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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 16:40

La mort de saint Béat

Le saint se nourrit d’herbe et de racines. Ses lèvres touchent rarement un morceau de pain. A 90 ans, le pieux messager termine son pèlerinage terrestre dans les bras de son fidèle disciple Juste.

La nouvelle se répand à Sundlauenen et de l’autre côté du lac. Jour et nuit, les gens se rendent à la grotte, des bateaux viennent de la rive opposée et apportent des fleurs et des cierges qui brillent d’une douce lumière sur le lac.

La tombe de saint Béat est creusée dans le rocher, devant la grotte, et sa dépouille mortelle lui est confiée.

Juste demeure ensuite dans la grotte jusqu’à sa mort. Les nouveaux convertis l’ensevelissent alors aux côtés de son maître. – photo Dès lors, il ne se passe guère de jour que des pèlerins ne se rendent à la grotte pour méditer sur le saint et son message et s’incliner devant sa tombe.

Les grottes de Saint-Béat deviennent un lieu de pèlerinage

Le puissant couvent des Augustins d’Interlaken, dont l’influence s’étendait jusque dans les cantons primitifs d’un côté et au pays de Vaud de l’autre, profita de la légende de saint Béat pour faire de « Sant Batten » un lieu de pèlerinage. Nous ne savons pas quand la petite église et la cure ainsi que l’auberge des pèlerins, qui n’en est pas très éloignée, furent construites. Les paroissiens étaient les habitants de Sundlauenen ainsi que les célèbres dresseurs de faucons « auf den Flühen » (Beatenberg) qui, durant des siècles, descendirent leurs morts pour les enterrer, ce qu’un ancien cimetière près des grottes de Saint-Béat prouve indiscutablement. Il n’était pas facile d’atteindre ce site romantique. Un chemin digne de ce nom ne fut aménagé que peu à peu dans les parois de rochers qui, à certains endroits, tombent à pic dans le lac. Ce « chemin des pèlerins » fut, durant des siècles, la seule voie de communication entre Interlaken et les localités de la rive droite du lac de Thoune. Il fut abandonné après que, dans les années 1880, la nouvelle route fut construite le long du lac de Thoune. Il ne fut restauré qu’au cours de la dernière guerre mondiale par l’Association pour la protection des rives des lacs de Thoune et de Brienz, avec l’aide d’un camp de travail. [Pudiquement nommé « camp de travail », en réalité un camp d’internés. En Suisse lors de la seconde guerre mondiale, les « internés » étaient principalement Français et Polonais.] C’est aujourd’hui une des plus jolies promenades de la région.

Au chemin des pèlerins.

Au chemin des pèlerins.

Ce lieu de pèlerinage était évidemment aussi une source de revenus pour le couvent d’Interlaken. Il y exploita une auberge bien fréquentée, la « vil rich wirzhus » comme l’appela plus tard Anshelm, le chroniqueur protestant bernois. Il y vendait également des insignes et des indulgences. En 1439, saint Béat est le plus fameux saint du canton. La peste sévit en Europe et fait aussi des ravages à Berne et dans les campagnes avoisinantes. Le maire et le Conseil de Berne, dans cette détresse, ordonnent un pèlerinage « avec le concours de la population ». Le lendemain de la Ste-Marie-Madeleine, au petit matin, le cortège des pèlerins s’avance sur l’étroit sentier. Il s’étend à perte de vue. Le prêtre Heinrich célébrant la messe, la petite église ne peut même pas contenir tous les prêtres présents. Le concours du peuple est si important que les pèlerins fermant le cortège se seraient agenouillés tout en bas, jusqu’au lac. Les chroniques rapportent que la redoutable épidémie aurait cessé ses ravages peu après.

Insigne des pèlerins.

Insigne des pèlerins.

On s’adressait aussi au « bon saint Patt » en cas d’inondations, comme le prouve un événement de 1480. L’Aar avait démesurément grossi et dévasté ses rives. Le gouvernement envoya alors une délégation à l’église juchée sur les rochers du lac de Thoune. Ses membres devaient demander ardemment au saint d’implorer grâce pour le pays si durement éprouvé.

En 1494, les moines d’Interlaken envisagèrent de faire enchâsser les os de saint Béat dans de l’argent. A cet effet, le gouvernement rédigea pour les Augustins une sorte de permis de collecte pour leur territoire, assez considérable à l’époque. Le produit de la collecte fut si élevé que l’on put également faire exécuter une châsse incrustée d’argent. Deux volets de triptyque que l’on peut voir aujourd’hui encore au musée de Sarnen datent probablement de cette époque. Les parties peintes représentant saint Béat et saint Augustin sont de la main du « Peintre à l’Œillet » bernois bien connu.

La Réforme est introduite à Berne en 1528. La messe et la vénération des saints sont abolies sur le territoire. D’un coup, le lieu de pèlerinage du Balmholz perd sa signification séculaire. Le curé de Saint-Batten, muni d’une rente, est congédié. Mais la suppression d’un lieu saint très fréquenté durant plusieurs siècles, auquel le peuple était fortement attaché, causa une vive indignation dans les cantons primitifs.

L’Oberland bernois avait sérieusement résisté à l’introduction de la Réforme. L’esprit de contradiction était bien alimenté. En 1528, les gens d’église d’Interlaken se révoltèrent. Le 31 octobre 1528, ils appelèrent 800 Unterwaldiens à l’aide. Le soulèvement fut toutefois réprimé par les troupes bernoises sans que l’épée soit tirée. Un tribunal sévère se réunit sur la « Höhematte » d’Interlaken et, sous le tir des canons, fit exécuter quelques meneurs. Le lieu de pèlerinage de saint Béat ne pouvait plus être toléré après de tels troubles.

Bien que les reliques eussent été éloignées, des pèlerins se rendirent encore à cet endroit. Les députés des cinq anciens cantons essayèrent continuellement, lors des diètes, d’obtenir la permission de se rendre librement en pèlerinage à la cellule de Saint-Béat. Berne toutefois maintint son interdiction et fit dresser un mur épais devant « le trou de dragon qui doit avoir servi de couche à saint Béat, vu certaines circonstances regrettables ».

Entrée de la cellule aujourd'hui. A gauche, les restes de l'ancien mur.

Entrée de la cellule aujourd'hui. A gauche, les restes de l'ancien mur.

L’église servit d’abord au culte protestant. En 1534 toutefois, le gouvernement ordonna la démolition de l’église de Saint-Béat. Les fidèles devaient se rendre à Unterseen ou à Sigriswil, ou, éventuellement, construire une église en bois sur le Beatenberg, ce qui se fit en 1535. La vieille cloche de la chapelle des pèlerins fut transportée sur la montagne. Elle y fut en service jusqu’en 1874 et retourna en 1904 à son ancienne place, devant les grottes de Saint-Béat.

