, l’Empereur, dans son fauteuil, rêvassait :

« Peut-être Marie Walewska est-elle la seule femme qui m’a vraiment aimé… Quelle admirable fidélité m’a-t-elle toujours témoignée !... On m’a cédé par intérêt, par curiosité, par vanité, par calcul, parfois même par contrainte, mais laquelle de ces femmes m’a-t-elle appartenu complètement ? L’Impératrice m’a trahi avec Neipperg, quant à Joséphine… »

L’Empereur eut un geste de la main qui avait l’air de signifier « avec n’importe qui. »

« Et pourtant, l’ai-je aimée, ma vicomtesse ! Elle était séduction, langueur, elle avait des yeux caressants, des cils qui palpitaient et le timbre de sa voix était si harmonieux que mon cœur se serrait en l’entendant. Sais-tu que Mme de Beauharnais tenait salon ; Ségur, Caulaincourt, Montesquiou lui faisaient la cour. Sais-tu comment je l’ai connue ? »

Sainte-Hélène, été 1819

L’Empereur rentrait de promenade d’assez belle humeur.

Il est fier d’avoir vu ses fleurs pousser, des fleurs qu’il a plantées lui-même après avoir pioché, biné, ratissé et arrosé sur le conseil de son docteur et sous l’œil étonné des jardiniers chinois.

Il portait un chapeau à large bords qu’il m’a confié en rentrant, et il m’a dit : As-tu remarqué la forme des nuages ? On dirait des ballons ! Cela m’a rappelé « la Caroline » de Mme Blanchard que j’avais chargée d’aller porter au monde la nouvelle de la naissance du Roi de Rome, mais son ballon « Caroline » n’avait pas dépassé Lagny en Seine-et-Marne, et c’est un peu pour ça que j’ai refusé d’écouter les rapports et les projets des savants qui me proposaient des aéroplanes, des volateurs et des ornithoptères. J’ai eu sur mon bureau je ne sais combien de dossiers, des espions m’avaient rapporté d’Angleterre l’étude d’un certain Cayley, le dessin d’un aéroplane.

Décontracté, en tenue de jardinier, au chapeau à large bord.

Décontracté, en tenue de jardinier, au chapeau à large bord.

Beaumarchais proposait un « aérambule » pour diriger les ballons. Il y eut bien d’autres inventeurs : Cagnard de la Tour, Dubochet et un horloger suisse ou autrichien, Jacob Degen, qui tenta de voler au-dessus du jardin de Tivoli, mais j’avais d’autres soucis et j’ai écarté tous ces projets. Le général Resnier, de l’armée des Pyrénées Orientales, avait étudié un plan d’invasion de l’Angleterre par des hommes-oiseaux munis de deux ailes en toile forte avec une armature de fer, mais il est lui-même tombé dans la Charente. Quant aux ballons, ils dépendaient des vents : des soldats d’invasion, partis de Bretagne ou de Normandie, auraient pu se retrouver en Vendée ou dans les Flandres. Le jour viendra-t-il où un moteur sera capable de lutter contre les vents… j’en doute… avec ces alizés, jamais un ballon ne pourra atterrir à Sainte-Hélène… J’ai ignoré le machinisme !...

Sir Hudson Lowe est enchanté de voir l’Empereur s’adonner au jardinage. Il en a fait part à Lord Balthurst (Henry Bathurst), à Londres, qui a fait répondre qu’on allait envoyer au « général » n’importe quelle fleur ou plante imaginable, d’Angleterre ou du Cap.

Le gouverneur est bien moins content d’apprendre que l’Empereur a encore tiré des coups de pistolets sur un cochon qui traversait son jardin. Le cochon est à ajouter au tableau de chasse impérial : plusieurs poulets et deux chèvres.

Le cuisinier a préparé le cochon avec une sauce de venaison. L’Empereur s’est régalé.

