Le 27 juin 1925 s’est ouvert à Lausanne le VIe Comptoir suisse, qui groupe chaque année, tous les automnes, les principales maisons de l’industrie alimentaire et agricole, et qui attire, d’année en année, un nombre croissant d’exposants et de visiteurs. Afin de ne pas coïncider avec la grande Exposition nationale d’agriculture devant avoir lieu à Berne, en septembre, les organisateurs du Comptoir en ont avancé la date d’ouverture et remplacé la section des industries agricoles par une première Foire de produits coloniaux et exotiques, à laquelle ont participé plusieurs gouvernements étrangers.
Les hommes d’initiative qui ont eu l’idée de cette Foire et l’ont menée à chef ont bien mérité du pays ; ils ont fondé une entreprise d’une grande valeur au point de vue économique et d’une réelle importance au point de vue de l’instruction et de l’éducation du peuple. Aussi, près de 400 000 visiteurs sont-il accourus à Lausanne pour voir de près tout ce « monde » exotique qui a surgi, comme par enchantement, de la place de Beaulieu. Ce qui suit montrera combien étaient variées et curieuses les collections de cette Foire réparties dans les différents stands.
La Colombie, vaste pays producteur d’émeraudes, de platine, d’or, présentait ses cafés, ses chapeaux dits de Panama, ses cigares, des aigrettes et d’éclatants papillons.
Le Congo belge montrait un stand de toute beauté. Autour d’une pyramide de coton éblouissante de blancheur, encadrée de défenses d’éléphants, un musée complet étale les richesses de cette belle colonie et nous renseigne sur son développement. Voici des dioramas en miniature qui représentent un village indigène, une ville équatoriale (Elisabeth-ville), une factorie où arrivent les marchandises de l’intérieur, une plantation de coton, une mine de cuivre. Des photographies nous montrent que l’indigène travaille avec des outils modernes ; l’enfant va à l’école et fait de la gymnastique. Quant aux produits, le caoutchouc occupe la première place ; viennent ensuite le coton, le cacao, la cannelle, le copal, le café, l’huile de palme, les pierres précieuses, le cuivre, l’or, dont nous, avons sous les yeux la reproduction d’une pépite de 5 ½ kg. Le Congo est un pays d’avenir dont la Belgique peut être fière.
La Grèce a exposé des vases de toutes formes et de toutes couleurs, des tapis somptueux, des broderies fines ; on pouvait déguster des vins exquis et des raisins de Corinthe ; les blonds tabacs de la Thrace attiraient l’attention.
La puissance coloniale des Indes néerlandaises a fait sur le visiteur une profonde impression. La Hollande a mis sous les yeux des visiteurs les productions variées de ses immenses colonies : caoutchouc, pétrole, huile, épices les plus diverses, riz, coton, tabac, thé, café de Java. On a été initié à l’extraction, à la manipulation du caoutchouc et à ses innombrables applications, tant à l’industrie qu’au vêtement. Ce superbe pavillon comprenait une statistique parlante ; des pipes de dimensions croissantes renseignaient d’année en année sur les arrivages de tabac ; des théières, des moulins à café, sur les cargaisons de thé et de café ; des bateaux, sur l’ensemble des expéditions des colonies à la métropole. Tout cela emplit, à Amsterdam et à Rotterdam, d’immenses entrepôts. Avant de quitter ce beau stand, on pouvait admirer le grandiose relief des îles de la Sonde, d’une étendue de 3 ½ fois celle de la France, et peuplées de 49 millions d’habitants.
Le vaste pavillon de l’Italie conduisait en Erythrée, représentée ici par de superbes peaux de léopards, des graines oléagineuses, des légumes secs, du miel et de la cire ; en Somalie, qui fournit des plumes d’autruche ; en Tripolitaine, qui alimente la métropole de tabac, de céréales diverses, d’éponges, d’étoffes de couleurs, d’alfa, celui-ci récolté en grande quantité pour la production de certains papiers.
La France, qui possède le plus vaste domaine colonial du monde après l’Angleterre, occupait sept stands : Afrique équatoriale, Afrique occidentale, Algérie, Indochine, Madagascar, Maroc, Tunisie. Que de richesses amassées sous toutes les latitudes ! Coprah et arachides, dont la graine livre une huile appréciée et jouit d’une certaine vogue sous le nom de « cacahuètes », bois précieux d’ébénisterie, peaux de bœufs et de zèbres, riz, jute, soie, céréales, vins, travaux d’art des indigènes, tels que poteries, broderies, moelleux tapis, telles sont les ressources infinies des colonies françaises. Les « souks » de Tunis, où de bruyants vendeurs indigènes offraient leurs produits, démontrent pratiquement ce qu’est l’industrie populaire de ce pays placé sous le protectorat français.
L’Egypte, vieille terre du Nil, est demeurée le grenier à blé des temps anciens ; elle présentait aux visiteurs des céréales (blé et riz), du coton, du tabac et des objets d’art taillés dans la nacre et l’ivoire.
Enfin, dans le pavillon de la Turquie, on admirait des tissus de lin travaillés à la main, des tapis, des narghilehs, des objets d’art. L’exportation des céréales, du tabac, du coton, augmente chaque année, disait le catalogue ; la Turquie nouvelle travaille.
Que signifiait cette première Foire coloniale ? Elle nous a appris que des pays étrangers, parmi les plus grands et les plus puissants, nous vaut la peine de faire quelques efforts pour nous, nous envisagent comme un futur marché, nous prennent au sérieux en des domaines d’où nous paraissions exclus, et l’ont prouvé par la qualité des personnages officiels qu’ils ont délégués à cette manifestation, d’où la Suisse sort agrandie.
« Ce texte d’un survole du Comptoir Suisse d’écrivant La Foire Internationale de Produits Coloniaux en 1925, l’envolée du narrateur sur les merveilles qu’il aura observé de stands en pavillons, ne dit mot sur l’injustice, les souffrances ou les malheurs des peuples qui produisaient ces richesses. Autres temps, autres mœurs ! » gtell
Le Palais de Beaulieu aujourd'hui