La vieille cloche historique.

La vieille cloche historique.

En même temps que l’église, fut démolie l’auberge « où le diable avait perdu beaucoup d’indulgences ». On peut encore voir les ruines à main gauche en montant aux grottes.

Pourtant, des pèlerins venaient toujours des cantons primitifs. Ils abattaient le mur que l’on reconstruisait chaque fois. Ces circonstances créèrent de sérieuses dissensions entre Berne et la Suisse primitive. En 1570, Obwald essaya encore, à la Diète de Baden, d’obtenir la liberté de passage pour les pèlerins, mais Berne fut inébranlable.

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 16:48

Pour nous Romands, on a connaissance des Grottes de Vallorbe, qui sont visitées quand on est à l’école et plus tard avec ses enfants comme un lieu très bénéfique lors des grandes chaleurs.

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Mais on oublie qu’elles ne furent ouvertes au publique qu’en 1974, qu’elles n’ont été explorée « scientifiquement qu’à la fin du XIXe siècle. Donc depuis très peu de temps elles émerveillent les gens qui s’engouffrent dans les profondeurs de la terre.

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D’autres grottes sont plus anciennes et presque plus belles et dans un cadre bien plus joli, sont offertes au public.

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Les Grottes de St-Béat sont connues depuis fort longtemps, en voici l’histoire.

Légende, Histoire et Exploration.

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Par la Société des Grottes de Saint-Béat, 3801 Sundlauenen BE

Un peu d’histoire

L’histoire nous enseigne que la région du lac de Thoune, à l’entrée des vallées alpestres et des cols, était déjà relativement peuplée dans l’antiquité. Sur la rive droite, très abrupte, les grottes bien abritées par des rochers surplombants servaient d’habitations aux populations primitives.

Le nom de « Balmholz », où les grottes se trouvent, est d’origine celtique. Balm signifie grotte. Il est tout naturel de penser que l’on a affaire ici à des habitations préhistoriques. Les fouilles n’ont donné que peu de résultats du fait que cet endroit fut consacré, durant des siècles, à la vénération de saint Béat. Les restes préhistoriques que l’on aurait pu trouver ont été détruits à l’érection de divers bâtiments.

La tradition prétend que des sages avaient passé la montagne noire (Brünig) bien avant l’ère chrétienne, qu’ils considéraient cette curieuse région de sources comme une sorte de temple et en avaient fait un lieu de sacrifices. Les Balmholz, serait donc un bois sacré et les grottes un lieu saint druidique. La « grotte sèche » (aujourd’hui cellule de Saint-Béat) était à l’origine une de ces sorties secondaires comme il y en a aujourd’hui encore, à côté de la source principale. Cette grotte étroite doit avoir été agrandie artificiellement à ses dimensions actuelles. La galerie, devant la grotte, porte également la trace de travaux menés par l’homme.

Si les découvertes faites dans la grotte du Balmholz et la désignation de Balm font remonter au paganisme, l’appellation actuelle des grottes de Saint-Béat est liée à l’ère chrétienne.

La légende de saint Béat

La tradition rapporte qu’à une époque reculée deux étrangers, nommés Béat et Juste, ont traversé eux aussi la montagne noire et sont arrivés dans le pays d’entre les lacs (Interlaken). Si l’on en croit la légende, Béat, originaire de Grande-Bretagne, y aurait distribué sa fortune aux pauvres pour se faire disciple du Christ. Il aurait été baptisé à Rome par Pierre lui-même, à l’époque des persécutions de Néron, et aurait été envoyé au-delà des Alpes comme premier apôtre des Helvètes.

Lorsque les deux voyageurs arrivèrent parmi les bergers de Sundlauenen au bord du Wendelsee (lac de Thoune), ils apprirent que ces gens, comme ceux de l’autre rive, vivaient constamment dans la crainte d’un épouvantable dragon qui demeurait dans une grotte et terrorisait le pays.

Cela n’était pas pour effrayer les deux pieux messagers. Animés d’un zèle sacré, ils se firent conduire en barque sur le lieu d’épouvante et avancèrent en direction de la grotte. Béat fit seul l’ascension de la montagne. Le monstre jeta des yeux de flamme et, violemment courroucé, sortit de la grotte en crachant du feu sur l’arrivant. Béat, cependant, éleva la croix face au dragon et le conjura au nom de la Sainte-Trinité. Le monstre, dans une folle colère, se jeta du haut des rochers dans le lac dont les eaux se mirent à bouillonner. Béat et son compagnon prirent possession de la grotte et y servirent Dieu jour et nuit. Le pieux messager termina sa course terrestre dans sa 90e année. Sa dépouille mortelle fut enterrée devant la cellule.

Ces légendes, qui se confondirent bientôt avec les plus vieilles traditions, ne furent tout d’abord transmises qu’oralement. Les moines du couvent d’Interlaken ne se décidèrent à en confier une version illustrée à Daniel Agricola, de l’ordre des Frères mineurs de Bâle (Franciscains) que lorsque le développement de la Réformation prit des proportions alarmantes. Ce moine réunit et confia au papier tout ce qu’il était possible d’apprendre sur saint Béat. Le célèbre graphiste soleurois Urs Graf fut chargé des illustrations. La brochure parut en 1511 sous le titre « Das Leben des heiligen Bychtigers und Einsidlers Sant Batten », à Bâle. Cette ville était alors la métropole de l’impression allemande.

La plupart des gens ne sachant pas lire, à l’époque, ils furent surtout sensibles à l’effet des remarquables bois gravés d’Urs Graf.

Nous avons choisi quatre de ces sujets. La couverture montre saint Béat, suivi de son disciple Juste, vêtu en Franciscain et muni de la Bible, menaçant le dragon de son bâton de pèlerin. Les corbeaux s’attaquant énergiquement au dragon furieux accompagnent toujours le saint en lui montrant le chemin.

Saint Béat, Juste, les corbeaux et le dragon.

Saint Béat, Juste, les corbeaux et le dragon.

Sur la première illustration du texte, Urs Graf reproduit d’une manière saisissante un baptême se déroulant près d’une statue romaine brisée, symbole du paganisme

Le baptême

Le baptême

C’est ensuite la guérison d’aveugles et de paralytiques. Ici, l’artiste met le paysage très en valeur. Entre deux rochers – l’un supportant la petite église de Béat – nous apercevons en profondeur le lac de Thoune que sillonnent de petits bateaux.

Guérison d'aveugles et de paralytiques

Guérison d'aveugles et de paralytiques

La scène de la mort est d’une grande intensité dramatique. Les visages des voisins, alertés par les corbeaux, sont marqués par la douleur, opposition voulue aux traits paisibles et sereins du saint.