A suivre

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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 17:34

Sainte-Hélène, mars 1819

L’Ile n’est plus qu’une prison que chacun voudrait fuir : les uns parlent d’ennuis de santé, d’autres invoquent des soucis de famille, l’éducation des enfants, le Grand Maréchal Bertrand répète qu’il a besoin des eaux de Vichy. Le comte de Las Cases refuse de revenir à Longwood. L’Empereur se fâche et tempête. Il crie qu’il sait bien que chacun pense à son testament, puis, il paraît se calmer un peu et il ajoute : « Ceux qui veulent rentrer à Paris pourraient bien s’adresser à Joseph Fouché qui est bien plus riche que moi. »

Prison de Sainte-Hélène

Prison de Sainte-Hélène

Ainsi parlait l’Empereur, j’apprenais des choses qui s’étaient passées avant mon arrivée à Paris. Les disputes de Longwood se calmaient momentanément, mais je savais bien que c’était provisoire : l’air de Longwood devenait chaque jour plus lourd et plus irrespirable, même Mme Bertrand, presque toujours souffrante, fait tout pour que ses quatre enfants échappent à ce purgatoire. Puis, l’Empereur, épuisé par ces disputes, se replongeait dans ses livres et dans ses souvenirs.

Sainte-Hélène, avril 1819

La géographie de ton pays, Noverraz, m’a toujours fasciné ; vous êtes à la fois la forteresse et le carrefour de l’Europe dont l’unique porte Sud s’appelait le Mont Joux, les « Alpes Pennines » des Anciens, et, pour moi, le Grand-Saint-Bernard. Votre Mont Joux a vu passer les armées celtes, Octodurus est entré dans l’Histoire en l’an 57 avant Jésus Christ quand Jules César fit passer les Verargues Imperator y vainquit les Salaces et édifia la statue de Jupiter. Dans « De Bello Gallico », Jules César au livre III, cite la bataille d’Octodure où Servius Galba et sa XIIe légion défient les Véragres.

Maximilien Hercule, l’Empereur, franchit le Mont Jovis en 258, et c’est peut-être à lui que l’on doit le martyre de Saint-Maurice et de ses héroïques légionnaires… Je ne me lasserai jamais de relire les livres d’Histoire !

Sais-tu, Noverraz, que Charlemagne, autour de l’an 800, franchit à son tour le col, fit des dons magnifiques à Saint-Maurice d’Agaunes, longea le lac par Vevey et Lausanne et regagna sa capitale en passant par le Jura. Pour me couronner à Paris, le pape d’aujourd’hui a choisi le passage du Mont Joux pour se rendre à Rome où en 881, S.S. Jean VIII le couronna Empereur d’Occident. Oui, Noverraz, je connaissais ce col bien avant de penser à le franchir. Je l’ai dit au Chanoine Mürith qui m’accompagnait.

Sais-tu, Noverraz, que dans les écoles, à Valence et plus tard à Brienne, on se moquait de mon accent ?... Sais-tu comment on m’appelait dans les camps ? « Napoglioné paille au nez ! », alors, tu comprends que, plus tard, dans mes habits impériaux, c’est une tempête d’orgueil qui m’ait porté vers le pape.

C’est alors que je me suis retourné et que j’ai dit : « Joseph, si notre père nous voyait ! »

Tu sais, ma sympathie allait surtout à Lucien et à Jérôme, Joseph n’était qu’un ingrat : il n’était rien en 1796. Deux ans plus tard, je le fais ambassadeur ; en 1803, à Amiens, il dispose du sort de l’Europe ; je le fais prince en 1804 et roi en 1806. Et ton compatriote, Noverraz, mon oncle Faesch, il est fait cardinal.

Les frères et soeurs de Bonaparte

Les frères et soeurs de Bonaparte

A propos d’école, il y avait un certain Louis-Edmond de Philippeaux qui avait souvent de meilleures notes que moi et qui ne ratait jamais une occasion de se moquer ou de m’être désagréable, et bien, ce Philippeaux, j’allais le retrouver quinze ans plus tard à Saint-Jean-D’acre où il était conseiller de Farhi, le Premier Ministre, avec l’Anglais Sidney Smith, ce fameux Smith que, en 1798, il avait fait évader du Temple.

