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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 15:42

La métallurgie et ses dérivés.

 

Les artisans du fer.

 

   Sur l’industrie du fer, la Feuille d’Avis n’ouvre que des aperçus très incomplets. A part le miel et le fromage, les seuls produits de Vallorbe qu’elle signale occasionnellement sont les balances de David, puis de Jacob Glardon. Toute la production des chaîniers, des taillandiers, des couteliers, des fabricants d’outils aratoires, des tailleurs de limes et des cloutiers passe directement des grossistes aux quincailliers.

D’autre part, cataloguer les ventes ou locations de quelques forges de village – travail utile en vue d’un futur inventaire des usines à eau du Pays de Vaud – ne présente ici même aucun intérêt.

Nous nous bornerons à relever les aspects inédits que nous valent les annonces.

 

Le maréchal-ferrant travaille en ville autant qu’à la campagne. Il s’occupe souvent de charronnerie, spécialement dans les localités de La Côte. Il tient lieu parfois de vétérinaire. Il s’installe à la sortie de la ville, sinon dans le voisinage des voituriers ou des hôtelleries. Une forge mise en vente en 1832 à la rue de l’Ale convient tout particulièrement à un maréchal parce qu’elle bénéficie de la proximité de trois auberges. Le maréchal-ferrant de village est moins étroitement spécialisé. Celui de Bioley-Magnoux cherche un ouvrier qui soit simultanément bon ferrant et taillandier. A Crans, Gédéon Levrat, « artiste maréchal », qui dispose d’un martinet, construit des herses, des extirpateurs à cinq, six, sept ou neuf socs ; il expose des « charrues belges » à la foire de Morges, à 56 francs !

   Les cinq ou six cloutiers de Lausanne semblent souffrir de la concurrence massive de la région jurassienne. L’un d’entre eux, Müller, carde de la filasse et vend du chènevis. Un autre, François Olivier, ajoute vers 1830 l’armurerie à sa branche. Le cloutier mécanique accentue leurs difficultés. Le serrurier Christian Héberlé, inventeur à ses heures, fabrique à la machine dès 1835 des pointes de Paris. Il est imité deux ans plus tard par Sider-Duret, qui utilise dans son atelier une force motrice hydraulique.

   Les taillandiers lausannois ne manquent pas d’originalité : David Simon, qui s’établit en 1818 aux Escaliers-du-Marché, est un spécialiste des bistouris et de leur aiguisage. Auguste Jacot, au Grand-Saint-Jean, ne se borne pas à forger, à retailler et à aciérer tous les outils tranchants, il fabrique des bouchardes, il grave des fers à gaufres. On prétend en général que le fer à gaufres, cadeau de noces traditionnel, et souvent décoré des armoiries des époux, est importé de Franche-Conté. Sur plus de trois cents fers inventoriés dans le Canton, deux seulement proviennent de Vallorbe, six ou sept autres semblent gravés aux Clées (1521), à La Sarraz (1600) ou dans la région lémanique. La plupart de ceux dont l’origine est inconnue sortent vraisemblablement des mains d’artisans du pays, comme Jacot, ce que confirme l’existence de styles régionaux : Gruyère, Pays-d’Enhaut, Jorat, Jura bernois.

 

   Les armuriers, à qui l’on commande essentiellement des armes à feu, se distinguent toujours plus nettement des taillandiers. Le forage et le montage des carabines les rapprochent bien davantage des mécaniciens. Le recensement de 1799 en signale 36 en province et 2 à Lausanne. Les meilleurs n’ont pas besoin d’opérer dans la capitale pour obtenir des commandes. Joseph Paul la quitte même pour Vevey. Durussel, après son tour d’Europe, s’installe à Moudon. À Morges, Desponds se vante de posséder « la véritable recette anglaise pour bronzer les armes ». Frédéric Siber, dont les carabines paraissent renommées, quitte avec Morges pour Lausanne en 1820. Dix ans plus tard, il se brouille avec son fils, qui va travailler chez un concurrent. Ils se raccommodent par la suite, et fabriquent en série, après le tir fédéral de 1836, des modèles perfectionnés, mis à l’ordonnance ; leur coût est de 72 francs. Pour 80 francs, ils sont décorés d’un ruban et de gravures. Les armuriers vendent fréquemment des armes d’occasion. C’est ainsi que nous voyons Perrin, à Lausanne, offrir dans les petites annonces non seulement une paire de pistolets de poche anglais, à secret, mais deux obusiers pour lancer les grenades !

   Peu nombreux sur le plateau vaudois, les tailleurs de limes sont appréciés des autres artisans du fer. Lorsque Charles Rupp, de Reutigen (Berne), s’installe à Lausanne et demande l’autorisation de construire une roue à eau sur le Flon, sa requête est accompagnée des vœux de vingt-sept maîtres métallurgistes.

 

Les rémouleurs aiguisent en plein air : Beauberthier à la Palud, lorsque le froid ne l’oblige pas à rester dans son appartement de Saint-Laurent.