La mort de saint Béat

La mort de saint Béat

Il existe d’autres versions encore de la légende de saint Béat. L’une d’elles veut l’associer à la vague de christianisation qui, venant de l’ouest, atteint le lac de Thoune au 3e siècle (légende de la légion thébaine de St-Maurice en Valais). Le fait est qu’un saint Béat est aussi vénéré dans le sud de la France (Vendôme). Sa légende correspond exactement à celle de l’ermite du lac de Thoune. Les savants en déduisent que saint Béat appartient au cycle de légende français. Il semble toutefois plus probable que saint Béat était de ces missionnaires irlandais qui vinrent en Suisse au 6e siècle (Gall, Fridolin, Columban, etc.). Le fait qu’au début du moyen-âge une tombe ait été creusée à grand-peine dans le terrain rocheux à l’aide d’instruments primitifs permet de penser qu’une très importante personnalité y a été enterrée. De là à déduire qu’il s’agit du saint légendaire ayant vécu dans la grotte d’où il a répandu l’Evangile, il n’y a qu’un pas.

La vie de saint Béat, si l’on en croit la légende, est riche en miracles de toutes sortes. Les chamois lui fournissaient lait et fromage. Comme son Maître, il guérissait les malades. Lorsque, le soir, saint Béat allongeait ses membres fatigués, il se couvrait d’un manteau. Les anges auraient alors pénétré dans la paisible caverne et auraient brodé leur insigne dans le manteau, lui conférant ainsi un pouvoir magique : saint Béat pouvait l’étendre sur les eaux du Wendelsee et se rendre ainsi sur l’autre rive opposée.

Saint Béat traverse le lac sur son manteau

Saint Béat traverse le lac sur son manteau

A Einigen, près de Spiez, les nobles de Strättligen ont fait construire une église dans laquelle prêche Juste. Mais le Diable s’en mêle : il cherche à reprendre les âmes qui lui ont échappé. Pendant le sermon, Satan, assis sous la chaire, note sur une peau de bouc les noms des fidèles endormis. Comme son parchemin se trouve être trop petit, il essaie de l’étirer des griffes et des dents. La peau saute tout à coup et le diable va donner de la tête contre la chaire. Saint Béat, qui a pris place au fond de l’église, trouve cette mésaventure si drôle qu’il éclate de rire. Les dormeurs sont ainsi réveillés un instant avant que Juste dise Amen, ce qui les sauve des griffes du Malin.

Le diable sous la chaire

Le diable sous la chaire

À suivre…

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 16:49

(État en 1945)

C’est la convention internationale pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, conclue à Berne le 9 septembre 1886. Elle fut modifiée et élargie en 1896, 1908, 1914. Elle fut révisée le 2 juin 1928 à Rome. Bureau central à Berne. Les pays suivants font partie de cette convention : Australie, Belgique, Brésil, Bulgarie, Danemark, Allemagne, Finlande, France, avec Algérie et colonies, Grèce, Grande-Bretagne, avec le Canada et les Indes Britanniques, Irlande, Italie, Japon, Yougoslavie, Liechtenstein, Luxembourg, Maroc français, Monaco, Pays-Bas, Norvège, Autriche, Suède, Suisse, Espagne, Syrie et Liban, Tunis, Hongrie.

Copyright : les E.-U. ne faisant pas partie de la Convention de Berne, mais ayant leur propre code de protection, il est nécessaire d’annoncer toutes les nouvelles publications aux E.-U. D’où le copyright : droit de reproduction accordé.

Tel était en 1945 l’état de la Convention internationale de Berne.

Ce traité, dont les parties contractantes (pays signataires) sont au nombre de 168 en 2015, est géré actuellement par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Organisme spécialisé au sein de l'ONU, l'OMPI regroupe à présent 184 États.

La Convention internationale de Berne.

Il est recommandé de lire l’article sur le Copyright par Wikipédia qui vous éclairera sur ce qu’est réellement le Copyright. Les imbrications du Copyright et droit d’auteur, propriété intellectuelle, etc.

La Convention internationale de Berne.

La différence entre les lois d’origine anglo-saxonnes (Common law) et celles d’origines de droit romano-civiliste.

Regardez cette carte qui nous vient de Wikipédia et qui explique sur quel système juridique reposent les lois pour tel ou tel pays. Ainsi vous comprendrez que certaines applications de la loi dans certains pays vous semble soit contraire à ce que vous connaissez, soit scandaleuses à vos yeux, soit enviables.

La Convention internationale de Berne.

Les systèmes juridiques dans le monde.

(Orange) Droit romano-civiliste

(Mauve claire) Common law

(Jaune) Droit coutumier

(Vert) Droit musulman

(Mauve foncé) Bi-juridisme (Droit civiliste et Common law)

Vous pouvez lire une étude sur la Convention internationale de Berne, publiée à Paris par Edouard Clunet en 1887. Sur le site de la BNF. BNF Gallica est un outil fort intéressant pour lire des ouvrages anciens.

Bref historique de l’OMPI

La Convention internationale de Berne.
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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 15:49

Jean-Baptiste Bremond, ce nom déjà cité dans un article du blog, comme étant l’un des instigateurs de l’émigration de nombreux Suisses qui créèrent la colonie brésilienne de Nova Friburgo (1819). Dans cette affaire, il est connu pour avoir outrepassé le cota des migrants, pour s’enrichir. Le malheur voulu que trop de morts au cours du voyage a pénalisé l’enthousiasme de l’idée généreuse et pourtant politique du roi Jean VI du Brésil.

Pour éclairage, je reprends un passage d’un récit intitulé : « Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff », par Gaston Bourgoin, Fribourg Imprimerie Fragnière Frères 1947.

« Qu’on nous permette de rappeler brièvement le rôle joué par Bremond lors de l’émigration des Suisses au Brésil, en 1819. Avec Nicolas-Sébastien Gachet, de Gruyère, à qui revient l’honneur de l’initiative de ce projet accepté par le gouvernement de plusieurs cantons, il se consacra tout entier à cette œuvre de colonisation. Le roi Jean VI du Portugal et du Brésil lui avait conféré le titre de consul général du Portugal, des Algarves et du Brésil en Suisse. Le nouveau consul, qui ne recevra jamais l’exequatur, a charge de contrôler le choix des émigrants et de délivrer les passeports. Après de multiples tergiversations, deux mille deux cents personnes quittent leur pays pour l’Amérique du Sud, en juillet 1819. Chacun sait le lourd tribut que les colons durent payer à la mort tout au long de ce triste voyage, puisque plus de six cents d’entre eux, dont 284 Fribourgeois, périrent en cours de route.

