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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 17:14

Une section sur les personnalités qui passèrent en faisant halte ou s’établirent, quelque fois définitivement, ou seulement pour un temps, pour un exile, par exemple.

TÊTES ET SILHOUETTES D’ICI ET D’AILLEURS

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Encore que les linguistes en aient décidé autrement, il se trouve de bons Lucernois pour assurer que le Mont-Pilate tire son nom de celui du procurateur de Judée, venu en ces lieux, alors écartés, pour y expier son fameux : « Je m’en lave les mains. » Cette indifférente oraison funèbre du Christ livré, par le gouverneur romain, à la vindicte des notables de Jérusalem…

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Vraie ou fausse, cette croyance s’ajoute à tant d’autres traits relatifs aux errants anxieux des pays étrangers – et même d’outre-mer – venus en Suisse chercher quelque apaisement à leurs permanentes inquiétudes : Byron et Nietzsche, Wagner et Segantini, Goethe et Chateaubriand. Quelques « mauvais sujets » font leur apparition. Le cynique Casanova de Seingalt, qui trouva meilleur… gibier dans une famille ecclésiastique genevoise, flirte avec quelques Lausannoises. Abel Hermant se montra fort turbulent dans l’enceinte du collège Gaillard, de Chauderon, pépinière de jeunes intellectuels bien nés. Il tirera de son passage dans cette école un roman sanglant : Le Disciple aimé. Ses anciens camarades, indignés, se cotisèrent pour racheter (en bloc) cette « infamante » fiction. Ils la mirent héroïquement au pilon. Il n’est pas jusqu’au dramaturge Henry Bernstein, encore adolescent, qui n’ait élu domicile chez un de nos confrères disparus, en les parages de l’avenue de Beaumont. Le future auteur de l’Espoir s’y connaissait, comme pas un, en l’art nocturne de « sauter le mur ». Bien d’autres indisciplinés élirent notre quiète cité pour lieu de leurs frasques : depuis les « Camelots du Roy du Léman » à la blonde « Canada », l’une des espionnes célèbres de la guerre 1914-1918. Cette plantureuse personne ne se souciait nullement de passer inaperçue. Elle opérait, d’ailleurs, au vu de chacun en un grand hôtel d’Ouchy.

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Mais l’accueillante capitale, petite ville entre les grandes villes, ne s’ouvrait pas seulement à des oiseaux exotiques de plumage bariolé. Elle put inscrire dans ses registres des noms moins tapageurs, des « valeurs » plus solides : de Gogol à Tolstoï le père, puis le neveu. Oui Gogol qui, écrivant à Vevey les Ames mortes, s’en venait dîner en quelque hôtellerie du chef-lieu. Il nouait avec ses commensaux des conversations fortes courtoises… Elles partaient, nous assure M. Trofimoff, du pot de moutarde, se haussaient jusqu’au bon apprêt des choux pour atteindre les sereins paliers des idées et des formes. Victor Hugo ne fit que passer. Il présida, à Lausanne, un congrès de la paix bientôt suivi, ô ironie, du conflit franco-allemand de 1870-1871 ; il qualifia la ville de « sibérienne » et lui préféra les hôtels de l’Est lémanique. Byron, pour sa part, logea en l’Hôtel d’Angleterre, le temps de faire sécher ses vêtements trempés par les embruns, au sortir d’une bourrasque dont son bateau, à l’excessive voilure, faillit être la victime. Mais déjà il flambait pour le Prisonnier de Chillon, pour ce Bonivard effronté dont le maître de pension, devant l’âtre, lui conta l’histoire… enjolivée. Que d’autres, que d’autres réfugiés politiques : Miskiewicz, qui rêvait de restaurer le royaume de Pologne, Mélégari et, pendant la récente guerre tant de gens peu orthodoxes : des « collabos » de tout poil à l’honorable Einaudi, futur président de la République italienne. Nous ne prétendons pas être complet !...

La « Maison bernoise » de la rue du Pré, détruite par un incendie en 1909.

La « Maison bernoise » de la rue du Pré, détruite par un incendie en 1909.

Nous aurions mauvaise grâce, cependant, à ne pas mentionner les rois et les reines en exil ; le chef-lieu vaudois s’en fait, révérence parler, la spécialité. Il hébergea successivement, dans les seuls temps des XIXe et XXe siècles : l’impératrice Marie-Louise de France, (avec intermède dont l’héroïne fut Joséphine de Beauharnais arrivée de l’auberge genevoise de Sécheron). Nous avons rappelé, déjà, le séjour des trois frères de Napoléon : Joseph, Jérôme, Louis. La femme de Jérôme, ex-souveraine de Westphalie (Catherine de Wurtemberg) mourut en la campagne de l’Avant-Poste en 1835. Elle fut devancée dans l’au-delà par la reine Frédérique de Suède, décédée en « Villamont » au mois de septembre 1826.

 

Dans les années 1830 à 1845, Lausanne donna asile à bon nombre de royalistes français exilés sur les pas du roi Charles X : les La Rochejaquelein, les La Tour du Pin, les La Ferronay, sans oublier Mmes de Charrette et de Lucinge, filles morganatiques de l’infortuné duc de Berry. [L’auteur ne citant pas les prénoms, ou quelques dates pouvant faire référence, il est difficile de savoir qui ils sont !] En 1838, un séjour du prince Louis-Napoléon (bientôt empereur) inquiéta une fois de plus l’opinion. Mise au courant de la constitution d’un corps expéditionnaire français, la Diète mobilisa des troupes confiées au général Guiguer de Prangins. Incident mineur, Louis ayant quitté notre pays.

 

Dans des temps plus proches de nous, installation à Lausanne de la famille royale d’Espagne, la reine Victoria-Eugénie résidant toujours (en 1964) dans une villa de la pente ombragée de l’Elysée. Le prince héritier d’alors, comte de Barcelone, se fit des amis à Lausanne, tout de même que le duc de Ségovie et don Jaime ses frères. Jaime épousa, à l’église d’Ouchy, une belle créole en présence de l’ex-roi Ferdinand de Bulgarie et de l’ex-reine Amélie de Portugal. (Le jeune prince devait périr accidentellement en Amérique.) [Si je pouvais savoir qui est le jeune don Jaime. Qui peut m’en dire plus ?]

