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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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Témoignage de Pétra Krause (3)

Tout d’abord ce fut noir comme dans un trou, ensuite je m’habituai à l’obscurité. Un peu de lumière tombait de la fenêtre. Je pus reconnaître les dimensions réduites de la cellule. Machinalement, j’étendis les draps sur le lit et ce n’est qu’ensuite que je m’y assis. Je me disais, maintenant sois calme, pas de précipitation ; essaye de vraiment comprendre ce qui s’est passé, essaye de réfléchir à tout. Je me mis instinctivement à chercher mes cigarettes dans la poche de ma veste. Ça a l’air d’un infime détail, et c’en est un, pourtant non, surtout dans cette situation. C’est ainsi que commença la lutte pour la cigarette, lutte que connaît certainement chaque fumeur qui a fait de la taule. Je me dis tout de suite qu’il était psychologiquement important de ne pas me fixer sur le problème des cigarettes car ça me troublerait et me rendrait folle d’y repenser sans cesse. Alors sus à l’ennemi, ma chère ; tu n’as pas de cigarettes car on te les a enlevées exprès. Cela fait clairement partie du traitement réservé à ta personne. Mais la conscience dont tu as besoin dans ta lutte contre le système, et maintenant contre les flics est plus forte que le désir d’une cigarette. C’est ce que je me dis, et je me mis dans la tête que je ne devais pas dépendre d’un mégot.
 
Malgré tout le désir d’une cigarette refaisait toujours surface, surtout les jours suivants, durant les interrogatoires, quand tout le monde « toraillait » autour de moi. Enfin, c’était supportable même si sept jours plus tard je fumais ma première cigarette avec délectation.
 
Bon, réfléchissons maintenant sans cigarettes, essayons de comprendre comment ils m’ont pincée. Il ne pouvait être question d’une réflexion maîtrisée et systématique. Où que je dirige mes pensées, immédiatement c’était un mélange, un carrousel. Je pensai à la femme qui avait été arrêtée, avec moi, à d’autres camarades, à la clef de l’appartement que j’avais dans la poche – et c’était maintenant les flics qui l’avaient. Idiote que j’étais, n’aurais-je pas pu la jeter ? Depuis quand m’observaient-ils ? Suivaient-ils l’autre femme ? Tout se mélangeait. A nouveau : du calme. Par où vais-je commencer ? Et d’abord, qui peuvent-ils avoir grâce à moi ? Sûrement mon hôte. J’ai ses clefs d’appartement, sur l’abonnement de tram figure à plusieurs reprise le nom de la station, dans le sac de plastique se trouve un périodique de gauche « Compagni », avec le tampon de la librairie. Donc, les flics pourraient y débarquer dans deux ou trois jours. Jusque là, mon hôte saura depuis longtemps que j’ai été arrêtée. Bon, pensons à la suite. Demain, j’aurais dû avoir un rendez-vous. Quand le type s’apercevra que je ne viens pas il saura que j’ai été arrêtée, car je suis toujours ponctuelle. Je le suppliai de m’entendre. Je me branchai sur la télépathie : « Je suis en taule et l’autre femme aussi ; tiens-toi tranquille ». Et de nouveau un défilé de personnes, de faits, d’idées, de spéculation. Tu aurais dû te tirer l’oreille, car au fond tu n’avais encore rien compris.
 
C’est à peu près ainsi que se passèrent les premières heures ; la machine à penser devint de pus en plus paresseuse et je finis par sombrer dans le sommeil. Chaque fois qu’une porte de cellule claquait, je me réveillais et je sautais sur mes pieds ; cela arriva quatre fois. Puis une horloge stridente sonna : dehors il faisait encore presque nuit, une lumière, terriblement éblouissante, s’alluma. On ne pouvait pas s’en protéger.
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