Il revient aux siens, à Caroline, à Joseph, à Jérôme… « Ne crois-tu pas, mon bon Noverraz, qu’ils devraient se rendre en Suisse ? Ils pourraient s’installer à Berne, à Fribourg, à Zurich, je suis sûr qu’ils seraient bien accueillis avec leurs millions… Je verrais bien Joseph en landammann !  Les Bonaparte doivent s’allier avec de grandes familles… les Colonna, les Orsini, les Watteville en Suisse… ! »

(Déjà la promesse d’une sécurité absolue pour les millions dans le paradis fiscal suisse !)

A suivre

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27 novembre 2017 1 27 /11 /novembre /2017 17:17

Nuit 16 – 17 janvier 1819

L’Empereur est pris de vertiges et s’évanouit. Le Dr O’Meara a quitté l’île sur l’ordre du gouverneur qui fait appel au chirurgien de l’HMS Conqueror, navire amiral, le Dr John Stokoe. Diagnostic : hépatite ! On craint une attaque. Sir Hudson Lowe, qui maintient que les conditions de vie sur l’île sont saines, renvoie le Dr Stokoe.

Mars 1819

Arrivée du Dr Antommarchi, peu compétent, mais Corse. Il confirme le diagnostic d’hépatite.

Dr Antommarchi

Dr Antommarchi

Sainte-Hélène, 1819

J’ai eu l’honneur de prendre une part active à l’évasion de l’Empereur d’Elbe et, ici, j’ai longtemps nourri quelque espoir. Mais je vois bien que l’Empereur n’y croit plus. C’est Cockburn qui a dit : « Le diable lui-même n’en sortirait pas. »

Le plateau de Longwood que nous habitons semble découpé dans le granit de l’île, entouré de trois côtés par la mer et des rochers à pic. Le 53e régiment et une compagnie du 66e campent à une portée de fusil de notre maison, et l’enceinte entière est gardée par de petits détachements. Au soleil couchant, on a l’impression que le cordon de sentinelles se touche.

J’ai entendu parler de quelques projets : celui de Maceroni qui aurait réussi à amener au large un bateau à vapeur et celui de Latapie, l’inventeur d’un sous-marin…

Malgré tout, Lowe n’est jamais rassuré, il ajoute sans cesse de nouveaux postes et de nouvelles batteries. Il a chargé le capitaine Nicholls, l’officier de service, de pénétrer de vive force dans la chambre de Napoléon si celui-ci n’a pas paru à dix heures du matin !

Amiral George Cockburn

Amiral George Cockburn

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 16:42

Août 1818

Pierron a préparé en secret un gâteau en sucre filé qui représentait l’Arc de Triomphe. C’est une surprise pour les 49 ans de l’Empereur. Les Chinois qui travaillent ici préparent aussi une surprise : ils ont sculpté les pièces d’un jeu d’échecs en ébène en leur donnant la silhouette de l’Empereur.

Mme de Montholon se plaint, elle s’est fait délivrer un certificat médical et veut repartir pour l’Europe.

Nota : Un petit mot sur le nombre total de personnes qui entourent Napoléon à Sainte-Hélène, ils sont environ une quarantaine.

Sainte-Hélène, août 1818

L’Empereur parle beaucoup de l’Amérique et des Iles ! « Sans les Anglais et ce Toussaint-Louverture, j’aurais pu faire de grandes choses à St-Domingue !... »

Sais-tu qu’il avait l’audace de m’appeler mon cousin ! J’ai fait enfermer ce cousin noir au Fort de Joux, près des frontières suisses. Nota bene – jusqu’à sa mort dans une cellule, seul et miséreux. Le pauvre !

Et puis, en Louisiane, il y avait Laffitte ! Laffitte avec ses corsaires qui faisait la loi à l’embouchure du Mississipi.