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 18:28

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Alors, d’où vient « Couvaloup ?

Jaccard, pourtant circonspect, croit pouvoir, se fondant sur des indices recueillis à Morges puis à Lutry, déclarer le mot issu du latin : « cum vallem » (vallonem) = localité bâtie dans un vallon. Très joli ! Malheureusement pour l’érudit, le voisinage de la Dôle s’adorne d’un pâturage boisé dit (Couvaloup ». il s’agirait d’un lieu écarté dit encore « Queue-de-Loup ». Or, ces fauves ne manquaient ni dans le Jura ni dans les « fossés » naturels de la vieille Cité. C’est pourquoi les amis du romanesque cynégétique donnent poliment tort au docte Jaccard.

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On ne quitte pas le haut quartier, ni la cathédrale, ni le guet, sans saluer l’escalier du Château. Le jour, banale rampe de ciment, il est le soir, parfois, refuge des tragiques grecs ressuscités par le comédien Paul Pasquier. Ni sans se remémorer, grâce à la lecture d’une inscription ad hoc, la présence dans la maison Levade, du « Séminaire français » (1729-1813). Cette école, fondée par Antoine Court et Benjamin Duplan, donna aux réformés de France des centaines de pasteurs, plusieurs de ces prédicateurs mourant pour leur foi.

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Pour dix rues et avenues qui consacrent les noms de passants illustres (Voltaire à la rue Voltaire, Charles Dickens écrivant les premiers chapitres de Dombey et fils dans un verger défunt de l’avenue Dickens, pour un Viret, pour l’économiste Charles Gide, pour la rue Gibbon, pour l’avenue Glayre, pour la place et l’avenue Benjamin-Constant), pas plus de menus problèmes que le long des passages (Rosemont, Grande-Rive, Beaumont et tant d’autres) qui s’appliquent à ranimer la silhouette et les ombrages de petits et grands domaines d’autrefois.

Que de lieux, en revanche, où le curieux trébuche !

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La place de la Riponne tire son nom, par exemple, d’une famille de propriétaires bordiers, les Ripon, déjà en exercice, si l’on nous passe l’expression, lorsque la Louve coulait à ciel ouvert en ces lieux. Des infiltrations transformaient en espace boueux la Palud (du latin : Palus : le marais). La rue du Pont, accessoire indispensable à cette humide époque, donnait asile au Vieux-Mazel (ancienne boucherie) ce qui explique l’existence du passage ou (plus pompeusement) de la rue du Rôtillon, asile de fours et de broches à viande. La Cheneau-de-Bourg, rue de nos jours élégante avec ses maisons reconstruites et ses étalages d’antiquaires, évoquait le ruissellement de la pluie sur le sol très incliné (chéneau ou tuyau de gouttière). La rue Centrale, aujourd’hui prolongée et assainie, fut un court débouché sur la rue du Pré (des praz : prairies fut les bases de la Cité). Notons, sans trop insister, que Rôtillon, Pré, Cheneau-de-Bourg comptèrent longtemps au nombre des rues « chaudes » de notre bonne ville. La Mercerie qui porte un visage moderniste, détint jadis, outre des merciers, bon contingent encore de filles « folles de leurs corps » (euphémisme commode et translucide).

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La rue Chaucrau, encaissée entre de hautes maisons, c’est un « chaud creux » où le vent se fait rare. L’Ale (l’aile) désignait, de par sa tour déjà, un bastion d’angle du Lausanne d’avant les Bernois.

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La place Chauderon ne grave pas dans le marbre le nom d’un citoyen méritant. C’est par extension du terme (petite chaudière) [Mais pourquoi le « e » de Chauderon ?] la désignation d’un lieu creux et écarté au sortir du chemin de terre (des Terreaux), sente longeant les résidences boisées qui occupèrent longtemps la lèvre nord de l’actuelle rue de Genève ; la propriété Agassiz montrant au-dessus du mur bordier les dômes de ses arbres, coupés pour faire place au « complexe » puis à la tour Métropole-Terreaux.

La « Casquette du Diable » de Montriond, photographiée au début du XXe siècle.

La « Casquette du Diable » de Montriond, photographiée au début du XXe siècle.

Les derniers romantiques tenteront de retrouver sur le coteau, à l’ouest de la Borde envahie par les « buildings », les traces de la rue des Glaciers ainsi nommée à cause de l’apparition, par temps clair, au fond de l’horizon, des neiges du Velan ; peut-être du Combin ?

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Montagibert, dans le quartier des hôpitaux, serait selon le Dictionnaire historique le mont Gusberti (la colline de Gobet, parrain du chalet de même consonance). Pour d’autres, il s’agit du mont de Gerbert, appellation connue en 1225 déjà. La rampe du Bugnon s’applique à un chemin montueux. La rue en pente raide de Marterey ferait allusion à l’emplacement d’un gibet, d’un lieu de torture pour suppliciés. Ah le « bon vieux temps », qu’il en pourrait narrer de sombres histoires !

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Terminons cette ébauche toponymique par l’escalier des Petits-Rochers, coupe-gorge maintenant « civilisé » qui relie la Mercerie à la rue Centrale. Ne pas confondre cette façon d’échelle avec le Signal des Grandes-Roches, terrain miraculeusement préservé (jusqu’à quand ?) du voisinage des Casernes de la Pontaise. De ce Signal, l’œil erre à l’aise sur des premiers plans de verdure puis contemple avec ravissement la nappe et les côtes baignées de lumière du Léman.

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Quant à « Montoie » avec ses rangées de tombes, il désignait au voyageur arrivé de l’ouest, le dernier ressaut à escalader (à « monter ») pour parvenir aux premières maisons de Lausanne.

[Commentaire. Depuis que l’on « roule » la ville, on finit par connaitre que les grandes artères que nos autos utilisent. Une fois devenu piéton, on évite les rues inconnues pour ne pas oublier où est garée l’auto et pour ne pas s’égarer, dans les chemins sans issus ou l’on n’a rien à y faire. Bien des noms de rues, de chemins et de ruelles, nous sont pratiquement inconnus en tant qu’automobiliste. Le visiteur, touriste et curieux, à pieds, trouverons bien des curiosités, mais toujours avec de grandes fatigues, à force de monter et descendre au travers de la ville.]

