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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 18:06

Sainte-Hélène, janvier 1818

« Vois-tu, Noverraz, j’ai songé à faire de Lausanne une capitale. C’était en 1798, mon idée était de détacher les territoires du Sud de la Suisse : le Pays de Vaud et Genève, le Valais et le Tessin, nous en aurions fait des républiques indépendantes, et c’est Lausanne qui serait devenue la capitale de la République de Rhodanie ; nous aurions fait d’Aarau la capitale de l’Helvétie ; le Directoire avait chargé le général Brune, commandant des troupes françaises en Suisse, de préparer ce grand projet. La Harpe m’aurait compris, mais finalement, c’est Guillaume Tell qui l’a emporté.

Il n’y a pas de honte à avoir été vaincu par Guillaume Tell. Je ne pardonne pas aux Suisses d’avoir tenu trop de propos hostiles, reprochant à l’Empire de recruter leurs hommes, lui reprochant des droits de douane et les marchandises confisquées. On en a brûlé à Soleure et à Zurich : pour l’exemple, il fallait bien que je mette l’Angleterre au pas, mais cela, les Suisses ne l’ont jamais compris, ils ont accepté de l’argent anglais pour lever les régiments de Bachman, de Solis et Roverea, et même de financer la flotte de Williams sur le lac de Zurich ! »

Sainte-Hélène, février 1818

« Je pouvais compter sur les Lémanois, mais les Valaisans me faisaient souci. Je me méfiais de cette aristocratie aux noms rocailleux. »

Pourtant, il était impératif, m’a-t-il dit, de contrôler la vallée du Rhône, la grande voie de communication avec la République Cisalpine que j’ai créée en 1797. En nommant Mangourit, le Jacobin, comme résident à Saint-Maurice, je le chargeai de porter la Révolution dans ce pays divisé. Quand il a dressé l’Arbre de la Liberté à Saint-Maurice, j’hésitais encore à faire du Valais une république indépendante ou à l’intégrer à une république du Rhône ; le Directoire penchait pour le faire adjoindre à la République Helvétique.

J’aurais, moi, annexé le Valais à la France : faisant partie du département du Mont-Blanc, les Valaisans devenaient français, et je contrôlais ainsi toutes les voies, du Mont-Blanc jusqu’au Simplon. Talleyrand devait manœuvrer dans ce sens, et je n’ai pas compris que les Valaisans ne voient pas l’honneur qui leur était fait en devenant citoyens français. J’ai reçu à la Malmaison des dizaines d’adresses de presque toutes les communes, mais la seule que j’ai retenue c’est celle de Saint-Maurice qui priait la Grande Nation Française de ne pas les séparer des descendants de Guillaume Tell. J’ai écarté ces adresses : on ne peut rien faire de Grand ne de Beau si l’on agrée aux vœux d’une fraction du peuple.

Plus tard, j’aurais voulu que mes jeunes officiers trouvent épouse en Valais et j’ai chargé Savary de me présenter des rapports.

Chef de la Police, Savary

Chef de la Police, Savary

Napoléon avait une très bonne mémoire, ce qui est parfois surprenant de se remémorer de petites choses, qui ne participaient de la grandeur de l’Empire ou des préoccupations d’un grand homme !

Regardez, ci-dessous, l’extrait du rapport présenté à Napoléon.

Grâce à J.-M. Biner des Archives valaisannes, nous avons retrouvé l’étonnant rapport relevé par André Donnet que le préfet du Valais adressa, en 1811, sur la demande de l’Empereur au Ministre de la Police. Les jeunes filles valaisannes des meilleures familles sont fichées : âge… (bien certain ! souligne la Police) fortune, dot et espérances, enfin : « une colonne d’observations sera réservée pour indiquer les agréments physiques ou les difformités, les talents, la conduite et les principes religieux de ces jeunes demoiselles… »

Pour des raisons évidentes, nous ne livrerons ici que les initiales.

Madeleine de C. : dot 150'000… ! Figure commune, taille petite, élevée comme une servante. Son père n’a pas même voulu qu’elle apprît à lire ni même à écrire par suite de son avarice et de ses opinions « illibérales ». Elle paraît destinée au fils du maire de la ville. (Illibéral = Qui n’est pas libéral, qui ne donne pas, avare, radin, mesquin.)

