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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 16:23

La Suisses et la Légion étrangère

L’esprit militaire en Suisse [7]

L’article ci-dessous vient directement du site de la Légion étrangère. [Éditorial du COM.LE du Képi blanc N° 779]

“Légionnaire, tu es venu volontairement à nous. De ton gré, tu t’es engagé à servir avec Honneur et Fidélité… Comme tes anciens, tu serviras de toutes les forces de ton âme et, s’il le faut, jusqu’à l’ultime sacrifice, cette Légion devenue ta nouvelle Patrie, et tu conserveras toujours en ton cœur cette devise : Legio Patria Nostra. Ainsi commence le mémento du soldat de la Légion étrangère, édité à Sidi Bel Abbès en 1937, Ancêtre de notre Code d’honneur actuel. Les anciens ont tenu à ce que sur la première page de ce mémento figurent nos deux devises : Honneur et Fidélité, inscrite sur les drapeaux et étendards de la Légion étrangère, et Legio Patria Nostra, inscrite sur nos tambours et sur l’insigne du 3e Étranger.

On entend généralement par devise une phrase courte, choisie par une organisation sociale, un pays, une dynastie, pour lui dicter une ligne d’action ou un idéal. Les devises militaires françaises sont anciennes : les mousquetaires avaient la leur “un pour tous, tous pour un”, la plupart des régiments étrangers au service de la France sous l’Ancien régime avait choisi “Nec pluribus impar”, aujourd’hui devise du 1er REC. Ces devises ont été supprimées sous la Révolution à la dissolution des régiments et à leur transformation en demi-brigades. Le Premier Consul, puis empereur Napoléon 1er, choisit pour la Grande Armée la devise Valeur et discipline, qui resta, peu ou prou, en vigueur jusqu’en août 1914, lorsque le général Galliéni imposa pour tous les emblèmes l’inscription “Honneur et Patrie”, devise par ailleurs déjà inscrite sur le revers du 1er drapeau de la Légion étrangère de 1831 à 1835, et de 1840 à 1844 après la cession de la Légion à l’Espagne. En 1920, les mots Honneur et Fidélité furent inscrits sur nos emblèmes : cette devise du régiment suisse de Diesbach sous l’Ancien régime fut choisie pour marquer, d’une part la pérennité des soldats étrangers au service de la France, et d’autre part la nécessité de leur donner une nouvelle patrie. En effet, il ne va pas de soi de confier les armes du pays à des étrangers, et il n’est pas non plus évident pour des étrangers de risquer leur vie pour un pays qui n’est pas le leur. C’est donc pour cela que le lieutenant-colonel Rollet, après la 1re Guerre mondiale, avait tout fait pour “adopter pour les trois drapeaux la devise Honneur et Fidélité, formule qui figure depuis toujours sur l’acte d’engagement”. Il fut entendu par le ministre, et le décret de 1920 précisa que “les drapeaux et étendards des régiments de Légion étrangère, déjà existants ou créés dans l’avenir, porteront la devise Honneur et Fidélité”.

Les deux devises de la Légion Honneur et Fidélité et Legio Patria Nostra nous permettent de réfléchir aux liens entre la Fidélité et la Patrie. Les dictionnaires donnent habituellement deux sens majeurs au mot Patrie : le pays où l’on est né, la terre des pères, le pays auquel on appartient comme citoyen, et pour lequel on a un attachement affectif ; la communauté, nation, à laquelle quelqu’un a le sentiment d’appartenir, c’est-à-dire le “vouloir vivre ensemble” d’Ernest Renan. Dans les deux cas, l’attachement affectif est prégnant, et l’enjeu de la Légion étrangère est de faire tout pour que l’étranger qui porte les armes de la France s’approprie la devise de Franklin, via le sentiment fort d’appartenance à la famille légionnaire : “Tout homme a deux patries, la sienne et puis la France”.