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 17:37

Il n’est pas besoin, en revanche, de rechercher laborieusement l’origine du chemin Eugène-Grasset, lié au souvenir d’un peintre et graveur coté jusqu’en France, du chemin Porchat (dont le parrain posthume fut l’auteur de « Qu’il vive ! », du chemin de Chantemerle ou de celui de Brillantcour  ou bien encore de la sente de Roseneck… lorsqu’il ne s’agit pas de la rampe du Calvaire, néfaste aux asthmatiques. La plupart de ces passages perpétuent la mémoire de propriétés noyées dans les arbres : en d’autres termes d’un idyllique Lausanne cruellement mutilé.

DE QUELQUES RUES ET PLACES

Dans ce champ étymologique très vaste, un choix méticuleux est indispensable, faute de quoi le mémorialiste imprudent serait rapidement submergé. Délaissons donc les avenues, rues ou places visiblement dédiées à la mémoire de célébrités locales ; ou des rares domaines encore présents. Place Saint-François, place Benjamin-Constant, avenue de Beaulieu, avenues de Beaumont, du Belvédère, des Bergières, de la Chablière, de Collonges, Dapples, Druey, de-La-Harpe, de l’Eglise-Anglaise, Aloys-Fauquez, escaliers des Petites et Grandes-Roches ; avenues encore : de la Gare, du Théâtre, d’Ouchy, du Grammont, du Grand-Chêne ; rues Haldimand, Mauborget, Juste-Olivier, Riant-Mont, Eugène-Rambert, Edouard-Rod, Victor-Ruffy ; avenues Tissot, Vinet, Voltaire, Villamont…

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On s’arrête, essoufflé, le soir tombant derrière la fenêtre. Et pourtant, ni vous qui me lisez ni moi ne sommes au bout de nos peines. Beaucoup d’obstacles linguistiques parsèment la route et de sournoises chausse-trapes s’ouvrent sous nos pas.

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À la Cité, déjà, au sud de la forêt de Sauvablin puis aux abords mêmes de cette futaie elle-même, les perplexités s’éveillent en l’esprit inquiet du chercheur. On prête à cette « motte » boisée acquise par la Ville en 1817 une origine païenne : forêt (silva) du dieu Belinus (ou Belin) révéré des Celtes. Le bois appartint plus tard au couvent des Cisterciennes de Bellevaux fondé au XIIIe siècle et supprimé, par Berne, en 1536.

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Situé entre le Bois-Mermet (« petit bois ») et la forêt proprement dite, ce monastère passait pour avoir abrité quelques nuits durant le fiévreux sommeil du « Téméraire » qui campa en ce clos, après sa défaite de Grandson. La rue des Oiseaux, tant et si bien bâtie que la gent ailée l’abandonne, relie la Pontaise (en 1510 : Pontosa ?) à des terrains suburbains de plus en plus populeux. L’une des voies régionales, qui se nommait Aloys Fauquez, dit « Mimi ». Un homme de poids dans toute l’acception du terme. Accordons une pensée au défunt – ou presque – chemin des Cascades-du-Flon ; la voie de Montmeillan, bien en péril aussi (elle tirerait son nom d’un castrum (château médiéval), déroule ses premiers lacets au voisinage de l’ancien « tirage », les fusils d’alors parvenant tout juste à percer les cibles fichées le long des falaises de La Sallaz.

Sur la crête du Signal, aujourd’hui privé de son funiculaire, une plate-forme où se distingue encore l’emplacement du « bûcher des alarmes ». En ce lieu, prête à bouter le feu, veillait une sentinelle municipale. Cette collinette aux mains de particuliers jusqu’en 1817, était en effet prêtée, par eux, à la Ville.

 

Sur l’éminence de la Cité, en véritables compagnies de perdreaux, les rébus se lèvent du pavé sous les pas des géographes et des toponymistes. Certes les origines de la rue de l’Académie, et celles de Cité-Devant et de Cité-Derrière ne recèlent pas de mystères. La rue Charles-Vuillermet rappelle l’œuvre amoureuse d’un imagier du Vieux-Lausanne. Celle qui est dédiée aux Curtat entretient le renom d’un groupe où figurent le doyen Curtat, disparu au cours du XXe siècle, homme de bonne compagnie, qui disait bien le vers et arborait les façons d’un mousquetaire courtois du passéisme. Si la rue Saint-Etienne commémore le souvenir de l’église-couvent chère à l’évêque Marius, quelles pierres d’achoppement sournoises et cachées en Couvaloup et rue de Menthon ! Là, révérence parler, les chats, fourrés ou non, se peignent. En « Menthon », se dressa un château fort tombé sous la pioche. Fondé par une famille française, il tint lieu de résidence aux sénéchaux. Sous la protection de ces murs, le « Téméraire » vint soigner (1476) une damnée grippe contractée au sortir du désastreux combat de Grandson, les reste de son armée se regroupant aux Plaines-du-Loup. Le spectre du duc ne parut pas intimider les chefs d’une école protestante temporairement installée là. Les démolisseurs ayant accompli leur office (XVIIe siècle), le problème de la porte de Couvaloup (ou Coualou) ne se trouve pas résolu pour autant. D’où peut bien être issu le nom de cet embranchement de la rue Saint-Martin, bruyante à souhait de nos jours, aboutissant place du Tunnel ?

La place de la Palud en 1877. Dessin original d’Auguste Piot.

La place de la Palud en 1877. Dessin original d’Auguste Piot.

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 16:54

Il y a trente ans encore (texte fait en 1964), dans le quartier du Maupas (qui signifie : mauvais lieu, mal famé), le chemin des Cèdres s’enfonçait, secret, solitaire, édénique, entre des jardins. Il desservait la « Faculté de théologie de l’Eglise libre » dont le jardin était ombragé de cèdres majestueux. Les arbres libanais ont disparu et le « parc » de la « Môme », surnom familier de l’institution (construite en 1864 par l’architecte Jules Verrey), se trouve réduit à une mince bande de terre. La « Môme » - avec sa bibliothèque riche de 70,000 volumes – n’est ainsi qu’un numéro d’une rue animée. Un gros immeuble a pris la place du home pour filles perdues, les Clochettes. Le Cèdre-Vinet, dans la partie supérieure du chemin, entasse ses bâtisses. Et la « Maison suisse en Afrique du Sud » dont le secrétariat domine une route à autos, doit rêver des solitudes du Transvaal ou du Mozambique. Eteinte la poésie « Vieux-Lausanne » des Cèdres avec leurs dômes de feuillage et leur petit chemin que la moindre averse détrempait.