Qui sait si, en ce moment même, l’un de ces navires ne croise pas, narguant la flotte anglaise au large de cette île maudite ?... En trois mois, de Nouvelle-Orléans, j’aurais fait Napoléonville ! Je n’aurais jamais dû accepter les quinze millions de dollars de Thomas Jefferson mais, en 1803, je ne pensais qu’à l’Europe et pourtant, il y avait autant d’espace et peut-être plus d’avenir dans les plaines immenses entre Mississipi et Montagnes Rocheuses, la Louisiane… (Napoleonville en Louisiane)

Vue de la Vallée du Rhône depuis Sion.

Vue de la Vallée du Rhône depuis Sion.

…Sais-tu, Noverraz, si j’avais choisi de me retirer dans les montagnes du Valais, j’aurais défié l’Europe. Le Gothard est la plus formidable des forteresses. Aux Alliés, j’aurais barré la route de Saint-Maurice et du Simplon, seulement, à Sion, on ne m’aimait guère.

Nota bene – Il semble que Napoléon se répète ou que Noverraz réécrit les mêmes histoires courtes qu’il entendait. C’est plus probable que Napoléon, ayant beaucoup de rancœurs, raconte à Noverraz, chaque fois qu’il le voit, des récits touchants de près ou de loin au pays d’origine du Vaudois.

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 17:08

Sainte-Hélène, juillet 1818

Des rats, nous en avions quelques-uns à Granges sur Riex, mais jamais des aussi gros, et d’aussi nombreux ! Les dames et les enfants en ont fort peur. Mme de Montholon a demandé à son époux pourquoi il ne les tirait pas avec son fusil de chasse.

Un jardinier chinois emploie une bien curieuse méthode pour tenter de s’en débarrasser : il a confectionné des sortes de petits entonnoirs, ou plutôt de petits capuchons, avec du parchemin. Au fond, il a mis de la farine mêlée à du beurre et tout l’intérieur de ce capuchon est badigeonné de glu. Ça a l’air de bien marcher, parce que j’ai vu des rats qui ne parvenaient pas à se débarrasser de cette coiffe, ils tournaient en rond, et les jardiniers chinois les assommaient à coups de bambou puis ils les font rôtir et s’en régalent !

Riex

Riex

Les cuisiniers se plaignent que ces sales bêtes dévorent les provisions, et, dans ma chambre, quand je suis en train d’écrire, il y en a un, énorme, qui me regarde du haut d’une poutre. C’est peut-être lui qui a rongé mes papiers ; maintenant, je me méfie et je mets tout dans une boîte de fer blanc.

Le docteur corse nous a expliqué qu’à Ajaccio, on employait de l’assa foetida (L'ase fétide (Ferula assa-foetida)) et que, s’il pouvait trouver de l’huile Rhodium, il se chargerait d’attraper tous les rats de Longwood parce que cette huile a la vertu extraordinaire d’attirer les rats. Le docteur m’a permis de copier ce secret dans un livre qui s’appelle « L’Albert Modèle », peut-être qu’il nous sera utile quand je serai de retour à Lavaux.

Un jardinier chinois a rapporté un rat énorme. Aly l’a mesuré : plus de 20 centimètres sans la queue, et il pesait pas loin d’un demi-kilo. Le Grand Maréchal a donné l’ordre qu’on fasse porter cet animal monstrueux au gouverneur pour que l’on prenne enfin des mesures, et, trois jours plus tard, un médecin britannique est venu à Longwood expliquer qu’il ne s’agissait pas d’un « Apodémus sylvaticus », mais d’une nouvelle sorte de rat gris, le « rattus norvegicus » qui était apparu en Angleterre il y a une cinquantaine d’années et qui avait dû voyager à bord d’un navire de la Compagnie. Ce rat gris chasse le rat noir et le tue sur son domaine.

Il aime s’installer le plus près de l’homme ; on le reconnaît parce que sa queue est moins longue que son corps. Le médecin nous a encore dit de faire très attention parce que le rat gris, quand il est blessé ou acculé, ne craint pas l’homme et qu’il lui saute à la figure. (On parla des rats de Sainte-Hélène dans toute l’Europe.)