 

Les maîtres ferblantiers utilisent la tôle à des ouvrages très divers. Pour le Nouvel An, Wulchlègre aux Degrés du Marché, met à l’étalage « toute sorte de badinages pour les étrennes des enfants ».

   Les frères Renaud, qui s’établissent en 1818, fabriquent des caisses à thé en fer-blanc, et des chaudrons à thé en cuivre jaune, assortis. Ils vendent aussi des paniers à pain, à verres, des huiliers, des boîtes à tabac, importés. Ils sont à la fois chaudronniers et bimbelotiers. Jean Rudolph monte des tuyaux et des chénaux en fer-blanc, avant de passer aux cors de chasse et aux trombones ! Bonnet offre des baignoires en fer-blanc, révolution dans l’installation sanitaire. Elles étaient auparavant l’apanage des tonneliers. David Goldner passe aux poêles économiques.

 

Les serruriers entreprennent dans leurs ateliers toutes sortes de fabrications accessoires. Héberlé, d’Aubonne, offre des poêles en fer battu susceptibles de garder leur chaleur pendant vingt-quatre heures, et un moulin à pommes de terre d’une invention nouvelle. Son homonyme Christian, qui s’établit à Lausanne en 1822 après avoir travaillé pendant dix-huit ans comme chef-ouvrier dans divers ateliers parisiens, monte des poêles économiques, des barrières de balcon, des rampes d’escalier. Il invente une machine qui fabrique des croisées pour vitraux d’églises et archivoltes, en tôle. Il met au point un nouveau type de pressoir, pour lequel il demande un « privilège exclusif ». Demande embarrassante pour le gouvernement vaudois. Il n’existe pas de législation cantonale sur les brevets. Le Conseil d’Etat redoute les monopoles et privilèges qui entravent les progrès industriels. Sans parler de ses pointes de Paris, Héberlé s’occupe encore de la tourbière de Boussens ! Les autres serruriers, Ortolf, par exemple, tout comme le ferblantier Goldner, construisent des poêles ou des mécanismes. A Nyon, Elysée Perret se spécialise dans les balances à bascule pour magasins, les ponts à bascule pour chars, voitures ou bestiaux : sur le modèle d’A. Quintenz de Strasbourg, ainsi que dans tout autre type de balance ou de romaine. Quelques-unes des pièces qu’il a montées peuvent peser jusqu’à quarante quintaux, soit environ deux tonnes.

   En 1848-1849, Marc Rupff confectionne non seulement des serrures, mais des cylindres à broyer le raisin.

   Les  fondeurs de bronze et de fer évoluent des pompes ou des appareils sanitaires vers les constructions mécaniques. Develey « le Jeune » fabrique en 1800 des thermomètres, des aréomètres d’un genre nouveau, des lunettes. Develey « l’Ainé », père et fils, montent en outre des balances sur colonnes de laiton « et tout ce qu’on leur commandera en instruments de mathématiques, de physiques, etc. », y compris des bandages élastiques. Gloor et Habegger les imitent. Le second établit en outre des paratonnerres « à la moderne ».

   Uniquement mécanicien, Hugonet crée et raccommode les garnitures de lampes à quinquet. Louis Jacques, utilise ses dons à « redresser les enfants mal faits ». A Vevey, Collomb bâtit des tourne-broches simples ou doubles à ressorts, sans corde ni poids.

   La première mécanique à vapeur, à part le Winkelried ou le Léman, est l’œuvre d’un jeune Yverdonnois. Elle fait mouvoir une machine hydraulique, un jeu de marionnettes et un métier à tisser miniature ! Elle est présentée – prix d’entrée 2 batz – à la curiosité des badauds.

   Parallèlement, la grosse mécanique sort ses premiers incunables : J. Rumpf, « artiste mécanicien en bois », qui dispose d’un rouage sur la Louve, bâtit des moulins, des machines à battre le blé ; Jean-Pierre Maillard, meunier à Chesalles sur Oron, des batteuses mues par le cheval, ou à bras.

   La mécanique, au sens où nous l’entendons, fait lentement son apparition. En 1849, François Contesse, à la Barre, qui offre quelques grillages en fer, fabrique des vis de pressoir de toutes dimensions et des cylindres à fruits et raisins, tout d’abord au Vallon, puis sous la Borde. C’est vers 1860 que l’industrie mécanique prend son essor avec les ateliers et la fonderie Duvillard. Dans le canton, son succès est plus rapide : dès 1838 à Romainmôtier, dès 1840 à Vevey. Mais ceci est une autre histoire, que la Feuille d’Avis ne nous a pas racontée…

 

Je rappelle que le livre : Deux cents ans de vie et d’Histoire Vaudoises, est écrit sur l’analyse des annonces passées dans La Feuille d’Avis de Lausanne par les commerçants de la ville et du canton.

 

GTell

 

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