 

Il faut, sacrifiant beaucoup d’autres exemples de passages à transformation, consacrer quelques mots à la Vallombreuse, étirée entre les Bergières et la route du Mont. On lit, au sujet de cette (naguère) idyllique route, dans le Cahier rouge de Benjamin Constant : « Je suis né le 25 octobre 1767 à Lausanne, en Suisse, d’Henriette de Chandieu, d’une ancienne famille française réfugiée dans le pays de Vaud pour cause de religion, et de Juste Constant de Rebecque, colonel dans un régiment suisse au service de Hollande. Ma mère mourut en couches huit jours après ma naissance. »

Cette naissance eut lieu non à la « Vallombreuse » ainsi que certains l’ont osé prétendre, mais dans le petit hôtel particulier du « Chêne » habité par Voltaire pendant les hivers 1757-1759, démoli en 1911 et qui était la propriété de M. de Montrond, arrière-grand-père maternel de Benjamin. Mais la confusion peut, à la rigueur, s’expliquer si l’on songe que le colonel Constant de Rebecque possédait plusieurs maisons de campagne aux environs de Lausanne et qu’il s’en revenait les habiter toutes les fois que cela était conciliable avec l’exercice de son commandement. Il logea de la sorte au « Sable » (ou Chable), propriété Chandieu sise près de Rolle, à la « Maladière » ou « Bois-de-Vaud », enfin au chemin de la « Vallombreuse » aux confins Lausanne-Prilly où il ne détint pas moins de quatre demeures : « Bois-Soleil », la « Chablière », le « Désert » et surtout la maison qui donne son nom à ce chemin bordé de beaux arbres : cette « Vallombreuse » avec sa femme et son jardin orné d’un sapin fantaisiste dont la cime bifide imita les courbes d’une lyre. À la « Chablière » se rattachent les mémoires de Louis-Eugène, duc de Wurtemberg, du littérateur Samuel de Constant, d’un diplomate anglais sir Stratford Canning, du général Henri Guiguer de Prangins, du peintre Gaulis, ami des paysages de Vidy et des teintes d’automne. [photos : Lord Stratford de Redcliffe en 1814, âgé de 29 ans. Charles-Jules Guiguer de Prangins. Peinture de F. Elgger, lithographie de Louis Wegner (1842)] Morcelé, le parc a été cédé en partie à l’institution de Béthanie qui y a construit, en pleine verdure, un home pour personnes âgées. Le « Désert » conserve le souvenir du philanthrope Théodore Rivier-Vieusseux, préfet de Lausanne de 1834 à 1837. L’ombre de Benjamin, qui sait, hante encore cette voie. Bien que son père l’ait appelé, jeune encore, auprès de lui aux Pays-Bas et à Bruxelles et qu’il ait lui-même possédé rue Saint-Pierre une élégante demeure démolie en 1908 après avoir servi… de siège à la Banque Cantonale.

Longtemps – l’an 1952 commença de marquer l’ « urbanisation » à outrance de ce chemin de campagne – la Vallombreuse offrait un asile sûr (et même le dimanche) aux familles flâneuses. Mais la commune de Prilly « donna le feu vert » aux bâtisseurs du majestueux, de l’immense groupe immobilier de « Mont-Goulin », vraie cité dans la ville, vaste dispositif architectural visible bien loin à la ronde, qui s’élève au sud de la partie occidentale du chemin. Ne voulant pas demeurer en reste et soucieuse de ménager, sous l’angle de l’urbanisme, l’avenir des liaisons entre communes, les autorités lausannoises prolongèrent, en l’amplifiant, l’avenue de France dont le « goulet », à forte densité automobile, se déverse en pleine Vallombreuse. Finie la paix des familles et des petits enfants. C’est tout juste si les piétons, en se collant aux jardinets bordiers, évitent d’être « cueillis » par les conducteurs pressés (et, par définition, ils le sont tous).

Sans prétendre dresser l’inventaire des « chemins » de Lausanne, il est juste de mentionner, dans le quartier de Montoie, le chemin du Couchant, rivière asphaltée entre deux rives de brique et de ciment ; puis, remontant vers le nord, aux abords de l’infortuné bois de Sauvabelin entaillé par l’ « autoroute », la « Chocolatière » encore parfumée – du moins n’est-il pas interdit de l’imaginer – des effluves du cacao cher au citoyen-manufacturier Ribet. Les produits de ce digne gastronome se montraient plus digestifs, assurément, que les romans surabondants de Mme de Montolieu, marraine d’un passage tout voisin. Assoiffée de gloire, cette dame n’a pas renoncé, assure-t-on, à revivre en Vennes sous les espèces intermittentes d’un spectre errant, la plume d’oie à la main. Le chemin de Boissonnet attire l’attention sur l’Asile Boisonnet fondé, il y a un siècle, par la mère d’un jeune ingénieur emporté sous l’avalanche sur les pentes du Haut-de-Cry valaisan.

Ribet chocolat

Ribet chocolat

De Lousonna à Lausanne [10]
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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 16:53

La Tour-Grise, quartier du Languedoc, rappelle (sentier sans issue) la lignée de ces « pavillons de vignes » dont Lausanne, à une certaine époque, n’était pas dépourvue. La « Casquette du Diable » avec sa toiture caractéristique, régnait sur les vignobles de l’avenue Dapples. Et l’armée des ceps qui couraient, jadis, de la région de l’Hôtel Mirabeau (avenue de la Gare) jusqu’aux abords du chemin de Longeraie encore veuf de son église grecque, de la Synagogue et de bien d’autres édifices, constituent le clos (avec pavillons) de la « Guinandière » du nom de leurs propriétaires les « Guinand », une fraction de cette estimable famille ayant fait souche, désormais, à Caracas (Venezuela).