Elisabeth de L. : 18 ans. Dot 35'000. Physique agréable, belle taille, éducation peu soignée jusqu’à présent, mais elle vient d’être envoyée dans un couvent.

Christine de R. : 19 ans. Dot 30'000. Taille médiocre, joli physique, mais éducation excessivement négligée.

Catherine de T. : 16 ans. 15'000 francs de dot. Joli physique, belle taille, son éducation n’est pas achevée.

Marguerite de T. : moins bien que sa sœur.

Marie de K. : 24 ans. Dot 20'000. Belle taille, figure agréable, éducation bonne, caractère fort doux.

Victoire de P. : 20 ans. Dot 50'000. Figure agréable, belle taille, mais point de tournure. Caractère doux, sans aucune éducation.

Catherine de W. : 13 ans, et sa sœur Marguerite, 15 ans. Ces deux jeunes personnes peuvent être immensément riches ou n’avoir qu’une fortune extrêmement modique à cause d’un héritage du baron de Badenthal, mort à Vienne… Jolie figures, grandes tailles, éducation entièrement négligée. (Le père a plusieurs enfants mâles, bâtards issus de servantes et qu’il pourrait fort bien reconnaître un jour et préférer à ses enfants légitimes !)

Nous ne pensons pas que les jeunes officiers français s’intéresseront beaucoup à Sophie et à Louise P. de Saint-Maurice, qui seront très joliment dotées, 70'000 francs ! mais… la première est « laide, sourde, du goitre et une éducation assez négligée ». Quant à sa sœur Louise, je crains bien qu’elle aussi coiffe Sainte-Catherine : figure passable, sourde, caractère froid et sauvage.

Pour la bonne bouche, si j’ose dire, les jeunes officiers français auront plaisir à savoir que Marie-Josèphe de Sépibus, âgée de 19 ans, bien que sa dot ne soit que de 5'000 francs, est ainsi décrite : très jolie, bien faite, caractère altier et sauvage, passe pour une des plus belles personnes du pays.

Enfin, on se battra probablement pour les beaux yeux de Mélanie de Courten, ses 20 ans et ses 22'000 francs de dot… : Jolie tournure, figure très distinguée, éducation parfaite, de l’esprit, de la mesure… c’est la seule jeune personne vraiment bien élevée du pays !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Elles se devaient être bien habillées, costume du dimanche, bien coiffées, etc. Le bal champêtre est le moment de s’exposer aux regards des prétendants. Ici, pour illustration, Choral de Savièse, tableau de Ernest Biéler. 

A suivre

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20 novembre 2017 1 20 /11 /novembre /2017 17:08

Sainte-Hélène, décembre 1817

Je suis obligé d’écouter, mais pas de répondre, ni de m’indigner. Certains, ici, disent savoir que l’Empereur fut l’amant de sa sœur Pauline qui entretenait pour l’Impératrice haine et jalousie. La princesse Borghèse, affirment-ils, était la seule à obtenir tout ce qu’elle voulait de son frère. Ils parlaient aussi d’inceste et des relations coupables entre l’Empereur et la fille de l’Impératrice. J’ai répondu qu’Hortense avait un dévouement sans bornes pour sa mère et que ses heures d’intimité avec l’Empereur étaient surtout pour lui parler d’elle.

J’ai ajouté qu’Hortense était une Beauharnais, qu’elle n’avait pas une goutte de sang napoléonien. Ils attaquaient aussi toute la famille impériale, n’épargnant que Lucien : les mœurs soi-disant dissolues de Caroline, la frigidité d’Elisa, les maladies honteuses de Louis. Ils avaient, disaient-ils, des preuves des amours dissolues de Paolina.

Sainte-Hélène, décembre 1817

Le Dr O’Meara a diagnostiqué une hépatite. Il a critiqué les conditions de vie dans l’île et le gouverneur veut se débarrasser de cet Irlandais importun.

