Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.
Par G.Tell
Le français, notre langue
En 1941, Camille Dudan, professeur et directeur du Collège Classique Cantonal à Lausanne, tenait une chronique radiophonique à Radio-Lausanne, sur l'usage du bon français.
"Les soldats qui auraient des plaintes à formuler, les adresseront aux capitaines de leurs compagnies respectives". Vous reconnaissez notre style: carré, lourd, surcomplet. Et surtout, ça ne rit pas.
Passez-moi le sécateur. Merci.
Sus à respectives (ô français fédéral), coupons! Les capitaines ont toujours, je crois, des compagnies: coupons les compagnies(voilà déjà une petite fenêtre qui s'ouvre, un peu d'air qui pénètre). Ceux qui ont des plaintes à formuler sont ceux qui se plaignent, et s'ils adressent leurs plaintes aux capitaines, c'est encore qu'ils se plaignent aux capitaines: de ces douze derniers mots nous coupons six. Bravo! Et voici: les soldats se plaignent aux capitaines. C'est encore équivoque: quels soldats? quels capitaines? Rétablissons le rapport de service qui les lie dans la compagnie; nous arrivons au singulier, le singulier collectif et fort, tout à fait clair, et qui va même rendre - c'est remarquable - à l'article défini toute sa valeur (les petits mots, ce sont les plus beaux); voyez, un dernier coup de sécateur:
"Le soldat se plaint au capitaine."
Voilà qui est français, et court comme écureuil en bois.
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