 

Passons au quartier des Toises (nord-ouest de l’avenue de Rumine), un temps (bien lointain) riche en prairies et bosquets, puis modestement bâti avant de sacrifier, avec volupté, aux rites du gigantisme architectural. Il y avait là une bonne vieille demeure (disparue) doublée d’une Rosière elle-même condamnée. Mais le chemin des trois-Rois (qui court d’Etraz à Rumine) commémore l’exil (à la Rosière) de trois des frères de Napoléon Ier : Louis, ex-roi de Hollande, Joseph, ex-roi d’Espagne, Jérôme, ex-roi de Westphalie ; ils eurent, dans ce lieu bocager, l’amer loisir de méditer sur l’instabilité des choses humaines. Les Toises ? De « Teise », pré coupant une pente.

Les trois rois

Les trois rois

Au sud de l’avenue de Rumine, vers l’est, un chemin descend en pente rapide pour conduire (voûte sous la voie ferrée Lausanne-Berne) dans les parages limitrophes de « Pierre-à-Portay ». Ce raidillon, aujourd’hui carrossable, perpétue le souvenir de la ferme du Trabandan (munie d’un pressoir à Bandan ou Bender). Avec un peu de chance, vous pourriez rencontrer, en ce lieu complètement transformé, l’ombre de Chateaubriand. En effet, lors de son premier séjour à Lausanne (1826), l’écrivain-diplomate avait choisi la rive alors silencieuse de la Vuachère pour y venir philosopher…

 

Le ruisseau-frontière entre Lausanne et Pully ne porta pas, dans les vieux temps, le nom sous lequel put le connaître « le vicomte René ». Il se nommait Nant ou Nantou. La magnifique propriété que feu Edouard Sandoz céda, pour un prix très modeste, au service lausannois des parcs, le Denantou, doit son nom à cette mince rivière, au gré des orages, parfois, très gonflée.

 

Nous l’avons vu : une foule de ces prétendus chemins ne sont plus, de nos jours, que des garages à ciel ouvert, assez exigus souvent pour engager les automobilistes à placer leurs « chars » mi-partie sur le trottoir, mi-partie sur la chaussée. Les zones bleues ne tiennent pas encore, c’est le cas de l’écrire, le haut du pavé. Quant au piéton, quantité négligeable, qu’il se débrouille. Opération difficile dans un pays romand dont feu Marc Monnier [bis] assurait que le péché permanent consistait, justement, à ne se point débrouiller.

La place Saint-Laurent en 1859, avant l’ouverture de la rue Haldimand.

La place Saint-Laurent en 1859, avant l’ouverture de la rue Haldimand.

Si, dans leur majorité, ces chemins ne sont ainsi que des pistes à voitures, il s’en trouve d’assez romanesques – au moins par leur nom – pour éveiller l’espoir au cœur des naturistes : chemins des Pinsons, des Fleurettes, des Mésanges, des Retraites, de Belle-Source, D’Entre-bois.

 

Ceux-là – jusques à quand ? – ménagent au promeneur quelques surprises agréables. D’autres ne s’adressent qu’à l’historien en coquetterie avec le Lausanne bonhomme d’autrefois.

 

Le Closelet ? Une rue passante, avec deux garages en lieu et place du frais domaine de naguère. Par bonheur, un petit jardin public aménagé là fait oublier les rauquements des ateliers de réparation pour mécaniques. [Le jardin public existe toujours]

 

Il n’y a pas beaucoup d’années, l’avenue de Montchoisi était dans les limbes. Un indolent chemin serpentait entre des demeures simplettes sur leur butte. Il passait au nord d’un home russe, dissimulé dans un bouquet d’arbres bleuâtres. On longeait plus loin les villas à jardins de Passerose – pâté actuel d’immeubles – dont une seule au nord, Jurigoz, résiste aux appels des bulldozers. Au bas de l’avenue de Jerigoz, le chemin musard montant et descendant rejoignait l’ébauche de l’avenue Ramuz, s’arrêtant pile, pour sa part, devant l’éminence verte et la maison de maîtres de « Montchoisi ». Rasé, ce bien des de Cerjat porte les maisons locatives des Allinges et de Montolivet.

 

Entre les avenues de « Rumine » et de « Florimont », le chemin de Lucinge ravive le souvenir d’une famille noble (et éteinte), d’origine française. Cette voie a perdu la maison qui la baptisa mais la société d’art public (Heimatschutz) a contribué au maintien, entre les blocs habitables, d’une providentielle « zone verte ».

Fuyons, dans la mesure du possible, l’énumération. Mais qu’on nous permette encore de rappeler ici le nom de quelques chemins jadis destinés à conduire le promeneur vers des espaces d’air et d’arbres, aujourd’hui déchus – les sentes et les espaces – de leur splendeur : les Avelines, les Allières, la Coudrette, les Vignes-d’Argent.  Le chemin des Délices et Praz-Fleuri (dans le proche voisinage de la Croix-d’Ouchy). Ils nous permettent, à la rigueur, d’évoquer Voltaire mais point l’image de parterres de fleurs et de buissons où s’égosillent les oiseaux…

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:34

Chailly ? Ex-domaine d’un Carl ou d’un Carolus. Rovéréaz, nom de famille noble aujourd’hui éteinte, doit plaire aux forestiers : en effet Rouveires, c’est la chênaie. Et qui refusait jadis de muser sous les rosiers… de la Rosiaz ?

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Voici Pully, ravissant village passé au rang de ville et qu’un malveillant chercheur voulut doter de marécages (breton : poull). En réalité le suffixe de la forme ancienne Pulliacum implique un nom d’homme. Pully fut le fief, tout bonnement, d’un propriétaire romain nommé Pollius. Le Mont àgrène ses demeures sur des hauteurs agrestes et Prilly (Presliacum) était le domaine d’un Preslius des âges romains.

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Querelles d’augures autour de l’appellation du port de Lausanne : pour les uns Ouchy fut primitivement la propriété d’un Oscius ; pour d’autres, il était riche en osches (prairies plantées de saules).

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Le groupe des bateliers et pêcheurs réunis à l’ombre d’une tour plus modeste que sa réplique moderne, se nomma longtemps Rive (Riva) puis Riva de Oscis. Le Dictionnaire historique du canton de Vaud croit que l’actuel Ouchy porta les noms d’Oschie, d’Oschiaci et d’Ochiez. Un membre d’une « gens » romaine (celle à laquelle se ralliait l’empereur Trajan) aurait possédé un lopin sur les bords du lac. Il est piquant de rappeler que primitivement Ouchy baptisa une zone étroitement comprise entre Rongimel (dans la partie ouest de l’avenue de Montchoisi) et le carrefour dit de la Croix-d’Ouchy.