Docteur Barry O'Meara

Docteur Barry O'Meara

Sainte-Hélène, janvier 1818

L’Empereur m’a dit aujourd’hui des mots qui m’ont beaucoup touché, qu’il ne pourrait plus vivre si on nous arrachait à lui, il m’a aussi demandé de contredire M. de Montholon, parce qu’il sait que j’ai une excellente mémoire, et quand il y avait dispute avec les grands personnages de Longwood, il m’appelait et me disait de raconter exactement les faits. Il m’a presque toujours donné raison, parce qu’il savait mon amour de la vérité et il me respectait parce que, contrairement aux autres, je lui ai cent fois soutenu mordicus des choses qu’il niait. Pendant quelques heures, il ne me parlait pas, mais ensuite, loin de s’en offenser, il me faisait comprendre qu’il approuvait mon indépendance.

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 17:15

Sainte-Hélène, décembre 1817

L’Empereur est de plus en plus déprimé : la surveillance des sentinelles, l’exiguïté de la demeure, le manque d’action pèsent sur ce « monstre de travail », comme le qualifiait Meneval. Il s’étend de plus en plus sur son lit de camp. L’homme qui eut entre ses mains tous les pouvoirs, gouvernant une Europe qu’il a conquise, donnant à la France un code et un édifice social, en est réduit à une méditation solitaire. Son visage est tiré, son teint jaunâtre.

Je vais faire venir une autre bibliothèque : je dois relire César, Tite-Live et Salluste. Il me faut Racine, Corneille, Voltaire et Pascal. Sais-tu que quand j’étais en garnison à Valence, ma solde n’était que de 93 livres et 4 deniers par mois, et je me privais de vin pour acheter des livres à la librairie MARC AUREL. A l’école de Brienne, j’ai pu acheter des ouvrages de mathématiques et d’histoire… J’aurais voulu de Hambourg à Gibraltar, créer une Europe ordonnée et paisible… Et vous me voyez aujourd’hui condamné à regarder l’océan et les nuages… J’aurais voulu qu’on parle de moi comme « Le Général de la Paix… ! » Comme il a dû apprécier le geste des Lyonnais !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Sainte-Hélène, décembre 1817

Le vent, l’humidité, les nuages pèsent sur Longwood. On s’ennuie sur ces quelques arpents de terre, sous la surveillance tatillonne des sbires de Hudson Lowe. En ai-je entendu de petites méchancetés, des tiraillements ; on se dispute pour des questions de bienséance ou pour un rôti trop cuit. Pour tenter de ramener un minimum d’harmonie, l’Empereur use d’un moyen infaillible : parler argent ! La perspective d’un testament généreux fait taire les querelles. Cependant, le sujet qui revient le plus fréquemment, c’est la bataille de Waterloo : jusqu’à la fin, Napoléon a refait cette bataille.

« Mes plans étaient bons, je l’avais gagnée ! Il fallait couper Blücher de Wellington pour les anéantir…. Mon plan était parfait !...

Duc de Wellington

Duc de Wellington

Waterloo voit son triomphe, le duc de Wellington devient inséparable de Napoléon, sa fascination pour l'Empereur est immense.

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Commandé par Napoléon, Antonio Canova se lança le défi romain d'une statue héroïque extrait d'un seul morceau de marbre en taille directe: Napoléon en Mars Pacificateur de 3,45 m de haut,  bloc de carrare monolithe  à l'exception du bras gauche qui est rapporté le vêtement cachant la liaison.

La statue fut achetée par le gouvernement Anglais en 1816  et le Prince Régent, le futur George IV, l'offrit au duc de Wellington pour services rendus.

A suivre

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18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 15:45

Sainte-Hélène, octobre 1817

« Sais-tu, Noverraz, que j’ai longtemps hésité entre le Simplon et le Grand-Saint-Bernard ? Quand j’ai pris le pouvoir par le coup d’Etat du 18 brumaire, nos armées étaient en retraite, et les troupes de la deuxième coalition risquaient de balayer la République. Masséna, assiégé dans Gênes par le baron de Mélas, appelait au secours ; toutes mes conquêtes italiennes menaçaient de s’effondrer. Il fallait créer la surprise. J’ai songé à traverser la Suisse et pénétrer par Schaffhouse, en Allemagne, mais Moreau m’a fait craindre le soulèvement exaspéré des cantons dont l’Histoire a célébré l’héroïsme !