On a reproché à Bremond et à Gachet d’avoir eu certaines vues trop intéressées sur ce voyage, d’avoir accepté comme colons beaucoup plus de monde que ne le prévoyait la convention passée avec Jean VI, qui attendait cent familles, soit huit cents individus, et cela parce que le transport des émigrés leur était payé par tête au départ. On a reproché à Bremond en particulier, d’avoir, aux dépens de la place réservée aux voyageurs, surchargé des chalands « d’une quantité de marchandise sortant de sa fabrique de verrerie de Semsales, sous la fausse qualification de bagages des colons… ». N’a-t-on pas déchargé à Bâle, le 12 juillet, alors qu’une émeute grondait contre lui, « environ cent trente colis, dont une caisse de verrerie totalement brisée, deux crics et un instrument d’agriculture… » ?

La Commission de l’émigration de la ville et République de Berne juge ainsi la conduite de Bremond dans cette affaire : « Avec une franchise apparente, son intérêt particulier est le grand mobile de ses actions et de ses belles phrases… » Aux dires de cette Commission, le délégué bernois lui ayant reproché de s’être « réservé une partie des bénéfices des transports », le Consul « allégua qu’il n’avait fait cette réserve qu’en faveur des colons qui auraient besoin de secours ». De fait, « ces colons n’ont obtenu, à Bâle, que des secours équivalant à des aumônes et alors c’était toujours de sa bourse qu’il les donnait, doutant s’ils lui seraient remboursé ».

Nicolas Gachet, sur qui les responsabilités pèsent aussi lourdement, dépeint ainsi le caractère de Bremond : « Ce qui me dépasse en lui, c’est le sang-froid avec lequel il s’est entendu journellement maltraité, répondant à tous les titres dont on le gratifiait, en appelant les uns « mon ami », tendant la main aux autres et embrassant tout le monde à tort et à travers ».

Le Consul du Portugal eut fort à faire à se défendre contre les griefs dont on l’accusait. Il fut actionné par le sieur Frey, l’entrepreneur des transports de Soleure à la mer. Le procès traîna jusqu’en décembre 1826, et les recourant furent condamnés à payer leur liste de frais. Entre temps, Bremond avait obtenu une satisfaction. En 1824, Sa Majesté Très Fidèle avait daigné « l’honorer de l’Ordre du Christ en récompense de ses services ».

Il est vrai que Bremond lui-même s’estimait être la victime de flagrantes injustices de la part de tous les ennemis et calomniateurs de « l’œuvre sublime » de la colonisation du Brésil. Il pourrait facilement se venger de ses ennemis personnels, au nombre desquels se trouvait M. Endryon de la Corbière, d’Estavayer, l’organisateur du transport d’Estavayer à Soleure. Mais, écrivait-il à Mgr Yenny, le 10 décembre 1820 : « Le jour où j’ai le bonheur de déposer entre les mains de Votre Grandeur l’acte religieux de ma reconnaissance envers Dieu doit être aussi celui de l’oubli et du pardon de toutes les injustices que j’ai éprouvées, moyennant que de son côté, M. de la Corbière sache reconnaître ses torts… ». L’acte religieux de sa reconnaissance était une fondation de messes en l’honneur de Notre-Dame de Bon-Secours, résultant d’un vœu fait à Bâle le 12 juillet 1819. »

[Aujourd’hui on dirait que Bremond est une « Grande gueule », beau parleur endormant ses interlocuteurs, et si au passage il peut augmenter quelque peu sa fortune, il ne se gênait pas.]

Que nous dit le Dictionnaire historique de la Suisse ?

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Brémond, Jean Baptiste Jérôme

naissance 8.2.1760 à Brignoles (Provence), décès 10.11.1839 à La Tour-de-Peilz, cath., Français, de Progens (1829). Fils de Jean-François, marchand de drap, et d'Elisabeth Saurin. ∞ 1804 Salomé Lugeon, fille de Jacques-Salomon. B., négociant en peaux, monte à Paris peu avant 1789 pour défendre les intérêts de sa corporation provençale. Happé par la Révolution, il publie plusieurs brochures sur les finances publiques, se compromet avec les milieux proches de la cour et émigre en 1792. Etabli à La Neuveville en 1795, il y fait le commerce de diamants, puis achète les mines et la verrerie de Semsales, où il s'installe en 1796. L'entreprise, fondée en 1776 et peu prospère jusque-là, connaît dès lors un essor réjouissant pour devenir, sous la République helvétique, la principale verrerie de Suisse, grâce notamment à l'appui du Directoire helvétique et de l'administration centrale des mines (1800-1803). Consul du Portugal en Suisse, il s'intéresse en 1817 à la fondation de Nova Friburgo (Brésil), où il espère implanter une verrerie et une vacherie; en effet, B. est aussi un agronome distingué, propriétaire d'un vaste domaine attenant à son entreprise. Dans les années 1830, il soutient financièrement le faux dauphin Naundorff.

[Il est suggéré lors de sa mission à Paris qu’il devait se confronter au roi Louis XVI pour défendre les intérêts de sa corporation. L’a-t-il rencontré ? Impossible de le savoir et pourtant Bremond va jusqu’à dire qu’il était devenu le secrétaire particulier du roi. Fervent catholique il est aussi un royaliste reconnu, ce qui est dans ce temps de Révolution, plutôt mal vu. Lorsqu’il est réfugié en Suisse, sa grande gueule l’a certainement servi et son succès à la verrerie de Samsales était bien vu des petits Suisses.]

[Il n’a pas cru à la mort du Dauphin et toutes les histoires colportées à ce sujet le persuadaient de détenir la vérité, sa vérité. C’est pourquoi on le retrouve dans l’affaire Naundorff.]

Qui est Naundorff ?

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Je ne vais pas vous le dire, mais Wikipédia oui.

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Ce que ne dit pas Wikipédia, ou si peu…

[Il se rend en Suisse puis à Paris, où il arrive le 26 mai 1833 « sans souliers, sans chemise et sans bas ». Il y regroupe bientôt des partisans légitimistes qui forment autour de lui un semblant de cour]

Son séjour en Suisse il le doit à Bremond.

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[Vu que le personnage Bremond, depuis sa montée à Paris et qu’il prétend avoir été le secrétaire intime de Louis XVI, qu’il élève les martyres à la sainteté, qu’il affirme et réaffirme toujours le même discours, on finit par savoir qui il est. Le prétendu dauphin, cherchant partout du soutient ne pouvait ignorer le personnage Bremond. ]

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[C’est donc dans un premier temps une reconnaissance que cherchera Naundorff, puis le soutient surtout matériel pour lui et sa famille nombreuse.]

