Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.
Préface
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Lorsque, le 27 novembre 1848, le peuple suisse s’est donné sa constitution fédérale, il a fallu tout d’abord créer les locaux nécessaires pour l’Assemblée législative, pour l’autorité exécutive et pour l’administration dans son ensemble. La ville de Berne, en sa qualité de siège des autorités fédérales, s’était engagée à construire un bâtiment pour ces autorités. Elle ouvrit un concours, à la suite duquel l’architecte Studer, à Berne, fut chargé de l’élaboration du projet définitif et de la construction de l’édifice. Celui-ci fut remis aux autorités fédérales le 1er juin 1857.
Jusqu’à cette date les Conseils avaient été installés provisoirement : le Conseil fédéral à l’ « Erlacherhof », le Conseil national dans l’ancien casino, le Conseil des Etats dans le « ässeres Standeshaus », à la rue de l’Arsenal.
Le Palais fédéral, ainsi qu’on l’appelait alors, était aménagé de façon à pouvoir installer dans la partie centrale de l’étage principal la salle des séances et la salle de réception du Conseil fédéral, dans les deux longues ailes les bureaux des sept départements, et dans les ailes formant fer à cheval les salles des séances du Conseil national et du Conseil des Etats, ainsi que leurs annexes, vestiaires, etc., avec entrées spéciales et de grands escaliers. Le groupement des locaux de l’édifice était parfaitement logique et répondit aux besoins pendant près d’un demi-siècle. Mais l’administration prenait toujours plus d’importance, surtout depuis 1874, époque à laquelle le peuple suisse s’était donné une nouvelle constitution basée, il est vrai, sur celle de 1848, mais augmentant les compétences de la Confédération en lui soumettant les affaires militaires, en donnant de l’extension aux droits du peuple, en facilitant le commerce et l’industrie, et en préparant le terrain pour l’unification du droit, etc. ; toutes choses qui constituèrent autant de nouvelles sphères d’activité pour l’administration.
Il fallut créer de nouveaux locaux. On songea donc à construire un nouveau bâtiment d’administration en 1876, sur le terrain de la Confédération, entre la Rue Fédérale et la Promenade du « Petit Rempart » ; mais les études démontrèrent que ce bâtiment ne pourrait pas suffire aux besoins. On acheta alors, en 1879, l’Hôtel des Postes et, en 1880, l’ancien Hôpital de l’Ile, en vue d’utiliser ces deux bâtiments pour l’administration. Des études furent faites pour leur transformation, mais cette fois-ci encore, il fut démontré que les changements projetés seraient insuffisants. Alors, en 1887, l’Assemblée fédérale décida la construction d’un nouveau bâtiment d’administration sur l’emplacement de l’Hôpital de l’Ile. Ce bâtiment fut construit en 1888-1892, par M. le professeur H. Auer. Il forme en quelque sorte un pendant à l’ancien Palais fédéral. Lors de l’élaboration des plans pour ce nouveau palais (maintenant appelé pavillon Est) la direction des constructions fédérales tint à réserver entre les deux palais une place suffisante pour permettre la construction d’un bâtiment destiné à l’Assemblée législative. Le besoin de cette installation nouvelle se faisait de plus en plus sentir, le nombre des députés au Conseil national avait augmenté plus rapidement qu’on ne l’avait prévu, et avec le temps on se rendit compte de bien des inconvénients auxquels il ne pouvait plus être porté remède- la salle du Conseil national était littéralement encombrée et il aurait été impossible d’y créer de nouvelles places. L’emplacement du bureau et de la presse était tout à fait défectueux.
Les commissions d’études ne disposaient pas des locaux nécessaires. Le long corridor mal éclairé qui traverse le Palais fédéral pour établir la communication entre les deux salles servait de promenoir ; il était notoirement insuffisant pour cette destination ; le bruit occasionné par la circulation avait en outre l’inconvénient de gêner le travail des fonctionnaires de l’administration dont les bureaux donnaient sur ce corridor.
Aussitôt le pavillon achevé, on procéda à l’acquisition du casino et en 1894 la construction du nouveau palais fut commencée d’après les plans et sous la direction de M. le professeur Auer. Elle fut achevée, après un travail ininterrompu de huit années, le 1er avril 1902.
L’Assemblée fédérale dispose maintenant d’un bâtiment à elle, où elle peut travailler à l’aise, et qui semble prouver d’une façon éclatante que le but des institutions créées par les constitutions de 1848 et 1874 a été atteint et que ces institutions continueront encore longtemps à servir de base à notre Confédération.
Pour la construction du nouveau Palais fédéral on s’est adressé, dans la plus large mesure, aux industriels et aux artistes suisses, afin de montrer ce que la Suisse était capable de faire. Sous ce rapport cependant, notre situation est bien moins avantageuse que celle de nos voisins ; nos pierres de construction ne possèdent pas les qualités, la facilité de taille et la richesse de couleurs des matériaux français, allemands, autrichiens ou italiens, et notre industrie, surtout en ce qui concerne l’aménagement intérieur, n’a pas l’énorme débouché des produits de l’étranger. Pour toute une série de matériaux, nous devons nous adresser hors du pays, ainsi pour les métaux, le verre, les bois, les cuirs, les étoffes pour meubles, etc. ; mais, par contre, nous avons des maisons renommées quant à l’excellence de leur travail dans la mise en œuvre de ces produits bruts étrangers, ainsi l’ébénisterie, la serrurerie d’art, la peinture sur verre, la fonte du bronze, qui peuvent soutenir la comparaison avec les mêmes produits de maisons étrangères. Dans le nouveau Palais fédéral ces industries ont eu une excellente occasion de se mettre en évidence.
D’autre part les artistes suisses ont bien rarement l’occasion d’exercer leur talent sur de grands monuments ou d’adapter leurs compositions aux exigences d’une harmonie générale en dehors de leur œuvre.
Dans la description de l’édifice, nous insisterons tout spécialement sur l’utilisation de matériaux bruts de provenance indigène, ainsi que sur les œuvres de l’art et de l’industrie du pays, pour permettre au visiteur d’étudier le bâtiment comme monument national suisse proprement dit.
A suivre...