On ne sait pas exactement quand ni comment est née et a été adoptée la devise Legio Patria Nostra. Il est possible qu’elle soit à rapprocher du concept de la Légion “lieu de refuge” et “lieu d’asile” qui s’est répandu après 1871, lorsque la Légion accueillit un grand nombre d’Alsaciens et de Lorrains, devenus apatrides du fait de l’annexion de leur province par l’Allemagne. À ce sujet, monsieur René Doumic, secrétaire perpétuel de l’Académie française, cité en 1926 par le général Rollet dans sa préface du livre de Jean Martin “Je suis un légionnaire”, disait : “N’oublions pas que de 1870 à 1914 la Légion a été le refuge de ceux qui gardaient au cœur l’amour de la Patrie perdue. Maintenant, grâce au ciel, les Alsaciens et les Lorrains n’ont plus besoin de venir à la Légion pour servir la France, mais quels fiers légionnaires ils ont été”. Il est donc fort probable que la question de l’Alsace Lorraine fût l’origine de cette devise, de même que l’arrivée en masse des engagés volontaires pour la durée de la guerre en 1914. En effet, le 29 juillet 1914, des étrangers intellectuels lancèrent un appel solennel de soutien à leur patrie d’adoption : ”Des étrangers amis de la France qui ont pendant leur séjour en France appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde patrie, sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras. Intellectuels, étudiants, ouvriers, hommes valides de toute sorte, nés ailleurs, domiciliés ici, nous qui avons trouvé en France la nourriture matérielle, groupons nous en un faisceau solide de volontés mises au service de la France.” Blaise Cendrars fut un de ces intellectuels et alla jusqu’au bout de ses idées en s’engageant à la Légion étrangère. Cet appel lancé eut un grand succès : on rapporte que cinq jours après cet appel, dans la seule journée du 3 août, 8 000 étrangers se présentèrent dans les centres de recrutement !

On prête aussi parfois l’origine de la devise Legio Patria Nostra au sous-lieutenant Mader, qui pour tous reste l’adjudant-chef Mader, photographié au côté du lieutenant-colonel Rollet portant le drapeau du RMLE (Régiment de marche de la Légion étrangère). D’origine allemande, ayant eu des déboires dans son armée, engagé à la Légion étrangère en 1908, combattant au Maroc, commandeur de la Légion d’honneur, médaillé militaire, cité neuf fois au cours de la 1re Guerre mondiale dont trois fois à l’ordre de l’armée, il perdit au combat son bras gauche en juillet 1918, et fut réformé. Retiré à Strasbourg comme gardien du Palais du Rhin, il traversera la triste période de la réoccupation de l’Alsace-Lorraine en se faisant passer pour sourd-muet. C’est le symbole même du légionnaire dont la fidélité à la patrie d’accueil l’emporte sur l’attachement à sa patrie d’origine. L’appartenance à la Patrie “Legio”, à cette nouvelle famille, n’oblige en aucun cas à la répudiation de la patrie d’origine, que la Légion étrangère respecte : le légionnaire est parfaitement libre de conserver sa nationalité, et la Légion demande son accord à tout légionnaire qui pourrait être envoyé combattre contre son pays d’origine.

Dans ce KB ( ?) sont relatées les différentes participations de la Légion au 14 juillet. Aujourd’hui comme hier, le légionnaire reste “un volontaire servant la France avec honneur et fidélité”, et la Légion est sa Patrie. Deux des trois drapeaux des régiments ayant combattu pour la Libération étaient présents cette année sur les Champs-Elysées. Ce fut un grand honneur pour les légionnaires d’aujourd’hui de se rappeler ce qu’avait proclamé le général Pélissier, commandant supérieur de la Province d’Oran, en juin 1854 au 1er Régiment de la Légion étrangère qui partait pour la Guerre de Crimée après avoir construit Sidi Bel Abbès : “Rappelez-vous, en suivant le chemin de l’honneur, qu’il n’est pas de plus beau titre au monde que celui de Soldat français, et que ce noble drapeau qui flotte au milieu de vos baïonnettes est désormais votre Patrie”.

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