« Lorsqu’il quitta Crossen pour gagner la France, le duc de Normandie y avait laissé sa famille qui souffrit bientôt du plus grand dénuement. En septembre 1833, il put enfin soutenir les siens plus efficacement, grâce aux secours que lui octroyaient ses amis. Dresde, capitale de la Saxe, avait été ensuite le lieu de résidence des Naundorff. Mais, à plus d’une reprise, ils avaient été sur le point d’être expulsés. Cependant, une dernière fois, on avait prolongé leur séjour jusqu’en mars 1838. Que fit Jean-Baptiste Bremond quand il fut au courant de la nouvelle infortune, qui frappait la famille de son prince bien-aimé ? A celui-ci, il avait donné sa confiance la plus entière, il ouvrit son cœur et sa bourse pour soulager la misère de la femme et des enfants. Il fit plus encore. Sans attendre que le permis de séjour en Saxe fut périmé, il les invita à venir en Suisse et leur offrit la plus large hospitalité, non pas à la Verrière, dans sa maison, mais dans une demeure plus digne de leur rang. La Verrerie, c’est déjà un peu la montagne, et la fabrique n’est qu’à deux pas, car, en 1837, la Châtelaine n’est pas encore construite. Enfin, la famille du prétendant compte en plus de la mère et des six enfants vivant, un aumônier, le bon curé Appert, qui a quitté sa paroisse de Saint-Arnoult au diocèse de Versailles pour suivre le duc de Normandie dans sa destinée ; le gouverneur des fils, l’abbé Jean-Baptiste Laprade, qui, à Paris, avait été aumônier des Dames de la Foi ; Mme Forêt, amie de la famille et gouvernante des filles aînées et Mlle Eglantine Pégot, gouvernante des cadettes. Pour recevoir tout ce monde, le bâtiment de la Verrerie eut été par trop exigu. M. Bremond loua le château de Grand-Clos, au-dessus de Villeneuve, à l’intention de ses protégés. (Le château est sur la commune de Rennaz)

Le 31 octobre 1837, la famille Naundorff, qui, depuis un certain temps, se faisait appeler la famille de Bourbon, quitte sa résidence de Dresde et, passant par Schaffhouse, atteint Berne, où elle se repose un jour chez le colonel de Lentullus. Reprenant la route en compagnie d’Antoine Bremond venu à sa rencontre, elle traverse Fribourg, puis, après une station à la Verrerie, arrive enfin à Grand-Clos, vers la mi-novembre. Dans un site agréable et bien meilleur que la Haute-Veveyse pour raffermir la santé de ses membres, elle pense vivre en paix à l’abri des persécutions.

Le généreux Bremond, qui, en hiver, réside à la Tour-de-Peilz, ne ménage pas ses visites. Quelquefois, il a le plaisir de dîner avec la princesse et ses six anges, qu’il aime plus que s’ils étaient tous ses propres enfants. Il prend sur lui tous les frais du ménage et veille à ce que les provisions soient suffisantes. « A cet effet, raconte Amélie à son père, il nous a déjà envoyé une vache qu’il a baptisée Rambouillet, deux chèvres, qui s’appellent Thibet et Kaschmir, et puis deux moutons qu’il a appelés Ségovie et Castille. » un âne nommé Nicone complète ce troupeau.

Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff
Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff
Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff

Antoine Bremond s’ingénie lui aussi à faire plaisir aux protégés de son père. C’est ainsi qu’il prête à la jeune fille « un piano à buffet et seulement à deux cordes » qui rend un son faible mais très doux. (Dans un piano d’aujourd’hui, il y a des notes formées par une corde, deux cordes et trois cordes.)

Tout en pourvoyant aux besoins des habitants de Grand-Clos, J.-B. Bremond ne se désintéresse pas pour autant de son royal ami. Cinq mois après son expulsion, que ses partisans jugeaient arbitraire et illégale, le prince avait été inculpé d’escroquerie. Au cours de la procédure, « improvisée par le gouvernement », Madame de Génerès, personne toute dévouée à Naundorff, avait répondu au juge d’instruction, qu’elle pensait pouvoir l’assurer de la bonne volonté de Bremond à déposer les motifs de sa conviction. Le 12 août, le juge Tangiacomi envoyait au tribunal de Vevey une commission rogatoire. C’est ainsi que M. Bremond, en date des 1ers et 4 novembre 1837, eut l’occasion de déposer, sur la foi du serment, qu’il avait reconnu le prince « en particulier en ce qu’il connaissait la cachette faite par son père, dans le palais des Tuileries ». C’est là, le point principal de la déposition du vieillard faite « en commission d’information ». Quant à quelques faits mentionnés par le témoin, nous avons déjà montré qu’ils ne s’étaient pas passés, comme il les présentait. Le résultat de cette enquête fut concluant, puisque dès ce moment, cessa la procédure en escroquerie. »

[Le fait que Naundorff connaisse la « cachette du trésor secret de Louis XVI », confirme aux yeux de Bremond que celui-ci est bien le Dauphin. Le fameux trésor n’a probablement jamais existé, comme Bremond prétend avoir été le secrétaire particulier du roi, il se devait de « connaître » lui aussi l’emplacement du trésor. Les deux personnages pouvaient dire n’importe quel emplacement, le résultat confirmait à chacun d’eux la « vérité ». Les deux mensonges de l’un et de l’autre, devenaient vérité.]

[Naundorff, comme vous l’aurez lu sur Wikipédia, parti à Paris puis à Londres, comme toujours, une fois reconstitué sa cour, il fait venir sa famille.]

Le 17 juin 1838, le Prétendant ordonne à ses deux aînés d’abord, Amélie et Edouard, de le rejoindre à Londres, car ses moyens « sans le secours de Messieurs Bremond, fils et père, ne sont pas du tout suffisants pour la subsistance de (toute) sa famille en Angleterre ».

Des obstacles dus, paraît-il, à « la désobéissance » de l’abbé Laprade empêchèrent la réalisation de ce projet. Le 21 août, le Prince, impatient de revoir les siens, lui envoyait un avis sévère par l’entremise du curé Appert. L’abbé Laprade, à ce moment, semble bien avoir déjà quitté la Suisse en compagnie d’Edouard et d’Amélie. Une lettre de Londres, datée du 30 août, annonçait aux habitants de Grand-Clos l’arrivée très heureuse des trois voyageurs. Ce n’est qu’à la fin octobre que toute la famille du prétendant put enfin rejoindre son chef en Angleterre.

Il est difficile de dire dans quels sentiments M. Bremond laissa partir « la duchesse de Normandie et ses six anges ». Il leur avait consacré beaucoup de temps, il avait dépensé pour eux une partie de sa fortune, soit, aux dire de son fils Antoine, environ 60 000 francs. Mon père « se serait dépouillé de tout, ajoute ce dernier, il aurait laissé sa famille dans le besoin pour soutenir la cause du Dauphin ».

