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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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Il m’en souvient, je me le rappelle

 

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Il est barbare de dire : je m’en rappelle pour  je me le rappelle. Je m’en rappelle, gros solécisme, souvent pourfendu, jamais tué, vigoureux comme le chiendent.

 

Il naît de la paresse. On dit : je m’en souviens, pourquoi ne dirait-on pas : je m’en rappelle ? Paul a son chapeau mou, pourquoi Pierre n’aurait pas son chapeau mou ?

 

Si ces deux expressions ont à peu près le même sens, elles ne sont point de même nature. La langue est souvent ainsi une et diverse.

 

Se rappeler à un tout autre état civil que se souvenir. S’ils sont à la rigueur synonymes, ils ne sont point jumeaux.

 

Voyons : vous appelez votre chien ; il vient à vous, il repart, vous le rappelez, il revient. Rappeler, c’est le verbe transitif par excellence, avec complément direct.

 

De même, vous cherchez un mot dans votre mémoire, vous l’appelez : il vient ou ne vient pas ; vous le rappelez, en fronçant le sourcil, il revient ; vous le rappelez à vous, vous vous le rappelez. C’est la construction logique, claire ; il n’y en a pas d’autre.

 

Passons à  souvenir. Pas moyen de lui faire un complément direct. Il s’en passe. Il est neutre. Il signifie venir par-dessous (latin : subvenire). Le mot que vous cherchiez tout à l’heure en l’appelant ou le rappelant, il vient cette fois de lui-même ; il n’est point comme « le chien de Jean Nivelle, qui s’enfuit quand on l’appelle » ; il vient sans qu’on l’appelle, sans qu’on le rappelle, sans qu’on se le rappelle. Il remonte du fond de la mémoire, de « dessous le tas », il sou… vient ; et comme c’est à vous qu’il sou-vient, il vous souvient. C’est la seule forme correcte, fondée en raison et en latin : mihi subvenit.

« ….. qu’il te souvienne de garder ta parole et je tiendrai la mienne »

Dit l’empereur Auguste au triste Cinna.

 

« Montaigne, il t’en souvient, l’avait dit avant moi » dit en souriant Chénier.

 

Et le tendre Musset supplie, en français fort pur : « De nos amours qu’il te souvienne, Si tu remontes dans les cieux ! »

 

Se souvenir de ou s’en souvenir est beaucoup moins bon ; il n’est devenu tel qu’à partir du XVIe siècle. Il n’est qu’une corruption du charmant : il m’en souvient, gâté par le contact de se rappeler, et qui s’est réfléchi par paresse imitation. Aujourd’hui se souvenir, fruit de corruption, voudrait corrompre à son tour se rappeler. Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs. C’est trop de deux corruptions successives.

 

À côté du bon, du pur il m’en souvient, acceptons  se souvenir de, puisqu’il y a quatre cents ans que la faute est commise : à tout péché miséricorde ! mais n’allons point exiger que  se rappeler se modèle sur cet ancien monstre, et l’ayant produit, dégénère à son tour par lui. Assez de mal comme cela !

 

Qu’il vous souvienne de cette petite histoire très humaine, hélas ! Souvenez-vous en, si cela vous fait le moindre plaisir, et rappelez-vous-la, ce qui sera encore mieux !

 

 

GTell, Chroniques données au micro de Radio-Lausanne 1941 Camille Dudan

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J
<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Il est tant vrai!<br /> <br /> <br /> Merci Professeur.<br />
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