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On le voit : originaux en diable, avec leur « commune libre » et leurs Pirates, les gens d’en bas s’arrangèrent, donc, des insomnies aux linguistes scrupuleux.

L’ancien hôtel de ville du Pont, vu du côté Pépinet et dessiné par Charles Vuillermet avant sa démolition en 1870.

L’ancien hôtel de ville du Pont, vu du côté Pépinet et dessiné par Charles Vuillermet avant sa démolition en 1870.

Les chemins : Amérique et Provence

La magie des vieux noms exerce encore son empire. Les sentiers enfouis dans les arbres ont bien pu disparaître. Les bergers à lourds manteaux, à tricorne, les pieds chaussés de cuir noir à boucles d’argent, ne subsistent que sur les estampes ou les lavis des petits maîtres d’autrefois… Pourtant, nous osons rêver encore, même si de hautes façades géométriques enserrent d’humbles venelles, promues brutalement au rang d’autodromes. Ah ! le progrès : ce dieu en « trench-coat », qui n’a ni cœur, ni sens, même pas cet équilibre tranquille nommé « le bon sens ». cette sagesse dont nos pères, entre deux recettes de cuisine, gravaient les maximes sur les feuillets fanés des « livres de raison ».

 

Ne blâmons pas les vieux arpenteurs d’autrefois lancés, à vitesse modérée, sur la piste des appellations moins contrôlées, en apparence, que celle des vins, si souvent frelatés, de ce temps.

 

Prenons, en nous gardant des écraseurs, le chemin de Boston partant de la place Chauderon (percée de tunnels) pour aboutir à la rue de Genève. Que vient donc faire, sur la modeste galère lausannoise, cette voie de consonance américaine ? Eh bien ! c’est quelque chose comme un petit roman. « Il y avait une fois » un brave Lausannois piqué du démon de l’aventure lointaine. Il s’expatria pour s’aller fixer dans la cité, alors déjà importante, de Boston (Massachusetts). Son escarcelle bien garnie, il regagna sa petite cité natale pour y cultiver un domaine de la région du Galicien, baptisée naturellement en Boston. Reliées à la ville par une route dite « de Malley », les terres de « Boston » furent peu à peu morcelées. Mais en 1915, l’autorité municipale donna à certain passage en oblique le nom de chemin de Boston de préférence à celui de Malley.

 

Et voici, par contraste, au nord-est de l’agglomération lausannoise, une avenue quiète, le chemin de Clamadour, partant de l’avenue Ruffy pour aboutir en pleine région des Fauconnières. Clamadour ! Cela ne sonne guère « vaudois ». À nous Daudet, son moulin, ses cigales et le « tutu panpan » des tambourinaires armés de flûtiaux ! Avec raison : Clamadour fut le nom d’une maison de vacances du Midi français appartenant à un Lausannois, lequel fit essaimer cette désignation sonore jusqu’au clos qu’il posséda aux lieux mêmes où le nouveau passage public est foré.

 

S’il n’y avait que le prestige du vocabulaire étranger ! Mais non ! Le chemin des Egralets, très « pentu », relie l’avenue Davel à l’avenue Druey. Il est dérivé du patois Egra (l’escalier).

 

Plusieurs de ces routes secondaires, tracées récemment, sont sans issue. Le texte comminatoire qui informe le passant de cet état de fait, repose en général sur un panneau mural, à l’entrée de l’impasse. On préfère, d’ailleurs, cette sèche précision à l’avis un temps fréquent : « Attention, chien méchant ! » que des résidents ombrageux prenaient plaisir à placer sous le nez des intrus, même si ces suzerains ne possédaient qu’un chien en peluche (cela s’est vu).

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 18:17

Que s’est-il passé ? Faut-il incriminer la fantaisie des géomètres arpenteurs communaux ? Ou s’en prendre à la coupable légèreté d’un cartographe pince-sans-rire ? Ne soyons pas si prompts à chercher des têtes de Turcs !

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En nombre de cas, les chemins aux noms bien faits pour perpétuer le souvenir de domaines campagnards, voire vignerons – en plein Lausanne ! – ont bel et bien relié la ville à des bois, à des champs… Submergés par la vague des constructions, ils ont conservé leurs appellations charmantes… mais trompeuses. À leur pourtour, les « lauriers » (et bien d’autres arbres) ont été coupés, comme dans la chanson…

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Nous allons, dans les pages qui vont suivre, essayer de faire revivre le passé. En démontrant, si faire se peut, que la toponymie, à Lausanne tout au moins, n’est point un exercice invariablement desséchant.

Vieux pont sur la Louve à Lausanne, dessiné entre 1840 et 1845.

Vieux pont sur la Louve à Lausanne, dessiné entre 1840 et 1845.

À la périphérie du chef-lieu

Dans un autre chapitre, nous avons rappelé l’étymologie du nom de Lausanne elle-même ; sujette à notre époque encore à certaines controverses entre spécialistes du vieux langage.

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En revanche, il est aisé d’établir que les Râpes qui désignent les « hauts » de la commune, aux lisières des bois du Jorat, font allusion à des espaces (à bâtir, à cultiver) conquis sur la forêt. Dans les mêmes régions, Montblesson emprunte son nom au « blesson », fruit du poirier sauvage (par dérivation : du poirier tout court), très abondant en ces parages. L’auberge du Chalet-à-Gobet rappelle la carrière, selon un avis généralement admis, du syndic de Lausanne : Jean Gobet (1448). La Bérallaz ? Un lieu fleuri de bruyères. Vers-chez-les-Blanc se passe de commentaires (c’est le village où se concentrent des membres de l’immense tribu des Blanc). En Marin (ou Marins) dénonce, à écouter certains linguistes, la présence d’un sable de mauvaise qualité. À en croire d’autres, il s’agit de la propriété d’un Marinus.

