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Pour les besoins de sa politique extérieure, le roi de Prusse, Frédéric II, veut pouvoir compter sur des revenus fixes. Dans cette intention, il supprime la régie des impôts dans sa principauté de Neuchâtel et il la remplace par une ferme, en 1748. A l’occasion du renouvellement de cette ferme en 1767, le mécontentement des Neuchâtelois se fait de plus en plus vif. Le roi s’estime menacé dans son autorité et dans ses privilèges. Il se résout donc à porter ses griefs devant le gouvernement de Berne que les anciens actes de combourgeoisie désignent comme arbitre entre le prince de Neuchâtel et ses sujets.
L’assassinat de Gaudot le 25 avril 1768
Claude Gaudot (1713-1768), en sa qualité d’avocat général, soutient à Berne les intérêts du prince. La sentence rendue par Berne, le 23 janvier 1768, est défavorable à la ville de Neuchâtel où l’effervescence déjà vive atteint son comble lorsque Gaudot, nommé lieutenant-gouverneur, revient de Berne, le 24 avril.
La lettre suivante, adressée à François de Marval (1692-1773) par sa sœur Françoise, est extraite d’une publication de L. Thorens intitulée Lettres sur l’affaire Gaudot et l’occupation de Neuchâtel par les troupes des cantons (avril – août 1768).
Mon père finit lundi sa lettre, mon cher frère, en vous disant que l’on avait coupé les traits des chevaux qui devaient conduire M. Gaudot au Château pour le mettre en sûreté, car il ne devait point aller à Berne comme on le disait à la populace. Quand la livrée de la ville, que l’on avait mise près de sa maison pour contenir le peuple, et les deux sautiers de la seigneurie, qui devaient l’escorter à cheval, virent tout ce train et la voiture renversée et cassée, ils s’en allèrent en informer messieurs les quatre [ministraux], et le sautier Convert, qui était dans la maison avec lui et qui devait monter avec lui dans la voiture, montra une bravoure admirable : il se mit à la fenêtre au milieu d’une grêle de pierres qu’on ne cessait de jeter et harangua le peuple ; enfin on cessa pendant quelques moments mais, d’abord qu’il fut retiré, le tapage recommença avec plus de fureur. Enfin il sortit, on ne sait point si ce fut par l’ordre de M. Gaudot, pour aller au Château ou pour demander du secours, voyant qu’il ne pouvait plus rien. Ce fut alors que les horreurs commencèrent : on enfonça la porte de sa maison et on y entra quatre à quatre ; on jeta d’abord tous les meubles en bas jusqu’à ciels de lit et les châlits, enfin jusqu’à tapisseries. Il était caché dans armoire avec son neveu Favarger qui ne l’a pas voulu quitter jusqu’à ce quil a été mort ; ils avaient sept pistolets et une épée ; et, craignant qu’on ne vint le découvrir là, ils en sortirent et se retranchèrent de coin en coin dans sa maison ; pendant que l’un tirait, l’autre chargeait, et ils se défendirent comme des lions jusqu’à 9 heures trois quarts du soir, qu’il fut assassiné, étant assaillis par le nombre ; et alors son neveu le voyant mort se sauva ; jamais je n’ai estimé Favarger qu’à présent. J.-P. Droz a été tué d’un coup de balle à la gorge que M. Gaudot lui tira et plusieurs personnes blessées ; la pauvre Mme Gaudot est au plus mal, on la sauva par force ; elle demandait en grâce qu’on la fît mourir avant son mari ; enfin, si je pouvais écrire tout ce qui s’est passé, il y en aurait plus de 40 pages. Nos magistrats ont fait tout ce qu’ils ont pu pour le sauver, excepté de se mettre à genoux ; ils n’en pouvaient pas faire davantage ; ils ont prié et supplié les grenadiers de vouloir le garder ; jamais ils ne l’ont voulu, excepté à la dernière extrémité, encore Dieu sait comme ils l’ont fait ; ils ont exhorté le peuple ; tout a été inutile. Ils furent au Château quatre ou cinq fois pour dire à M. [Abraham-Louis] Michel qu’ils n’y pouvaient plus rien ; à la fin M. Michel dit : « Et bien Messieurs, combien êtes-vous ? Soixante-quatre ! Allons-y ! Je vais à votre tête. » Et, dans le même moment, on entra et l’on dit qu’il était tué ; alors il jeta sa perruque à terre, en disant : « Pauvre Neuchâtel ! Misérable Neuchâtel ! Tu es perdu ! » M. Derschau ne s’est point montré, crainte que l’on ne respectât pas sa personne ; enfin l’on écrit à Berne et Berne a écrit à la Cour ; on ne dit point les réponses de Berne qu’on dit fort irrité ; M. de Lentulus devait arriver dans trois jours ; mais à présent on ne sait pas ce qu’ils feront.
À suivre : le constat des blessures de Gaudot.
GTell, Documents d’Histoire Suisse 1649-1797