Or, une grave dissension s’accentuait de jour en jour entre M. Bremond et le prince. Louis XVII en effet prétendait avoir des visions. Un ange lui parlait, à lui, comme à Martin de Gallardon, le paysan visionnaire, qui, le 28 septembre 1833, à Paris, avait sans aucune hésitation identifié Naundorff avec l’Orphelin du Temple. L’esprit céleste qui apparaissait au duc de Normandie lui révéla une « croix de grâce » qu’il devait remettre au Pape. Le souverain pontife, ayant fait la sourde oreille, on le comprend, Charles-Louis, au nom de l’ange qui l’inspire, fonde, en octobre 1838, « l’Eglise catholique-évangélique », se sépare du Siège de Rome définitivement condamné par Dieu. Pour faire connaître sa nouvelle religion, Naundorff, toujours sous la dictée de l’ange, écrit un livre intitulé : La Doctrine céleste de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Jean-Baptiste Bremond et l’affaire Naundorff

Quand M. Bremond, fervent catholique, vit son ami prendre le chemin du schisme, il se fit sans doute un devoir de le retenir. Le 17 juin, le duc de Normandie mandait à sa fille Amélie : « J’aurais beaucoup à te répondre au sujet des idées de notre loyal de Brémont. Je lui dirais moi-même quel malheur menace la Suisse ; mais on pourrait croire que c’est un moyen de persuasion ». Malgré les objurgations de ses amis, le Prince publia La Doctrine céleste et consomma sa séparation d’avec Rome. Alors, « le loyale de Brémont » se révolta : il ne pouvait supporter cette attaque contre sa foi. Il cessa ses largesses et toute démarche personnelle. On pourrait croire que cette aventure finissant dans l’hérésie aurait dessillé les yeux de l’honorable vieillard. Il n’en fut rien. Son fils Antoine devait écrire plus tard : « Il n’en demeura pas moins le défenseur de ce qu’il croyait une vérité : Naundorff, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Jamais, au grand jamais, il ne reconnut d’autre prétendant ».

Conclusion

Malgré tout, Naundorff et ses descendants qui se parent du nom patronymique de Bourbon conservent leurs partisans. Ceux-ci continuent et continueront à se réclamer du témoignage des anciens serviteurs de Louis XVI, de Jean-Baptiste Bremond en particulier. On a vu comment celui-ci a reconnu le prétendu prétendant. On sait l’état d’esprit, mystiquement entretenu par de vagues prophéties, dans lequel il se trouvait durant les dernières années de sa vie, en attendant le fils de son roi, qui bientôt allait paraître avec éclat. On se rappelle que M. Bremond a basé sa reconnaissance sur la ressemblance du visage de Naundorff avec ceux de Louis XVI et de Marie-Antoinette et sur les détails du fameux secret des Tuileries, secret connu de tout le monde.

Que conclure ?

D’abord, la parfaite bonne foi de Bremond dans cette affaire ne fait absolument aucun doute. Mais, n’a-t-il pas admis avec beaucoup trop de naïveté tout ce que son visiteur de la Fête-Dieu 1836 lui racontait ? Il a cru sans examen et sans preuves formelles toutes les assertions de l’aventurier. Sa persuasion de retrouver l’Orphelin du Temple, les souvenirs de sa gloire passée, les malheurs dans lesquels il voyait son pays plongé (la France), tout a concouru à lui faire admettre comme une vérité intangible que Naundorff était le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le malheureux Orphelin du Temple, le roi Louis XVII.

Crédits photographiques : journal 24 Heures, www.swisscastels.ch, Jean-Bapttiste Bremond et l’Affaire Naundorff.

gaston Bourgoin, Jean-Baptiste Bremond et l'Affaire Naundorff, Fribourg, 1947

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 17:16

29 septembre 1977

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Temps Présent

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81 minutes « Le crime de Payerne » Journaliste, Jacques Pilet, réalisateur, Yvan Dalain.

Je reviens sur cette histoire qui est bien oubliée aujourd’hui. Si j’en parle ici, c’est pour la raison suivante : aujourd’hui 3 août, s’ouvre le Festival du Film de Locarno, et dans le programme de ce jour, plusieurs films dont certains hors programme officiel.

Le réalisateur Jacob Berger présente son film, « Un juif pour l’exemple », qui sortira la semaine prochaine sur nos écrans.

Déjà en 2009 le livre de Jacques Chessex, dont le récit a donné le film, avait suscité la polémique avec des propos violents. Il ne fallait pas réveiller le passer.

2016 le film va-t-il lui aussi bouleverser la région ?

Crime oublié de Payerne

Compte rendu à propos du film, site : THE TIMES OF ISRAEL

Sans polémique, le sujet est thème d’étude pour les jeunes, à l’exemple de ce que prévoit le Service Enseignement Obligatoire Neuchâtel. ICI

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 17:16

Succès du cinéma suisse

Évoquer la Suisse du début des années septante c’est aussi parler de sa culture et plus particulièrement de son cinéma. C’est l’époque où les Français découvrent les films de Claude Goretta, d’Alain Tanner et de Michel Soutter, pour ne citer qu’eux. Grâce à la Télévision suisse romande et au « Groupe des Cinq » - ce n’est en effet qu’à partir de 1970 que la Confédération accordera une aide financière à des films de fiction -, de jeunes réalisateurs tournent des films à petit budget. Charles mort ou vif, d’Alain Tanner, exprime un ton nouveau et révèle une image différente de la Suisse. Une Suisse qui s’interroge sur elle-même, sur ses valeurs, sur son attitude face au monde et à une société en profonde mutation, comme l’avait déjà montré Henry Brandt dans le film qu’il avait réalisé en 1964 pour l’Exposition nationale.

De son côté, la télévision s’intéresse de plus en plus aux questions nationales. Cela est particulièrement vrai en Suisse romande. Nombreux sont les reportages consacrés à la Suisse, à ses problèmes, à ses ombres. Une nouvelle génération de journalistes apparaît. Moins respectueuse des tabous et des institutions, plus critique à l’égard des autorités, elle pratique un journalisme d’investigation qui agace les milieux conservateurs, suscite des crispations et crée des tensions. Mais l’appui des téléspectateurs et les taux d’écoute élevés des magazines d’information montrent que cette forme de journalisme correspond aux vœux des citoyens, à une évolution des mentalités et, surtout, au rôle que doit jouer la presse dans une démocratie.

[Aujourd’hui, le temps a passé et effacé, gommé cet élan qu’avait montré la vigueur journalistique de Suisse romande. Même si le magazine d’information « Temps présent » existe toujours, celui-ci n’a plus rien à voir avec celui des années septante. Tout a été nivelé, plus rien d’aussi aiguisé que les débats de « Table ouverte » le dimanche matin. Aujourd’hui on en a exclu le citoyen et les débats d’Infrarouge sont loin d’être le reflet démocratique qu’il devrait.]

