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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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Sur l’ivrognerie des Suisses 1627

Le texte recopié est celui tiré du Recueils des textes d’histoire Suisse, 1517-1648 par Michel Salamin. En préambule cependant, j’ai tiré du « Conservateur Suisse » de 1815 l’introduction du texte intégral, donc trop long de la Lettre de Daniel l’Ermite.


 

 

LETTRE

 

De Daniel l’Ermite à Ferdinand de Gonzague, fils du Duc de Mantoue, sur la situation, le gouvernement et les mœurs des Suisses, des Grisons et des Valaisans.

(Traduite du Latin)

 

Eclaircissements préliminaires.

 

Daniel l’Ermite, né à Anvers en 1577, vint à Paris après avoir fait ses études ; il entre dans la maison de Mr. De Vic, et accompagna ce Seigneur dans son ambassade en Suisse vers la fin de 1601 : pendant son séjour dans ce pays, il en visita la majeure partie, soit par curiosité, soit pour le service de l’ambassade, s’arrêta assez longtemps à Lucerne, à Coire et à Sion : s’étant attaché peu après à Ferdinand de Gonzague, fils de François IV duc de Mantoue, sur la demande de ce jeune Prince, il écrivit en 1604 ou 1605 la lettre dont nous donnons la traduction. Cette lettre courut longtemps l’Europe en manuscrit : les Elzévirs l’imprimèrent en 1627 à la fin de leur République des Suisses, et elle reparut dans la collection des œuvres de l’Ermite, que Groevius publia à Utrecht en 1701. Son auteur doit avoir parcouru et étudié la Suisse avec quelque soin, puisqu’il en avoit dressé une carte générale, et qu’il en préparoit une particulière du pays des Grisons. Il est intéressant de connoître l’état de notre patrie il y a deux siècles, pour le comparer à son état actuel ; et c’est ce qu’on peut faire à divers égards à l’aide de cette lettre. L’Ermite, doué d’une imagination très poétique, a sans doute chargé une partie de ses tableaux, qu’il a d’ailleurs enluminés des couleurs de la satyre ; souvent ce qu’il avance sur toute notre nation, convient seulement aux cinq premiers cantons, aux Grisons ou aux Valaisans, qu’il avoit plus fréquentés et mieux observés que les autres états de la confédération. Jeté dans la société de gentilshommes turbulents, de jeunes étourdis, d’officiers attachés aux services étrangers, dont il partagea les bruyantes orgies, il a inconsidérément attribué leur caractère et leurs mœurs à tous les Suisses sans distinction. Nourri dans le luxe de la Flandre et amolli ensuite par les délices de l’Italie, il est peu étonnant qu’il tourne parfois en dérision l’agreste simplicité de nos ancêtres : accoutumé de bonne heure au métier de courtisan, il pouvoit, sans qu’on en soit surpris, dénigrer une liberté achetée par tant de sacrifices, qui en rehaussent le prix à nos yeux : il en a vu les abus, et il en condamne l’usage ; il a saisi plus habilement le ridicule, qu’il ne rend justice à l’utile ; et par une conséquence toujours fausse, il conclut du particulier au général, de quelques individus à tout un peuple, prenant ce qui arrive quelquefois pour ce qui arrive tous les jours : mais sa lettre contient des vérités ; elle offre un point de comparaison précieux, pour juger combien nous avons gagné du côté de la civilisation, de la véritable liberté et des mœurs publiques.

Elle fit grand bruit en Italie et en Allemagne ; non qu’on eût réclamé contre ce qu’elle contenoit de mal vu ou d’exagéré, mais parce qu’elle traitoit d’un pays et d’un peuple alors très peu visités et très peu connus. Cette lettre, écrite en beau latin, tient de l’élégance de Salluste et de la précision de Tacite, dont elle emprunte souvent des pensées et quelquefois des phrases : on y relèvera sans doute quelques erreurs géographiques, quelques décisions précipitées ou hasardées, quelques réflexions trop hardies ou trop ironiques : nous ne prétendons pas les excuser… mais nous dirons : l’Ermite écrivoit il y a deux cents ans passés ; et quoique heureusement pour nous, nous ne nous reconnoissions plus dans plusieurs de ses tableaux, on ne peut absolument les taxer de fausseté : chaque nation, comme chaque individu, a ses différents âges ; et l’on auroit grand tort de juger un homme parvenu à l’âge de raison et de maturité, par les écarts de sa première jeunesse. Nous ne dirons rien des mœurs et du caractère de l’Ermite, d’abord protestant, puis catholique, successivement secrétaire de M. de Vic, duc de Mantoue et de Cosme II grand duc de Florence ; mort au service de ce dernier en 1613, accusé de débauches infâmes, peut-être à tort par les uns, et peut-être avec raison d’impiété par les autres ; mais reconnu par ses plus grands ennemis mêmes, pour un des plus beaux génies et des meilleurs écrivains de son siècle. Finissons par rappeler le jugement que notre célèbre Hottinguer en porte dans sa méthode d’étudier l’histoire Helvétique (page 225) : « si la lettre de Daniel l’Ermite, dit-il, écrit du style le plus pur et le plus élégant, brilloit toujours autant par sa candeur et par son ingénuité que par son éloquence, il pourraoit tenir un rang distingué parmi les auteurs qui ont traité de la Suisse. »

