Encouragé par nous, le propriétaire, grand ami de la nature, se décida à ne pas détruire la roche, mais plutôt à l’embellir par des plantations et à la rendre accessible à tous ceux que cela pourrait intéresser.
Sans aucun doute, ces excavations en forme de chaudrons ont été produites, au pied des cascades, par l’action des érosions. Les pierres arrondies au fond des trous ont poli ces pots de géants par la friction et la rotation continuelles produites par le tourbillon d’eau. Cependant, c’est en vain que nous cherchons la paroi de rochers d’où l’eau aurait dû tomber en cascade sur la surface de la roche ; nous observons par contre que cette surface est superbement rayée et sillonnée, tout comme quand les glaciers tracent leurs sillons dans leurs lits de pierre. Les blocs qui se trouvent au fond des trous, sont donc erratiques, se composant de débris de montagnes entraîné depuis le sein des Hautes-Alpes jusqu’ici par les glaciers d’une autre époque. Plusieurs d’entre eux, recouverts avant les excavations de galets, de terre grasse, de sable et de terre arable, nous montrent les rayures et les sillons caractéristiques des blocs de pierre qui, pris entre le glacier et la roche, ont été arrondis et polis par la descente lente et progressive du glacier. Les « marmites » de Lucerne ont été évidemment creusées par les torrents d’eau de fonte du glacier, qui se précipitaient par des fentes dans la glace. C’est à cette époque reculée, quand les glaciers descendaient des Alpes et s’étendaient jusqu’au Jura, que se sont formés les trous du Jardin des Glaciers à Lucerne. Les pots de géants furent recouverts par les moraines du glacier qui fondait à la chaleur d’un climat plus doux et plus sec et ils sont restés ensevelis jusque dans l’automne de 1872, lors de leurs découvertes. Des trouvailles semblables ont été faites en Scandinavie et dans d’autres parties de la Suisse, mais les pots de géants de Lucerne surpassent, par leur perfection et la netteté de leurs formes, tous les autres connus. Quelques personnes, visitant le Jardin des Glaciers, se sont demandé si la main des hommes n’aurait pas assisté la nature. J’atteste, en qualité de géologue et de témoin oculaire de la première trouvaille inopinée, comme des excavations subséquentes, soigneusement dirigées, que la main des hommes n’a rien changé ni ajouté à la formation de ces marmites de géants, non plus qu’à la surface polie du glacier, ni aux blocs erratiques qui se trouvent à l’entour ou dans les pots, et qu’il s’agit ici d’une action libre de la nature organique, provenant d’une époque où ces contrées n’étaient pas habitées par les hommes.
Zurich, mai 1876
Albert Heim
Professeur de Géologie à l’Académie technique fédérale et à l’Université de Zurich.

En plus du Jardin des Glaciers qui est déjà un jardin extraordinaire, il y a le plus vieux labyrinthe des glaces du monde. Le labyrinthe Alhambra reste lui aussi une curiosité à visiter.