(Les archives pour Table ouverte sont celles d’une époque assez ressente et non celles en noir et blanc d’avant la télévision couleur. Dommage.)

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 15:56

La Suisse ne peut pas s’isoler

Ces événements dramatiques font prendre conscience à l’opinion publique que la Suisse ne peut pas s’isoler dans le monde en profonde mutation et qu’il n’est plus possible de séparer politique étrangère et politique commerciale. Le développement des échanges internationaux rend illusoire l’idée d’une Suisse autonome, échappant aux crises internationales. À sa manière le détournement de l’avion de Swissair renforce le point de vue de ceux qui affirment que la Suisse doit redéfinir la conception de ses rapports avec le monde et adopter une politique étrangère plus active, plus solidaire, particulièrement au moment où les nouveaux Etats indépendants d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, entendent jouer un rôle accru sur la scène internationale.

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[Ce qui est tout à fait normal.]

Cette évolution – à laquelle est favorable un homme comme Pierre Graber, le chef du Département fédéral des affaires étrangères – ne va pas sans se heurter à l’opposition d’une partie de l’opinion publique. Celle-ci est particulièrement forte au sein des mouvements xénophobes et de certains milieux conservateurs alémaniques. À leurs yeux, la Suisse doit adopter une politique prudente et une attitude de repli. Ce courant isolationniste s’exprimera avec succès à plusieurs occasions, notamment en obtenant le rejet d’un prêt destiné à l’Agence internationale pour le développement et en incitant le Conseil fédéral à repousser l’idée de soumettre au peuple la question d’une adhésion de la Suisse à l’ONU.

Lueur d’espoir au Jura

Un autre dossier domine également la vie politique fédérale : celui du Jura. Certes, la crise jurassienne n’est pas comparable avec ce qui se passe au même moment sous d’autres cieux. Mais elle est de plus en plus présente dans l’actualité helvétique. Elle empoisonne les rapports entre la Suisse alémanique et la Suisse romande et plus particulièrement entre le canton de Berne et les Romands.

L’échec, en 1959, de l’initiative lancée par le Rassemblement jurassien demandant que les Jurassiens puissent se prononcer sur le principe d’une séparation du canton de Berne, n’avait pas mis fin aux revendications autonomistes. Bien au contraire. Multipliant les manifestations et les gestes provocateurs, exprimant en permanence la volonté séparatiste des habitants de la partie nord (et catholique) du Jura, le Rassemblement jurassien va progressivement amener les autorités fédérales à intervenir par le truchement d’une « Commission des sages ».

De son côté, le canton de Berne fait des concessions et envisage une procédure de séparation par étapes, préservant les droits des uns et des autres. Cela alors que se constitue en décembre 1969 un « Mouvement pour l’unité du Jura », sorte de « troisième force » qui réunit des modérés qui rejettent les positions du Rassemblement jurassien et celles de ses adversaires.

L’adoption en mars 1970 de dispositions constitutionnelles reconnaissant au peuple jurassien le droit à l’autodétermination constitue une étape essentielle vers la solution du conflit. Le processus de séparation est dorénavant en marche. Cela en dépit des récriminations des anti-séparatistes qui , comme de bien entendu, accusent la presse, et plus particulièrement la télévision, de désinformer l’opinion publique…

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 16:33

« Nous voulons participer ! »

Oui, la société change rapidement. Trop rapidement même aux yeux de certains qui ont du mal à s’adapter. Dans tous les domaines l’évolution est profonde. Les vieilles structures « craquent » et les institutions les plus solides sont ébranlées. C’est l’époque aussi d’une revendication de participation. En déposant en 1971 une initiative fédérale qui réclame une participation des travailleurs à la gestion des entreprises, les syndicats suisses expriment la volonté d’un nombre croissant de gens d’être étroitement associés à tout ce qui détermine leur destin, notamment dans leur vie professionnelle.

Il est vrai que les événements de mai 1968 avaient conduit de nombreux citoyens – pas seulement des jeunes – à adopter une attitude plus critique à l’égard de la société, à mettre en cause les institutions et les valeurs établies. C’est l’époque où se développent des expériences de vie communautaire et du « retour à la campagne ». L’époque aussi de la drogue qui commence à faire des ravages. Déçus par les maigres résultats des rêves de Mai 68 et, ayant du mal à s’insérer dans une société qui paraît de plus en plus préoccupée par la seule satisfaction de ses besoins matériels, des jeunes se laissent séduire par la drogue.

Cette évolution suscite des réactions d’incompréhension et de crispation dans les milieux officiels qui acceptent difficilement cette remise en question. Si certains hommes politiques tentent de comprendre le désarroi des jeunes et le sens de leur révolte, la majorité, au contraire, se raidit. Les protestations suscitées en juillet 1970 par la diffusion du Petit livre rouge des écoliers sont démesurées par rapport à la valeur (très médiocre !) de cet ouvrage. Il en est de même de l’interdiction d’un festival pop par la ville de Lausanne qui parle « d’une exploitation commerciale douteuse et d’une recrudescence du trafic de drogue », de la crise avec les jeunes Zurichois du « Bunker » ou de la réaction du Conseil d’Etat genevois lors de l’occupation de la Maison des jeunes.

[Certes le Petit livre rouge des écoliers n’est pas une œuvre littéraire. Mais le but n’était pas de lire de belles phrases, élevées et pleines de poésie, non, il s’agissait de donner des clés, des modèles et conseils aux jeunes, pour se révolté, pour contester l’autorité parentale et « officiel ». Un mode d’emploi en quelque sorte.]

Le temps des orages et du terrorisme

On pourrait citer de nombreux autres exemples de ce divorce entre les autorités et une partie de la jeunesse qui s’insurge contre les règles sociales et remet en cause l’image traditionnelle de la famille et du monde des adultes. Certes, il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau. Chaque génération a vécu le même affrontement. Mais la crise paraît profonde en ce début des années septante ; d’autant plus qu’elle est amplifiée par l’écho que lui donnent les médias et qu’elle s’accompagne d’une critique plus générale de la société et d’une contestation profonde des structures sociales.

Un autre phénomène, plus grave celui-là, inquiète également les responsables politiques suisses ; le terrorisme. Attentats, enlèvements et actes de violence se multiplient. Dans plusieurs pays des mouvements extrémistes recourent à la violence pour se faire entendre et imposer leur idéologie. C’est l’époque des enlèvements, des prises d’otages et des détournements d’avions.