Pièce satyrique [estampe] Fête de Napoléon célébrée par les rats à Sainte Hélène

Pièce satyrique [estampe] Fête de Napoléon célébrée par les rats à Sainte Hélène

A suivre

 

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 17:24

Sainte-Hélène, juillet 1818

Une belle ville, mais chère (déjà !), nous a raconté l’Empereur en parlant de Genève où il était arrivé le 9 mai à trois heures du matin. Pour éviter les honneurs et les arcs de triomphe, il avait exprès soupé et couché à Nyon et il est arrivé de nuit à Genève, par Cornavin. A six heures du matin, les autorités étaient au courant et faisaient tonner les canons.

J’ai assisté au départ des navires chargés de munitions, d’un million de rations de biscuits, de 100'000 boisseaux d’avoine, de 125'000 pintes d’eau-de-vie ! Genève, a dit l’Empereur, m’a semblé compter autant de savants que de jolies femmes. Nota : 125’000 pintes = 71’032 litres, 100'000 boisseaux = 3636.800 m3.

Malheureusement, Horace Bénédict de Saussure était mort quelques mois auparavant. Il logeait à la maison de Saussure à la rue des Granges. Chez le préfet du département du Léman, Eymard, on lui présenta magistrats et savants. MM Maurice, le recteur d’Académie Boissier, Achard, Trembley, Pictet.

Genève 1841

Genève 1841

Il se souvient aussi d’un savant qui lui avait indiqué le moyen de se faire à soi-même un cadran naturel pour savoir quelle heure il est sans avoir de montre, avec simplement la main gauche tendue bien horizontalement au soleil.

Il se souvient encore du syndic Gervais prétendant que les Genevois regrettaient leur indépendance. Le Premier Consul lui rétorqua que les Genevois eux-mêmes se disputaient sur le statut politique du pays avant leur réunion à la France. Il expliqua aux magistrats que le commerce de leur ville allait grandement bénéficier de ce qu’il allait rouvrir et améliorer les grands passages des Alpes. Il tenta de convaincre les autorités que Genève avait tout avantage à partager le sort d’une grande république. Il se souvient encore de son entretien avec Necker, le ministre des finances de Louis XVI.

Il garde une grande estime pour le savoir des Suisses en matière de finance, rappelant le rôle de Biedermann, le banquier zurichois dans les fournitures d’armée et celui de Rodolphe-Emmanuel de Haller, le banquier bernois pour qui il avait une estime particulière. Il se souvient d’avoir parlé mathématiques et chimie avec des savants, mais se rappelle en même temps des choses plus terre à terre : il évaluait à 10'000 paires de souliers l’usure provoquée par le passage des cols, il répète que Genève était chère parce que Berthier qui louait un logement à la maison Picot près du Temple Neuf, payait vingt louis par mois et qu’à Genève, on payait 5.15 fr. la paire de souliers !

Il se souvient encore d’avoir vu des bijoux et de bien belles montres qui auraient fait des cadeaux pour une femme aimée, mais qu’il était plus économique de calculer l’heure avec son bras tendu.

Montres chinoises Patek Philippe, vers 1820-1825

Montres chinoises Patek Philippe, vers 1820-1825

A suivre

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23 novembre 2017 4 23 /11 /novembre /2017 17:41

Sainte-Hélène, avril 1818

Petit drame domestique : le dîner de l’Empereur a été servi froid, Sa Majesté a refusé d’y toucher et s’est retirée dans son appartement sans regarder Cipriani, le maître d’hôtel.

L’Officier de Bouche s’est justifié. Les fourneaux sont en très mauvais état et la réserve de bois est si humide, les rats grignotent tout. Il pleut depuis deux jours, et toutes les cuisines sentent le moisi.

Ceci se passait peu après midi et un peu après une heure, on vit arriver deux soldats anglais, apportant dans des plats de métal, des mets recouverts de serviettes chaudes.