Sais-tu ce qu’on disait à Londres de ma fameuse Armée de Réserve ? On la représentait caricaturée sous les traits d’un invalide donnant la main à un enfant ! Pendant ce temps, à Paris, j’apprends par mes espions que Mélas dégarnit la ligne du Pô pour réduire Gênes. Le 24 avril, j’hésitais encore, mon Etoile m’a conseillé pendant la nuit : réunir toute l’armée à Genève, faire transporter par le lac à Villeneuve, le biscuit, le blé et 125.000 pintes d’eau de vie ! Marescot m’avait prévenu : surtout pas d’eau de neige qui apporte le goitre !

Même Wartin qui fut le premier arrivé avec sa division à Martigny, le 12 mai, ne savait pas quel col il aurait à franchir : Furka-Gothard, Simplon ou Grand-Saint-Bernard ?

Sais-tu Noverraz, quel fut mon meilleur allié en Valais ?... Le beau temps ! Du 10 au 23 mai, le ciel est resté bleu, mais je n’avais guère loisir de le contempler.

A l’Abbaye de Saint-Maurice, comme à la Prévôté du Grand-Saint-Bernard à Martigny, je n’ai fait que travailler et j’avais un rhume. J’ai salué Monseigneur Louis-Antoine Luder et Exquis, l’abbé d’Agaune. Oui, j’ai beaucoup dicté, Bourrienne en sait quelque chose. J’ai fait don de la berline qui m’avait amené de Paris à Martigny, au Prévôt du Saint-Bernard, car à la rigueur, j’aurais peut-être pu monter en voiture jusqu’à Bourg-Saint-Pierre, mais plus haut… ! Je garde le souvenir des abîmes au-dessous du Pont Saint-Charles…

A toi je puis bien le dire, j’avais préféré un brave mulet valaisan, mais les peintres et les historiens ont choisi de me jucher sur un cheval fougueux. Ces mêmes historiens ont raconté que mon guide, Pierre-Nicolas Dorsaz, de Bourg-Saint-Pierre, m’avait sauvé la vie et que je lui avais fait cadeau d’une maison pour qu’il puisse se marier… il est toujours bon de s’entourer de légendes !

…Sais-tu, Noverraz, que depuis ma jeunesse, j’ai toujours gardé un bon souvenir de la neige ! »

Napoléon Hospice du Grand-Saint-Bernard

Napoléon Hospice du Grand-Saint-Bernard

Pour la propagande !

Pour la propagande !

L’Empereur ne veut voir personne. Il n’a fait qu’une exception pour le capitaine anglais Basil Hall, parce que son père avait été son camarade à l’Ecole de Brienne. Le capitaine Hall a beaucoup parlé de la Chine qu’il a longtemps habitée, et ses récits ont beaucoup intéressé l’Empereur.

A suivre

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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 17:08

Sainte-Hélène, septembre 1817

Hudson Lowe est plus un fonctionnaire qu’un militaire. Il est soupçonneux et méticuleux. Il a empêché que l’on plante des pois verts et des pois blancs parce qu’il y voyait quelque mystérieux symbole. Une fois, l’Empereur a fait une farce : comme les Anglais n’avaient pu l’apercevoir pendant plusieurs heures, un uniforme rouge est entré presque de force dans la demeure où il a trouvé l’Empereur tout nu dans sa chambre. Parmi la petite cour, il y a malheureusement des gens aigris et qui se chamaillent, et c’est le général Gourgaud qui témoigne le plus de fidélité et le plus de dignité.

« L’Empereur se refuse à abdiquer. » Il répète qu’en quelques années, lui sur le trône, il aurait rétabli la grandeur de la France. « Sans la mort de Leclerc à Saint Domingue, l’Amérique était à nous. » D’autres fois, il parle de fonder un grand empire en Orient et il récrimine contre Farhi, 1er ministre et Smith l’officier anglais qui l’ont repoussé à Saint-Jean-D’acre.

Sa colère s’exerce surtout contre les Anglais. Il tempête, et nous entendons jusqu’au dehors, les éclats de sa fureur. Il dit que sa grande erreur a été de se livrer aux Anglais car Autrichiens et Russes lui auraient confié des trônes de provinces.

