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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 18:50

Coffret profane d’apparat du XIVe siècle

La première mention du coffret remonte à l’inventaire de Valère de 1642 : « Un petit coffret richement orné et exécuté avec art dans sa partie extérieure, au moyen de couleurs argentées et transparentes ». Il ne figure pas dans l’inventaire des deux églises de 1364. Les inventaires dénombrent 35 reliques à l’intérieur du coffret, aujourd’hui vidé de son contenu ; certains de leurs authentiques remontaient à 1200 environ.

Trésors d’église [6]

L’âme de bois provient d’un conifère. Les scènes qui y sont rapportées sont de caractère profane. Les faces extérieures et le couvercle sont exécutés à la manière d’un motif textile sur lequel sont ajoutées les représentations en relief d’un roi et d’une reine, rappelant les sceaux royaux. Entre ces médaillons, des éléments en losange et en triangle concaves sont parés de rinceaux ornés de feuilles ou d’un joueur de rebec. Sur les arêtes verticales du coffre, des bandes habillées de feuilles d’argent comportent des chiens, des lièvres, lions, ânes, chèvres, loups, agneaux. La même frise d’animaux est visible sur le rebord du couvercle. Le moraillon emprunte la forme d’un baldaquin abritant une femme aux côtés de laquelle sont assis des joueurs de rebec et de psalterium. Une scène d’amour courtois agrémente la ferrure qui protège le mécanisme de la serrure. La ferrure circulaire, gravée et émaillée, dans laquelle est enchâssée la serrure est d’une qualité remarquable. Deux dragons sont installés dans une fontaine hexagonale. Un couple de personnages assis de part et d’autre semble occupé à nourrir les monstres à l’aide de fruits cueillis sur les arbres qui les surplombent. Au-dessus, un pavillon à coupole abrite un couple d’amoureux enlacés. Sous la fontaine, deux lions sont sur le point de dépecer un chevreuil. Cette image demeure liée au thème du jardin d’amour ou de la fontaine de vie, mais sa signification demeure obscure.

Tout le décor extérieur est réalisé dans la technique du repoussé-estampé, qui permet de reproduire le même motif en de multiples exemplaires. Mis à part les médaillons dorés, une grande partie des plaques était émaillée à l’origine, en bleu et vert mat, avec du jaune, violet, brun clair.

La figure du roi sur son trône orné de lions rappelle l’empereur Henri VII tel qu’il est représenté sur un sceau de 1313 (Musée National Suisse, Zurich), produit italien. Le trône de la reine flanqué d’aigles est proche du sceau des empereurs Louis de Bavière et Charles IV et de celui de Jean le Bon, roi de France.

Le tissu en soie chinoise du XIVe siècle qui orne l’intérieur indique le haut rang social du premier propriétaire. Le motif se détache en vert clair sur fond violet foncé. Il orne les trois compartiments et les six tiroirs logés dans le coffret. Ces tissus apparaissent dès la deuxième moitié du XIIIe siècle sous le nom de « drap de Turquie ». Ils proviennent du royaume mongol et sont parmi les plus coûteux.

Trésors d’église [6]

En juin 1365, l’empereur Charles IV a visité l’abbaye de Saint-Maurice. Il prit alors le Chapitre de Sion sous sa protection et ratifia ses droits de chancellerie, raison pour laquelle la tradition rattache le coffret à ce souverain, lequel en aurait fait don au Chapitre. Selon Karel Otavsky, cette tradition serait infirmée par l’origine du coffret qu’il situe vers le milieu du XIVe siècle à la cour de Castille. Cependant, une provenance de l’Italie du Nord semble mieux convenir à ce coffret. Le travail de l’émail sur estampage est d’ailleurs une caractéristique des objets vénitiens.

Trésors d’église [6]

À l’angle droit du couvercle se trouve une plaque de cuivre, petite bande losangée, élément de restauration que l’on retrouve sur le pourtour du plat d’évangéliaire gothique.

Objet de comparaison :

- Ceinture de provenance italienne (Museum of Art, Cleveland)

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