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Montpreveyres, c’est la version transformée de Mont-du-Prêtre. Les habitants de la commune d’Epalinges évoquent la mémoire de leur ancêtre le propriétaire foncier Spalo (nom germain). Vennes ? Cela s’applique à une localité entourée de haies. La Sallaz, fréquent en Suisse, convient bien à une esplanade (un replat) qui sépare deux rampes.

La Barre vers 1840, d’après une aquarelle de l’époque, reproduite par Charles Vuillermet. On voit nettement, adossé à la façade est du Château, la Porte Saint-Maire, démolie en 1890.

La Barre vers 1840, d’après une aquarelle de l’époque, reproduite par Charles Vuillermet. On voit nettement, adossé à la façade est du Château, la Porte Saint-Maire, démolie en 1890.

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 17:28

Toponymie, lieux-dits et chemins lausannois

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Les méthodes d’investigation des policiers lancés sur les traces de délinquants madrés se sont perfectionnées. À bon droit, l’Université de Lausanne compte, au nombre de ses instituts, celui de « la police scientifique ».

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Parallèlement, l’historien étend son système d’exploration du passé. S’il cherche, bien entendu, à connaître les faits, à les grouper. S’il s’exerce, part d’eux, à d’efficaces recoupements, il apprécie, à présent, les indications de la « toponymie ». En d’autres termes : de la science des noms de lieux et de l’étymologie de leurs désignations.

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La toponymie de Lausanne et celle du canton se révèlent riches, mais compliquées. Nos peuples, en effet, ont vécu sous les dominations successives des Celtes et des Ligures, des Romains, des Burgondes, des Francs, des Savoyards, des Bernois enfin. Ils ont subi à l’occasion des influences bourguignonnes… On s’en doute : le terrain de chasse est épineux ; le patois, aujourd’hui remis en honneur, ne se tenant pas constamment à l’écart de ce concert verbal.

Vue sur l’ouest de Lausanne et la Côte au milieu du XVIIIe siècle, gravée d’après un dessin exécuté par C. de Saussure et dont l’original appartient au Musée du Vieux-Lausanne.

Vue sur l’ouest de Lausanne et la Côte au milieu du XVIIIe siècle, gravée d’après un dessin exécuté par C. de Saussure et dont l’original appartient au Musée du Vieux-Lausanne.

Dans nos contrées, la plus ancienne série – la plus profonde couche – de noms est celtique. Se superposent à ce sous-sol, les appellations gallo-romaines, de beaucoup les plus nombreuses. Au-dessus, c’est le vocabulaire dû aux Burgondes (invasion au début du Ve siècle ap. J.-C.), avec quelques éléments du parler des Alamans brochant sur le tout. On le voit : les défricheurs de cette brousse linguistique n’ont pas la tâche facile. C’est pourquoi, en plus d’un cas, ils progressent avec circonspection, émettent des hypothèses que le temps n’a point toujours ratifiées.

 

À Lausanne, les « chemins » ne font pas défaut. Les « rues » non plus, d’ailleurs. Encore cette discrimination n’est-elle nullement décisive. Les ingénieurs pourraient être amenés à ranger dans la première catégorie des voies courtes, bordées de verdure, ayant conservé, en somme, une part de caractère rustique. La rue, au contraire, paraît avoir, de prime abord, tous les motifs d’être étendue, large, enfoncée en plein quartier citadin.

La Porte-d’Ouchy à la Grotte (bordure sud de la place Saint-François), d’après un dessin de Charles de Seigneux exécuté en 1829, année de la démolition de cette portion des anciens remparts.

La Porte-d’Ouchy à la Grotte (bordure sud de la place Saint-François), d’après un dessin de Charles de Seigneux exécuté en 1829, année de la démolition de cette portion des anciens remparts.

Le château et le parc de Beaulieu au XVIIIe siècle, d’après une lithographie de Spengler.

Le château et le parc de Beaulieu au XVIIIe siècle, d’après une lithographie de Spengler.

Un examen, même rapide, de la carte nous engage à nuancer nos jugements. Il y a des rues beaucoup plus courtes que certains chemins (ainsi Chaucrau, Mathurin-Cordier, l’Ale, la Tour…) Par contraste, les chemins Eugène-Grasset, du Boisy, de Boston, du Levant (pour ne citer que ceux-là) dépassent par la longueur quantité de rues creusées en plein cœur urbain. Et ne les confondons pas avec certaines sentes privilégiées où l’on respire, encore, les parfums des feuilles et les odeurs des foins mûrs. Le chemin, de nos jours, dessert bien souvent des quartiers populeux tout hérissés de cages à habiter : de « clapiers » ainsi que les dénomme un insolent de mes amis.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 19:18

- Cependant, et en dépit de ces événements considérables, la vie mondaine se développe à Lausanne. De nombreux visiteurs étrangers se pressent dans les murs de la petite ville, notamment Voltaire et Gibbon, et reçoivent des habitants, contre argent sonnant, une hospitalité appréciée de part et d’autre.

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- Dès 1789, la Révolution française poussa son vent brûlant jusqu’au Pays de Vaud. Certes, des réfugiés français arrivés à Lausanne mirent leurs hôtes en garde contre les excès révolutionnaires. Mais des proscrits vaudois habitant Paris (Frédéric-César de La Harpe) agiront en sens contraire. Certaines demandes des « Occupés » n’ayant pas eu l’approbation des Excellences de Berne, la France contribue à la libération vaudoise en envoyant, sur les bords du Léman, les troupes du général Ménard.

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- Le 24 janvier 1798, l’indépendance est proclamée au chef-lieu et dans les centres. Les baillis doivent quitter le pays. L’assemblée provisoire des députés vaudois se réunit à l’Hôtel de Ville de Lausanne. Un homme d’opinion assez avancées, Henri Monod, prend le pouvoir et remplace l’honnête mais timide Henri Polier.

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- Années difficiles pour la jeune république. Il lui faut faire face aux intrigues et, même, aux forces des partisans vaudois de Berne ; pallier d’autres divisions intestines : par exemple la guerre des « Bourla-Papey » (des brûle-papier), troupes paysannes acharnées à détruire les titres féodaux (1802).

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- La situation se compliqua lorsque vint s’installer à Lausanne (1802) le Directoire helvétique chassé de Berne.

