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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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Suisse galante

L’art d’aimer en Romandie
 
XVIIIe siècle
 
Paul Louis Courier, « ancien canonnier à cheval », qui découvre qu’une Suissesse peut être experte à maintenir la galanterie dans les bornes de la décence.
« Une jeune fille jolie, comme elles sont là presque toutes, cueillait des petits pois dans un champ ; leur costume est charmant, leur air naïf et tendre, car en général elles sont blondes, leur teint un mélange de lis et de roses ; celle-là était bien du pays. J’approchais. Je ne pouvais rien dire, ne sachant pas un mot de leur langue ; elle me parla, je ne l’entendis point. Cependant, comme en Italie, où beaucoup d’affaires se traitent par signes, j’avais acquis quelque habitude de cette façon de s’exprimer, je réussis à lui faire comprendre que je la trouvais belle. En fait de pantomime, sans avoir été si loin l’étudier, elle savait plus que moi. Nous causâmes ; je sus bientôt qu’elle était du village voisin, qu’elle allait dans peu se marier, que son amant demeurait de l’autre côté du lac, qu’il était jeune et joli homme. Cependant, je partageais son travail ; je portais le panier, je cueillais des pois et j’étais payé d’un sourire qui eût contenté les dieux mêmes ; mais je voulus davantage.
Toute cette histoire ne me fait guère honneur : me voilà pourtant, je ne sais comment, engagé à vous la conter et vous, à la lire. J’obtins de cette belle assez facilement qu’elle ôtât un grand chapeau de paille à la mode du pays ; ces chapeaux, dans le fait, sont jolis ; mais il couvrait, il cachait… et le fichu, c’était bien pis ; à peine laissait-il voir le cou. Je m’en plaignis, j’osai demander que du moins on l’entr’ouvrît. Ces choses-là en Italie s’accordent sans difficulté ; en Suisse, c’est une autre affaire. Non seulement je fus refusé, mais on se disposa dès lors à me quitter. Elle remit son chapeau, remplit à la hâte son panier et le posa sur sa tête. Quoique la mienne ne fût pas fort calme, j’avais pourtant très bien remarqué que ce fichu auquel on tenait tant ne tenait lui-même qu’à une épingle assez négligemment placée, et profitant d’une attitude qui ne permettait nulle défense, j’enlevai d’une main l’épingle et de l’autre le fichu, comme si de ma vie je n’eusse fait autre chose que de déshabiller les femmes. Ce que je vis alors, aucun voyageur ne l’a vu, et moi je ne profitai guère de ma découverte, car la belle aussitôt s’enfuit, laissant à mes pieds son panier et son chapeau qui tomba ; et je restai le mouchoir à la main. Quand elle s’arrêta, et tourna vers moi ses yeux indignés, j’eus beau la rappeler, prier, supplier, je ne pus lui persuader ni de revenir ni de m’attendre. Voyant son parti pris, qu’y faire ? Je mis le fichu sur le panier avec le chapeau, et je m’en allai, mais lentement, trois pas en avant et deux en arrière, comme les pèlerins de l’Inde. A mesure que je m’éloignais, elle revenait et quand je revenais, elle fuyait. Enfin, je m’assis à quelque distance, et je lui laissai réparer le désordre de sa toilette, et puis je me levai et je sus encore lui inspirer assez de confiance pour me laisser approcher. Je n’en abusai plus ; nous ramassâmes ensemble la récolte éparse à terre, et je plaçai moi-même sur sa tête le panier que ses doigts seuls soutenaient de chaque côté ; alors figurez-vous ses deux mains occupées, mêlées avec les miennes, sa tête immobile sous ce panier, et moi si près… J’avais quelques droits, ce me semble ; l’occasion même en est un. J’en usai discrètement ».
 
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Pour rappel, les temps n’étaient pas à l’amusement, pas de danses, ni de chants. En 1731, l’Ordonnance de Fribourg rappelle la « deffence » générale, et plus ancienne, « de danzer » et sauter dans les Cabarets aussi bien en Ville que sur le Païs ».
Mais peu à peu, dans la société galante des salons patriciens, dans les compagnies bourgeoises comme dans le peuple, le goût de la danse l’emportait. Vers 1750, les bals étaient chose courante, parfois scrupuleusement organisée, comme dans la Société du Printemps, à Lausanne. « Elle était composée de quinze à vingt jeunes demoiselles de bonnes famille. La plus âgée n’avait peut-être pas vingt ans ; toutes agréables, plusieurs jolies, et deux ou trois d’une beauté parfaite. Elles s’assemblaient dans les maisons des unes et des autres presque tous les jours, sans y être sous la garde, ni même en présence d’une mère ou d’une tante. Au milieu d’une foule de jeunes gens de toutes les nations d’Europe, elles étaient confiées à leur seule prudence. Elles riaient, chantaient, dansaient, jouaient aux cartes et même des comédies ; mais au sein de cette gaîté insouciante, elles se respectaient elles-mêmes et étaient respectées par les hommes » (Gibbon, 1763).

texte: Suisse galante, Y.Giraud, Office du Livre, 1979
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