Au Québec, des nationalistes enlèvent et assassinent un ministre. En Uruguay, les Tupamaros exécutent un diplomate américain. Au pays basque espagnol, l’E.T.A. multiplie les attentats. Au Brésil, les « Escadrons de la mort » assassinent les opposants politiques.

La Suisse n’échappe pas à cette poussée de violence. Le détournement d’un avion de Swissair en septembre 1970 et l’obligation faite au Conseil fédéral de libérer trois militants palestiniens détenus en Suisse depuis l’attentat de Kloten en 1969 afin d’obtenir la libération des passagers, montrent brutalement à l’opinion publique que la Suisse n’est plus à l’abri des convulsions du monde. L’enlèvement, quelques mois plus tard, de l’ambassadeur de Suisse au Brésil, confirme cette mise en cause de notre pays, les ravisseurs justifiant leur action « en raison du soutien indirect » que la Suisse accorderait à la dictature brésilienne.

[La Suisse, pays neutre, s’est souvent dit ne pas être concernée par les blocus ou les directives collectives d’ostracisme à l’égard de tel Etat ou de tel Autre.]

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 17:02

« Nous voulons participer ! »

Oui, la société change rapidement. Trop rapidement même aux yeux de certains qui ont du mal à s’adapter. Dans tous les domaines l’évolution est profonde. Les vieilles structures « craquent » et les institutions les plus solides sont ébranlées. C’est l’époque aussi d’une revendication de participation. En déposant en 1971 une initiative fédérale qui réclame une participation des travailleurs à la gestion des entreprises, les syndicats suisses expriment la volonté d’un nombre croissant de gens d’être étroitement associés à tout ce qui détermine leur destin, notamment dans leur vie professionnelle.

Il est vrai que les événements de mai 1968 avaient conduit de nombreux citoyens – pas seulement des jeunes – à adopter une attitude plus critique à l’égard de la société, à mettre en cause les institutions et les valeurs établies. C’est l’époque où se développent des expériences de vie communautaire et du « retour à la campagne ». L’époque aussi de la drogue qui commence à faire des ravages. Déçus par les maigres résultats des rêves de Mai 68 et, ayant du mal à s’insérer dans une société qui paraît de plus en plus préoccupée par la seule satisfaction de ses besoins matériels, des jeunes se laissent séduire par la drogue.

Cette évolution suscite des réactions d’incompréhension et de crispation dans les milieux officiels qui acceptent difficilement cette remise en question. Si certains hommes politiques tentent de comprendre le désarroi des jeunes et le sens de leur révolte, la majorité, au contraire, se raidit. Les protestations suscitées en juillet 1970 par la diffusion du Petit livre rouge des écoliers sont démesurées par rapport à la valeur (très médiocre !) de cet ouvrage. Il en est de même de l’interdiction d’un festival pop par la ville de Lausanne qui parle « d’une exploitation commerciale douteuse et d’une recrudescence du trafic de drogue », de la crise avec les jeunes Zurichois du « Bunker » ou de la réaction du Conseil d’État genevois lors de l’occupation de la Maison des jeunes.

[Certes le Petit livre rouge des écoliers n’est pas une œuvre littéraire. Mais le but n’était pas de lire de belles phrases, élevées et pleines de poésie, non, il s’agissait de donner des clés, des modèles et conseils aux jeunes, pour se révolté, pour contester l’autorité parentale et « officiel ». Un mode d’emploi en quelque sorte.]

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 15:52

La défense de l’environnement préoccupe les Suisses

Les lettres qu’adressent aux journaux ces nouveaux nationalistes, ces « oubliés de la prospérité », révèlent aussi un anticapitalisme sous-jacent, une dénonciation de la spéculation foncière et une protestation contre les atteintes à l’environnement. On assiste, en effet, à cette époque, à l’émergence d’un mouvement écologiste qui ne prendra une forme parlementaire que quelques années plus tard, mais qui va dorénavant jouer un rôle de plus en plus important.

Il est vrai que le développement rapide des banlieues et du réseau routier modifie progressivement le paysage auquel chacun était habitué. Les villes deviennent bruyantes. C’est le temps de la pollution, des déchets, du béton. En 1970, lors de son allocution du jour de l’an, le président de la Confédération, Hans-Peter Tschudi, se fait l’écho de cette inquiétude d’un nombre croissant de Suisses devant les atteintes à l’environnement. Il ne parle plus seulement de niveau de vie mais, ce qui est nouveau, de qualité de vie.

De son côté, le commandant Cousteau lance un cri d’alarme devant l’augmentation de la pollution des océans. La croissance est mise en cause. Alors que le Conseil de l’Europe proclame 1970 « Année de la nature » et que les Suisses adoptent très nettement en 1971 un article constitutionnel sur la protection de l’environnement, de plus en plus de voix s’élèvent pour protester contre un développement technique sans frein et ce que le Prince Albert de Liège appelle « une course infernale à la croissance économique » qui menace la survie de l’espèce humaine. L’opposition à l’urbanisation du site du Signal-de-Bougy ou la mise en demeure faite à Nestlé de mettre en service une installation de retraitement des eaux usées, sont deux exemples, parmi d’autres, de cette évolution des esprits et d’une prise de conscience écologique qui va dorénavant influencer la vie politique et l’activité économique helvétiques.

Les femmes votent enfin !

Cette votation fédérale sur l’environnement est la première à laquelle les femmes participent. En effet, le 7 février 1971, une nette majorité d’hommes (65,7 % de Oui) décident d’accorder le droit de vote aux femmes sur le plan fédéral.

Enfin, peut-on dire ! La justice l’a emporté sur l’égoïsme après des années de lutte. Même si le chemin est encore long jusqu’à la réalisation d’une véritable égalité entre hommes et femmes, la votation fédérale du 7 février 1971 marque un tournant. Il est vrai que ce résultat était prévisible. Dix ans après le premier canton romand, plusieurs cantons alémaniques venaient d’accorder le droit de vote cantonal aux femmes et le Valais avait fait de même en avril 1970, lui aussi par une très nette majorité. Les esprits avaient évolué.

[Certain hommes diront : « Ce n’est pas important, ma femme vote comme moi ! »]

C’est l’époque de l’affirmation des mouvements féministes et du développement du M.L.F, le « Mouvement de libération des femmes ». Dans de nombreux pays, en Suisse comme ailleurs, les femmes revendiquent. Victimes d’une réelle discrimination sociale, elles réclament l’égalité des droits dans tous les domaines. Après des siècles d’une domination masculine qui paraissait relever de l’ordre naturel des choses, les privilèges des hommes sont contestés, critiqués, remis en cause. Certains l’admettent difficilement et se gaussent des revendications des féministes, ne réalisant pas que la société évolue rapidement et que, eux aussi, devront changer.

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