Les coups de sang, la fureur, les regrets, l’Empereur se croit encore homme de pouvoir sur son île. Les illusions perdues ne se rattrapent pas.

Un soir, il m’a dit que j’aurais dû moi aussi, apprendre le corse, et il m’a demandé s’il y avait un patois vaudois et si je m’en souvenais. J’ai répondu « pas tellement », mais comme il insistait et que ça avait l’air de lui faire plaisir, je lui ai dit : « A demanda se lé z’affere allâ van bin e s’ire contei dé la païe ».

J’ai répété deux fois, l’Empereur a ri et il m’a dit : « Tu verras, question dé la païe, tu n’auras pas à te plaindre. »

A suivre

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16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 19:04

Sainte-Hélène, août 1817

Un après-midi de pluie, pendant que l’Empereur se reposait, Monsieur de Las Cases, le Secrétaire d’Etat, nous a parlé : « Il croit à une certaine magie des nombres et des dates ; né le 15 août 1769, un an, jour pour jour après, l’acquisition de la Corse par Louis XV, Napoléon y voyait un premier signe du Destin. Il pensait avoir décelé des lois qui échappaient au hasard. Un jour, il m’a demandé si je savais que tous les membres de la dynastie des Tudor ne pouvaient mourir qu’un mardi. Et il me l’a prouvé : Henri VIII, le mardi 28 janvier de 1547, Edward VI, le mardi 28 juillet de 1553, puis Marie Tudor, puis Elisabeth qui expira le mardi 28 mars 1603. Mon brave Junot, lui aussi, est mort un 28 juillet.

Parlant un jour de poésie, il a cité à Marchand cette phrase de Goethe : « La superstition est la poésie de la vie ! Oui, voici ce que m’a dit le plus grand des poètes. Et Goethe avait observé que La Divine Comédie avait été entièrement écrite sous le signe porte-bonheur de Dante, le chiffre 3 et ses multiples : trois cantiques composés chacun de 33 chants. L’Enfer est divisé en 9 jours, le Purgatoire, en 9 parts, le Paradis, en 9 ciels… Dante a raconté que Béatrice avait 9 ans quand il l’a rencontrée pour la première fois. Il l’a revue 9 ans après, à 9 heures.

Béatrice est morte à la neuvième heure, et Dante chercha durant toute sa vie comment triturer le 3 et le 9, découvrant par exemple que la date de la mort de Béatrice, le 8 juin 1290 (une date qui l’obsédait, parce qu’elle semblait échapper à cette fatalité.) Dante découvrit que cette date correspondait pour les Arabes, au neuvième jour de leurs mois et que pour les Syriens, juin était le neuvième mois de l’année.

  • Tu aurais dû t’appeler Moverraz, avec M me dit en souriant Marchand, parce que l’Empereur croit à une fatalité de la lettre M : il a obtenu ses premières victoires à Montenotte et à Millesimo ; la première capitale qu’il conquit fut Milan et la dernière Moscou ; Moreau et Malet conspirèrent contre lui, Murat l’a abandonné, Masséna l’a secouru, Menon lui a fait perdre l’Egypte. Son premier professeur s’appelait Montesquieu, son secrétaire Meneval, son pire ennemi, Metternich. Sa première femme était née à la Martinique, et la seconde s’appelait MarieLouise. Sa demeure préférée était la Malmaison, et nous sommes ici, à Sainte-Hélène pour le servir, Montholon, et moi, Marchand… Tu vois bien que tu aurais dû t’appeler Moverraz.

Mme de Montholon évoqua encore le précieux scarabée découvert dans la tombe d’un pharaon et parla de l’Etoile protectrice à laquelle croyait l’Empereur.

À quoi ressemblait le fameux scarabée de Napoléon ? Ici, un bijou de Toutankhamon, musée du Caire Egypte.

À quoi ressemblait le fameux scarabée de Napoléon ? Ici, un bijou de Toutankhamon, musée du Caire Egypte.