Le Conservateur Suisse 1815

 

 

De l’ivrognerie des Suisses (1627)

 

L’Anversois Daniel l’Hermite (1584-1613) accompagne l’ambassadeur de Vic en Suisse, en 1603. Il se convertit alors au catholicisme, puis il passe en Italie. En 1627, paraît à Leyde sa curieuse et sévère description des Suisses. La traduction que voici est tirée des pp. 414-415 de l’ouvrage en langue latine de Danielis Eremitae, nobilis Belgae de Helvetiorum, Raetorum, Sedunensium situ, republica, moribus, epistola ad D. Ferd. Gonzagam, Mantuae ducis filium, dans Dan. Ermitae Aulicae vitae ac civilis libri IV. Ejusdem opuscula varia, Ultrajecti. 1701.

 

Ils trouvent leurs délices et leur volupté dans la boisson ; ils n’ont pas de plus grande dépense que pour le boire. C’est pour boire qu’ils se réunissent, c’est pour boire qu’ils s’assemblent, c’est en buvant qu’ils négocient, qu’ils étudient leurs problèmes, qu’ils commencent leurs affaires et qu’ils les terminent. C’est à boire qu’ils passent leurs jours et leurs nuits. L’ivrognerie n’est une honte pour personne. Lorsqu’ils sont gorgés de vin, ils sortent pour vomir et pour se soulager, puis ils se remettent à table. Ils confient à leurs femmes et à leurs enfants le soin de leurs ménages et de leurs intérieurs. On réserve à la gloutonnerie des maris, qui sont des piliers de cabarets, ce que l’on économise grâce à une parcimonie et à une frugalité étonnantes. Bien plus, c’est entre deux tournées qu’ils discutent leurs problèmes. Ils rappellent volontiers les exploits de leurs ancêtres ou les leurs, comme s’ils devaient servir d’exemples à leurs auditeurs. Avec la même exagération, ils se portent aux nues, ainsi que leurs amis. Lorsqu’ils sont pris de vin, ils dévoilent les secrets de leurs cœurs et ils le font sans aucune retenue. Ils ne passent aucune journée sans beuverie ni vantardise. Ils vident des coupes à chaque occasion. Pendant l’hiver, ils se tiennent dans leurs foyers et près de leurs fourneaux. Ils se claquemurent alors et c’est avec mauvaise grâce qu’ils accueillent chez eux les étrangers. Il leur paraît insensé de secourir ceux qui ne savent pas se protéger eux-mêmes et qui sortent par un si mauvais temps. Entre ces gens gorgés de vin, il ne s’élève que de rares querelles, que d’exceptionnelles chicanes, qui naissent toujours de rivalités militaires et d’exploits guerriers. Bien qu’elles soient fréquentes, ces querelles se terminent fort rarement dans le sang. Ceci tient du miracle, étant donné leur perpétuel état d’ébriété. La raison en est que, lorsqu’ils se lèvent pour se battre, ils déposent d’abord leurs armes, puis ils engagent le combat à coup de poing. Le pugilat terminé, ils reviennent, apaisés, aux tables et aux coupes qu’ils avaient quittées, en furie, un instant auparavant. De tout cela, il ne résulte d’autre dommage que des coupes nouvelles qu’il faut apporter pour continuer la soirée. Ils s’essaient aussi à la musique au cours de ces réunions ; mais ils le font d’une manière grossière et barbare. Il leur arrive de danser au son d’un tambour, mais d’un pas lourd et emprunté. Ils semblent pourtant y prendre beaucoup de plaisir. Puis ils se rassoient et se remettent à boire. Nulle femme ne peut participer à ces réjouissances, sauf s’il s’agit d’un banquet de noces.

 

Commentaire : En faisant comme Daniel, du particulier du général, on peut dire que rien n’a changé…

 

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