Un sergent britannique salua et tendit un menu joliment écrit :

« With Sir Lowe’s compliments ».

Chicken soup

Fresh duck liver « pâté » with fresh vegetables

Roast lamb on bed of water cress

«Avec les compliments de Sir Lowes».
Soupe au poulet
Pâté de foie de canard frais aux légumes frais
Agneau rôti sur lit de cresson

Ce cérémonial nous surprit à peine ; nous savions tous que Hudson Lowe avait des espions partout. J’allais frapper à la porte de l’Empereur pour lui proposer de venir à table, mais il s’écria : « Renvoyez tout ! »

Cependant, tous les mets avaient été déposés dans l’antichambre, Mme de Montholon avait soulevé les serviettes et grignotait :

« Il faudra bien renvoyer à regret toute cette cuisine anglaise, mais je ne vois pas pourquoi nous ne gardions pas ce « pâté », puisque nos hôtes anglais n’ont pas été fichus de traduire ce mot bien à nous.

Le système d’espionnage de Lowe devait bien fonctionner pour qu’il soit aussitôt au courant des problèmes d’intendances.

Une info du jour parue dans le journal.

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

A suivre

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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 16:51

Sainte-Hélène, février 1818

Il croit encore qu’il est à la veille de reprendre le pouvoir. Il m’a dit : « En moins de six ans, si je reviens sur le trône de France, j’aurais remis le pays sur le même pied qu’autrefois. » Il maudit Haim Farhi, le gouverneur, et Sydney Smith, cet officier anglais qui, avec Philippeaux, défendait Saint-Jean-D’acre.

« Mon Destin m’a boudé ce jour-là : la route de l’Asie m’eût été ouverte, et c’est en Orient que j’aurais fondé un immense empire. Heim Farhi m’a barré la route ! »

Nota bene – Il s’agit là de la première déconvenue de Bonaparte, défaite cuisante qui contrecarre ses projets ! 

Portrait of Jazzar Pasha, 1775

Portrait of Jazzar Pasha, 1775

Sir William Sidney Smith

Sir William Sidney Smith

Une autre fois, poursuivit le général, l’Empereur m’a confié que sa grande erreur avait été de se livrer aux Anglais.

« Les Autrichiens et les Russes auraient été trop heureux de me recevoir et m’auraient donné des provinces à gouverner. »

Après une scène violente avec M. de Montholon pour un détail d’étiquette, parce qu’on avait oublié de lui rendre l’un de ces honneurs qu’il estimait dus à Sa Majesté Impériale, l’Empereur a prononcé des injures et des mots grossiers, puis il se retourna vers moi et me dit :

« Je n’aurais dû amener avec moi que des domestiques. »

Et devant moi, l’Empereur a encore ajouté :

« En trompant la flotte anglaise, j’aurais pu commencer à me forger un petit état dans une des îles…

Que n’aurais-je pas fait de Saint-Domingue sans Toussaint-Louverture… !

Aux portes de la Louisiane, il y avait Laffitte, Laffitte et ses vaisseaux, Laffitte avec ses corsaires… Je regrette l’argent que j’ai reçu de Benjamin Franklin.

Vois-tu, Noverraz, si je m’étais retiré avec ma Garde dans les montagnes du Valais, j’aurais défié l’Europe. Le Gothard est la plus formidable des forteresses, j’aurais barré la route des Alliés à Saint-Maurice et au Simplon, seulement, voilà, tous tes compatriotes ne m’aimaient pas, et les Valaisans, comme les Américains, sont bons tireurs.

Peut-être aurais-je dû choisir la Louisiane ; avec un seul bataillon de mes grognards, personnes n’aurait pu m’en déloger… Et personne n’aurait pu m’empêcher de remonter le cours du Mississipi vers le Québec où je compte beaucoup d’amis, avec l’appui des bataillons du général Jackson, ce Québec opprimé par l’Angleterre. Nous aurions bouté l’Angleterre hors du Continent qu’ils traitaient en colonie !... »

Avec des « si » on mettrait Paris en bouteille.

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