A suivre

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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 17:44
Napoléon Ier couronné par le Temps, écrit le Code Civil

Napoléon Ier couronné par le Temps, écrit le Code Civil

Sainte-Hélène, août 1817

« Crois-tu en Dieu, Noverraz ?

  • Oui, Sire ! ai-je répondu.
  • Il y a pourtant de soi-disant savants qui le nient ! Quand j’étais Premier Consul, Lecourbe voulut me démontrer que la Vie et les Mondes n’étaient que le fruit du hasard. J’ai dit à Lecourbe : « Si, pendant une vie entière, nous lançons, vous et moi, des cailloux, combien de chances y a-t-il que nous bâtissions Notre-Dame de Paris ? C’est pourtant là, Lecourbe, votre conception de la vie, mais mon cerveau à moi me fait croire plutôt à l’intervention de Dieu qu’à celle du hasard. Dis-moi, Noverraz, avez-vous des saints en Suisse ? »

J’ai répondu que nous avions un Saint-Triphon, un Saint-Prex et un Saint-Saphorin. J’ai aussi cité Sainte-Ursanne, mais je n’étais pas bien sûr de son sexe. L’Empereur a ri, et il m’a questionné :

  • Que penserais-tu d’un Saint-Napoléon… Courage, sois franc, tu n’y crois guère… ?
  • Eh bien, pour dire vrai, Sire… pas tellement.
  • Un clerc de Rennes assure avoir déniché un Saint-Napoléon martyr ! vois-tu, Noverraz, la République n’aime pas les saints. Sais-tu quel saint l’on fêtait jadis le 14 juillet ?
  • Peut-être Saint-Louis… ?
  • Non, on fêtait Saint-Bonaventure ! mais tu n’as pas tout à fait tort : la monarchie fêtait jadis le saint patron du souverain, ce qui fait que, pour fête nationale, la France fêta successivement Saint-Henri, Saint-Charles, Saint-Louis et Saint-Philippe. Alors imagine un Saint-Napoléon, modeste sous-officier dans les armées célestes, et qui viendrait tout d’un coup supplanter la Sainte-Vierge, le 15 août ! …Non, mon bon Noverraz, l’Eglise est trop sage, elle ne ratifiera jamais ce saint par procuration. Rome avait déjà boudé Saint-Charlemagne, un grand homme, certes, mais un saint bien contestable et introduit en fraude par un antipape.
  • Vois-tu, Noverraz, pour moi, quand je pense à la Fête Nationale, je ne vois ni mes maréchaux, ni mes mamelouks, je vois un tambour-major. Sais-tu que les bandes de François 1er et de Henri II avaient déjà leurs « tambourins-maïours ?
  • Plus tard, il y a même eu des tambours-colonels et des tambours-généraux ! Le titre de tambour-major date d’une ordonnance de 1651. Celui dont je suis le plus fier, c’est mon tambour-major de Iéna qui, avec ses tapins, pénétra au plus fort des ennemis, assommant un Prussien entre chaque moulinet, son régiment avait traversé les lignes ennemies quand il s’arrêta. Sais-tu quel est le dernier mot de la honte pour un tambour-major ?... Laisser tomber sa canne. Dans une revue, ceci est arrivé, la canne maladroite enleva le chapeau à plume d’un général.
  • Le soir, le tambour-major se brûla la cervelle. A Lodi, j’ai récompensé un tambour-major qui, avec cinquante tambours, fit un tel vacarme que les Autrichiens, croyant avoir affaire à une armée entière, reculèrent. »

Napoléon oublie de lui parler du Décret du 19 février 1806 ! On peut, sur le portail de la BNF, voir un exemplaire de la publication du placard qui s'afficha partout. ICI Peut-être que Noverraz le sait, mais ne dit rien.

Le tableau fait penser à Moïse écrivant la Table de la Loi, Napoléon, voulait absolument donner au Peuple le Code Civile. C’est probablement ce qu’il écrit, là, sous l’œil de…St-Pierre ou Dieu ? La légende du tableau, exécuté en 1833 par Jean-Baptiste Mauzaisse, dit : Napoléon Ier couronné par le Temps, écrit le Code Civil.

