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Paris 1811
Constant a été bon pour moi, m’inculquant de bonnes manières, corrigeant mes fautes, souriant avec indulgence de certaines de mes expressions et de mon accent. Le plus difficile a été de distinguer les Messeigneurs des Altesses et, la première fois que j’ai pu assister au « Lever », j’ai cru que je n’y arriverais jamais : à neuf heures précises, l’Ordre était présent : le Grand Maréchal, le Grand Chambellan, le Grand Ecuyer, le Grand Maître des Cérémonies, le Grand Aumônier, le Grand Veneur, le Trésorier de la Couronne et le Colonel Général de service. Ensuite seulement, venaient les Grandes Entrées : les princes de la famille impériale, les cardinaux.
Ceux qui m’impressionnaient le plus étaient les Grands Officiers de l’Empire, en superbes uniformes, avec l’épée au flanc. C’est là que pour la première fois, j’ai dû demeurer quelques instants seul avec l’Empereur. (Constant m’avait dit de surveiller la cheminée et d’y jeter au fur et à mesure des bûches). Il me faisait peur : il parlait d’un ton bref, gardait les yeux fixés sur les solliciteurs, envoyant de temps à autre des coups de talon dans les bûches ; il congédiait même les gens les plus importants d’un simple signe de tête, ne serrait jamais une main.
C’est quand Constant a eu l’influenza que j’ai eu l’honneur de réveiller l’Empereur. C’était à six heures et demie tapantes, et l’Empereur m’a dit : « Ah, c’est toi que j’ai amatiné ! Dépêche-toi d’ouvrir la fenêtre, j’ai peur que Constant soit contagieux. »
Il a passé une robe de chambre rouge, et pendant que Meneval le secrétaire du Portefeuille, lui tendait des lettres, je lui ai présenté une tasse de fleur d’oranger. L’Empereur jetait la plupart des lettres sur le tapis. J’ai voulu les ramasser, mais Meneval m’a fait non de la main.
Messeigneurs ou Altesses ? Toute cette parade quotidienne était réglée par Napoléon lui-même : plus de 800 articles pour régler avec minutie, protocole et étiquette et on peut comprendre l’affolement du jeune Vaudois soumis aux humeurs de l’Empereur ! (H.M. de Stadelhofen)
À suivre