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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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TRAVAILLER, CA REPOSE

Camille Dudan
Professeur, Directeur du Collège Classique Cantonal, à Lausanne.

Chroniques données au micro de Radio-Lausanne - 1941

Vous connaissez tous l’expression si répandue chez nous : comme que comme. Nous la devons sans doute à nos confédérés, qui traduisent ainsi leur so wie so, mais nous sommes seuls responsables de l’avoir accepté. Nous émaillons nos phrases de ce bizarre et jovial amalgame : « Il faudra comme que comme en passer par là », etc. Que ne disons-nous : « Il faudra de toute façon en passer par là », ou « de toute manière, ou encore : bon gré mal gré ?

Pléonasme banal que ce que j’appellerai la paire d’adjectifs : clair et net, frais et dispos, triste et morne, calme et tranquille, lourd et pesant, limpide et transparent, honnête et probe, pauvre et misérable, etc., expressions géminées, clichées, toutes faites et jamais réfléchies, qui naissent de la paresse de penser : un adjectif appelle l’autre, la mémoire fournit, l’esprit ne contrôle plus, et la langue s’empâte.

 

Comment prononcer le mot : Monsieur ?

Un Neuchâtelois de bon accent vous dit : Oui, M’sieu, Non, M’sieu. Un Vaudois de bonne terre vous dit : Oui, Mocieu, Non, Mocieu. Genève est évidement sur ce point-là au-dessus de tout reproche, et Fribourg, et Valais, et Berne. Il est clair qu’il faut dire : Mecieu, Oui, Mecieu, Non, Mecieu. Si vous admirez, vous dites : « Ah ! C’est un Mecieu que ce Mecieu-là, » ou, si vous méprisez : Oh ! C’est un bien petit Mecieu. »

 

En abordant quelqu’un, nous disons – pas tous heureusement - : Adieu, au lieu de bonjour, ou salut, suivant la personne à qui on s’adresse : Bonjour maman, Salut mon cher, ou, si l’on est poète : « Salut, bois couronnés d’un reste de verdure ! »

Adieu s’emploie ici sans doute sous l’influence de l’allemand « Adiö », lequel fait dire adieu précisément à ceux que l’on tutoie, un peu à la façon germanique, réservant bonjour pour ceux que l’on vousoie ; ce qui fait une alliance étrange entre adieu et tu, et entre bonjour et  vous. Adieu, fit à une personne que l’on aborde, est un contresens. Il est la salutation du départ, non celle de l’arrivée. Il signifie : « Je vous recommande à Dieu », « Soyez à Dieu ». c’est la pensée qu’on a au moment de quitter quelqu’un. Le quitte-t-on avec l’espoir de le revoir bientôt, on lui dit : Au revoir, sinon n’engage rien, ou suppose une longue séparation : Adieu, Monsieur, Adieu, Madame. Ce mot d’adieu est au fond le mot des départs, petits ou grands, déchirants ou non.

 

Laissons leur tristesse, et réconfortons-nous en songeant au mot d’un vieillard, devant l’œuvre qui l’attendait encore : « Il ne faut pas considérer ce qui reste à vivre, mais ce qui reste à faire. »

 

Cela me rappelle ces trois mots de beau français, jetés par Renan dans la marge d’un de ses manuscrits : « Travailler, ça repose ».

 

 

 

 

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