GTell

A suivre

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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 17:53

Sainte-Hélène, juillet 1817

A Genève, j’avais dit à MM Necker, Pictet et Madame de Saussure que leur ville me plaisait fort, et peut-être savaient-ils une belle demeure à louer. Je donnais ainsi le change et, en même temps, j’entendais des rapports fort détaillés du général de génie Marescot et ceux du lieutenant Tourré. En amont de Martigny, j’allais devoir remonter la Dranse sur la rive gauche, puis à l’Est, sur Saint-Branchier. On signalait aux environs les ruines d’un château qui, jadis, défendait ce passage. On me signalait aussi un château ruiné avant Orsières et une muraille crénelée qui gardait Bourg-Saint-Pierre, du côté de l’Italie.

Général Armand Samuel de Marescot

Général Armand Samuel de Marescot

A la fonte des neiges, deux autres itinéraires étaient possibles, parallèlement au Grand-Saint-Bernard : il fallait, partant de Saint-Branchier, remonter la vallée de Bagnes jusqu’à un glacier que l’infanterie pouvait franchir et déboucher sur le Val Pellin. Il y avait encore un autre cheminement praticable par le Val Ferret et le Col de Fenêtre.

On pouvait ainsi envisager une diversion en partant d’Orsières et tomber sur Courmayeur et rejoindre le gros des troupes descendant du Saint-Bernard vers Aoste. J’ai gardé toutes ces notes, toutes les cartes dessinées par Marescot avant de prendre une décision et j’y réfléchissais encore, de Genève à Martigny, à l’Abbaye de St-Maurice et même à la Prévôté du Grand-Saint-Bernard à Martigny.

C’est alors que j’ai chargé Franceschi, l’émissaire de Masséna, de rapporter mon plan à son chef, à Gênes. Franceschi a réussi à traverser les lignes ennemies le 27 mai et a averti Masséna. C’est à Lausanne que j’ai appris que Desaix avait réussi à débarquer à Toulon, je n’étais pas sûr de la tranquillité à Paris, et j’ai aussi écrit à Mortier, le général de division dans la capitale.

C’est de Lausanne que j’ai donné ordre à Lecourbe au Gothard, à Turreau au Mont Cenis et à Suchet, de bien fixer l’ennemi dans leurs secteurs pour que je puisse surprendre les Autrichiens en dévalant du Grand-Saint-Bernard où personne ne m’attendait.

A suivre

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13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 18:13

Janvier 1817

Nous avons eu des inquiétudes pour l’accouchement de Mme Bertrand, mais heureusement, elle a eu un beau petit garçon qui sera un futur camarade pour Napoléone, la fillette de Mme de Montholon que l’Empereur affectionne… Il est vrai que celle-ci lui ressemble beaucoup !

Sainte-Hélène, mai 1817

 L’Empereur m’a demandé combien de temps il me fallait pour gagner Jamestown à cheval. Je lui ai répondu, environ une heure et demie, alors, il m’a montré un papier où il a crayonné un chemin en m’expliquant comment on pouvait gagner une demi-heure en grattant un peu le rocher et en corrigeant des contours. Il a ajouté : « J’aime à construire des routes, et sais-tu quelle est la plus belle route que j’ai construite ? » Et il m’a expliqué que c’était la Grande Corniche qu’il a fait construire entre 1805 et 1812 pour relier Nice à Monaco. Avant, il fallait des chaises à porteurs. Il avait déjà songé à cette route quand il était commandant de l’artillerie du département des Alpes Maritimes et qu’il montait jusqu’au monument d’Auguste à la Turbie.

Alors, j’ai vu le visage de l’Empereur s’éclairer en disant : « Ce n’est pas le triomphe de l’Empire romain que j’avais devant les yeux, mais le visage de ma petite amie niçoise. Elle s’appelait Emilie, elle avait quinze ans, et nous nous promenions la main dans la main sous les citronniers du Parc Laurenti. Sais-tu, Noverraz, que j’ai demandé la main d’Emilie à son père, Joseph Laurenti ? J’ai mis mon bel uniforme et je me suis rendu dans sa maison de la route de Villefranche.