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C’est alors que Bonaparte, hôte naguère de Lausanne et sagace observateur d’un peuple qu’il n’avait fait qu’entrevoir, promulgua (10 février 1803) l’Acte de médiation. Cet édit donnait à la Suisse un régime stable, faisait du pays une Confédération d’Etats souverains. Vaud est partie désormais de cette Ligue. Un gouvernement exécutif s’installe en l’ex-château des évêques. Un Grand Conseil législatif commence de légiférer le 14 avril 1803.

- Le très jeune Etat, dès lors, avait sa monnaie, ses péages, sa poste, ses milices. Ce régime subit, en cours de siècle, diverses modifications. La Suisse fédérative reprit les régales. En 1874, l’armée suisse remplaça définitivement les troupes levées dans le cadre étroit des cantons, ceux-ci conservant, sous l’angle militaire, des droits d’urgence (en cas de troubles, par exemple).

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- Aux modifications constitutionnelles s’ajoutent des luttes entre partis politiques vaudois : libéraux et radicaux. Cela ne ralentit pas le développement de Lausanne où les nouveaux édifices se succèdent, sacrés ou profanes. En particulier (1886), on inaugure le palais du Tribunal fédéral, sur Montbenon, transféré et reconstruit plus tard (inauguration en 1927) à Mon-Repos. L’Ancienne Académie est transformée en Université (1888-1891) logé partiellement dans le palais de style plus ou moins néo-florentin de la Riponne (legs de Gabriel de Rumine).

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- La population, plusieurs siècles durant limitée – en dépit d’un train de vie assez séduisant pour attirer les étrangers – à 8000 ou 9000 habitants, est passée à l’effectif de 13.000 en 1810 ; à 21.000 en 1865 ; à 33.000 en 1890 ; à 68.000 en 1920 ; à 79.000 en 1930 pour atteindre, de nos jours (1964), le chiffre grosso modo de 140.000.

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[Population au 31 décembre 2015, 135.629. l’agglomération lausannoise, compte aujourd’hui : 402.900 habitants.]

Et la progression va s’accentuant.

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Ainsi la modeste capitale noyée dans la verdure, peinte et dépeinte par les imagiers et par les cartographes, mais restée à peu près immuable de 1337 à 1798, devint une « petite grande ville » en pleine extension. Le temps n’est plus où dans les lieux déserts quelques silex, des outils de la pierre polie, des objets votifs reposant dans des tombes attestaient seuls la présence sporadique de la vie. Le peuple vaudois va s’appliquer, contre les vents et les marées de l’Histoire, à durer.

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Tiré de : Quand Lausanne nous est conté… par Jean Nicollier, Editions SPES Lausanne, 1964

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 19:07

- En 1536, c’est l’occupation, par les Bernois du général Naegeli, sans effusion de sang, de Lausanne et du Pays de Vaud. [Administration Bernoise du Pays de Vaud]. Prétexte de cette intrusion : a) les affaires de Genève ; b) la déclaration de guerre au duc de Savoie. L’évêque replié à Ripaille (rive de Savoie), les Bernois sans coup férir occupent le palais Saint-Maire.

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Le régime bernois se prolongera jusqu’en 1798. Leurs Excellences se mirent en devoir d’installer un bailli (au Château) ; elles procédèrent à de multiples réformes et firent de la Cathédrale un lieu de culte réformé. Deux églises sont ainsi seules maintenues : Notre-Dame et Saint-François.

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- Dans tout le pays, des baillis résident. Des transformations sont apportées à la vie agricole. Les bourgeois n’occupent plus que des charges secondaires. Ce qui explique l’enrôlement volontaire dans les armées du roi de France et sous les drapeaux de Hollande, de quantité de Vaudois d’extrace diverse, bientôt qualifiés, à Paris, d’ »alliés », et non de simples « mercenaires ».

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- En lieu et place des anciennes écoles, les Bernois créèrent l’Académie (1537), pour commencer dotée essentiellement d’auditoires de théologie. Un Collège fut aussitôt accaparé par des centaines d’élèves.

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- Les autorités civiles sont également sujettes pour leur part à de nombreuses transformations : désignation d’un bourgmestre unique, flanqué d’un boursier et d’un « maisonneur », soit un directeur des travaux publics. Au Conseil des Vingt-quatre (Municipalité) puis à celui des Soixante (Conseil communal), adjonction d’un Conseil des Deux Cents. Nouvelle Cour de justice.

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Désignation d’un « contrôleur général » (à l’occasion lieutenant baillival) choisi dans les rangs des aristocrates indigènes. Ce personnage disposait du droit de veto.

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- Le régime bernois ne compta pas des partisans résignés seulement. En 1564, après restitution du Chablais au duc de Savoie, ce dernier renonça désormais à toute domination du Pays de Vaud. Pourtant… la Savoie sut conserver des intelligences dans la place. En 1588, le bourgmestre Isbrand Daux et son adjoint, le juge Michel de Saint-Cierges, se déclarèrent prêts à favoriser un débarquement des forces savoyardes en vue d’une nouvelle conquête du Pays de Vaud. Mais le propre neveu du bourgmestre avertit du complot le bailli. Les principaux conjurés s’enfuirent en Savoie ; leurs comparses moins prévoyants furent exécutés.

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- Nouvelles alertes lors de la première guerre des paysans de Villmergen (Argovie) en 1656. Les Lausannois furent mal récompensés de l’appoint prêté aux troupes bernoises engagées dans cette campagne. Les occupants prirent prétexte des prétendues menées pro-savoyardes du bourgmestre J.-B. Seigneux pour restreindre les libertés civiques, déjà minces, des Lausannois.

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- Un ancien officier au service de Hollande, Jean-Abram Davel, notaire à Cully et major du bataillon de Lavaux, se mit en tête de libérer les Vaudois ses frères. Le 31 mars 1723, sous le prétexte d’une inspection, il emmène ses six cents hommes à Lausanne. Ayant avec franchise exposé son plan au Conseil de Ville – qui lui réserva un accueil courtois – il fut trahi, arrêté et condamné à avoir la tête tranchée (exécution à Vidy : le 24 avril 1723). Approuvé en silence par plusieurs, Davel paya de sa vie la faute qui consiste à avoir raison « trop tôt ». Les Bernois ne tinrent à cette occasion aucun compte des services rendus par le loyal combattant de la seconde guerre de Villmergen.

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