Il a été bien poli, il m’a dit que j’avais sûrement un bel avenir, mais qu’il ne voulait pas que sa fille attende un militaire toujours en campagne et toujours en danger… Emilie pleura un peu, elle épousa un notaire alors qu’elle aurait pu devenir Impératrice. »

Sainte-Hélène, juin 1817

L’Empereur m’a demandé si j’aimais bien boire et si les vins vaudois me manquaient, parce que lui, il ne boit que du chambertin et il en est arrivé deux caisses par un navire de la Compagnie des Indes. L’Empereur m’a dit qu’il avait bu du vin d’Yvorne à Lausanne et du vin valaisan à Martigny et à Saint-Branchier, qu’il en avait bu aussi avec plaisir à l’Hospice du Grand-Saint-Bernard et il a encore ri à un souvenir qu’il m’a raconté, disant que les Lausannois étaient des gens d’esprit, parce qu’en Floréal, du 12 au 16 mai, il avait logé dans la maison du citoyen Steiner à la descente d’Ouchy, et que, pendant son séjour, la Municipalité avait fait défense au cabaretier voisin de recevoir qui que ce soit dans son jardin pour que le Premier Consul ne soit pas troublé par le bruit des buveurs et des joueurs de quilles !

« Le 13, à Vevey, j’ai passé en revue la division Boudet, il y avait la 9ème, la 30ème et la 59ème de ligne, il y avait aussi la neuvième demi-brigade qui plus tard, a été magnifique à Marengo. Je me suis mêlé aux soldats, j’ai passé entre les lignes tandis que roulaient les tambours et sonnaient les clairons. Le temps était magnifique comme toujours depuis mon arrivée à Genève. »

Je me suis permis de dire à l’Empereur que je me souvenais très bien de tout cela, que mon père m’avait amené à la Place du Marché et que c’était un spectacle superbe pour le petit garçon que j’étais et que c’était depuis là que je rêvais d’entrer à son service.

A suivre

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 17:28

Sainte-Hélène, novembre 1816

Ce soir, on a servi à la table de l’Empereur, une gougère. Marchand, le Maître d’hôtel, avait réussi à trouver à Jamestown du beurre frais, de la farine et des œufs, mais Pierron qui était bourguignon, se faisait du souci : il aurait fallu du gruyère ou du Comté râpé, tandis que nous n’avions que du cheddar…

En famille, Napoleon, Marie-Louise et le roi de Rome.

En famille, Napoleon, Marie-Louise et le roi de Rome.

Le dîner fut très réussi, et l’Empereur s’exclama : « Quand j’étais lieutenant d’artillerie à Auxone (Auxonne), Mme Noizot réussissait de merveilleuses gougères, mais moi, je n’avais d’yeux que pour sa fille Catiche, mon premier amour. Je ne vous raconterai pas mon premier rendez-vous, ni nos promenades. Heureusement, le papa de Catiche, M. Noizot, sortait souvent pour ses affaires, et nous échangeâmes nos premiers baisers sur les marches de l’escalier. »

  • Une petite partie de dominos, mon cher locataire ?
  • J’étais bien forcé d’accepter. Il jouait mal, mail je m’arrangeais pour le laisser gagner, ce qui le mettait d’heureuse humeur.
  • Encore une petite partie ?

Quant à Catiche, elle faisait semblant de dormir, mais en montant dans ma chambrette, je grattais discrètement à sa porte, ce qui voulait dire « je t’aime », ou je glissais une feuille de papier avec un message enflammé.

Un soir, Mme Noizot saisit un de ces messages et, très grave, elle me dit :

  • Jeune homme, je n’ai encore rien révélé à M. Noizot, car il entrerait dans une rage terrible, et, avant de lui parler, je veux connaître vos intentions…

A Mme Noizot, je déclarai que Catiche serait mon grand et unique amour et que mon plus cher désir serait de l’épouser. Elle m’encouragea à en parler à son mari.

  • Mon petit monsieur, ma fille aura une très belle dot et, tournée comme elle est, elle fera le mariage dont Mme Noizot et moimême nous rêvons. Vous ne nous êtes pas antipathique, vous seriez général ou même capitaine que nous pourrions envisager une union, mais comment voulez-vous que je donne ma jolie Catiche à un petit Corse sans avenir… !

A suivre

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